MOI, DANIEL BLAKE

AAABlakeEt dire que Ken Loach voulait prendre sa retraite! Il n’en a rien fait et c’est une chance… Car c’est au meilleur de son art que le cinéaste anglais signe, avec Moi, Daniel Blake, une chronique sociale remarquable qui a parfaitement mérité sa Palme cannoise. Menuisier anglais de 59 ans, frappé par des problèmes cardiaques, Daniel Blake doit faire appel, pour la première fois de sa vie, à l’aide sociale. Il va alors découvrir l’univers kafkaïen d’une administration semi-privatisée et complètement hystérique quand il s’agit de faire la chasse aux assistés. Incapable de manier un ordinateur pour répondre aux questionnaires d’une administration « invisible », l’ouvrier de Newcastle va être déclaré « bon pour le service » et prié de se mettre en recherche d’emploi sous peine de sanction. Mais Blake a décidé de ne pas baisser les bras. Et ce n’est pas sa rencontre avec une mère célibataire paumée de deux gamins, qui va le faire changer d’avis.
A 80 ans, Ken Loach n’a rien perdu de son talent, ni de sa capacité d’indignation. Moi Daniel Blake est de la même veine que Raining Stones (1993), My name is Joe (1998) ou The Navigators (2001), films qui, avec une précision documentaire, décrivaient les luttes de la classe ouvrière pour défendre la dignité des petites gens… Les scènes qui réunissent Daniel Blake (l’humoriste, écrivain et acteur Dave Johns) et la jeune mère (Hayley Squires) s’épaulant l’un l’autre contre les dérives administratives, sont superbes et émouvantes. Ainsi celle où la jeune femme, dans une banque alimentaire, s’effondre et dévore sa pitance à même une boîte de conserve. Sans la moindre goutte de sentimentalisme, une superbe leçon d’humanité combattante!

(Le Pacte)

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