LA BELLE MEMOIRE DE LA CROISETTE  

Sharon Stone sur les marches du Palais pour la présentation de "Mort ou vif" de Sam Raimi. DR

Sharon Stone sur les marches du Palais
pour la présentation de « Mort ou vif »
de Sam Raimi. (c)E COIFFIER

Tous les ans, pendant douze jours magiques, la planète a les yeux braqués sur un petit coin de Méditerranée. Entre le Palais des festivals et le Palm Beach, entre la rue d’Antibes et la mer bordée de sa Croisette, le territoire est finalement assez petit. Mais son exposition est immense car le Festival de Cannes est simplement le plus prestigieux des rendez-vous cinéma. Le Festival de Cannes fête sa 70e édition et c’est l’occasion de remonter le temps et de se replonger dans les souvenirs et les moments forts qui ont fait son histoire de 1939 à 2017. En 1939, la première édition a été interrompue pour les raisons que l’on imagine. Dans la sélection de l’époque, figurait un court-métrage russe au titre prémonitoire: Si demain, c’était la guerre
Cannes, ce sont des films, avant tout des films, diront les cinéphiles purs et durs. Mais la Croisette, ce sont aussi des promesses de glamour, des scandales, des fêtes et ce fameux tapis rouge sur lequel défilent les stars, les belles de L’Oréal mais aussi bien des inconnus avec, pour point commun, le port du smoking pour les messieurs et de robes de soir, plus ou moins loufoques ou baroques, pour les dames… Initiée depuis 1987, la collection Cannes Memories, sous la direction de Frédéric Vidal, célèbre le Festival, à chaque grand anniversaire, en publiant un Livre d’Or dans lequel les amoureux du 7e art retrouvent tous les films sélectionnés, tous les jurys, tous les palmarès émaillés d’anecdotes et de nombreuses photos insolites ou légendaires. Car le Festival sait cultiver sa légende à travers des films mythiques mais aussi de petites histoires tristes ou drôles. On imagine ainsi la tête de l’équipe du film japonais Furyo (dans lequel jouait David Bowie) lorsqu’en 1983, un journaliste leur annonça qu’ils avaient gagné la Palme d’or. De fait, un film nippon l’avait bien emporté mais c’était La ballade de Narayama! L’année d’avant, un réalisateur quasi inconnu tremble dans l’ombre à l’approche de la projection de son film. Lorsque la lumière sera revenue dans la salle, la standing ovation dura vingt minutes. Le jeune réalisateur se nommait Steven Spielberg et son film E.T…. En 1954, la délégation soviétique arriva sur la Croisette avec 120 kilos de caviar dans ses bagages. Huit années plus tard, le ministère de la Santé menaça de censurer Un singe en hiver parce que Gabin et Belmondo y buvaient trop…
Dans sa préface, Monica Bellucci, maîtresse de cérémonie du Festival 2017, célèbre « ce projecteur immense, bienveillant, offrant à tous les cinémas la possibilité d’être entendus et ressentis… » Et ce fut le cas pour ces grands films que sont Blow Up (1967), MASH (1970), Taxi Driver (1976), Paris Texas (1984), La leçon de piano (1993), Underground (1995), Rosetta (1999)…

70 FESTIVALS DE CANNES. Collection Cannes Memories. Edition bilingue (français-anglais). 304 pages, 32 €.

En 1977, Arnold Schwarzenegger fait la promotion sur la Croisette de "Pumping Iron" dans lequel il joue son propre rôle de culturiste. DR

En 1977, Arnold Schwarzenegger fait la promotion sur la Croisette de « Pumping Iron » dans lequel il joue son propre rôle de culturiste.
(c)E COIFFIER

MARILYN COMME UN FEU D’ARTIFICE  

AAAMarilyn

Quand on s’intéresse à Marilyn Monroe, on possède l’essentiel de ses films (tous?) et on a rangé bien en évidence sur les rayons de sa bibliothèque un certain nombre de livres… Mais parfois certains vous échappent. Il faut dire qu’on a beaucoup, énormément (on parle d’un millier de bouquins), écrit sur la star de Certains l’aiment chaud. On a ainsi raté, à sa sortie en 2012, le Monroerama de Françoise-Marie Santucci. Mais, en l’espèce, il n’est jamais trop tard pour bien faire et le livre a cette vertu de pouvoir se retrouver bien après sa parution…

Pour peu que l’on soit monroephile, on plonge avec une certaine délectation dans les pages de cet ouvrage en forme de puzzle où les contributions les plus diverses, de Marie Darrieussecq à Douglas Gordon en passant par Olivier Assayas, Jérôme Charyn ou Maïwenn s’attachent à cerner « la légende massive et inentamée », comme l’écrit la rédactrice en chef du magazine Next. Françoise-Marie Santucci a voulu éviter le « regard unidimensionnel » pour rendre compte de la complexité d’une femme qui disait, avec infiniment de lucidité: « A Hollywood, la vertu d’une femme est beaucoup moins importante que sa coiffure. »

Du coup, Monroerama apparaît comme un feu d’artifice (joliment mis en page) d’informations, d’anecdotes, de chiffres, pas forcément de révélations quand même, sur la première star à avoir été autant suivie, scrutée, enviée. Tout en réussissant paradoxalement à maintenir une distance avec l’intrusion. Côté biographie, le livre balaye large, proposant une cartographie d’une enfance à Los Angeles, une évocation de la fameuse photo du calendrier rouge, de la révolution platine, des années super-star, de la voix de la sensualité (y compris en VF) ou de l’échappée new-yorkaise… Forcément, on ne saurait omettre un corps hors du commun photographié jusqu’à plus soif et habillé de robes de légende qui supportaient mal ou pas du tout les dessous… Sans oublier quand même que Marilyn Monroe tourna des films majeurs comme Some Like It Hot ou The Misfits. Même si le cher vieux Billy Wilder lui balançait, vachard ou simplement excédé par les lacunes de sa comédienne : « Un produit DuPont avec des seins comme granite et un cerveau en gruyère, plein de trous. »

Au bout de Monroerama, on se dit qu’il ne manque rien à la panoplie MM, ni le Chanel n°5, ni le « Happy Birthday, Mister Président » et évidemment pas « le dernier jour sur terre » et son cortège funèbre de pentobarbital ou d’autopsie commentée, ici, par le professeur Jean-Sébastien Raul, patron du laboratoire de toxicologie des hôpitaux universitaires de Strasbourg…

Et parce la mode des listes a connu son heure de gloire dans la littérature, on n’hésite pas… Marilyn Monroe ou 1 mort, 3 maris, 7 choses que MM n’a jamais faites (notamment venir en France), 8 erreurs fréquemment commises à propos de Marilyn, 9 noms (dont Zelda Zonk), 10 chansons, 14 fans (dont Jean-Paul Sartre), 16 adresses new-yorkaises, 17 films, 18 écrivains, 20 oeuvres (qui s’attaquent au mythe), 23 photographes dont Bert Stern, auteur de la dernière séance…

MONROERAMA. Françoise-Marie Santucci. Stock. 368 pages, 25 €.

La philo des grandes plaines  

Méditations westernosophiques

Mais où la philosophie va-t-elle donc se nicher! Au creux, qui l’eut cru, des mesas de Monument Valley, dans les plis des cache-poussière des aventuriers d’Il était une fois dans l’Ouest ou dans la rue droite du Train sifflera trois fois… Ainsi donc le western ne serait ni plus, ni moins qu’une branche de la philosophie! Spinoza et Kant qui n’ont jamais vu L’homme qui tua Liberty Valance, doivent se retourner dans leur tombe… Mais si leur venait l’excellente idée de lire Méditations westernosophiques, ils seraient assurément, eux aussi, sous le charme des vastes plaines de la Frontier.

Car Marc Rosmini est autant passeur que flâneur. Agrégé de philosophie, il est tombé, enfant, dans la marmite de ces films de cow-boys et d’Indiens dont on nous dit aujourd’hui qu’ils n’ont plus l’heur de plaire à ceux qui fréquentent les salles obscures. En westernosophant et en démontrant que le western est bien vivant, Rosmini pratique le coq-à-l’âne, le détour, le tête-à-queue, toutes les figures de l’égarement pour in fine amener le lecteur à se laisser surprendre par la façon dont chaque film résiste à l’analyse.

Justement parce qu’il y a des forces vives dans le western, l’auteur a choisi, comme têtes de chapitre, des films postérieurs à 1980. Il ouvre le feu avec La dernière piste (2011) de Kelly Reichardt où une petite troupe d’émigrés s’égare dans des espaces inhospitaliers dont Meek, un aventurier incompétent ne les sortira pas. L’occasion de… s’égarer dans une oeuvre comme on se perd dans le désert et de plonger dans l’incertitude en jouant, notamment, sur la frontière floue qui sépare les choses et les signes. Dans le chapitre consacré à Impitoyable (1992) de Clint Eastwood, Rosmini questionne le vrai et le faux, la véracité de l’image cinématographique et la capacité qu’a le western de construire et de déconstruire des illusions et des mythes. Avec les pages autour de Django Unchained (2012) de Quentin Tarantino, le westernosophe réunit deux belles figures, celle de Platon et de Sergio Leone. Outre une barbe, ils partagent la particularité d’avoir directement ou indirectement, changé le cours d’un champ de la culture, la philo pour l’un, le western pour l’autre. Avec le cinéaste de Pour une poignée de dollars, on mesure que le sujet du western classique, c’est la conquête de l’Ouest et que, pour le western léonien (avec son formalisme à tendance maniériste), c’est le western lui-même. Rosmini écrit encore: « Anomique et purement immanent, l’univers de Léone se caractérise par l’absence de transcendance et par un brouillage permanent des limites entre le bien et le mal… »

Danse avec les loups (1990) de Kevin Costner, Trois enterrements (2005) de Tommy Lee Jones, Dead Man (1990) de Jim Jarmush sont encore passés au crible du questionnement philosophique en se se souvenant que l’ascétique et austère Ludwig Wittgenstein considérait que la fréquentation des westerns lui faisait « l’effet d’une bonne douche ».

Si on ne peut jamais être sûr d’avoir compris un film, dit Rosmini, il invite de manière très stimulante à aborder, par l’analyse conceptuelle, de mémorables séquences de l’histoire du western et du cinéma en général. Et on se réjouit encore d’avoir retrouvé l’aimable Marilyn Monroe et son souffle chantant dans la spirale mouvante et ambivalente conçue par Preminger dans la Rivière sans retour

MEDITATIONS WESTERNOSOPHIQUES. Marc Rosmini. Médiapop Editions.223 p., 15 €.

Les (bons) mots de 007  

Le petit James BondAprès s’être attaqué à deux monuments français, en la personne de Messieurs Gabin et Audiard, l’ami Philippe Durant a choisi, à l’heure où Spectre est sur les grands écrans, de s’intéresser cette fois à une montagne internationale avec le plus fameux de tous les espions de la planète Cinéma, on a nommé James Bond. Durant applique à 007 la méthode de l’« illustré par l’exemple » et nous gratifie donc d’un abécédaire qui atteste que notre héros est plus cultivé qu’il n’y paraît. Florilège! B comme Beatles: « Ma chère petite, il y a des choses qui ne se font pas, telles que de boire du Dom Pérignon 55 à une température au-dessus de trois degrés et écouter les Beatles sans boules Quiès » (Bond à Jill Masterson dans Goldfinger); F comme Femme: « Je peux imaginer sans peine que les femmes représentent plus pour vous des plaisirs à la chaîne que des objets de conquête » (Verper Lynd à Bond dans Casino Royale) R comme Religion: « Comment peut-on résister à la tentation? » (Bond à Dominique Derval dans Opération Tonnerre)…

James Bond est un personnage sur lequel on a énormément écrit. Avec son petit livre aux couleurs de l’Union Jack, Philippe Durant compile, lui, une brassée de répliques en les mettant dans leur contexte et en les éclairant grâce à Ian Fleming ou à des interprètes de la saga… Ainsi Loïs Maxwell, l’inoubliable Moneypenny des origines, pense que James et Moneypenny n’ont jamais franchi le pas… Un ouvrage pour les bondomaniaques… et les autres.

LE PETIT JAMES BOND ILLUSTRE PAR L’EXEMPLE. Philippe Durant. Nouveau Monde éditions. 190 p., 14,90 €.

Aznavour, l’acteur…  

AAAACharlesAvec 1200 chansons « au compteur » et soixante-dix ans de carrière, Charles Aznavour peut aisément se targuer d’être, à plus de 80 ans, un artiste hors normes… Dans un beau livre largement illustré de pochettes de disques, d’affiches de films mais aussi de photographies personnelles et de plateau, on part avec plaisir à la découverte d’un sacré personnage. C’est du côté du grand écran qu’Aznavour donne aussi la mesure de son talent. Il faut dire que celui qui, à ses débuts dans la chanson, se voyait reprocher tout à la fois son physique, sa petite taille, ses gestes et même sa voix, a tourné avec de grands réalisateurs. S’il a débuté à dix ans sur les planches au côté de Pierre Fresnay dans Margot au théâtre Marigny, sa première vraie rencontre avec le cinéma fut, en 1938, Les disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque où il jouait un écolier… Au fil d’un long entretien avec Vincent Perrot (qui lui consacra, en 2014, un beau portrait à la télévision), Aznavour se confie sur ses rôles… Dans la seule année 1960, il fut ainsi l’interprète d’André Cayatte (Le passage du Rhin), de Denys de la Patellière (Taxi pour Tobrouk) et bien sûr de François Truffaut pour lequel il incarna le pianiste Charlie Kohler dans Tirez sur le pianiste

Pour l’anecdote, Aznavour se souvient des délicieuses pâtes cuisinées par Lino Ventura sur le tournage du Taxi... mais il raconte aussi combien il aurait aimé re-tourner avec Truffaut. Le cinéaste le voulait pour Farenheit 451 (1966) mais les producteurs anglo-saxons du film ne le trouvaient pas assez « bankable » et imposèrent Oskar Werner. Le chanteur-comédien rapporte aussi que Godard lui proposa A bout de souffle (1960) mais Aznavour décline l’offre: « N’ayant quasiment aucune expérience sérieuse du cinéma, je ne me voyais pas dans la peau d’un garçon qui tuait un policier par balle et se retrouvait en cavale… » Plus tard encore, Aznavour sera, pour seulement dix minutes dans Le tambour (1979) de Volker Schlöndorff, l’admirable Markus, marchand de jouets juif qui offre son tambour au gamin… Il retrouva aussi un autre pilier de la Nouvelle vague, Claude Chabrol dans l’oubliable Folies bourgeoises (1975) mais surtout dans le magnifique Fantômes du chapelier (1982) où il est Kachoudas, le petite tailleur discret tourmenté par Michel Serrault. Un Serrault qui s’ingéniait à faire éclater de rire son partenaire dans un scène où il était censé mourir dans son lit… Un bon bouquin pour aller à la rencontre de Charles Aznavour, l’acteur.

AZNAVOUR MA VIE, MES CHANSONS, MES FILMS. Charles Aznavour et Vincent Perrot. Textes additionnels de Philippe Durant. Editions de la Martinière. 240 p., 32 €.

Dans le cinéma des Dardenne  

Plateaux DardenneSi la photographie fixe la mémoire, cet exercice particulier qu’est la photographie de plateau, saisit, elle, la quintessence du cinéma. Discrète photographe de plateau de toutes les fictions des frères Dardenne, Christine Plenus a réuni, dans Sur les plateaux des Dardenne, une centaine d’images qui permettent de se glisser dans l’univers des auteurs du récent Deux jours, une nuit (où leur « famille » d’acteurs fut rejointe par Marion Cotillard). Ainsi, on se retrouve en compagnie des fidèles Olivier Gourmet, Fabrizio Rongione ou Jérémie Renier… Et voilà que nous reviennent en mémoire les souvenirs du Gamin au vélo avec le face-à-face entre Thomas Doret, le gamin au visage grave et la lumineuse Cécile de France. Il y a aussi la grâce slave et sauvage d’Arta Dobroshi (Le silence de Lorna) et le visage tout juvénile d’Emilie Dequenne à l’heure, désormais lointaine, de Rosetta
Longtemps, dit-on, Jean-Pierre et Luc Dardenne se sont méfiés des acteurs professionnels, craignant que leur métier fasse obstacle à l’identification au personnage. On constate, avec les attentives photos de Christine Plenus, que leurs craintes étaient infondées. Tous ces acteurs sont pleinement des personnages de la planète Dardenne.

SUR LES PLATEAUX DES DARDENNE. Christine Plenus. Actes Sud, 112 p., 29€.

Humour vache sur un plateau  

Petit dico vache du cinémaQuand il s’agit de célébrer le mauvais esprit, Philippe Durant n’est pas loin… Il faut dire qu’en matière de vacheries brillantes, il a un maître d’envergure en la personne du regretté Michel Audiard. Durant qui lui a consacré naguère un Petit Audiard illustré par l’exemple, s’illustre cette fois franchement dans la vanne qui fait défrise avec un Petit dico vache du cinéma. Evidemment, ça se savoure d’autant mieux que, dans le milieu du cinéma, tout le monde affecte de s’adorer… Jamais un mot plus que l’autre dans les coulisses du cinoche. Emu par ce tsunami de pensées positives, l’auteur a choisi d’en édifier un florilège pas piqué des hannetons.  Commençons par Claude Chabrol qui balance sur le Festival de Cannes: « A Cannes, pendant les projections, tout le monde roupille ou soigne sa gueule de bois. » Jean Gabin y va franco sur BB: « Cette petite femme a réussi ce que trente ans passés dans les studios de cinéma n’étaient pas parvenus à me faire: me dégoûter du cinéma. » Patrice Leconte balance du lourd sur Anémone: « Je pense qu’elle est à ce point fêlée que, parfois, des morceaux tombent. Un peu comme l’Opéra-Bastille ». Son collègue Pialat la joue Hitchcock lorsqu’il parle des acteurs: « Un acteur, on peut lui faire faire n’importe quoi, alors, automatiquement, on a une idée de mépris. » Quant à Jean Carmet, il résume: « Il y a deux façons de devenir con dans ce métier. L’une, c’est d’avoir du succès, l’autre c’est de ne pas en avoir. » Voilà, c’est dit.

LE PETIT DICO « VACHE » DU CINEMA. Philippe Durant. Nouveau monde éditions,
212 p., 14,90 €.

Les Françaises, plein écran  

FrancaisesQui sont au juste les Françaises et d’où vient leur réputation? Bonne question, en somme. En se faisant un point d’honneur d’aller au-delà des clichés, Dominique Missika raconte, avec « Les Françaises au XXe siècle », un siècle de leur histoire.

Dans le large éventail d’images de ce beau livre, le 7e art tient une place de choix à travers quelques unes de ses plus belles égéries. Certes, l’ouvrage de Dominique Missika n’est pas un livre de cinéma à proprement parler mais il montre assurément que le cinéma est bien l’art du 20e siècle.

Alors, au milieu des cocottes de la Belle Époque, des institutrices, des doctoresses, des garçonnes, des résistantes, des marraines de guerre, des aventurières, des créatrices de mode, des ouvrières, des intellectuelles ou des militantes syndicales, voici Michèle Morgan qui, dans l’inoubliable « Quai des brumes », reçoit l’hommage de Gabin à travers le célébrissime « T’as de beaux yeux, tu sais »… Danielle Darrieux incarne, elle, la Parisienne pour Hollywood. Quant à Brigitte Bardot qui donne la fièvre à l’écran, elle symbolise pleinement la libération des mœurs à l’orée des sixties. Et Roland Barthes peut saluer son érotisme ouvert « dépouillé de tous ces substituts faussement protecteurs qu’étaient le semi-vêtement, le fard, le fonde, l’allusion, la fuite ». Simone Signoret et Yves Montand sont un couple-phare des années 50 tandis qu’on découvrait la grâce de Catherine Deneuve dans « Les parapluies de Cherbourg ». Jeanne Moreau incarne l’esprit de la Nouvelle vague… L’auteure place les années 90 sous le signe du frais minois d’Amélie Poulain alias Audrey Tautou…

Un beau parcours où, en compagnie de Colette ou de Simone Veil, brillent les Françaises du grand écran.

LES FRANCAISES AU XXe SIECLE. Dominique Missika, éd. Du Seuil, 240 p., 39 €.