Juste une image…

Confinement
CONFINEMENT J-1.-
Samedi 14 mars : Comme un réflexe depuis quelques jours déjà, j’ai mis le journal de 20h… Déjà l’impression que Delahousse la joue solennelle. Edouard Philippe annonce des mesures strictes de confinement. Les Français, jusque là, faisaient comme si de rien… Ah, on la retient, cette restauratrice de Boulogne-Billancourt, forte en gueule, à laquelle on tend un micro complaisant. Pour la voir vociférer sur le thème « Ce n’est rien de plus qu’une grippe… » et embrasser ses clients.
Donc, si l’on en croit le Premier ministre, les grilles tombent sur les cinémas. Mon dernier film en salle de l’avant-confinement aura été La bonne épouse. Une petite bouffée sympa de comédie d’éveil féministe. J’ai une pensée pour mes amis du Palace à Mulhouse Fatima, Gilda, Jean-Luc et Amaca, désormais au chômage technique. Pour Xavier Orsel aussi, le nouveau boss du complexe, qui doit se dire que les débuts sont bien durs.
Depuis quelques jours déjà aussi, en songeant l’Italie arrêtée, je me disais que j’allais faire une consommation massive d’images en boîte. Mes piles de dvd sont prêtes…
Mais là, je reste scotché devant la lucarne et devant La fugue. Pour Arthur Penn, Gene Hackman joue un privé, ex-star de football américain, chargé de ramener une jouvencelle à sa mère. La gamine, c’est Mélanie Griffith, 18 ans en cette année 1975. Un temps où une (jeune) comédienne pouvait encore plonger nue dans la baille, histoire de chauffer un presque papy. Le détective mal embouché va comme un gant au bon Gene mais il y a une particularité qui, chaque fois, me fait tiquer. C’est la coupe du gaillard, surtout sur l’arrière où les cheveux ont toujours l’air de se relever… Mais qu’importe, la carrière de Gene Hackman, 90 ans aujourd’hui, c’est du bon boulot. On peut ainsi le voir et le revoir avec le même plaisir en Harry Caul, spécialiste introverti de la filature, dans Conversation secrète qui valut à Francis Ford Coppola la Palme d’or à Cannes 1974. Bon, je vais aller me laver les mains…
CONFINEMENT J1.- Dimanche 15 mars : je me suis assoupi dans mon canapé. Quand j’ouvre un œil, j’aperçois une belle entièrement nue, sinon ses tatouages, allongée sur le flanc en train de se faire allègrement besogner sous le signe d’Eros. Wouah, j’avais oublié le X de la nuit… C’est marrant, sur letribunaldunet.fr (mais pourquoi, on regarde des trucs comme ça !) j’ai lu que pornhub offrait l’accès premium à tous les Italiens. Veinards…
Un temps de printemps ! Le temps d’aller voter et retour at home. Depuis que j’ai vu le Judy avec Renée Zellweger, il me tardait de revoir A Star is Born… Ah, c’est bon de retrouver l’original plutôt que la copie, même honorable. George Cukor fait du sur-mesure en 1954 pour une Judy Garland tour à tour rayonnante, voire juvénile et puis fragile et marquée alors qu’elle n’a alors que 32 ans. Mais l’alcool, les médicaments pour se doper, s’endormir, se réveiller, la dépression sont déjà passés par là. Avec son mètre 51, Miss Garland fait toute menue face à la grande taille de James Mason. A Star is Born
Pygmalion toxique, l’acteur so british est odieux et pathétique en comédien alcoolique perdant tout crédit à Hollywood. Judy, en femme aimante, essaye de le sortir de l’ornière en faisant ce qu’elle sait faire de mieux : chanter ! Un sacré mélo dans un technicolor qui tape et qui célèbre l’usine à rêves pourvoyeuse de stars, ces êtres qui « ont quelque chose »
J’ai trouvé dans ma bibliothèque un Chaplin et les femmes paru en 2007 aux éditions Philippe Rey sous la plume de Nadia Meflah. Elle écrit qu’avec City Lights, Chaplin, pour la première fois, va travailler avec une femme –la comédienne novice Virginia Cherrill- envers laquelle il n’éprouve rien et qui, en plus, a le don de l’agacer par son manque d’investissement dans le film. Les lumières de la ville ou l’ultime étape de mon Ciné-Cycles 2019/2020. Ce sera le 12 mai. Mais avant cela, le cycle programme, le 7 mars, l’émouvant Sans toit ni loi d’Agnès Varda. Qui peut dire si la séance aura lieu… Bon, je continue à me laver les mains…
CONFINEMENT J2.- Lundi 16 mars : C’est rageant, ce temps de printemps ! On a l’impression de voir les bourgeons éclore en direct live et on est là, confinés… Le plus inquiétant surtout, c’est d’imaginer qu’il en est encore à se dire que tout cela n’est pas si grave. Tandis que les autres flippent comme des fous.
Alors, on comprend mieux que le président Macron, dans sa seconde allocution télévisée en quatre jours, ait martelé un « Nous sommes en guerre ! » qui fait quand même un drôle d’effet à ceux qui n’en ont jamais connu de guerre, du moins sur le territoire national. Pas d’ennemi en chair et en os certes mais un ennemi plus redoutable parce qu’invisible. Alors, les mots prennent du poids. Guerre, mobilisation, union nationale, solidarité. Bien sûr, le président souligne qu’il ne faut céder ni à la panique, ni au désordre mais qu’il convient désormais de se hisser « à la hauteur du moment ». Du coup, l’annonce du report des élections municipales, on s’en fiche un peu. Dimanche, nous serions pratiquement sortis pour rien. Un petit (premier) tour et puis bye ! On se revoit dans longtemps. Dans l’affaire, j’ai perdu un bic, certes usagé…
Gabin PrésidentLundi soir, mon magazine télé annonçait Le président (1961) de Verneuil sur Arte. Tiens, l’occasion de revoir le père Gabin, se faisant la tête de Clemenceau, pour incarner Emile Beaufort, un président du Conseil, qui s’emporte : « Durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe ! Monsieur Chalamont, lui, a passé une partie de sa vie dans une banque, à y penser aussi… ». Ca sonne bien. Forcément, c’est de l’Audiard dans le texte.
Mais mon mag TV s’est planté. D’ailleurs, pour mardi, il annonçait encore Juventus-Lyon en Ligue des Champions… En lieu et place de Gabin, il y avait un joli quatuor : Nathalie Baye, Bulle Ogier, Mathilde Seigner et Audrey Tautou. Réunies, en 1999, dans Vénus Beauté (Institut). Emportée par le crabe à 68 ans, Tonie Marshall avait obtenu le César de la meilleure réalisation pour ce film. Elle est la seule femme à ce jour à avoir obtenu cette récompense. Bravo encore et salut, Tonie !
CONFINEMENT J3.- Mardi 17 mars : Je ne tourne pas encore comme un lion en cage mais je me demande, sans doute à tort pour n’avoir –par bonheur- pas eu à l’expérimenter ce que doit être le sort d’un détenu. L’atmosphère dans les prisons doit être plus que tendue. D’ici, qu’on entende parler, un de ces jours, d’émeutes.
La guerre décrétée par Macron n’a pas fini de me trotter dans la tête. Dans l’après-midi ensoleillé, le ciel de Mulhouse a été traversé à plusieurs reprises d’hélicoptères. Transferts de malades du Mönchsberg vers d’autres hôpitaux…
Au téléphone, un cousin, venu prendre des nouvelles, m’apprend que les facteurs mulhousiens ont fait jouer leur droit de retrait. Exit le courrier.
Hasard ? Macron parle de guerre et je jette mon dévolu dans mes dvd sur La valse dans l’ombre dans la collection Les introuvables de Wild Side. Une pépite de mélodrame hollywoodien ! C’est Mervyn LeRoy qui le réalise en 1940 pour le compte de la Metro-Goldwyn-Mayer, la « major » qui s’est fait une spécialité du mélo flamboyant. Le film commence le 3 septembre 1939 lorsque le locataire du 10, Downing Street annonce la guerre avec l’Allemagne nazie.
Valse OmbreSur Waterloo Bridge (titre original du film), Roy Cronin, officier britannique sur le point de rejoindre le front en France, se souvient de sa rencontre, à ce même endroit lors d’une alerte pendant la Première Guerre mondiale, avec Myra, une jeune ballerine… Histoire somptueuse d’un coup de foudre servi par le beau Robert Taylor, grand complice de LeRoy et la sublime Vivien Leigh –icône d’elle-même-, qui vient d’être, l’année précédente, la mythique Scarlett dans Autant en emporte le vent. Le noir et blanc est parfaitement moelleux pour magnifier la tragédie d’une jeune femme déchue, raconter un amour impossible, le sacrifice de soi et les intermittences du cœur. Tellement beau !
Tiens ! En zappant sur ma télé, je constate que Canal+ est en clair tout le temps. Petit cadeau de temps de crise… Pour suivre la Ligue 1 de foot, c’est rapé quand même. Reste les films.
CONFINEMENT J4.- Mercredi 18 mars : Quoi de plus beau qu’un décalage ! Surtout quand il se double d’un joli cadrage… Je parle évidemment de ballon ovale… A ce propos, j’aurai bien aimé voir le XV français, made by Galthié, affronter l’Irlande en cerise sur le gâteau du Tournoi des six nations. Surtout après le match au goût rance livré contre les Ecossais…
Mais, dans le cas précis, le décalage concerne les sorties cinéma. Les sorties du mercredi étaient une habitude à laquelle on ne prêtait pas plus d’attention que ça. Voici donc le premier mercredi modèle confinement. Les salles sont closes et le spectateur n’a plus le loisir/plaisir de voir un film dans son lieu d’élection, cette salle obscure où opère vraiment la magie des images… Bien sûr, la télé, ces temps-ci, est un dérivatif bienvenu mais je ne me souviens plus qui disait : « Au cinéma, l’écran est plus grand que le spectateur. Avec la télévision, c’est le spectateur qui est plus grand que l’écran ». Peut-être Jean-Luc Godard ? On ne prête qu’aux riches…
Petit PaysCe mercredi, on attendait par exemple Petit pays d’Eric Barbier d’après le roman de Gaël Faye paru en 2016 chez Grasset et Goncourt des lycéens cette année-là. L’histoire d’un petit garçon qui, dans les années 1990, vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite soeur. Il passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe jusqu’à ce que la guerre civile éclate mettant une fin à l’innocence de son enfance.
D’après le journal Les Echos, le CNC –Centre national du cinéma- envisagerait de sortir certains films directement en VOD afin que ces derniers puissent trouver un public… Il est vrai qu’un film comme La bonne épouse n’a eu qu’une poignée de jours et de soirs pour vivre dans la salle. Mais, pour en arriver, il faudrait chambouler la loi sur la chronologie des médias qui, en France, prévoit actuellement un délai de quatre mois avant qu’un film sorti en salle ne soit disponible en VOD. Une vraie urgence ?
CONFINEMENT J5.- Jeudi 19 mars : Il fait toujours printanier et les cris des enfants dans le jardin des voisins répondent aux pales des hélicoptères qui croisent dans le ciel. Où, par contre, on ne voit quasiment plus d’avions orange et blanc d’EasyJet tournant au-dessus de la tour de l’Europe pour se mettre dans l’axe de l’EuroAirport…
Le Monde (qui est toujours servi matinalement dans notre boîte aux lettres. Merci, le porteur de L’ALSACE !) m’apprend que Suzy Delair est morte dimanche dernier à l’âge de 102 ans. Est-ce le virus qui l’a envoyé au paradis des stars ?  Ou seulement le grand grand âge… Ah, Suzy ! Je l’entends chanter, avec son accent canaille, Avec mon tra-la-la… C’était dans l’excellent Quai des Orfèvres où, en Jenny Lamour, jeune chanteuse qui veut se faire une place au music-hall, elle donnait la réplique à Louis Jouvet, magnifique en inspecteur de police désabusé. De Clouzot qui revenait au cinéma après avoir été tricard à la Libération (à cause du Corbeau), Suzy disait qu’il l’avait faite et que Quai des Orfèvres (1947) était son Ange bleu à elle…
Suzy DelairAujourd’hui, je suis sorti de l’enceinte de la maison pour la première fois. Hier, j’ai passé une heure au jardin à arracher des pissenlits et des mauvaises herbes. L’impression que ça ne sert absolument à rien, sinon à quitter des murs. Donc, direction le Drive d’un supermarché. Dans mes affaires de peinture/plâtrerie (si, si), j’ai trouvé un emballage avec trois masques FFP1. Pas sûr que ce soit les bons. Mais je vais en mettre un quand même… Avec le bon de commande et son code-barre, j’emporte l’attestation de déplacement dérogatoire dument signée. Dans les rues, on se dirait un 15 août. Ni bus, ni tram à l’horizon. Au Drive, pas grand’monde. Tant mieux. La commande est complète sauf un morceau de Comté.
Sur une piste cyclable déserte, un jeune type sur une planche de surf. S’il tombe et se blesse, il va être bien reçu aux urgences… Bon, je retourne me laver les mains.
CONFINEMENT J6.- Vendredi 20 mars : Il fallait s’y attendre… Voilà quelques jours déjà que l’on disait que le Festival de Cannes aurait bien du mal à se tenir au milieu du mois de mai. C’est donc chose faite. La Croisette, si tout va bien, devrait recevoir la plus grande fête du cinéma entre fin juin et début juillet. Alors que la France est en état de confinement, on voit mal Cannes accueillir une foule grouillante de plusieurs dizaines de milliers de festivaliers. Parce qu’au Festival, il est une chose certaine : on se bouscule partout, notamment à l’entrée des salles. Et je ne parle pas des soirées. J’ai connu cela pendant une bonne trentaine d’éditions et ça ne s’est jamais démenti. En même temps, ce n’est pas la première fois que le Festival décroche. Le premier Festival devait avoir lieu en septembre 1939. La déclaration de guerre en décida autrement. On se souvient aussi de mai 68. Pour l’heure, il ne s’agit qu’un report.
CannesQuant à la primesautière Suzy, il faut convenir quand même qu’elle n’a pas, tout le temps, été exceptionnelle. Sous contrat avec la Continental, société de production allemande, installée en France et dirigée par l’énigmatique Alfred Greven, elle fait partie, en 1942, du groupe de comédiens français invités par les Allemands à visiter les studios cinématographiques de la UFA, notamment à Berlin. Elle prend le train en compagnie de collègues comme René Dary, Junie Astor, Danielle Darrieux, Albert Préjean ou Viviane Romance… A son retour, elle choque en embrassant chaleureusement Alfred Greven tout en se plaignant de ne pas avoir serré la main du docteur Goebbels. A la Libération, un Comité d’épuration lui infligea une suspension professionnelle de trois mois… A l’orée des années 2000, la piquante Suzy a quand même été décorée de l’Ordre national du Mérite. A cette époque-là, Catherine Trautmann était ministre de la Culture. Ceci n’ayant rien à voir avec cela. Bon, je retourne me laver les mains.
CONFINEMENT J7.- Samedi 21 mars : C’est curieux quand même les effets (bénins) du confinement. Depuis le début de cet enfermement volontaire, je n’ai plus mis ma montre au poignet. Pour quoi faire ? J’ai tout mon temps et pas le besoin manifeste de le mesurer. Presque au contraire. Organiser son temps, ne pas céder à l’indolence, cultiver la patience. Choisir de faire durer plus longtemps la lecture du journal régional, désormais en édition unique… Mais est-ce que je vais continuer à écouter les infos… D’un côté, une utilité certaine. Ce n’est pas moi qui vais dire le contraire. De l’autre, des doses variables de stress à chaque bulletin. Dire que nous sommes un demi-milliard sur la terre à être confinés et qu’il y a maintenant plus de morts en Italie qu’en Chine. Bigre. Dans la presse, on dit communément que les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne. En ce temps de crise, on guette pourtant la « bonne nouvelle ».
Je suis allé prendre L’ALSACE dans la boîte aux lettres. Gros titre qui barre toute la une. Wouah ! Je fais quoi ? Je lis le canard ou je me jette sur l’ordi pour commander en urgence sur le drive ? Je me ravise. Inutile ! Tous les lecteurs vont faire de même. Idéal pour planter le truc. Alors je cherche les infos. Et quoi ? « Le pic est derrière nous » affirme le président (alsacien) du groupe Système U. En dernière page, six colonnes en tête : « L’approvisionnement sera assuré ». Bon, le drive peut attendre lundi.
L'AlsaceAprès avoir sacrifié au rituel de l’applaudissement –dans le quartier, de plus en plus de gens sont aux fenêtres- j’ai mis Le mystère Von Bülow dans mon lecteur. Le dvd doit sortir le 21 avril. Mais bon, qu’en sera-t-il ? C’est en 1990 que Barbet Schroeder adaptait au cinéma Reversal of Fortune, le livre de l’avocat Alan Dershowitz qui a défendu l’arrogant et charismatique Claus von Bülow, accusé d’avoir assassiné sa richissime épouse… Oscar du meilleur acteur, Jeremy Irons est inquiétant à souhait dans ce bon film de procès.
CONFINEMENT J8.- Dimanche 22 mars : Je fais comme tout le monde, j’imagine… Le matin, je nettoie ma boîte mail de tous les spams qui s’accumulent. La masse, finalement, n’est pas une mauvaise chose puisqu’elle évite de s’attarder sur les messages. Enfin, j’ai jeté un œil quand même sur une info-pub : Vive le soleil qui proposait des tenues légères et fluides. Ce qui est rassurant, c’est que j’ai déjà oublié le nom de la marque.
Le 25 mars, c’est la Journée mondiale de la procrastination. La célébra-t-on ? Pas si sûr mais le mot est charmant. Et tellement de circonstance. La procrastination (du latin pro « en avant » et crastinus « du lendemain ») est la tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions qu’on pourrait faire le jour même. Le « retardataire chronique », donc le procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. En période de confinement, la procrastination a-t-elle encore un sens ? Quand il s’agit de faire durer…
Quinze Jours AilleursA 102 ans, le 5 février dernier, Kirk Douglas est parti visiter le paradis… Dans Quinze jours ailleurs, il incarne Jack Andrus, une star déchue enfermée dans une institution pour soigner alcoolisme et dépression lorsqu’il reçoit une invitation à venir sur un tournage (américain) à Rome. Avec son vieil ami/ennemi Kruger (Edward J. Robinson), il pourrait ainsi revenir dans la lumière… En 1962, Vincente Minnelli met en scène, avec un grand soin des décors, ce Two Weeks in Another Town qui vaut par sa description précise des coulisses d’un tournage. Mais surtout  le film est un témoignage sur ces années soixante où le cinéma hollywoodien est confronté à la montée en puissance de la télévision…
Bon sang, une semaine déjà que tout cela dure. Je me lave les mains régulièrement. Mais désormais j’y étale une petite couche de crème réparatrice. Idéale contre les sécheresses sévères et les rugosités. Enfin, c’est écrit dessus.
CONFINEMENT J9.- Lundi 23 mars : Par ma fenêtre, comme le temps est beau, j’aperçois les molles vagues des Vosges. C’est beau, c’est loin. Et ça donne envie d’enfiler des chaussures de montagne pour partir sur le sentier qui monte, à travers la forêt puis les chaumes, vers la ferme-auberge du Thannerhubel. La première fois –il y a longtemps- que nous y sommes montés, nous cherchions notre chemin. Sur la route, nous nous sommes arrêtés à hauteur d’un vieux monsieur auquel nous avons demandé la direction de la route Joffre. La quoi ? Ah, la route Choffrrr… C’est devenu une blague récurrente entre nous. En attendant, je contemple les beaux Ballons vosgiens, une gouache datant des années soixante due à la peintre helvetico-mulhousienne Véronique Filozof. Et j’écoute le concerto pour clarinette K 622 de Mozart. C’est beau comme l’antique et ça fait du bien à l’âme.
D’Hal Ashby qui réalisa le film en 1971, on connaît surtout Harold et Maude sur l’étrange relation entre un jeune homme fasciné par le suicide et une dame âgée passionnée, quant à elle, par les enterrements. Derniere CorvéeDeux ans plus tard, ce cinéaste rebelle et atypique au look de baba-cool chargé à la marihuana, signait La dernière corvée. L’histoire de Buddusky et Mulhall, deux quartiers-maîtres, chargés d’escorter jusqu’en prison un certain Meadows, condamné à huit ans de prison pour vol… Mais les deux matafs se prennent d’affection pour le grand gaillard bien paumé. Et ils décident de lui offrir un peu de bon temps avant la prison. Une production typique du Nouvel Hollywood avec son souci, notamment, de tourner en décors naturels.
La Columbia, trouvant le film trop grossier, ne voulut pas le distribuer. Mais, au Festival de Cannes, Jack Nicholson (qui n’a pas encore le sourcil trop circonflexe) est couronné meilleur acteur pour le rôle de Buddusky. Le film sortit donc et on a pu découvrir une belle œuvre, émouvante, antimilitariste et fortement mélancolique.
CONFINEMENT J10.- Mardi 24 mars : Tous les lundis soirs, je reçois la newsletter du Palace à Mulhouse avec la programmation et les nouvelles sorties du mercredi. Comme l’envoi mail doit être automatisé, la newsletter arrive toujours. Désespérément vide. Pour lutter, il y a le recours à la table. Pour l’instant, on ne tremble pas encore pour l’approvisionnement mais les drives des supermarchés ont des délais de remise de plus en plus longs.
Donc, dimanche, on a ouvert une petite bouteille de champagne et on a trinqué en grignotant des noix de cajou. Trinqué à quoi d’ailleurs ? Déjeuner dominical : noix de saint-jacques, poêlée de champignons et polenta… Pour compenser, on essaye de suivre les exercices que Bob Tahri, ancien recordman d’Europe du 3000 mètres steeple, propose sur le site de L’Equipe. Dans la modeste version Débutants. Même là, le gainage, ça tire durement.
Mortelle RandonnéeAu départ, Mortelle randonnée que Claude Miller tourne en 1982, était un scénario que l’écrivain Marc Behm préparait pour un studio américain qui l’enterra, le trouvant trop déconcertant. Les Audiard père et fils reprirent le scénario devenu un roman et en tirèrent un drame énigmatique et surprenant par son mélange de réalisme noir et de digressions « fantastiques », le tout autour de la perte d’un enfant et d’un deuil impossible. Au cœur de cette aventure qui se promène de Bruxelles à Rome en passant par Baden Baden et Biarritz, un détective privé efficace surnommé L’œil et une jeune femme fatale… Le privé, c’est Michel Serrault. Isabelle Adjani, 27 ans alors, est très belle et dangereusement mortelle…
De tous les acteurs français, Michel Serrault était certainement l’un des plus foutraques. Je me souviens d’un jour, chez Ladurée à Paris, où, venu parler d’un de ses films qui allaient sortir, il se retrouva debout sur une table en train de brailler, rejouant une scène du film !
CONFINEMENT J11.- Mercredi 25 mars : Dans le ciel bleu de Mulhouse, une cigogne tourne… Le vol est beau, ample et tranquille. Une illustration parfaite de la pleine liberté. Celle que, pour la bonne cause évidemment, on nous sucre. Dernière mesure en date : la fermeture des marchés. Il paraît que le concept de distanciation sociale rebute les Français. Ah, les cons. Les marchands de fruits et légumes n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.
Albert Uderzo, fils d’immigrés italiens, est un grand gaillard qui faisait penser à la réflexion de Lino Ventura dans 100.000 dollars au soleil : « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent. » C’était un jour de fin juin à Paris et les critiques de la presse régionale avaient été conviés à une présentation d’une variation cinématographique d’Astérix suivie d’une rencontre avec Albert Uderzo. Pour donner à l’interview une atmosphère arverne, le déjeuner avait lieu dans une Maison de l’Auvergne. Au menu : un magnifique aligot et sa saucisse. Manque de pot, il faisait une chaleur de fou sur la capitale. Je me souviens qu’Uderzo était très agréable mais qu’il suait à grosses gouttes… A 92 ans, Albert est donc parti retrouver son copain René. Ensemble, ils vont pouvoir se raconter à l’envi les aventures du petit moustachu et du gros gourmand…
Lucia BoseC’est le virus qui a emporté à 89 ans, dans sa résidence espagnole, la belle Lucia Bosè, miss Italie 1947 et vedette du cinéma italien de l’après-guerre. C’est en entrant dans la pâtisserie Galli à Milan que Luchino Visconti avait remarqué une petite caissière de seize ans à la taille élancée, aux grands yeux mélancoliques et au maintien racé. Le maestro lui avait dit : « Vous, vous ferez un jour du cinéma, j’en suis sûr. » Galli, dans la via Victor Hugo, est célèbre pour ses panettones. De même que tous les mercredis, les salles de cinéma sortent leurs nouveautés, tous les mercredis matins, je prends mon petit-déjeuner en ville avec mes cousins. Caramba, encore raté !
CONFINEMENT J12.- Jeudi 26 mars : Alors que la situation nous pèse, il y a des propos qui secouent les neurones. Comme cet auditeur qui, à France Inter, évoque soudain Anne Frank… Le confinement, la jeune adolescente allemande a connu. Elle est restée deux années, de 1942 à 44, cachées dans un appartement d’Amsterdam. Avant de mourir du typhus à Bergen-Belsen.
Pour un second mercredi, les grilles des salles obscures ne se sont pas levées. Pourtant, j’avais bien envie de découvrir Les parfums qui raconte l’histoire d’Anne Walberg (Emmanuelle Devos), une célébrité dans le monde du parfum, qui crée des fragrances et vend son impressionnant talent à diverses sociétés. Mme Walberg vit en diva, égoïste au tempérament bien trempé. Son nouveau chauffeur est le seul qui n’a pas peur de lui tenir tête. C’est probablement pour cela qu’elle ne le vire pas…
DaronneJe serai très certainement allé voir La daronne à cause de l’incroyable talent d’Isabelle Huppert à investir les personnages que les cinéastes, ici Jean-Paul Salomé, lui propose. Elle est Patience Portefeux, interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d’une enquête, elle découvre que l’un des trafiquants n’est autre que le fils de l’infirmière dévouée qui s’occupe de sa mère. Elle décide alors de le couvrir et se retrouve à la tête d’un immense trafic…
Dans la douzaine de sorties prévues, il y avait aussi Mulan, en l’occurrence la version en prises de vues réelles du film d’animation Disney de 1998. On s’en souvient, c’est la légende d’une héroïne chinoise partie à la guerre à la place de son père sans que personne ne sache – avant son retour – qu’elle est une femme. On pouvait voir aussi Divorce Club, le nouveau film de Michaël Youn, une comédie sur un mec cocu qui peine à remonter la pente… Si ces films n’ont plus de date de sortie, La daronne est (re)annoncé pour le 15 juillet. On sera sorti du tunnel ?
CONFINEMENT J13.- Vendredi 27 mars : Voilà qu’un héron tourne dans le ciel… Les volatiles se sont donnés le mot dans leur splendide indifférence. Là-haut, à quelques centaines de mètres du Mönchsberg et de l’hôpital militaire visité, mercredi, par le président, le jardin zoologique est fermé. Plus que centenaire, le zoo mulhousien, ouvert 365 jours par an, n’avait jamais connu cela de toute son existence. Les gibbons poussent leurs cris sans que des gamins tapent sur les vitres de leur enclos… Non loin de l’entrée du parc, avec Robert Cahen et Thierry Maury, nous avons créé, il y a deux ans, une installation visuelle et sonore pérenne, désormais éteinte et silencieuse. Dans le cadre de la Filature et d’un spectacle musical de Thierry Balasse, nous devions emmener des enfants en promenade au zoo sur la trace des sons d’animaux. On le reprogrammera peut-être…
Il faut, quand les temps sont durs, revenir aux bons auteurs. Assurément, Frank Capra est de ceux-là. Fréquenter les films du cinéaste américain (1897-1991), c’est prendre une sublime bouffée d’humanisme. Car celui qui débuta comme gagman chez Mack Sennett a su, comme personne, vanter l’entraide mutuelle, l’innocence profonde de l’être humain, son patriotisme bon enfant et son idéalisme contre le culte de l’argent ou l’exploitation du sensationnel.
Extravagant DeedsDe toutes les œuvres du maître, c’est L’extravagant Mr. Deeds (1936) qui fédère le mieux ses grands thèmes. Passer une 1h55 avec Longfellow Deeds (l’immense Gary Cooper) est un ravissement. Car voilà un homme simple (et heureux !) aux prises avec un gros héritage dont il n’a cure, lui qui se contente de sa petite usine de chandelles et de concevoir des vers de mirliton pour des cartes de Noël… Mieux même qu’un ravissement, Capra offre une forme de béatitude.
Pour la première fois depuis des lustres, j’ai joué au Scrabble. C’est mal parti de suite. D’emblée, ma femme sort un FEZ (compte triple) et j’ai couru après le score jusqu’à la fin, conservant jusqu’au bout un K (10) et un Q (8)… Peut mieux faire.
CONFINEMENT J14.- Samedi 28 mars : Vous, je ne sais pas mais moi, je n’ai pas Canal+. Pas plus d’ailleurs que Netflix. Il est vrai que ma collection de dvd me permet de tenir un bout de temps, côté films… En tout cas, pour la gratuité covidienne de la chaîne cryptée, il faut désormais se presser d’’en profiter. Parce que le 1er avril –et ce n’est pas une blague- ce sera (déjà) fini. Saisi notamment par TF1 et M6, le CSA a en effet sommé la chaîne de cesser dès la fin du mois sa diffusion intégrale en clair. L’initiative de Canal+ est en effet considéré comme une « atteinte à la concurrence et à la réglementation », dont celle de la chronologie des médias, les chaînes plaignantes n’étant habilitées à diffuser leurs coproductions que quatorze mois après la chaîne payante cryptée française… Business is business.
En attendant, j’ai revu avec plaisir Mississippi Burning d’Alan Parker. Le cinéaste anglais, aujourd’hui âgé de 76 ans, était alors au sommet de sa forme. Il venait de faire Angel Heart, l’un des meilleurs rôles de l’ingérable Mickey Rourke et enchaînait, en 1988, avec ce solide drame fondé sur l’histoire vraie de trois membres d’un comité de défense des droits civiques qui, en 1964 dans le Mississippi, avaient disparu sans laisser de traces. Dans le comté (fictif) de Jessup County, débarquent donc deux agents du FBI chargés d’élucider une affaire dans laquelle il apparaît vite que le Ku Klux Klan est impliqué. L’un est un jeune flic, façon intello d’Harvard (le tout jeune Willem Dafoe), l’autre (l’excellent Gene Hackman), un ancien shérif né dans le sud profond et adepte de méthodes moins conventionnelles mais plus efficaces. Les deux se prendront sérieusement la tête avant de conjuguer leurs efforts.
Mississipi burningUn excellent thriller sur la manipulation des foules par le KKK, l’intolérance et le racisme… Alan Parker se souvient qu’à l’époque, Mississippi Burning avait été mal accueilli par les responsables noirs du mouvement des droits civiques, mécontents de voir des policiers blancs résoudre cette affaire…
CONFINEMENT J15.- Dimanche 29 mars : Par la fenêtre ouverte de mon bureau –il faut aérer régulièrement, nous dit-on- j’écoute les bruits du voisinage. En fait, on n’entend quasiment plus rien. Ah si, le voisin d’en face vient de lancer la tondeuse dans son jardin. Si n’était le son des hélicoptères.
Pour le plus grand nombre, Georges Lautner reste l’homme des Tontons flingueurs. D’ailleurs, si, lors d’un dîner en ville, on sent que les convives s’endorment, il suffit d’appeler Fernand Naudin à la rescousse. Et ça repartira illico. « C’est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases » succèdera allègrement à « Y’a de la pomme mais pas que… » Sans être un chef d’œuvre, loin s’en faut, les Tontons (1963) est une légende…
Volontiers associé aux comédies policières et populaires, Lautner a pourtant tourné, en 1969, le plus atypique des films de sa carrière. Sur l’île de Lanzarote aux Canaries, il met en effet en scène La route de Salina (sorti récemment en dvd dans la collection Make my Day chez Studiocanal) qui est certainement son thriller plus psychédélique. Il est vrai que les années 70 seront le temps du Flower Power et de Peace and Love. D’ailleurs, la bande musicale du film, signée Christophe, est… pop-planante à souhait.
Route SalinaQuelque part, dans une station-service au milieu de nulle part, Jonas, un routard, pose son sac. Mara, la propriétaire, le reconnaît instantanément comme son fils Rocky disparu quatre ans plus tôt. Billie, la fille de Mara, débarque et reconnaît, elle aussi, son frère… Séduit par la belle Billie, Jonas entre dans un jeu dangereux…
Pour cette production italo-française, Lautner constitua un casting anglophone, l’action étant censée se dérouler entre le Mexique et la Californie… On y remarque Mimsy Farmer, l’icône de More, tourné quelques mois auparavant et surtout Rita Hayworth, l’inoubliable star de La dame de Shanghaï d’Orson Welles, dans l’un de ses derniers rôles. Emouvant.
CONFINEMENT J16.- Lundi 30 mars : Si on en croit une psy interviewée l’autre soir dans C’est dans l’air, la troisième semaine de confinement est celle où l’on commence à observer des cas de dépression. Aïe. Il est vrai qu’on arrête plus de parler que de cela. Mais comment faire autrement ? S’arrêter d’écouter les infos ? C’est sûr que si on ne décolle pas de BFM-TV de la journée, on peut légitimement se mettre à pleurer. Comme disait le cabarettiste allemand Karl Valentin : « L’avenir aussi, c’était mieux autrefois ». Avant, on parlait d’autre chose. Comme de Roman P. ou de Harvey W. sans oublier Adèle H., pas celle de Truffaut, l’autre… On pouvait même se crêper le chignon à propos des César…
En même temps, le confinement nous vaut quand même de grands moments d’ahurissement. Ainsi, la chère Roxana Maracineanu, sous sa casquette de ministre des Sports, a émis l’hypothèse d’un Tour de France à huis clos. Si, si. Celle qui a fait ses gammes dans les lignes d’eau du MON à Mulhouse, estime en effet que c’est « imaginable » de faire pédaler, cet été, les forçats de la pédale entre Cazères et Loudenvielle ou entre Lure et La Planche des belles-filles sans le moindre afficionado au bord de la chaussée… Cela dit, on pourrait alors employer les gendarmes qui canalisent la foule à l’approche du peloton à empêcher les badauds de sortir de chez eux… Un patron d’équipe cycliste a eu cette belle formule : « C’est un peu comme si on invitait des gens à un bal populaire et qu’on leur demandait de rester assis toute la soirée. »
The DivorceeComme les très bons films de fiction sur le Tour sont rares, je me suis régalé d’une étonnante vieillerie de 1930 : The Divorcee de Robert Z. Leonard. Avant que la censure et le Code Hays ne lui tombent dessus, Hollywood pouvait présenter le divorce comme l’unique solution pour réussir son mariage… Pour son rôle, Norma Shearer fut l’une des premières actrices de l’histoire à obtenir l’Oscar.
CONFINEMENT J17.- Mardi 31 mars : Ce jour, devaient s’ouvrir les 24e Rencontres du cinéma de Gérardmer. Et le temps promettait d’être beau. Ce qui est quand même très appréciable. Parce qu’une promenade autour du lac géromois, rien de tel pour faire une (courte) pause dans un programme de plus de vingt films en quatre jours. Mais ça passe comme une lettre à la Poste (si on peut dire aujourd’hui…) parce que Gérardmer se distingue, depuis ses débuts, par une organisation sans faille et surtout par une convivialité de tous les instants. Dévorer du film est alors un pur petit bonheur… Mais pour cela, il faudra attendre l’édition 2021…
Pourtant Denis Blum et ses acolytes avaient imaginé une cuvée gouleyante. On aurait pu goûter, bien sûr, à du cinéma français avec Les apparences, une comédie dramatique de Marc Fitoussi avec Karin Viard et Benjamin Biolay ; Enorme, encore une comédie, cette fois, avec Jonathan Cohen et Marina Foïs en compagne très enceinte ; Le temps des Marguerite avec Alice Pol et Clovis Cornillac, Mon cousin de Jan Kounen avec le duo Lindon/Damiens ou encore Madame Claude, un retour sur la fameuse reine de la prostitution bourgeoise des années 60…
GerardmerLe cinéma international était, lui aussi, bien servi avec deux films iraniens : Yalda, la nuit du pardon et Just 6,5. L’Espagne avec Une vie secrète sur un drame au temps du franquisme ou l’Algérie avec le documentaire 143, rue du désert. Du côté du Danemark, avait été retenu A Perfectly Normal Family et d’Angleterre Saint-Maud, un thriller fantastique. On attendait aussi deux polars. L’un du Kazakhstan (A Dark, Dark Man) et l’autre d’Allemagne avec Lands of Murders… Enfin le cinéma US indépendant était représenté par Casey Affleck avec Light of my Life. Une histoire de… pandémie !
On ignore les dates de sortie en salles de certains de ces titres. D’autres ont des dates un peu lointaines. On les guettera…
CONFINEMENT J18.- Mercredi 1er avril : En ce troisième mercredi de salles obscures closes et à propos toujours de la dérogation à la chronologie des médias, on s’est penché, dans la profession, sur le sort des films qui étaient à l’affiche (La bonne épouse, De Gaulle, Le cas Richard Jewell, L’appel de la forêt etc.) au moment de la fermeture des salles de cinéma. Quand on sait que la carrière d’un film est tellement aléatoire en salles et qu’on connaît le coût d’une production même moyenne, on peut en effet considérer qu’il y a là de vraies catastrophes industrielles qui se profilent. La Fédération nationale des cinémas français a pris acte. Elle va maintenant entamer des échanges avec l’ensemble des distributeurs-éditeurs de films. Elle lance aussi un appel aux salles à soutenir les films qui étaient à l’affiche à la mi-mars. Quand les salles auront rouvert leurs portes… Mais, à ce moment, de nouveaux films arriveront qui voudront sortir, eux aussi. Pour rattraper le temps perdu.
J’évoquais, l’autre jour, l’atypique Route de Salina. Restant dans l’œuvre de Georges Lautner, j’ai retrouvé dans ma vidéothèque Galia qu’il avait tourné en 1966 avec Mireille Darc. Le cinéaste lui avait déjà confié un petit rôle dans Les barbouzes (1964) mais Galia allait imposer la ravissante comédienne, alors âgée de 27 ans, en femme libre et joyeuse, consommant les hommes à sa guise. Jusqu’au moment où elle sauve de la noyade une femme désespérée par un époux qui la néglige. Galia va alors s’intéresser, de plus en plus près, à ce mari…
Mireille DarcGalia, à l’époque, n’a pas plu à tout le monde. Dans les très sérieuses Lettres françaises, Marcel Martin écrivait : « Je dois même dire, et je le regrette, que je trouve son film entièrement raté. […] Or Galia n’est qu’un très mauvais film commercial qui exploite avec une complaisance elle aussi fort suspecte les charmes, indiscutables d’ailleurs, de Mireille Darc, aimable comédienne pleine d’abattage mais qui devra approfondir son métier avant de réussir à faire croire que des tempêtes se déroulent sous son joli crâne… »
CONFINEMENT J19.- Jeudi 2 avril : Par ma fenêtre, j’aperçois au loin les quatre mâts et leurs phares penchés qui surplombent le stade de l’Ill. Ces éclairages ne sont pas prêts de se rallumer. Sur le site de L’Equipe que je fréquentais de temps en temps avant que le tuto avec les exercices de gym de Bob Tahri en fasse carrément un incontournable rendez-vous du matin, la rubrique « Directs » affiche un zéro parfait. Nada. Plus rien à se mettre sous la dent. Ah, le cavalier seul de Liverpool en Premier League anglaise était un bonheur pour les amateurs de foot. La triplette d’attaque Mané-Salah-Firmino, ça vous avait de l’allure tout comme les transversales au millimètre d’Oxlade-Chamberlain. Les sauts de cabri de Jürgen Klopp sur le bord de la touche étaient, eux, marrants à souhait.
Les J.O. reportés, Roland-Garros repoussé, Wimbledon à la trappe, le Tour de France menacé, l’Euro de foot, je ne sais même plus… Il reste quoi ? Ben si, quand même les élucubrations de Karim Benzema. L’attaquant du Real Madrid fait des live Instagram. Où il crayonne Olivier Giroud et balance : « On ne confond pas la F1 et le karting, et je suis gentil. […] Moi je sais que je suis la F1. » Benzema n’a toujours pas digéré de ne plus être en équipe de France.
Picasso Tete TaureauMon petit-fils, lui, se débat avec un ready-made de Picasso pour un exercice d’arts plastiques en ligne. Comment, demande la prof, le grand Pablo a-t-il construit, en 1942, sa Tête de taureau ? A son ami Brassaï, Picasso a confié qu’il avait trouvé « une vieille selle de vélo juste à côté d’un guidon rouillé de bicyclette… En un éclair ils se sont associés dans mon esprit. » Merci Papy. De rien, mon grand. Et n’oublie pas de te laver les mains.
Allez, pour conclure, un petit quizz cinéma! Quel film américain de 1950 s’ouvre par une séquence où un scénariste, auteur de quelques films de série B, flotte dans une piscine d’Hollywood ? Un indice ?  Un grand cinéaste y joue un domestique très stylé…
CONFINEMENT J20.- Vendredi 3 avril : Voilà une semaine que je voyageais autour de ma chambre… Hier, j’ai rempli mon attestation de déplacement dérogatoire et je suis parti récupérer mes courses au drive de Leclerc. Chance, ma commande est complète. En prime, le charmant sourire de Priscilla qui se charge de poser les sacs dans le coffre de la voiture. Comme c’est juste à côté, j’ai pris du pain aux céréales chez Marie Blachère. Les rares clients se tiennent à bonne distance les uns des autres. Quand rentre un type qui se met à tourner autour de tout le monde, cherchant un sandwich thon-mayonnaise. Les clients semblent d’emblée se crisper. Trop proche, le type, beaucoup trop proche… Ca promet pour plus tard.
Au retour, je roule paisiblement. Presque histoire de profiter un peu du paysage. En fait, je me prends à penser : Va pas avoir un accrochage ! Pour trouver un garagiste, ce sera coton.
Du côté du rond-point Maurice et Katia Krafft, c’est le grand calme. Mac Donald’s a clôturé son parking. Plus loin, une barrière coupe le chemin qui borde l’Ill. Pas de promeneurs, pas de joggeurs. Les ragondins ont une paix royale… Sur la camionnette de plombier qui me précède, le conducteur a scotché une affichette : « Merci à nos sauveurs de Mulhouse ». Bien d’accord !
Avenue d’Altkirch, un tableau noir, posé à même le trottoir, complimente, en lettres colorées : « Vive les soignants ! »
Sunset boulevardPour le quizz, c’était (évidemment ?) Boulevard du crépuscule de Billy Wilder où le rôle de l’ancien réalisateur devenu le domestique de la star déchue Norma Desmond était tenu par l’immense Erich von Stroheim. Considéré comme un classique, Sunset Blvd (en v.o), est un chef d’oeuvre du cinéma américain, un must du film noir et une réflexion mélancolique sur les fantômes du cinéma muet… William Holden est Joe Gillis, un scénariste malchanceux qu’une ancienne vedette du muet (Gloria Swanson) parvient à enfermer dans sa vie dominée par le fantasme d’un retour triomphant à l’écran…
CONFINEMENT J21.- Samedi 4 avril : Ca devait bien finir par arriver… Si l’on en croit Marine Le Pen, il est « de bon sens de se demander si le virus n’a pas échappé d’un laboratoire » (sic). Après quoi, la présidente du Rassemblement national peut embrayer sur le grand mensonge étatique, estimant qu’on nous ment « sur absolument tout, sans aucune exception ». Et de préciser naguère: « le doute n’est pas un délit et il permet de réfléchir et de trouver la vérité ».
Sans doute faudra-t-il, à terme, se poser des questions, entre autres, sur la capacité du gouvernement à anticiper la crise et, plus encore à nous appliquer à changer notre regard sur le monde mais de là à imaginer que le virus s’est fait la malle d’un labo, c’est carrément de l’ordre du (mauvais ?) scénario de cinéma.
Sophia LorenJustement, je me souviens qu’en 1976, j’avais assisté, à la gare de Bâle, au tournage des premières scènes du Pont de Cassandra, un film-catastrophe où, à la suite d’un vol dans un laboratoire, les passagers du train Genève-Stockholm se trouvent exposés accidentellement à une maladie mortelle, très contagieuse… Un colonel décide de mettre le train en quarantaine et de le diriger vers un centre décontamination. Sur le trajet, se trouve un vieux pont désaffecté. Et les autorités ignorent s’il sera capable de supporter le poids du train. A moins que la manœuvre soit délibérée ?
Comme la gare de Genève-Cornavin était trop exiguë, la production décida de transformer la gare de Bâle en gare genevoise. Comme la production était à la charge de Carlo Ponti, le réalisateur grec George Pan Cosmatos bénéficia de jolis moyens et notamment d’une confortable distribution avec Burt Lancaster, Richard Harris, Ingrid Thulin, Alida Valli et même O.J. Simpson. Mais surtout, à Bâle, j’ai eu le plaisir de voir à l’œuvre Sophia Loren et Ava Gardner, elles aussi à l’affiche de ce film… oubliable. Mais il me reste un joli souvenir !
CONFINEMENT J22.- Dimanche 5 avril :  En ces temps d’enfermement, l’abus d’infos est clairement nuisible à la santé mentale. Cependant, j’écoute quand même la radio le matin entre le café et les tartines. Et ça fait même du bien quand Augustin Trapenard, en panne forcée de son Boomerang, confie ses Lettres d’intérieur. Ancien journaliste à Libération (pour lequel il couvrit le procès Barbie) passé aujourd’hui au Canard enchaîné (où il tient La boîte aux images), Sorj Chalandon a dédié une lettre aux femmes battues… A la manière d’une variation sur Les passantes de Georges Brassens. J’ai dressé l’oreille car le poète sétois figure au sommet de mon panthéon musical… Brassens trotte dans la tête de Chalandon : « À celles qui sont déjà prises / Et qui, vivant des heures grises / Près d’un être trop différent / Vous ont, inutile folie / Laissé voir la mélancolie/ D’un avenir désespérant. » Et le journaliste-écrivain s’adresse, je cite, « À vous, qui cachez aux autres vos yeux meurtris derrière des sourires tristes. À vous, qui prétendez une fois encore vous être cognées contre un meuble. À vous, qui redoutez que sa main se transforme en poing… » Oui, les femmes battues sont doublement victimes du confinement…
Dans le poste, on entend aussi une soignante, interviewée dans un hôpital d’Ile-de-France, dire : « Bientôt, ici, ce sera Mulhouse ! » On voit évidemment ce qu’elle veut dire mais, comme promo de la ville, ça fait bizarre, quand même…
Park RowA propos de médias, voyez donc Violences à Park Row que Samuel Fuller tourna, en 1952 et qui raconte l’aventure de Phinéas Mitchell, un journaliste qui rêve de créer son propre journal… A 12 ans, Sam Fuller vendait des journaux dans la rue. A 17 ans, il était reporter chargé des affaires criminelles au New York Evening Graphic. A la fin de sa vie, il confiera que son rêve était de diriger un journal. Le cher Sam savait de quoi il parlait en filmant ce poème épique à la gloire de la linotype, du journalisme et de la démocratie…
CONFINEMENT J23.- Lundi 6 avril : Tant pis pour la tradition… Et d’ailleurs le dimanche des Rameaux méritait bien une (petite) célébration… gourmande. C’est ainsi qu’un lamala a été sacrifié au petit-déjeuner dominical. Il faut bien dire que cette délicate génoise en forme de petit agneau, est délicieuse avec un bol de café.
Quand j’étais gamin, le lamala était déjà incontournable et il n’aurait pas été concevable, dans ma famille, de rater ce rituel pascal réalisé dans des moules en terre cuite traditionnelle alsacienne. Il paraît que l’origine de cette pâtisserie remonte au XIXe siècle et sans doute répondait-elle à la nécessité d’écouler le stock d’oeufs prohibés et donc accumulés par les ménagères et les pâtissiers tout au long du Carême. La tradition du jeûne s’est perdue au fil des années mais le lamala, dodu, moelleux et parfois planté d’une petite bannière dorée sur son dos, est fort heureusement, resté ! Gageons que les pâtissiers-confiseurs-chocolatiers, mis à mal par le confinement et dont les entreprises tournent au ralenti, rebondiront, un peu, avec les lamalas. Car, pour la chasse pascale aux œufs en chocolat, ça paraît singulièrement compromis.
Ce week-end, les Parisiens devaient entamer leurs vacances scolaires de Pâques. Et quand les Parisiens sont en vacances, on le sait. Car la radio ne se prive pas, depuis les PC circulation, de nous donner de l’info trafic en continu. Mais là, Castaner avait prévenu : pas question de migration pascale. On reste chez soi. Combien, au mépris des consignes élémentaires de confinement, auront tenté de prendre quand même la route ?
Mari CoiffeuseSi vous avez envie de vous évader dans la pure fantaisie, dans le rêve à l’état pur, regardez donc Le mari de la coiffeuse (1990). Patrice Leconte, avec la complicité d’un Jean Rochefort jamais aussi foutraque et d’une Anna Galiéna voluptueuse à souhait, a réussi une comédie à la fois drôle et triste, poétique et barrée sur un magnifique amour fou !

© Photos PLC – DR

La critique de film

Du bordel à la cité, la solidarité des filles  

Axelle (Sara Forestier), une mère paumée. DR

Axelle (Sara Forestier), une mère paumée. DR

« Pute oui, mais pas sale pute ! » Dominique s’emporte ainsi contre un client qui l’insulte… Simplement, parce qu’avec ses copines Axelle et Conso, elles estiment qu’elles font un boulot et qu’elles n’ont pas à être invectivées pour cela…
Tous les matins, en effet, les trois femmes se retrouvent, sous les interpellations sexuellement crapuleuses de petites racailles, sur le parking de leur cité pour prendre la route de la Belgique dans la voiture de Do, passer la frontière et retrouver une maison close où elles deviennent Athéna, Circé et Héra.
C’est en lisant un article dans la presse sur la double vie que mènent certaines femmes que la scénariste et co-réalisatrice Anne Paulicevich a eu l’idée de cette histoire où trois femmes qui vaquent normalement à une existence aussi courante que difficile, partent se prostituer, à quelques kilomètres de chez elles, dans un pays où les bordels sont légaux.
La scénariste tenait alors la trame du film mais, dit-elle, « j’étais incapable d’aller plus loin si je ne rentrais pas moi-même dans un de ces bordels. Ça me semblait aussi incorrect narrativement que peu respectueux humainement. J’ai donc essayé de rentrer dans des bordels ; impossible. Un soir, j’en parle à une amie qui m’apprend que son cousin est le neveu de Dodo la Saumure ! Elle nous présente et, grâce à lui, je rencontre Dodo dans un café de Bruxelles. Deux jours plus tard, il m’emmenait visiter ses bordels. Dans les deux premiers, le contact était compliqué, mais au troisième, la connexion avec les filles a été immédiate. Je me suis installée sur un fauteuil et c’était parti. » Pendant neuf mois, Anne Paulicevich se rend dans cette maison deux à trois fois par semaine. Sans prendre de notes, sans même poser de questions, la scénariste recueille des histoires, des récits de vie quotidienne. « Ces femmes, dit-elle encore, à cause de leur double vie, doivent passer leur temps à mentir à leurs clients comme à leur famille. Là, elles avaient quelqu’un qui les écoutait, à qui elles pouvaient tout dire. Le soir, j’avais à mon tour besoin d’en parler à Fred, pour me décharger un peu de cette violence, de cette tristesse sous-jacente qui constitue, tout de même, leur vie. »

Conso (Annabelle Lengronne) rêve du grand amour. DR

Conso (Annabelle Lengronne)
rêve du grand amour. DR

Le film qui devait initialement s’intituler La frontière, a donc vu le jour et il livre une réalité brutale. Aucun sourire, aucun répit dans ces existences sinon, presqu’étrangement, lorsque ces femmes, en tutus roses et fleurettes dans les cheveux, attendent le client dans la maison close et rient ou plaisantent d’expériences souvent extrêmes et livrent une version personnelle, avec les mots qu’il faut, des gémissements orgasmiques de Quand Harry rencontre Sally
Filles de joie s’attache d’abord à Axelle, mère de famille à la dérive, confiant à sa mère le soin de garder trois gamins bien turbulents. On découvre aussi Conso, belle grande bringue black qui affecte de se moquer de tout mais qui rêve de connaître le grand amour. Peut-être avec le beau Jean-Fi qui lui offre un petit diamant mais finira par lui montrer, sur son téléphone, la photo de son nouveau-né… Quant à Dominique, elle jongle entre ses services de nuit dans un établissement de soins, son emploi de « maman » au bordel (la scène la plus touchante, la plus tendre du film se déroule dans une baignoire avec un monsieur âgé) et sa vie de famille. Son mari (Sergi Lopez) est singulièrement éteint et ses deux grands enfants, pour lesquels elle ne cessent de trembler, sont simplement odieux jusqu’à ce que Do craque, leur lance de l’argent en hurlant : « Tu veux vraiment savoir ce que je suis ? »

Dominique (Noémie Lvovsky), une "maman" au bordel. DR

Dominique (Noémie Lvovsky),
une « maman » au bordel. DR

Dans cette aventure de la survie et du courage, le drame va surgir brutalement, emportant Axelle et mettant en œuvre la solidarité de ses amies. Une séquence violente qui éclaire alors celle, évidemment énigmatique, du pré-générique…
Filles de joie s’inscrit évidemment dans un vaste florilège qui a fait de la prostituée une figure récurrente du grand écran depuis l’emblématique Loulou de Pabst (1929) jusqu’à la Pretty Woman (1990) avec Julia Roberts en passant par Simone Signoret dans Casque d’or (1952), Shirley MacLaire dans Irma la Douce ou Catherine Deneuve dans Belle de jour (1967). Cependant l’approche du tandem Fonteyne-Paulicevich ancre beaucoup plus le film du côté du Godard de 2 ou trois choses que je sais d’elle (1967) qui faisait de Marina Vlady une mère de famille vivant dans une cité de la banlieue parisienne et contrainte à la prostitution pour survivre.
On songe aussi à la Jeanne Dielman (1973) de Chantal Ackerman pour le côté tristement banal du métier mais la référence qui vient d’emblée, c’est Party Girl (2014) qui valut au trio Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis une belle Caméra d’or à Cannes. On y pense évidemment parce que le personnage d’Angélique passait la frontière de la Moselle pour aller travailler comme entraineuse dans des cabarets allemands…

Quand les filles attendent le client. DR

Quand les filles attendent le client. DR

Porté par l’énergie puissante qui émane des trois personnages centraux et la verve de leurs mots, le film, qui privilégie des atmosphères sombres, distille une dynamique amplifiée par une caméra mobile et fréquemment au plus près des femmes. Co-réalisateur de Filles de joie, Frédéric Fonteyne (remarqué en 1999 pour Une liaison pornographique) capte, avec beaucoup de vérité, le chaos qui préside à de doubles vies qui finissent par tragiquement se fissurer. Il peut pour ce faire s’appuyer sur des comédiennes qui ont pleinement pris Axelle, Do et Conso à bras-le-corps alors même que certaines scènes étaient quand même borderline. On sent que la trop rare Sara Forestier (vue récemment dans Roubaix, une lumière), Noémie Lvovsky (qui était encore une religieuse naguère dans La bonne épouse) et Annabelle Lengronne adhèrent pleinement au propos. Et si leurs filles de joie ne sont pas des oies blanches, elles sont cependant bouleversantes… Un sacré film, une bonne claque !

FILLES DE JOIE Drame (Belgique/France – 1h30) de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne, Nicolas Cazalé, Jonas Bloquet, Sergi Lopez, François-Xavier Willems, Els Deceukeur, Barbara Sarafian, Charlotte Brihier. Dans les salles le 18 mars. Donc prochainement…

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