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	<title>Extérieur-jour &#187; Pierre-Louis CEREJA</title>
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		<title>Les terribles secrets de Ray Stocker</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Apr 2026 09:46:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_21072" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone4.jpg"><img class="size-medium wp-image-21072" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone4-300x124.jpg" alt="Jay Stocker (Daniel Day-Lewis) ou la souffrance d'un soldat perdu. DR" width="300" height="124" /></a><p class="wp-caption-text">Jay Stocker (Daniel Day-Lewis)<br />ou la souffrance d&rsquo;un soldat perdu. DR</p></div>
<p>C&rsquo;est une campagne vert sombre sur laquelle passent des nuages lourds et souffle un vent fort. Un paysage à perte de vue que la caméra balaye pour plonger, à travers la cime des arbres, sur un homme qui coupe du bois à deux pas de sa petite maison en pierre. Ailleurs, dans une petite ville, un autre homme va se mettre en route. <em>« Je pars quelques jours »</em> dit-il à son fils tandis que son épouse, dans une robe de chambre rose, le regarde, sombrement, enfourcher sa moto. L&rsquo;homme fonce sur la route à travers la lande avant d&rsquo;entrer dans des chemins boueux au bout desquels il camouflera son engin sous des branchages. Sur un bout de papier, dans sa poche, il a une longitude et une latitude. Le motard va rejoindre le petit cabanon où Ray Stocker mange des sardines à même la boîte. Ray a empoigné une hachette mais, aux accents du <em>Solitude</em> de Black Sabbath, il va faire du thé pour ce visiteur qu&rsquo;il ne connaît que trop bien.<br />
Car voilà dix ans que Ray Stocker s&rsquo;est exilé au coeur d&rsquo;une forêt reculée d&rsquo;Angleterre, coupé du monde et de sa famille. Jem Stocker est venu renouer le contact. Pour Ray, après une décennie de silence, c&rsquo;est l&rsquo;heure de se confronter à son drame, à ses traumatismes, à ses secrets&#8230;<br />
Titulaire de pas moins de trois Oscar du meilleur acteur (pour ses interprétations de Christy Brown dans <strong>My Left Foot</strong> en 1989, de Daniel Plainview dans <strong>There Will Be Blood</strong> en 2007 et d&rsquo;Abraham Lincoln dans <strong>Lincoln</strong> en 2012), Daniel Day-Lewis est reconnu pour l&rsquo;intensité dramatique de son jeu. Le comédien britannique de 68 ans n&rsquo;était plus apparu sur le grand écran depuis 2017 et sa performance en couturier de luxe plutôt torturé dans le <strong>Phantom Thread</strong> de Paul Thomas Anderson. A l&rsquo;époque, l&rsquo;acteur avait annoncé qu&rsquo;il se retirait du monde du cinéma.</p>
<div id="attachment_21069" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone1.jpg"><img class="size-medium wp-image-21069" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone1-300x124.jpg" alt="Jay et Jem (Sean Bean) se retrouvent longtemps après... DR" width="300" height="124" /></a><p class="wp-caption-text">Jay et Jem (Sean Bean) se retrouvent<br />longtemps après&#8230; DR</p></div>
<p><strong>Anémone – Les racines du mensonge</strong> marque donc son retour dans un drame sombre et intrigant qui est (doublement, sur l&rsquo;écran et dans la vie) une affaire de famille. C&rsquo;est en effet Ronan Day-Lewis qui signe, ici, son premier long-métrage de cinéma en offrant à son père le rôle de Ray, le soldat perdu. <em>« Pour lui,</em> dit le cinéaste, <em>disparaître est la seule façon de surmonter son traumatisme. Il s’est infligé une vie difficile, une vie d’ascète, en se fondant presque dans la nature. Il se réfugie dans cette nature sans artifice, dans la survie pure, ainsi que dans les contraintes physiques extrêmes qu’il s’impose chaque jour…. »</em><br />
Quand, dans sa masure, on découvre Ray, l&rsquo;homme semble s&rsquo;être imposé une sorte de mort spirituelle. Ce type est un reclus en pleine nature, surveillant, probablement la tête dans ses souvenirs, les anémones de son jardin. Avec beaucoup de difficulté d&rsquo;abord, avec même une véritable hostilité de la part de Ray, Jem va amener son aîné à mettre des mots sur ses souffrances. Avec surprise, consternation et enfin rage, Jem mesurera le calvaire de Ray.<br />
Le film repose sur la révélation des drames vécus par ce soldat traumatisé de la guerre en Irlande du Nord mais aussi sur les sévices subis auprès d&rsquo;un prêtre. Pour livrer ces moments tragiques ou absolument sordides (y compris dans la manière terrible dont Ray se vengera du religieux), le cinéaste a choisi de confier les longs monologues de Ray à un Daniel Day-Lewis dont la caméra scrute au plus près les traits.</p>
<div id="attachment_21070" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone2.jpg"><img class="size-medium wp-image-21070" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone2-300x124.jpg" alt="Nessa (Samantha Morton) s'inquiète pour Brian. DR" width="300" height="124" /></a><p class="wp-caption-text">Nessa (Samantha Morton)<br />s&rsquo;inquiète pour Brian. DR</p></div>
<p>Capable de tout jouer, de l&rsquo;aristocrate au voyou, le comédien excelle dans ces récits&#8230; Et on comprend bien que ce retour au grand écran était dû à la présence de son fils derrière la caméra mais aussi à la qualité de ce que l&rsquo;acteur pouvait défendre.<br />
Artiste peintre largement exposé à l&rsquo;international, Ronan Day-Lewis a signé des courts-métrages et des clips, réalisant notamment une trilogie vidéo pour <em>Les enfants terribles</em> de Philip Glass, interprétées par Katia et Marielle Labèque. Ici, il s&rsquo;attache au thème de la fratrie pour en explorer la complexité, la versatilité, l&rsquo;intimité, montrer comment ces relations peuvent basculer de l&rsquo;amour à la fureur en quelques instants.<br />
S&rsquo;il fait du cinéma, dit le cinéaste, c&rsquo;est pour ouvrir des portails vers d&rsquo;autres mondes. <strong>Anémone</strong> distille aussi des atmosphères fantastiques et très picturales. Le directeur de la photo Ben Fordesman s&rsquo;est appuyé sur le passé de peintre de Ronan Day-Lewis et son usage récurrent du bleu, tournant fréquemment durant « l’heure bleue » crépusculaire, entre le jour et la nuit pour réussir des scènes au clair de lune qui prolongent les errances nocturnes de Ray et Jem. Passent ainsi une forme humaine en glace luminescente ou encore un gigantesque poisson mort glissant dans une rivière&#8230;</p>
<div id="attachment_21071" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone3.jpg"><img class="size-medium wp-image-21071" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/04/AAAAnemone3-300x124.jpg" alt="Jay dans son jardin. DR" width="300" height="124" /></a><p class="wp-caption-text">Jay dans son jardin. DR</p></div>
<p><strong>Anémone</strong> est un film exigeant qui demande au spectateur une particulière disponibilité. A ce prix, on peut cheminer dans les pas de ces types pathétiques et paumés, vétérans de sales guerres, bien incarnés par Daniel Day-Lewis toujours habité et par Sean Bean en taiseux Jem.<br />
Dans quelques scènes qui emportent le spectateur loin de la masure ou des vastes espaces de nature et de plages dans lesquels les deux frères évoluent, on retrouve une petite cité comme on en voit dans les films de Stephen Frears ou de Ken Loach. C&rsquo;est là que vit Nessa (Samantha Morton, vue dans<strong> In America</strong> en 2003, <strong>The Whale</strong> en 2023 et bientôt dans<strong> The Odyssey</strong> de Christopher Nolan), la femme de Jem et la mère de Brian (Samuel Bottomley), un jeune adulte complètement perturbé par le fait de ne plus savoir qui est son père. Sur une moto, Ray reviendra vers les siens. Réussira-t-il à renouer les liens ?</p>
<p><strong>ANEMONE – LES RACINES DU MENSONGE</strong> Drame (Grande-Bretagne – 2h06) de Ronan Day-Lewis avec Daniel Day-Lewis, Sean Bean, Samantha Morton, Samuel Bottomley, Safia Oakley Green. Dans les salles le 25 mars.</p>
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		<title>UNE PLONGÉE DANS LES IMAGES ET L&#8217;ARCHITECTE DE MITTERRAND</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 22:20:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[DOSSIER 137 Dans un bureau anonyme, un homme, le visage fermé, regarde un écran avec des images de manifestation à Paris. Mouvement de foule et intervention des forces de l’ordre. En décembre 2018, le mouvement des gilets jaunes a pris une ampleur considérable. Sur les images, un CRS casqué. On voit bien son visage. « [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAADossier137.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21025" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAADossier137-195x300.jpg" alt="Dossier 137" width="195" height="300" /></a>DOSSIER 137</strong><br />
Dans un bureau anonyme, un homme, le visage fermé, regarde un écran avec des images de manifestation à Paris. Mouvement de foule et intervention des forces de l’ordre. En décembre 2018, le mouvement des gilets jaunes a pris une ampleur considérable. Sur les images, un CRS casqué. On voit bien son visage. <em>« Vous vous reconnaissez ? »</em> demande le commandant Stéphanie Bertrand, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices… Après <strong>La nuit du 12</strong> (2022), évocation d’un féminicide épouvantable et non résolu, Dominik Moll se penche sur une facette plutôt méconnue de la police avec l&rsquo;Inspection générale de la police nationale (IGPN) qui regroupe des policiers enquêtant sur d’autres policiers. Le cinéaste s’intéresse donc aux tensions autour de ces hommes et ces femmes dans une position inconfortable, mal vus, souvent méprisés et parfois détestés par leurs collègues, tout en étant critiqués par certains médias qui leur reprochent d’être juge et partie. Ce sont encore des images, filmées par des smartphones, par des médias, par des caméras de surveillance qui vont servir de base à une nouvelle enquête ouverte à l’IGPN. Un jeune type de 20 ans a été grièvement blessé par un tir de LBD, un lanceur de balles de défense. Dominik Moll a imaginé une fiction nourrie de plusieurs affaires réelles. Notamment celle d’une famille venue de la Sarthe pour la défense des services publics et dont le plus jeune fils a eu la main mutilée par une grenade de désencerclement. Le commandant Bertrand va plonger dans ces images qui sont souvent la seule manière de faire progresser l’enquête, de retrouver des témoins des faits, d&rsquo;entendre des policiers, forcément rétifs à reconnaître leurs responsabilités et plaidant l’épuisement tout comme la pression du gouvernement et des autorités, face à un chaos, un chienlit inacceptables. <strong>Dossier 137</strong> fonctionne comme un vrai thriller mais c’est presque aussi un « documentaire » avec, par exemple, le poids de la procédure, la rédaction des procès-verbaux, les réquisitions… En rassemblant les pièces du dossier, en confrontant des versions, Stéphanie et son équipe cherchent à découvrir ce qui s’est réellement passé, un soir, à quelques pas des Champs-Élysées. Dans un monde très polarisé et souvent qualifié d’irréconciliable, <strong>Dossier 137</strong> pose la question du point de vue. Et interroge la nécessité de se mettre à la place de l’autre, d’envisager son point de vue! Primé du César de la meilleure actrice, Léa Drucker est indiscutablement le remarquable personnage pivot du film. Il faut plonger sans délai dans ce dossier ! (Blaq Out)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAInconnuGrandeArche.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21027" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAInconnuGrandeArche-203x300.jpg" alt="Inconnu Grande Arche" width="203" height="300" /></a><strong>L&rsquo;HOMME DE LA GRANDE ARCHE</strong><br />
En 1982, François Mitterrand lance un concours d’architecture anonyme sans précédent pour la construction, du côté de la Défense, d’un édifice emblématique dans l’axe du Louvre et de l’Arc de Triomphe… A l’Elysée, on lui présente une maquette et le président observe : <em>« C’est très beau !»</em> Lorsque les résultats du concours sont annoncés, la stupéfaction est générale. Mais qui est donc cet architecte danois de 53 ans nommé Johan Otto von Spreckelsen ? C’est ce Spreckelsen, accompagné de son épouse, qui débarque dans la capitale pour s’atteler au plus grand chantier de l’époque. L’architecte entend bien bâtir sa grande arche, qu’il nomme Le cube, telle qu’il l’a imaginée mais ses idées et sa radicalité vont très vite se heurter à la complexité du réel et aux aléas de la politique. <strong>L’inconnu de la grande arche</strong> raconte une page des années Mitterrand. En adaptant le roman <em>La grande arche</em> de Laurence Cosse, paru en 2016 chez Gallimard, Stéphane Demoustier invite le spectateur à se glisser dans les arcanes d’un chantier pharaonique. Mais il montre surtout un Spreckelsen confronté, à travers Mitterrand, même lorsqu’il est invisible, à un fonctionnement politique et technocratique. De là dire comme l’architecte, qu’il se sent cerné par les gangsters et les menteurs… En s’appuyant sur le décalage de plus en plus grand qui s’instaure entre l’architecte danois et le monde qui l’entoure, depuis Subilon, le haut fonctionnaire en charge du dossier, à l’architecte français Paul Andreu, maître d’oeuvre de réalisation, le cinéaste construit une fable moderne parfois cinglante, parfois ubuesque, toujours palpitante et qui nous maintient agréablement en haleine. Et lorsque la cohabitation s’en mêle (avec le délicieux Juppé en ministre du budget), Spreckelsen finit par rendre son tablier… Devenu enseignant, l’architecte soupire, las, à une étudiante : <em>« Ce n’est plus mon cube… »</em> <strong>L’inconnu de la grande arche</strong> est aussi réussi sous l’angle de la reconstitution historique des années 80. Par sa démesure, l’arche finit par écraser Spreckelsen. Le film a recours à des effets spéciaux qui ont permis d’animer des photographies et, en somme, à faire rentrer le film dans les images d’archives. Michel Fau est un étonnant Mitterrand volontiers marmoréen. Xavier Dolan est Subilon et Swann Arlaud incarne Andreu. Enfin Sidse Babett Knudsen (la fameuse série <strong>Borgen</strong>) et Claes Bang (vu dans <strong>The square</strong> de Ruben Ostlund) forment le couple danois. Quant à la fin, dans un cimetière sous la pluie, elle est émouvante ! (Le Pacte)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAChevauxFeu.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21023" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAChevauxFeu-191x300.jpg" alt="Chevaux Feu" width="191" height="300" /></a><strong>LES CHEVAUX DE FEU</strong><br />
Dans un village houtsoule des Carpates ukrainiennes, dans la seconde moitié du 19e siècle, le père du jeune Ivan se bat, après la messe, avec un homme qui le tue. Ivan se lie avec Maritchka, la fille de l&rsquo;homme qui a tué son père. Devenus adultes, les deux amoureux décident de se marier malgré la haine des deux familles. Mais Ivan doit d&rsquo;abord aller travailler à l&rsquo;alpage et demande à Maritchka de l&rsquo;attendre. Un jour, celle-ci, qui garde des moutons, tente de sauver un agneau. Malheureusement, elle tombe dans un torrent et se noie. Ivan devient très solitaire, bourru et malade. Il décide, après une longue période, de recommencer sa vie en se mariant avec Palagna. Bonheur de courte durée, car Ivan continue à rester obsédé par le souvenir de Maritchka, et Palagna, après avoir prié pour sauver leur mariage et avoir un enfant, se console avec Youra, le sorcier du village. Dans une taverne, les rivaux se rencontrent et se battent, Ivan reçoit un coup de couteau. Il déambule jusque dans la forêt, où il ressent la présence de l&rsquo;esprit de Maritchka. Il voit son image pâlie, elle touche sa main, et Ivan meurt. Le village lui consacre alors des obsèques traditionnelles. A contre-courant du cinéma soviétique officiel de l&rsquo;époque, Sergueï Paradjanov signe, en 1965, en adaptant une nouvelle de l&rsquo;écrivain ukrainien Mykhaïlo Kotsioubynsky, l&rsquo;une des œuvres cinématographiques majeures du 20e siècle qui s&rsquo;imprègne du folklore des Carpates et stupéfie toujours par sa modernité. Ce qui fait en effet la force de ce film, ce sont ses mouvements de caméra déjantés, tordus en tous sens, s&rsquo;enchaînant avec une rapidité folle. Un épatant travail sur l&rsquo;image à mettre au crédit du chef opérateur Youriï Illienko. Disponible pour la première fois en Blu-ray et présenté dans une nouvelle restauration 4K, voici une sublime variation au lyrisme échevelé sur Roméo et Juliette tournée en Ukraine en langue houtsoule, Le film marque l’avènement d’un cinéma soviétique ouvertement poétique et formaliste, révélant au monde un immense réalisateur en la personne de Sergueï Paradjanov. Sa caméra virevoltante, ses tableaux aux couleurs vives, puisant dans la tradition picturale ukrainienne, font des <strong>Chevaux de feu</strong> une célébration vivante de la beauté du monde et de l’art. Dans les suppléments, on trouve <strong>Caméra émotion</strong> (33 mn), un entretien inédit avec Daniel Bird, écrivain, réalisateur et spécialiste du cinéma d’Europe de l’Est qui note : <em>« La caméra émotion est dynamique. Elle bouge, elle occupe des positions qui sont humainement impossibles. Elle est, comme son nom l’indique, expressive. »</em>. <strong>Paradjanov, le dernier collage</strong> (1995 &#8211; 68 mn) est un hommage réalisé par Rouben Kevorkiantz et Krikor Hamel au cinéaste plasticien à travers les réminiscences d’un parcours difficile. L’amour, la mort, l’exil, les amis et les villes où il vécut (Tbilissi, anciennement Tiflis, Kiev, Erevan) constituent sept récits de la vie tumultueuse de Paradjanov, qui lèvent le voile sur de nombreux fragments inédits de son œuvre. Enfin <strong>Les mains d&rsquo;or</strong> (1960 &#8211; 36 mn), réalisé par Sergueï Paradjanov, Oleksandr Nikolenko et Oleksii Pankratiev évoque les activités des artisans folkloriques ukrainiens, qui créent de véritables chefs-d’œuvre de l’art. (Carlotta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMauvaisCoups.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21032" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMauvaisCoups-204x300.jpg" alt="Mauvais Coups" width="204" height="300" /></a><strong>LES MAUVAIS COUPS</strong><br />
Milan et Roberte sont mariés depuis dix ans. Depuis que Milan s’est retiré de l&rsquo;univers de la course automobile à la suite du décès de son meilleur ami, rien ne va plus entre eux. Réfugié dans un domaine enfoui dans la campagne bourguignonne, ce couple fusionnel, après avoir vécu sous les feux de la notoriété, s&rsquo;abîme désormais dans la solitude. Roberte, qui fut la muse dévouée et admirative mais insatiable de reconnaissance de son mari, se noie dans l’alcool pendant que Milan va chasser dans la campagne environnante. Le face-à-face est entré dans un processus de destruction réciproque. Un jour, Hélène, une jeune et jolie institutrice, arrive dans le village. La belle jeune femme va accentuer, malgré elle, le désordre du couple. Elle se lie d&rsquo;amitié avec Roberte, en exacerbant les sentiments de Milan… Révélé en 1956 à l’écran comme acteur dans <strong>Un condamné à mort s’est échappé</strong> de Robert Bresson, François Leterrier passe à la réalisation en 1961. Pour son premier film, il adapte le roman éponyme de Roger Vailland qu’il co-scénarise avec l’auteur. L’histoire est largement inspirée de la vie conjugale de l’auteur avec sa première épouse. L’amour décrit par Roger Vailland est une passion dévastatrice où la femme qu’il a aimée devient un oiseau de proie redoutable au point de ressentir de la répulsion à son égard. Elle incarne, dans le livre puis dans le film, ce corbeau tué par Milan lors d’une partie de chasse. Lorsque ce dernier le ramène à Roberte, celle-ci comprend, à travers l’image de cet animal de mauvais augure, que c’est elle qu’il a tuée à travers lui. Le changement majeur de l’adaptation vient du choix du personnage principal. Le roman était l’histoire d’un homme. Avec Signoret, le film devient le drame d’une femme. Marquée par l&rsquo;influence de Bresson, cette histoire de décomposition d&rsquo;un couple en forme de drame hivernale (les paysages brumeux en noir et blanc sont magnifiques) est portée par un trio tragique. Si l&rsquo;Américain Reginald Kernan (Milan) comme la jeune Alexandra Stewart (Hélène) sont des inconnus, Simone Signoret, lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 pour <strong>Les chemins de la haute ville</strong>, domine la distribution et incarne à la perfection cette femme de quarante ans qui sait que sa jeunesse est partie mais qui continue de vivre intensément. Comme le dira Milan : <em>« Roberte est une flamme. Elle flambe. »</em> A la sortie des <strong>Mauvais coups</strong> (présenté dans une belle édition dvd/Blu-ray restaurée), la critique unanime loua la prestation de Simone Signoret. <em>Les Lettres françaises</em> écrivent : <em>« Sarcastique, ivre, déchirée, elle trouve ici son meilleur rôle depuis bien longtemps. »</em> A (re)découvrir, ne serait-ce que pour Simone Signoret. (Pathé)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAAubergePeché.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21021" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAAubergePeché-204x300.jpg" alt="Auberge Peché" width="204" height="300" /></a><strong>L&rsquo;AUBERGE DU PECHÉ</strong><br />
Serveuse au café Rallier, une auberge tenue par un couple de vieux acariâtres, Gilberte rêve d’une autre vie. Lorsqu&rsquo;un soir d&rsquo;orage, un mystérieux voyageur pousse la porte du café (surnommé L&rsquo;auberge du péché), et lui confie un sac bourré de billets de banque avant de filer et d’être assassiné devant l&rsquo;établissement, Gilberte n’hésite pas à cacher son magot. Mais des types aux mines patibulaires font leur apparition. Le danger se rapproche et les choses se passent mal pour la pauvre Gilberte. Un policier en vacances, Briquet, décide d’enquêter sur l’affaire lorsque surgit Laura, la sœur jumelle de Gilberte… Sorti en 1949 et méconnu du grand public, <strong>L’auberge du péché</strong> est le dernier film de Jean de Marguenat (1893-1956) et le seul polar d&rsquo;un cinéaste, jusqu’alors spécialisé dans les drames et les comédies. <strong>L’auberge du péché</strong>, qui ressort dans une belle édition dvd/Blu-ray restaurée, est une adaptation du roman policier <em>Café noir</em> (1947) écrit par Georges André-Cuel. Le romancier a collaboré aux dialogues du film mais de grandes différences existent entre le livre et le film. Certains personnages apparaissent tandis que d’autres disparaissent. De Marguenat a tenu à apporter une vraie touche d’originalité à chaque caractère, peignant ainsi une véritable galerie de personnages. L’inspecteur Briquet (Jean-Pierre Kérien), sérieux dans le roman, est ici moqueur et futé. Les sœurs jumelles, Gilberte et Laura, interprétées par Ginette Leclerc, l&rsquo;inoubliable interprète du <strong>Corbeau</strong> de Clouzot et de <strong>La femme du boulanger</strong> de Pagnol, sont des personnages totalement effacés dans le roman. Dans le film de Marguenat, elles sont, au contraire, des femmes fortes et combatives qui décident pour elles-mêmes. Au détour d’une distribution d’une grande qualité, on y rencontre des personnages pittoresques : un juge poète et lunaire, un inspecteur énervé et jaloux, un commissaire sournois et méfiant, un notaire détective et gaffeur qui échafaude des solutions plus abracadabrantes les unes que les autres, une patronne d’hôtel truculente&#8230; Tous apportent de la légèreté au film permettant ainsi de le faire naviguer d’un genre à l’autre. À sa sortie, le film connait un beau succès public et critique. Injustement tombée dans l’oubli, <strong>L&rsquo;auberge…</strong> mérite une redécouverte. (Pathé)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAInteretdAdam.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21029" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAInteretdAdam-234x300.jpg" alt="Dans Interet d'Adam" width="234" height="300" /></a><strong>DANS L&rsquo;INTERÊT D&rsquo;ADAM</strong><br />
Dans le service de pédiatrie d’un hôpital public, une blouse blanche s’applique à retirer, le plus délicatement possible, une sonde gastrique à un enfant de quatre ans. Rebecca, sa mère, est à ses côtés mais elle ne peut pas rester. En effet, une ordonnance d’un magistrat ne l’autorise qu’à venir deux fois par jour auprès de son fils, le temps de lui donner à manger. Car il faut qu’Adam se nourrisse au risque de voir son état de santé sérieusement se dégrader. La blouse blanche, c’est Lucie, l’infirmière en chef du service. Elle apaise Adam et s’occupe autant de Rebecca qui dit et répète qu’elle veut rester auprès de son fils, passer la nuit auprès de lui. Autour de Lucie, on estime que Rebecca doit quitter les lieux mais Lucie tente de calmer le jeu. Dans l’intérêt d’Adam. Lorsque Rebecca décide d’enlever Adam et de s’enfuir, dans la nuit avec lui, les choses tournent mal. On avait remarqué la réalisatrice bruxellloise Laura Wandel en 2021 à Cannes avec <strong>Un monde</strong>, son premier long-métrage, qui se penchait sur le harcèlement scolaire à travers le parcours de deux enfants. Avec <strong>Dans l’intérêt d’Adam</strong>, elle immerge cette fois le spectateur dans l’univers hospitalier à travers l’existence d’une infirmière qui s’implique, sans doute au-delà de la normale, dans le « sauvetage » d’un gamin. En cela, Lucie va se heurter à sa hiérarchie. Tout bonnement parce qu’elle ne supporte pas de voir la détresse autant d’un gamin dénutri que d’une mère à la fois inquiétante et vulnérable, persuadée qu’on va lui retirer la garde de son petit Adam. Durant quelques heures, on reste au plus près du quotidien de cette infirmière qui voit passer dans son service une fratrie de quatre gamins sous le coup d’une ordonnance de placement ou encore une grande adolescente voilée qui a avorté. Avec une caméra portée, tout en mouvement, le film donne remarquablement à voir le rythme effréné du personnel soignant. Ainsi, on suit les déambulations incessantes d’une Lucie, presque en apnée, superbement incarnée par Léa Drucker dont le visage fatiguée impressionne. A ses côtés, Anamaria Vartolomei, découverte dans <strong>L’événement</strong> (2021), est Rebecca, une jeune mère à la dérive. (Memento films)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACoffretAnnHui.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21024" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACoffretAnnHui-205x300.jpg" alt="Coffret Ann Hui" width="205" height="300" /></a><strong>COFFRET ANN HUI</strong><br />
Avec plus de trente longs-métrages à son actif, Ann Hui, née en 1947, est l’une des légendes vivantes du cinéma asiatique. D’une grande diversité de genres, son œuvre porte une attention soutenue à la question de l’exil, à l’histoire et à l’identité hongkongaises, comme en témoignent les trois films réunis pour la première fois dans un beau coffret deux Blu-ray. Si Ann Hui signe un cinéma souvent formellement audacieux, elle apporte une attention particulière aux questions sociales et politiques que l&rsquo;on retrouve dans presque tous ses films. Le coffret réunit trois œuvres fortes de la plus grande réalisatrice hongkongaise, ainsi son coup d’essai <strong>The Secret</strong> (1979), un polar mystique à la narration éclatée, ensuite son grand succès <strong>Boat People</strong> (1982), un drame politique présenté hors compétition au Festival de Cannes 1983 et enfin le romanesque <strong>Love in a Fallen City</strong> (1984) qui relate un pan méconnu du passé de Hong Kong avec une rare justesse. <strong>Boat People</strong> raconte, en 1978, l&rsquo;histoire du photographe japonais Akutagawa qui vient faire un reportage dans la jeune République socialiste du Vietnam. Très vite, il se met à douter de ce qu’il voit : derrière l’enthousiasme de façade se cache en réalité la misère, la famine et la répression policière… Premier long-métrage d&rsquo;Ann Hui, <strong>The Secret</strong> se passe dans le Hong Kong de 1970. Les corps mutilés d’un homme et d’une femme sont retrouvés dans une forêt. Les policiers mettent rapidement la main sur un suspect, atteint de déficience mentale. Pendant ce temps, Ah Ming, une amie des disparus, cherche à en savoir plus sur cette tragédie et découvre l’existence d’une mystérieuse femme liée au couple… <strong>Love in a Fallen City</strong> se déroule à Shanghai en 1941. Divorcée depuis des années, Pai Liu-su part pour Hong Kong où elle se met à fréquenter la haute société de la colonie britannique. Elle fait alors la connaissance du riche et séduisant Fan Liu-yuan… En exclusivité mondiale, le coffret présente le dernier film d&rsquo;Ann Hui, totalement inédit en France et jamais édité dans le monde. Dans <strong>Elégies</strong> (2023), la cinéaste revient à ses premières amours avec ce film sur la poésie qui examine l’héritage de la scène littéraire hongkongaise. Les voix de deux poètes aux idéaux et styles de vie très distincts se répondent comme les deux pôles opposés d’une même réalité. Dans les suppléments, on trouve une conversation (27 mn) autour de Boat People entre Ann Hui et Stanley Kwan ainsi qu&rsquo;un document (8 mn) sur la restauration de The Secret. (Carlotta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAJeanValjean.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21030" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAJeanValjean-221x300.jpg" alt="Jean Valjean" width="221" height="300" /></a><strong>JEAN VALJEAN</strong><br />
Un homme voûté, fatigué, épuisé même, traverse, seul, de vastes espaces de nature. Tiraillé par la faim, il frappe aux portes qui, toutes, se referment. Nous sommes en 1815. Jean Valjean vient de sortir du bagne de Toulon, après 19 ans de travaux forcés. Un homme sans problème dont la vie a été saccagée parce qu’il a volé une miche de pain pour nourrir de pauvres gamins affamés. Dans un bourg perdu, il trouve refuge chez un homme d’Église. Face à Mgr Myriel, surnommé Monseigneur Bienvenu, la sourde et profonde colère du forçat s’effrite lentement. Comment cet homme en soutane peut-il l’appeler Monsieur et l’inviter à partager sa table avant de lui offrir l’hospitalité d’un lit aux draps blancs, lui le bagnard qui <em>« jugea la société et la condamna à sa haine »</em>… C’est donc à une manière d’avant-Jean Valjean qu&rsquo;Eric Besnard invite le spectateur. En s’inspirant librement de Victor Hugo, le cinéaste signe une monographie du Valjean originel à travers un face-à-face entre deux hommes auxquels la vie n’a pas fait de cadeau. Dans une mise en scène des plus classiques, le cinéaste orchestre un dialogue entre deux âmes blessées. Bienvenu et Valjean vont ainsi faire, à pas comptés, le chemin, l’un vers l’autre. Lorsque, parti dans la nuit avec les fameux couverts en argent, Valjean est ramené par les gendarmes, Mgr Bienvenu le dédouane et, mieux, lui offre deux chandeliers. Traité dans des teintes « ténébreuses » avant que les images ne s’éclairent finalement avec un Valjean qui lève les yeux au ciel, le film fait la part belle à un Gregory Gadebois en massif mais douloureux Jean Valjean. Il marche ainsi dans les pas de nombreux prédécesseurs comme Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura, Liam Neeson, Jean-Paul Belmondo ou Hugh Jackman. Face à lui, Bernard Campan est remarquable aussi en Myriel. Alexandra Lamy incarne Madame Magloire et Isabelle Carré, la souffreteuse et tragique Baptistine. Lorsque le film s’achève, commence l’autre histoire de Valjean, celui qui incarne la rédemption, la résistance morale et la lutte contre l’injustice sociale. (Warner)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVoixHindRajab.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21040" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVoixHindRajab-220x300.jpg" alt="Voix Hind Rajab" width="220" height="300" /></a><strong>LA VOIX D&rsquo;HIND RAJAT</strong><br />
Le 29 janvier 2024, Hind Rajab a fui la ville de Gaza en voiture avec son oncle, sa tante et leurs enfants. La voiture est prise pour cible par Tsahal. Seule la fillette de six ans survit. Pendant des heures, elle reste coincée dans le véhicule immobilisé et garde le contact par téléphone avec les employés du Croissant-Rouge palestinien, qui tentent de calmer l&rsquo;enfant effrayée. Des ambulanciers se mettent alors en route pour la sauver, avant de se faire eux-mêmes attaquer et tuer. Après le retrait de l&rsquo;armée israélienne, les corps de Rajab, des membres de sa famille et des ambulanciers, sont découverts le 10 février. Kaouther Ben Hania, réalisatrice tunisienne largement remarquée pour sa docufiction <strong>Les Filles d&rsquo;Olfa</strong> (2023), nommé aux Oscars, est en tournée promotionnelle aux Etats-Unis lorsqu&rsquo;elle apprend par les médias, le sort de Hind Rajab. Elle écoute les enregistrements audio accessibles au public et, bouleversée, ne peut poursuivre son voyage. Elle contacte le Croissant-Rouge palestinien, qui lui fournit un enregistrement de 70 minutes de la conversation téléphonique. Ben Hania décide alors de traiter cet événement dans un film, alors qu&rsquo;elle est sur le point de commencer la pré-production d&rsquo;un autre projet cinématographique préparé depuis plusieurs années. Pour préparer ce qui sera son septième long métrage, la cinéaste a de longues conversations avec la mère de Rajab ainsi qu&rsquo;avec des personnes avec lesquelles la jeune fille a été en contact téléphonique peu avant sa mort et qui ont tenté de l&rsquo;aider. Le film se déroule en huis clos dans le centre d’appel du Croissant-Rouge palestinien de Ramallah. La violence n&rsquo;est perceptible pour le spectateur que par la bande sonore. <em>« Je voulais me concentrer,</em> dit la réalisatrice,<em> sur l&rsquo;invisible : l&rsquo;attente, la peur, le bruit insupportable du silence quand aucune aide n&rsquo;arrive. Parfois, ce que l&rsquo;on ne voit pas est plus dévastateur que ce que l&rsquo;on voit »</em>. Pour Ben Hania, la fiction (surtout lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;appuie sur des événements vérifiés, douloureux et réels) est <em>« l&rsquo;outil le plus puissant du cinéma »</em>. (jour2fête)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATorso.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21038" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATorso-200x300.jpg" alt="Torso" width="200" height="300" /></a><strong>TORSO</strong><br />
Un redoutable psychopathe secoue la ville universitaire italienne de Pérouse en étranglant et en assassinant de préférence de jeunes et séduisantes étudiantes en histoire de l&rsquo;art avec un foulard noir et rouge. Le tueur inconnu découpe ensuite ses victimes à la scie. La police est dans le noir. Daniela soupçonne bientôt son fervent admirateur Stefano, un étrange camarade d&rsquo;université, d&rsquo;être le coupable. Sur les conseils de son oncle, elle déménage avec Jane et deux autres étudiantes étrangères de la faculté dans une villa isolée à la campagne. Elles s&rsquo;installent ainsi à Tagliacozzo, un petit village des Abruzzes. La grande demeure est sur une falaise surplombant le bourg. Les quatre amies pensent désormais être à l&rsquo;abri… Un jour, Jane se foule la cheville en tombant dans l&rsquo;escalier. Un médecin lui prescrit des somnifères pour passer la nuit sans souffrir. Mais lorsqu&rsquo;elle se réveille le lendemain matin, elle cherche ses amies qui, sans qu&rsquo;elle s&rsquo;en aperçoive, ont été victimes du tueur sanguinaire pendant la nuit. Pour Jane, il s&rsquo;agit désormais de survie… Réalisateur, scénariste et producteur, Sergio Martino, 87 ans, a connu, dans les années 70, une période où il signa une demi-douzaine de <em>giallo</em> comme <strong>Toutes les couleurs du vice</strong> (1972) ou <strong>Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé</strong> (1972) et donc ce <strong>I corpi presentano tracce di violenza carnale</strong> (en v.o.) en 1973, disponible pour la première fois Blu-ray 4K UHD dans un beau coffret avec des memorabilia. Martino réalise, ici, son film le plus macabre et le plus stylisé. Savoureux mélange de suspense, d’érotisme et de violence graphique,<strong> Torso</strong>, acclamé par Tarantino ou Eli Roth, est considéré comme l’un des premiers ponts vers le cinéma d’horreur moderne. On estime aussi que ce <em>giallo</em> est l&rsquo;un des premiers exemples de<em> slasher</em>, notamment à cause du jeu du chat et de la souris entre le tueur et la dernière survivante qui marque les trente dernières minutes du film. Le film est accompagné d&rsquo;une série de suppléments. Dans <strong>Le premier slasher</strong> (25 mn), Sergio Martino se remémore le tournage du film dans un entretien inédit en France. Avec <strong>Giallo mon amour</strong> (16 mn), le coscénariste Ernesto Gastaldi évoque la grande époque du <em>giallo</em> et ses spécificités en termes d’écriture. Dans <strong>Un Français en Italie</strong> (34 mn), le comédien Luc Merenda revient sur sa carrière en Italie et sur ses rencontres avec les gens du milieu. Dans <strong>Torso 17</strong> (20 mn), la cinéaste Federica Martino, fille de Sergio Martino, songe à un remake de <strong>Torso</strong>. Enfin <strong>Une violence charnelle entre refoulement et débauche</strong> (28 mn) est un entretien avec Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française. (Carlotta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMonsieurTaxi.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21033" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMonsieurTaxi-204x300.jpg" alt="Monsieur Taxi" width="204" height="300" /></a><strong>MONSIEUR TAXI</strong><br />
Jovial chauffeur de taxi toujours flanqué de son chien, Pierre Verger est chamboulé lorsqu&rsquo;il retrouve un sac rempli de billets oublié dans son véhicule par une riche étrangère. Peinant déjà à joindre les deux bouts, Pierre hésite à garder l’argent pour aider sa famille&#8230; Mais pourrait-il se pardonner d’avoir volé une inconnue ? Plutôt que de conserver le magot, Pierre, par honnêteté, décide de retrouver la propriétaire de cet argent. Invisible depuis longtemps et désormais restauré dans une belle édition dvd/Blu-ray, <strong>Monsieur Taxi</strong> réalisé par André Hunebelle en 1952, est une comédie familiale filmée en décors naturels qui emporte, sur les traces d&rsquo;un taxi bourru mais au cœur d’or, le spectateur dans le Paris populaire des années cinquante, dans les rues du 18e et du 19e arrondissements de Paris, du quartier Montmartre ou de la place du Tertre&#8230; Le chauffeur de taxi parisien a souvent inspiré les cinéastes, ainsi avec Harry Baur dans <strong>Paris</strong> (1937) de Jean Choux ou Bernard Blier dans <strong>Sans laisser d’adresse</strong> (1951) de Jean-Paul Le Chanois. Ici, c&rsquo;est Michel Simon qui déploie tout son art avec un bonhomme tendre et aimant, tout en se questionnant sur sa propre honnêteté. Le comédien s’approprie le texte, improvise, ajoute du dialogue, l’intervertit, le modifie, pousse la chansonnette et assène des vérités bien comprises : <em>« Gardez vos bons sentiments. C’est de la monnaie qui n’a plus cours, mais qui ne change pas de valeur. »</em>. Autour de lui, on trouve une une pléiade de seconds rôles : Jean Brochard, Jane Marken, Pauline Carton, Jeanne Fusier-Gir, André Valmy mais aussi des nouveaux venus comme Louis de Funès ou Jean Carmet. <strong>Monsieur Taxi</strong> offre une véritable vision de la France populaire des années cinquante avec ses bistrots de quartier, ses cabarets, ses repas de famille dominicaux. Le film met en lumière les petits métiers, les préoccupations du peuple et les gens ordinaires. Le cinéaste nous plonge ainsi dans ce milieu simple, auprès de personnages que l’on voit tous les jours. Le film sera un gros succès, réunissant plus de deux millions de spectateurs dans les salles. (Pathé)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAManthan.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21031" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAManthan-187x300.jpg" alt="Manthan" width="187" height="300" /></a><strong>MANTHAN</strong><br />
Vétérinaire idéaliste, le docteur Manohar Rao vient fonder une coopérative laitière dans un village où les producteurs de lait sont en majorité des dalits, c&rsquo;est-à-dire des intouchables. Il doit faire face à Mishraji, qui achète à bas prix le lait de tous les villageois, mais aussi au chef du village qui souhaite utiliser la coopérative naissante pour renforcer son pouvoir. Rao s&rsquo;aperçoit vite qu&rsquo;il a besoin du soutien de la population dalit pour réussir son entreprise. Bindu, une femme de caractère appartenant à cette communauté, sympathise avec lui et accepte d&rsquo;y participer, entrainant avec elle les autres femmes. Mais Bhola, dont la forte personnalité fait de lui le leader de la communauté, reste sur ses gardes. Sa méfiance s&rsquo;aggrave lorsqu&rsquo;il découvre qu&rsquo;un des associés de Rao a une aventure avec une femme de sa caste. Lorsque Rao finit par convaincre Bhola, l&rsquo;ensemble du village se rallie à sa cause et des élections sont organisées pour désigner le président de la coopérative. Le vainqueur est un dalit. Mais le chef du village n&rsquo;accepte pas cette remise en cause de son pouvoir. Il trouve un allié en la personne de Mishraji dont l&rsquo;entreprise est menacée par le développement de la coopérative. Mishraji parvient à convaincre Bindu, en grande difficulté financière, de prétendre que Rao l&rsquo;a séduite. Rao et son équipe doivent quitter le village, mais la coopérative ne périclite pas pour autant : les producteurs de lait continuent son œuvre. Inspiré par Verghese Kurien, qui a développé la production de lait dans le pays en s&rsquo;opposant aux multinationales, <strong>Manthan</strong> (pour la première fois en Blu-ray dans sa nouvelle restauration 4K) doit son existence à la formidable mobilisation de 500 000 fermiers de la région du Gujarat, lesquels, à hauteur de deux roupies par personne, ont permis de financer le film. Réalisé en 1976 par Shyam Benegal, pionnier du cinéma « parallèle » indien situé à mi-chemin entre films d’auteur et productions commerciales, <strong>Manthan</strong> jouit d’une popularité inégalée depuis cinquante ans, hautement justifiée par l’incroyable performance de ses acteurs comme par l’impact social qu’il laissa sur son pays. Dans les suppléments, on trouve un retour (10 mn) sur la restauration exceptionnelle, confiée à la Film Heritage Foundation, qui a abouti à la projection du film à Cannes Classics 2024 et à sa ressortie en Inde dans des salles combles. Par ailleurs, une discussion (25 mn) entre l’acteur du film Naseeruddin Shah et Shivendra Singh Dungarpur, directeur de la Film Heritage Foundation, menée par Anupama Chopra pour Film Companion à Cannes 2024. (Carlotta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAOnlAppelleTrinita.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21035" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAOnlAppelleTrinita-193x300.jpg" alt="On lAppelle Trinita" width="193" height="300" /></a><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAOnContinue.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21034" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAOnContinue-193x300.jpg" alt="On Continue" width="193" height="300" /></a><strong>ON L&rsquo;APPELLE TRINITA – ON CONTINUE À L&rsquo;APPELER TRINITA</strong><br />
L’un est vif, espiègle et séducteur, cherchant souvent la bagarre, l’autre est trapu et bourru, capable d’assommer ses adversaires avec une facilité déconcertante. Qui ne se souvient pas avec nostalgie de ce duo comique culte, formé par Terence Hill et Bud Spencer ? Avec leur approche burlesque de la violence, et des personnages résolument bavards, <strong>On l&rsquo;appelle Trinita</strong> (1970) et <strong>On cotinue à l&rsquo;appeler Trinita</strong> (1971) ont profondément transformé le western italien de l’époque. L’alchimie naturelle entre les deux acteurs, combinée au jeu nonchalant et ironique de Terence Hill ont injecté une bonne dose d’humour à ces films. Mêlant baston bon enfant à dose de grosses claques, engueulades loufoques et répliques cinglantes entre les deux personnages, le duo est souvent comparé à Laurel et Hardy ou évoque Astérix et Obélix. Tous deux réalisés par Enzo Barboni, les films connurent à leur sortie un succès phénoménal en salles dans de nombreux pays, notamment en Italie où le premier opus fut le plus grand succès du cinéma italien. S&rsquo;ils avaient déjà partagé l&rsquo;affiche de quatre films, dont l&rsquo;un sans se croiser, Terrence Hill, né Mario Girotti en 1939 et Carlo Pedersoli (1929-2016) dit Bud Spencer forment dès lors un duo qui tiendra la vedette de dix-sept autres films. Dans le premier film, Trinita, cow-boy crasseux mais fine gâchette, se dirige vers la ville dont son frère Bambino, voleur de chevaux, est devenu shérif. Au même moment un homme d’affaires malhonnête et sa bande s’emparent de terres appartenant à une communauté de mormons… Dans le second, Trinita et Bambino font une promesse à leur père sur le point de mourir : ils deviendront de vrais bandits et leurs têtes seront mises à prix. Mais ce n’est pas si simple : leur bonne nature va les amener à prendre la défense de moines menacés par des hors-la-loi. Le succès est tel que des distributeurs ressortirent les anciens films du duo en modifiant le titre pour y intégrer le nom Trinita&#8230; Pour la première fois, les deux films à l’origine du mythe sortent en version remasterisée HD sous forme de combo Blu-Ray/dvd, incluant des photos des films, ainsi que de nombreux bonus vidéo pour chaque film. Du nanan pour les fans de westerns italiens… (Rimini éditions)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACervantesDonQuichotte.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21022" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACervantesDonQuichotte-173x300.jpg" alt="Cervantes avant Don Quichotte" width="173" height="300" /></a><strong>CERVANTÈS AVANT DON QUICHOTTE</strong><br />
Blessé au bras à la bataille de Lépante, puis capturé en haute mer après l&rsquo;attaque du navire sur lequel il voyageait par des corsaires barbaresques, le jeune soldat Miguel de Cervantes est enlevé et enfermé au bagne d&rsquo;Alger en 1575 pour servir d&rsquo;otage. Il va faire plusieurs tentatives d&rsquo;évasion mais sera repris. Conscient qu’une mort cruelle l’attend si sa famille ne paie pas rapidement sa rançon, il va devenir un conteur, inventer des histoires et en lire d&rsquo;autres au pacha qui les détient prisonniers, lui et ses compagnons. Et puis Cervantès va rédiger les premiers brouillons de ce qui deviendra plus tard son chef‑d’œuvre… Réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur hispano-chilien, Alejandro Amenabar a été remarqué dès son premier film <strong>Tesis</strong> (1996) qui avait pour toile de fond l&rsquo;univers des <em>snuff-movies</em>. Il enchaînera avec <strong>Ouvre les yeux</strong> (1997), <strong>Les autres</strong> (2001) avec Nicole Kidman, <strong>Mar adentro</strong> (2004) et l&rsquo;ambitieux <strong>Agora</strong> (2009), drame historique sur la vie de la mathématicienne et philosophe grecque Hypatie… L&rsquo;histoire et plus spécialement, ici, le Siècle d&rsquo;or espagnol, cette période de rayonnement culturel du 16<sup>e</sup> au 17<sup>e</sup> siècle qui vit une floraison artistique et littéraire avec des auteurs comme Cervantès et Lope de Vega, est au coeur de <strong>El cautivo</strong> (en v.o.) qui prend soin de s&rsquo;appuyer sur des événements réels de la vie de l&rsquo;auteur de <strong>Don Quichotte</strong>. S&rsquo;appuyant sur le récit des années de captivité de Cervantès à Alger (de 1575 à 1580), écrit par Antonio de Sosa, Amenabar met en scène avec grâce et fantaisie une aventure pleine de rebondissements qui parle de rapport de pouvoir, d&rsquo;autorité mais aussi de relations humaines, de fraternité, d’amitié, d&rsquo;amour, de trahisons, d&rsquo;humanité en somme… La reconstitution de la citadelle d&rsquo;Alger est une réussite tout comme les relations que Cervantès (Julio Peña Fernández) entretient avec le pacha d&rsquo;Alger (Alessandro Borghi). Une belle ode à la culture, l&rsquo;imagination, l&rsquo;art de conter, la littérature et la liberté. (Blaq Out)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAArco.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21020" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAArco-193x300.jpg" alt="Arco" width="193" height="300" /></a><strong>ARCO</strong><br />
C&rsquo;est pendant l&rsquo;épidémie de Covid et donc dans un contexte anxiogène, que germe l&rsquo;idée d&rsquo;<strong>Arco</strong>. Le cinéaste Ugo Bienvenu éprouve un <em>« besoin de légèreté, d’optimisme »</em> qui l&rsquo;incite à penser un projet pour enfants tourné vers une forme d&rsquo;espoir : <em>« Je me suis dit que si l’on voulait que le meilleur puisse se produire, il fallait déjà l’imaginer »</em>. Dans ses carnets, le réalisateur esquisse le dessin d&rsquo;un arc-en-ciel qui se transforme en personnage. C&rsquo;est le déclic. C&rsquo;est quand Ugo Bienvenu, nourri de <strong>Jumanji</strong>, <strong>Casper</strong>, <strong>Bambi</strong> ou des films de Miyazaki, expose son idée à Félix de Givry, son associé au sein du studio Remembers, que ce dernier lui fait remarquer qu&rsquo;arc-en-ciel se dit <em>arcoíris</em> en espagnol (une langue qu&rsquo;Ugo Bienvenu parle, puisqu&rsquo;il a grandi au Mexique et au Guatemala). C&rsquo;est de ce mot que naissent les noms des deux personnages principaux : Arco et Iris. Arco, dix ans, qui vit en l&rsquo;an 2932, utilise une cape couleur arc-en-ciel pour voyager accidentellement dans le temps jusqu&rsquo;en l&rsquo;an 2075, où il rencontre Iris. Arco est un <em>« adolescent aux yeux gris d’avenante physionomie, cheveux noirs et teint mat, vêtu d’une cape arc-en-ciel, d’un bonnet d’aviateur rose poudré incrusté d’une pierre précieuse. Son monde est celui de l’utopie harmonieuse, du respect du vivant, de l’heureuse combinaison entre les êtres et les choses de la nature. »</em> Pour sa part, Iris est une <em>« fillette brune, coupe carrée, traits asiatiques, vivant dans une maison-champignon techno, en compagnie de parents hologrammatiques trop requis par leur travail, et d’un robot à tout faire »</em>. Iris va s&rsquo;employer à faciliter le retour d&rsquo;Arco à son époque. Premier long-métrage d&rsquo;animation d&rsquo;Ugo Bienvenu, <strong>Arco</strong> a été présenté au Festival de Cannes 2025 dans la section « Séances spéciales ». Il remporte ensuite le Cristal du long métrage au festival international du film d&rsquo;animation d&rsquo;Annecy 2025 et est nommé à l&rsquo;Oscar du meilleur film d&rsquo;animation. <strong>Arco</strong> s’interroge sur la capacité à voir l’autre, de s’ouvrir à la beauté du monde et d&rsquo;explorer les futurs distincts de 2075 et 2932. (Diaphana)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATheKiller.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21036" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATheKiller-206x300.jpg" alt="The Killer" width="206" height="300" /></a><strong>THE KILLER</strong><br />
Jeff est un tueur à gages. Lors d&rsquo;un contrat, il rend accidentellement aveugle Jennie, une chanteuse de bar. Hanté par le remords, il décide d&rsquo;aider Jennie&#8230; et tombe progressivement amoureux d&rsquo;elle. Alors qu&rsquo;il décide d&rsquo;accepter un dernier contrat, dont l&rsquo;argent doit servir à opérer Jennie, il se fait repérer par l&rsquo;inspecteur Li. Les commanditaires de Jeff décident alors de se retourner contre lui et tentent de l&rsquo;assassiner. Coincé entre l&rsquo;inspecteur Li, flic acharné prêt à tout pour l&rsquo;arrêter, et son ancien boss, Jeff n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix que de reprendre les armes. Alors que les amitiés sont trahies, aucun personnage n&rsquo;apparaît ni tout blanc ni tout noir… Ecrit et réalisé par John Woo et sorti en 1989 à Hong Kong, <strong>The Killer</strong>, né à la suite de l&rsquo;énorme succès du <strong>Syndicat du crime</strong> (1986), repose sur des influences telles que <strong>Le samouraï</strong> de Melville ou <strong>Mean Streets</strong> de Scorsese. Si <strong>The Killer</strong> (présenté en Blu-ray série limitée Ultra HD 4K) n&rsquo;est pas un succès immédiat à Hong Kong, il est salué par la critique occidentale pour ses remarquables scènes d&rsquo;action et son style très explosif. Le talent de Woo éclate alors aux yeux du monde avec ce qui sera plus tard considéré, y compris par lui-même, comme son chef-d&rsquo;œuvre. John Woo désire faire un film sur l&rsquo;honneur, la loyauté, l&rsquo;amitié impossible et les relations entre deux personnes apparemment opposées alors que son tueur professionnel (Chow Yun-fat) se découvre une forme d’humanité inattendue après avoir accidentellement blessé une chanteuse innocente (Sally Yeh). Dans <strong>The Killer</strong>, si l&rsquo;on remarque la qualité avec laquelle le cinéaste peaufinent les relations entre ses personnages, on observe aussi que chaque scène de violence chorégraphiée devient un flamboyant ballet tandis que les balles giclent dans tous les coins. Indiscutablement lyrique, le film est du pur spectacle ! (Metropolitan)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATirAVue.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21037" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATirAVue-212x300.jpg" alt="Tir A Vue" width="212" height="300" /></a><strong>TIR À VUE</strong><br />
Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service. Sorti en 1984 dans une France où le climat politique est tendu, <strong>Tir à vue</strong> s’inscrit dans la veine des films noirs français des années 1980, où tension urbaine et désillusion sociale deviennent un véritable décor narratif, reflet d’un pessimisme ambiant à l’opposé des films policiers américains. Autour de petits Bonnie and Clyde à la française, emmené avec fougue par le duo composé de la toute jeune Sandrine Bonnaire (découverte dans <strong>A nos amours</strong> de Pialat) et de Laurent Malet, le film explore la question de ces jeunes paumés qui trouvent dans la violence contre la société une solution à leur mal-être. Pour sa première incursion au cinéma avant une longue carrière à la télévision, Marc Angelo réalise un film à la mise en scène violente et réaliste, qui privilégie les regards et les silences aux dialogues. La musique de Gabriel Yared donne une tonalité urbaine avec une photographie qui montre un Paris glauque, gris et pluvieux dans lequel se débattent des personnages vite englués dans une spirale d’autodestruction. Un film noir intense. (Arcadès éditions)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAImago.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21026" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAImago-178x300.jpg" alt="Imago" width="178" height="300" /></a><strong>IMAGO</strong><br />
Cinéaste vivant en exil entre Bruxelles et Paris, Déni, originaire de Tchétchénie, part en Géorgie, dans la région de Pankissi, invité par son cousin, dans une vallée isolée peuplée de Tchétchènes et proche de la frontière avec la Tchétchénie. Sa mère y a acheté un lopin de terre, pour qu&rsquo;il y construise une maison. Sur place, son entourage n&rsquo;a qu&rsquo;une idée en tête : le marier ! Dans ce film documentaire, le réalisateur d&rsquo;origine tchétchène Déni Oumar Pitsaev filme son propre voyage en Géorgie, retrouvant sa famille tchétchène, ses amis et rêvant de construire la maison sur pilotis de ses rêves. Avec un ton souvent poignant, le cinéaste raconte le poids de l&rsquo;exil et le traumatisme de la guerre sur les relations humaines. Au coeur de sa petite communauté, l&rsquo;auteur montre aussi le poids de la religion et des contraintes sociales, notamment pour le mariage et les enfants. A propos de son film, Pitsaev dit : <em>« C’était un rêve d’enfant. Je n’ai pas eu de maison quand j’étais petit, donc je m’étais promis qu’un jour, j’en construirais une. Et pas n’importe laquelle : une maison qui flotte, construite en verre. Plus jeune, je n’ai pas beaucoup vu le soleil car les bombardements m’obligeaient à descendre régulièrement dans les caves des immeubles pour me protéger. Je voulais donc une maison sans cave, qui laisse entrer la lumière. C’était un moyen pour moi de faire fuir la guerre. »</em> Cette histoire d&rsquo;un documentaire qui se « fabrique » sous les yeux du spectateur (<em>« Briser le quatrième mur,</em> dit Pitsaev, <em>me permettait d’être transparent vis-à-vis de ceux que je filme et de ceux qui regardent »</em>), contient nombre de moments forts. Ici, une assemblée de femmes échangeant sur la religion et la liberté, là, de douces discussions avec sa mère ou encore une amère mise au point avec son père au fil d&rsquo;une sortie en forêt. Deni Oumar Pitsaev livre une radiographie sans concession d&rsquo;une petite communauté dans laquelle il semble avoir du mal à retrouver une place. Présenté lors de la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2025, <strong>Imago</strong> a valu à son auteur l&rsquo;Œil d&rsquo;or du meilleur documentaire. (Blaq Out)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAInsaissisables3.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-21028" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAInsaissisables3-178x300.jpg" alt="Insaissisables 3" width="178" height="300" /></a><strong>INSAISISSABLES 3</strong><br />
Pour réaliser le braquage le plus impressionnant jamais imaginé, Daniel Atlas recrute un trio de jeunes et talentueux illusionnistes. Il est vrai qu&rsquo;il s&rsquo;agit de mettre au point le plus spectaculaire des tours de magie : dérober le Diamant-Coeur, joyau le plus précieux au monde qui appartient à une redoutable organisation criminelle, revendeuse d&rsquo;armes. Les quatre Cavaliers sont de retour dans le troisième volet d&rsquo;une franchise qui s&rsquo;est ouverte avec <strong>Insaisissables</strong> (2013) de Louis Leterrier puis<strong> Insaisissables 2</strong> (2016) de Jon Chu. Cette fois, c&rsquo;est Ruben Fleischer (auteur de <strong>Retour à Zombieland</strong> ou<strong>Venom</strong>) qui est aux manettes d&rsquo;un n°3 qui tient ses promesses. Accompagnés d’un groupe de jeunes magiciens qui espèrent suivre leur trace, le quatuor va devoir repousser les limites de l’illusion face à des affreux dirigés par la suave et redoutable Veronika Vanderberg. On retrouve, ici Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Dave Franco, Lizzy Caplan, Morgan Freeman, Isla Fischer désormais secondés par des petits nouveaux (Dominic Sessa, Justice Smith et Ariana Greenblatt). Sans oublier l&rsquo;excellente Rosamund Pike en parfaite méchante. Le choc des générations, les effets spéciaux à gogo et la magie mêlée à l&rsquo;action font de ce n°3 un spectacle jubilatoire. <em>« On n&rsquo;arrête pas le diable en lui coupant les mains mais en lui volant son porte-feuille »</em> ! (M6)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAUrgence.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-21039" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAUrgence-210x300.jpg" alt="Urgence" width="210" height="300" /></a><strong>URGENCE</strong><br />
A Paris, en 1985, Max Forestier, jeune journaliste infiltré depuis plusieurs mois, dans un groupe terroriste néo-nazi, est surpris par l’un d’eux, Lucas Schroeder, en train de filmer la mise en place d’un attentat raciste. Mortellement blessé, il a juste le temps de remettre à sa sœur, Lysa, un étrange message. D’abord prise en chasse par les poursuivants de Max, Lysa parvient à s’enfuir et arrive jusqu’à l’agence de presse Omega, pour laquelle son frère travaillait dans l’ombre du journaliste Villard. Elle y rencontre Jean-Pierre Mougin, un jeune chroniqueur sportif qui, malgré lui, se trouve embarqué dans une enquête marathon de trente-six heures, pour comprendre où et quand aura lieu cet attentat. En 1985, Gilles Béhat retranscrit les inquiétudes de son époque, liée notamment à la montée de l’extrême droite en France. Entre course-poursuite haletante, atmosphère conspirationniste et groupe néo-nazi, le film plonge dans les zones grises d’une société en proie à l’angoisse et à la peur. Le cinéaste qui avait signé <strong>Rue barbare</strong> (1983), un solide polar tiré d&rsquo;un roman de David Goodis, joue à nouveau avec les codes du genre et entraîne le spectateur dans une aventure palpitante : rythme soutenu, violence graphique et course-poursuites dans un Paris nocturne. Si les comédiens Richard Berry, Fanny Bastien, Bernard-Pierre Donnadieu ou Jean-François Balmer constituent un casting de choix, ce film policier engagé (qui sort dans une édition Blu-ray) peine, surtout dans son final, à trouver le ton juste… Cependant, par son propos, <strong>Urgence</strong> résonne d&rsquo;une manière très actuelle. (Arcadès éditions)</p>
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		<title>Luchaire, père et fille, dans la boue de la collaboration</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Mar 2026 12:48:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_21008" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres2.jpg"><img class="size-medium wp-image-21008" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres2-300x125.jpg" alt="Jean Luchaire (Jean Dujardin) et sa fille Corinne (Nastya Golubeva). DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Jean Luchaire (Jean Dujardin)<br />et sa fille Corinne (Nastya Golubeva). DR</p></div>
<p>Une jeune femme à la mine souffreteuse couvre sa tête d&rsquo;un foulard et chausse des lunettes sombres. Nous sommes à Paris en 1948 et cette mère d&rsquo;une petite Brigitte sort de son immeuble pour rejoindre un parc où sa fillette joue dans un bac à sable. Deux hommes qui la guettaient, la suivent et la molestent, la jetant à terre tout en l&rsquo;insultant. Elle n&rsquo;aura la vie sauve que grâce à l&rsquo;intervention d&rsquo;une voisine et d&rsquo;un agent de police. <em>« Il faut aller porter plainte ! </em>» Mais la jeune femme ne veut pas entendre parler de la police… Sa voisine, récemment émigrée du Chili avec son mari, lui confie le magnétophone dont elle se sert pour ses consultations d&rsquo;orthophoniste.<br />
Dans une certaine confusion de sa mémoire, Corinne Luchaire va alors tenter, dans une suite de flash-backs, de retrouver le fil des événements d&rsquo;une sinistre odyssée vécue, dans la France occupée, au côté de son père&#8230;<br />
Si le cinéma français s&rsquo;est souvent penché sur la période de l&rsquo;Occupation et largement sur la place de la Résistance, il s&rsquo;est beaucoup moins attaché à la collaboration. Il faut ainsi remonter à 1974 et à <strong>Lacombe Lucien</strong> pour avoir une œuvre forte sur le sujet. Le film fit du bruit. En questionnant l&rsquo;héroïsme de l&rsquo;engagement au regard du hasard des circonstances, Louis Malle provoqua une imposante polémique qui l&rsquo;amena, d&rsquo;ailleurs, à quitter la France pour aller travailler, dix ans durant, à Hollywood.<br />
Réalisateur de productions populaires comme <strong>Quand j&rsquo;étais chanteur</strong> (2006) ou <strong>Marguerite</strong> (2015) mais aussi de films d&rsquo;auteur comme <strong>A l&rsquo;origine</strong> (2009) ou <strong>L&rsquo;apparition</strong> (2018), Xavier Giannoli a signé, en 2021, avec <strong>Illusions perdues</strong>, une belle adaptation de Balzac. On y croisait l&rsquo;ambitieux Lucien de Rubempré qui constate que <em>« tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes&#8230; »</em></p>
<div id="attachment_21007" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres1.jpg"><img class="size-medium wp-image-21007" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres1-300x125.jpg" alt="Jean Luchaire dans la salle de rédaction des Nouveaux temps. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Jean Luchaire dans la salle de rédaction<br />des Nouveaux temps. DR</p></div>
<p>Avec cette fresque historique dans la France sous la botte allemande qu&rsquo;est <strong>Les rayons et les ombres</strong> (le titre fait référence au recueil éponyme de poèmes de Victor Hugo), le cinéaste pourrait aisément reprendre certains traits de Rubempré pour les appliquer à Jean Luchaire. Giannoli a fait le choix de raconter l&rsquo;aventure de Jean Luchaire à travers le regard et les souvenirs de sa fille Corinne.<br />
Né en 1901 dans une famille bourgeoise, Jean Luchaire se consacre, après avoir assisté à la montée du fascisme en Italie, au journalisme en France. Il s&rsquo;oppose au traité de Versailles qu&rsquo;il juge injuste pour l&rsquo;Allemagne. Humaniste et homme de gauche, Luchaire se fait, dès les années 1920, le promoteur d&rsquo;un rapprochement entre la France et l&rsquo;Allemagne. C&rsquo;est dans cette perspective qu&rsquo;il soutient la politique extérieure de pacification européenne d&rsquo;Aristide Briand. A cette époque, Luchaire, devenu ami avec l&rsquo;Allemand Otto Abetz, oeuvre pour l&rsquo;amitié franco-allemande. Aucun d&rsquo;eux n&rsquo;a alors d&rsquo;attirance pour le nazisme. Mais l&rsquo;arrivée au pouvoir d&rsquo;Hitler en Allemagne en 1933 va progressivement faire d&rsquo;eux des complices objectifs du nouveau régime.<br />
Luchaire est convaincu que l’établissement d’une paix définitive passe par une politique de conciliation entre les deux pays. En mars 1933 : il écrit <em>« Européens, nous devons traiter avec les gouvernements européens quels qu&rsquo;ils soient. (…) Stresemann nous était plus sympathique qu&rsquo;Hitler mais Hitler, c&rsquo;est l&rsquo;Allemagne. (…) Au surplus, ce qui compte essentiellement à nos yeux, c&rsquo;est la paix. La liberté n&rsquo;est le plus précieux des biens qu&rsquo;à condition de vivre. »</em></p>
<div id="attachment_21009" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres3.jpg"><img class="size-medium wp-image-21009" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres3-300x125.jpg" alt="Otto Abetz (August Diehl), du pacifiste au dignitaire nazi. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Otto Abetz (August Diehl),<br />du pacifiste au dignitaire nazi. DR</p></div>
<p>En 1937, Otto Abetz est expulsé de France. Il va réapparaitre, sous l&rsquo;uniforme nazi, comme ambassadeur d&rsquo;Allemagne à Paris (alors que le gouvernement français se trouve à Vichy), chargé d&rsquo;une politique de collaboration entre le Troisième Reich et la France vaincue. Jean Luchaire fonde alors <em>Les Nouveaux temps</em>, organe de presse visant à soutenir la politique d&rsquo;Abetz.<br />
De son côté, Corinne, la fille aînée de Jean Luchaire, va faire parler d&rsquo;elle sur la scène artistique. Remarquée au théâtre en 1937 dans <em>Altitude 3200</em>, une pièce écrite par son grand-père, elle est engagée à 17 ans par le réalisateur Léonide Moguy qui lui offre le premier rôle de <strong>Prison sans barreaux</strong> (1938). Fascinée par les ors du spectacle (elle admire Greta Garbo), elle tourne six films en deux ans, notamment avec Pierre Chenal ou Raymond Bernard. Mais la tuberculose, probablement héritée de son père, va mettre un terme à sa carrière.<br />
A ce couple parfois étrange dans sa proximité, s&rsquo;ajoute donc le personnage d&rsquo;Otto Abetz, l&rsquo;ami allemand et francophile de Luchaire aux heures exaltantes du pacifisme européen. Abetz rejoindra le NSDAP. Nommé à Paris, Abetz accolera son prénom à la <em>Liste Otto</em> des ouvrages interdits par la censure allemande. Il organise aussi l&rsquo;expropriation des biens privés appartenant à des familles juives et fait main basse sur de prestigieuses collections d&rsquo;art appartenant à de fortunés amateurs juifs…<br />
Avec aisance (on ne voit pas passer les 195 minutes du film), Xavier Giannoli nous embarque dans l&rsquo;histoire d&rsquo;un duo fusionnel père-fille qui plonge dans la boue noire de la collaboration. Tandis que les nazis oeuvrent méthodiquement à leur projet, qu&rsquo;une élite parisienne fréquente les fêtes gourmandes de l&rsquo;ambassade allemande et que Céline se livre à ses délires, on suit ainsi Luchaire à la tête de son journal <em>Les Nouveaux temps</em>, jonglant avec les prises de position collaborationnistes et les problèmes d&rsquo;argent. Flambeur, Luchaire est un séducteur, amateur de fêtes et collectionneur de femmes (on lui prête des liaisons avec de nombreuses comédiennes comme Marie Bell ou Mireille Balin) qui va aller au bout d&rsquo;une trajectoire sordide qui lui vaudra d&rsquo;être fusillé en février 1946 au fort de Châtillon.<br />
Avec une image qui donne la prime aux couleurs froides sauf dans les lieux de débauche où Luchaire et Corinne se divertissent entre sexe, alcool et drogues, <strong>Les rayons et les ombres</strong> raconte une France nauséabonde, longtemps majoritairement acquises à l’État français de Pétain, ne l&rsquo;oublions pas, où ces ignobles tristes sires semblent complètement hors-sol (même si Luchaire rend « de petits services » à de malheureuses familles juives) par rapport à une Occupation brutale et antisémite tandis que la tragique ombre de la Shoah s&rsquo;élève sur l&rsquo;Europe.</p>
<div id="attachment_21010" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres4.jpg"><img class="size-medium wp-image-21010" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARayonsOmbres4-300x125.jpg" alt="Corinne Luchaire, éphémère vedette du cinéma français des années trente et quarantaine. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Corinne Luchaire, éphémère vedette du cinéma français des années trente et quarantaine. DR</p></div>
<p>A la fin de la guerre, Luchaire et sa fille fileront vers Sigmaringen, côtoyant une ultime fois Pétain ou Céline avant d&rsquo;être arrêtés sur une route de Forêt-Noire en mai 1945. La malheureuse Corinne, elle, aura eu l&rsquo;occasion de passer par un sanatorium où l&rsquo;on lui inflige de douloureux pneumo-thorax avant d&rsquo;être condamnée à dix ans d&rsquo;indignité nationale.<br />
<strong>Les rayons et les ombres</strong> dresse le terrible tableau de Français qui ont choisi, en toute connaissance de cause, le mauvais camp et qui s&rsquo;y sont complu, se vautrant autant dans le stupre que dans la corruption. Mais Luchaire représente, lui, une forme d&rsquo;élite intellectuelle, plus condamnable encore que les lamentables margoulins du marché noir. On entend le procureur au procès du journaliste affirmer <em>« que les mots des salauds arment le bras des imbéciles »</em>. Un propos qui a quelque chose de singulièrement contemporain !<br />
Incarnant un Luchaire charmeur, matois et inquiétant, Jean Dujardin est remarquable. Tout comme le comédien allemand August Diehl, vu récemment dans <strong>La disparition de Josef Mengele</strong>, dans le rôle d&rsquo;Abetz. La révélation du film, c&rsquo;est Nastya Golubeva, 22 ans, la fille de Léos Carax, qui fait de Corinne Luchaire une femme-enfant comme en lévitation dans le chaos de l&rsquo;Occupation.<br />
Dans le Paris d&rsquo;après-guerre, évidemment en butte à l&rsquo;hostilité générale, la recluse Corinne (elle mourra en 1950 à 28 ans) voit un jour Léonide Moguy frapper à sa porte. Le cinéaste juif originaire d&rsquo;Ukraine, lui dit : <em>« Je ne te condamne pas, mais est-ce que tu as cherché à savoir ? »</em> Devant le silence de Corinne, il ajoutera un très romanesque <em>« Il nous reste le cinéma&#8230; »</em></p>
<p><strong>LES RAYONS ET LES OMBRES</strong> Drame (France – 3h15) de Xavier Giannoli avec Jean Dujardin, Auguste Diehl, Nastya Golubeva, André Marcon, Chloé Astor, Lucie Vignolle, Olivier Chantreau, Anna Prochniak, Valeriu Andriuta, Philippe Torreton, Vincent Colombe, Maria Cavalier-Bazan, François de Brauer, Meherio Patoux, Elina Löwensohn. Dans les salles le 18 mars.</p>
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		<title>Des yaourts bio et des flics bas du front</title>
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		<pubDate>Sat, 21 Mar 2026 17:50:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20996" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAGuerrePrix1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20996" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAGuerrePrix1-300x125.jpg" alt="&quot;La guerre...&quot;: Audrey (Ana Girardot) et Bruno (Olivier Gourmet) en négociation. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;La guerre&#8230;&nbsp;&raquo;: Audrey (Ana Girardot)<br />et Bruno (Olivier Gourmet) en négociation. DR</p></div>
<p><strong>NÉGOCIATION.-</strong> <em>« Trente minutes, les gars ! »</em> Chez Derval, un centre commercial de province, c&rsquo;est l&rsquo;heure matinale où le personnel achève de charger les rayonnages. Audrey Dumont, cheffe de rayon, travaille aux yaourts… Elle suit aussi de près le travail de son frère Ronan qui, avec les 72 vaches de sa ferme, produit des yaourts bio… Et voilà qu&rsquo;Audrey se retrouve propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec Bruno Fournier, un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey, forte de ses convictions et prête à se battre pour elles, découvre un système impitoyable.<br />
Assurément, Anthony Déchaux, dont <strong>La guerre des prix</strong> (France – 1h36. Dans les salles le 18 mars) est le premier long-métrage, apprécie le cinéma de Stéphane Brizé, le réalisateur de la « trilogie » <strong>La loi du marché</strong> (2015), <strong>En guerre</strong> (2018) et <strong>Un autre monde</strong> (2021). Et sans doute aussi, y a-t-il une source d&rsquo;inspiration du côté d&rsquo;un film comme <strong>Petit paysan</strong> (2017)… Car voici un film qui mêle, dans une veine très réaliste, les enjeux contemporains de la paysannerie française et, ceux, aussi méconnus que complexes, des grands groupes de l&rsquo;agro-alimentaire.<br />
Evoquant la naissance de son projet, le cinéaste se souvient : <em>« En tant que comédien, je fais régulièrement des interventions de théâtre en entreprise pour y jouer des saynètes et animer des débats avec les salariés. Un jour, je me suis retrouvé à participer au séminaire annuel des acheteurs d’une enseigne de grande distribution. J’ai encore mot pour mot la formule d’introduction du directeur : « si on est réunis aujourd’hui dans cette salle, c’est pour savoir qui sont les requins et qui sont les requins-tueurs. Et nous, les requins, on n’en veut pas, ce qu’on cherche, ce sont les requins-tueurs ». Les interventions se sont enchainées tout au long de la journée dans la même veine. J’étais abasourdi par ce ton aussi décomplexé : « on veut du sang » ; « si un fournisseur sort content de sa négo, c’est que vous n’avez pas fait votre boulot » ; « le win-win, ça n’existe pas » &#8230; Il y avait là des centaines de personnes, et personne ne réagissait. Je suis sorti en me demandant ce que pouvaient bien penser tous ces gens : est-ce qu’ils sont tous ok avec cette logique, est-ce qu’ils ont le choix, est-ce que ça fait partie du folklore ? Le monde de l’entreprise, je le connais, j’ai évolué dedans pendant un temps, je sais qu’il peut être dur et violent. Mais là, c’était tout autre chose, je n’avais jamais entendu de tels discours&#8230; »</em></p>
<div id="attachment_20997" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAGuerrePrix2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20997" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAGuerrePrix2-300x125.jpg" alt="&quot;La guerre...&quot; Ronan (Julien Frison), un fermier qui produit des yaourts bio. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;La guerre&#8230;&nbsp;&raquo; Ronan (Julien Frison),<br />un fermier qui produit des yaourts bio. DR</p></div>
<p>En s&rsquo;appuyant sur les codes du thriller, ce sont donc ces méthodes que raconte <strong>La guerre des prix</strong>. Avec, au coeur du propos, cette fille d&rsquo;agriculteurs passée dans la grande distribution parce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas envie de vivre ce qu&rsquo;avaient enduré ses parents. Et que son frère vit encore. Mais l&rsquo;univers de la centrale parisienne n&rsquo;a rien, non plus, d&rsquo;un long fleuve tranquille… Loin s&rsquo;en faut.<br />
Anthony Déchaux dit que son film n&rsquo;est pas <em>« un documentaire mais une fiction documentée »</em>. De fait, même si on saisit pas tout dans ces négociations entre distributeur et fournisseurs, on mesure aisément que tous les coups sont permis. Et qu&rsquo;il s&rsquo;agit de frapper fort. Pour dire le vrai, on a parfois l&rsquo;impression de voir s&rsquo;affronter des mafieux de la meilleure eau. Quant à la box étanche dans laquelle se mènent les tractations, elle a tout des salles d&rsquo;interrogatoire du FBI. Mais sans la glace sans tain. Quant au « code noir » (la menace de déréférencement complet), il a de singulières allures de racket.<br />
Avec une belle énergie même si son personnage finit par douter, Ana Girardot se glisse avec aisance dans la peau d&rsquo;Audrey Dumont. A ses côtés, l&rsquo;excellent Olivier Gourmet compose, avec Bruno Fournier, un négociateur sans états d&rsquo;âme qui lâche un <em>« A la fin, c&rsquo;est toujours une question d&rsquo;argent »</em> qui résume le fond du problème. En sortant de la salle, on a des frissons à l&rsquo;idée d&rsquo;aller dans une grande surface&#8230; A voir !</p>
<div id="attachment_20998" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAPoliceFlash80_1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20998" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAPoliceFlash80_1-300x168.jpg" alt="&quot;Police Flash...&quot;: Yvon Kastendeuch (François Damiens&quot;, un flic à l'ancienne. DR" width="300" height="168" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Police Flash&#8230;&nbsp;&raquo;: Yvon Kastendeuch<br />(François Damiens&nbsp;&raquo;, un flic à l&rsquo;ancienne. DR</p></div>
<p><strong>EIGHTIES.-</strong> Johnny Lansky est tombé. Mais ce n&rsquo;est pas au champ d&rsquo;honneur de la police nationale. Flic, Lansky l&rsquo;était assurément mais c&rsquo;était aussi une parfaite crapule qui en croquait allègrement avec les dealers qu&rsquo;il devait traquer. Mais voilà, le mythique Lansky à force de pousser le bouchon trop loin, s&rsquo;est fait fumer. Fin de parcours sur le marbre d&rsquo;une morgue. Où son fidèle copain Yvon Kastendeuch pleure toutes les larmes de son corps. Tout en décidant de faire payer les auteurs du crime. Car Lansky, comme il est dit dans son oraison funèbre, était un vrai flic. Il buvait, fumait et roulait vite&#8230;<br />
Cependant, pour contrer les méthodes « à l&rsquo;ancienne » d&rsquo;Yvon, son supérieur le propulse à la tête de Police Flash 80, une « unité d&rsquo;élite » où il devra faire équipe avec Guilaine Roblot-Bernard, major de sa promo à l&rsquo;école de police et… mère surmenée, Marfoud, un geek du minitel et Roberto, l’infiltré à la coupe mulet. Ensemble, ils vont tenter de démanteler un trafic de drogue qui se cache derrière les activités culturelles d&rsquo;une MJC dirigée par le sémillant mais un peu trop charmant Luc Le Timal&#8230;<br />
Avec <strong>Police Flash 80</strong> (France – 1h21. Dans les salles le 18 mars), Jean-Baptiste Saurel signe une comédie policière vintage qui se déroule au mitan des années 80 alors que le trafic de drogue prend une réelle ampleur dans la capitale. Il lorgne pour cela du côté des films que Belmondo et Delon tournaient à cette époque-là. Un temps où les poulets avaient le calibre bien coincé dans la ceinture du jeans…<br />
En racontant les aventures d&rsquo;une brigade très improbable, le cinéaste s&rsquo;amuse évidemment à faire des digressions sur notre époque. <em>« Vous verrez,</em> dit un flic, <em>un jour, il y aura des guetteurs sur le toit des barres pour prévenir les dealers au bas des immeubles de l&rsquo;arrivée de la police&#8230; »</em></p>
<div id="attachment_20999" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAPoliceFlash80_2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20999" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAPoliceFlash80_2-300x168.jpg" alt="&quot;Police Flash...&quot; : Luc Le Timal (Thomas Ngijol) et Guilaine (Audrey Lamy). DR" width="300" height="168" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Police Flash&#8230;&nbsp;&raquo; : Luc Le Timal (Thomas Ngijol) et Guilaine (Audrey Lamy). DR</p></div>
<p>Tout cela supposait un gros travail de reconstitution. Les décorateurs, les costumiers, les accessoiristes, le maquillage, les coiffeurs avaient du pain sur la planche et ils s&rsquo;en sortent à leur avantage. Evidemment, la bande-son du film est au diapason avec <em>Nuit sauvage</em> (<em>« La nuit est chaude&#8230; »</em>) des Avions, <em>Paris Latino</em> de Bandolero, <em>Kolé Séré</em> de Philippe Lavil, <em>Etienne Etienne</em> de Guesch Patti, <em>Pas toi</em> de Jean-Jacques Goldman ou <em>Le lac du Connemara</em> de Michel Sardou, le chanteur préféré d&rsquo;Yvon Kastendeuch&#8230;<br />
A propos de ce film allègre et marrant, Thomas Ngijol, père de l&rsquo;idée originale, co-scénariste et interprète de Luc Le Timal, explique : <em>« Ce projet, c’est une espèce de fantasme de jeunesse. J’ai toujours voulu créer un film de flics qui chassent un grand méchant et veulent éradiquer le fléau de la drogue. C’était le grand sujet des années 80, les intrigues terroristes n’existaient pas. »</em><br />
Le grand plaisir de ce film jubilatoirement rétro, c&rsquo;est évidemment de voir le brillantissime François Damiens en beauf complet, flic pourri et inconscient qui, à propos de son usage du code de déontologie, affirme qu&rsquo;il <em>« se torche avec&#8230; »</em> Au grand dam de Guilaine (Audrey Lamy), Roberto (Xavier Lacaille) et Mafoud (Brahim Bouhlel) sans oublier Philippe Rebbot en commissaire bien ripou&#8230; Joyeusement ringard et pas mal nostalgique !</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Victor Hugo, Alfred Hitchcock et aussi des balles jaunes et orange</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Mar 2026 12:22:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>

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		<description><![CDATA[PERE.- Robert Zucchini a tout d&#8217;un homme ordinaire. D&#8217;ailleurs, il va, tous les matins, à la boulangerie de son quartier parisien pour s&#8217;acheter son petit pain. Mieux, il bavarde avec la boulangère et sa jeune stagiaire. Mais quand Zucchini franchit les portes du théâtre, c&#8217;est un autre personnage qui naît ! Un comédien habité par l&#8217;oeuvre [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20984" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVictor1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20984" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVictor1-300x176.jpg" alt="&quot;Victor...&quot;: Robert Zucchini (Fabrice Lucchini) en scène. DR" width="300" height="176" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Victor&#8230;&nbsp;&raquo;: Robert Zucchini (Fabrice Lucchini)<br />en scène. DR</p></div>
<p><strong>PERE.-</strong> Robert Zucchini a tout d&rsquo;un homme ordinaire. D&rsquo;ailleurs, il va, tous les matins, à la boulangerie de son quartier parisien pour s&rsquo;acheter son petit pain. Mieux, il bavarde avec la boulangère et sa jeune stagiaire. Mais quand Zucchini franchit les portes du théâtre, c&rsquo;est un autre personnage qui naît ! Un comédien habité par l&rsquo;oeuvre de Victor Hugo. Chaque soir, il remplit la salle et comble les spectateurs en leur transmettant son amour des mots. Parlant de la perte de Léopoldine, la fille de 19 ans ou évoquant avec fougue <em>Booz endorm</em>i… <em>« Ruth songeait et Booz dormait ; l&rsquo;herbe était noire ;</em><br />
<em> Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;</em><br />
<em> Une immense bonté tombait du firmament ;</em><br />
<em> C&rsquo;était l&rsquo;heure tranquille où les lions vont boire. »</em><br />
Pourtant l&rsquo;acteur semble aussi traîner une douce mélancolie lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas en scène. Un jour, il apprend la disparition de celle qui fut autrefois sa femme et la mère de Lisbeth, cette fille qu&rsquo;il a complètement perdu de vue. Et si c&rsquo;était enfin le moment de renouer le lien ? Et si, pour une fois, aimer valait mieux qu&rsquo;admirer ?<br />
<strong>Victor comme tout le monde</strong> (France – 1h28. Dans les salles le 11 mars), c&rsquo;est de l&rsquo;absolu sur-mesure pour Fabrice Luchini, présent constamment à l&rsquo;image. Du personnage de Robert Zucchini, le réalisateur Pascal Bonitzer dit : <em>« Ce n&rsquo;est pas Fabrice. C’est un personnage issu d&rsquo;un monde parallèle. À la fois complètement lui et pas du tout. Il faut d&rsquo;ailleurs dire un mot sur le spectacle qu’interprète Zucchini. Parce que l’on pourrait croire que le scénario a été écrit à partir du spectacle que Fabrice fait sur Hugo. Alors que c&rsquo;est le contraire. Au moment de l’écriture du scénario, ce spectacle d’ailleurs prodigieux n’existait pas encore…. »</em> Mais, et ce serait dommage, le film ne se prive pas de se servir des représentations de Fabrice Lucchini au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Différentes soirées ont été enregistrées. Des moments spécifiques du spectacle, plus ou moins en rapport avec la fiction, ont été mêlés à des scènes écrites dans le scénario comme celle où Zucchini paraît sur le point de perdre la maîtrise de sa représentation, notamment à cause d’incidents comme la survenue de Lisbeth parmi les spectateurs.</p>
<div id="attachment_20985" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVictor2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20985" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVictor2-300x176.jpg" alt="&quot;Victor...&quot;: Zucchini et sa fille Lisbeth (Marie Narbonne) à Guernesey. DR" width="300" height="176" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Victor&#8230;&nbsp;&raquo;: Zucchini et sa fille Lisbeth<br />(Marie Narbonne) à Guernesey. DR</p></div>
<p>Dans cette histoire écrite par Sophie Fillières avant sa disparition prématurée en 2023, Robert Zucchini est à la fois un petit peu Fabrice Lucchini et en même temps pas du tout lui puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une fiction. C&rsquo;est justement ce jeu qui donne tout son charme à <strong>Victor comme tout le monde</strong>. Les fans de Fabrice Lucchini trouveront, ici, de quoi satisfaire leur passion et il en va probablement de même pour les amateurs de Victor Hugo. Auquel Zucchini/Lucchini rend un bel hommage quasiment lyrique.<br />
Au final, voici un film en trompe-l’œil, un feuilleté temporel et imaginaire où les fictions s&rsquo;interpénètrent. Entre Hugo et Zucchini, passé et présent, fantasmes et réalité, deux hommes perdus, chacun à leur manière, apparaissent drôles et mélancoliques, tendres et âpres. Et c&rsquo;est touchant à souhait.</p>
<div id="attachment_20978" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACrime3eetage1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20978" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACrime3eetage1-300x125.jpg" alt="&quot;Le crime...&quot;: Colette (Laetitia Casta) et François (Gilles Lellouche). DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Le crime&#8230;&nbsp;&raquo;: Colette (Laetitia Casta)<br />et François (Gilles Lellouche). DR</p></div>
<p><strong>SUSPENSE.-</strong> François Tarnowski est écrivain et, dans son bel appartement parisien, il sort de son pyjama pour endosser les moustaches et les tenues 19<sup>e</sup> siècle de son personnage principal, le marquis de la Rose, qui croise le fer avec de sombres individus. Sa compagne, Colette Courreau, enseigne le cinéma à la Sorbonne et s&rsquo;est imposée comme une spécialiste de l&rsquo;oeuvre d&rsquo;Alfred Hitchcock. Un jour, un nouveau voisin s&rsquo;installe en face de chez eux, un étage en-dessous. Yann Kerbec est un acteur qui joue Shakespeare dans un théâtre du 13<sup>e</sup> arrondissement. Ils invitent ses nouveaux voisins à une représentation de son <em>Hamlet</em>. Colette est ravie. François ronchonne. Les choses vont prendre une inquiétante tournure lorsqu&rsquo;à sa fenêtre sur cour, Colette voit Kerbec menacer et frapper sa femme&#8230;<br />
Evidente déclaration d&rsquo;amour au cinéma, <strong>Le crime du 3<sup>e</sup> étage</strong> (France – 1h44. Dans les salles le 11 mars) est un joyeux exercice de style. Avec ses fulgurances bienvenues et, évidemment, ses limites.<br />
<em>« Comme dans tous les films qui mélangent plusieurs genres,</em> dit le cinéaste, <em>la complexité de ce projet a été surtout de bien doser l’humour, le suspense et la comédie romantique, ne pas privilégier un genre plus qu’un autre et trouver les bonnes transitions. Je me suis toujours senti plutôt à l’aise dans la tragi-comédie, j’aime désamorcer le drame par l’humour, passer du chaud au froid, mais là, la difficulté était d’y ajouter en plus une dose de suspense à la Hitchcock. »</em></p>
<div id="attachment_20979" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACrime3eetage2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20979" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACrime3eetage2-300x125.jpg" alt="&quot;Le crime...&quot;: Yann Kerbec (Guillaume Gallienne). DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Le crime&#8230;&nbsp;&raquo;: Yann Kerbec<br />(Guillaume Gallienne). DR</p></div>
<p>De fait, le huitième long-métrage de Rémi Bezançon après de jolis moments de cinéma (<strong>Ma vie en l&rsquo;air</strong> en 2005, <strong>Le premier jour du reste de ma vie</strong> en 2008 ou <strong>Le mystère Henri Pick</strong> en 2019), se veut un jeu de piste qui repose sur le fameux <strong>Fenêtre sur cour</strong> (1954). Un film-culte dans lequel Sir Alfred (on le voit passer dans le film comme dans ses propres rituelles apparitions) décide de ne jamais déplacer la caméra hors de l’appartement de Jeff (James Stewart), un reporter-photographe immobilisé dans un fauteuil roulant à la suite d&rsquo;un accident. Tout comme Colette Courreau, Jeff voit ou croit voir un meurtre commis dans un appartement de l&rsquo;autre côté de la cour. <strong>Le crime…</strong> est donc l&rsquo;occasion de multiples hommages et clins d&rsquo;oeil à Hitch.<br />
Gilles Lellouche en écrivain quelque part entre Vidocq et Agatha Christie et Laetitia Casta en enquêtrice amateure se font manifestement plaisir. Hitch disait qu&rsquo;il fallait filmer les scènes d&rsquo;amour comme des scènes de meurtre et inversement. Ici, l&rsquo;enquête menée par François et Colette va leur permettre de sortir de leur routine quotidienne et de donner un nouvel élan à leur couple.<br />
Hitch, toujours lui, affirmait que plus le méchant est réussi, plus le film est bon. Guillaume Gallienne se charge donc de faire de son Kerbec un type suffisamment inquiétant. Quant au moment où François s&rsquo;en va visiter l&rsquo;appartement de Kerbec, c&rsquo;est une séquence palpitante en forme de précis sur la manière dont Hitchcock considérait le suspense… Sympa.</p>
<div id="attachment_20980" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMaestro1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20980" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMaestro1-300x200.jpg" alt="&quot;Il maestro&quot;: Raul Gatti (Pierfrancesco Favino). DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Il maestro&nbsp;&raquo;: Raul Gatti<br />(Pierfrancesco Favino). DR</p></div>
<p><strong>PERIPLE.-</strong> A treize ans, Felice Milella, est un gamin qui tape durement dans la balle de tennis. Mieux (ou pire…), il porte aussi sur ses épaules les espoirs de Pietro, son père, ingénieur des télécoms, qui a tout imaginé pour que son fils devienne une star de la terre battue. Après des années d’entraînement intensif et de discipline stricte, l’heure est venue pour Felice de participer à des tournois nationaux de tennis. Pour maximiser les chances du gamin, son père le confie à Raul Gatti, qui se présente comme un ancien champion qui a tutoyé autrefois les sommets des compétitions nationales.<br />
Nous sommes à la fin des années 80 (la b.o. aligne des titres <em>eighties</em>), c&rsquo;est l&rsquo;été et le temps des tournois. Quittant le cocon familial, « Feli » part sur les routes avec son nouveau coach. Pietro Milella, qui a mis tous ses moyens dans la rétribution de Gatti, tambourinait toujours : <em>« Pas de risque, du jeu simple »</em> tout en alignant les codes pour toutes les situations de jeu. <em>« Les gosses de riches, c&rsquo;est joli. Nous, c&rsquo;est efficace&#8230; »</em> Raul Gatti, lui, voit les choses de manière beaucoup plus libre. <em>« Tu t&rsquo;éclates comme ça ? »</em> demande-t-il à un Felice très appliqué. Et puis si, avant de jouer au tennis, le gamin devait d&rsquo;abord goûter aux bonnes choses de l&rsquo;existence ? Raul ne répète-t-il pas : <em>« La vie nous sourit »</em>.<br />
Avec <strong>Il maestro</strong> (Italie – 2h05. Dans les salles le 11 mars), le réalisateur Andrea Di Stefano voulait, dit-il, <em>« célébrer les mentors imparfaits, des figures marquées par des passés douloureux, mais avec un grand cœur, capables de nous ouvrir les yeux et de changer nos vies&#8230; »</em></p>
<div id="attachment_20981" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMaestro2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20981" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMaestro2-300x199.jpg" alt="&quot;Il maestro&quot;: Felice (Tiziano Menicelli). DR" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Il maestro&nbsp;&raquo;: Felice (Tiziano Menicelli). DR</p></div>
<p>A la suite de « Feli » et de Gatti, le cinéaste italien, pour sa quatrième réalisation (après <strong>Paradise Lost</strong> en 2014, <strong>The Informer</strong> en 2019 et <strong>Dernière nuit à Milan</strong> en 2023) a donc imaginé une comédie « à l&rsquo;italienne » dans la mesure où elle fait parfois songer aux <strong>Vitelloni</strong> felliniens (1953) ou plus évidemment encore au<strong> Fanfaron</strong> (1962) de Dino Risi. De fait, Raul Gatti, hâbleur aussi paumé que dépressif, a parfois les traits du Cortona incarné par Vittorio Gassman. Comme lui, Gatti est un dragueur joli coeur qui a tout raté. Pierfrancesco Favino, vu dans <strong>Romanzo criminale</strong> mais aussi dans <strong>Le comte de Monte Cristo</strong>, lui apporte une fragilité pathétique bienvenue.<br />
Cependant <strong>Il maestro</strong> oscille entre le film de sport avec les sacrifices et la difficile ascension d&rsquo;un jeune talent (Tiziano Menichelli) et le portrait d&rsquo;un individu quasiment au bout du rouleau qui va croiser, sur son chemin, des personnages, et notamment des femmes (son ex-entraîneure, ses ex-compagnes), qu&rsquo;il a clairement déçues… Même s&rsquo;il y a de jolis moments dans ce périple, on reste pourtant sur notre faim.</p>
<div id="attachment_20982" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAReveAmericain1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20982" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAReveAmericain1-300x200.jpg" alt="&quot;Le rêve...&quot;: Jéremy (Raphael Quenard) et Bouna (Jean-Pascal Zadi) à New-York." width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Le rêve&#8230;&nbsp;&raquo;: Jéremy (Raphael Quenard)<br />et Bouna (Jean-Pascal Zadi) à New-York.</p></div>
<p><strong>BASKET.-</strong> Personne n&rsquo;aurait parié sur Jérémy Medjana, coincé derrière le comptoir d’un vidéo club à Amiens, ou sur Bouna Ndiaye, lorsqu&rsquo;il faisait des ménages à l’aéroport d’Orly. Sans contacts, sans argent et avec un niveau d&rsquo;anglais plutôt approximatif, rien ne les prédestinait à devenir des agents qui comptent dans la NBA, la prestigieuse ligue américaine de basket-ball professionnel. Et pourtant ! Les deux amis croient à leur bonne étoile et plus encore à leur rêve américain. Malgré les obstacles, multiples et de taille, ces deux-là s&rsquo;accrochent. Bien sûr, personne ne les attend outre-Atlantique. Et les agents de joueurs du cru sont plus enclins à les arnaquer qu&rsquo;à leur faciliter la tâche. Mais le tandem a des atouts dans ses manches, y compris des joueurs français de talent. Reste maintenant à leur faire passer les fameuses « Drafts », ces moments annuels tant attendus où les franchises NBA sélectionnent des jeunes joueurs universitaires ou étrangers pour renforcer leurs effectifs&#8230;<br />
<strong>Le rêve américain</strong> (France – 2h01. Dans les salles le 18 février) raconte une histoire vraie, celle de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana, deux agents de basket partis de rien et devenus en une quinzaine d’années, avec leur société Comsport, les premiers pourvoyeurs de talents français pour la NBA.<br />
Connu pour des films comme <strong>Les gamins</strong> (2013), <strong>Robin des Bois, la véritable histoire</strong> (2015) et <strong>Play</strong> (2019), Anthony Marciano s&rsquo;est donc emparé de cette belle histoire de réussite pour donner ce qui est, de toute évidence, un pur <em>feel good movie</em> doublé d&rsquo;un joyeux <em>buddie-movie</em>. Le film fait en effet la part belle à deux personnages qui passent par tous les stades de la dépression (ils installent leur « bureau » à l&rsquo;arrière d&rsquo;un pressing chinois) comme de l&rsquo;optimisme dans la poursuite d&rsquo;un plan qui consiste tout bonnement à « exister » dans l&rsquo;univers et le business (qu&rsquo;on sent féroce) de la NBA.</p>
<div id="attachment_20983" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAReveAmericain2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20983" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAReveAmericain2-300x200.jpg" alt="&quot;Le rêve...&quot;: dans l'attente des résultats de la Draft. Photos Mika Cotellon" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Le rêve&#8230;&nbsp;&raquo;: dans l&rsquo;attente<br />des résultats de la Draft.<br />Photos Mika Cotellon</p></div>
<p>Pour cela, le cinéaste peut s&rsquo;appuyer sur deux comédiens qui se donnent comme… des basketteurs sur un plateau de NBA. On a nommé Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard qui portent Bouna et Jérémy avec verve tant dans leurs moments de grande naïveté que de belle exaltation. Les films sur ou autour du sport ne sont pas toujours de longs fleuves tranquilles. Si <strong>Marty Supreme</strong> est un succès, le <strong>Mercato</strong> avec Jamel Debbouze fut un rude échec&#8230;<br />
On prend plaisir à suivre cette histoire dans laquelle on croise Nicolas Batum ou Rudy Gobert (enfin, les acteurs qui les incarnent) et où l&rsquo;on aperçoit in fine l&rsquo;ombre d&rsquo;une star surnommée Wendy. Un success-story française ! Parce que <em>«le bambou qui flanche est plus fort que le chêne qui résiste»</em>, non ?</p>
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		<title>KAFKA CHEZ STALINE ET L&#8217;ARGENT DE MADAME FARRÈRE</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Mar 2026 20:45:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAADeuxProcureurs.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20935" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAADeuxProcureurs-188x300.jpg" alt="Deux Procureurs" width="188" height="300" /></a>DEUX PROCUREURS</strong><br />
Dans l&rsquo;Union soviétique de 1937, à l&rsquo;apogée du stalinisme et des Grandes purges, un homme emprisonné à la prison de Briansk et considéré comme un ESN (élément socialement nuisible) est placé par ses geôliers devant un petit fourneau avec pour mission de détruire des monceaux de lettres. Ce sont des missives écrites par des détenus accusés à tort par le régime d&rsquo;être des corrompus hostiles au pouvoir en place. Contre toute attente, l’une de ces lettres va arriver à destination, en l&rsquo;occurrence sur le bureau d&rsquo;Alexander Kornev, un procureur local fraîchement nommé et dont c&rsquo;est le premier poste. Résolu à faire son travail, Kornev entend bien rencontrer le prisonnier Stepniak, détenu dans la cellule 84 de la « section spéciale » du pénitencier. Du côté des responsables de la prison, on va tout mettre en œuvre pour convaincre le magistrat de ne pas insister. Il attend des heures dans un bureau que le directeur veuille bien le recevoir. Et quand enfin il peut lui parler, ce dernier lui déconseille de voir le prisonnier, souffrant d&rsquo;une maladie probablement contagieuse. Mais rien n&rsquo;y fait. Kornev, bolchévique chevronné et intègre, croit à un dysfonctionnement puis va se faire à l&rsquo;idée que Stepniak est bien une victime de la NKVD, la police secrète du régime. Pas décidé à lâcher le morceau, Kornev va tenter de contacter les services du procureur général à Moscou afin d&rsquo;évoquer son dossier. Là encore, on tentera d&rsquo;écoeurer le jeune procureur qui sera pourtant reçu -<em>« trois-quatre minutes, pas plus »</em>- par son grand patron. Convaincu que l&rsquo;on extermine la fine fleur du Parti, Kornev va plonger dans les terribles profondeurs d&rsquo;un régime totalitaire. Kornev (Aleksandr Kunetsov, acteur russe désormais exilé en Angleterre) va être aspiré dans un labyrinthe dont il ne sortira plus. Autour d&rsquo;une quête de justice, le réalisateur ukrainien Sergueï Loznitsa (vivant aujourd&rsquo;hui en Allemagne) a imaginé, pour son cinquième long-métrage de fiction (après <strong>My Joy</strong> en 2010, <strong>Dans la brume</strong> en 2013, <strong>Une femme douce</strong> en 2017 et <strong>Donbass</strong> en 2018) une œuvre angoissante mais retenue. Comme si Loznitsa retenait toute émotion pour cerner au plus près le mécanisme de la Terreur. <strong>Deux procureurs</strong> s&rsquo;ouvre et se ferme par un gros plan sur une main qui ouvre la serrure d&rsquo;une cellule de prison comme si le cinéaste avait pour ambition d&rsquo;ouvrir une porte longtemps refermée sur la mémoire d&rsquo;un pan oublié de l&rsquo;Histoire. <strong>Deux procureurs</strong> fut d&rsquo;abord une nouvelle, écrite en 1969 par une victime des Grandes purges, le physicien Gueorgui Demidov. Celui-ci a passé de nombreuses années dans la tristement célèbre Kolyma en Sibérie, qu&rsquo;il définit comme <em>« un Auschwitz sans les chambres à gaz »</em>. Survivant à l&rsquo;horreur, Demidov ne sera réhabilité qu&rsquo;en 1958 et se mettra alors à écrire des récits consacrés à son expérience de la répression des années 30 et du Goulag. Ses manuscrits circulent alors sous forme de <em>samizdat</em>, ces textes clandestins diffusés sous le manteau. <strong>Deux procureurs</strong>, c&rsquo;est Kafka chez Staline, une histoire simple, implacable et palpitante qui décrit par le menu comment un petit fonctionnaire idéaliste, zélé et honnête va être broyé par une machine impersonnelle. Et on ne peut s&rsquo;empêcher d&rsquo;y voir aussi une évocation de la Russie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. (Pyramide)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAFemmePlusRicheMonde.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20939" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAFemmePlusRicheMonde-201x300.jpg" alt="Femme Plus Riche Monde" width="201" height="300" /></a><strong>LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE</strong><br />
L’argent, Marianne Farrère n’en à rien à faire. Elle en a tellement que ça n’a plus d’importance. Lorsqu’elle s’entiche d’un artiste-photographe plus jeune qu’elle, elle décide de lui donner des sommes considérables. Parce que Pierre-Alain Fantin l’amuse considérablement. Avec lui, elle oublie les sinistres séances de conseil d’administration, l’appartement immense et trop conventionnel, les déjeuners de convenance, la classe politique qui gravite autour d’elle et de Guy, son mari. Alors, Marianne sort dans des soirées, déjeune et dîne avec Pierre-Alain. Elle découche même et revient au matin, lançant qu’avec son nouvel ami, <em>« elle vole, elle frise ! »</em> Dans l’existence de Marianne, Fantin devient vite incontournable. La première fois qu’il avait rencontré la richissime Madame Farrère, c’était pour un reportage photo. <em>« Je ne photographie pas les gens, je les emporte »</em> clame le zigoto. Dans Marianne, il veut voir une héroïne. Même si elle n’ignore pas que Fantin a une réputation épouvantable, elle confesse : <em>« Grâce à vous, c’est comme si je revivais ! »</em> Alors Fantin se sent en territoire conquis. Dans l’appartement des Farrère, il débarrasse les « croûtasses », vire la « bonnicherie ». Mais lorsque Marianne lui signe un contrat de dix ans pour ses créations, à raison de deux millions par an, Frédérique Spielman, la fille de Marianne, décide de sonner la fin de la recré. Quitte à se fâcher avec sa mère, elle veut que le bouffon pique-assiette quitte la scène. Et elle décide de lancer une action en justice pour abus de faiblesse… <strong>La femme la plus riche du monde</strong>, c’est Fantasia chez les ultra-riches ! Thierry Klifa s’inspire ici, librement, de l’affaire Bettencourt-Banier qui, au début des années 2000, avait d’abord défrayé la chronique people avant de devenir un dossier judiciaire à rebondissements. Dans cette affaire, Françoise Bettencourt-Meyers accusait François-Marie Bainier d’avoir profité de la fragilité psychologique de sa mère Liliane Bettencourt, alors âgée de 87 ans, pour obtenir près d’un milliard d’euros de dons sous forme de tableaux de maîtres, de chèques ou de contrats d’assurance-vie. Pour apprécier cette comédie souvent vacharde, il n’est nulle besoin d’avoir une connaissance approfondie de l’affaire Bettencourt-Banier, ni de connaître la vie de Liliane Bettencourt (1922-2017), femme d’affaires, milliardaire française, fille unique et héritière d’Eugène Schueller, fondateur d’une société de teintures inoffensives pour cheveux devenue le groupe L’Oréal. Alors, il y a, ici, de la beauté, du pouvoir, un coup de foudre, de l’ambition, de l’insolence, de l’esbrouffe, de la cruauté, de la méfiance, des secrets de famille, une guerre où tous les coups sont permis ! Tout cela délivré par des acteurs en verve : Isabelle Huppert (Marianne), Marina Foïs (Frédérique), Raphaël Personnaz (un mystérieux majordome), André Marcon (Guy) et évidemment Laurent Lafitte formidable en virevoltant, odieux et insupportable Fantin et couronné pour cela meilleur acteur aux récents César. On n’est pas obligé d’être fan des ultra-riches pour bien se divertir des rocambolesques aventures de cette femme très fortunée. (Bmaq Out)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMarcelMonsieurPagnol.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20945" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAMarcelMonsieurPagnol-237x300.jpg" alt="Marcel Monsieur Pagnol" width="237" height="300" /></a><strong>MARCEL ET MONSIEUR PAGNOL</strong><br />
Marcel Pagnol n’est pas heureux. Pire, il se sent vieux. Alors, enfermé dans son bureau, l’académicien bricole une machine au mouvement perpétuel et ronchonne : <em>« Ici, au moins, les lettres françaises me foutront la paix ! »</em> Un jour de 1956, il rencontre Pierre Lazareff. Le mythique patron de <em>France-Soir</em> est accompagné de son épouse Hélène qui dirige <em>Elle</em> et qui lui propose d’écrire un feuilleton littéraire pour son magazine. Pour raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours. En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, en version plus jeune de lui, apparaît soudain à ses côtés. Marcel Pagnol est alors au faîte de sa gloire et il va s’immerger dans ses riches souvenirs… Depuis le beau succès des <strong>Triplettes de Belleville</strong> (2003), on connaît le cinéma de Sylvain Chomet. Avec <strong>Marcel et Monsieur Pagnol</strong>, le cinéaste fait la part belle au plus grand conteur de tous les temps en lui offrant de devenir le héros de sa propre histoire. Cette aventure-là, c’est celle de la littérature, du théâtre et enfin du cinéma. Pour le petit Marcel, le vieil homme va se mettre à explorer sa vie et à revivre les plus belles rencontres et les plus beaux souvenirs. Reviennent ainsi la table familiale, un père pauvre mais honnête, une mère trop tôt disparue et un gamin en colère à qui la pratique de la boxe vaudra un nez cabossé. Voilà Pagnol prof d’anglais muté à Paris, vivant dans un hôtel de passe avec le moral dans les chaussettes. Un ami l’entraînera à une soirée où Pagnol rencontre Orane Demazis et tombe sous son charme… Contacté par deux producteurs pour confectionner quelques parties animées dans un documentaire sur Pagnol, Chomet a constaté que seules les séquences animées suscitaient l’intérêt. De là à écrire un biopic entièrement animé, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas… Réalisée pour la première fois en numérique, voici une aventure humaine dans laquelle on plonge avec un vrai plaisir tant le dessin est plaisant et l’animation élégante. Ensuite, il suffit de se laisser emporter, au gré des pièces de théâtre, des amours du maître ou de l’invention du cinéma parlant dans le sillage de personnages (forcément) truculents. On aime entendre le grondement de Raimu quand il déclare : <em>« Je vais te le faire ton boulanger cocu ! »</em> ou encore qu’avec le Marius de Pierre Fresnay, <em>« un Alsacien peut faire un bon Marseillais… »</em> On aime écouter aussi, avec l’accent, Pagnol (avec la voix de Laurent Lafitte) dire : <em>« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers… »</em> Voilà du cinéma qui fleure bon le soleil de la garrigue ! (Wild Side)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAValeurSentimentale.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20949" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAValeurSentimentale-230x300.jpg" alt="Valeur Sentimentale" width="230" height="300" /></a><strong>VALEUR SENTIMENTALE</strong><br />
Nous sommes dans les coulisses d’un grand théâtre, à quelques instants du lever de rideau. Dans sa loge, Nora Borg craque. Elle refuse d’entrer en scène. Dévorée par le trac, elle tente de quitter les lieux. On la rattrape. Enfin, Nora est dans la lumière. Le spectacle est lancé. Au terme de la représentation, Nora, radieuse, reçoit des ovations… L’art, la quête artistique, les artistes et leurs états d’âme, leurs faiblesses, leurs lâchetés sont au coeur, également, du sixième long-métrage de Joachim Trier, réalisateur dano-norvégien de 51 ans, venu dans la lumière en 2011 avec <strong>Oslo, 31 août</strong> tiré du <em>Feu follet</em>, le roman de Pierre Drieu la Rochelle. Alors que les amis sont réunis autour de Nora et d&rsquo;Agnès, à l’heure où leur mère vient de mourir, c’est bien Gustav Borg qui pousse la porte. Les deux sœurs ne le remarquent pas avant de se retrouver face à ce père, disparu depuis très longtemps. Agnès, la plus jeune des deux, serait plutôt heureuse de ce retour. Quant à Nora, elle est excédée par la présence de ce père toujours absent. Les deux sœurs ont pris des chemins de vie différents tout en restant proches l’une de l’autre. Nora a fait passer sa carrière d’actrice de théâtre avant tout le reste. La cadette, même si elle tint, enfant, un rôle dans l’un des films de son père, a opté pour un emploi plus sûr dans le milieu universitaire et a construit une vie de famille avec son mari et Erik, son jeune fils. Si Gustav Borg est de retour, c’est parce que ce cinéaste autrefois réputé mais aujourd’hui quasiment oublié, voudrait revenir sur le devant de la scène en tournant un nouveau film. Borg est décidé à obtenir de Nora qu’elle tienne le premier rôle dans cette production très personnelle mais celle-ci refuse frontalement et catégoriquement. Sur la plage de Deauville, Gustav Borg fait la connaissance de Rachel Kemp, une actrice hollywoodienne à laquelle il offre le rôle initialement destiné à Nora. Lorsque le tournage commence dans son pays natal, la Norvège, le cinéaste saisit l’occasion de se rapprocher de ses filles et de nouer des liens avec Erik, son petit-fils. Dans des décors scandinaves qui font immanquablement songer à l’univers de l’incontournable Ingmar Bergman (auquel il est clairement rendu hommage avec un plan « superposé » directement sorti de <strong>Persona</strong>), Joachim Trier construit une histoire où la demeure familiale est un microcosme pour observer le travail du temps, le pardon qu’on accorde ou pas, le legs affectif qu’on reçoit ou non de ses parents. D’une manière intense autant que limpide, Trier raconte comment la douleur et le chagrin se transmettent de génération en génération. L’émotion est alors pleinement au rendez-vous. Au-delà d&rsquo;une mise en scène fluide, Trier excelle à filmer ses acteurs. Renate Reinsve (Nora) est déchirée et fragile. Stellan Skarsgard est un père fiévreux et volontiers égoïste. Inga Ibsdotter Lilleaas est la silencieuse Agnès, la diplomate de la famille et son ciment. Quant à l&rsquo;Américaine Elle Fanning, elle se glisse avec aisance dans la peau d’une actrice hollywoodienne égarée dans l’univers d’un Borg pour laquelle elle n’était probablement qu’un pis-aller. (Memento)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAHommesPrésident.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20941" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAHommesPrésident-220x300.jpg" alt="Hommes Président" width="220" height="300" /></a><strong>LES HOMMES DU PRESIDENT</strong><br />
En juin 1972, cinq personnes entrent par effraction dans le quartier général du Parti démocrate, situé dans l&rsquo;immeuble du Watergate à Washington. Un gardien de la sécurité découvre une porte déverrouillée, refermée avec du ruban adhésif. La police, prévenue, se rend sur les lieux et arrête les cambrioleurs. Le lendemain de leur arrestation, le jeune journaliste Bob Woodward, du <em>Washington Post</em>, découvre que les cinq prévenus, quatre Cubains et James McCord, ancien agent du FBI et de la CIA, avaient un équipement pour placer des micros. Ils ont tous un lien avec la CIA, et ont le même avocat, refusant ceux qui ont été commis d&rsquo;office. Woodward relie les cambrioleurs à Howard Hunt, membre du Comité pour la réélection du Président et à Charles Colson, conseiller juridique de Richard Nixon, président des États-Unis sortant et candidat à l&rsquo;élection présidentielle de 1972. Woodward et Carl Bernstein, autre journaliste du <em>Post</em> qui s&rsquo;intéresse également à cette histoire, s&rsquo;associent pour enquêter sur cette affaire. Grâce à plusieurs témoignages de personnalités plus ou moins impliquées dans le scandale, ils vont remonter jusqu&rsquo;aux plus hautes sphères de la politique, dont le président Nixon. Réalisé en 1976 par Alan J. Pakula, <strong>All the President&rsquo;s Men</strong> (en v.o.) est sans doute l&rsquo;archétype du film de presse. A travers l&rsquo;enquête minutieuse menée par le tandem Woodward-Bernstein (qui aboutira à la démission de Nixon), ce véritable thriller politique illustre le pouvoir de la presse comme contrôle démocratique. Il montre également comment la rigueur journalistique peut mettre en lumière les abus de pouvoir et protéger les libertés publiques. Robert Redford (Woodward) et Dustin Hoffman (Bernstein) sont au meilleur de leur art dans ce film (présenté dans un steelbook, en édition limitée 4K Ultra HD) qui conserve toute son actualité à l&rsquo;ère des<em> fake news</em> et de la défiance entre les médias. (Warner)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATarentuleVentreNoire.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20976" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATarentuleVentreNoire-187x300.jpg" alt="Tarentule Ventre Noire" width="187" height="300" /></a><strong>LA TARENTULE AU VENTRE NOIR</strong><br />
Maria Zani, une ravissante nymphomane, est sauvagement assassinée alors qu&rsquo;elle se prête à un massage dans un institut spécialisé… Le commissaire Tellini est chargé de l&rsquo;enquête. Il découvre rapidement que Madame Zani avait une aventure extra-conjugale et qu&rsquo;elle faisait aussi l&rsquo;objet d&rsquo;un chantage. Pour tenter à la fois d&rsquo;échapper aux soupçons sur son implication dans le meurtre de son épouse et découvrir la vérité, Paolo Zani embauche un détective privé qui découvre l&rsquo;identité du maître chanteur. Mais une seconde femme est assassinée dans des circonstances similaires et l&rsquo;enquête s&rsquo;emballe, mettant Tellini sur la piste d&rsquo;un tueur en série… Réalisé en 1971 par l&rsquo;Italien Paolo Cavara, connu pour son documentaire « à scandale » <strong>Mondo Cane</strong> (1962), <strong>La tarantola dal ventre nero</strong> (en v.o.) s’inscrit dans la grande tradition du<em> giallo</em>, ces thrillers angoissants tournés en série en Italie suite au succès de <strong>L’Oiseau au plumage de cristal</strong> de Dario Argento, sorti en 1970. Le cinéaste italien développe largement les aspects érotiques et violents du <em>giallo</em> en plaçant la question du refoulement sexuel au centre du récit. De plus, le modus operandi du tueur a de quoi glacer le sang puisqu&rsquo;il paralyse ses victimes avec une longue aiguille d&rsquo;acupuncteur avant de les éventrer… Servi par une belle photographie et la musique délicieusement morbide d’Ennio Morricone, le film repose sur une jolie distribution avec Giancarlo  Giannini qui campe Tellini, un flic fatigué de voir trop d&rsquo;horreurs, Stefania Sandrelli dans le rôle de son épouse et un trio de belles actrices souvent surnommées « James Bond girls », en l&rsquo;occurrence Claudine Auger, Barbara Bach et Barbara Bouchet. Dans les suppléments de ce beau coffret qui sort pour la première fois en Blu-ray et 4K Ultra HD, on trouve, avec <strong>Paralysie</strong> (27 mn), un entretien inédit avec Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française qui explique : <em>« Ce qui singularise le giallo, c’est que le &laquo;&nbsp;comment&nbsp;&raquo; est plus important que le &laquo;&nbsp;pourquoi&nbsp;&raquo;. […] Les giallo sont des rituels, on met en scène des mises à mort. »</em> Par ailleurs, dans <strong>Le ventre blanc de Barbara</strong> (10 mn), l&rsquo;actrice Barbara Bouchet se souvient de son arrivée en Italie et des difficultés rencontrées à donner la réplique à des acteurs de nationalités différentes, puis évoque son retour sur le devant de la scène en 2002 grâce à Martin Scorsese dans <strong>Gangs of New York</strong>. (Carlotta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAADisparitionJosefMengele.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20936" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAADisparitionJosefMengele-191x300.jpg" alt="Disparition Josef Mengele" width="191" height="300" /></a><strong>LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE</strong><br />
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Josef Mengele, celui que ses victimes au camp d’extermination d’Auschwitz surnommaient l’ « ange de la mort» parvient à s’enfuir en Amérique du Sud pour refaire sa vie dans la clandestinité. De Buenos Aires au Paraguay, en passant par le Brésil, Mengele va organiser sa méthodique disparition pour échapper à toute forme de procès. Dans<strong> La disparition de Josef Mengele</strong>, le cinéaste russe Kirll Serebrennikov suit au plus ce criminel de guerre notoire, toujours aux aguets, toujours en train de se fabriquer un personnage, persuadé que le Mossad est à ses trousses. Incarné par un August Diehl (<strong>Inglorous Basterds</strong> et bientôt <strong>Les rayons et les ombres</strong>) méconnaissable, Mengele est un monstre aux abois pour lequel Serebrennikov ne manifeste aucune compassion même s’il amène le spectateur, dans le dernier tiers du film, à entrer dans sa tête. Un type sinistre qui ne se considère pas du tout comme l’incarnation du Mal absolu. Ce film, adapté du livre éponyme du Strasbourgeois Olivier Guez, tourné dans un noir et blanc (volontairement) crade demande au spectateur de <em>« mettre le masque de Mengele sur lui-même pour comprendre que le chemin qui va de l’homme ordinaire au criminel et au sadique peut être très court. »</em> Il s’applique aussi à montrer que, comme le disait Sartre, l’enfer, c’est les autres, en l’occurrence, ici, tous ceux qui, en connaissance de cause, ont aidé, soutenu, caché Mengele, soit par fidélité aux thèses nazies, soit par l’appât du gain. Le spectateur, notamment avec une insoutenable séquence, à la manière d’un film amateur en couleurs, sur Mengele à l’oeuvre dans sa salle d’expérimentation d’Auschwitz, a le coeur au bord des lèvres. Mais <strong>La disparition…</strong> est probablement utile aujourd’hui, alors que d’aucuns remettent en cause la réalité de la Shoah. (Blaq Out)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAFemmePortrait.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20940" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAFemmePortrait-175x300.jpg" alt="Femme Portrait" width="175" height="300" /></a><strong>LA FEMME AU PORTRAIT</strong><br />
Paisible professeur de psychologie, Richard  Wanley, en se rendant, un soir, à son club, remarque le portrait d&rsquo;une femme dans la vitrine d&rsquo;un marchand d&rsquo;art. Cette toile le fascine immédiatement, notamment le joli modèle qui y est peint. Or quelques instants plus tard, Wanley rencontre la jeune femme du tableau. Elle se nomme Alice Reed et elle l&rsquo;invite à passer la soirée chez elle. Soudain un intrus surgit, agresse violemment Alice puis tente d’étrangler Wanley. Ce dernier, en état de légitime défense, tue l’agresseur avec une paire de ciseaux. Craignant les répercussions judiciaires, songeant que la médiatisation de l&rsquo;affaire pourrait ruiner sa vie familiale et sa carrière, Wanley décide de dissimuler le corps dans les bois… Commence alors une sorte de chasse à l&rsquo;homme dans laquelle le petit professeur va s&rsquo;enfoncer avec un certain cynisme, assistant, grâce à ses relations, à la recherche du meurtrier en compagnie des enquêteurs. Ayant fui l&rsquo;Allemagne nazie alors même que Goebbels voulait lui confier les rênes de l&rsquo;industrie cinématographique allemande, Fritz Lang, déjà célèbre pour <strong>Metropolis</strong> (1926) ou <strong>M le maudit</strong> (1931), s&rsquo;installe à Hollywood où il travaillera pas moins de vingt ans (1936-1956), réalisant 22 longs-métrages qui couvrent quasiment tous les genres du cinéma hollywoodien. <strong>The Woman in the Window</strong> (1944) est le neuvième film de cette période américaine et certainement l&rsquo;un des grands films noirs des années quarante, reposant sur une forte tension psychologique au service de thèmes comme la culpabilité et le voyeurisme. Au-delà de la solide interprétation d&rsquo;Edward G. Robinson (Wanley) et Joan Bennett (Alice Reed), le succès de ce film mâtiné d&rsquo;onirisme doit beaucoup à sa chute. Tout n’était qu’un cauchemar… Lorsque le professeur quitte son club, il est interpellé par une jeune femme. Son dernier mot sera : <em>« Non ! »</em> (Rimini éditions)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAALaVague.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20943" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAALaVague-176x300.jpg" alt="La Vague" width="176" height="300" /></a><strong>LA VAGUE</strong><br />
Pendant les manifestations féministes du printemps 2018 au Chili, Julia, étudiante en musique, s&rsquo;engage dans le mouvement au sein de son université. Le groupe de femmes attire ensemble l&rsquo;attention sur le harcèlement et les mauvais traitements généralisés dont souffrent nombre de leurs camarades étudiantes. Au milieu des manifestations, Julia danse et chante avec ses amies. Alors qu&rsquo;elle trouve le courage de partager avec les étudiantes un souvenir qui la hante, elle devient de manière inattendue une figure centrale du mouvement. Son témoignage, intime et complexe, devient une vague qui secoue, perturbe et désarme une société polarisée… Titulaire de l&rsquo;Oscar du meilleur film étranger pour <strong>Une femme fantastique</strong> (2017) dans lequel il donne le rôle principal à l&rsquo;actrice transgenre Daniela Vega, Sebastian Lelio est l&rsquo;une des figures de proue du cinéma chilien et aussi un cinéaste qui place les femmes au centre de son œuvre comme le montra aussi l&rsquo;excellent <strong>Gloria</strong> (2013). Avec cette <strong>Vague</strong>, qu&rsquo;il ne faut pas confondre avec <strong>La Vague</strong> (Die Welle), le film allemand (2008) de Dennis Gansel, étude expérimentale sur un régime autocratique, menée par un professeur d&rsquo;histoire, Lelio donne une manière de film manifeste qui prend les atours d&rsquo;un <em>musical</em>. En utilisant les sons de la vie quotidienne (tirs de gaz lacrymogène, sirènes, casseroles) comme percussions, créant une ambiance sonore immersive, le cinéaste met en scène une chorégraphie (imaginée par Ryan  Heffington) avec des numéros puissants, dont un haka féminin, pour illustrer la force et la solidarité des femmes&#8230; Une œuvre à l&rsquo;énergie communicative ! (Metropolitan)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAEspionLeveToi.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20937" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAEspionLeveToi-175x300.jpg" alt="Espion Leve Toi" width="175" height="300" /></a><strong>ESPION LÈVE-TOI</strong><br />
Agent secret français du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), Sébastien Grenier est en sommeil depuis huit ans. Il gère à Zurich une société fiduciaire et partage la vie d&rsquo;Anna Gretz, une Allemande, professeur de littérature comparée dont les idées d&rsquo;extrême-gauche sont clairement affichées. Un matin, Grenier apprend par la radio qu&rsquo;un agent du SDECE avec qui il avait rendez-vous, Alfred Zimmer, vient d&rsquo;être abattu dans un tramway par un commando des Brigades d&rsquo;action populaire, officine d&rsquo;extrême-gauche en activité à Zurich. Il reçoit par la poste l&rsquo;après-midi même le livre <em>Vingt Ans après</em> d&rsquo;Alexandre Dumas, marqué à la page 138, code par lequel il comprend qu&rsquo;il a été « réveillé » par ses supérieurs. Se présentant au rendez-vous convenu, il a la surprise d&rsquo;être abordé par un certain Jean-Paul Chance, maître des requêtes auprès du Conseil fédéral de Berne, qui se présente aussi comme étant agent des services secrets suisses. Très bien renseigné sur la vie de Grenier, Chance lui demande de remonter la filière « Zimmer » pour savoir par qui sont contrôlées les Brigades d&rsquo;action populaire, et menace de le faire arrêter pour espionnage en cas d&rsquo;insuccès. Surpris et inquiet de l&rsquo;ambiguïté de ce contact, Grenier lance vers sa base le code de procédure d&rsquo;urgence sous la forme d&rsquo;une petite annonce dans le <em>Tages-Anzeiger</em>. Là encore, c&rsquo;est Chance qui se présente au rendez-vous en se disant cette fois son officier traitant du SDECE… et lui faisant comprendre qu&rsquo;il l&rsquo;a « réveillé » en raison des contacts d&rsquo;Anna Gretz avec certains éléments des Brigades d&rsquo;action populaire. En 1982, Yves Boisset signe un solide thriller paranoïaque typique de la Guerre froide qui s&rsquo;affirmera comme un exemple marquant du cinéma d&rsquo;espionnage français des années 80. Dans la peau de Grenier, Lino Ventura, roc massif, incarne un type peu à peu déstabilisé qui ne sait plus si ses interlocuteurs sont des «amis » ou des « ennemis ». A ses côtés, on trouve des pointures comme Michel Piccoli, Bruno Cremer, Bernard Fresson, Heinz Bennent et la comédienne polonaise Krystyna Janda, une habituée du cinéma d&rsquo;Andrzej Wajda, dans le rôle d&rsquo;Anna Gretz. Une intrigue froide, tendue et efficace où tous les coups (bas) sont permis. Et Grenier finira mal… (Studiocanal)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAALesBraises.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20944" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAALesBraises-184x300.jpg" alt="Les Braises" width="184" height="300" /></a><strong>LES BRAISES</strong><br />
Karine et Jimmy forment un couple de la quarantaine uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine de conditionnement alimentaire, souvent soumise à des cadences infernales. Lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand, à l&rsquo;occasion d&rsquo;une nouvelle hausse du prix des carburants routiers en France, surgit le mouvement des Gilets jaunes, Karine est emportée par la colère et l’espoir d’un changement. Ecoutant sa conscience sociale, Karine découvre la vie et la force du collectif. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille. Remarqué en 2021 avec <strong>Les promesses</strong> qui mettait en scène Isabelle Huppert et Reda Kateb dans le rôle d&rsquo;une maire de banlieue en fin de mandat et son directeur de cabinet, Thomas Kruithof se plonge, ici, dans une histoire sociale récente (et qui trouve, ces jours-ci, une actualité nouvelle!) qui tient à la fois un propos politique mais aussi romanesque dans la mesure où l&rsquo;engagement total de Karine se confronte à la désagrégation de son couple. Ce qui intéresse le cinéaste, c&rsquo;est d&rsquo;explorer comment le militantisme peut perturber la vie amoureuse et familiale tout en montrant la tension entre convictions personnelles et responsabilités familiales. Certainement l&rsquo;un des premiers films de fiction à mettre les mouvement des Gilets jaunes au coeur de son propos, <strong>Les braises</strong>, malgré une mise en scène manquant de puissance, soulève de bonnes questions sur l&rsquo;engagement citoyen, la politisation de l’intime ou la justice sociale, la répression policière et la montée de l’extrême droite. Avec beaucoup de conviction, Virginie Efira, incontournable dans le cinéma français, habite le personnage de Karine. A ses côtés, le comédien belge Arieh Worthalter, vu naguère dans<strong> Le procès Goldman</strong> pour lequel il a obtenu le César du meilleur acteur en 2024, est impeccable. (Wild Side)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABonneEtoile.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20932" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABonneEtoile-174x300.jpg" alt="Bonne Etoile" width="174" height="300" /></a><strong>LA BONNE ÉTOILE</strong><br />
En 1940, en France, Jean Chevalin vit avec sa famille dans une grande précarité après avoir déserté de l&rsquo;armée. La situation n’est plus tenable. Convaincu que « certains » s&rsquo;en sortent mieux, Chevalin a la brillante idée de se faire passer pour juif afin de bénéficier de la bienveillance (intéressée) des passeurs pour atteindre la zone libre. De malentendus en révélations, ce stratagème va entrainer sa famille dans ce grand périple qui déconstruira ses préjugés un à un… Comédien et réalisateur (on lui doit déjà <strong>Tête de Turc</strong> en 2010, <strong>Je compte sur vous</strong> en 2015 et <strong>On est fait pour s&rsquo;entendre</strong> en 2021), le Colmarien de naissance Pascal Elbé a écrit le scénario de ce film après avoir entendu <em>« une conversation dans un café où l’on évoquait une famille juive avec des propos teintés de stéréotypes »</em>, puis, plus tard, être tombé sur un livre, <em>Le nazi et le barbier</em>, d’Edgar Hilsenrath, un auteur juif allemand exilé aux États-Unis après la guerre. Film sur une période sombre de l&rsquo;Histoire de France, <strong>La bonne étoile</strong>, tourné essentiellement dans les Vosges, montre un pays entre médiocrité humaine, compromissions, petites lâchetés et silences complices. Du coup, Pascal Elbé trouve un ton très humaniste (et émouvant) pour évoquer un type maladroit qui tente de s&rsquo;arracher, comme il le peut, au chaos. Si la mise en scène est parfois un peu trop appliquée, les comédiens se chargent, ici, de donner de l&rsquo;âme à cette aventure intime. Il en va ainsi d&rsquo;Audrey Lamy, de Zabou Breitman, de Pascal Elbé dans le rôle de Sam Goldstein mais c&rsquo;est évidemment, dans le rôle de Jean Chevalin, Benoît Poelvoorde qui en impose. <em>« Benoît était un peu un fantasme,</em> dit le réalisateur, <em>pas seulement pour ce film, mais par rapport à mon envie de le rencontrer. Je n’écris jamais pour un acteur, par crainte d’être déçu, mais je n’ai pu m’empêcher de penser à lui dès l’écriture et de le mettre tout en haut de ma liste. Il a lu le script en 48 heures, il a adoré le projet et, en plus, il connaissait Edgar Hilsenrath ! (…). C’est un vrai cadeau qu’il m’a fait en rejoignant le projet. »</em> (UGC)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVieChateau.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20950" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAVieChateau-198x300.jpg" alt="Vie Chateau" width="198" height="300" /></a><strong>LA VIE DE CHATEAU – MON ENFANCE A VERSAILLES</strong><br />
Après la mort de ses parents dans un attentat, Violette, huit ans et du caractère à revendre, quitte Paris pour Versailles. Elle y retrouve Régis, son oncle, agent d&rsquo;entretien au château, qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas vu depuis bien longtemps et qui s&rsquo;occupera désormais d&rsquo;elle. Les premiers contacts sont difficiles entre le géant bourru et la petite orpheline têtue qui refuse de lui parler et fugue dès qu’elle peut… Mais dans les coulisses dorées du Roi Soleil, ces deux solitaires vont peu à peu s’apprivoiser, apprendre à se connaître, et se découvrir une nouvelle famille… Réalisé par Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel Hlimi et sorti en 2025, <strong>La vie de château…</strong> est une production franco-luxembourgeoise qui reprend leur court-métrage éponyme de 2019 et qui constitue un habile remontage des six épisodes de la série toujours éponyme diffusée en 2024. Adapté d’un roman jeunesse, voici une œuvre d&rsquo;animation qui, à travers un regard d&rsquo;enfant, explore avec pudeur les thèmes du deuil, de l’attachement et de la reconstruction. Dans un style sobre, fluide et limpide, avec une ligne noire digne du travail d&rsquo;un Sempé, ce film distille une véritable émotion sans jamais céder au pathos. Ce récit intime et intense repose aussi sur des dialogues justes et une écriture d’une belle finesse. Une œuvre rare et un moment merveilleux ! (jour2fête)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAFemmeFeu.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20938" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAFemmeFeu-188x300.jpg" alt="Femme Feu" width="188" height="300" /></a><strong>FEMME DE FEU</strong><br />
En 1870, dans une petite ville de l&rsquo;Utah. Dave Nash travaille pour Walt Shipley, un éleveur de moutons en guerre contre Ben Dickason et Frank Ivey, deux puissants propriétaires qui n&rsquo;entendent pas partager leurs pâturages avec le modeste Shipley. La rivalité entre les deux clans est d&rsquo;autant moins simple à gérer parce que Connie, la fille de Ben, s’est amourachée de Walt, l’ennemi de son père, alors que ce dernier lui destinait son partenaire Frank Ivey pour époux. Un soir, humilié par le camp adverse, Dave préfère renoncer à tout. Blessée dans son amour-propre, la jeune femme décide de tenir tête à son père comme au fiancé qu&rsquo;on lui destine. Elle demande à Dave de lui prêter main forte. Plutôt enclin à arriver à ses fins sans recourir à la violence, Dave va pourtant se retrouver au coeur d’un combat sans merci… <strong>Ramrod</strong> (en v.o.) qu&rsquo;il met en scène en 1947, est le premier western d&rsquo;André De Toth qui en tournera une douzaine dont six avec le seul Randolph Scott, emblématique acteur de western. Mais, ici, c&rsquo;est un autre westerner, Joel McCrea (également en tête d&rsquo;affiche du <strong>Juge Thorne fait sa loi</strong>, ci-dessous) qui incarne le séduisant Dave Nash. Né en Hongrie en 1912, fils d’un officier des Hussards, De Toth entre dans l’industrie cinématographique dans son pays natal en tournant quelques films à la fin des années trente. Touche-à-tout, il sera tour à tour scénariste, monteur, acteur puis assistant réalisateur. Après un bref passage par l&rsquo;Angleterre où son compatriote Alexander Korda le fait travailler notamment sur quelques séquences du <strong>Livre de la jungle</strong>, il part pour les USA où il s&rsquo;illustrera dans les genres en vigueur dans le cinéma hollywoodien : film d&rsquo;aventures, film noir, film de guerre, film d&rsquo;espionnage et bien sûr le western. Avec <strong>Femme de feu</strong>, De Toth a la chance de pouvoir filmer en décors naturels et aussi de mettre en scène une aventure où une femme est le moteur de l&rsquo;intrigue. Le cinéaste choisit pour incarner Connie, son épouse de l&rsquo;époque, Veronica Lake, qui n&rsquo;aura pas d&rsquo;autre occasion d&rsquo;apparaître dans un western. Mais sa beauté et en particulier sa coiffure très caractéristique laissant retomber une mèche blonde sur un œil, feront bientôt d&rsquo;elle une figure emblématique du cinéma hollywoodien classique. Même si le film -longtemps considéré comme disparu- contient son lot de violences, son scénario est plutôt alambiqué tandis que la mise en scène manque de nerf. Ce qui n&rsquo;est pas l&rsquo;avis de Martin Scorsese qui salua <em>« un western cynique et macabre, qui conserve une fraîcheur étonnante. »</em> (Sidonis Calysta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARireCouteau.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20946" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAARireCouteau-188x300.jpg" alt="Rire Couteau" width="188" height="300" /></a><strong>LE RIRE ET LE COUTEAU</strong><br />
Ingénieur environnemental portugais, Sergio se rend en Guinée-Bissau pour expertiser l&rsquo;impact écologique de la construction d&rsquo;une route forestière. Il conduit un vieux véhicule qui soulève une nuée de sable. Le véhicule tombe en panne. Il continue à pied. À son arrivée, il ressent une certaine pression: ses collègues lui conseillent de boucler rapidement son rapport. Il apprend aussi que son prédécesseur, un ingénieur italien, a mystérieusement disparu. Sur place, Sergio rencontre également Diara qui tente de gagner sa vie avec un resto-buvette, et son ami, Gui, un Brésilien qui s&rsquo;habille en femme. Ce drôle de couple anime les nuits de Bissau. Bisexuel, Sergio se lie intimement avec Diara (Cleo Diara) et Gui (Jonathan Guilherme)&#8230; Le cinéaste portugais Pedro Pinho signe, avec <strong>O riso et a faca</strong> (en v.o.), son cinquième film qui a, tour à tour, les allures d&rsquo;un thriller, d&rsquo;un film de survie, d&rsquo;une histoire d&rsquo;amour et même d&rsquo;un documentaire. Dans cette odyssée postcoloniale de 325 minutes dans sa version originale, on reste dans les pas de Sergio venu pour une mission et qui se plonge surtout au coeur d&rsquo;une population, qu&rsquo;elle soit locale ou non, fréquentant des boîtes de nuit, faisant la fête et tentant de coucher avec une fille et/ou un garçon de rencontre… Film sur la solitude de Sergio (Sergio Coragem), sur les désirs, sur les rapports Nord-Sud, sur le sexe, <strong>Le rire et le couteau</strong> prend parfois des tours étranges, ainsi dans une séquence où des membres blancs d&rsquo;une ONG viennent visiter les latrines qu&rsquo;ils ont fait installer dans un village guinéen. Mais il y a aussi, dans ce travail hybride, de beaux moments de respiration lorsque le film s&rsquo;attache à des gens vivant au bord du fleuve… Sélectionné à la section Un Certain regard au Festival de Cannes 2025, <strong>Le rire et le couteau</strong> a valu à Cleo Diara le prix d&rsquo;interprétation féminine. (Blaq Out)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAJugeThorneFaitLoi.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20942" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAJugeThorneFaitLoi-188x300.jpg" alt="Juge Thorne Fait Loi" width="188" height="300" /></a><strong>LE JUGE THORNE FAIT SA LOI</strong><br />
Juge itinérant, Rick Thorne sillonne l&rsquo;Ouest américain pour rendre la justice. Il arrive dans la petite ville de Bannerman, au pied des Rocheuses et s&rsquo;installe pour quelques jours afin d’examiner les dossiers du shérif et du procureur. Fils du puissant propriétaire terrien Josiah Bannerman (qui a carrément donné son nom à la ville), Tom Bannerman a tué un homme lors d’une altercation. Sans ouvrir d&rsquo;enquête, le shérif a immédiatement classé l’affaire comme un cas de légitime défensee. Suspectant une manipulation, Thorne exige que le meurtrier soit traduit en justice. Il constate rapidement que tant le shérif Bell que le procureur Streeter ont décidé de ne lui apporter aucune aide… En 1955, Jacques Tourneur (1904-1977) tourne <strong>Stranger on Horseback</strong> (en v.o.), l&rsquo;un des nombreux westerns qui ont jalonné la carrière du réalisateur français longtemps installé aux Etats-Unis. Il y retrouve Joel McCrea qu&rsquo;il avait déjà dirigé en 1950 dans <strong>Stars in my Crown</strong>. Dans le rôle de Thorne, McCrea fait ce qu&rsquo;il faut pour faire éclater la vérité et appliquer la justice dans un environnement où le pouvoir local domine. Au travers du personnage intègre et persévérant d&rsquo;un juge qui refuse de se laisser influencer par des intérêts privés, le film explore la tension entre la loi impartiale et l’influence des grandes fortunes locales. En évoquant le rôle des juges itinérants au cours de la Conquête de l &lsquo;Ouest, le film met donc aux prises un grand propriétaire terrien (John McIntire) et sa tribu avec un homme solitaire mais droit. <strong>Le juge Thorne fait sa loi</strong> (un titre français imprécis car Thorne ne fait justement pas sa loi) doit enfin beaucoup à la prestation de l&rsquo;imposant Joel McCrea, parfait en charismatique magistrat parfois contraint de protéger sa vie… Dans les suppléments, une présentation du film par le critique Noël Simsolo et un livret rédigé pat Jean-François Giré. (Sidonis Calysta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAChronologyWater.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20933" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAAChronologyWater-187x300.jpg" alt="Chronology Water" width="187" height="300" /></a><strong>THE CHRONOLOGY OF WATER</strong><br />
Jeune femme marquée par des maltraitances, y compris sexuelles, au sein de sa famille puis par des abus, des excès et des addictions aux drogues et à l&rsquo;alcool, Lidia Yuknavitch va peu à peu trouver un mode d&rsquo;expression à travers l&rsquo;écriture et sa voie en tant que sportive avec la natation. Elle devient finalement enseignante, mère et une écrivaine moderne et singulière. Inspiré (librement) des mémoires de Lidia Yuknavitch publiée en 2011 sous le même titre (<em>La mécanique des fluides</em>), ce premier passage derrière la caméra de Kristen Stewart n&rsquo;est pas un récit traditionnel avec une succession de scènes, mais une succession de fragments d’images, de phrases, de souvenirs et de sensations, traduisant une difficulté d’être. Avec <strong>The Chronology of Water</strong>, la comédienne devenue star avec la saga <strong>Twilight</strong> (2008-2012) et qu&rsquo;on devrait voir dans le prochain film de Quentin Dupieux, explore comment la littérature devient un moyen de guérison et de reprise de voix face à la violence domestique et à l’inceste. Ce drame autobiographique conçu comme un poème visuel se concentre sur les moments clés de la vie de Lidia (incarnée par la remarquable Imogen Poots), de l’enfance à l’âge adulte, sans montrer explicitement les traumatismes mais en révélant leurs effets… Un maelström d&rsquo;images qui invite à la réflexion sur la violence domestique et la résilience. (Blaq Out)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATourGlace.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20948" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAATourGlace-176x300.jpg" alt="Tour Glace" width="176" height="300" /></a><strong>LA TOUR DE GLACE</strong><br />
Dans les années 1970, la star Cristina van der Berg participe au tournage de l&rsquo;adaptation du conte fantastique <em>La Reine des neiges</em> d&rsquo;après Hans Christian Andersen dans lequel elle joue le rôle principal. Jeanne, une orpheline adolescente, qui a fui son foyer de haute montagne, n&rsquo;ayant nulle part où dormir, se réfugie dans ce qu&rsquo;elle pense être un hangar abandonné. Mais elle découvre qu&rsquo;il s&rsquo;agit de studios de tournage. Entre l&rsquo;énigmatique comédienne et la jeune fille, une relation inattendue se noue. D&rsquo;autant plus que <em>La reine des neiges</em> est le conte fétiche de Jeanne. Cependant, celle-ci ne se doute pas qu&rsquo;un piège se referme sur elle. Une relation intense et toxique s’installe entre Jeanne et l’actrice, mêlant fascination, emprise et ambiguïté entre réalité et fiction. Jeanne finit par obtenir un rôle sur le tournage, ce qui renforce son lien avec la reine des neiges, tant dans le film qu’en dehors… Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2025 (où il remporta l&rsquo;Ours d&rsquo;argent de la meilleure contribution artistique) <strong>La tour de glace</strong> est une drame fantastique réalisé par Lucile Hadzihalilovic. La cinéaste française a été remarquée en 2004 avec <strong>Innocence</strong> dans lequel jouait déjà Marion Cotillard qui incarne, ici, le personne de Cristina puis, une dizaine d&rsquo;années plus tard, avec <strong>Evolution</strong>, autre film fantastique. A propos des sources d&rsquo;inspirations du film, la réalisatrice a noté : <em>« Nous avons beaucoup pensé à L&rsquo;Esprit de la ruche (1973) de Víctor Erice, qui transfigure la réalité à travers le regard d&rsquo;une jeune fille. Et nous avons essayé de faire de même : embellir et styliser, découvrir ce monde à travers le regard de la jeune fille en rendant le banal un peu plus enchanté. »</em> De fait, <strong>La tour de glace</strong> est une œuvre résolument en marge de la production française, jouant sur la frontière floue entre le monde réel et le décor de cinéma, explorant les thèmes de l’emprise adulte sur l’adolescent, la fascination pour les personnages magiques et les dangers de l’adultère. Au côté de Marion Cotillard, Clara Pacini (dans son premier rôle au cinéma) se glisse dans la peau d&rsquo;une adolescente en quête de repères. Un film beau et très formaliste qui mêle la poésie et le sentiment d&rsquo;un cauchemar auquel il est impossible d&rsquo;échapper… (Metropolitan)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAASiege.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-20947" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAASiege-201x300.jpg" alt=" Siege" width="201" height="300" /></a><strong>SIEGE</strong><br />
Lors d&rsquo;une grève de la police, un groupuscule de dangereux crétins fascistes essaye d&rsquo;imposer de nouvelles règles aux habitants d&rsquo;Halifax en Nouvelle-Écosse. Ils tentent d&rsquo;effrayer des gays et des lesbiennes dans un bar, mais ils tuent accidentellement le propriétaire de l&rsquo;établissement. Le leader du groupe décide alors d&rsquo;exécuter tous les témoins du drame. Cependant un homme réussit à échapper à l&rsquo;hécatombe et se réfugie dans un quartier résidentiel… Sorti en 1983 sous le titre original <strong>Self Defense</strong>, <strong>Siège</strong> est un film canadien réalisé par Paul Donovan et Maura O&rsquo;Connell pour lequel les deux réalisateurs ont puisé dans la réalité. En 1981, Halifax fut frappé par une grève de la police, les fonctionnaires réclamant de meilleurs salaires et des conditions de travail plus acceptables. Des revendications qui conduisirent à un situation de chaos marquée par des pillages. Donovan et O&rsquo;Connell ont largement mis l&rsquo;accent sur les débordements de dégénérés massacrant tout le monde dans un bar gay. Daniel, le seul survivant, parvient à se réfugier chez un couple de jeunes aveugles qui vont tenter de lui sauver la mise tandis qu&rsquo;une troupe de mabouls homophobes et armés jusqu&rsquo;aux dents met la ville à feu et à sang. Sous la forme d&rsquo;un thriller de survie, une série B qui tape fort dans l&rsquo;hécatombe. (Sidonis Calysta)<br />
<a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACreaturesCimetiere.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-20934" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAACreaturesCimetiere-212x300.jpg" alt="Creatures Cimetiere" width="212" height="300" /></a><strong>LA CRÉATURE DU CIMETIÈRE</strong><br />
Dans la petite ville de Gate Falls, près de Castle Rock, le propriétaire d&rsquo;une vieille usine de textile située à côté d&rsquo;un cimetière décide d&rsquo;engager quelques ouvriers pour nettoyer le sous-sol, encombré d&rsquo;un bric-à-brac et envahi par les rats. Mais l&rsquo;un des travailleurs, effrayé par quelque chose, trébuche et périt broyé dans une machine. John Hall, nouveau venu dans la ville, est engagé pour remplacer le défunt. Il travaille avec l&rsquo;équipe de nuit et fait la connaissance d&rsquo;un singulier dératiseur, Tucker Cleveland, vétéran de la guerre du Viêt Nam. Bientôt, un autre ouvrier est tué dans le sous-sol, après quoi Warwick, un contremaître carrément sadique, crée une unité armée de lances à incendie pour dégager le sous-sol. En plus du nettoyage proprement dit des locaux, Warwick attend des ouvriers qu&rsquo;il le débarrasse des rats. Il confie cette tâche à Tucker, mais celui-ci est tué. Hall trouve une trappe dans le sous-sol, où il pense que les rats se reproduisent. Les ouvriers et Warwick s&rsquo;y rendent et trouvent une autre salle remplie de vieux équipements. Un des travailleurs y découvre un avant-bras humain. De peur, il tente de monter l&rsquo;escalier pourri qui s&rsquo;effondre sous lui, et il est attaqué par un énorme monstre mutant. Consacré « roi de l&rsquo;horreur » de la littérature moderne, Stephen King a été fréquemment adapté au grand écran. Souvent avec succès (<strong>Carrie</strong>, <strong>Shining</strong>, <strong>Misery</strong>), parfois moins. En 1990, le producteur Ralph S. Singleton signe, avec <strong>Graveyard Shift</strong> (en v.o.) son unique réalisation qui sort en version remastérisée. Il adapte une courte nouvelle (<em>Poste de nuit</em>) de King et l&rsquo;enrichit de quelques personnages pour pouvoir boucler un long-métrage. Dans des décors plutôt réussis, on plonge dans un univers clos où règnent les rats mais aussi une créature bien plus imposante, plus dangereuse et très vorace. La menace est réelle et le film tire ainsi son épingle du jeu en distillant une bonne angoisse… (Sidonis Calysta)</p>
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		<title>Des fiancés monstrueux et si émouvants</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Mar 2026 08:21:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>

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		<description><![CDATA[Du fond des ténèbres de l&#8217;au-delà, les mânes de Mary Shelley sont en colère. Bien sûr, elle a écrit le fameux Frankenstein ou le Prométhée moderne mais elle n&#8217;a pas pu écrire tout ce qu&#8217;elle voulait encore dire, emportée à 53 ans par une tumeur cérébrale. « Depuis des siècles, hurle-t-elle, j&#8217;essaye de faire sortir cette [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20918" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20918" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride1-300x150.jpg" alt="Une fiancée (Jessie Buckley) en colère. DR" width="300" height="150" /></a><p class="wp-caption-text">Une fiancée (Jessie Buckley) en colère. DR</p></div>
<p>Du fond des ténèbres de l&rsquo;au-delà, les mânes de Mary Shelley sont en colère. Bien sûr, elle a écrit le fameux <em>Frankenstein ou le Prométhée moderne</em> mais elle n&rsquo;a pas pu écrire tout ce qu&rsquo;elle voulait encore dire, emportée à 53 ans par une tumeur cérébrale.<em> « Depuis des siècles,</em> hurle-t-elle, <em>j&rsquo;essaye de faire sortir cette tumeur de ma tête&#8230; »</em> Une histoire d&rsquo;horreur, une histoire d&rsquo;amour ? Quelque chose se fissure en elle. Il y a deux esprits au lieu d&rsquo;un… Et la femme de lettres britannique (1797-1851) prévient : <em>« Si Frankenstein vous a effrayé, ma prochaine histoire vous fera crier : à l&rsquo;aide ! »</em><br />
C&rsquo;est par une séquence en noir et blanc qui n&rsquo;a rien à envier au grand cinéma expressionniste allemand, pas plus d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;aux premières œuvres de David Lynch, que s&rsquo;ouvre<strong> The Bride !</strong> D&rsquo;emblée, Maggie Gyllenhaal va planter le décor d&rsquo;une aventure horrifique qui relève du manifeste féministe sous le signe de <em>« J&rsquo;aimerai autant pas »</em>.<br />
C&rsquo;est dans le Chicago des années trente, au fond d&rsquo;un grand bar, que l&rsquo;on fait la connaissance de la blonde et tonitruante Ida. Mais cette jeune femme-là, à laquelle un homme tente de faire avaler une huître, va la vomir avant d&rsquo;être prise de convulsions. Cela ne l&rsquo;empêche pas de se montrer menaçante envers un gros type en costumé rayé. Malheureusement pour la désobéissante Ida, Lupino est un ponte de la mafia. Autant dire que la blonde finira au bas d&rsquo;un escalier, la nuque et le corps cassés de partout.<br />
C&rsquo;est aussi à Chicago que surgit de nulle part, un certain Frank, robuste gaillard qui cache son visage sous un large chapeau et une écharpe noire. Rongé par la solitude mais aussi un désir puissant pour une hypothétique compagne, cet homme vient frapper à la porte du docteur Cornelia Euphronious, une scientifique visionnaire. Si elle prend d&rsquo;abord peur devant ce type qui lui explique qu&rsquo;il voudrait avoir… un rapport, la toubib va accéder à la demande de Frank : lui créer une compagne.</p>
<div id="attachment_20920" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride3.jpg"><img class="size-medium wp-image-20920" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride3-300x150.jpg" alt="Retour à la vie pour la fiancée. DR" width="300" height="150" /></a><p class="wp-caption-text">Retour à la vie pour la fiancée. DR</p></div>
<p>Ensemble, dans un cimetière, ils récupèrent le corps martyrisé d&rsquo;Ida et le docteur Euphronious, par un mélange de connections électriques, va ressusciter la jeune femme. Revenue, sans le savoir, d&rsquo;entre les morts, la fiancée de Frank va goûter une nouvelle existence. Cette seconde vie va la propulser dans un maelström d&rsquo;événements qui dépassent tout ce que le jeune couple aurait pu imaginer…<br />
Pour sa seconde réalisation après <strong>The Lost Daughter</strong> (2021), un drame avec Olivia Colman en tête d&rsquo;affiche, adapté du roman <em>Poupée volée</em> d&rsquo;Elena Ferrante, Maggie Gyllenhaal met ici les petits plats dans les grands avec une production au solide budget de 80 millions de dollars.<br />
Sur fond de meurtres et d&rsquo;incessantes cavales façon <strong>Bonnie and Clyde</strong>, un couple hors-la-loi tente de vivre une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse alors que tout s&rsquo;oppose à leur idylle, y compris la détermination de la fiancée à faire tomber un mafieux qui a largement abusé (et tué) d&rsquo;innocentes proies féminines. On ne sait si la cinéaste avait une petite idée (contemporaine) derrière la tête en écrivant son scénario. Mais clairement Maggie Gyllenhaal propose, ici, une relecture d&rsquo;un grand mythe de la littérature puis du grand écran et en ciblant plus précisément <strong>La fiancée de Frankenstein</strong> que James Whale réalise en 1935. Mais si la fiancée de 1935, incarnée par Elsa Lanchester, n&rsquo;a finalement qu&rsquo;un rôle assez minime dans ce fleuron des <em>Universal Monsters</em>, il n&rsquo;en va pas de même ici. On peut le constater dès le titre… d&rsquo;où Frankenstein disparaît au profit d&rsquo;un point d&rsquo;exclamation qui n&rsquo;a rien d&rsquo;anodin. Pour la cinéaste, il symbolise l’explosion de la voix de cette femme qui, plus qu’une simple création monstrueuse, revient avec des désirs et des intentions propres. Ni Ida, ni Penny jolie, ni la fiancée de Frankenstein, elle est juste la fiancée. Et surtout elle est une meneuse qui n&rsquo;entre pas dans les cadres qu&rsquo;on voudrait, y compris son amoureux transi de Frank, lui assigner.</p>
<div id="attachment_20919" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20919" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride2-300x168.jpg" alt="En cavale avec Frank (Christian Bale). DR" width="300" height="168" /></a><p class="wp-caption-text">En cavale avec Frank (Christian Bale). DR</p></div>
<p>La fiancée mène le bal et devient l&rsquo;égérie d&rsquo;un mouvement social aussi radical que débridé, dans lequel, au cri de <em>« Attaque cérébrale »</em>, les femmes se font sa tête. Crinière blonde, sourcils décolorés, teint pâle, lèvres noires et tatouage sombre au coin de la bouche.<br />
Révélée au grand public en 2002 avec<strong> La secrétaire</strong>, histoire d&rsquo;une secrétaire dans un petit cabinet d&rsquo;avocat qui découvre, avec une certaine volupté, les plaisirs de la fessée, Maggie Gyllenhaal alterne une carrière majoritairement <em>arty</em> avec quelques échappées plus grand public comme <strong>Chassé-croisé à Manhattan</strong> (2006), <strong>World Trade Center</strong> (2006) ou en reprenant au pied levé le rôle de Rachel Dawes dans <strong>The Dark Night</strong> (2008).<br />
Comme cinéaste, elle offre, avec <strong>The Bride !</strong>, une œuvre très foisonnante (qui semble certes partir parfois dans tous les sens) mais qui a le mérite de ne jamais ralentir. La photographie de Lawrence Sher (responsable des images des deux<strong> Joker</strong> et couronné d&rsquo;un Oscar de la meilleure photo pour le premier) est impressionnante. Quant à l&rsquo;histoire, elle fait la part belle au cinéma d&rsquo;antan et au <em>musical</em> siglé Busby Berkeley, avec des clins d&rsquo;oeil aussi à <strong>Cabaret</strong> ou à <strong>L&rsquo;ange bleu</strong>, la fiancée donnant une version personnelle de <em>Falling in Love Again</em> sans oublier les films de gangsters comme les aime Scorsese.</p>
<div id="attachment_20921" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride4.jpg"><img class="size-medium wp-image-20921" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/03/AAABride4-300x133.jpg" alt="Le docteur Euphronious (Annette Benning), une scientifique visionnaire. DR" width="300" height="133" /></a><p class="wp-caption-text">Le docteur Euphronious (Annette Benning),<br />une scientifique visionnaire. DR</p></div>
<p>L&rsquo;interprétation emporte l&rsquo;adhésion. Christian Bale est un Frankenstein torturé et couturé de toutes parts, Peter Sarsgaard (mari de la cinéaste à la ville) un flic paumé et Jake Gyllenhaal apparaît comme un lointain cousin de Fred Astaire. Enfin Maggie Gyllenhaal apporte un soin tout particulier à trois personnages féminins majeurs. Il en va ainsi du docteur Euphronious (Annette Benning) qui rend la vie à la fiancée, de l&rsquo;inspecteur Myrna Mallow (Penelope Cruz) qui joue une carte très perso dans le dénouement et évidemment de la volcanique fiancée portée par la tonique Jessie Buckley. La comédienne irlandaise, toujours à l&rsquo;affiche dans <strong>Hamnet</strong> en épouse de Shakespeare, est en train de s&rsquo;imposer complètement sur le devant de la scène hollywoodienne, donc mondiale !<br />
<em>« Je t’aime jusqu’à la fin des temps,</em> se disent-ils. <em>Parce que nous sommes morts depuis le début »</em>.</p>
<p><strong>THE BRIDE !</strong> Epouvante/Horreur (USA – 2h07) de Maggie Gyllenhaal avec Jessie Buckley, Christian Bale, Annette Bening, Peter Sarsgaard, Penelope Cruz, Julianne Hough, John Magaro, Jeannie Berlin, Zlatko Buric, Jake Gyllenhaal. Dans les salles le 4 mars.</p>
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		<title>Les énormes ambitions de Marty, la fripouille</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Feb 2026 15:51:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour du battage, il y aura eu du battage. Celui ou celle qui ne sait pas que Timothée Chalamet incarne Marty Mauser dans Marty Supreme, ne doit pas savoir non plus ce que sont les réseaux sociaux, les médias papier, les radios et que sais-je encore. Autant dire qu&#8217;il y avait une certaine attente pour [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20905" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20905" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme1-300x125.jpg" alt="Marty Mauser (Timothée Chalamet), champion de tennis de table et arnaqueur. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Marty Mauser (Timothée Chalamet), champion de tennis de table et arnaqueur. DR</p></div>
<p>Pour du battage, il y aura eu du battage. Celui ou celle qui ne sait pas que Timothée Chalamet incarne Marty Mauser dans <strong>Marty Supreme</strong>, ne doit pas savoir non plus ce que sont les réseaux sociaux, les médias papier, les radios et que sais-je encore. Autant dire qu&rsquo;il y avait une certaine attente pour le film de Josh Safdie. Disons-le d&rsquo;emblée, le pari est plutôt bien tenu !<br />
En 1952, Marty Mauser vend des chaussures dans la boutique new-yorkaise de son oncle dans le Lower East Side. C&rsquo;est plutôt un vendeur habile mais il n&rsquo;a aucune intention de végéter au milieu des cartons. Même si la réserve du magasin lui permet quand même d&rsquo;allègrement batifoler avec la tonique Rachel, une voisine de l&rsquo;immeuble. L&rsquo;amusant générique du film avec son ballet de spermatozoïdes s&rsquo;introduisant dans une ovule en forme de balle de ping-pong , ne laisse guère de doute sur le futur état de Rachel&#8230;<br />
Marty Mauser a un rêve. Enfin, plusieurs. Créer une balle de tennis de ping-pong personnalisée, avoir sa tête sur des boîtes de corn-flakes et incarner le tennis de table aux Etats-Unis. Alors, menacer un collègue de travail avec une arme de poing, c&rsquo;est une broutille. Pour Marty, il s&rsquo;agit de récupérer ce qu&rsquo;on lui doit, en l&rsquo;occurrence 700 dollars, afin de pouvoir prendre un billet pour Londres et disputer un championnat international. Dans la capitale anglaise, Marty passe les tours avec aisance mais il va tomber sur un gros bec nommé Koto Endo. Le compétiteur japonais est une pointure qui joue, en plus, avec une raquette innovante qui lui permet d&rsquo;enquiller les points face à un Marty médusé et vaincu…<br />
Pour Marty Mauser, l&rsquo;ambition aidant, toutes les occasions sont bonnes à saisir. Ainsi, à Londres, il décide de s&rsquo;installer au Ritz. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y aucune raison que les gros pardessus de la Fédération internationale de tennis de table séjournent dans le prestigieux hôtel et pas lui. Et voilà que l&rsquo;occasion se présente pour ce baratineur-né de croiser la route de Kay Stone, une actrice iconique qu&rsquo;il arrivera à culbuter avant de lui déposer un ticket pour qu&rsquo;elle vienne le voir jouer. Mais ce n&rsquo;est là que le début des aventures, parfois ubuesques, d&rsquo;un grand frimeur doublé d&rsquo;une jolie fripouille.</p>
<div id="attachment_20906" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20906" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme2-300x125.jpg" alt="Kay Stone (Gwyneth Paltrow), une vedette sous le charme de Marty. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Kay Stone (Gwyneth Paltrow),<br />une vedette sous le charme de Marty. DR</p></div>
<p>Josh Safdie s’est très tôt passionné pour le tennis de table, en écoutant les anecdotes de son oncle sur les célèbres marginaux new-yorkais qui, au XXe siècle, étaient attirés par cette discipline. Un jour, chez un brocanteur, la femme du cinéaste tomba sur un ouvrage écrit par un certain Marty Reisman, prodige du tennis de table juif new-yorkais. Safdie découvrit ainsi un univers étrange et exaltant. Il réclama à son oncle qu’il lui raconte des anecdotes sur le Lawrence’s Table Tennis Club, le mythique cœur battant du tennis de table new-yorkais. Il n&rsquo;en fallut pas plus pour que Josh Safdie et sa femme Sara Rossein (productrice exécutive et documentaliste) se plongent immersion totale dans l’univers du tennis de table&#8230;<br />
De fait, dans le New York des années 1950, le tennis de table a fait naître une véritable sous-culture peuplée de magouilleurs, de génies, de marginaux et de types sans scrupules. On pratiquait cette discipline dans des salles clandestines enfumées, au cours de fêtes organisées sur les terrasses des immeubles, dans les auberges de jeunesse, les dortoirs de prestigieuses universités de la côte Est du pays, et les immeubles du sud de la ville. C’était un jeu rapide, intense, et largement négligé par le grand public. De quoi ouvrir, pour Safdie et Ronald et Bronstein, son co-scénariste, un nouveau territoire pour laisser libre cours à leur passion pour les personnages faillibles et les univers interlopes.</p>
<div id="attachment_20907" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme3.jpg"><img class="size-medium wp-image-20907" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme3-300x125.jpg" alt="Rachel Mizler (Odessa A'zion), enceinte et complice de Marty. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Rachel Mizler (Odessa A&rsquo;zion),<br />enceinte et complice de Marty. DR</p></div>
<p>Reposant sur une mise en images inventive, nerveuse, spectaculaire et efficace qui laisse, au bout de 2h30, le spectateur complètement épuisé (mais ravi!), <strong>Marty Supreme</strong> réussit, tout à la fois, à rendre compte de l&rsquo;air du temps (dans les années 50, les Japonais n&rsquo;étaient pas « appréciés » aux Etats-Unis) et d&rsquo;une réalité sociale (la vie d&rsquo;une famille juive dans le quartier défavorisé de Manhattan) tout en brossant le portrait enlevé d&rsquo;un sacré loustic.<br />
<em>« Marty,</em> dit son interprète, <em>est un jeune homme ambitieux qui veut être salué comme le plus grand joueur de tennis de table au monde . Et s’il est peut-être le meilleur du monde, il se trouve qu’il est aussi, en raison des circonstances de la vie, un type insignifiant qui habite le Lower East Side de Manhattan, au début des années 50&#8230; »</em><br />
C&rsquo;est donc dans les pas d&rsquo;un jeune rêveur doublé d&rsquo;un absolu romantique et d&rsquo;un optimiste invétéré que Josh Safdie a imaginé un récit initiatique où Marty Mauser va découvrir sa vraie nature, voire même en changer.</p>
<div id="attachment_20908" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme4.jpg"><img class="size-medium wp-image-20908" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMartySupreme4-300x125.jpg" alt="Marty en match-exhibition au Japon. DR" width="300" height="125" /></a><p class="wp-caption-text">Marty en match-exhibition au Japon. DR</p></div>
<p>Ce qui impressionne dans <strong>Marty Supreme</strong>, c&rsquo;est l&rsquo;abondance des histoires qui s&rsquo;entremêlent et le nombre de personnages qui s&rsquo;y croisent. Avec un scénario pareil, il y avait de quoi faire trois films. Mais Safdie n&rsquo;en fait qu&rsquo;un et il est épatant. D&rsquo;abord parce que Timothée Chalamet tient, ici, un personnage en or qu&rsquo;il habite avec une fièvre permanente. Ensuite parce que le film nous promène d&rsquo;une salle enfumée new-yorkaise à un match-exhibition de ping-pong au Japon en passant par l&rsquo;appartement modeste de la bruyante (et très allénienne) famille de Marty, Auschwitz (la séquence du miel est complètement inattendue), les suites royales d&rsquo;hôtels de luxe ou la salle de bain instable d&rsquo;un hôtel pourri, la scène d&rsquo;un théâtre, les tractations commerciales d&rsquo;un patron d&rsquo;une entreprise de stylos, le spectacle des Harlem Globe Trotters (où Marty et son partenaire Kletzki font les clowns de l&rsquo;entracte) sans oublier des démêlés avec un mafieux (Abel Ferrara) qui a perdu Moïse, son chien… Toujours fauché, Marty est prêt à partir à la recherche du chien, moyennant une poignée de dollars ou encore à barboter un collier à Kay Stone (Gwyneth Paltrow). La recherche du chien finit par un bain de sang chez un fermier… Il faut ensuite à Marty amener d&rsquo;urgence Rachel Mizler à la maternité avant de s&rsquo;envoler pour le pays du Soleil levant où l&rsquo;attendent Koto Endo&#8230; et un gros cochon noir…<br />
Comme le lui a soufflé Ezra Mishkin, le propriétaire de Moïse : <em>« T&rsquo;es un Mensch, fils ! »</em> Après, tout Marty, malgré tous ses défauts, va peut-être arriver à être ce <em>Mensch</em>.</p>
<p><strong>MARTY SUPREME</strong> Comédie dramatique (USA – 2h30) de Josh Safdie avec Timothée Chalamet, Odessa A&rsquo;zion, Tyler Okonma, Luke Manley, Fran Drescher, Koto Kawaguchi, Kevin O&rsquo;Leary, Gwyneth Paltrow, Abel Ferrara. Dans les salles le 18 février.</p>
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		<title>Les angoisses de Maxine et le retour d&#8217;un fameux flic</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Feb 2026 16:51:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>

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		<description><![CDATA[TRAJECTOIRES.- A l&#8217;heure de la Fashion Week, Maxine Walker, une réalisatrice américaine indépendante, débarque à Charles de Gaulle. On l&#8217;attend pour mettre en scène un spectacle vidéo, sur fond de femme vampire, qui sera diffusé lors de l&#8217;ouverture d&#8217;un défilé. La cinéaste reçoit l&#8217;appel de son médecin qui l&#8217;informe que les résultats de sa biopsie [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20893" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAACoutures1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20893" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAACoutures1-300x200.jpg" alt="&quot;Coutures&quot;: Maxine (Angelina Jolie) et Anton (Louis Garrel). DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Coutures&nbsp;&raquo;: Maxine (Angelina Jolie)<br />et Anton (Louis Garrel). DR</p></div>
<p><strong>TRAJECTOIRES.-</strong> A l&rsquo;heure de la Fashion Week, Maxine Walker, une réalisatrice américaine indépendante, débarque à Charles de Gaulle. On l&rsquo;attend pour mettre en scène un spectacle vidéo, sur fond de femme vampire, qui sera diffusé lors de l&rsquo;ouverture d&rsquo;un défilé. La cinéaste reçoit l&rsquo;appel de son médecin qui l&rsquo;informe que les résultats de sa biopsie ne sont pas bons et lui demande de passer rapidement à son cabinet. Maxine étant à Paris, le praticien lui trouve d&rsquo;urgence un rendez-vous chez un confrère parisien. Mais Maxine tient à se concentrer sur son film d&rsquo;autant que le directeur d&rsquo;image de la maison de couture trouve qu&rsquo;il y a beaucoup de sang, que les dents de la femme sont trop pointues et que le cri final est un peu trop violent. Maxine va croiser le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud-soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant, à travers l&rsquo;écriture, à une autre vie.<br />
Avec <strong>Coutures</strong> (France – 1h43. Dans les salles le 18 février), Alice Winocour suit les trajectoires de trois femmes aux horizons bien différents entre lesquelles va se tisser une solidarité insoupçonnée. Car, sous le vernis très glamour de la Fashion Week (interrogée sur la mode, la cinéaste répond qu&rsquo;elle est <em>« inutile et nécessaire »</em>), Maxine, Ada et Angèle portent, toutes les trois, une révolte silencieuse, celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.<br />
<em>« Tous mes films naissent,</em> dit Alice Winocour, <em>d’expériences intimes que je projette dans un monde lointain et le plus souvent totalement inconnu. Et celui-là peut- être un peu plus que les autres. Je ne connaissais rien à la mode, mais j&rsquo;ai vécu moi-même le parcours de Maxine Walker, le chemin d’une réalisatrice à qui on annonce qu’elle a un cancer. Ce parcours est vraiment le point de départ. »</em><br />
Découverte en 2012 avec <strong>Augustine</strong> qui s&rsquo;inspirait de la relation, en 1885, entre le professeur Jean-Martin Charcot et sa patiente Augustine atteinte d&rsquo;hystérie, Alice Winocour a ensuite tourné, avant <strong>Coutures</strong>, trois longs-métrages dont le dernier, <strong>Revoir Paris</strong> (2022) évoquait l&rsquo;errance d&rsquo;une femme traumatisée qui, entrée un soir dans un restaurant parisien, vit son existence basculer à la suite d&rsquo;une attaque terroriste.</p>
<div id="attachment_20894" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAACoutures2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20894" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAACoutures2-300x200.jpg" alt="&quot;Coutures&quot;: Angèle (Ella Rumpf) et Ada (Anyer Anei). DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Coutures&nbsp;&raquo;: Angèle (Ella Rumpf)<br />et Ada (Anyer Anei). DR</p></div>
<p>Autour du thème de la solidarité féminine, la cinéaste mêle les histoires de Maxine, d&rsquo;Ada, jeune mannequin débutante, qui entre dans ce métier parce qu&rsquo;elle est une <em>« Risk-taker »</em>, d&rsquo;Angèle, maquilleuse et précaire intermittente du spectacle qui prend des notes sur son vécu pour écrire un livre… même si un potentiel éditeur lui fait observer que <em>« tout ce qui est vrai n&rsquo;est pas forcément intéressant »</em>. Mais Alice Winocour suit, quand même, le plus souvent, la réalisatrice américaine contrainte de revoir sa vie de fond en comble. Car le professeur Hansen, convaincu qu&rsquo;il peut la sauver de son cancer du sein, lui demande de mettre sa vie professionnelle de côté pour se concentre sur elle-même. Bouleversée et loin de ses bases, Maxine va devoir trouver les ressources pour faire face à sa maladie et trouver aussi la force d&rsquo;en parler.<br />
Allant avec aisance d&rsquo;un plateau de cinéma à un atelier de couture où la petite Christine travaille d&rsquo;arrache-pied sur la robe que portera Ada en ouverture du défilé en passant par un couloir d&rsquo;hôtel où les mannequins répètent leurs pas ou une chambre dans laquelle Maxine entraîne Anton, son assistant, <strong>Coutures</strong> raconte une effervescence qui contraste singulièrement avec les doutes et les angoisses de trois femmes qui tentent de survivre dans une tourmente intime. <em>« Tu crois qu’on est responsable de ce qui nous arrive&#8230; »</em> interroge Maxine.<br />
Enfin Alice Winocour peut compter, ici, sur des comédiens de talent comme Anyer Anei (Ada), Ella Rumpf (Angèle), Garance Marillier (Christine), Vincent Lindon (Hansen), Louis Garrel (Anton) et évidemment Angelina Jolie qui a trouvé un lien fort avec <strong>Coutures</strong> puisqu&rsquo;elle-même avait connu cette histoire dans sa chair. Quelques plans du corps «couturé» de Maxine renforce le sentiment d&rsquo;angoisse qui s&rsquo;empare de la cinéaste.<br />
C&rsquo;est une belle séquence (on songe à l&rsquo;ouverture de <strong>Melancolia</strong> de Lars von Trier) de tornade qui clôt <strong>Coutures</strong>. Une mini-apocalypse qui bouscule l&rsquo;ordre établi, une destruction finale qui évoque la mutation vers une vie nouvelle.</p>
<div id="attachment_20895" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMaigretMortAmoureux.jpg"><img class="size-medium wp-image-20895" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMaigretMortAmoureux-300x200.jpg" alt="&quot;Maigret...&quot;: Denis Podalydès incarne le commissaire. DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Maigret&#8230;&nbsp;&raquo;: Denis Podalydès<br />incarne le commissaire. DR</p></div>
<p><strong>ENQUETE.-</strong> De son air toujours placide, Jules Maigret cure soigneusement sa pipe. Janvier, son adjoint s&rsquo;inquiète : <em>« Qu’est-ce qui se passe? Je n&rsquo;aime pas ce faux rythme&#8230; »</em> Il n&rsquo;aura pas le temps de s&rsquo;inquiéter longtemps. Le Quai d&rsquo;Orsay réclame une « personne habilitée » pour une affaire sensible.<br />
Au Quai, on pratique la périphrase mais l&rsquo;évidence est là. L&rsquo;ancien ambassadeur Berthier-Lagès a été retrouvé à son domicile parisien avec une balle dans la tête et quatre dans le corps. Mlle Larrieux, dite Jacotte, la domestique du diplomate, n&rsquo; est pas du genre causant. Elle va vite agacer Maigret en répondant à ses questions par des questions. Et elle se cabre lorsqu&rsquo;on relève ses empreintes. Est-elle suspecte ? <em>« Personne n’est suspect. Tout le monde l’est »</em> lâche le commissaire. Et puis une armoire pleine de liasses de lettres achève de donner à cette enquête criminelle un tour étrange. Maigret découvre ainsi que Berthier-Lagès entretenait, depuis cinquante ans, une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. D&rsquo;autant plus étrange que le défunt avait lâché un jour: <em>« On ne nous laissera pas faire&#8230; »</em><br />
En signant <strong>Maigret et le mort amoureux</strong> (France – 1h20. Dans les salles le 18 février), Pascal Bonitzer s&rsquo;attache, à son tour, au fameux policier imaginé par Georges Simenon dès 1929. Il adapte, ici <em>Maigret et les vieillards</em> que le romancier belge publia en 1960 au sortir d&rsquo;une crise existentielle, le livre l&rsquo;aidant à exorciser la question de l&rsquo;âge. A son tour, le cinéaste se penche sur des personnages âgés et cependant pleins d&rsquo;énergie…<br />
Maigret pour le seul cinéma français, c&rsquo;est une kyrielle de réalisateurs (Renoir, Duvivier, Tourneur, Verneuil, Delannoy, Grangier ou Leconte) et de comédiens comme Pierre Renoir, Harry Baur, Albert Préjean, Michel Simon, Jean Gabin, Gérard Depardieu, liste à laquelle s&rsquo;ajoute désormais Denis Polydalès qui incarne un commissaire des années 2000 aux prises avec les débuts d&rsquo;internet et du téléphone portable… qu&rsquo;il s&rsquo;applique à ne pas n&rsquo;utiliser.</p>
<div id="attachment_20896" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMaigretMortAmoureux2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20896" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAMaigretMortAmoureux2-300x200.jpg" alt="&quot;Maigret...&quot;: Anne Alvaro, une énigmatique Jacotte. DR " width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Maigret&#8230;&nbsp;&raquo;: Anne Alvaro,<br />une énigmatique Jacotte. DR</p></div>
<p>Ici, le réalisateur du <strong>Tableau volé</strong> (2024) et du prochain <strong>Victor comme tout le monde</strong> (voir ci-dessus) situe son action au début des années 2000 et fait évoluer son enquêteur dans un milieu très conservateur, pour ne pas dire très réac, en plein cœur du 7e arrondissement parisien. Des aristocrates catholiques qui ignorent ou méprisent l’époque dans laquelle ils vivent. Comme le dit Bonitzer : <em>« Simenon est un homme du XXe siècle. Son héros l’est aussi, avec les préjugés de son temps. Cela m’intéressait de le confronter au XXIe siècle. Maigret est un policier qui n’aime pas les figures d’autorité à l’ancienne, mais qui est aussi assez réfractaire à la modernité. Avec sa pipe, son alcoolisme discret, son épouse au foyer, il est un survivant face à la robotisation accélérée de notre monde&#8230; »</em> Et c&rsquo;est probablement pour cela que ce flic est attachant.<br />
Un type qui mijote, pour sa femme et lui, de bons petits plats et les accompagne d&rsquo;un Saint-Julien de chez Guigal, ne peut pas être mauvais. Si, comme il dit au procureur, il va à son rythme, Maigret ne lâche jamais son os. Et il « traque » cette Jacotte qui semble cependant lui échapper.<br />
Chapeau, pipe et imperméable, Denis Podalydès, en jouant sur l&rsquo;intériorité du policier, s&rsquo;inscrit dans la bonne tradition de Maigret. A ses côtés, on retrouve avec bonheur, dans le rôle de l&rsquo;énigmatique Jacotte, la magnifique Anne Alvaro. On se souvient toujours de sa prestation en tragédienne/prof d&rsquo;anglais, en 2000, dans <strong>Le goût des autres</strong> au côté de Jean-Pierre Bacri ! Autour d&rsquo;eux, on remarque Dominique Reymond (Izi de Vuynes), Laurent Poitrenaud, Micha Lescot, Julia Faure, Hugues Quester ou Noël Simsolo&#8230;<br />
Si le film parle beaucoup, ce <strong>Maigret et le mort amoureux</strong>, certes conventionnel, est pourtant souvent savoureux et se regarde agréablement.</p>
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		<title>La quête de Lamia et la vocation d&#8217;Ainara</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Feb 2026 17:48:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Louis CEREJA]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>

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		<description><![CDATA[IRAK.- En 1990, à cause des sanctions internationales faisant suite aux exactions guerrières de l&#8217;Irak, une grave crise alimentaire frappe le pays. Mais cela n&#8217;empêche en rien Saddam Hussein d&#8217;exiger que tous les Irakiens fêtent son anniversaire. Nous sommes le 26 avril, soit deux jours avant la date d&#8217;anniversaire du raïs et la vie est [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20880" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAGateauPrésident1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20880" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAGateauPrésident1-300x200.jpg" alt="&quot;Le gâteau...&quot;: Lamia (Baneen Ahmed Navyef) cherche du sucre. DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Le gâteau&#8230;&nbsp;&raquo;: Lamia (Baneen Ahmed Navyef) cherche du sucre. DR</p></div>
<p><strong>IRAK.-</strong> En 1990, à cause des sanctions internationales faisant suite aux exactions guerrières de l&rsquo;Irak, une grave crise alimentaire frappe le pays. Mais cela n&rsquo;empêche en rien Saddam Hussein d&rsquo;exiger que tous les Irakiens fêtent son anniversaire. Nous sommes le 26 avril, soit deux jours avant la date d&rsquo;anniversaire du raïs et la vie est dure pour Bibi, une grand-mère qui s&rsquo;occupe, seule, de sa petite-fille âgée de 9 ans. On fait la queue pour un jerrycam d&rsquo;eau et on sait que le sucre est rare et que chaque œuf coûte.<br />
Tandis que les gamins des écoles scandent <em>« On ne cédera pas ! »</em> et crie : <em>« Par notre sang, par notre âme, longue vie à notre chef »</em>, l&rsquo;instituteur de la classe de Lamia procède à un tirage au sort. Pour savoir qui apportera des boissons, des fruits, des fleurs pour l&rsquo;anniversaire et surtout qui aura le « privilège » de fabriquer le gâteau du président. C&rsquo;est Lamia qui est élue. Charge à elle maintenant de trouver le sucre, les œufs, la farine et la crème (parce que l&rsquo;instituteur exige un délicieux fourrage !) pour célébrer le tout-puissant maître de l&rsquo;Irak.<br />
<strong>Le gâteau du président</strong> (Irak/Qatar – 1h42. Dans les salles le 4 février) repose sur un souvenir d&rsquo;enfance du réalisateur Hasan Hadi qui raconte : <em>« Une année, c’est moi qui ai été désigné pour apporter les fleurs. Je crois que j’ai encore quelque part dans ma bibliothèque une photo de moi tenant le bouquet, et je me souviens du soulagement de ma famille : je n’avais que les fleurs à trouver. Bien entendu, à l’époque, à force de sanctions, la corruption était devenue omniprésente. Il suffisait de rendre un service à l’enseignant – réparer son vélo, lui couper les cheveux – pour échapper au tirage au sort. Et alors, on survivait. Mais si ce n’était pas possible, vos chances s’amenuisaient. »</em><br />
Tourné en Irak, en décors réels, notamment dans les marais mésopotamiens, que l’on considère comme le berceau de la civilisation, et celui de l’épopée de Gilgamesh, <strong>Le gâteau…</strong> est une aventure qui tient, évidemment, de la fable (les séquences lacustres sont belles) mais qui conserve une part de réalisme dans le récit, ainsi ces avions de combat qui passent régulièrement dans le ciel ou ces plans d&rsquo;hôpital où s&rsquo;alignent des blessés de guerre.</p>
<div id="attachment_20881" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAGateauPrésident2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20881" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAAGateauPrésident2-300x200.jpg" alt="&quot;Le gâteau...&quot;: sur les marais mésopotamiens. DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Le gâteau&#8230;&nbsp;&raquo;: sur les marais mésopotamiens. DR</p></div>
<p>Bientôt rejointe par Saeed, un gamin déluré et un peu voleur à la tire, Lamia va entreprendre sa quête des ingrédients. En trimballant partout son coq Hindi, la fillette, dans ses tribulations alimentaires, va croiser un certain nombre d&rsquo;adultes, dont la plupart, ne sont pas reluisants. Certes, il y a un chaleureux facteur-chauffeur de taxi qui va tout mettre en œuvre pour aider une Bibi malade et une gamine perdue dans la ville mais que penser des autres ! L&rsquo;instituteur vole une pomme dans le cartable de Lamia, un boucher amadoue l&rsquo;enfant pour tenter de l&rsquo;entraîner dans l&rsquo;obscurité inquiétante d&rsquo;un cinéma. Quant aux policiers, ils n&rsquo;ont rien à faire de ces « paysans ». Inlassablement, Lamia cherche ses œufs et son sucre parce qu&rsquo;elle sait qu&rsquo;il en va d&rsquo;une certaine forme de survie. <em>« Si on le fait pas, nos vies sont foutues »</em>.<br />
Au travers de cette histoire qui fait parfois penser, à cause du regard triste de Baneen Ahmed Navyef, la magnifique interprète non-professionnelle de Lamia, au <strong>Voleur de bicyclette</strong> de De Sica, Hasan Hadi montre aussi l&rsquo;omniprésence d&rsquo;un dictateur qui semble observer chacun des gestes de son peuple, tantôt avec un sourire, tantôt avec un regard sévère.<br />
Au prix de multiples péripéties, Lamia trouvera les œufs <em>« pour la fertilité »</em>, la farine <em>« pour la vie »</em> et le sucre <em>« pour rendre la vie plus douce »</em>. Le gâteau sera goûteux mais la guerre frappera…<br />
<strong>Le gâteau du président</strong> prend une belle place dans le genre des films de l&rsquo;enfance. Et, au générique de fin, les vraies images de Saddam Hussein soufflant les bougies de son gâteau, apparaissent comme celles d&rsquo;un ogre qui a longuement traumatisé son peuple.</p>
<div id="attachment_20882" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAALesDimanches1.jpg"><img class="size-medium wp-image-20882" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAALesDimanches1-300x200.jpg" alt="&quot;Les dimanches&quot;: Ainara (Blanca Soroa) en visite au couvent. DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Les dimanches&nbsp;&raquo;: Ainara (Blanca Soroa)<br />en visite au couvent. DR</p></div>
<p><strong>FOI.-</strong> Dans une chambre plongée dans une semi-obscurité, des jeunes filles jouent et bavardent. Elles rient comme des bécasses en se racontant des vannes sur l&rsquo;une de leurs enseignantes, une religieuse tellement aigrie qu&rsquo;elle a un besoin impérieux de faire l&rsquo;amour… Parmi ces grandes adolescentes, se trouve Ainara qui pouffe, elle aussi. Elève dans un lycée catholique, elle a 17 ans, et s&rsquo;apprête à passer son bac et s&rsquo;interroge sur son futur parcours universitaire. On la retrouve dans un cloître où elle assiste, derrière une clôture, à un office où des sœurs prient et chantent. L&rsquo;une d&rsquo;elles adresse un petit sourire à Ainara. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Inaki, le père d&rsquo;Ainara, est surpris mais semble vouloir se laisser convaincre par les aspirations de son aînée. Par contre, Maité, la tante de la jeune fille, s&rsquo;insurge contre cette vocation inattendue. Lors d&rsquo;un déjeuner en famille après la communion solennelle de sa petite sœur, Ainara montre à Maité, la médaille qu&rsquo;elle porte au cou. Elle lui a été offerte par sa mère trop tôt disparue qui lui expliqua que la Vierge lui tiendrait ainsi toujours compagnie&#8230;<br />
Avec <strong>Les dimanches</strong> (Espagne – 1h58. Dans les salles le 11 février), la réalisatrice basque espagnole Alauda Ruiz de Azua signe son troisième long-métrage après le drame <strong>Lullaby</strong> (2022) et la comédie romantique <strong>Ce sera toi</strong> (2023). Elle s&rsquo;appuie, ici, sur l&rsquo;histoire d&rsquo;une jeune fille qui voulait entrer dans les ordres, entendue lorsqu&rsquo;elle avait l&rsquo;âge de son personnage : <em>« En tant que personne non croyante, élevée dans la laïcité, j’ai été très frappée par une renonciation aussi radicale : laisser derrière soi l’université, les voyages, de nouvelles amitiés, tout ce qui, pour nous, commençait avec la vie adulte. J’avais du mal à comprendre qu’une fille de mon âge prenne une telle décision, et c’est là qu’est née ma curiosité pour la vocation religieuse. »</em></p>
<div id="attachment_20883" style="width: 310px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAALesDimanches2.jpg"><img class="size-medium wp-image-20883" src="https://www.exterieur-jour.com/wp-content/uploads/2026/02/AAALesDimanches2-300x200.jpg" alt="&quot;Les dimanches&quot;: Ainara avec son père et sa tante. DR" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">&laquo;&nbsp;Les dimanches&nbsp;&raquo;: Ainara<br />avec son père et sa tante. DR</p></div>
<p>En se documentant abondamment (<em>« Toutes les conversations religieuses du film reposent sur des cas vécus »</em>, dit-elle), la cinéaste interroge le rôle de l&rsquo;humain dans la construction d&rsquo;une vocation, que ce soit la famille, l’éducation, les figures de référence, l’adolescence… Car, si la vocation d&rsquo;Ainara est le point de départ du récit, ce film se concentre sur la parcours de la famille et sur la fragilité de cette institution. Ou comment prendre en compte des manques affectifs, de la négligence, un manque de communication, la vulnérabilité aussi de l&rsquo;adolescente qui peut ainsi être poussée vers un endroit aussi extrême qu&rsquo;un couvent… Mais Ainara, sans être illuminée, évoque sa peur des débuts avant de confier un amour tellement beau qu&rsquo;on s&rsquo;y soumet facilement.<em> « Au couvent, je suis heureuse »</em>, dit-elle.<br />
Multi-récompensé dans des festivals internationaux (dont la Coquille d&rsquo;or au Festival de San Sebastian), <strong>Les dimanches</strong> observe, avec acuité, sobriété et une retenue bienvenue, la manière dont une famille va réagir à une vocation précoce en tentant d&rsquo;imposer à Ainara (la débutante Blanca Soroa) leurs propres opinions. Qui vont, chez son père, d&rsquo;un respect (hypocrite?) de son libre arbitre aux mises en garde, par sa tante (remarquable Patricia Lopez Arnaiz), d&rsquo;une éventuelle manipulation par un mielleux directeur spirituel ou une sœur supérieure qui lui suggère de <em>« ne plus être contente de soi mais de contenter Dieu »</em>.<br />
Tandis qu&rsquo;elle avance vers sa vocation et devient novice, le film pose une question sur la motivation d&rsquo;Ainara. S&rsquo;agit-il de foi ou d&rsquo;endoctrinement ?</p>
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