Juste une image…

T'as pécho?

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… C’étaient les années soixante, celles des scopitones et des yéyés. En 1962, la jeune Françoise Hardy s’imposait au hit-parade en susurrant le manque affectif, la tristesse, voire la détresse d’une adolescente n’ayant jamais connu l’amour alors qu’autour d’elle « tous les garçons et les filles de mon âge / Se promènent dans la rue deux par deux / Tous les garçons et les filles de mon âge / Savent bien ce que c’est qu’être heureux / Et les yeux dans les yeux et la main dans la main / Ils s’en vont amoureux sans peur du lendemain / Oui mais moi, je vais seule par les rues, l’âme en peine / Oui mais moi, je vais seule, car personne ne m’aime… »

A l’époque, on ne parlait pas de « pécho » mais les ados des sixties connaissaient assurément les mêmes affres que les jeunes héros de T’as pécho?. Cette comédie française qui, dixit la pub, se situe à la rencontre des Beaux gosses et de Sex éducation, sera sur les écrans le 29 juillet et devrait réunir autant les jeunes spectateurs d’aujourd’hui que, peut-être, les anciens ados des années soixante…
Evoquant la manière dont le film est né, la réalisatrice Adeline Picault explique que c’est venu « d’une obsession que j’ai depuis l’adolescence. Je suis humai- nement fascinée par ceux qui prétendent, sur un sujet aussi mouvant et poétique que l’amour, qu’il n’y a qu’une seule et bonne manière de faire. Comment peut-on être aussi affirmatif alors que l’amour échappe à toute loi ? »
Pour trouver une porte d’entrée dans ce thème sensible, la cinéaste – dont c’est le premier long-métrage- a imaginé le personnage du candide Arthur (Paul Kircher). A 15 ans, ce garçon assez lunaire a un coup de foudre pour Ouassima, qui ne le regarde même pas… Alors que lui n’a jamais pécho, elle sort avec Matt, le beau gosse du collège. Pour s’approcher d’elle, Arthur rassemble une bande de losers célibataires et lui propose de leur donner des cours de péchotage, à 10 euros la leçon. Dans les vestiaires de la piscine, débute alors un long apprentissage intime et collectif sur « les filles et l’amour : mode d’emploi »
Dans le cadre des cours de pécho, Arthur donne sa définition de l’amour. Adeline Picault s’est prêtée, elle aussi, à l’exercice en disant : « L’amour est un état de grâce plus grand que la vie ; une rencontre de deux univers, deux contrastes ; un formidable moyen de se fondre dans l’autre – sans se diluer – pour approcher l’insaisissable. Je suis toujours fascinée par ce qui m’échappe chez l’autre. Il y a des traits de caractère qu’on trouve insupportables, mais qui chez la personne qu’on aime et à la lueur de ce qu’on vit, deviennent tout à fait acceptables. C’est là la vraie douceur, je crois. »

© Photo DR – Pathé

La critique de film

La longue marche de JP  

JP (Jean-Pascal Zadi) manifeste devant la mairie de Paris. DR

JP (Jean-Pascal Zadi) manifeste
devant la mairie de Paris. DR

« Je suis en colère ! » Ce sont quasiment les premiers mots de JP. En colère parce que l’homme noir n’a pas une vraie place dans la société française… Alors JP, acteur raté de 38 ans, est bien décidé à faire quelque chose. Et il songe à organiser la première grosse marche de contestation noire en France. Pour cela, il lui faut des soutiens, beaucoup de soutiens… Mais, entre ceux qui ne comprennent pas son engagement, ceux qui le prennent pour un activiste et les autres qui le considèrent comme un opportuniste, tracer sa route est malaisé, d’autant que JP met souvent, joyeusement et lourdement, les pieds dans le plat, sorte de Candide voltairien qui révèle, sans le vouloir, les failles de ses interlocuteurs leaders d’opinion…
Au départ, JP peut sourire car tout le monde accueille positivement son message et notamment l’humoriste Fary qui va l’accompagner tout au long de son organisation de la marche… parce qu’il y voit son propre intérêt. Si JP fait le buzz sur les réseaux sociaux, c’est bon aussi pour le projet de comédie que concocte Fary…
Si JP est évidemment un personnage de fiction, Jean-Pascal Zadi affirme qu’il l’a nourri de ce qu’il est est (né à Bondy dans le 9-3, rappeur, acteur et réalisateur) et aussi de ce qu’il a vécu comme père d’enfants métis et comme homme de spectacle… Zadi n’est d’ailleurs pas spécialement tendre avec un JP tour à tour mégalo et égocentrique, toujours sur les réseaux sociaux pour prendre la parole et sans doute pour brosser son ego… Cependant, avec sa marche, JP décide quand même de mettre les mains dans le cambouis.

En compagnie de Joeystarr et de Vikash Dhorasso. DR

En compagnie de Joeystarr
et de Vikash Dhorasso. DR

« Tout est parti, explique Jean-Pascal Zadi qui coréalise avec John Wax, de l’envie de faire une œuvre collégiale, drôle et porteuse d’un message. On voulait fédérer un maximum de personnalités noires autour de ce projet et avoir le plaisir de les voir s’éclater à l’écran. »
Tout simplement noir joue donc clairement la carte des guests et les réalisateurs ne cachent pas que chaque scène a été écrite en fonction de leurs envies de guests et cela bien avant même d’avoir leur feu vert. Le film apparaît alors comme une sorte de collage de séquences où des personnalités influentes de la communauté noire font un tour de piste. Forcément, le ton est inégal. On rit volontiers à la séquence de l’audition où JP doit incarner Abdullaye, un dealer, violeur, converti à l’islam, qui tombe amoureux, sans la reconnaître, de l’une de ses victimes… La rencontre de JP, dans une soirée donnée par Joeystarr, avec Vikash Dhorasso est savoureuse, l’ancien footballeur de l’équipe de France, lui demandant s’il est assez noir pour participer à la marche. On aime aussi beaucoup une autre audition de JP, cette fois avec un Mathieu Kassovitz, cinéaste complètement hystérique, faisant un casting pour un film sur le Congo belge…

JP avec Fary. DR

JP avec Fary. DR

Mais la palme revient ex-aequo à Eric Judor qui nie absolument être noir (« Je suis autrichien. Ma tante s’appelle Waldtraut… ») avant de devenir un militant déchaîné et au duo composé de Lucien Jean-Baptiste et Fabrice Eboué. Dans un restaurant, les deux comédiens-réalisateurs croisent JP venu leur demander de le soutenir. Mais rapidement, alors que les deux artistes devaient se voir pour un projet de film, le ton monte. « Case départ ne met pas les Noirs en valeur » dit le premier, le second lançant : « Et la Première étoile ? Avec les Noirs qui terminent le cul dans la neige ? » 
Dans une époque où chaque mot est passé au scanner du politiquement correct, Tout simplement noir essaye, sur le ton du divertissement, d’aller juste au-delà de ce qui est toléré et convenable. Rien de bien méchant au demeurant, sinon ces deux séquences où JP manifeste, avec un mégaphone, devant la mairie de Paris et cette autre où il déambule dans la rue en pestant un peu fort. Dans les deux cas, la police déboule. Que ce soit des fonctionnaires en uniforme ou en civil, JP se retrouve bousculé, jeté à terre et maintenu, la nuque sous le genou d’un policier… Des scènes qui ne sont pas sans faire écho à une actualité récente qui a mis moults manifestants dans la rue…

JP en famille et en partance pour la marche... DR

JP en famille et en partance pour la marche… DR

Quant à la question de savoir si cette comédie –qui ne fera quand même pas de mal à une mouche- est communautariste, Zadi répond : « C’est une erreur. Le film est une critique du communautarisme par l’absurde, on essaie de montrer que parler de communautarisme n’a pas de sens… Le cœur du film, c’est le parcours d’un père de famille qui essaie de trouver sa place dans la société. Est-ce que l’on parle de communautarisme lorsqu’il n’y a que des blancs dans un film français ? La question est aussi absurde concernant un film où la grande majorité des acteurs sont noirs. Je serai heureux le jour où je verrai un réalisateur prendre des acteurs noirs uniquement parce qu’ils vont porter son histoire et non parce qu’ils sont noirs. »
Dans le dossier de presse du film, Jean-Pascal Zadi conclut en citant l’écrivain et philosophe Frantz Fanon qui, pour lui, résume tout : « Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous ».

TOUT SIMPLEMENT NOIR Comédie (France – 1h30) de Jean-Pascal Zadi et John Wax avec Jean-Pascal Zadi, Fary, Caroline Anglade et, dans leurs propres rôles, Lilian Thuram, Claudia Tagbo, Cyril Hanouna, Joeystarr, Vikash Dhorasso, Kareen Guiock, Fabrice Eboué, Lucien Jean-Baptiste, Eric Judor, Fadily Camara, Ramzy Bedia, Rachid Djaïdani, Melha Bedia, Amelle Chahbi, Jonathan Cohen, Mathieu Kassovitz, Ahmed Sylla, Eriq Ebouaney, Moussa Mansaly, Soprano, Augustin Trapenard, Stéfi Celma. Dans les salles le 8 juillet.

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