41 SCENES MARQUANTES DE L’HISTOIRE DU CINEMA  

Billets cinéma

LE CONFINEMENT S’EST ACHEVE… DESORMAIS, DE NOUVEAUX COMPORTEMENTS SOCIAUX S’IMPOSENT… EN ATTENDANT DE RETROUVER, LE 22 JUIN, LE CHEMIN ET LE PLAISIR DES SALLES OBSCURES, VOICI UNE EVOCATION QUOTIDIENNE DE MOMENTS MARQUANTS DU CINEMA…

SUNSET BOULEVARD.-  Après avoir réalisé notamment le remarquable fleuron noir qu’est Assurance sur la mort (1944), Billy Wilder signe Boulevard du crépuscule (1950), vite considéré comme un classique. Il y distille une évocation grave et désespérée d’Hollywood. Scénariste sans emploi, Joe Gillis (William Holden) rencontre par hasard Norma Desmond, une star du muet. Elle lui propose d’écrire une version de Salomé pour marquer son retour à l’écran… Wilder dirige Gloria Swanson qui accepta d’incarner une icône déchue et finalement meurtrière de Gilis, rôle que refusèrent Mary Pickford, Mae West et Bette Davis. Dans le rôle de Max, le majordome, on trouve Erich von Stroheim que Wilder considérait comme son maître.

Sunset BoulevardLa séquence finale, où le spectateur devient le témoin de la fin de Norma Desmond, est un beau moment de cinéma… sur le cinéma. Plan d’ensemble. Reporters, cameramen des actualités, policiers venus arrêter la meurtrière se pressent dans le hall de la villa de la star. Max se place entre les caméras de la télévision. Plan moyen sur l’apparition de Norma Desmond. Contre-champ sur Max : « Ready, Norma ? » Lent travelling en plan moyen sur la descente d’escalier de la star. Au bas des marches, plan américain sur Norma qui dit son bonheur d’être de retour sur les plateaux. « Je suis prête pour mon gros plan, M. DeMille ! » Regard halluciné, gagnée par la folie, Norma Desmond s’avance vers nous. Fondu au blanc. The End.

MONTY PYTHON : SACRE GRAAL !.- A la fin des années 60, les Monty Python déboulent dans l’univers de la télévision avec un Flying Circus qui chamboule tout avec un humour loufoque et ravageur… En 1975, les humoristes passent au grand écran. Ecrit et réalisé par Terry Gilliam et Terry Jones, Sacré Graal ! est une comédie loufoque qui délire allègrement sur la légende d’Arthur, la quête du Graal ou les Chevaliers de la Table ronde…

A la manière de leurs émissions télé, Gilliam et Jones (qui rejoignent dans le casting John Cleese, Graham Chapman, Eric Idle et Michael Palin) racontent une histoire en forme d’épisodes isolés… Le tournage est compliqué, les moyens limités et l’ambiance sur le plateau est souvent tendue. N’ayant pas de chevaux, ils inventent le gag des noix de coco…

Sacre GraalC’est dans la séquence du chevalier noir que s’exprime sans doute le mieux l’humour absurde des Monty Python. Le roi Arthur et son écuyer Patsy chevauchent (à pied) à travers la forêt lorsqu’ils observent comment un chevalier noir expédie un chevalier vert ad patres. Arthur propose au valeureux vainqueur de le rejoindre à Camelot. Silence. Arthur décide de poursuivre sa route. « On ne passe pas ! » Les deux vont donc s’affronter à grands moulinets d’épées. En plan américain, Arthur frappe, coupe un bras du chevalier noir, puis l’autre… « Une simple égratignure ! » dit le chevalier qui va perdre successivement une jambe puis l’autre… Arthur passe… L’homme-tronc lance alors : « Je vois qu’on se débine ! Sale lâche… »

LE QUAI DES BRUMES.- En 1938, Marcel Carné est contacté par le responsable des films français pour la UFA qui lui demande s’il n’a pas un sujet pour Jean Gabin, alors sous contrat avec la compagnie allemande. Carné qui a aimé Le Quai des brumes, un roman de Pierre McOrlan publié en 1927, propose cette histoire de déserteur de l’armée coloniale qui arrive au Havre d’où il veut quitter la France. Dans un bistrot, Jean fait la connaissance de Nelly, jeune fille mélancolique terrorisée par Zabel, son tuteur. Pour défendre la jeune fille, Jean tuera Zabel (Michel Simon)…

Gabin donne son accord. Carné songe à Michèle Morgan, alors âgée de 18 ans. Elle se souviendra : « Gabin disait « je suis sûr que cette môme ne sait pas embrasser », et ça m’énervait ! » Séduit par l’œuvre de McOrlan, Jacques Prévert accepte d’en faire les dialogues et écrira l’une des plus célèbres répliques du cinéma français.

Quai BrumesPlan moyen sur Nelly et Jean qui s’éloignent d’une fête foraine. Dans une ruelle, Nelly se laisse aller contre un mur. Gros plan sur le profil de Nelly : « Vous ne pouvez pas savoir comme je suis bien quand je suis avec vous. Je respire, je suis vivante… » Contre-champ sur le sourire de Jean qui ironise… Très gros plan sur les yeux clairs de Nelly. Contre-champ sur un très gros plan de Jean. Silence. Lui : « T’as de beaux yeux, tu sais ». Elle : « Embrassez-moi ». Plan poitrine sur le baiser. Nelly : « Embrasse-moi encore ». Fondu enchaîné sur la fête foraine…

L’ADMIRABLE CRICHTON.- Dans l’Angleterre du 19e siècle, William Crichton est le majordome zélé d’une famille aristocratique de Londres… Serviteur discret et diplomate, il veille au bien-être de Lord Loam et des siens et gère au mieux les caprices de la caractérielle Lady Mary Lasenby… Lorsqu’à l’occasion d’une croisière dans les mers du Sud, ces aristocrates se retrouvent naufragés sur une île déserte, les rôles vont s’inverser. Dans une nature sauvage, Crichton est désormais le seul maître à bord. Alors que les sens s’éveillent et que les différences se sont atténuées, le majordome, seul type débrouillard, devient la coqueluche des naufragés et notamment de Lady Mary…

Admirable CrichtonEn 1919, Cecil B. DeMille tourne Male and Female (en v.o.) précurseur de tous les films de naufragés en détresse… Le réalisateur offre un rôle en or à Gloria Swanson avec cette Lady Mary qui s’amourache de Crichton. Amateur de flamboyances antiques, DeMille tourne une scène qui n’a que peu à voir avec l’intrigue. Crichton et Mary évoquent l’allégorie du roi de Babylone (Crichton) et de son esclave (Mary) jetée aux lions. Essentiellement en plans d’ensemble, hormis un gros plan sur Gloria Swanson belle et apeurée et sur un lion la gueule béante, le cinéaste met en scène cette parenthèse très peplum où l’esclave, tout de blanc vêtue, descend dans l’arène. Un court plan moyen la montre, allongée, contre le lion rugissant. Gloria Swanson avouera plus tard avoir eu très peur en tournant ce plan…

OLD BOY.- Lorsque Old Boy a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2003, les festivaliers ont vécu un choc. On se souvient de la manière dont le héros arrangeait les dents d’un malfrat avec un marteau ou encore comment Oh Dae-su dévore, dans un bar, un poulpe vivant. On a appris par la suite que Choi Min-sik, qui incarne Oh Dae-su, était… végétarien. Second volet d’un triptyque sur la vengeance (le premier, en 2002, Sympathy for Mister Vengeance, avait établi la réputation de Park Chan-wook), ce thriller impressionne par une mise en scène virtuose récompensée, sur la Croisette, du Grand prix du jury.

Old boyEn se fondant sur un manga, lui-même inspiré du Comte de Monte-Cristo, le cinéaste sud-coréen raconte la tragique aventure d’un homme kidnappé en sortant de chez lui et emprisonné pendant quinze ans sans aucune explication… La scène la plus spectaculaire dans ce film visuellement impeccable, est celle où Oh Dae-su retrouve son lieu de détention et va mettre hors de combat son tortionnaire et tous ses hommes… Dans un couloir verdâtre, Park Chan-wook filme cette chorégraphie violente où les coups, de bâton ou de marteau, pleuvent en un unique et long plan-séquence avec de petits travellings pour accompagner le ballet entre Oh Dae-su (qui a un couteau planté dans le dos) et ses assaillants. Un dernier plan poitrine montre le héros avec un petit sourire aux lèvres tandis qu’un filet de sang coule sur son cou.

NOSFERATU LE VAMPIRE.- Et si Max Schreck avait lui-même été un vampire ? Voilà encore une de ces légendes que le 7e art aime à cultiver. Il est vrai que Schreck, qui était le vrai nom de cet acteur allemand (1879-1936), signifie… effroi ! Idéal, en somme, pour incarner le plus fameux de tous les vampires, celui qui traverse fabuleusement l’un des premiers films d’horreur du grand écran. Friederich Wilhelm Murnau qui tourne, en 1921, en extérieurs, notamment à Wismar et Lübeck, est un pionnier du genre. Il adapte, ici, le Dracula de Bram Stocker sans avoir l’autorisation des ayants droit. C’est ainsi que le comte Dracula deviendra le comte Orlock… Nosferatu, eine Symphonie des Grauens fit aussi les délices des surréalistes pour l’intertitre (présent dans la seule version française) : « Quant il eût passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre ».

NosferatuDans une cale de bateau, un marin frappe avec une hache sur une caisse. Gros plan sur des rats qui pullulent. Plan moyen. On aperçoit des mains griffues. Le vampire se redresse. Plan poitrine sur le marin effrayé qui s’enfuit. Plan demi-ensemble : le pont du bateau. L’homme à la barre s’attache au gouvernail. En forte contre-plongée, apparition de Nosferatu. Visage blême, crâne chauve, longues oreilles pointues, haute silhouette noire. De sa démarche saccadée, il sort du champ à droite. On ne voit plus que son ombre qui passe. Plan américain sur le marin angoissé. Fondu au noir. Intertitre : « Le bateau de la mort a un nouveau capitaine »

PSYCHO.- La séquence de la douche (peut-être, la plus célèbre de l’histoire du 7e art) dure, au total, 2 minutes 45 et montre, en 45 secondes, un violent assassinat .Quelques  poignées de secondes qui, grâce au talent et à la maîtrise d’Alfred Hitchcock, provoquèrent à la fois le frisson et la stupeur du public. Le frisson parce que la secrétaire Marion Crane est sauvagement tuée par Norman Bates, le gérant du motel isolé dans lequel elle a fait halte pour la nuit. La stupeur parce qu’à la 46e minute d’un film qui en dure 109, la star Janet Leigh disparaît brutalement alors qu’on ne l’avait pas quittée depuis le début…

PsychoseSur les trois semaines de tournage du film, le point d’orgue de Psychose (1960) a occupé pas moins de sept jours, l’équipe technique ayant à régler de multiples problèmes comme la mesure du débit d’eau et l’épaisseur du rideau de douche afin de déterminer si l’on pouvait voir l’héroïne nue. Pour cela, on recruta un mannequin, la jeune Marli Renfro, 21 ans, qui se tint, nue, derrière le rideau et qui doubla aussi Jane Leigh pour les plans « physiques ». De la star des Vikings ou de La soif du mal, on ne voit que la tête, les mains et les épaules.
Très découpée, avec un montage hitchcockien haletant, la scène conserve la violence hors-champ même si Bates manie un énorme couteau. Elle s’achève sur un gros plan de l’œil ouvert de Marion Crane morte. Janet Leigh eut du mal à conserver l’œil ouvert sans ciller et il fallut une vingtaine de prises pour mettre le plan en boîte…

CASQUE D’OR.- Lorsqu’en mars 1952, Casque d’or sort sur les écrans français, c’est un impressionnant et inattendu échec critique et commercial, le plus douloureux de toute la carrière de Jacques Becker. Rétrospectivement, on s’est interrogé sur ce revers, estimant que la franchise du cinéaste vis-à-vis de ses personnages et aussi un style quasiment néoréaliste ont peut-être rebuté les spectateurs. Pourtant cette chronique du monde des apaches parisiens du début du siècle est magnifique, notamment dans sa description d’un coup de foudre et d’une histoire d’amour impossible…

Casque ORDans une guinguette des bords de Marne, Jo Manda (Serge Reggiani), ancien voyou devenu charpentier, tombe sous le charme de Marie alias Casque d’Or (Simone Signoret) mais le beau Roland, amant du moment de Marie, ne l’entend pas de cette oreille… Dans une superbe économie de moyens qui n’exclut pas de traduire l’atmosphère de la sortie dominicale, la caméra de Becker saisit un bonheur intense. Tandis que Marie danse avec Roland, elle ne cesse de regarder Jo. Et quand, devant un Roland excédé et furieux, Marie propose de danser la valse avec Jo, on voit, dans une série de plans virevoltants, deux êtres qui, déjà, savent qu’ils vont s’aimer follement. Pas un mot n’est échangé mais les regards disent tout. Et Roland finira au tapis d’un crochet appuyé…
On reverra, à la fin du film, leur danse endiablée quand la tragédie aura frappé…

BASIC INSTINCT.- Comment, en une nuit cannoise, devenir une star internationale ! On ne ne fera pas, ici, le bilan de la carrière de Sharon Stone et d’ailleurs, en 1995, trois années après Basic Instinct, elle revint sur la Croisette en clôture de la compétition officielle sans que son Mort ou vif n’émeuve qui que ce soit. Cependant, en 1992, Sharon Stone va affoler les gazettes et faire couler des hectolitres d’encre et de salive.

En compétition au Festival, Paul Verhoeven signe un polar volontiers sulfureux où Sharon Stone incarne Catherine Tramell, romancière, bisexuelle, perverse et sociopathe, accusée du meurtre de Johnny Boz, une rock-star assassinée avec un pic à glace. Le flic Nick Curran (Michael Douglas) est chargé de l’enquête et tombe vite sous le charme de cette redoutable mante religieuse…

Basic InstinctConduite au commissariat, Mlle Tramell répond, avec décontraction et sensualité, aux questions de cinq enquêteurs. La lumière zèbre une ambiance bleutée. « Je n’ai rien à cacher », dit-elle. Verhoeven alterne les gros plans sur les policiers et Catherine. Après avoir tombé sa veste blanche, elle croise et décroise ses longues jambes, révélant une absence de culotte… Un bref plan américain entré dans la légende.
Pour parfaire la légende, Verhoeven et sa star se sont affrontés bien plus tard sur le fait de savoir si Sharon Stone avait été d’accord pour tourner la séquence sans porter de sous-vêtement. Cinéma et marketing, où allez-vous vous nicher !

LES VACANCES DE M. HULOT.- Près de Saint-Nazaire, un certain Monsieur Hulot décide de prendre quelques jours de vacances. Maladroit à souhait, ce grand échalas, boute-en-train malgré lui, va semer le désordre dans la petite station balnéaire de Saint-Marc-sur-Mer. C’est dans ces Vacances, emblématique d’un certain esprit de la France de l’après-guerre (le film est sorti en 1953), qu’apparaît pour la première fois cet Hulot lunaire, double de Jacques Tati (qui a toujours pris soin de l’interpréter lui-même) et qui deviendra un personnage récurrent dans l’œuvre tatiesque.

Vacances HulotSportif accompli à la ville, Jacques Tati a toujours fait une place de choix au sport dans son cinéma. Du côté de Saint-Marc, c’est le tennis qui retient l’attention. Certes la séquence est relativement courte mais elle est joyeuse et résume parfaitement la manière de Tati, notamment dans l’art du mime et du travail du son… Plan d’ensemble sur un court en bord de mer. Entrée en amorce de la voiture d’Hulot dont le moteur à explosion stoppe brièvement la partie. Contre-plongée sur la juge de chaise. Plan d’ensemble. Hulot, de dos, fait face à deux joueuses. « Ready ? » En veste, pantalon clair et chapeau en papier, Hulot sert deux aces. Plan moyen sur le service d’Hulot. La raquette en bout de bras va d’avant en arrière à plat avant un lancer court qui amène de véritables plombs. Sous l’œil ravi d’une beauté blonde, Hulot va ainsi écoeurer quelques joueurs pour la plus grande joie d’une arbitre conquise…

SHINING.- Avec Stanley Kubrick, la salle de bain devient le territoire de toutes les terreurs… A deux reprises en effet, dans le film (1980), le cinéaste l’investit. Jack Torrance va ainsi se retrouver, dans la fameuse chambre 237, devant une belle jeune femme nue qui, sortant de la baignoire, l’attire dans ses bras avant de s’y transformer en vieille dame cadavérique…

Cependant, le paroxysme est atteint dans une autre salle de bains, attenante au logement que la famille Torrance occupe dans l’immense hôtel Overlook. Tandis que Jack attaque la porte de l’appartement à la hache, sa femme Wendy et le jeune Danny, terrorisés, se réfugient dans la salle de bain.

ShiningDans un montage alterné, Kubrick filme Torrance, de dos, en travelling avant, marchant vers la salle d’eau. « Je suis de retour à la maison ! » Danny réussit à fuir en se glissant par une petite fenêtre. Le regard fou, Torrance (Jack Nicholson, au sommet de ses capacités de « monstre ») frappe à la porte : « Petits cochons, allez, ouvrez-moi donc ». Plan américain. Un grand couteau à la main, Wendy se recroqueville au fond de la pièce, en hurlant de peur. Au premier plan, la lame de la hache entame le bois de la porte. Plan poitrine, on aperçoit Jack à travers la porte défoncée. Il frappe à nouveau. Gros plan : Jack, regard dément, avance sa tête à travers la porte et lance un « Heeeeere’s Johnny » improvisé par Nicholson en référence à un célèbre talk-show américain des années 70. Gros plan sur la main de Torrance qui tente d’ouvrir le loquet. Wendy frappe avec la lame…

LES 400 COUPS.- Le 4 mai 1959, alors que l’ultime image du film se fige sur l’écran cannois, le public manifeste bruyamment et longuement son enthousiasme. Avec Les 400 coups, François Truffaut joue son va-tout : il sera cinéaste ou rien. On connaît la suite. Le film remporte le prix de la mise en scène sur la Croisette et ce premier long-métrage, qui révèle Truffaut au grand public, sera emblématique de l’essor de la Nouvelle vague.

Antoine Doinel, 12 ans, bête noire de son instituteur, vit coincé entre une mère qui ne l’aime pas et un beau-père gentil mais faible. Il décide alors de fuguer. Ce conte noir s’appuie sur certains éléments autobiographiques de son réalisateur. Mais le film repose aussi sur une véritable écriture…

400 CoupsLa séquence finale est, ainsi, inoubliable. Placé dans un centre de redressement, Doinel (Jean-Pierre Léaud) s’enfuit pour voir la mer qu’il n’a jamais vue. Un long travelling latéral, en plan américain, accompagne la course du jeune adolescent. La caméra abandonne alors Doinel et accomplit un lent panoramique à 180° qui découvre la mer. Reprise sur l’enfant qui débouche sur la plage. Un ultime travelling latéral, en plan moyen, le suit, courant sur le sable, vers la mer. Lorsqu’il atteint l’eau, Doinel se retourne. Regard caméra en cinémascope. L’image se fige rapidement. Le voyage au bout de la nuit de Doinel est fini. L’angoisse de l’après demeure. Le mot fin apparaît en lettres blanches.

L’AURORE.- Premier film tourné à Hollywood par le cinéaste allemand Friedrich Wilhelm Murnau, Sunrise, sorti en 1927, évolue entre le réalisme et le fantastique, entre le muet et le sonore, entre le jour et la nuit, le tragique et le burlesque, la campagne et la ville, l’amour et le sexe. Une nuit, la maîtresse d’Ansass, une Femme de la ville, le pousse à noyer son épouse. Mais, à deux doigts de passer à l’acte, Ansass se rétracte et entraîne sa femme à la ville où ils goûteront les plaisirs citadins. Au retour, une tempête éclate sur le lac qu’ils traversent et renverse la barque… Au matin, Ansass est seul sur la berge. Furieux, il tente d’étrangler son amante. Mais des cris de joie résonnent…

L'AuroreTournée en studio, le plan-séquence de la marche nocturne et sinueuse d’Ansass au bord d’un marais est un tour de force cinématographique. L’homme franchit différents seuils, aimanté qu’il est par le désir de la Femme tandis que la caméra semble soudain l’espionner, voire désirer sa perte. Quand, enfin, à la lueur de la lune, Ansass a rejoint son amante, Murnau va filmer le couple quasiment dans un cadre de pietà. Fardée de blanc et vêtue de noir, la Femme (qui ne sera jamais désignée qu’ainsi dans tout le film) a tout d’un vampire. Tel un Christ descendu de la croix, Ansass, les yeux tournés vers le ciel, est enlacé par la Femme qui resserre son étreinte. Tandis qu’un montage alterné montre les ébats du couple et l’épouse pleurant, La Femme finit par poser ses lèvres, dans un grand sourire, sur le cou offert…

LA GRANDE VADROUILLE.- Alors qu’ils n’avaient qu’une vraie scène ensemble dans Le corniaud (1965), André Bourvil et Louis de Funès ne se quittent plus, l’année suivante, en incarnant le peintre bonhomme Augustin Bouvet et le maestro hargneux Stanislas Lefort devant la caméra de Gérard Oury. Les aventures du tandem mal assorti feront la joie du publlic. La grande vadrouille, avec 17 millions d’entrées, reste le troisième meilleur résultat pour un film français après Bienvenue chez les Chtis et Intouchables.

Grande VadrouilleDans une comédie sous l’Occupation qui ne manque pas de scènes cultes, celle de la déambulation des deux personnages déguisés en soldats allemands de la Feldgendarmerie est d’autant plus savoureuse qu’elle fut largement improvisée.
Dans le décor sauvage du Chaos de Montpellier le Vieux, dans l’Aveyron, Augustin et Stanislas, traînés par les bergers allemands chargés de leur montrer le chemin, sillonnent le paysage, filmé en plan d’ensemble. Les voilà soudain face à un mur de pierres. Un lapin passe par un trou. Les chiens suivent. Gros plan sur les visages de Bourvil et De Funès dans l’orifice. Le premier escalade le mur. Le second va suivre. « Aidez-moi à descendre ! » Et voilà, Stanislas sur les épaules d’Augustin. Et il s’y trouve bien. Il domine la situation. Pourquoi descendre… Alors, dépité, le tendre benêt lâche : « Ca fait trois fois que vous me faites le coup. Mes souliers, mon vélôôô… »

DEADLINE USA.- Ex-journaliste, Richard Brooks s’est pleinement investi dans Bas les masques (en v.f.) car le thème de la liberté de la presse lui a toujours tenu à cœur. En contant les derniers instants du Day, journal libéral de New York, Brooks critique l’Amérique tout en exaltant, sans préchi-prêcha, les valeurs les plus nobles du pays d’Abraham Lincoln. Alors que le journal va être vendu à un concurrent sans scrupules, Ed Hutcheson (Humphrey Bogart dans l’un de ses rôles les plus mythiques), le rédacteur en chef du Day, va livrer, avec ses reporters, un ultime combat : faire tomber Thomas Rienzi, un caïd de la pègre…

Deadline USAGrand film classique et cependant lyrique, idéaliste tout en étant ancré dans le réel, Deadline USA (1952) s’achève par une séquence admirable et tragique. Rienzi, aux abois, téléphone à Hutcheson pour le menacer de mort s’il publie un article sur son compte. Sans doute, pour la dernière fois, Hutcheson se trouve alors dans la salle des rotatives du Day. Il va être 22h30. Rienzi réclame : « Yes or no ? » Un bref instant et Hutcheson, cadré en plan cravate (même si Bogart porte superbement le nœud papillon), fait un signe de tête. La sonnerie retentit. Les rotos commencent à tourner. Hutcheson tend son téléphone. Rienzi est surpris par le vacarme. « That’s the Press, baby, the Press… and there’s nothing you can do about it. Nothing. » C’est la presse et vous n’y pouvez rien. Ultime action d’éclat pour The Day et le quatrième pouvoir.

MELANCHOLIA.- En mai 2011, Lars von Trier est en compétition officielle à Cannes avec son onzième long-métrage. En conférence de presse, le cinéaste danois, interrogé sur ses origines allemandes, dérape sur Hitler et avoue son goût pour l’esthétique nazie d’Albert Speer. Malgré ses excuses, Von Trier est déclaré persona non grata sur la Croisette. Mais Melancholia est maintenu en compétition et Kirsten Dunst obtiendra même le prix d’interprétation. Sans doute le film aurait-il pu prétendre à la Palme mais…
Car Melancholia est un somptueux film de science-fiction qui ne s’en va pas du côté de la voie lactée mais préfère passer par la dimension de l’intime pour évoquer la destruction de la Terre… La séquence d’ouverture, aux accents du Tristan et Yseult de Wagner, est un pur moment de beauté avec ses ralentis et ses images inspirées de tableaux anciens.

MelancholiaAutour de la peur de la mort, la séquence finale est émouvante par sa poésie tragique. Sur une petite butte, Justine (Kirsten Dunst), Claire (Charlotte Gainsbourg) et son fils, Leo, 6 ans, s’installent sous une tente sans toile dont les mâts de bois apparaissent d’une dérisoire fragilité. Avec une caméra portée très mobile, le cinéaste multiplie les gros plans des trois personnages, de leurs mains qui s’étreignent. Aux accents de Tristan et Yseult, la lumière devient de plus en plus bleue. Enfin un plan général révèle la planète Melancholia s’approchant lentement de la Terre, emplissant tout l’écran avant l’apocalypse finale. Fondu au noir.

LA COMTESSE AUX PIEDS NUS.- Extérieur jour. Un cimetière de la Riviera italienne, non loin de Rapallo. En moins de deux minutes et en trois plans, Joseph Mankiewicz ouvre son film, installe le drame et interroge d’emblée l’absence. Au long du film, Il reviendra à huit reprises en flash-back dans ce cimetière…

Comtesse Pieds NusPlan d’ensemble sur une allée où un enfant se tient au milieu des tombes blanches. Grand travelling arrière qui, par un mouvement de grue, passe au-dessus d’un homme, tête nu, en imper sous une pluie battante puis au-dessus d’une série de parapluies sombres pour s’arrêter sur une statue blanche filmée de dos. Travelling avant à travers les parapluies pour arriver, en plan poitrine, sur Harry Dawes, réalisateur américain, qui évoque, en voix off, la comtesse qu’on porte en terre. D’un grand mausolée, panoramique à droite rapide vers la statue de face et travelling avant pour finir en légère contre-plongée. Fondu enchaîné avec un bruyant club espagnol… Harry Dawes qui assiste aux funérailles de la comtesse Torlato-Favrini dans une terre qu’elle ne connaissait pas six mois auparavant, constate, amer,  » La vie se conduit parfois comme si elle avait vu trop de mauvais films… » Mais qui porte-t-on, ici, à sa dernière demeure ? Une comtesse, Maria Damata, une vedette de cinéma à la brève carrière hollywoodienne ou encore une certaine Maria Vargas ?
En 1954, Mankiewicz réunit un duo mythique Humphrey Bogart (Dawes) et Ava Gardner (Maria Vargas) pour quêter le mystère d’une femme…

LA TRAVERSEE DE PARIS.- Plan d’ensemble d’une cave voutée. Contre-plongée sur la porte qui laisse le passage à Jambier suivi de Martin, enfin de Grandgil. Méfiant, Jambier interroge : « Vous êtes sûr de lui ? » Plan d’ensemble sur Jambier et Martin emballant des quartiers de cochon dans des torchons. Grandgil, admiratif : « Voilà un cochon qui n’a pas eu à se plaindre ! » Tandis que Jambier précise la destination du cochon et que Martin négocie le tarif, Grandgil évoque la rue Poliveau et se renseigne : « C’est bien le n°45, ici ? »

Traversee ParisDans la cave, la tension monte. Champ-contre champ sur Grandgil : « M. Jambier, 45, rue Poliveau. Pour moi ce sera 1000 francs » puis sur Jambier et Martin, ahuris. Désormais, c’est Grandgil qui mène l’affaire. Il renverse une boîte de sucre, plante son doigt dans un camembert, éventre un sac de haricots, se coupe une large tranche dans un jambon suspendu… Alors que Jambier veut les pousser dehors, Grandgil, ayant empoigné deux valises, constate : « C’est plus lourd que je ne pensais ! » Et de faire monter les prix… Dans l’escalier, les bras largement ouverts, Grandgil hurle, à tue-tête et à cinq reprises, « Jambier ! »
Western urbain sous l’Occupation, La traversée de Paris (1956) est sans doute le meilleur film de Claude Autant-Lara et une grande interprétation de Bourvil (Martin) et de Jean Gabin (Grandgil) avec De Funès en inoubliable second rôle. Au-delà de la comédie, la très fameuse séquence de la cave dit beaucoup aussi d’une certaine veulerie de l’époque…

NINOTCHKA.- Avec Billy Wilder au scénario, Ernst Lubitsch réalise, en 1939, un fleuron de comédie qui porte clairement sa « touch » et qui recevra un accueil enthousiaste à sa sortie… A Paris, trois agents du ministère soviétique du commerce sont chargés de vendre un lot de bijoux pris à des aristocrates pour acheter des machines agricoles. Le sympathique comte Léon d’Algout, qui a une idée derrière la tête, leur fait découvrir les « charmes décadents » du capitalisme. Débarque alors l’incorruptible commissaire politique soviétique Ninotchka Yakouchova chargée de remettre le trio dans le droit chemin…

NinotchkaLancé par le slogan « Garbo laughs ! », Ninotchka est la première comédie de la Divine. Dans la séquence à laquelle le slogan fait référence, l’avantageux comte d’Algout (Melvyn Douglas) a invité l’inflexible communiste à dîner dans un bistrot parisien. Pleine d’aversion pour cet oisif corrompu, Greta Garbo a le masque et dîne du bout des lèvres. En plan fixe, Algout raconte des blagues qui ne la dérident pas. Alors qu’il se balance sur sa chaise, il s’effondre au sol. Contre champ sur Garbo qui explose de rire. Tout comme les clients alentour. Algout, mécontent, se relève, s’assied à ses côtés. Ensemble, de bon cœur, ils ne tardent pas à éclater de rire.  L’idylle n’est plus très loin.
Star du mélodrame au visage parfait, Greta Garbo avait-elle, à cet instant, perdu le caractère inaccessible qui faisait son mystère ? Qu’importe, Ninotchka est déjà son avant-dernier film.

LA CITE DE LA PEUR.- Quelques journées cauchemardesques au Festival de Cannes pour la (petite) équipe du film Red is Dead, un nanardesque film d’horreur… En 1994, sur un scénario des Nuls (Alain Chabat, Chantal Lauby, Dominique Farrugia), Alain Berbérian met en scène une comédie absurde, loufoque et parfois pipi-caca qui connaîtra surtout son succès au gré des diffusions télévisées. Ce film potache deviendra aussi culte pour certaines de ses répliques dont le fameux « Vous ne préférez pas un whisky d’abord ? »

Cite PeurPendant la conférence de presse du film, Serge Karamazov, chargé de la protection du projectionniste menacé par le tueur à la faucille et au marteau, s’absente aux WC pour cause d’indigestion. Pendant ce temps, le tueur élimine le projectionniste et s’enfuit… Sur la Croisette, au milieu de la foule, s’engage une course-poursuite… La séquence alterne les travellings sur la fuite du tueur et la poursuite de Karamazov (Alain Chabat). Une clocharde poussant un chariot croise leur route. Le tueur l’évite. Karamazov freine à mort et la femme peut traverser le boulevard où elle est instantanément fauchée par un camion. C’est par le son que la séquence devient une parodie des courses-poursuites automobiles chères au cinéma d’action américain. Crissements de pneus, moteurs poussés à fond ou « autoroute » remontée à contre-sens au milieu de… joggeurs. Karamavov décolle aussi, au ralenti, avant d’éclater une chaussure, façon « pneu »… Fin de la poursuite mais pas de l’indigestion…

INDIANA JONES ET LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE.- La légende d’Hollywood veut que la fameuse saga soit née en 1977 sur une plage d’Hawaï où George Lucas parle à Steven Spielberg d’Indiana Smith, un archéologue américain qu’il imagine dans de fantaisistes aventures…

Indiana JonesLa dynamique séquence d’ouverture du film (1981) donne d’emblée le ton. Filmé en plan cravate, un homme en blouson de cuir et Fedora se tient à l’entrée d’une grotte. En contre-champ, une idole inca en or massif. Plan d’Indiana Jones au sourire ravi. Avec un pieu, il enfonce un orifice au sol. Aussi sec, une fléchette vient se planter dans le bois. Gros plans sur les pas prudents de Jones. Plan d’ensemble de la grotte. Travelling avant sur l’idole Chachapoyan. Indiana sort de son blouson un sac contenant du sable. Rapidement, il saisit la statue et bouche son socle avec le sac… Gagné ? Non, des pierres pleuvent autour de Jones en fuite. Un peu naïf, Jones lance l’idole au dernier porteur resté avec lui… et qui s’en va… Il lui faudra sauter par-dessus une fosse, saisir une liane qui se dérobe. Face à lui, une lourde dalle grise descend pour boucher le passage mais Jones réussit à se glisser dessous… Parmi les pièges, il devra échapper à une immense boule de pierre et à une troupe d’Indiens armés de lances et d’arcs… Pire, Jones sera dépouillé de l’idole et ne devra son salut qu’à un hydravion… L’épique thème musical de John Williams s’élève. L’aventure ne fait que commencer !

L’ARRIVEE D’UN TRAIN EN GARE DE LA CIOTAT.- S’il est un plan célèbre dans l’histoire du 7e art, c’est bien celui-là ! D’autant plus qu’il a alimenté la légende. Non, L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat ne figurait pas dans le programme de la fameuse séance du Salon indien du 28 décembre 1895, considérée comme l’acte de naissance du cinéma.

Arrivée Train La CiotatOn ne sait pas, avec plus de précision, si la scène donna lieu à des mouvements de panique chez les spectateurs qui la découvraient. On raconte, en effet, que l’illusion du cinéma était si parfaite que le public effrayé pensa que le convoi allait carrément sortir de l’écran pour l’écraser…
L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat, réalisé en 1895, dure 50 secondes et est composé d’un unique plan (on disait « vue » à l’époque) fixe. Louis Lumière, qui tient la caméra, met en œuvre son expérience de photographe en choisissant d’utiliser notamment la profondeur de champ qu’il est le premier à mettre en œuvre.
Le dispositif fait face aux rails avec, comme point de fuite, le fond droit du champ. Sur le quai, des voyageurs attendent. La locomotive apparaît, avance vers nous et sort du champ à gauche, laissant place aux wagons. Tandis que le train ralentit, le quai s’anime. A l’arrêt du train, les portes s’ouvrent. La foule emplit alors le quai (produisant une belle variété de cadrages), les voyageurs se mélangeant entre ceux qui descendent et ceux qui montent. Certains regardent même avec curiosité l’opérateur activant sa manivelle. Louis Lumière était, il est vrai, connu à La Ciotat…

M LE MAUDIT.- En 1931, Fritz Lang signe son premier film parlant et donne un chef d’œuvre du cinéma allemand qui, en pleine montée du nazisme, propose une interrogation dérangeante sur l’aspect criminel de la société…

Grand moment de cinéma, l’ouverture de M le maudit distille l’angoisse en ne montrant rien du crime. En plongée, une ronde d’enfants chantant une comptine où il est question d’un meurtrier… A l’étage, une mère crie de cesser avec cette maudite chanson. Midi, heure de la sortie de l’école. Le déjeuner est prêt. Le montage alterné de Lang montre successivement l’angoisse grandissante de Mme Beckmann et l’insouciance d’Elsie. Un travelling suit la fillette, jouant avec une balle. Gros plan sur une colonne Morris contre laquelle elle lance sa balle. On y lit « Wer ist der Mörder ? »

M_MauditUne ombre entre à droite dans le champ, sur l’affiche. « Quel joli ballon ! » dit une voix, puis interroge : « Comment t’appelles-tu ? » L’ombre s’est penchée sur l’enfant. Mme Beckmann est de plus en plus inquiète.  Plongée sur un marchand de ballons. L’homme est aveugle. Il fait face à un homme portant chapeau vu de dos et à Elsie de profil. On entend un air de Peer Gynt de Grieg sifflé par l’homme au chapeau. Elsie prend le ballon qu’on vient de lui offrir et sort du champ avec l’homme. Sur son palier, la mère crie le nom de la fillette. Plan moyen sur la balle d’Elsie roulant dans un terrain vague. Contre-plongée sur le ballon de la fillette qui s’est envolé… Le meurtre a été commis. La traque de M peut commencer…

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN.- Elue « meilleure scène de bataille de tous les temps » par le magazine anglais Empire, le débarquement sur la plage d’Omaha Beach, le 6 juin 1944, est évidemment le temps fort de Saving Private Ryan que Steven Spielberg tourne, à partir de juin 1997 et pour quatre semaines, sur des plages… d’Irlande avec plus d’un millier de figurants et Tom Hanks dans le rôle principal du capitaine Miller. Ce capitaine d’une compagnie de Rangers se lance à l’assaut des blockhaus allemands en haut d’Omaha Beach dans un chaos de feu et de sang.

Soldat RyanPour le cinéaste américain, il n’est plus possible, à la fin des années 90, de ne pas montrer la guerre telle qu’elle était réellement sur les plages du D-day. En s’inspirant des fameuses photos réalisée par Robert Capa sur ces mêmes plages, Spielberg met en scène le  débarquement en se tenant au plus près des soldats. La séquence s’ouvre et s’achève sur un gros plan de la main tremblante de Miller puis sur sa gourde qu’il porte à ses lèvres. Longue de plus de 20 minutes, la séquence de la plage est tournée à 90% en steadycam (caméra portée) et privilégie une succession de travellings ainsi que des gros plans sur des soldats tétanisés dans le bruit et la mitraille. Si le réalisme de la séquence est impressionnant, Spielberg n’oublie pas d’en faire du.. cinéma captivant tant par la qualité des interprètes, le rythme du montage, l’élaboration du son ou encore le traitement de l’image par une suppression importante de la couleur…

LA GRANDE ILLUSION.- Au-delà de son intrigue principale (l’évasion de soldats français prisonniers dans une forteresse allemande), le film de Jean Renoir (1937) traite de la lutte des classes. Si sa préférence va assurément à Maréchal (Jean Gabin), l’homme du peuple, le cinéaste réussit pourtant une remarquable séquence en filmant la rencontre entre Boëldieu (Pierre Fresnay) et Rauffenstein (Erich von Stroheim pour lequel Renoir avait une admiration sans bornes). Les deux officiers se sont retrouvés dans la chapelle de la forteresse puis s’installent devant une fenêtre à carreaux.

Grande IllusionEn anglais, langue commune d’aristocrates, ils devisent, avec élégance, de Blue Minnie que Rauffenstein monta au prix du prince de Galles…
Renoir a construit toute la scène en champ / contre champ pour saisir le dégoût de l’Allemand (il était officier de cavalerie, il est devenu… policier), ses malheurs (sa colonne vertébrale brisée le contraint à porter corset et minerve) et l’attention souriante et complice de Boëldieu. Ce dernier interroge d’ailleurs : « Pourquoi m’avez-vous reçu chez vous ? » Et l’Allemand de résumer : « Parce que vous appelez Boëldieu, officier de carrière dans l’armée française et moi, Rauffenstein, officier de carrière dans l’armée impériale d’Allemagne ». Ensemble, ils peuvent convenir : « La fin, quel qu’elle soit, sera la fin des Boëldieu et des Rauffenstein… » Le Français : « On n’a peut-être plus besoin de nous… » et l’Allemand : « Et vous ne trouvez pas que c’est dommage ? » Renoir peut alors réunir les deux officiers dans le même plan avant un rapide fondu au noir. Tout a été dit.

CITIZEN KANE.- Dans son antre de Xanadu, Charles Foster Kane s’éteint en prononçant l’énigmatique « Rosebud » et en lâchant une boule de neige… En 1941, Orson Welles n’a que 26 ans et il signe, pour le compte de la RKO, la plus petite des grands majors, un Citizen Kane qui va être considéré, avec le temps, comme le meilleur film de l’histoire du 7eart. Bien sûr, on peut douter de la validité des classements mais, assurément, cette chronique d’un homme tout-puissant, de ses excès et de ses angoisses, est une œuvre somptueuse. Elle l’est notamment parce qu’Orson Welles, pour sa première réalisation, a su, non pas inventer (ils existaient depuis les origines) mais assimiler et magnifier sans doute des procédés comme la photographie en clair-obscur, les décors plafonnés, les travellings démesurés, les recherches sonores et l’emploi quasi systématique de la profondeur de champ.

Citizen KanePlus bel exemple de la profondeur de champ, la séquence où Tchatcher, futur tuteur de Kane, se pose entre ses deux parents pour décider de son destin. Tandis que la mère signe, le jeune Kane reste à l’extérieur, jouant dans la neige avec sa luge. Cadré dans la fenêtre constamment présente au fond du plan, l’enfant demeure toujours présent, véritable enjeu (innocent) de la rude tractation qui se joue. Mécontent du sort réservé à l’enfant, le père va fermer la fenêtre comme pour isoler Kane. Aussitôt, la mère rouvre la fenêtre, ramenant l’enfant à sa destinée…

LE SECRET DE VERONIKA VOSS.- Lorsqu’il entreprend Le secret …, Rainer-Werner Fassbinder est arrivé au bout de son parcours… Le plus prolifique cinéaste allemand de l’après-guerre donne alors une Trilogie allemande avec trois personnages de femmes (Le mariage de Maria Braun et Lola, une femme allemande encadrent Veronika Voss) qui portent sur leurs épaules la reconstruction d’une Allemagne promise au miracle économique…

Star de cinéma déchue, Veronika Voss est réduite en esclavage par des médecins qui la gavent de morphine contre l’abandon de sa fortune.

Secret Veronika VossPour RWF, Veronika Voss (inspirée de Sybille Schmitz, véritable actrice du temps de Goebbels) n’existe que par l’image que le cinéma a produit d’elle. Alors, dans une lumière très blanche, Veronika Voss (la remarquable Rosel Zech) apparaît d’emblée comme un fantôme… Die Shensucht der Veronika Voss est probablement le plus beau film de Fassbinder. Et le plus brillant dans sa mise en scène. La scène où la star, poings sur les hanches, chante le standard américain Memories are Made of This, repose sur un grand travelling circulaire qui enferme Veronika Voss dans un intérieur surchargé, éclairé aux bougies. De plus, les spectateurs qui l’écoutent, sont, souvent, filmés dans des cadres de fenêtres. D’une atmosphère étouffante et d’une caméra qui vampirise Veronika, émane une douloureuse nostalgie…

VACANCES ROMAINES.- Lorsqu’il tourne Roman Holiday, William Wyler n’a plus fait de comédies depuis 20 ans… Mais son casting lui indique qu’il tient le bon bout. Car voici une ravissante et fine inconnue de 23 ans venue de la danse et de la scène. Elle se nomme Audrey Hepburn et raflera d’entrée l’Oscar de la meilleure actrice pour cette parfaite comédie romantique dont les extérieurs sont tournés à Rome…

Vacances Romaines

Echappant au protocole, Ann, une princesse en visite à Rome, part à l’aventure dans la Ville éternelle et trouve, en Joe Bradley (Gregory Peck), un guide d’autant plus attentionné et bientôt amoureux qu’il est journaliste et qu’il sait tenir un gros scoop. Vacances romaines s’achève par une séquence de pure émotion. La folle journée d’Ann est finie. Redevenue l’héritière coincée dans les fastes princiers, son Altesse royale va répondre aux questions de la presse internationale. Au premier rang, Joe Bradley. Le sourire de circonstance d’Ann glisse sur la foule. Ses traits se figent furtivement en le voyant. Désormais elle répond automatiquement aux questions et Wyler filme l’échange de regards muets entre la princesse et le reporter. Faisant fi du protocole, Ann se fait présenter les journalistes. « So happy, Mr Bradley ! » La poignée de main est un peu plus longue qu’avec les autres… Ann retourne sur son trône. Gros plan sur son visage aux yeux mouillés. Tout le monde se retire. Joe s’éloigne, ému et songeur. Il se retourne une dernière fois. Travelling arrière en contre-plongée. The End.

CAT PEOPLE.- Dans l’une des rares interviews qui existent de Jacques Tourneur, celui-ci se souvient que son Cat People était sorti, en 1942, dans les salles américaines la semaine suivant la sortie de… Citizen Kane. Le « petit » film de la RKO resta à l’affiche treize semaines contre douze au plus grand film de l’histoire du 7e art, lui aussi un produit RKO… Tourneur en jubile encore. Avec La féline (en v.f.), le Français d’Hollywood (1904-1977) raconte l’aventure d’Irena Dubrovna, jeune dessinatrice de mode qui pense être la descendante d’une race de monstres slaves. En visite au zoo, elle rencontre Oliver Reed qui s’éprend d’elle et l’épouse. Mais Irena (Simone Simon, la tentatrice de Gabin dans La bête humaine) est effrayée à l’idée de consommer le mariage. Selon une légende de Serbie, son pays natal, un baiser la transformerait en fauve…

Cat PeopleLorsqu’il entame l’aventure de Cat People, le cinéaste n’a encore jamais fait peur à son public. Il va y parvenir magnifiquement en intégrant le fantastique dans un réalisme du quotidien et en oeuvrant constamment dans une (efficace) suggestion. Dans la plus belle scène du film, Alice (Jane Randolph) nage, un soir, seule dans la piscine d’un hôtel. Lorsqu’elle entend des feulements, elle prend peur… Tourneur fait grimper l’angoisse uniquement par les ombres qui passent sur les murs de la piscine… Enfin, apparaît Irena, qui considère Alice comme sa rivale. Irena n’a rien d’une panthère. Mais lorsqu’Alice revient au vestiaire, l’état de son peignoir la fait à nouveau frissonner d’angoisse…

CINEMA PARADISO.- Giuseppe Tornatore est un prometteur trentenaire quand il signe, en 1988, Cinema Paradiso qui est considéré comme son chef d’œuvre et qui obtiendra tour à tour le Grand prix du jury au Festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger à Hollywood. Au cœur d’un touchant portrait de l’Italie des années 50 à 80, le cinéaste sicilien raconte la rencontre du petit Toto et d’Alfredo, le projectionniste du cinéma Paradiso…

Cinema ParadisoCet hymne à l’amour du cinéma s’achève par une séquence magnifique. Devenu cinéaste de renom, Salvatore Di Vita revient à Giancaldo pour assister aux funérailles d’Alfredo. Son ami lui a laissé un merveilleux cadeau. Toto rentre en effet à Rome avec une boîte métallique de film remise à son intention par la veuve d’Alfredo… Salvatore s’installe, seul, dans une salle aux fauteuils rouges. Le projectionniste envoie la lumière. Petit travelling avant sur Jacques Perrin, l’interprète de Salvatore. D’abord surpris, puis ébahi et ému, il voit défiler sur l’écran un montage de toutes les séquences coupées autrefois par la censure de Don Adelfio, le curé du village… Et c’est alors un florilège de baisers de cinéma qui envahit l’écran devant les yeux mouillés de larmes de Salvatore… Jane Russell, Greta Garbo, Martine Carol, Errol Flynn, Marcello Mastroianni, Gary Grant, Clara Bow, Rudolph Valentino, Toto et Charlot sont au rendez-vous du souvenir. L’ultime clin d’Alfredo à Toto est la plus belle image de l’immortalité du 7e art.

LE DICTATEUR.- En 1940, après avoir beaucoup résisté, Charlie Chaplin passe au parlant. Il va le faire avec un film qui sera son plus grand succès commercial. Alors que les Etats-Unis ne sont pas encore entrés en guerre contre l’Allemagne nazie, Chaplin fait du Dictateur une œuvre qui présente le nazisme comme un danger mortel pour les communautés juives d’Europe, pour l’humanité entière et pour la démocratie. Le cinéaste développe sa satire dans un pays imaginaire, la Tomanie, un régime dictatorial et fasciste dirigé par Adenoïd Hynkel dont un petit barbier juif est le sosie parfait. A la suite d’une méprise, le barbier se retrouve contraint d’improviser un discours devant une foule immense…

Dictateur

L’avant-dernière séquence du Dictateur est entrée au panthéon de l’espoir, de la liberté et de la paix. « Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider, les êtres humains sont ainsi. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas le malheur… » En moins de quatre minutes, les trois plans sont d’une simplicité biblique. Un plan-cravate fixe, un regard caméra de Charlie Chaplin, un court insert sur Hannah pleurant, puis un plan légèrement plus large et un travelling avant sur le barbier emporté par sa fougue humaniste. Ce beau et puissant discours est, aujourd’hui encore, d’actualité.

LE PIGEON.- En 1958, Mario Monicelli ouvre brillamment la voie de la comédie dite « à l’italienne » avec Le pigeon, une comédie mêlant film noir et néoréalisme et qui réunit une distribution de luxe avec Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Toto, Renato Salvatore et une débutante de 20 ans, Claudia Cardinale. D’après une histoire du duo Age et Scarpelli, le réalisateur romain raconte l’aventure d’une bande de bras cassés qui projettent de voler le coffre-fort du mont-de-pieté…

Le PigeonAyant réussi à pénétrer dans l’appartement mitoyen, les cambrioleurs utilisent des meubles et des objets avec lesquels ils forment une colonne entre deux parois, puis ils placent un cric au milieu et le déploient jusqu’à ce que la pression fasse éclater le mur.
Par un plan d’ensemble puis des détails, Monicelli prend soin de décrire le caractère absurde et burlesque de l’installation qui a aussi une forme de révolte sociale puisqu’elle utilise des éléments représentatifs du goût bourgeois. Il pointe enfin le catastrophique amateurisme des voleurs par un plan qui indique qu’il aurait suffi au personnage de Capannelle de passer par la porte de droite pour arriver de l’autre côté du mur.
Quand le mur tombe, les cambrioleurs se retrouvent dans une cuisine où, en guise de seul butin, ils trouvent un plat de pâtes qu’ils dégusteront… Avant de se disperser au petit matin et de retrouver la foule anonyme des travailleurs…

LAST CHANCE FOR LOVE.- Mauvaise journée pour Harvey Shine ! Cet Américain divorcé, créateur de jingles pour la pub, est venu à Londres pour le mariage de sa fille. Mais celle-ci a préféré demander à son beau-père de la conduire à l’autel. Harvey vient aussi d’apprendre qu’il était licencié et enfin il a raté l’avion qui devait le ramener à New York. Dans un bar sans joie de l’aéroport d’Heathrow, Harvey rumine et avale trois scotchs. Et il casse les pieds à Kate Walker assise là et qui tente péniblement de lire son bouquin. « J’ai eu une journée de merde ! » Kate : « Bienvenue au club ». L’Américain déroule alors sa journée et l’Anglaise constate : « D’accord, vous avez gagné ! » Il ne reste plus à Harvey à inviter Kate à déjeuner. Elle refuse lorsque son téléphone sonne. Harvey lance : « Si c’est pour moi, je suis sous la douche ! ». Kate sourit et Harvey pousse son avantage : « Dois-je y voir un signe d’espoir ? » lorsqu’un employé passe un bruyant aspirateur… Une savoureuse scène de séduction qui s’achève sur un petit cours so british de lèvres pincées…

Last Chance For LoveTourné en 2008 à Londres, Last Chance for Love n’est pas le film du siècle. Mais cette comédie romantique distille un petit charme bien agréable. Joel Hopkins filme deux personnages bien dessinés, en l’occurrence deux adultes matures et solitaires qui se demandent s’il est encore temps de prévoir un avenir à deux. Pour incarner Harvey et Kate, Dustin Hoffman et Emma Thompson sont simplement parfaits d’émotion discrète.

PAPY FAIT DE LA RESISTANCE.- Lorsque le film de Jean-Marie Poiré sort sur les écrans en octobre 1983, le public vient rire de bon cœur aux gags imaginés, d’abord au théâtre puis au cinéma par le tandem Martin Lamotte / Christian Clavier. Plus de 4 millions de spectateurs seront au rendez-vous.

Papy RésistanceAlors que le récit s’achève, un travelling arrière révèle un moniteur. L’histoire était un film qui fait place à un débat télévisé contemporain. Une incrustation défile sur l’écran (Pour obtenir SVP, composer pour Paris 787 11 11…) tandis qu’on entend le générique resté célèbre des Dossiers de l’écran. C’est d’ailleurs Alain Jérôme, le vrai présentateur de l’émission, qui est en plateau, entourés de certains protagonistes de l’aventure, maintenant âgés. Bernadette Bourdelle (Dominique Lavanant), le général Spontz (Roland Giraud), Michel Taupin (Christian Clavier) devenu ministre des Anciens combattants, Guy-Hubert Bourdelle (Martin Lamotte) et le fils d’Adolfo Ramirez, venu spécialement de Bolivie… Tous les invités conviennent que le film est un pur navet… Le fils Ramirez affirme que son père n’a fait qu’infiltrer la Gestapo… Le ton monte, Bernadette Bourdelle donne du « Sale Bougnoule ! » à Ramirez et quitte le plateau avec un « Ah, vous faites un beau métier ! » à Jérôme. Sur le plateau, Taupin, Guy-Hubert et Ramirez en viennent aux mains. Les noms d’oiseaux fusent. « C’est le mot de la fin » pour Alain Jérôme qui a du mal à garder son sérieux en rendant l’antenne…

MARIAGE ROYAL.- En janvier 1933, un jeune acteur de Broadway tourne un bout d’essai pour la RKO. Commentaire d’un responsable du studio : « Ne sait pas jouer. Légèrement chauve. Danse à l’occasion ». Habillé pour l’hiver, le bon Fred Astaire (1899-1987)! Mais, au début des années cinquante, le comédien-danseur est au sommet de sa carrière dans la comédie musicale.

Royal WeddingOn dit que le partenaire de Ginger Rogers ou d’Eleanor Powell pourrait danser avec n’importe qui, même avec un porte-manteau ! Pari tenu. Dans Royal Wedding, en 1951, le personnage de Tom Bowen entre dans un gymnase, jette un coup d’œil dans une pièce voisine, pose la main presque par inadvertance sur un porte-manteau. Et soudain, il l’embarque dans des pas virevoltants. Il le suit, le poursuit, le précède, l’enlace et le soulève, le prend sur ses épaules et le balance du bout de la chaussure. Stanley Donen filme le tout en plan moyen, le plan classique du musical… L’élégant Astaire joue avec des barres parallèles, un cheval d’arçon, un punching-ball, jongle avec des masses et revient au porte-manteau qui finira, renversé dans ses bras, comme toutes ses partenaires !
Sunday Jumps, ce solo éblouissant sur une musique de Burton Lane et Albert Sendrey, figure dans toutes les anthologies de la comédie musicale. Dans ses mémoires, Fred Astaire en attribue la paternité au chorégraphe Hermes Pan: « Ce numéro était on ne peut plus difficile à exécuter. Le tout était d’apprendre à manipuler l’objet, son poids n’était pas évident… » 

DEUX HOMMES DANS LA VILLE.- Intérieur, nuit. A pas feutrés, un groupe en costume sombre avance dans une prison. On allume brusquement la lumière dans la cellule de Gino Strabliggi. Réveillé en sursaut, il a compris. En silence, le rituel macabre se déploie. Dans une suite de travellings arrière, entrecoupée de quelques gros plans (le col de chemise découpé, les pieds et les poings liés, le verre d’alcool, la cigarette), le condamné à mort marche vers la guillotine. A Germain Cazeneuve, son éducateur, Gino murmure : « J’ai peur ». Très gros plans sur le regard embué de l’un, terrifié de l’autre. Ultime travelling arrière : le meurtrier d’un policier bascule sur la planche. Le couperet tombe. Noir. Résonne enfin la voix off de Jean Gabin : « Et puis derrière tout ça, y’a une chose que j’ai vue : une machine qui tue… »

Deux Hommes VilleEn 1973, José Giovanni tourne Deux hommes dans la ville. L’histoire d’un ancien braqueur (Alain Delon) qui a purgé dix ans de prison et qui, grâce à l’aide d’un éducateur, réussit à se réintégrer. Mais c’est sans compter sur la traque menée par un flic obsédé par l’idée « truand un jour, truand toujours »… Le cinéaste sait de quoi il parle, lui-même, au sortir de la guerre, a été condamné à la peine capitale pour des faits graves de droit commun avant d’être gracié en 1956 après onze années de travaux forcés. Reconverti avec succès dans le cinéma, Giovanni a, ici, huit ans d’avance dans son plaidoyer cinématographique sur Robert Badinter qui fera abolir la peine de mort en septembre 1981.

CASABLANCA.- Dans le brouillard de l’aérodrome de Casablanca, champ/contre champ mythique entre Rick Blaine et Ilsa Lund aux yeux mouillés. Une belle histoire d’amour impossible s’achève dans le bruit des hélices. Rick coupe court : « Vous allez rater votre avion ! » Tandis que le chef de la résistance tchèque et Ilsa s’éloignent, le capitaine Louis Renault lance à l’Américain : « J’avais raison. Vous êtes un sentimental !» Le policier de Vichy n’arrêtera pas Blaine. Le major nazi Strasser arrive sur le tarmac. Laszlo lui a échappé. Furieux, il n’aura pas le temps de téléphoner pour demander de l’aide. Rick l’abat. Alors que les hommes de Renault déboulent, Rick et le policier échangent, en champ contre-champ, des regards quasiment complices.

CasablancaRenault : « Arrêtez les suspects habituels ». On emporte le corps de Strasser. Renault (Claude Rains) et Blaine sont désormais réunis dans le même cadre. Renault : « Vous n’êtes pas seulement un sentimental, vous êtes un patriote ! »  Et de suggérer à Blaine de ne pas rester plus longtemps à Casablanca. Les Forces françaises libres les attendent à Brazzaville. A leur tour, les deux hommes s’éloignent dans la nuit. Tandis que les accents de la Marseillaise s’élèvent, Rick lâche : « Louis, je pense que c’est le début d’une belle amitié »The End pour Casablanca (1942), immense film-culte de Michael Curtiz. Humphrey Bogart, en trench/feutre ou smoking blanc et Ingrid Bergman radieuse y sont totalement et définitivement romantiques…

LES AVENTURES DE RABBI JACOB.- « Rabbi Jacob, elle va danser ! » C’est ainsi que s’ouvre la séquence la plus célèbre des Aventures de Rabbi Jacob. Dans la rue des Rosiers, au cœur du vieux quartier juif de Paris (la rue sera reconstituée à Saint-Denis), Rabbi Jacob prend un grand bain de foule au milieu d’une population en liesse venue accueillir le vénérable tzaddik… Las, à la suite d’une rocambolesque méprise, c’est Victor Pivert, un industriel français, bourgeois, raciste et chauvin, qui s’est glissé dans le caftan du vrai rabbin venu de New York pour célébrer la Bar mitzva de David, un jeune parent… Cependant Pivert n’a nulle échappatoire… Coiffé d’un chapeau noir, portant caftan et des papillotes, il se lance, d’abord maladroitement puis allègrement, dans une danse hassidique endiablée…

Rabbi Jacob

Grand succès de l’année 1973 avec plus de 7,2 millions de spectateurs, Les aventures de Rabbi Jacob est souvent réduit à cette fameuse danse endiablée imaginée par le chorégraphe franco-israélien Ilan Zaoui sur une musique de Vladimir Cosma inspirée du genre klezmer. Fondateur de la compagnie Kol Aviv, Zaoui (qui a plusieurs fois retravaillé avec Gérard Oury par la suite) s’est appuyé, en les modifiant largement, sur des danses d’inspiration hassidique qui étaient au répertoire de sa troupe. Au départ, la scène de danse ne figurait pas dans le scénario. Oury voulait simplement qu’il y ait un moment traditionnel et, dans une première idée, voyait Pivert/Rabbi Jacob jouer du violon comme un virtuose…

SOMETHING’S GOT TO GIVE.- Ce n’est pas un film… Juste quelques scènes. Rares, donc chères. Surtout au cœur de tous les fans de Marilyn Monroe. Dont je suis…
A la suite de la disparition de son épouse, Nick s’est remarié. Mais Ellen réapparaît. Elle revient au domicile conjugal, rencontre ses enfants qui ne la reconnaissent pas. Pour pouvoir demeurer dans la maison, Ellen se fait passer pour la nounou suédoise des gamins. Un soir, elle prend un bain de minuit dans la piscine. Plan moyen: elle sort de l’onde, (brièvement) nue et superbe… Ultime et précieuse image de Marilyn Monroe, magnifique et éternelle.

Marilyn SomethingC’était en 1962 et George Cukor mettait en scène Marilyn Monroe dans Something’s Got to Give, deux ans après l’avoir dirigée dans Le Milliardaire. L’expérience s’était alors mal passée et le cinéaste n’avait accepté qu’à contre-cœur cette nouvelle mission. Qui se révéla catastrophique. La star est absente ou constamment en retard, prétextant divers malaises. Dans le même temps, la Fox se débat avec le budget du Cléopâtre de Liz Taylor dont les coûts explosent. Le studio ne peut mener de front les deux productions. Le 8 juin, Marilyn est virée et le tournage arrêté. La comédienne va mener une campagne médiatique pour prouver qu’elle est en pleine forme et capable d’achever le film. Dean Martin, son partenaire, déclare qu’il ne tournera avec personne d’autre que Marilyn. La Fox lui propose un nouveau contrat et lui offre le plus gros salaire qu’elle n’ait jamais touché. Quatre jours plus tard, elle meurt dans la nuit du 4 au 5 août 1962.

TAXI POUR TOBROUK.- Les années cinquante- soixante sont une période florissante pour Michel Audiard… Il est au sommet de son art et cisèle des dialogues pour des réalisateurs comme Grangier, Delannoy, Decoin ou Verneuil. Le dialoguiste qui avait de la tendresse pour les chauffeurs de taxi, a l’occasion de développer sa verve en 1961 pour Denys de la Patellière qui tourne un film sur l’absurdité de la guerre dans la Lybie occupée par les nazis en 1942. Le taxi de Taxi pour Tobrouk est en fait une véhicule militaire allemand pris à l’ennemi par un commando perdu. Ils sont quatre soldats français qui vont hériter, en prime, d’un capitaine allemand.

Taxi TobroukC’est l’affrontement verbal entre ces militaires qui va faire le sel et le succès du film. A l’évocation par Von Stegel, l’officier allemand (Hardy Kruger) de son séjour rue Monsieur-le-Prince et du côté du parc Montsouris, le brigadier Dumas (Lino Ventura) constate : « La rive gauche en dehors du Vel’Hiv, c’est que dalle ! » Et comme l’évocation de la capitale se prolonge, le brigadier balance : « Le couplet sur Paris, ça fait deux ans qu’on en croque. Ca revient comme du chou… (…) Dans cinq minutes, y’en a un qui va sortir un ticket de métro ou des photos de la Foire du Trône… » Alors Goldman (Charles Aznavour) rétorque : « Seriez-vous insensible à la nostalgie, brigadier Dudu ? » Et Jonsac (Maurice Biraud) de renchérir : « Grattez un boxeur, un philosophe apparaît. Y’a chez Dudu, un Platon qui sommeille ! » De l’Audiard pur jus !

LES LUMIERES DE LA VILLE.- Lorsque Charlie Chaplin entreprend, au début de 1929, le tournage des Lumières de la ville, il est pris d’une angoisse inhabituelle. Le cinéaste s’inquiète du fait qu’un film muet peut alors paraître anachronique… Du coup, il accepte quelques concessions, en l’occurrence de la musique et des effets sonores. Et il va réussir une comédie lyrique d’un humour et d’une beauté intemporels.

Comme il voulait aussi offrir à Charlot une dimension plus romantique, il va inscrire le vagabond dans une œuvre d’une limpide simplicité : Charlot s’amourache d’une fleuriste aveugle qui le prend pour un homme riche… Pour incarner la fleuriste, le cinéaste a jeté son dévolu sur Virginia Cherrill, une débutante choisie pour sa… myopie. Elle était la seule, selon lui, à pouvoir « paraître aveugle sans être choquante ou repoussante ». Le tournage de la scène de la première rencontre entre Charlot et la fleuriste demanda des semaines de travail.
Lumières de la villeCréateur d’une absolue exigence, Chaplin estimait que Virginia n’était pas jamais assez concentrée. De plus, c’était la première fois qu’il travaillait avec une comédienne pour laquelle il n’avait aucune attirance. La scène figure toujours au Guinness des records pour avoir fait l’objet du plus grand nombre de prises, 342 en l’occurrence !

Mais, trois ans après l’apparition du parlant, Chaplin avait réussi l’impossible : donner un film muet (qui devait clore ce soir la saison du Ciné-Cycles au Palace de Mulhouse) qui rencontrera un immense succès dans le monde entier.

© Photos PLC – DR

JOURNAL DU CONFINEMENT – SUITE  

Confinement Suite

LES CHRONIQUES QUOTIDIENNES DATEES DU 12 AVRIL AU 10 MAI 2020

CONFINEMENT J56.- Dimanche 10 mai : Alors, ça y est ! Nous y sommes… On se souviendra du 11 mai comme d’autres dates qui ont frappé nos mémoires, que ce soit le 11 septembre 2001 ou le 7 janvier 2015. Parce qu’évidemment, il y a un vrai soulagement après plus de 50 jours de confinement. Mais est-ce bien certain, après tout ? Nous avons appuyé sur le bouton Pause et le confinement nous a mis d’abord dans un état de sidération doublé immédiatement d’une montée de l’angoisse. La situation était inédite, les informations parcellaires et le virus probablement partout. Ensuite, parce que l’homme est une machine à habitudes, nous nous sommes installés dans le confinement. Et, peu à peu, il a pu paraître –pas à tous, évidemment- presque confortable. Aujourd’hui, à l’heure d’en sortir, c’est comme s’il s’agissait d’un syndrome de Stockholm. Avec la peur de sortir, de recouvrir la « liberté ». Une liberté sous restrictions. En vert et rouge.
MasqueQue sera le « nouveau monde » ? Comme celui d’avant ? En pire ? La société est boîteuse. Peut-on voir, dans la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, un zeste de jouissance répressive des autorités ? Et l’hôpital public et ses héros, applaudis tous les soirs, vont-ils illico retourner à une médecine gestionnaire ? Mondialisation contre relocalisation ? Un cybermonde anxyolitique ? Est-ce le moment de penser à une vraie économie de partage ?  Pour cause de confinement, la pollution a singulièrement chuté mais, à la faveur de la crise sanitaire, le plastique à usage unique a fait un retour en force.
Même en rouge, nous sommes déconfinés. Mais c’est la fin des bisous à tout-va. Comment faire d’ailleurs avec ces masques qui ne doivent plus nous lâcher de sitôt ? Que de questions.
Un autre 11 mai, cette fois en 1987, s’ouvrait à Lyon, le procès de Klaus Barbie. L’avocat général Pierre Truche, un homme de bien récemment disparu, avait déclaré : « Pour Barbie, l’autre est un danger même si c’est un enfant ». Ah, l’autre. Désormais, il va falloir faire à nouveau avec lui.

CONFINEMENT J55.- Samedi 9 mai : On racontait l’autre jour à la radio que des habitants de grands immeubles tenaient beaucoup à sortir les poubelles et qu’ils râlaient quand d’autres voisins le faisaient à leur place. Une sorte de mystique de l’ordinaire ?

Cet état de fait nous a imposé des comportements nouveaux. Oh, ce n’est même pas tant le rituel de 20h où, à nos fenêtres, nous applaudissons ceux qui veillent à notre santé. Car voilà un geste convivial presque naturel. On n’a jamais autant pris de nouvelles de la famille et des amis. Et puis le confinement a changé nos habitudes vestimentaires même si le jogging et le sweat-capuche auraient fait hurler Karl Lagerfeld. Sans parler de ces messieurs qui ont décidé de laisser pousser leurs barbes au grand dam de leurs épouses ou compagnes. Qui, elles, regardaient blanchir les racines de leurs cheveux… Dans cette période, on a aussi constaté une recrudescence sensible de vente de tests de grossesse… Les agents immobiliers, eux, signalent une demande croissante sur des maisons de campagne. J’ai entendu dire que les poules pondeuses étaient très recherchées aussi.
SpiderLà où le confinement est moins « sympathique », c’est lorsqu’il nous fait songer à un remarquable film de Clouzot. Je parle bien sûr du Corbeau (1943) et de ceux qui donnent allègrement dans la délation : « Allo, la police ! Le type d’en face est déjà sorti deux fois dans la journée pour faire du jogging ! » ou « Allo, la gendarmerie ? Ils font un barbecue et sont au moins quinze sans masques… »
Jamais je n’ai eu les mains aussi propres. Ce qui est plutôt bien quand on les met dans la farine. Qu’on s’est arraché dans les magasins d’alimentation. Il paraît qu’à la boutique des moines trappistes de l’Oelenberg, on trouvait toujours de la T45 et de la T55… Parce qu’on en a échangé des recettes tous ces temps ! Et qu’on en a passé du temps aux fourneaux. Quant aux innombrables parties de Spider solitaire, je n’en parle même pas…

CONFINEMENT J54.- Vendredi 8 mai :  Ah, on pourra dire qu’on s’en sera dévoré du film pendant ces journées, ces soirées et ces nuits de confinement ! C’est drôle d’ailleurs comme la télévision est revenue à de bons vieux reflexes « à l’ancienne » en programmant du cinéma. L’incontournable Louis de Funès est même apparu comme le chevalier blanc des séances anti-morosité. Comme j’ai une collection de dvd qui tient la rampe, je n’ai pas vu si les chaînes avaient programmé les Sissi et les Angélique généralement convoquées quand il s’agit de remplir des créneaux horaires…

De fait, les épidémies et autres catastrophes sanitaires ont aussi donné aux scénaristes, souvent d’Hollywood, la matière de films-catastrophe.
Avec Alerte ! (1995), Wolfgang Petersen racontait une histoire de virus mortel introduit en Californie par un singe importé du Zaïre. Le virus Motaba se propage dans la ville de Cedar Creek et menace tout le continent américain. Premier à pressentir le danger, le colonel Daniels (Dustin Hoffman) va se démener pour empêcher que le virus anéantisse la totalité de la population tandis que l’armée se prépare à raser la petite ville…
ContagionMais on peut aussi remonter dans le temps… On constate alors que ce sont la peste et le choléra qui sèment la peur, la désolation et la mort. Les exemples ne manquent pas, du Nosferatu de Murnau au Hussard sur le toit de Rappeneau en passant par Mort à Venise de Visconti. Mais la palme du film le plus réaliste sur le sujet revient à Steven Soderbergh pour Contagion. Réalisé en 2011 et inspiré par la crise du Sras en 2002, ce thriller, presque documentaire, suggère, notamment, les modes de transmission du virus par des gros plans sur des poignées de portes, des verres échangés, des boutons d’ascenseurs ou des cartes de crédit… Mais surtout, on y voit la panique qui se répand encore plus vite que le virus et les gens qui se battent pour survivre dans une société qui se désagrège… Il paraît qu’on s’arrache le film sur les plates-formes VOD…

CONFINEMENT J53.- Jeudi 7 mai : A l’école, je n’étais pas mauvais en géographie. Je me souviens des grandes cartes cartonnées que les élèves méritants avaient le privilège d’aller récupérer dans je ne sais quelle salle. Aujourd’hui, elles sont très prisées dans les brocantes. A l’époque, on les accrochait au tableau et j’étais capable de distinguer les régions productrices de blé, de citer les fleuves français, de dire dans quelles mers ils se jetaient ou encore de situer les grandes villes françaises… Mais je n’imaginais pas que l’âge venant, je serai à nouveau de retour sur les bancs de l’école.

Cartes ScolairesMais désormais, ce n’est plus mon vieux maître qui me donne la leçon. C’est carrément un membre de l’exécutif qui a endossé (symboliquement, s’entend) la blouse grise. Cet instituteur-là me renvoie au tableau noir. Révision de géographie mais le cours est limité aux départements. Oh, il ne s’agit pas de savoir où se trouve le Loir-et-Cher, la Vendée, les Côtes d’Armor ou la Drôme mais seulement de faire le tri entre les rouges et les verts. Pas trop difficile en somme mais singulièrement anxiogène quand même.
Sur les cartes –elles ne sont pas faites pour ça- on ne pourra pas repérer le fameux « patient zéro », celui qui est à l’origine de toute la contamination. Je me souviens qu’aux temps anciens du sida, on avait montré du doigt un stewart québécois… J’en vois déjà qui, sur la carte bicolore, pointe un coin plutôt à l’est de la France, ni très loin de la Suisse, ni très loin de l’Allemagne, un quartier au nord d’une ville où se serait tenu naguère un grand rassemblement de fidèles. Mais ne nous emballons pas. Pour le « patient zéro », il faudra sans doute attendre encore un peu.
Alors, je préfère encore filer dans les grands espaces d’Into the Wild (2007). Un étudiant brillant y renonce au rêve américain pour une vie aventurière. Aux confins enneigées de l’Alaska, il trouvera une paix spirituelle dans un paradis pur et sain. Ca fait envie, non ?

CONFINEMENT J52.- Mercredi 6 mai : Quel est le point commun entre Sigmund Freud, Achille Zavatta, Stewart Granger, Gaston Leroux, Eugène Labiche, Maximilien de Robespierre, Christian Clavier, Orson Welles, Max Ophuls, Aristide Bruant, George Clooney et Rudolph Valentino ? Alors, l’incorruptible de la Révolution française, le père de la psychanalyse, l’immortel interprète de Jacquouille, le plus grand clown français, le cinéaste de Citizen Kane et celui de La ronde et du Plaisir, l’auteur du Mystère de la chambre jaune et celui d’Embrassons nous, Folleville, le Jeremy Fox des Contrebandiers du Moonfleet, le poète de l’argot et de la chanson réaliste ou le plus célèbre latin lover de l’histoire du 7eart…

StéthoscopeJ’ai gardé pour la bonne bouche le sémillant George Clooney que j’ai réussi, voilà un petit bout de temps, celui où il triomphait dans Urgences, à faire éclater de rire dans un palace parisien en lui demandant de me dédicacer l’emballage flambant neuf d’un authentique stéthoscope. Il s’est exécuté de bon grâce d‘un « To S. with love ». L’objet est, je le sais, précieusement conservé.
Donc… Toutes ces personnalités sont nées un 6 mai. Dans l’absolu, on pourrait s’en moquer comme d’une guigne. Ce qui n’est pas, personnellement, le cas. Puisque je partage cette date avec eux. Je n’y suis pour rien. Tout est de la faute de ma mère. Comme toujours…
Voilà bien les effets prolongés du confinement. On se met à songer à de ces choses. Proprement futiles, n’est-il pas ? Je pense alors à mon cher Brassens qui, dans La Ballade des gens qui sont nés quelque part, chantait tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités… « Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est être habités / Et c’est être habités par des gens qui regardent / Le reste avec mépris du haut de leurs remparts / La race des chauvins, des porteurs de cocardes / Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part… » Ca vous passe un peu l’envie de souffler des bougies…

CONFINEMENT J51.- Mardi 5 mai : Nous sommes tous des Jeffries ! C’est mon ami P.V. qui, astucieusement, fait le lien entre nos vies de confinés et le photographe de presse cloué dans un fauteuil roulant, la jambe dans le plâtre, dans son appartement new-yorkais durant un été chaud… C’est bien sûr dans l’excellent Fenêtre sur cour (1953) du maître Alfred Hitchcock. Sans doute a-t-il plus de chances que nous, le bon Jeff si bien incarné par James Stewart ! Il reçoit régulièrement la visite de sa petite amie, l’adorable et papillonnante Lisa Carol Fremont qui a le charme éclatant de Grace Kelly. Et il peut même se faire masser à domicile par la râleuse Stella (Thelma Ritter). Mais l’analogie entre Jeff et nous s’arrête là. Car ce Jeffries, armé de son téléobjectif, aura, lui, à en découdre avec un certain Lars Thorwald… Je n’en dis pas plus pour ceux qui n’auraient pas encore vu Rear Window. Mais y en a-t-il encore?

Fenetre CourQuand les salles de spectacle rouvriont, comment sera gérée la fameuse distanciation physique ? Des fauteuils en quinconce pour préserver les nécessaires espaces de sécurité ? Mais qu’en sera-t-il du spectateur juste derrière moi et qui éternue ? En Allemagne notamment, ce sont les drive-in qui reprennent vie. Chacun dans sa voiture sur un parking, les images en grand sur l’écran et le son dans l’autoradio. Comme dans American Graffiti (1973) du George Lucas d’avant Star Wars. Mais sans le Coca et les hamburgers…
France Inter consacre, ce mardi, toute une journée à la Culture. C’est capital, la Culture. Comme l’ont rappelé, dans une tribune du Monde, de multiples artistes. Dans son discours à l’Assemblée, Edouard Philippe a oublié le secteur culturel. Quant au ministre de la Culture, son silence est tonitruant. Or le secteur de la Culture, ce sont 1,3 million de personnes qui travaillent pour que nous puissions profiter de théâtre, de cinéma, de musique, d’arts plastiques, d’œuvres numériques. Et qui se demandent de quoi seront fait les lendemains…

CONFINEMENT J50.- Lundi 4 mai :  Dans une semaine, le déconfinement ! Le compte à rebours est lancé. Mais, l’autre mardi, Edouard Philippe nous a quand même bien refroidi. Du côté de l’Alsace, il voit… rouge, très rouge même.

Pour lutter contre l’empoisonnement tant physique que moral qui semble gagner au fur et à mesure qu’on se rapproche du 11 mai, il faut pourtant cultiver simultanément un brin d’optimisme et une forme de rêve adapté aux circonstances.
Lundi, exit l’attestation de déplacement dérogatoire. Mais aura-t-on pour autant envie de se précipiter dehors ? Car fin du confinement ne signifie pas fin du covid. J’ai entendu des oiseaux de bien mauvais augure prophétiser une sortie pour les vieux en… septembre.
Café TerrasseEn attendant, presque malgré moi, j’ai quand même commencé à faire une liste. Boire un café au soleil de la place de la Réunion. Déambuler dans les allées du marché du Canal couvert. Prendre mon petit-déjeuner du samedi chez Tilvist. Retrouver mes copains du lundi soir pour notre cours de gym avec Gisèle. Manger une pizza chez Panettone, rue de l’Arsenal ou du poisson au Bistrot à huîtres, le tout arrosé d’un Rully 1er cru Monopole du Domaine de la Folie. J’hésite. Monter au Tannerhubel et m’asseoir sur la terrasse de la ferme-auberge pour contempler le panorama. Retourner à Unterlinden voir le Retable de Grünewald. Prendre le petit-déjeuner du mercredi avec mes cousins. Pousser jusqu’à Bad Krozingen me plonger dans les eaux chaudes de Vita Classica. Aller voir si Sesi et Vicks, les ours polaires du zoo, filent le parfait amour. Emprunter le parcours sportif du Tannewald. Passer chez Geox m’acheter des baskets pour l’été. Prolonger chez Napapjiri pour trouver une chemisette et un bermuda. Déposer mes capsules de Nespresso à la déchetterie. Embrasser mes petits-enfants autrement qu’en FaceTime. Aller au cinéma. Oui, aller au cinéma.
Ah, quand le plaisir simple de boire un café en ville promet d’être une expérience fabuleuse !

CONFINEMENT J49.- Dimanche 3 mai : En cherchant dans ma bibliothèque un bouquin sur les héros de cinéma et spécialement ceux portant un masque, je suis tombé sur des bouquins consacrés à Marilyn Monroe qui, elle, n’en portait pas. De masque.
Constat rapide: on a beaucoup écrit sur Marilyn Monroe. Enormément même, des « poche » à quasiment des livres d’art. Des essais, des chroniques, des romans (Blonde de Joyce Carol Oates) qui balayent un parcours qui va de la fille nue sur le calendrier rouge à la star suprême en passant par les éternelles supputations sur sa fin tragique. En 2012, sortait chez Stock Monroerama, un étonnant puzzle à base d’entretiens avec ceux qui l’ont côtoyée, comprenant la liste des maisons où elle a vécu, les différentes robes qu’elle a enfilées, des informations sur ses amants, mentors ou amis, des textes d’écrivains offrant leur vision du personnage de Marilyn, des essais sur sa voix grave et sexy…
MarilynPour les amateurs absolus, je signale MM – Personal(La Martinière, 2011) où Lois Banner, historienne et féministe, plonge dans les archives privées de la star, en l’occurrence la Monroe Collection que l’on crut longtemps perdue. Dans deux armoires métalliques, étaient réunis quelque 5000 documents, photos, lettres, télégrammes, cartes de visite, reçus, 400 chèques… On en trouve d’abondantes reproductions pleine page dans ce beau livre (352 pages) qui fait écho à un autre ouvrage, également publié à La Martinière (2008), celui-là sous la plume de Jenna Glatzer. Le plus des Trésors de Marilyn Monroe, ce sont de nombreux fac-similés présentés dans des pochettes en papier cristal. On y trouve des planches-contact de Philip Halsman, une couverture de Foto Parade avec Marilyn jeunette en bikini, le certificat de mariage daté du 19 juin 1942 de Norma Jean et de James Dougherty, la carte de membre de Miss Monroe à la Screen Actors Guild ou encore l’aquarelle d’une rose rouge peinte par Marilyn et dédiée à JFK pour son anniversaire en mai 1962.

CONFINEMENT J48.- Samedi 2 mai : En mai, fais ce qu’il te plaît ! Ben non. Désormais, en mai, c’est : Enfile ton masque et fais ce qu’on te dit de faire. Mardi, Edouard Philippe a prévenu. A partir du 11 mai, nous vivrons dans un régime de liberté… avec des exceptions. Sinon, gare ! Pas envie quand même d’un retour du confinement dès le 15 mai.

Il en est un qui ne verra pas le déconfinement, c’est Robert Herbin, alias le Sphinx. Il est parti l’autre jour, à 81 ans, rejoindre le vert paradis. Et comme le temps est au covid, on a cru bon de nous préciser que l’homme à la tignasse rousse n’est pas mort de cela… Herbin, c’était la belle époque de l’AS Saint-Etienne… Celle de la finale de la Coupe des clubs champions 1976.
A Glasgow, les Verts surclassent, dans le jeu, le Bayern de Beckenbauer. Mais ce sont les Bavarois qui l’emportent 1-0. Et la France du foot râle contre les poteaux carrés d’Hampden Park qui ont repoussé deux fois la patate de Bathenay et la tête de Santini… Des poteaux carrés que l’ASSE a, un jour lointain, racheté à Glasgow pour les mettre dans son musée.
Looking for EricA la différence de la boxe, sport qui passe le mieux au grand écran (ah, Raging Bull ou Nous avons gagné ce soir !), le football, malgré de nombreuses tentatives, est réduit –artistiquement- à la portion congrue. Pour trouver, au cinéma, du foot à se mettre sous la dent, il faut se lever matin. Surtout pas Escape to Victory (1980) malgré Huston derrière la caméra et Pelé devant ou encore Les rois du sport (1937) avec Fernandel en gardien de but… C’est à un vrai amateur de foot anglais que l’on doit sans doute le film plus original sur la passion du ballon rond. Supporter du petit club de Bath City, Ken Loach a raconté, en 2009 dans Looking for Eric, l’aventure d’Eric Bishop, un postier de Manchester plutôt déprimé par sa vie privée. Dans ses moments de détresse, il a des pensées suicidaires. Ses hallucinations lui valent alors la visite de son héros, le footballeur Éric Cantona. « Canto » en fantôme… philosophe, un petit bonheur cinéphilique !

CONFINEMENT J47.- Vendredi 1er mai : C’est vrai, je n’ai pas raté une miette de la déclaration télé de mardi d’Edouard Philippe. J’ai préféré la Chaîne parlementaire LCP plutôt que BFM-TV. Allez savoir pourquoi… De toutes manières, j’écoute de moins en moins les infos. Parce que je connais désormais par cœur les annonces officielles sur les gestes-barrière et parce que les débats, les comptes de malades et de victimes, les atermoiements sur les moyens à mettre en oeuvre commencent à me courir sur le haricot. Tout juste, serais-je tenté d’écouter les interventions du « docteur » Trump dont les délires seraient à se tordre de rire s’ils n’étaient pas gravement pathétiques et terriblement consternants.

J’avoue que j’ai quand même entendu, l’autre matin, Marie-Pierre Planchon, la madame météo de France Inter, me gratifier du charmant proverbe : « D’avril, les ondées font les fleurs de mai ». Côté bilan météo d’avril en Alsace, on a compté les ondées sur les doigts d’un tiers de main. Ce n’était qu’un demi-mal puisque cela a permis qu’on descende quotidiennement au jardin pour arroser les plantes…
ZorroDans le monde d’avant, à cette période de l’année, on se disait : « Tu fais quoi, cet été ? » Là, on se demande si on ira à la mer, si on pourra se baigner, si l’hôtel des Bains sera ouvert et comment on fera pour garder les bonnes distances dans la salle du restaurant. Et, tiens, faudra-t-il toujours porter des masques ? Le masque, même alternatif, aujourd’hui, est un outil de santé. Dans notre jeunesse, c’étaient les personnages de cinéma qui portaient des masques. Je me souviens d’Alain Delon dans La tulipe noire (1964) et évidemment de Batman dont le masque noir avait le don d’inspirer la peur chez ses ennemis. Mais le héros masqué de ma jeunesse, c’est Zorro ! Oui, celui de Disney avec le gentil sergent Garcia, Bernardo, le serviteur muet, le méchant Monastorio et Tornado, le beau cheval noir. Et Zorro, lui, réglait tous les problèmes à la pointe de l’épée…

CONFINEMENT J46.- Jeudi 30 avril : Les effets de la crise que nous vivons sont parfois surprenants. Ainsi, l’édition papier de Voici aurait été suspendue en avril. N’étant pas un lecteur assidu de ce magazine people, je dois dire que ça ne me fait ni chaud, ni froid. Les paparazzis sont au chômage. Forcément ! On peut bien faire une photo de vedette confinée et venant sur le balcon de son domicile mais ça ne va pas bien loin. Et surtout, ça ne fait pas vraiment vendre…

Les stars, on les attend plutôt sur l’écran noire de nos nuits blanches. Mais là aussi, elles se font rares. Pour cette année, c’est quasiment certain maintenant, il faudrait se passer du tapis rouge cannois. Le Festival avait prévu de se tenir fin juin-début juillet mais ses organisateurs ont fait comprendre que ce n’était plus une option jouable… Cependant ce pilier majeur de l’industrie du cinéma n’entend pas baisser les bras et veut montrer l’importance que le cinéma a dans nos vies. François Aymé, le président de l’AFCAE, association des cinémas d’art et d’essai, lui, s’inquiète des habitudes –plateformes et petits écrans- amplifiées pendant le confinement. Et il interroge : « Le modèle industriel anglo-saxon d’une consommation compulsive de flux d’images va-t-il encore laisser une vraie place à une alternative artistique, internationale, diverse et attrayante ? » L’exploitation française va avoir une sacrée mission : amener les spectateurs à se « déconnecter » et à sortir de chez eux pour aller voir un film…
WeegeeA propos de chasseurs d’images, voyez L’œil public(1993), un film peu connu d’Howard Franklin. Au-delà de son agréable côté série B, ce thriller évoque la personnalité d’Arthur Felig (1899-1968) célèbre, sous le nom de Weegee, pour ses photos nocturnes de New York. En 1938, Weegee était le premier et seul photographe branché sur la radio de la police. Ce qui lui permettait d’arriver très vite sur les lieux des crimes et des drames pour réaliser des instantanés saisissants. Un maître du reportage !

CONFINEMENT J45.- Mercredi 29 avril : C’est la saison… On peut manger des fraises qui sont gôuteuses et qui ne viennent pas du Chili ou du Kenya. Sur l’emballage de celles qu’on a trouvé chez un maraîcher de la banlieue mulhousienne, figurait, comme provenance, Saint Sorlin en Valloire. J’ai cherché. C’est dans la Drôme des collines, pas très loin d’Epinouze, de Châteauneuf de Galaure et de Hauterives où le facteur Cheval a construit son Palais idéal… Bel endroit –visité l’été dernier- qui atteste de la foisonnante « folie » créatrice d’un étonnant maître de l’art brut. Et qui doit, aujourd’hui, être fermé comme tous les lieux de culture.

FraisesLes fraises de Saint Sorlin étaient des Magnum, une variété de belle taille qui se savourait allègrement. Tandis que la radio m’apprenait que les fruits et légumes ont augmenté de 9% depuis le début de la crise, je songeais à ces routiers qui assurent toujours leurs livraisons. Voilà quinze jours, on pouvait entendre des oiseaux de mauvaise augure annoncer que ces routiers allaient s’arrêter de nous livrer. Aujourd’hui, il n’en est rien. Et ce, malgré des conditions de travail dégradées. Peuvent-ils utiliser les aires d’autoroute ? Pour simplement y faire un brin de toilette, prendre une douche ? Peuvent-ils trouver à se sustenter, autrement qu’avec des sandwiches, sans doute sans grand goût ? Ah, ils ont du mérite de nous amener des fraises dans nos assiettes confinées…
Qu’en est-il des autoroutes aussi ? Quasiment désertes, on imagine. Survolées sûrement par des hélicoptères de la gendarmerie à la recherche de déconfinés sans autorisation filant vers d’amènes campagnes…  On ne doit plus y voir tous ces camions immatriculés SK, PL ou LT contre lesquels on pestait quand ils nous empêchaient de dépasser en se doublant… C’était dans le monde d’avant. Dans son Dictionnaire amoureux de l’Inde, Jean-Claude Carrière écrivait : « On peut aussi prendre son temps, choisir les saisons et les heures creuses. Préférer les sentiers aux autoroutes. C’est comme l’amour en fin de compte. Les grands circuits sont les mêmes pour tous. Mais chacun peut y préférer, ici ou là, sa petite chapelle. »

CONFINEMENT J44.- Mardi 28 avril : « Le virus va continuer à circuler parmi nous. Ce n’est pas réjouissant mais c’est un fait ». Edouard Philippe ne l’a pas exprimé de cette manière à la tribune de l’Assemblée nationale mais la prudence était bien présente dans ses propos. Et le constat est simple. Le déconfinement ne sera pas l’occasion de tout basculer par-dessus bord pour reprendre les choses comme dans le monde d’avant…

Alors, devant la représentation nationale, le Premier ministre en a appelé au civisme et à la discipline des Français. Car le succès du déconfinement passera bien par cette nécessité de protéger la France : « Un peu trop d’insouciance, dit Edouard Philippe, et l’épidémie reprendra. Trop de prudence et c’est le pays qui s’enfonce… »
Edouard PhilippeFallait pas rêver ! Mais en avions-nous vraiment l’intention ? On se doute bien que la poursuite du confinement peut avoir des effets délétères mais le déconfinement doit, lui, se faire progressivement et… géographiquement. Et là, si les indicateurs sanitaires ne sont pas bons, on ne déconfinera pas le 11 mai. On attendra donc le point quotidien du Directeur général de la santé sur les départements « verts » et les départements « rouges » pour savoir à quelle sauce, nous goûterons ou pas ce déconfinement.
En une bonne heure, le Premier ministre a présenté une stratégie qui repose sur le triptyque Protéger-Tester-Isoler. Les gestes-barrière comme la distanciation physique (plutôt que sociale) restent de mise et le masque sera quasiment incontournable. A partir du 11 mai, on va aussi tester et isoler. Et Edouard Philippe d’appuyer sur le fait qu’il s’agit d’une mise à l’abri et non d’une sanction… Bref, cette séance télé dans l’après-midi confiné était assez incontournable. Qu’il s’agisse de l’école, des entreprises, des commerces, des transports et la vie sociale, on n’est pas sorti de l’auberge… Une chose est claire, je ne suis pas encore sur le point de me tremper les doigts de pied dans la Grande bleue…

CONFINEMENT J43.- Lundi 27 avril : Le lundi matin, évidemment à la première heure, j’arrache le petit onglet en papier en bas à droite de mon agenda (oui, j’ai un agenda à l’ancienne donc en papier et j’aime ça) et cela m’amène sur la nouvelle semaine… Las, les colonnes sont désespérement vides. Rien ! Si, des rendez-vous barrés d’un trait de crayon. Une invitation à dîner chez amis, une nouvelle expo à voir, des spectacles à la Filature, une Vie parisienne à l’Eden de Sausheim… Cela dit, j’ai entendu, dans C’est dans l’airsur France 5, que 67% des Français déclaraient vivre bien le confinement. Evidemment, on se demande ce que pensent les 33% restants de ce sondage IFOP. D’autant que les commentateurs notaient que le pourcentage des « satisfaits » était quand même en baisse par rapport aux semaines précédentes. Les sondages sont là pour cela : nous faire parler…

Amelie PoulainPour parler, parlons plutôt d’un film qui fait du bien. Je pense à cette comédie colorée et lumineuse qu’est Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. En 2001 (on se souvient que le film rassembla 8,6 millions de spectateurs en France) Jean-Pierre Jeunet raconte l’histoire d’Amélie qui, tournant le dos à la solitude, va se mêler de la vie des autres afin de dispenser le bien autour d’elle. Petit Zorro des temps modernes, Amélie incarnée par Audrey Tautou, gâte les gens simples et gentils au détriment des riches et des méchants. C’est tellement romantique mais tellement bon…
Enfin, vous avez remarqué comme moi que les formules de politesse des messages dans nos boîtes mail avaient évolué depuis le début du confinement. Aux amicaux « Bien à toi » ou aux plus convenus « Bien cordialement », a succédé un « Prenez soin de vous ». Evidemment, les « Bises », « Gros bisous » et autres « Schmutz » ne sont plus de saison. Donc, en ce début de semaine, j’y vais aussi de mon « Prenez soin de vous ». Et je n’oublie pas, en plus, de me laver régulièrement les mains.

CONFINEMENTJ42.- Dimanche 26 avril : Autrefois, en Alsace, le repas dominical, c’était lapin et nouilles. Je me souviens encore des grands disques de fine pâte reposant sur un bout de drap blanc posé à cheval sur le dossier d’une chaise. Ces disques séchaient là en attendant d’être finement tranchés et cuits à l’eau bouillante. En cette période, c’est plutôt les asperges qui sont sur la table. Elles viennent d’Alsace et, si, dans la région, on les mange quasiment brûlantes, j’ai appris –comme on le fait, par exemple à Lyon- à les déguster froides, accompagnées d’une légère mayonnaise maison… Elles restent délicieuses et participent d’une délicat plaisir gastronomique…

RamenLe cinéaste singapourien Eric Khoo ne dit pas autre chose quand il constate : « J’ai toujours été fasciné par la nourriture et par le rôle qu’elle joue dans nos vies. Je crois sincèrement que la cuisine définit qui nous sommes et permet de rassembler les gens en toutes circonstances ». Pour se rassembler, il faudra attendre encore un peu mais on peut aisément goûter La saveur des ramen, son dernier film réalisé en 2018, histoire de Masato, jeune chef de ramen au Japon qui a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le gout des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant… En entreprenant le voyage culinaire de sa vie, il va mettre à jour des secrets familiaux profondément enfouis… On peut aussi en profiter pour découvrir la grande histoire des ramen, cette soupe apportée au Japon à la fin du 19e siècle par des commerçants chinois. Il n’y a pas une recette de ramen mais beaucoup. La base, ce sont les nouilles dont le client choisit la cuisson (fondantes, normales ou al dente) et ensuite le bouillon dont on connaît quatre catégories : shoyu (au soja), tonkotsu (à l’os de porc), shio (au sel) et miso (à la pâte miso). On peut ajouter des tranches de porc, des feuilles d’algues, des oignons verts, des œufs mollets, des pousses de bambou, des champignons noirs, du gingembre. J’en salive déjà!

CONFINEMENT J41.- Samedi 25 avril : Vous connaissez sûrement cette pratique certes ludique mais bien addictive qui consiste à se promener sur Youtube. Une activité que le confinement encourage. De fait, on a tout le temps pour le faire et du temps, il en faut. On commence quelque part, par exemple, revoir les buts de la finale de la Coupe du monde 2018 (ah, la frappe de Pogba !) et puis on se retrouve à écouter La Paloma entonnée par Hans Albers. De là à sauter à Marlène Dietrich et Lili Marleen, il n’y a qu’un air. Puis je tombe sur Zarah Leander chantant « Der Wind hat mir ein Lied erzählt… » Et ce vent qui lui raconte une histoire, elle l’interprète dans La Habanera, un film de 1937 dû à un certain Detlef Sierck qui deviendra célèbre, quelques années plus tard à Hollywood, sous le nom de Douglas Sirk, comme maître incontesté du mélodrame flamboyant…

Zarah LeanderDans ce drame exotique en noir et blanc censé se passer à Porto Rico et tourné aux Canaries, Zarah Leander apparaît derrière une plante de studio et on accroche à sa voix grave, presque rauque et à sa manière de rouler les r… Au-delà du fait que La Habanera parle d’une… redoutable épidémie de fièvre portoricaine, cette aventure sentimentale qui mêle, pour une Suédoise amoureuse d’un bellâtre local et macho, le charme du Sud et le mal du pays, est sans doute le sommet de la carrière de Zarah Leander. Cette comédienne et chanteuse suédoise (1907-1981), aujourd’hui passablement oubliée, a été une star très populaire. En 1936, elle obtint un contrat aux mythiques studios de la UFA à Berlin et va devenir l’égérie du cinéma du 3e Reich. Dans l’Allemagne nazie, elle incarne le rôle refusé par Marlène Dietrich, celui d’un modèle de femme sensuelle et fatale, contrepartie artistique de la « femme aryenne ». En 1942, l’année où Die grosse Liebe fit le record d’entrées de tout le 3e Reich, Leander commença à prendre ses distances avec le régime nazi. Elle n’avait jamais adhéré au parti, ni pris la nationalité allemande et avait obtenu de se faire payer 53% de ses cachets en couronnes suédoises…

CONFINEMENT J40.- Vendredi 24 avril : Perdre les pédales par temps de confinement… On est en droit de le penser quand on songe aux récurrentes attaques menées contre Bill Gates sur les réseaux sociaux. Car, à en croire ceux qui s’en prennent, avec une constance qui effare, au fondateur de Microsoft, le malheureux Gates est responsable de la pandémie qui frappe la planète. Pourquoi ? Tout simplement parce que le milliardaire américain entend bien en prendre le contrôle et réduire la population mondiale. Et quoi de mieux pour la mettre sous sa coupe que d’organiser, mieux d’inventer ce virus qui frappe le globe ? Bill Gates et son épouse Mélissa financent, grâce à leur considérable fortune, de nombreux programmes de recherche médicale, notamment dans le développement et l’accès aux vaccins dans le monde. Il n’en faut pas plus aux tenants du grand complot pour voir, derrière cet investissement humain, la main du gouvernement fantôme des mégariches de la planète. Rumeur, évidemment Mais le drame de la rumeur, c’est son caractère lancinant et répétitif. Faire taire une rumeur est quasiment mission impossible. Le seul fait de démonter une rumeur l’alimente encore…  Qui a dit, déjà, que seule la connerie humaine donnait une idée de l’infini ?

Rumeur WylerLa rumeur, c’est justement le titre (français) d’un film de William Wyler. En 1961, le Mulhousien d ‘Hollywood réunissait Audrey Hepburn et Shirley MacLaine dans un drame aux allures de thriller (The Children’s Hour en v.o.) qui dénonce l’hypocrisie d’une frange de la société américaine adepte de la chasse aux sorcières. Amies depuis les bancs de l’université, Karen et Martha ont réalisé leur rêve en ouvrant, dans une région huppée des Etats-Unis, un pensionnat privé de jeunes filles. Leur belle entreprise va être mise à mal par le machiavélisme d’une écolière tourmentée dont les mensonges seront le début d’un engrenage funeste…

CONFINEMENT J39.- Jeudi 23 avril :  C’est quand même étrange comme cette crise sanitaire perturbe les repères de la vie quotidienne… Voilà cinq bonnes semaines que je n’ai pas sorti la voiture du garage. L’autre jour, je suis allé faire tourner le moteur, histoire de voir. J’ai vu que l’ordinateur de bord m’imposait de faire une révision sous dix jours. Je veux bien mais mon garagiste est-il seulement ouvert ? Pour le reste, j’ai entendu que le prix du baril n’avait jamais été aussi bas. Sans être une lumière en économie, on se doute bien que les automobilistes n’ont pas de raison de faire la queue aux pompes. Manque de clients = prix en baisse ? Les économistes me feront la leçon, je compte sur eux. En attendant, je me dis que ça vaudrait peut-être le coup d’aller jusqu’à la station-service pour faire un plein à bon prix… Parce qu’après le déconfinement, je prends les paris : le prix à la pompe va joyeusement décoller…

ShiningComme je le disais l’autre jour à propos de l’horreur cinématographique pour brûler des calories, j’ai revu Shining. Le Kubrick tient toujours bien la rampe. Mieux, il paraît même d’une singulière actualité.  Reçu par la direction de l’hôtel Overlook quelques heures avant la fermeture de l’établissement pour cause d’hiver approchant, Jack Torrance, le nouveau gardien, est briéfé (la séquence démarre à 7’30) sur ce qu’il aura à faire. Au passage, on tient quand même à l’informer que, durant l’hiver 1970, un certain Charles Grady avait travaillé de la hache pour massacrer, sur place, sa femme et ses deux filles. Les enquêteurs et les médecins de l’époque avaient mis ce terrible dérapage sur le compte du… mal d’enfermement ! Une forme de claustrophobie qui se manifeste quand les gens sont enfermés trop longtemps ensemble… Avec un large sourire, Torrance, un Jack Nicholson au sourcil majuscule, avait trouvé que c’était « une drôle d’histoire » et prévenu qu’« une pareille chose ne lui arrivera pas ». On connaît la suite… J’en frissonne encore !

CONFINEMENT J38.- Mercredi 22 avril : Le mercredi, c’est cinéma. Enfin, c’était… Et le président l’a bien dit dans sa dernière allocution télévisée. On reparlera de déconfinement dès le 11 mai mais une chose semble sûre : les restaurants, les bars, les salles de spectacle et les cinémas ne rouvriront pas leurs portes ce jour-là… Selon une étude réalisée fin mars par Vertigo Research (via Box Office), « aller au cinéma » manque déjà à 52,2% des Français.

Pour les salles, c’est évidemment réconfortant de le savoir et… rageant car la fréquentation des salles avait été record en 2019 avec 213 millions de spectateurs, soit l’une des meilleures années depuis 50 ans. Et l’année 2020 semblait se présenter sous de bons auspices aussi.
Dans l’étude Vertigo Research (réalisée en ligne sur « un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population française âgé de 15 ans et plus »), on demandait quel film était le plus attendu… post-confinement ?

NO TIME TO DIE 007A ce petit questionnaire, le fantastique et l’aventure sous toutes ses formes se taillent la part du lion… Les amateurs de cinéma attendent en effet Black Widow avec Scarlett Johansson en espionne quasiment invincible mais aussi Wonder Womanou encore la combattante (dissimulée en homme) de Mulan sans oublier le retour de Donnie Yen dans Ip Man 4, le dernier opus de la mythique saga d’arts martiaux… On peut y ajouter une touche de zombies coréens avec Peninsula et une errance onirique avec Pour l’éternité de Roy Andersson…
Mais incontestablement, en tête des attentes, vient Mourir peut attendre. James Bond a quitté les services secrets et coule des jours heureux en Jamaïque. Mais sa tranquille retraite sera de courte durée. Son vieil ami Felix Leiter de la CIA l’appelle à l’aide… Bientôt 007 se retrouvera aux trousses d’un mystérieux ennemi détenant de redoutables armes technologiques… Prévu pour le 8 avril, l’ultime tour de piste de Daniel Craig aura lieu le 11 novembre prochain. Il pourra s’en passer des choses d’ici là…

CONFINEMENT J37.- Mardi 21 avril : C’est un truisme de dire qu’on se rapproche chaque jour un peu plus de ce 11 mai tant attendu. Même si on ne sait toujours pas très clairement à quelle sauce ce déconfinement progressif et sélectif va nous être servi. En attendant, je suis sorti en fin de semaine pour faire quelques courses. Oh, juste un petit saut jusqu’au drive de Leclerc où j’ai retrouvé, avec plaisir, les mêmes employées souriantes. Toujours là et fidèles au poste. On ne louera jamais assez les petites mains qui tiennent la baraque en ces temps détestables.

En attendant, j’ai eu l’impression que le déconfinement avait comme du plomb dans l’aile. Dans l’avenue d’Altkirch, tandis que les voitures circulent à nouveau (presque) comme avant, j’observe que la boucherie David, longtemps close, a rouvert la boutique. Le garagiste du parking Stoessel, qui avait tiré son rideau depuis un long moment, l’a remonté… Comme si la reprise de la circulation en était la cause, j’ai été contrôlé par la maréchaussée. Le véhicule banalisé –mais avec deux girophares bleus qui ne laissaient aucun doute- était arrêté au milieu du boulevard et contrôlait les autos remontant en sens inverse. Une vitre entrouverte, un coup d’œil précis sur l’attestation de déplacement dérogatoire, cherchant précisément l’heure de sortie, un autre à la carte d’identité tendue. Et, hop, circulez ! Au suivant. Merci, Messieurs…
Horreur

Une étude établie par l’Université de Westminster a démontré que regarder des films d’horreur permet de brûler des calories. Cela en raison d’une forte montée d’adrénaline. Le travail du docteur Mackenzie a permis de mesurer que la peur et la poussée d’adrénaline permettent de brûler jusqu’à 184 calories en 90 minutes (soit la longueur moyenne d’un film) soit autant qu’en marchant une demi-heure !  Pour le coup, j’ai bien envie de revoir Shining

CONFINEMENT J36.- Lundi 20 avril : La révolte gronde, mes amis ! Les vieux montent au créneau… Ah tiens donc, nous maintenir confinés jusqu’en décembre 2020, comme l’a suggéré Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Et pourquoi pas ! Faudrait pas qu’elle me tombe sous la main, celle-là… Le sang soixante-huitard des baby-boomers n’a plus qu’à faire un tour ! Sous les pavés, la plage. Bon d’accord, ça va être compliqué de dépaver la moquette de nos appartements confinés. Dans les médias, on ne parle plus que de nous, les anciens, les seniors, les tempes blanches, les vieux donc. Dans son discours de lundi dernier, le président Macron l’avait dit à demi-mot. Les vieux attendront de sortir. Depuis, il semble bien qu’il ait mis de l’eau dans sa tisane et en appelle désormais à la « responsabilité individuelle » de chacun. Tu parles, il fallait illico éteindre l’incendie. Le vieux est aussi un électeur en puissance. Ah, c’est sûr, l’excellent professeur Delfraissy n’est pas « politique » quand il affirme, sur un ton quand même péremptoire, que 18 millions de personnes au-dessus de 65 ou 70 ans resteront bouclés en attendant qu’on trouve peut-être un médicament préventif. Dans 18 mois, au mieux ? Et Alain Minc, proche, dit-on, du président, d’interroger : « Les vieux sont-ils plus contagieux ? Non. Les vieux sont-ils plus fragiles face au Covid-19 ? Oui, mais c’est leur liberté d’assumer ce risque. » Chérie, fais les bagages, on part à la campagne !

QuartetPour adoucir notre confinement, je vous suggère de regarder Quartet, le seul film à ce jour réalisé par Dustin Hoffman, la star de Marathon man, du Lauréat ou de Rain Man. L’action se se situe à Beecham House, une maison de retraite pour musiciens au cœur de la campagne anglaise. Chaque année, trois pensionnaires, anciens chanteurs d’opéra, organisent un concert pour célébrer l’anniversaire de Verdi mais l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire, ex-diva grincheuse, va tout chambouler… Une comédie qui incite à l’optimisme. C’est bien ce qu’il nous faut.

CONFINEMENT J35.- Dimanche 19 avril : Tous les jours, vers 13h quand il fait beau -et il fait beau, par bonheur- je remarque une jeune femme, dans un immeuble situé plus loin mais assez à portée de vue néanmoins, qui s’installe sur le rebord de sa mansarde, le dos contre le chambranle. La fenêtre est ouverte. Elle porte un haut sans manches et un short. Elle ne craint pas le vide. Pas de souci de vertige. Sur ses genoux ramenés vers elle, elle a posé un livre dont elle tourne doucement les pages. Pour profiter du soleil, elle change, de temps en temps, de côté… Et puis, au bout d’un moment, elle disparaît de sa fenêtre. J’aimerai bien savoir ce qu’elle lit et qui retient si bien son attention.

Romy SchneiderJe me souviens d’un film qui s’intitulait Une femme à sa fenêtre. C’était avec Romy Schneider, une réalisation de Pierre Granier-Deferre qu’il avait tiré, en 1976, d’une œuvre de Pierre Drieu la Rochelle. Même si le duo Romy Schneider-Philippe Noiret ne manquait pas d’allure, ce n’était pas une date majeure dans la carrière de l’ex-Sissi. Un autre film, lui très oubliable, de Romy Schneider, en l’espèce Un amour de pluie, demeure pourtant une lumineuse expérience. C’était en 1973 et nous étions partis, de très bonne heure, avec mon ami Daniel Schmitt, photographe émérite, pour le Club Med de Vittel. C’est là que Jean-Claude Brialy mettait en scène les aventures d’une mère et de sa fille de 15 ans en cure dans une ville d’eau, sur fond d’amours de l’une et de l’autre. On ne fera pas offense à Brialy en disant qu’il n’était ni Visconti, ni Bergman. Mais nous n’avions d’yeux que pour Romy Schneider. Lorsqu’elle sortit rapidement de l’hôtel, nous ne l’avons pratiquement pas reconnue. Elle entra vite dans une caravane, servant de loge… Et lorsqu’elle en émergea, le moteur de l’appareil photo du reporter photo de L’Alsace crépita à gogo. Pantalon blanc, chemisier blanc noué sur le ventre et casquette blanche, elle rayonnait de beauté. Les stars ont quelque chose. Elle l’avait. Et nous l’avons regardée à l’œuvre toute une journée…

CONFINEMENT J34.- Samedi 18 avril : Je préviens d’entrée : cette chronique est tirée par les cheveux. Mais on peut couper les cheveux en quatre, rien n’y fait. Le confinement, c’est l’horreur pour toutes celles qui, chaque semaine, s’en allaient chez leur coiffeur pour un coup de peigne et, tous les mois, pour une couleur. Car les salons sont clos, les cheveux en bataille et les racines de plus en plus blanches. Ah, ça va être une bataille dès le 11 mai ! Il faudra se lever matin pour avoir son rendez-vous successivement chez la technicienne pour la couleur et chez la coiffeuse pour la coupe. C’est sûr, ces dames ne seront pas trois pelées et une tondue et ça risque de se crêper le chignon. Ou alors, on est de mèche avec son figaro et on coiffe toutes les clientes au poteau.

Il est vrai qu’avec ma coupe (travaillée à la tondeuse), j’arrive comme un cheveu sur la soupe. Mais j’espère que toutes les mal coiffées, qu’elles aient les cheveux plats, dociles, en bataille ou raides comme des baguettes, ne pensent pas, à cet instant, que je leur cherche des poux !
ShampooPuisque tout cela ne tient qu’à un cheveu, je suggère un rendez-vous avec un coiffeur beau comme un Dieu. De cinéma puisque je songe à Warren Beatty, entouré, en prime, de Goldie Hawn et Julie Christie. Dans le bien nommé Shampoo, Hal Ashby, par ailleurs réalisateur de Harold et Maude (1971) ou Bienvenue, Mister Chance (1979), mettait en scène, en 1975, un coiffeur doublé d’un don Juan mondain. S’il séduit allègrement ses clientes, George Roundy se désespère de sa vie de simple employé d’un salon pour femmes. Il rêve d’ouvrir le sien propre et compte sur le mari… de l’une de ses maîtresses pour l’aider… L’action se déroule, en 1968, la nuit précédant la première élection de Nixon à la Maison Blanche. Une satire acide et politiquement incorrecte d’une société encore sexuellement et socialement coincée.

CONFINEMENT J34.- Vendredi 17 avril : Mais non, le confinement n’est pas une malédiction ! Même pas une catastrophe ! Vous soulevez un sourcil. En vous inquiétant dans votre for intérieur à l’idée d’un gros pétage de plomb. Oulà ! Tiendra-t-il jusqu’au 11 mai ? Et encore… Comme on peut me ranger parmi les vieux, la date du 11 mai tient du vœu pieux.

Mais non, j’évoque le bonheur des contemplatifs. Ceux pour qui le confinement, à défaut d’être une nouveauté, était déjà une manière d’être, un modèle de vie. Il ne s’agit pas alors de se complaire à regarder pousser les feuilles de son ficus. Mais plus sûrement de choisir une existence qui laisse le superflu ou l’accessoire hors de vue. Dans Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan écrivait : « Aucun prince, aucune réussite ne peuplaient ses rêves, simplement le temps étalé devant elle dont elle pouvait disposer selon sa volonté propre, un temps contemplatif qui la tiendrait à l’abri. » La contemplation est un art de vivre. Lui manque-t-il peut-être le goût de l’ivresse ?  Ce petit bonheur de la bise amicale échangée, la réconfortante sensation de pouvoir serrer dans ses bras (et d’être étreint en retour) celui ou celle avec qui on partage un lien aussi fort qu’invisible… Ah, les gestes-barrière, pour être certes indispensables, m’ont bien privé de cela… Vivement l’après-11 mai. Pourvu que ce ne soit pas en septembre !
LES FEMMES DU 6e ETAGES’il en est un qui s’interdit toute forme d’extériorisation des sentiments, c’est bien Jean-Louis Joubert, l’agent de change du film de Philippe Le Guay, Les femmes du 6e étage. Dans son appartement cossu du 16e arrondissement parisien, Joubert (l’inénarrable Fabrice Luchini) n’a pas la moindre idée de la vie des « bonnes à tout faire » espagnoles qui logent là-haut dans les mansardes de son immeuble. Sinon que l’une d’elles fait le ménage chez lui. Une crise conjugale va précipiter Monsieur Jean-Louis parmi Carmen, Maria, Dolorès, Concepcion, Teresa, Pilar et les autres. Et il en sera définitivement changé… Savoureux !

CONFINEMENT J33.- Jeudi 16 avril : En rangeant mes DVD –un travail de Romain, au demeurant- je suis tombé sur une galette sobrement intitulée Adhémar. Vous, je ne sais pas mais moi, ça ne ne disait rien du tout. Vérification faite, cet Adhémar dont le titre complet est Adhémar ou Le jouet de la fatalité date de 1951 raconte les aventures comiques d’un homme qui déclenche l’hilarité générale à cause de son faciès chevalin. Un rôle en or pour… Fernandel qui en assura aussi la réalisation. Mais surtout un scénario de Sacha Guitry qui ne pu mettre le film en scène à cause d’une grave intervention chirurgicale. Cet éblouissant amoureux de la langue française qu’était Guitry est aujourd’hui un peu oublié. Et c’est bien dommage. Car celui qui aimait tourner les aphorismes ( « Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage ») était un grand homme de théâtre et de cinéma. Qui avait la prétention de ne pas plaire à tout le monde !

Roman TricheurTurbulent, touche-à-tout, cet homme-orchestre qui travaillait quinze heures par jour avec une facilité légendaire (124 pièces et 36 films en attestent) était aussi un prince de l’épate doublé d’un moraliste amoureux de la langue française. Belle porte d’entrée dans l’œuvre : Le roman d’un tricheur. Tourné en 1936, voici, selon la formule de François Truffaut, l’« unique film de fiction de l’histoire du cinéma qui soit commenté en voix off à 90% ». A la terrasse d’un café, un homme rédige ses mémoires. Il raconte comment son destin se scelle lorsqu’à l’âge de 12 ans, il est privé de dîner pour avoir dérobé des sous dans la caisse de l’épicerie familiale pour s’acheter des billes. Le soir même, toute la famille meurt empoisonnée en mangeant un plat de champignons. Seul dans la vie et ayant ainsi constaté l’inutilité d’être honnête, il n’aura qu’une ambition : devenir riche. Et il choisit d’être tricheur et voleur professionnel pour parvenir à ses fins. C’est brillant, enlevé, inventif, amoral. Un régal. Orson Welles adorait Le roman… Il n’est pas le seul.

CONFINEMENT J32.- Mercredi 15 avril : Il y a un an, Notre-Dame de Paris partait en fumée. Je me souviens encore bien des images passant en boucle sur les télés puis des formidables élans de solidarité émanant du monde entier. C’était à qui allait donner des millions d’euros ou de dollars pour permettre de reconstruire au plus vite et au mieux ce fleuron gothique… Depuis, évidemment, on en parle moins. Comme de la famine qui frappe ou des guerres qui continuent à ravager le globe, des dictateurs de toutes catégories qui mettent leur pays à leur botte et les peuples à la torture… De quoi ne parle-t-on plus ? Tiens, des criquets pèlerins.

Au demeurant, de petites bestioles assez malfaisantes puisque, selon les autorités compétentes, ces insectes représentent « une menace sans précédent pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance dans la Corne de l’Afrique ». Un essaim de ces criquets a envahi l’Afrique de l’Est l’été dernier. Criquet PelerinDepuis le début de l’année, l’invasion touche l’Éthiopie, le Kenya, l’Érythrée, Djibouti et la Somalie. La Tanzanie, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo ont suivi… Sur place, on essaye bien de lutter avec des pesticides… Las, depuis mars, la pandémie de coronavirus perturbe la lutte, bloquant les livraisons de pesticides et les financements. Vers juin, on attend l’arrivée des insectes en Afrique de l’Ouest et vers octobre au Maghreb.
Blague dans le coin, j’ai vu sur mon téléphone, une adresse aux Chinois qui ont monté des hôpitaux en dix jours à Wuhan. Pourraient-ils venir finir Notre-Dame vendredi prochain entre midi et deux ? En attendant de savoir, j’ai glissé La rose pourpre du Caire dans mon lecteur. Oui, Woody Allen n’est plus en odeur de sainteté mais que c’est bon d’accompagner Cecilia (Mia Farrow), serveuse dans une brasserie, au Jewel Palace. Pour la cinquième fois, elle est revenue voir le même film. Mais, cette fois, la magie se produit. Tom Baxter, le héros du film, sort de l’écran et va l’entraîner dans une aventure aux multiples rebondissements. On rêve un peu, quoi…

CONFINEMENT J31.- Mardi 14 avril : L’ennui guette, l’ennui menace, l’ennui s’installe… Le temps s’épaissit et ce qui semblait inconcevable la veille, c’est-à-dire avant le 17 mars, date officielle du confinement, paraît aujourd’hui normal. Mais c’est quoi, la normalité désormais ? C’est qu’on a déjà un mois de confinement derrière nous et on n’a pas encore viré maboul. Enfin, pour certains, c’est très certainement plus difficile que d’autres. On l’a déjà dit : il vaut mieux ne pas être une femme battue par ces temps difficiles et il vaut mieux ne pas vivre à six dans deux pièces… On pense aussi aux étudiants surpris loin de chez eux, coincés dans leur chambrette, sans le (petit) boulot qui permet de mettre un peu de beurre dans les épinards. On songe aussi aux SDF pour qui le confinement ne veut rire dire du tout et qui n’ont ni beurre, ni épinards.

Gran TorinoPour se remonter le moral, pourquoi ne pas regarder Gran Torino. Dans ce film qu’il produit et réalise en 2007, Clint Eastwood incarne Walt Kowalski, un vétéran du Vietnam, raciste, irascible, veuf de fraîche date et fier de sa Ford 1972 modèle Gran Torino. Par contre, il n’a que mépris pour ses voisins, des immigrés récents de la communauté hmong. Jusqu’au jour où il vole au secours de Sue, la fille des voisins, en butte à une bande de voyous. Invité dans la famille de Sue, Kowalski découvre la culture hmong, apprécie la cuisine et concède : « Je crois que j’ai plus de choses en commun avec ces Chinetoques qu’avec tous les membres pourris gâtés de ma famille ». Dès lors, Kowalski va accepter ses voisins et même les intégrer parmi ses amis. Mieux, il va accepter de prendre sous son aile le jeune Thao, celui-là même qu’il avait surpris en train de tenter de voler sa chère voiture… Et Eastwood peut alors suivre un homme mal embouché qui va s’ouvrir aux autres. Et s’il ne comprend pas bien les traditions hmongs, il est pourtant en route pour la sagesse… Un film à se passer entre voisins. Prochainement, évidemment.

CONFINEMENT J30.- Lundi 13 avril : Pour dire le vrai, je ne suis pas fan des grands rendez-vous télévisuels. Les déclarations sur fond de drapeaux tricolore et européen ne sont pas franchement ma tasse de thé. J’avoue qu’il m’est arrivé d’aller jeter un œil dans les trésors de l’INA et de goûter les conférences de presse du général de Gaulle. Le président avait, il est vrai, un génie du verbe et le goût des mots rares comme volapük, quarteron et chienlit…

Après avoir annoncé, naguère, que nous étions en guerre, Emmanuel Macron a renoncé, lundi soir à la télévision, à sa tenue de généralissime… C’est avec le ton de celui qui veut croire « qu’il y aura des jours meilleurs, des jours heureux » que le président a brossé un large tour d’horizon de la situation, employant un glossaire façon crise sanitaire où l’on a entendu des mots comme confiance, volonté, ébranlement intime et collectif, résilience, solidarité, fraternité, calme, courage, espoir, efforts, action… Mais évidemment, au-delà des mots et des constats, on attendait surtout un chiffre, en l’occurrence une date. Ce sera donc le lundi 11 mai prochain. Jusque là, ce sera le confinement le plus strict qui s’appliquera. « Car, dit Emmanuel Macron, c’est le seul moyen d’agir efficacement ». Pour les quatre prochaines semaines, on s’en tiendra donc à des règles qui, à en croire le président, ont été pleinement appliquées. « L’espoir renaît mais rien n’est acquis » et le chef de l’Etat a évoqué la fin définitive de l’épidémie, le retour à la vie d’avant en affirmant « en toute franchise, en toute humilité », n’avoir pas les réponses. Mais il a salué une nation debout dans un moment de vérité, un peuple développant, au cœur de l’épreuve, une certaine idée de la France.
MacronL’accent avait quelque chose de fort quand il a souligné que cette crise était une chance d’éprouver notre humanité… A 22h10, la chaîne Action programmait Dien Bien Phu. Je n’ai pas eu le cœur de regarder…

CONFINEMENT J29.- Dimanche 12 avril : Pâques, c’est le dimanche à la campagne, la messe de 10h30, le plus souvent à Juliénas, le gigot d’agneau et les petits qu’on tente de garder loin du jardin tandis que les parents dissimulent les œufs en chocolat sous les feuilles naissantes des haies vives… Et puis, rien. Le confinement est là. La police veille aux sorties des villes, prête à sanctionner ceux que la bougeotte printanière pousserait à prendre la route pour satisfaire au rituel du week-end pascal. On a bien essayé, pour maintenir coûte que coûte la tradition, de cacher quelques œufs en papier doré dans la maison. Evidemment, ça n’a rien à voir d’autant qu’on sait bien où sont les œufs puisqu’on les a mis nous-mêmes. Et puis, le chocolat, hein quand il s’agit d’éviter de prendre du poids.

Le gigot, je n’en fais pas une histoire. Certes, la maison Sanzot en proposait d’excellent. Mais pour les uns, la viande était trop rose, pour les autres trop cuite. Sans parler de la bagarre pour avoir la souris. Confinement oblige, on pourrait tenter le gigot de sept heures. Puisqu’on a le temps.
Festin BabetteVoilà longtemps, en 1987 en fait, j’avais rencontré Gabriel Axel à Strasbourg pour le Festin de Babettequi n’avait pas encore, alors, décroché l’Oscar du meilleur film étranger. Homme au demeurant affable, le cinéaste n’avait pourtant pas la tête du joyeux bambocheur. Plutôt l’habitus d’un pasteur scandinave (il était d’ailleurs natif d’Arhus au Danemark) mais il avait pourtant réussi l’un des films les plus captivants sur la célébration de la table… Tiré d’un roman de Karen Blixen, Le festin…raconte l’histoire d’une servante française (Stéphane Audran) au service de deux sœurs au cœur du Jutland. Grâce à un gain de loterie, la cuisinière va concocter un somptueux repas… Le film est superbe et on se souvient longtemps des cailles en sarcophage au foie gras et sauce aux truffés arrosées de Clos Vougeot 1845. De quoi se lécher les babines.

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JOURNAL DU CONFINEMENT  

LES CHRONIQUES QUOTIDIENNES DATEES DU 14 MARS AU 11 AVRIL 2020

Confinement

CONFINEMENT J-1.- Samedi 14 mars : Comme un réflexe depuis quelques jours déjà, j’ai mis le journal de 20h… Déjà l’impression que Delahousse la joue solennelle. Edouard Philippe annonce des mesures strictes de confinement. Les Français, jusque là, faisaient comme si de rien… Ah, on la retient, cette restauratrice de Boulogne-Billancourt, forte en gueule, à laquelle on tend un micro complaisant. Pour la voir vociférer sur le thème « Ce n’est rien de plus qu’une grippe… » et embrasser ses clients.
Donc, si l’on en croit le Premier ministre, les grilles tombent sur les cinémas. Mon dernier film en salle de l’avant-confinement aura été La bonne épouse. Une petite bouffée sympa de comédie d’éveil féministe. J’ai une pensée pour mes amis du Palace à Mulhouse Fatima, Gilda, Jean-Luc et Amaca, désormais au chômage technique. Pour Xavier Orsel aussi, le nouveau boss du complexe, qui doit se dire que les débuts sont bien durs.
Depuis quelques jours déjà aussi, en songeant l’Italie arrêtée, je me disais que j’allais faire une consommation massive d’images en boîte. Mes piles de dvd sont prêtes…
Mais là, je reste scotché devant la lucarne et devant La fugue. Pour Arthur Penn, Gene Hackman joue un privé, ex-star de football américain, chargé de ramener une jouvencelle à sa mère. La gamine, c’est Mélanie Griffith, 18 ans en cette année 1975. Un temps où une (jeune) comédienne pouvait encore plonger nue dans la baille, histoire de chauffer un presque papy. Le détective mal embouché va comme un gant au bon Gene mais il y a une particularité qui, chaque fois, me fait tiquer. C’est la coupe du gaillard, surtout sur l’arrière où les cheveux ont toujours l’air de se relever… Mais qu’importe, la carrière de Gene Hackman, 90 ans aujourd’hui, c’est du bon boulot. On peut ainsi le voir et le revoir avec le même plaisir en Harry Caul, spécialiste introverti de la filature, dans Conversation secrète qui valut à Francis Ford Coppola la Palme d’or à Cannes 1974. Bon, je vais aller me laver les mains…
CONFINEMENT J1.- Dimanche 15 mars : je me suis assoupi dans mon canapé. Quand j’ouvre un œil, j’aperçois une belle entièrement nue, sinon ses tatouages, allongée sur le flanc en train de se faire allègrement besogner sous le signe d’Eros. Wouah, j’avais oublié le X de la nuit… C’est marrant, sur letribunaldunet.fr (mais pourquoi, on regarde des trucs comme ça !) j’ai lu que pornhub offrait l’accès premium à tous les Italiens. Veinards…
Un temps de printemps ! Le temps d’aller voter et retour at home. Depuis que j’ai vu le Judy avec Renée Zellweger, il me tardait de revoir A Star is Born… Ah, c’est bon de retrouver l’original plutôt que la copie, même honorable. George Cukor fait du sur-mesure en 1954 pour une Judy Garland tour à tour rayonnante, voire juvénile et puis fragile et marquée alors qu’elle n’a alors que 32 ans. Mais l’alcool, les médicaments pour se doper, s’endormir, se réveiller, la dépression sont déjà passés par là. Avec son mètre 51, Miss Garland fait toute menue face à la grande taille de James Mason.
A Star is BornPygmalion toxique, l’acteur so british est odieux et pathétique en comédien alcoolique perdant tout crédit à Hollywood. Judy, en femme aimante, essaye de le sortir de l’ornière en faisant ce qu’elle sait faire de mieux : chanter ! Un sacré mélo dans un technicolor qui tape et qui célèbre l’usine à rêves pourvoyeuse de stars, ces êtres qui « ont quelque chose »
J’ai trouvé dans ma bibliothèque un Chaplin et les femmes paru en 2007 aux éditions Philippe Rey sous la plume de Nadia Meflah. Elle écrit qu’avec City Lights, Chaplin, pour la première fois, va travailler avec une femme –la comédienne novice Virginia Cherrill- envers laquelle il n’éprouve rien et qui, en plus, a le don de l’agacer par son manque d’investissement dans le film. Les lumières de la ville ou l’ultime étape de mon Ciné-Cycles 2019/2020. Ce sera le 12 mai. Mais avant cela, le cycle programme, le 7 mars, l’émouvant Sans toit ni loi d’Agnès Varda. Qui peut dire si la séance aura lieu… Bon, je continue à me laver les mains…
CONFINEMENT J2.- Lundi 16 mars : C’est rageant, ce temps de printemps ! On a l’impression de voir les bourgeons éclore en direct live et on est là, confinés… Le plus inquiétant surtout, c’est d’imaginer qu’il en est encore à se dire que tout cela n’est pas si grave. Tandis que les autres flippent comme des fous.
Alors, on comprend mieux que le président Macron, dans sa seconde allocution télévisée en quatre jours, ait martelé un « Nous sommes en guerre ! » qui fait quand même un drôle d’effet à ceux qui n’en ont jamais connu de guerre, du moins sur le territoire national. Pas d’ennemi en chair et en os certes mais un ennemi plus redoutable parce qu’invisible. Alors, les mots prennent du poids. Guerre, mobilisation, union nationale, solidarité. Bien sûr, le président souligne qu’il ne faut céder ni à la panique, ni au désordre mais qu’il convient désormais de se hisser « à la hauteur du moment ». Du coup, l’annonce du report des élections municipales, on s’en fiche un peu. Dimanche, nous serions pratiquement sortis pour rien. Un petit (premier) tour et puis bye ! On se revoit dans longtemps. Dans l’affaire, j’ai perdu un bic, certes usagé…
Gabin PrésidentLundi soir, mon magazine télé annonçait Le président (1961) de Verneuil sur Arte. Tiens, l’occasion de revoir le père Gabin, se faisant la tête de Clemenceau, pour incarner Emile Beaufort, un président du Conseil, qui s’emporte : « Durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe ! Monsieur Chalamont, lui, a passé une partie de sa vie dans une banque, à y penser aussi… ». Ca sonne bien. Forcément, c’est de l’Audiard dans le texte.
Mais mon mag TV s’est planté. D’ailleurs, pour mardi, il annonçait encore Juventus-Lyon en Ligue des Champions… En lieu et place de Gabin, il y avait un joli quatuor : Nathalie Baye, Bulle Ogier, Mathilde Seigner et Audrey Tautou. Réunies, en 1999, dans Vénus Beauté (Institut). Emportée par le crabe à 68 ans, Tonie Marshall avait obtenu le César de la meilleure réalisation pour ce film. Elle est la seule femme à ce jour à avoir obtenu cette récompense. Bravo encore et salut, Tonie !
CONFINEMENT J3.- Mardi 17 mars : Je ne tourne pas encore comme un lion en cage mais je me demande, sans doute à tort pour n’avoir –par bonheur- pas eu à l’expérimenter ce que doit être le sort d’un détenu. L’atmosphère dans les prisons doit être plus que tendue. D’ici, qu’on entende parler, un de ces jours, d’émeutes.
La guerre décrétée par Macron n’a pas fini de me trotter dans la tête. Dans l’après-midi ensoleillé, le ciel de Mulhouse a été traversé à plusieurs reprises d’hélicoptères. Transferts de malades du Mönchsberg vers d’autres hôpitaux…
Au téléphone, un cousin, venu prendre des nouvelles, m’apprend que les facteurs mulhousiens ont fait jouer leur droit de retrait. Exit le courrier.
Hasard ? Macron parle de guerre et je jette mon dévolu dans mes dvd sur La valse dans l’ombre dans la collection Les introuvables de Wild Side. Une pépite de mélodrame hollywoodien ! C’est Mervyn LeRoy qui le réalise en 1940 pour le compte de la Metro-Goldwyn-Mayer, la « major » qui s’est fait une spécialité du mélo flamboyant. Le film commence le 3 septembre 1939 lorsque le locataire du 10, Downing Street annonce la guerre avec l’Allemagne nazie.
Valse OmbreSur Waterloo Bridge (titre original du film), Roy Cronin, officier britannique sur le point de rejoindre le front en France, se souvient de sa rencontre, à ce même endroit lors d’une alerte pendant la Première Guerre mondiale, avec Myra, une jeune ballerine… Histoire somptueuse d’un coup de foudre servi par le beau Robert Taylor, grand complice de LeRoy et la sublime Vivien Leigh –icône d’elle-même-, qui vient d’être, l’année précédente, la mythique Scarlett dans Autant en emporte le vent. Le noir et blanc est parfaitement moelleux pour magnifier la tragédie d’une jeune femme déchue, raconter un amour impossible, le sacrifice de soi et les intermittences du cœur. Tellement beau !
Tiens ! En zappant sur ma télé, je constate que Canal+ est en clair tout le temps. Petit cadeau de temps de crise… Pour suivre la Ligue 1 de foot, c’est rapé quand même. Reste les films.
CONFINEMENT J4.- Mercredi 18 mars : Quoi de plus beau qu’un décalage ! Surtout quand il se double d’un joli cadrage… Je parle évidemment de ballon ovale… A ce propos, j’aurai bien aimé voir le XV français, made by Galthié, affronter l’Irlande en cerise sur le gâteau du Tournoi des six nations. Surtout après le match au goût rance livré contre les Ecossais…
Mais, dans le cas précis, le décalage concerne les sorties cinéma. Les sorties du mercredi étaient une habitude à laquelle on ne prêtait pas plus d’attention que ça. Voici donc le premier mercredi modèle confinement. Les salles sont closes et le spectateur n’a plus le loisir/plaisir de voir un film dans son lieu d’élection, cette salle obscure où opère vraiment la magie des images… Bien sûr, la télé, ces temps-ci, est un dérivatif bienvenu mais je ne me souviens plus qui disait : « Au cinéma, l’écran est plus grand que le spectateur. Avec la télévision, c’est le spectateur qui est plus grand que l’écran ». Peut-être Jean-Luc Godard ? On ne prête qu’aux riches…
Petit PaysCe mercredi, on attendait par exemple Petit pays d’Eric Barbier d’après le roman de Gaël Faye paru en 2016 chez Grasset et Goncourt des lycéens cette année-là. L’histoire d’un petit garçon qui, dans les années 1990, vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite soeur. Il passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe jusqu’à ce que la guerre civile éclate mettant une fin à l’innocence de son enfance.
D’après le journal Les Echos, le CNC –Centre national du cinéma- envisagerait de sortir certains films directement en VOD afin que ces derniers puissent trouver un public… Il est vrai qu’un film comme La bonne épouse n’a eu qu’une poignée de jours et de soirs pour vivre dans la salle. Mais, pour en arriver, il faudrait chambouler la loi sur la chronologie des médias qui, en France, prévoit actuellement un délai de quatre mois avant qu’un film sorti en salle ne soit disponible en VOD. Une vraie urgence ?
CONFINEMENT J5.- Jeudi 19 mars : Il fait toujours printanier et les cris des enfants dans le jardin des voisins répondent aux pales des hélicoptères qui croisent dans le ciel. Où, par contre, on ne voit quasiment plus d’avions orange et blanc d’EasyJet tournant au-dessus de la tour de l’Europe pour se mettre dans l’axe de l’EuroAirport…
Le Monde (qui est toujours servi matinalement dans notre boîte aux lettres. Merci, le porteur de L’ALSACE !) m’apprend que Suzy Delair est morte dimanche dernier à l’âge de 102 ans. Est-ce le virus qui l’a envoyé au paradis des stars ?  Ou seulement le grand grand âge… Ah, Suzy ! Je l’entends chanter, avec son accent canaille, Avec mon tra-la-la… C’était dans l’excellent Quai des Orfèvres où, en Jenny Lamour, jeune chanteuse qui veut se faire une place au music-hall, elle donnait la réplique à Louis Jouvet, magnifique en inspecteur de police désabusé. De Clouzot qui revenait au cinéma après avoir été tricard à la Libération (à cause du Corbeau), Suzy disait qu’il l’avait faite et que Quai des Orfèvres (1947) était son Ange bleu à elle…
Suzy DelairAujourd’hui, je suis sorti de l’enceinte de la maison pour la première fois. Hier, j’ai passé une heure au jardin à arracher des pissenlits et des mauvaises herbes. L’impression que ça ne sert absolument à rien, sinon à quitter des murs. Donc, direction le Drive d’un supermarché. Dans mes affaires de peinture/plâtrerie (si, si), j’ai trouvé un emballage avec trois masques FFP1. Pas sûr que ce soit les bons. Mais je vais en mettre un quand même… Avec le bon de commande et son code-barre, j’emporte l’attestation de déplacement dérogatoire dument signée. Dans les rues, on se dirait un 15 août. Ni bus, ni tram à l’horizon. Au Drive, pas grand’monde. Tant mieux. La commande est complète sauf un morceau de Comté.
Sur une piste cyclable déserte, un jeune type sur une planche de surf. S’il tombe et se blesse, il va être bien reçu aux urgences… Bon, je retourne me laver les mains.
CONFINEMENT J6.- Vendredi 20 mars : Il fallait s’y attendre… Voilà quelques jours déjà que l’on disait que le Festival de Cannes aurait bien du mal à se tenir au milieu du mois de mai. C’est donc chose faite. La Croisette, si tout va bien, devrait recevoir la plus grande fête du cinéma entre fin juin et début juillet. Alors que la France est en état de confinement, on voit mal Cannes accueillir une foule grouillante de plusieurs dizaines de milliers de festivaliers. Parce qu’au Festival, il est une chose certaine : on se bouscule partout, notamment à l’entrée des salles. Et je ne parle pas des soirées. J’ai connu cela pendant une bonne trentaine d’éditions et ça ne s’est jamais démenti. En même temps, ce n’est pas la première fois que le Festival décroche. Le premier Festival devait avoir lieu en septembre 1939. La déclaration de guerre en décida autrement. On se souvient aussi de mai 68. Pour l’heure, il ne s’agit qu’un report.
CannesQuant à la primesautière Suzy, il faut convenir quand même qu’elle n’a pas, tout le temps, été exceptionnelle. Sous contrat avec la Continental, société de production allemande, installée en France et dirigée par l’énigmatique Alfred Greven, elle fait partie, en 1942, du groupe de comédiens français invités par les Allemands à visiter les studios cinématographiques de la UFA, notamment à Berlin. Elle prend le train en compagnie de collègues comme René Dary, Junie Astor, Danielle Darrieux, Albert Préjean ou Viviane Romance… A son retour, elle choque en embrassant chaleureusement Alfred Greven tout en se plaignant de ne pas avoir serré la main du docteur Goebbels. A la Libération, un Comité d’épuration lui infligea une suspension professionnelle de trois mois… A l’orée des années 2000, la piquante Suzy a quand même été décorée de l’Ordre national du Mérite. A cette époque-là, Catherine Trautmann était ministre de la Culture. Ceci n’ayant rien à voir avec cela. Bon, je retourne me laver les mains.
CONFINEMENT J7.- Samedi 21 mars : C’est curieux quand même les effets (bénins) du confinement. Depuis le début de cet enfermement volontaire, je n’ai plus mis ma montre au poignet. Pour quoi faire ? J’ai tout mon temps et pas le besoin manifeste de le mesurer. Presque au contraire. Organiser son temps, ne pas céder à l’indolence, cultiver la patience. Choisir de faire durer plus longtemps la lecture du journal régional, désormais en édition unique… Mais est-ce que je vais continuer à écouter les infos… D’un côté, une utilité certaine. Ce n’est pas moi qui vais dire le contraire. De l’autre, des doses variables de stress à chaque bulletin. Dire que nous sommes un demi-milliard sur la terre à être confinés et qu’il y a maintenant plus de morts en Italie qu’en Chine. Bigre. Dans la presse, on dit communément que les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne. En ce temps de crise, on guette pourtant la « bonne nouvelle ».
Je suis allé prendre L’ALSACE dans la boîte aux lettres. Gros titre qui barre toute la une. Wouah ! Je fais quoi ? Je lis le canard ou je me jette sur l’ordi pour commander en urgence sur le drive ? Je me ravise. Inutile ! Tous les lecteurs vont faire de même. Idéal pour planter le truc. Alors je cherche les infos. Et quoi ? « Le pic est derrière nous » affirme le président (alsacien) du groupe Système U. En dernière page, six colonnes en tête : « L’approvisionnement sera assuré ». Bon, le drive peut attendre lundi.
L'AlsaceAprès avoir sacrifié au rituel de l’applaudissement –dans le quartier, de plus en plus de gens sont aux fenêtres- j’ai mis Le mystère Von Bülow dans mon lecteur. Le dvd doit sortir le 21 avril. Mais bon, qu’en sera-t-il ? C’est en 1990 que Barbet Schroeder adaptait au cinéma Reversal of Fortune, le livre de l’avocat Alan Dershowitz qui a défendu l’arrogant et charismatique Claus von Bülow, accusé d’avoir assassiné sa richissime épouse… Oscar du meilleur acteur, Jeremy Irons est inquiétant à souhait dans ce bon film de procès.
CONFINEMENT J8.- Dimanche 22 mars : Je fais comme tout le monde, j’imagine… Le matin, je nettoie ma boîte mail de tous les spams qui s’accumulent. La masse, finalement, n’est pas une mauvaise chose puisqu’elle évite de s’attarder sur les messages. Enfin, j’ai jeté un œil quand même sur une info-pub : Vive le soleil qui proposait des tenues légères et fluides. Ce qui est rassurant, c’est que j’ai déjà oublié le nom de la marque.
Le 25 mars, c’est la Journée mondiale de la procrastination. La célébra-t-on ? Pas si sûr mais le mot est charmant. Et tellement de circonstance. La procrastination (du latin pro « en avant » et crastinus « du lendemain ») est la tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions qu’on pourrait faire le jour même. Le « retardataire chronique », donc le procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. En période de confinement, la procrastination a-t-elle encore un sens ? Quand il s’agit de faire durer…
Quinze Jours AilleursA 102 ans, le 5 février dernier, Kirk Douglas est parti visiter le paradis… Dans Quinze jours ailleurs, il incarne Jack Andrus, une star déchue enfermée dans une institution pour soigner alcoolisme et dépression lorsqu’il reçoit une invitation à venir sur un tournage (américain) à Rome. Avec son vieil ami/ennemi Kruger (Edward J. Robinson), il pourrait ainsi revenir dans la lumière… En 1962, Vincente Minnelli met en scène, avec un grand soin des décors, ce Two Weeks in Another Town qui vaut par sa description précise des coulisses d’un tournage. Mais surtout  le film est un témoignage sur ces années soixante où le cinéma hollywoodien est confronté à la montée en puissance de la télévision…
Bon sang, une semaine déjà que tout cela dure. Je me lave les mains régulièrement. Mais désormais j’y étale une petite couche de crème réparatrice. Idéale contre les sécheresses sévères et les rugosités. Enfin, c’est écrit dessus.

CONFINEMENT J9.- Lundi 23 mars : Par ma fenêtre, comme le temps est beau, j’aperçois les molles vagues des Vosges. C’est beau, c’est loin. Et ça donne envie d’enfiler des chaussures de montagne pour partir sur le sentier qui monte, à travers la forêt puis les chaumes, vers la ferme-auberge du Thannerhubel. La première fois –il y a longtemps- que nous y sommes montés, nous cherchions notre chemin. Sur la route, nous nous sommes arrêtés à hauteur d’un vieux monsieur auquel nous avons demandé la direction de la route Joffre. La quoi ? Ah, la route Choffrrr… C’est devenu une blague récurrente entre nous. En attendant, je contemple les beaux Ballons vosgiens, une gouache datant des années soixante due à la peintre helvetico-mulhousienne Véronique Filozof. Et j’écoute le concerto pour clarinette K 622 de Mozart. C’est beau comme l’antique et ça fait du bien à l’âme.
D’Hal Ashby qui réalisa le film en 1971, on connaît surtout Harold et Maude sur l’étrange relation entre un jeune homme fasciné par le suicide et une dame âgée passionnée, quant à elle, par les enterrements. Derniere CorvéeDeux ans plus tard, ce cinéaste rebelle et atypique au look de baba-cool chargé à la marihuana, signait La dernière corvée. L’histoire de Buddusky et Mulhall, deux quartiers-maîtres, chargés d’escorter jusqu’en prison un certain Meadows, condamné à huit ans de prison pour vol… Mais les deux matafs se prennent d’affection pour le grand gaillard bien paumé. Et ils décident de lui offrir un peu de bon temps avant la prison. Une production typique du Nouvel Hollywood avec son souci, notamment, de tourner en décors naturels.
La Columbia, trouvant le film trop grossier, ne voulut pas le distribuer. Mais, au Festival de Cannes, Jack Nicholson (qui n’a pas encore le sourcil trop circonflexe) est couronné meilleur acteur pour le rôle de Buddusky. Le film sortit donc et on a pu découvrir une belle œuvre, émouvante, antimilitariste et fortement mélancolique.
CONFINEMENT J10.- Mardi 24 mars : Tous les lundis soirs, je reçois la newsletter du Palace à Mulhouse avec la programmation et les nouvelles sorties du mercredi. Comme l’envoi mail doit être automatisé, la newsletter arrive toujours. Désespérément vide. Pour lutter, il y a le recours à la table. Pour l’instant, on ne tremble pas encore pour l’approvisionnement mais les drives des supermarchés ont des délais de remise de plus en plus longs.
Donc, dimanche, on a ouvert une petite bouteille de champagne et on a trinqué en grignotant des noix de cajou. Trinqué à quoi d’ailleurs ? Déjeuner dominical : noix de saint-jacques, poêlée de champignons et polenta… Pour compenser, on essaye de suivre les exercices que Bob Tahri, ancien recordman d’Europe du 3000 mètres steeple, propose sur le site de L’Equipe. Dans la modeste version Débutants. Même là, le gainage, ça tire durement.
Mortelle RandonnéeAu départ, Mortelle randonnée que Claude Miller tourne en 1982, était un scénario que l’écrivain Marc Behm préparait pour un studio américain qui l’enterra, le trouvant trop déconcertant. Les Audiard père et fils reprirent le scénario devenu un roman et en tirèrent un drame énigmatique et surprenant par son mélange de réalisme noir et de digressions « fantastiques », le tout autour de la perte d’un enfant et d’un deuil impossible. Au cœur de cette aventure qui se promène de Bruxelles à Rome en passant par Baden Baden et Biarritz, un détective privé efficace surnommé L’œil et une jeune femme fatale… Le privé, c’est Michel Serrault. Isabelle Adjani, 27 ans alors, est très belle et dangereusement mortelle…
De tous les acteurs français, Michel Serrault était certainement l’un des plus foutraques. Je me souviens d’un jour, chez Ladurée à Paris, où, venu parler d’un de ses films qui allaient sortir, il se retrouva debout sur une table en train de brailler, rejouant une scène du film !
CONFINEMENT J11.- Mercredi 25 mars : Dans le ciel bleu de Mulhouse, une cigogne tourne… Le vol est beau, ample et tranquille. Une illustration parfaite de la pleine liberté. Celle que, pour la bonne cause évidemment, on nous sucre. Dernière mesure en date : la fermeture des marchés. Il paraît que le concept de distanciation sociale rebute les Français. Ah, les cons. Les marchands de fruits et légumes n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.
Albert Uderzo, fils d’immigrés italiens, est un grand gaillard qui faisait penser à la réflexion de Lino Ventura dans 100.000 dollars au soleil : « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent. » C’était un jour de fin juin à Paris et les critiques de la presse régionale avaient été conviés à une présentation d’une variation cinématographique d’Astérix suivie d’une rencontre avec Albert Uderzo. Pour donner à l’interview une atmosphère arverne, le déjeuner avait lieu dans une Maison de l’Auvergne. Au menu : un magnifique aligot et sa saucisse. Manque de pot, il faisait une chaleur de fou sur la capitale. Je me souviens qu’Uderzo était très agréable mais qu’il suait à grosses gouttes… A 92 ans, Albert est donc parti retrouver son copain René. Ensemble, ils vont pouvoir se raconter à l’envi les aventures du petit moustachu et du gros gourmand…
Lucia BoseC’est le virus qui a emporté à 89 ans, dans sa résidence espagnole, la belle Lucia Bosè, miss Italie 1947 et vedette du cinéma italien de l’après-guerre. C’est en entrant dans la pâtisserie Galli à Milan que Luchino Visconti avait remarqué une petite caissière de seize ans à la taille élancée, aux grands yeux mélancoliques et au maintien racé. Le maestro lui avait dit : « Vous, vous ferez un jour du cinéma, j’en suis sûr. » Galli, dans la via Victor Hugo, est célèbre pour ses panettones. De même que tous les mercredis, les salles de cinéma sortent leurs nouveautés, tous les mercredis matins, je prends mon petit-déjeuner en ville avec mes cousins. Caramba, encore raté !
CONFINEMENT J12.- Jeudi 26 mars : Alors que la situation nous pèse, il y a des propos qui secouent les neurones. Comme cet auditeur qui, à France Inter, évoque soudain Anne Frank… Le confinement, la jeune adolescente allemande a connu. Elle est restée deux années, de 1942 à 44, cachées dans un appartement d’Amsterdam. Avant de mourir du typhus à Bergen-Belsen.
Pour un second mercredi, les grilles des salles obscures ne se sont pas levées. Pourtant, j’avais bien envie de découvrir Les parfums qui raconte l’histoire d’Anne Walberg (Emmanuelle Devos), une célébrité dans le monde du parfum, qui crée des fragrances et vend son impressionnant talent à diverses sociétés. Mme Walberg vit en diva, égoïste au tempérament bien trempé. Son nouveau chauffeur est le seul qui n’a pas peur de lui tenir tête. C’est probablement pour cela qu’elle ne le vire pas…
DaronneJe serai très certainement allé voir La daronne à cause de l’incroyable talent d’Isabelle Huppert à investir les personnages que les cinéastes, ici Jean-Paul Salomé, lui propose. Elle est Patience Portefeux, interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d’une enquête, elle découvre que l’un des trafiquants n’est autre que le fils de l’infirmière dévouée qui s’occupe de sa mère. Elle décide alors de le couvrir et se retrouve à la tête d’un immense trafic…
Dans la douzaine de sorties prévues, il y avait aussi Mulan, en l’occurrence la version en prises de vues réelles du film d’animation Disney de 1998. On s’en souvient, c’est la légende d’une héroïne chinoise partie à la guerre à la place de son père sans que personne ne sache – avant son retour – qu’elle est une femme. On pouvait voir aussi Divorce Club, le nouveau film de Michaël Youn, une comédie sur un mec cocu qui peine à remonter la pente… Si ces films n’ont plus de date de sortie, La daronne est (re)annoncé pour le 15 juillet. On sera sorti du tunnel ?
CONFINEMENT J13.- Vendredi 27 mars : Voilà qu’un héron tourne dans le ciel… Les volatiles se sont donnés le mot dans leur splendide indifférence. Là-haut, à quelques centaines de mètres du Mönchsberg et de l’hôpital militaire visité, mercredi, par le président, le jardin zoologique est fermé. Plus que centenaire, le zoo mulhousien, ouvert 365 jours par an, n’avait jamais connu cela de toute son existence. Les gibbons poussent leurs cris sans que des gamins tapent sur les vitres de leur enclos… Non loin de l’entrée du parc, avec Robert Cahen et Thierry Maury, nous avons créé, il y a deux ans, une installation visuelle et sonore pérenne, désormais éteinte et silencieuse. Dans le cadre de la Filature et d’un spectacle musical de Thierry Balasse, nous devions emmener des enfants en promenade au zoo sur la trace des sons d’animaux. On le reprogrammera peut-être…
Il faut, quand les temps sont durs, revenir aux bons auteurs. Assurément, Frank Capra est de ceux-là. Fréquenter les films du cinéaste américain (1897-1991), c’est prendre une sublime bouffée d’humanisme. Car celui qui débuta comme gagman chez Mack Sennett a su, comme personne, vanter l’entraide mutuelle, l’innocence profonde de l’être humain, son patriotisme bon enfant et son idéalisme contre le culte de l’argent ou l’exploitation du sensationnel.
Extravagant DeedsDe toutes les œuvres du maître, c’est L’extravagant Mr. Deeds (1936) qui fédère le mieux ses grands thèmes. Passer une 1h55 avec Longfellow Deeds (l’immense Gary Cooper) est un ravissement. Car voilà un homme simple (et heureux !) aux prises avec un gros héritage dont il n’a cure, lui qui se contente de sa petite usine de chandelles et de concevoir des vers de mirliton pour des cartes de Noël… Mieux même qu’un ravissement, Capra offre une forme de béatitude.
Pour la première fois depuis des lustres, j’ai joué au Scrabble. C’est mal parti de suite. D’emblée, ma femme sort un FEZ (compte triple) et j’ai couru après le score jusqu’à la fin, conservant jusqu’au bout un K (10) et un Q (8)… Peut mieux faire.
CONFINEMENT J14.- Samedi 28 mars : Vous, je ne sais pas mais moi, je n’ai pas Canal+. Pas plus d’ailleurs que Netflix. Il est vrai que ma collection de dvd me permet de tenir un bout de temps, côté films… En tout cas, pour la gratuité covidienne de la chaîne cryptée, il faut désormais se presser d’’en profiter. Parce que le 1er avril –et ce n’est pas une blague- ce sera (déjà) fini. Saisi notamment par TF1 et M6, le CSA a en effet sommé la chaîne de cesser dès la fin du mois sa diffusion intégrale en clair. L’initiative de Canal+ est en effet considéré comme une « atteinte à la concurrence et à la réglementation », dont celle de la chronologie des médias, les chaînes plaignantes n’étant habilitées à diffuser leurs coproductions que quatorze mois après la chaîne payante cryptée française… Business is business.
En attendant, j’ai revu avec plaisir Mississippi Burning d’Alan Parker. Le cinéaste anglais, aujourd’hui âgé de 76 ans, était alors au sommet de sa forme. Il venait de faire Angel Heart, l’un des meilleurs rôles de l’ingérable Mickey Rourke et enchaînait, en 1988, avec ce solide drame fondé sur l’histoire vraie de trois membres d’un comité de défense des droits civiques qui, en 1964 dans le Mississippi, avaient disparu sans laisser de traces. Dans le comté (fictif) de Jessup County, débarquent donc deux agents du FBI chargés d’élucider une affaire dans laquelle il apparaît vite que le Ku Klux Klan est impliqué. L’un est un jeune flic, façon intello d’Harvard (le tout jeune Willem Dafoe), l’autre (l’excellent Gene Hackman), un ancien shérif né dans le sud profond et adepte de méthodes moins conventionnelles mais plus efficaces. Les deux se prendront sérieusement la tête avant de conjuguer leurs efforts.
Mississipi burningUn excellent thriller sur la manipulation des foules par le KKK, l’intolérance et le racisme… Alan Parker se souvient qu’à l’époque, Mississippi Burning avait été mal accueilli par les responsables noirs du mouvement des droits civiques, mécontents de voir des policiers blancs résoudre cette affaire…

CONFINEMENT J15.- Dimanche 29 mars : Par la fenêtre ouverte de mon bureau –il faut aérer régulièrement, nous dit-on- j’écoute les bruits du voisinage. En fait, on n’entend quasiment plus rien. Ah si, le voisin d’en face vient de lancer la tondeuse dans son jardin. Si n’était le son des hélicoptères.
Pour le plus grand nombre, Georges Lautner reste l’homme des Tontons flingueurs. D’ailleurs, si, lors d’un dîner en ville, on sent que les convives s’endorment, il suffit d’appeler Fernand Naudin à la rescousse. Et ça repartira illico. « C’est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases » succèdera allègrement à « Y’a de la pomme mais pas que… » Sans être un chef d’œuvre, loin s’en faut, les Tontons (1963) est une légende…
Volontiers associé aux comédies policières et populaires, Lautner a pourtant tourné, en 1969, le plus atypique des films de sa carrière. Sur l’île de Lanzarote aux Canaries, il met en effet en scène La route de Salina (sorti récemment en dvd dans la collection Make my Day chez Studiocanal) qui est certainement son thriller plus psychédélique. Il est vrai que les années 70 seront le temps du Flower Power et de Peace and Love. D’ailleurs, la bande musicale du film, signée Christophe, est… pop-planante à souhait.
Route SalinaQuelque part, dans une station-service au milieu de nulle part, Jonas, un routard, pose son sac. Mara, la propriétaire, le reconnaît instantanément comme son fils Rocky disparu quatre ans plus tôt. Billie, la fille de Mara, débarque et reconnaît, elle aussi, son frère… Séduit par la belle Billie, Jonas entre dans un jeu dangereux…
Pour cette production italo-française, Lautner constitua un casting anglophone, l’action étant censée se dérouler entre le Mexique et la Californie… On y remarque Mimsy Farmer, l’icône de More, tourné quelques mois auparavant et surtout Rita Hayworth, l’inoubliable star de La dame de Shanghaïd’Orson Welles, dans l’un de ses derniers rôles. Emouvant.
CONFINEMENT J16.- Lundi 30 mars : Si on en croit une psy interviewée l’autre soir dans C’est dans l’air, la troisième semaine de confinement est celle où l’on commence à observer des cas de dépression. Aïe. Il est vrai qu’on arrête plus de parler que de cela. Mais comment faire autrement ? S’arrêter d’écouter les infos ? C’est sûr que si on ne décolle pas de BFM-TV de la journée, on peut légitimement se mettre à pleurer. Comme disait le cabarettiste allemand Karl Valentin : « L’avenir aussi, c’était mieux autrefois ». Avant, on parlait d’autre chose. Comme de Roman P. ou de Harvey W. sans oublier Adèle H., pas celle de Truffaut, l’autre… On pouvait même se crêper le chignon à propos des César…
En même temps, le confinement nous vaut quand même de grands moments d’ahurissement. Ainsi, la chère Roxana Maracineanu, sous sa casquette de ministre des Sports, a émis l’hypothèse d’un Tour de France à huis clos. Si, si. Celle qui a fait ses gammes dans les lignes d’eau du MON à Mulhouse, estime en effet que c’est « imaginable » de faire pédaler, cet été, les forçats de la pédale entre Cazères et Loudenvielle ou entre Lure et La Planche des belles-filles sans le moindre afficionado au bord de la chaussée… Cela dit, on pourrait alors employer les gendarmes qui canalisent la foule à l’approche du peloton à empêcher les badauds de sortir de chez eux… Un patron d’équipe cycliste a eu cette belle formule : « C’est un peu comme si on invitait des gens à un bal populaire et qu’on leur demandait de rester assis toute la soirée. »
The DivorceeComme les très bons films de fiction sur le Tour sont rares, je me suis régalé d’une étonnante vieillerie de 1930 : The Divorcee de Robert Z. Leonard. Avant que la censure et le Code Hays ne lui tombent dessus, Hollywood pouvait présenter le divorce comme l’unique solution pour réussir son mariage… Pour son rôle, Norma Shearer fut l’une des premières actrices de l’histoire à obtenir l’Oscar.
CONFINEMENT J17.- Mardi 31 mars : Ce jour, devaient s’ouvrir les 24e Rencontres du cinéma de Gérardmer. Et le temps promettait d’être beau. Ce qui est quand même très appréciable. Parce qu’une promenade autour du lac géromois, rien de tel pour faire une (courte) pause dans un programme de plus de vingt films en quatre jours. Mais ça passe comme une lettre à la Poste (si on peut dire aujourd’hui…) parce que Gérardmer se distingue, depuis ses débuts, par une organisation sans faille et surtout par une convivialité de tous les instants. Dévorer du film est alors un pur petit bonheur… Mais pour cela, il faudra attendre l’édition 2021…
Pourtant Denis Blum et ses acolytes avaient imaginé une cuvée gouleyante. On aurait pu goûter, bien sûr, à du cinéma français avec Les apparences, une comédie dramatique de Marc Fitoussi avec Karin Viard et Benjamin Biolay ; Enorme, encore une comédie, cette fois, avec Jonathan Cohen et Marina Foïs en compagne très enceinte ; Le temps des Marguerite avec Alice Pol et Clovis Cornillac, Mon cousin de Jan Kounen avec le duo Lindon/Damiens ou encore Madame Claude, un retour sur la fameuse reine de la prostitution bourgeoise des années 60…
GerardmerLe cinéma international était, lui aussi, bien servi avec deux films iraniens : Yalda, la nuit du pardonet Just 6,5. L’Espagne avec Une vie secrète sur un drame au temps du franquisme ou l’Algérie avec le documentaire 143, rue du désert. Du côté du Danemark, avait été retenu A Perfectly Normal Family et d’Angleterre Saint-Maud, un thriller fantastique. On attendait aussi deux polars. L’un du Kazakhstan (A Dark, Dark Man) et l’autre d’Allemagne avec Lands of Murders… Enfin le cinéma US indépendant était représenté par Casey Affleck avec Light of my Life. Une histoire de… pandémie !
On ignore les dates de sortie en salles de certains de ces titres. D’autres ont des dates un peu lointaines. On les guettera…
CONFINEMENT J18.- Mercredi 1er avril : En ce troisième mercredi de salles obscures closes et à propos toujours de la dérogation à la chronologie des médias, on s’est penché, dans la profession, sur le sort des films qui étaient à l’affiche (La bonne épouse, De Gaulle, Le cas Richard Jewell, L’appel de la forêt etc.) au moment de la fermeture des salles de cinéma. Quand on sait que la carrière d’un film est tellement aléatoire en salles et qu’on connaît le coût d’une production même moyenne, on peut en effet considérer qu’il y a là de vraies catastrophes industrielles qui se profilent. La Fédération nationale des cinémas français a pris acte. Elle va maintenant entamer des échanges avec l’ensemble des distributeurs-éditeurs de films. Elle lance aussi un appel aux salles à soutenir les films qui étaient à l’affiche à la mi-mars. Quand les salles auront rouvert leurs portes… Mais, à ce moment, de nouveaux films arriveront qui voudront sortir, eux aussi. Pour rattraper le temps perdu.
J’évoquais, l’autre jour, l’atypique Route de Salina. Restant dans l’œuvre de Georges Lautner, j’ai retrouvé dans ma vidéothèque Galia qu’il avait tourné en 1966 avec Mireille Darc. Le cinéaste lui avait déjà confié un petit rôle dans Les barbouzes (1964) mais Galia allait imposer la ravissante comédienne, alors âgée de 27 ans, en femme libre et joyeuse, consommant les hommes à sa guise. Jusqu’au moment où elle sauve de la noyade une femme désespérée par un époux qui la néglige. Galia va alors s’intéresser, de plus en plus près, à ce mari…
Mireille DarcGalia, à l’époque, n’a pas plu à tout le monde. Dans les très sérieuses Lettres françaises, Marcel Martin écrivait : « Je dois même dire, et je le regrette, que je trouve son film entièrement raté. […] Or Galia n’est qu’un très mauvais film commercial qui exploite avec une complaisance elle aussi fort suspecte les charmes, indiscutables d’ailleurs, de Mireille Darc, aimable comédienne pleine d’abattage mais qui devra approfondir son métier avant de réussir à faire croire que des tempêtes se déroulent sous son joli crâne… »
CONFINEMENT J19.- Jeudi 2 avril : Par ma fenêtre, j’aperçois au loin les quatre mâts et leurs phares penchés qui surplombent le stade de l’Ill. Ces éclairages ne sont pas prêts de se rallumer. Sur le site de L’Equipe que je fréquentais de temps en temps avant que le tuto avec les exercices de gym de Bob Tahri en fasse carrément un incontournable rendez-vous du matin, la rubrique « Directs » affiche un zéro parfait. Nada. Plus rien à se mettre sous la dent. Ah, le cavalier seul de Liverpool en Premier League anglaise était un bonheur pour les amateurs de foot. La triplette d’attaque Mané-Salah-Firmino, ça vous avait de l’allure tout comme les transversales au millimètre d’Oxlade-Chamberlain. Les sauts de cabri de Jürgen Klopp sur le bord de la touche étaient, eux, marrants à souhait.
Les J.O. reportés, Roland-Garros repoussé, Wimbledon à la trappe, le Tour de France menacé, l’Euro de foot, je ne sais même plus… Il reste quoi ? Ben si, quand même les élucubrations de Karim Benzema. L’attaquant du Real Madrid fait des live Instagram. Où il crayonne Olivier Giroud et balance : « On ne confond pas la F1 et le karting, et je suis gentil. […] Moi je sais que je suis la F1. » Benzema n’a toujours pas digéré de ne plus être en équipe de France.
Picasso Tete TaureauMon petit-fils, lui, se débat avec un ready-made de Picasso pour un exercice d’arts plastiques en ligne. Comment, demande la prof, le grand Pablo a-t-il construit, en 1942, sa Tête de taureau ? A son ami Brassaï, Picasso a confié qu’il avait trouvé « une vieille selle de vélo juste à côté d’un guidon rouillé de bicyclette… En un éclair ils se sont associés dans mon esprit. » Merci Papy. De rien, mon grand. Et n’oublie pas de te laver les mains.
Allez, pour conclure, un petit quizz cinéma! Quel film américain de 1950 s’ouvre par une séquence où un scénariste, auteur de quelques films de série B, flotte dans une piscine d’Hollywood ? Un indice ?  Un grand cinéaste y joue un domestique très stylé…
CONFINEMENT J20.- Vendredi 3 avril : Voilà une semaine que je voyageais autour de ma chambre… Hier, j’ai rempli mon attestation de déplacement dérogatoire et je suis parti récupérer mes courses au drive de Leclerc. Chance, ma commande est complète. En prime, le charmant sourire de Priscilla qui se charge de poser les sacs dans le coffre de la voiture. Comme c’est juste à côté, j’ai pris du pain aux céréales chez Marie Blachère. Les rares clients se tiennent à bonne distance les uns des autres. Quand rentre un type qui se met à tourner autour de tout le monde, cherchant un sandwich thon-mayonnaise. Les clients semblent d’emblée se crisper. Trop proche, le type, beaucoup trop proche… Ca promet pour plus tard.
Au retour, je roule paisiblement. Presque histoire de profiter un peu du paysage. En fait, je me prends à penser : Va pas avoir un accrochage ! Pour trouver un garagiste, ce sera coton.
Du côté du rond-point Maurice et Katia Krafft, c’est le grand calme. Mac Donald’s a clôturé son parking. Plus loin, une barrière coupe le chemin qui borde l’Ill. Pas de promeneurs, pas de joggeurs. Les ragondins ont une paix royale… Sur la camionnette de plombier qui me précède, le conducteur a scotché une affichette : « Merci à nos sauveurs de Mulhouse ». Bien d’accord !
Avenue d’Altkirch, un tableau noir, posé à même le trottoir, complimente, en lettres colorées : « Vive les soignants ! »
Sunset boulevardPour le quizz, c’était (évidemment ?) Boulevard du crépuscule de Billy Wilder où le rôle de l’ancien réalisateur devenu le domestique de la star déchue Norma Desmond était tenu par l’immense Erich von Stroheim. Considéré comme un classique, Sunset Blvd (en v.o), est un chef d’oeuvre du cinéma américain, un must du film noir et une réflexion mélancolique sur les fantômes du cinéma muet… William Holden est Joe Gillis, un scénariste malchanceux qu’une ancienne vedette du muet (Gloria Swanson) parvient à enfermer dans sa vie dominée par le fantasme d’un retour triomphant à l’écran…

CONFINEMENT J21.- Samedi 4 avril : Ca devait bien finir par arriver… Si l’on en croit Marine Le Pen, il est « de bon sens de se demander si le virus n’a pas échappé d’un laboratoire » (sic). Après quoi, la présidente du Rassemblement national peut embrayer sur le grand mensonge étatique, estimant qu’on nous ment « sur absolument tout, sans aucune exception ». Et de préciser naguère: « le doute n’est pas un délit et il permet de réfléchir et de trouver la vérité ».
Sans doute faudra-t-il, à terme, se poser des questions, entre autres, sur la capacité du gouvernement à anticiper la crise et, plus encore à nous appliquer à changer notre regard sur le monde mais de là à imaginer que le virus s’est fait la malle d’un labo, c’est carrément de l’ordre du (mauvais ?) scénario de cinéma.
Sophia LorenJustement, je me souviens qu’en 1976, j’avais assisté, à la gare de Bâle, au tournage des premières scènes du Pont de Cassandra, un film-catastrophe où, à la suite d’un vol dans un laboratoire, les passagers du train Genève-Stockholm se trouvent exposés accidentellement à une maladie mortelle, très contagieuse… Un colonel décide de mettre le train en quarantaine et de le diriger vers un centre décontamination. Sur le trajet, se trouve un vieux pont désaffecté. Et les autorités ignorent s’il sera capable de supporter le poids du train. A moins que la manœuvre soit délibérée ?
Comme la gare de Genève-Cornavin était trop exiguë, la production décida de transformer la gare de Bâle en gare genevoise. Comme la production était à la charge de Carlo Ponti, le réalisateur grec George Pan Cosmatos bénéficia de jolis moyens et notamment d’une confortable distribution avec Burt Lancaster, Richard Harris, Ingrid Thulin, Alida Valli et même O.J. Simpson. Mais surtout, à Bâle, j’ai eu le plaisir de voir à l’œuvre Sophia Loren et Ava Gardner, elles aussi à l’affiche de ce film… oubliable. Mais il me reste un joli souvenir !
CONFINEMENT J22.- Dimanche 5 avril :  En ces temps d’enfermement, l’abus d’infos est clairement nuisible à la santé mentale. Cependant, j’écoute quand même la radio le matin entre le café et les tartines. Et ça fait même du bien quand Augustin Trapenard, en panne forcée de son Boomerang, confie ses Lettres d’intérieur. Ancien journaliste à Libération (pour lequel il couvrit le procès Barbie) passé aujourd’hui au Canard enchaîné (où il tient La boîte aux images), Sorj Chalandon a dédié une lettre aux femmes battues… A la manière d’une variation sur Les passantes de Georges Brassens. J’ai dressé l’oreille car le poète sétois figure au sommet de mon panthéon musical… Brassens trotte dans la tête de Chalandon : « À celles qui sont déjà prises / Et qui, vivant des heures grises / Près d’un être trop différent / Vous ont, inutile folie / Laissé voir la mélancolie/ D’un avenir désespérant. » Et le journaliste-écrivain s’adresse, je cite, « À vous, qui cachez aux autres vos yeux meurtris derrière des sourires tristes. À vous, qui prétendez une fois encore vous être cognées contre un meuble. À vous, qui redoutez que sa main se transforme en poing… » Oui, les femmes battues sont doublement victimes du confinement…
Dans le poste, on entend aussi une soignante, interviewée dans un hôpital d’Ile-de-France, dire : « Bientôt, ici, ce sera Mulhouse ! » On voit évidemment ce qu’elle veut dire mais, comme promo de la ville, ça fait bizarre, quand même…
Park RowA propos de médias, voyez donc Violences à Park Row que Samuel Fuller tourna, en 1952 et qui raconte l’aventure de Phinéas Mitchell, un journaliste qui rêve de créer son propre journal… A 12 ans, Sam Fuller vendait des journaux dans la rue. A 17 ans, il était reporter chargé des affaires criminelles au New York Evening Graphic. A la fin de sa vie, il confiera que son rêve était de diriger un journal. Le cher Sam savait de quoi il parlait en filmant ce poème épique à la gloire de la linotype, du journalisme et de la démocratie…
CONFINEMENT J23.- Lundi 6 avril : Tant pis pour la tradition… Et d’ailleurs le dimanche des Rameaux méritait bien une (petite) célébration… gourmande. C’est ainsi qu’un lamala a été sacrifié au petit-déjeuner dominical. Il faut bien dire que cette délicate génoise en forme de petit agneau, est délicieuse avec un bol de café.
Quand j’étais gamin, le lamala était déjà incontournable et il n’aurait pas été concevable, dans ma famille, de rater ce rituel pascal réalisé dans des moules en terre cuite traditionnelle alsacienne. Il paraît que l’origine de cette pâtisserie remonte au XIXe siècle et sans doute répondait-elle à la nécessité d’écouler le stock d’oeufs prohibés et donc accumulés par les ménagères et les pâtissiers tout au long du Carême. La tradition du jeûne s’est perdue au fil des années mais le lamala, dodu, moelleux et parfois planté d’une petite bannière dorée sur son dos, est fort heureusement, resté ! Gageons que les pâtissiers-confiseurs-chocolatiers, mis à mal par le confinement et dont les entreprises tournent au ralenti, rebondiront, un peu, avec les lamalas. Car, pour la chasse pascale aux œufs en chocolat, ça paraît singulièrement compromis.
Ce week-end, les Parisiens devaient entamer leurs vacances scolaires de Pâques. Et quand les Parisiens sont en vacances, on le sait. Car la radio ne se prive pas, depuis les PC circulation, de nous donner de l’info trafic en continu. Mais là, Castaner avait prévenu : pas question de migration pascale. On reste chez soi. Combien, au mépris des consignes élémentaires de confinement, auront tenté de prendre quand même la route ?
Mari CoiffeuseSi vous avez envie de vous évader dans la pure fantaisie, dans le rêve à l’état pur, regardez donc Le mari de la coiffeuse (1990). Patrice Leconte, avec la complicité d’un Jean Rochefort jamais aussi foutraque et d’une Anna Galiéna voluptueuse à souhait, a réussi une comédie à la fois drôle et triste, poétique et barrée sur un magnifique amour fou !
CONFINEMENT J24.- Mardi 7 avril : Ce mardi soir, je devais retrouver la salle 6 du Palace pour l’avant-dernière séance de mon Ciné-Cycles… Même s’il s’agit déjà de ma sixième saison, il y a toujours un petit trac quand il s’agit de prendre la parole… Et j’ai l’impression qu’il y a une éternité que le fidèle cercle des cinéphiles s’était retrouvé pour l’admirable Louloude Pabst. Nous étions moins nombreux que d’habitude. Le virus faisait déjà des ravages et les salles de cinéma n’allaient pas tarder à fermer leurs portes… A 19h30 comme de coutume, j’aurai présenté Sans toit ni loi, l’un des plus attachants films d’Agnès Varda, disparue en mars 2019.
C’est de mars à mai 1985 que Varda tourne Sans toit ni loi à Nîmes et dans les environs. Une jeune femme est retrouvée morte de froid près d’une vigne. C’est une vagabonde, Mona. La cinéaste explique, off, avoir interrogé des gens qui l’ont rencontrée, pour reconstituer « les dernières semaines de son dernier hiver ».
Une alternance de flashbacks et de témoignages dessine alors par fragments le parcours sans but de Mona sur les routes de l’Hérault et du Gard, et son quotidien de débrouille, entre campements en rase campagne et petites mendicités pour obtenir de l’eau, du pain ou, parfois, un toit provisoire.
Sans Toit ni loiCouronné du Lion d’or à Venise, Sans toit ni loi est certainement l’une des meilleures portes d’entrée dans l’œuvre de Varda, le film où son style apparaît le plus clairement, dans une forme à la fois systématique et surprenante. Sa « cinécriture » est faite de grands et de petits gestes, de lignes générales et d’effets de détail. Pour incarner Mona, Varda hésita entre une véritable vagabonde ou… Sandrine Bonnaire. L’actrice a 17 ans et la cinéaste lui explique : « C’est une fille qui pue, qui dit merde à tout le monde et jamais merci. » Ensemble, elles feront un touchant bijou de cinéma.
CONFINEMENT J25.- Mercredi 8 avril :  Lorsque Pussy Galore décline, les yeux dans les yeux, son identité à James Bond, 007 lâche un « I must be dreaming ! ». C’est à la minute 52 de Goldfinger et le réalisateur Guy Hamilton restait ainsi fidèle au goût de Ian Fleming, le père littéraire de l’espion, pour les sous-entendus sexuels et les allusions à double sens réservées à un lectorat averti… Car Pussy Galore, dans sa traduction littérale, veut simplement dire : « Chatte à gogo ». On comprend que Bond se mette instantanément à rêver…
Pussy Galore est partie, l’autre jour, au paradis des James Bond Girls et, avec elle, son interprète Honor Blackman, disparue de mort naturelle à l’âge de 94 ans dans la verdoyante campagne du Sussex.
Parce que la saga s’est toujours voulue « grand public », Broccoli et Saltzman, les légendaires producteurs, redoutent alors les classements « interdit aux moins de 13 ans ». Pas question de s’aliéner le pudibond marché américain ! United Artists suggère de transformer Pussy Galore en Kitty Galore. Quand même plus décent…
Tandis que Ian Fleming tient absolument à conserver le nom de son héroïne, Tom Carlile, un publicitaire astucieux, a l’idée de génie. Il s’arrange pour faire prendre en photo Honor Blackman avec le prince Philip lors de la première du film en Angleterre, le 17 septembre 1964. Puis il inonde les journaux du pays de la photo avec la légende : « Pussy et le prince ». Les censeurs étaient court-circuités. Si « Pussy » n’avait pas choqué la royauté, alors…
Honor BlackmanLa belle Honor sera Miss Galore pour l’éternité bondienne même si le pesronnage de Cathy Gale dans la série Chapeau melon et bottes de cuir lui valut une belle renommée aussi…
Troisième long-métrage de la saga officielle, Goldfinger est, de l’avis général, considéré comme le meilleur des Bond. Et ce fut aussi une sacrée machine à cash, rapportant, inflation comprise, 927 millions de dollars. Par ailleurs, disait Malraux, le cinéma est aussi une industrie
CONFINEMENT J26.- Jeudi 9 avril : Et vous, comment ça va ? C’est sans doute la question la plus régulièrement posée au téléphone, ces temps-ci. Pour garder ou se remonter le moral, on se raconte des histoires qui font du bien… Tiens, une amie de la voisine connaît une soignante de Moenchsberg qui lui a dit qu’un lit, libéré par un patient rentré chez lui, était resté vide toute une journée…
Je ne sais pas si ça fait du bien mais, l’autre jour, dans L’Alsace, il y avait un encarté publicitaire au centre du journal. En temps normal, on ne prête guère d’attention à ce genre de détail. Mais là, on se dit que -allez savoir- c’est peut-être un signe de reprise économique si la société Walter Stores & Volets (pub gratuite) propose ses pergolas à stores intégrés, fabrication 100% française…
Ceux qui ne se plaignent pas trop, ces temps-ci, ce sont les marchands de tabac. Selon la Confédération nationale des buralistes, les ventes de tabac ont augmenté de 30% en France. On se dit que c’est bien normal avec le stress lié au confinement. En fait, le phénomène vient de la fermeture des frontières qui empêche les fumeurs d’aller faire leurs courses ailleurs… N’ayant pas d’autre choix, ils sont de retour dans les tabacs bien de chez nous…
SacrificeCôté fumette, on lit aussi les propos d’un surveillant de la maison centrale d’Ensisheim qui laisse entendre que la consommation de shit est de nature à apaiser les tensions dans un milieu carcéral qui, on le devine, ressemble à un cocotte-minute. Habituellement, on glisse pudiquement sur ce genre de constat. Là encore, le confinement est passé par là.
En feuilletant des bouquins de cinéma, j’ai mis la main sur un ouvrage consacré à Andreï Tarkovski. Le cinéaste russe (1932-1986) auteur de Stalker et du Sacrifice disait : « Plus il y a de mal dans le monde, plus il y a de raisons de faire du beau. C’est plus difficile sans doute mais c’est aussi plus nécessaire ».
CONFINEMENT J27.- Vendredi 10 avril : Quand le printemps est là et que le confinement s’impose, de quoi est-on (entre autres) privé ? Du plaisir, dans la rue, de regardez voler les jupes des filles. Propos de vil macho, évidemment. Il paraît que, dans le commerce (en ligne, je suppose), ce sont plutôt les petits hauts qui ont le vent en poupe. Pourquoi donc ? A cause du télétravail. On peut en effet faire une visioconférence avec un ravissant petit top soigneusement bien cadré et être en pyjama hors cadre. Ou en slip kangourou. Ou en petite culotte de dentelles… Ce que personne ne verra. Ah, le confinement réserve parfois de ces surprises. D’ailleurs, ceux qui bricolent, souvent avec beaucoup d’humour et d’inventivité, ces petits films rigolos qu’on se passe sur les réseaux sociaux, ont déjà largement brodé là-dessus. Il y a aussi les champions des faux dialogues qui réussissent à faire disserter les Tontons flingueurs sur le virus… Un chantre de la chloroquine, devenu le docteur Rajoult, bien perruqué de longs cheveux blancs, y est allé, lui, de quelques conseils. A ne suivre sous aucun prix ! Gare aux mauvais conseils des faux experts qui mêlent le thé chaud idéal contre le virus avec trois gouttes essentielles de perlin-pimpin sur le poignet.
PangolinLa bonne nouvelle, c’est que ce bon vieux pangolin (dont la majorité de l’humanité a découvert l’existence avec la crise sanitaire) serait complètement innocent. On sait que ce petit extraterrestre en armure, mammifère le plus ciblé au monde par les braconniers, finissait volontiers dans la gamelle des Chinois ou dans les onguents de la médecine traditionnelle. Ce ne serait donc pas lui qui, le premier, aurait transmis le virus à l’homme. Mais alors qui si ce n’est cette surprenante bestiole originaire d’Afrique et d’Asie du sud-est au look préhistorique avec ses griffes recourbées et son armure d’écailles ? Alors qui a fait le coup ? On a bien une petite idée… Quand il se sent en danger, le pangolin, lui, se roule en boule. On a parfois envie de faire comme lui…
CONFINEMENT J28.- Samedi 11 avril : Pour demeurer dans la tonalité naturaliste d’hier, le confinement est parvenu à me transformer en ornithologue (très) amateur. J’avoue que le vol des piafs ne me passionnait pas plus que les arcanes de la boule lyonnaise. Je dis ça parce qu’en ce temps de disette sportive, des chaînes sportives passent cette variante de la pétanque. Mais je vais peut-être me faire arracher les oreilles par les thuriféraires de la « longue ». Qu’importe, ce n’est pas le sujet. Revenons à nos moutons, pour l’occasion les volatiles qui s’égayent sous mes fenêtres. De loin en loin, voici l’élégant vol circulaire d’une cigogne ou le passage planant d’un héron. Les corbeaux vont en groupe et ces oiseaux souvent considérés comme de malheur, peut-être à cause de leur cri lugubre, ont cependant une belle tenue quand, immobile, le bec puissant bien dressé, ils contemplent on ne sait quel horizon… Une ravissante mésange au dessus du crâne d’un joli bleu vient parfois, d’une branche voisine, me regarder écrire. Si l’on ne tient pas compte des hélicoptères, autres objets volants, le plus étonnant, c’est quand même le pigeon ramier. Massif, presqu’épais, columba palumbus (oui, j’ai cherché dans le dico) est tout bonnement la plus grande des espèces de pigeons européens. A côté, la tourterelle ne fait pas le poids et je songe au poète Henri Michaux qui disait : « Le relâchement des vieilles bretelles soulage moins que l’envol des jeunes tourterelles ». Voilà qui est, ma foi, bien dit.
Jason ArgonautesUn lecteur attentif de ce Journal du confinement me fait observer que si Honor Blackman a pleinement sa place dans le panthéon bondien, il convient de ne pas oublier Jason et les argonautes. Ce film de Don Chaffey (1963) qui, me dit mon interlocuteur, berça sa jeunesse cinéphile, nous vaut une bien belle prestation de Miss Blackman en déesse Hera. Sans oublier les effets spéciaux savoureusement vintage de Ray Harryhausen. Je file, de ce pas, mettre le dvd dans le lecteur…

Photos PLC – DR

Gérardmer ou le 7e art comme une fleur  

Petit coup d'oeil à l'édition 2018. Photos Ana du Parc et DR

Petit coup d’oeil à l’édition 2018.
Photos Ana du Parc et DR

Même si elles se déroulent plutôt dans l’obscurité complice de la salle de cinéma –qui demeure, jusqu’à nouvel ordre, le meilleur endroit pour voir un film- les Rencontres du cinéma sont devenues à Gérardmer aussi incontournables que la fameuse fête des Jonquilles. Pour info, ce grand classique biennal et géromois aura lieu les samedi 6 et dimanche 7 avril 2019. Juste au lendemain du baisser de rideau des 23eRencontres. Qui, elles, nul ne l’ignore, sont annuelles…
Ce rendez-vous où les professionnels et le public se côtoient en permanence, sont, durant quatre jours, l’occasion de découvrir une vingtaine de films projetés en avant-première nationale. Des films qui marqueront l’actualité cinématographique des prochains mois, qu’il s’agisse de films grand public attendus, de films art & essai ou de films à destination du jeune public.
Ces Rencontres réunissent chaque année une centaine d’exploitants de salles de cinéma de tout l’Est de la France et d’autres régions, qui découvrent ainsi les prochaines sorties, échangent leurs expériences, rencontrent les équipes venues présenter leurs films ainsi que leurs partenaires : distributeurs, institutions et prestataires dans le domaine du cinéma. Gérardmer a aussi la particularité de réunir des journalistes et des critiques de cinéma.
Après 22 éditions, les Rencontres ont évidemment pris un solide rythme de croisière… Mais point ici de paisible ron-ron car l’actualité du 7eart donne le tempo d’une manifestation qui s’ingénie à composer un plateau de qualité mais aussi à cultiver une convivialité bienvenue. Pour cela, on peut faire confiance à un attelage qui associe la ville de Gérardmer, l’Office de tourisme, les Syndicats d’exploitants de salles du Grand Est, les multiples bénévoles et la wunderteam autour de Denis Blum, Thierry Tabaraud et Jean-Marc Carpels rejoints naguère par l’ami Jean Walker entouré, cette année, d’Elie Lévy et Arnaud Toussaint…
Après 22 années de Rencontres, les chiffres sont éloquents. 2860 professionnels du cinéma sont passés par Gérardmer où 42 000 spectateurs ont vu 376 films projetés au cours de 389 séances de cinéma.
Et tout cela non-stop ! On attaque dès 9h et on enchaîne les séances de 11h, de 14h, de 17h et de 19h30. Pour un peu, on se dirait à Cannes. Sinon que les eaux du lac de Gérardmer en avril sont plus froides que la Grande bleue en mai. Bien sûr, il manque, dans la Perle des Vosges, la Croisette mais on y goûte, au-delà des films, une sympathique quiétude que le Festival méditerranéen ne connaît pas…

CŒURS ENNEMIS
Coeurs ennemis
USA (1h48) de James Kent

A Hambourg, en 1946, Rachel rejoint son mari Lewis, officier anglais en charge de la reconstruction de la ville dévastée. En emménageant dans leur nouvelle demeure, elle découvre qu’ils devront cohabiter avec les anciens propriétaires, un architecte allemand et sa fille. Alors que cette promiscuité forcée avec l’ennemi révolte Rachel, la haine larvée et la méfiance laissent bientôt place chez la jeune femme à un sentiment plus troublant encore.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Un film de « guerre » qui se penche sur une période de l’histoire passée sous silence. On risque donc d’apprendre quelque chose ! Tiré d’un best-seller international, ce drame repose aussi sur un triangle amoureux porté par Keira Knightley (Imitation Game, Colette), Jason Clarke (First Man) et Alexander Skarsgard (Melancholia, Tarzan).
Projection le mardi 2 avril à 13h30. Distributeur : Condor. Sortie en salles : 1ermai.

JOEL
Joel
Argentine (1h40) de Carlos Sorin

Ne pouvant pas avoir d’enfant, Cecilia et Diego, qui viennent d’emménager dans une petite ville de la Terre de Feu, attendent depuis longtemps de pouvoir adopter. L’arrivée soudaine de Joel, un garçon de 9 ans, va bouleverser leur vie et l’équilibre de la petite communauté provinciale.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Carlos Sorin n’est pas un inconnu dans le monde du cinéma. L’Argentin de 75 ans a notamment signé, en 2004, Bombon el perro sur un pays où les pauvres essayent de gagner quelques pesos. Le film avait un ton picaresque et une esthétique proche du néo-réalisme italien. Des arguments qui plaident assurément en sa faveur…
Projection le mardi 2 avril à 15h25. Distributeur : Paname. Sortie en salles : 10 juillet.

DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA
Dieu Existe et il s'appelle...
République de Macédoine du Nord (1h40) de Teona Strugar Mitevska

A Stip, petite ville de Macédoine, tous les ans en janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière et des centaines d’hommes plongent pour l’attraper. Bonheur et prospérité sont assurés à celui qui y parvient. Ce jour-là, Petrunya se jette à l’eau sur un coup de tête et s’empare de la croix avant tout le monde. Ses concurrents sont furieux qu’une femme ait osé participer à ce rituel…
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Quand la guerre est déclarée entre les hommes et Petrunya qui a gagné sa croix et n’envisage pas de la rendre ! Un portrait féministe autour d’une fille (Zorica Nusheva dans son premier rôle au cinéma) qui semble faible et qui va se révéler de plus en plus forte au fur et à mesure que les autres se liguent contre elle. Le prix du jury œcuménique au festival de Berlin où le film était en compétition est aussi un bon indicateur…
Projection le mardi mardi 2 avril à 17h15. Distributeur : Pyramide. Sortie en salles : 1ermai.

VENISE N’EST PAS EN ITALIE
Venise Pas en Italie
France (1h35) d’Ivan Calbérac

La famille Chamodot est fantasque et inclassable. Bernard, le père, un peu doux-dingue, fait vivre tout le monde dans une caravane, et la mère, Annie teint les cheveux de son fils Émile en blond, parce que, paraît-il, il est plus beau comme ça !!! Quand Pauline, la fille du lycée dont Émile est amoureux, l’invite à Venise pour les vacances, l’adolescent est fou de joie. Seul problème, et de taille, les parents décident de l’accompagner avec leur caravane…
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Chez les Chamodot, on demande le père ! Dame, c’est l’incontournable Benoît Poelvoorde auquel un grain de folie va très bien. Et, dans le genre allumé, Valérie Bonneton s’y entend aussi. Et tous les deux au service d’un voyage aussi rocambolesque qu’initiatique, on devrait rire. D’Ivan Calbérac (qui sera à Gérardmer en compagnie de Valérie Bonneton), on avait beaucoup aimé Irène (2001) avec une pétulante Cécile de France.
Projection le mardi 2 avril à 19h30. Distributeur : Studiocanal. Sortie en salles : 29 mai.

YULI
Yuli
Espagne (1h50) d’Iciar Bollain
Né le 2 juin 1973 à La Havane, Carlos Acosta est un hyperactif dissipé que son père, modeste chauffeur de camion, inscrit, contre son gré, à l’Ecole nationale du Ballet cubain. Avec son physique athlétique, Acosta sera comparé à Baryshnikov et Noureev. En 1994, il sera nommé danseur étoile du prestigieux Ballet nacional de Cuba…
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : C’est la réalisatrice, actrice et scénariste espagnole Iciar Bollain qui met en scène ce biopic sur la carrière du danseur étoile qui passa des rues de Cuba à la scène du Royal Ballet de Londres. Carlos Acosta joue son propre rôle. Le scénario est signé de Paul Laverty, l’habituel complice scénariste de Ken Loach.
Projection le mercredi 3 avril à 9h. Distributeur : ARP. Sortie en salles : 17 juillet.

CEUX QUI TRAVAILLENT
Ceux Qui Travaillent
Suisse (1h42) d’Antoine Russbach

Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend – seul et dans l’urgence – une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : L’excellent Olivier Gourmet, vu récemment en Cyrano dans Edmond, se glisse, ici, dans un personnage plus « quotidien » avec un homme ébranlé et trahi par un système auquel il a tout donné. Un drame sur les dessous noirs du monde du travail. Si l’on se souvient du remarquable Dans les allées, l’an dernier, alors ce drame sur l’univers du travail est prometteur. Antoine Russbach sera présent à Gérardmer.
Projection le mercredi 3 avril à 11h. Distributeur : Condor. Sortie en salles : 1erseptembre.

NOUREEV – LE CORBEAU BLANC
Noureev
Grande-Bretagne (2h02) de Ralph Fiennes

Pendant une tournée du Mariinsky à Paris, Rudolf Noureev ulcère les autorités soviétiques en écumant les nuits parisiennes après les représentations. Sommé de rentrer à Moscou, alors que le ballet part pour Londres, Noureev, le 16 juin 1961, réussit à fausser compagnie à ses gardes du KGB à l’aéroport de Paris-Le Bourget…
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Voici un focus sur un moment clé de la vie de celui qu’on surnommait le « seigneur de la danse ». En 1961, il demande en effet l’asile politique en France où il dirigera plus tard l’Opéra de Paris. Oleg Ivenko incarne Noureev (1938-1993) entouré de comédiens français comme Adèle Exarchopoulos, Raphael Personnaz ou Olivier Rabourdin. Le prolifique comédien anglais Ralph Fiennes signe ici sa troisième réalisation.
Projection le mercredi 3 avril à 14h30. Distributeur : Rezo. Sortie en salles : 19 juin.

UNE PART D’OMBRE
Part Ombre
Belgique (1h30) de Samuel Tilman

Jeune père de famille, David est un homme comblé : une femme qu’il aime, deux jeunes enfants adorables, une bande de potes soudée avec laquelle ils partent en vacances en tribu. Mais au retour de leur dernier séjour dans les Vosges, David est interrogé par la police dans le cadre d’un meurtre. Rapidement, l’enquête établit que David, sous des dehors irréprochables, n’avait pas une vie aussi lisse que ce qu’il prétendait. Même si Noël, son meilleur ami et Marco, son avocat, le soutiennent sans conditions, le doute se propage et des clans se forment.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Un thriller, c’est déjà pas mal. Mais un film noir qui se penche sur la conviction de la culpabilité d’un proche, on ne peut s’empêcher de songer au grand Hitch et à Soupçons (1941). On imagine que Cary Grant n’est pas dans le film et qu’on n’y trouve pas non plus de verre de lait (éclairé de l’intérieur) mais, en tête d’affiche, on verra Fabrizio Rongione, découvert chez les frères Dardenne dans Rosetta (1999) et fidèle du tandem belge. Un acteur au jeu très intense accompagné, ici, par Natacha Régnier. Et puis ça se passe quand même dans les Vosges ! Samuel Tilman sera présent à Gérardmer.
Projection le mercredi 3 avril à 17h. Distributeur : Destiny. Sortie en salles : 22 mai.

VICTOR ET CELIA
AVictor et Celia
France (1h31) de Pierre Jolivet

Victor et Ben, la trentaine, ont pour projet d’ouvrir leur propre salon de coiffure. Mais, rapidement leur rêve tourne dramatiquement court. Déterminé à poursuivre sa quête de liberté et d’indépendance, Victor parvient à convaincre Célia, qu’il a connue lorsqu’ils étaient encore à l’école de coiffure, de le suivre dans l’aventure. Entre leur travail respectif, les paperasses, la réglementation, les dettes, la famille… et les troubles amoureux qui resurgissent du passé, les deux jeunes associés doivent faire front commun pour surmonter tous les obstacles et tenter de mener à bien leur projet de vie.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Pierre Jolivet sortait de mois de tournage passés dans une caserne de sapeurs-pompiers où il avait mis en scène Les hommes du feu et avait envie de changer de registre. Une rencontre au coin de sa rue avec les deux propriétaires trentenaires d’un salon de coiffure a fait le reste… On connaît bien Jolivet (qui viendra à Gérardmer) pour des films comme Fred (1996) ou Ma petite entreprise (1999). Arthur Dupont et Alice Belaïdi disposent, eux, d’un vrai capital de sympathie sans oublier le sourire craquant de Bérengère Krief…
Projection le mercredi 3 avril à 19h30. Distributeur : Apollo. Sortie en salles : 24 avril.

NOUS FINIRONS ENSEMBLE
Nous Finirons Ensemble
France (1h50) de Guillaume Canet

Quand Max, Marie, Vincent, Eric, Véronique, Isabelle, Antoine et les autres se retrouvent pour de nouvelles aventures, de nouvelles embrouilles, de nouvelles accolades, de nouveaux coups de gueule, de nouveaux accidents…
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Pas besoin de faire un dessin. Voilà un bout de temps qu’on savait que Guillaume Canet allait donner une suite à ses Petits mouchoirs. Le réalisateur fait vivre de nouvelles vacances sur le bassin d’Arcachon à un casting « deluxe » :  François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Laurent Lafitte, Benoît Magimel, Pascale Arbillot, Clémentine Baert, Valérie Bonneton et José Garcia. En 2010, Les petits mouchoirs avait drainé les spectateurs (5,4 millions d’entrées) et largement partagé la critique. Alors, forcément, on attend de voir… le film (peut-être) le plus attendu des 23eRencontres.
Projection le jeudi 4 avril à 9h. Distributeur : Pathé. Sortie en salles : 1remai.

L’AUTRE CONTINENT
Autre Continent
France (1h 30) de Romain Cogitore

Maria a 30 ans, elle est impatiente, frondeuse, et experte en néerlandais. Olivier a le même âge, il est lent, timide et parle quatorze langues. Ils se rencontrent à Taïwan. Et puis soudain, la nouvelle foudroyante. C’est leur histoire. Celle de la force incroyable d’un amour. Et celle de ses confins, où tout se met à lâcher. Sauf Maria.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Enfants de Lapoutroie, les frères Cogitore sont tous les deux de beaux artistes. Clément est plasticien et cinéaste tout comme son cadet Romain. Après un premier long, Nos résistances en 2011, Romain signe, ici sa seconde fiction et embarque Paul Hamy (découvert dans Suzanne de Katell Quillévéré) et Deborah François (révélée par L’enfant des Dardenne) dans une folle histoire de passion. Un film où la beauté des paysages le dispute à la coexistence de l’amour et de la menace de l’oubli. Deborah François et Romain Cogitoire seront à Gérardmer.
Projection le jeudi 4 avril à 11h30. Distributeur : Sophie Dulac. Sortie en salles : 5 juin.

TREMBLEMENTS
Tremblements
Guatemala (1h40) de Jayro Bustamante

Pablo, 40 ans, est un « homme comme il faut », religieux pratiquant, marié, père de deux enfants merveilleux. Quand Il tombe amoureux de Francisco, sa famille et son Église décident de l’aider à se « soigner ». Dieu aime peut-être les pécheurs, mais il déteste le péché.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Le cinéma guatémaltèque n’est sans doute pas le plus connu sur la planète cinéma. Excellente raison donc d’aller à sa découverte. D’autant que son sujet résonne, lui, d’accents passablement actuels. On songe évidemment à un autre film, américain lui, qui aborde la même thématique : Boy Erased. Temblores (en v.o.) est le second long-métrage de Jayro Bustamante qui a notamment étudié le cinéma au Conservatoire libre du cinéma français à Paris.
Projection le jeudi 4 avril à 17h. Distributeur : Memento. Sortie en salles : 1ermai.

ROXANE

Roxane
France (1h25) de Mélanie Auffret

Que vient faire Cyrano de Bergerac chez un éleveur de poules bios en Bretagne ? C’est bien le problème de Raymond, qui a toujours tenu cachée sa passion pour le théâtre. Mais lorsque, dos au mur, il est menacé de faillite, il décide de tenter le tout pour le tout. Son idée aussi folle que désespérée : mettre en scène ses poules, dont son « actrice » fétiche Roxane, pour créer le buzz sur les réseaux sociaux et sauver avec panache sa ferme, sa famille et son couple.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : C’est dans le centre-Bretagne et ses fermes que la cinéaste, originaire de Vannes où ses grands-parents étaient agriculteurs, a eu l’idée de cette comédie qui apparaît gentiment délirante. Mais de fait, c’est avant tout une aventure humaine, celle d’un homme qui est sur le point de tout perdre et qui ne veut pas se résigner, que raconte ce premier film. De plus, dans le rôle de Raymond, entre tendresse et bienveillance, Guillaume de Tonquédec révèle une nouvelle facette de son talent. Mélanie Auffret et Guillaume de Tonquédec seront à Gérardmer.
Projection le jeudi 4 avril à 19h30. Distributeur : Mars. Sortie en salles : 12 juin.

GRETA
Greta
Irlande (1h40) de Neil Jordan

Quand Frances trouve un sac à main égaré dans le métro de New York, elle trouve naturel de le rapporter à sa propriétaire. C’est ainsi qu’elle rencontre l’excentrique Greta, aussi solitaire que mystérieuse. L’une ne demandant qu’à se faire une amie et l’autre fragilisée par la mort récente de sa mère, les deux femmes vont vite se lier d’amitié comblant ainsi les manques de leurs existences… Mais les intentions de Greta sont-elles bien honorables ?
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : A 69 ans, l’Irlandais Neil Jordan a déjà une belle carrière derrière lui avec des films comme Mona Lisa (1986), Entretien avec un vampire (1994), Michael Collins (1996). Pour ce thriller, il réunit deux belles actrices : l’Américaine Chloé Grace Moretz, vue, l’an dernier, dans Suspiria et notre Isabelle Huppert nationale toujours prête à relever des challenges à l’international. Elle est, ici, une prof de piano veuve et solitaire qui se révèle inquiétante. Comme l’hameçon sur l’affiche l’indique, on risque fort de se faire accrocher.
Projection le vendredi 5 avril à 9h45. Distributeur : Metropolitan. Sortie en salles : 12 juin.

MAIS VOUS ETES FOUS
Mais vous etes fous
France (1h35) d’Audrey Diwan

Roman aime Camille, autant qu’il aime ses deux filles. Mais il cache à tous un grave problème d’addiction, qui pourrait mettre en péril ce qu’il a de plus cher. L’amour a-t-il une chance quand la confiance est rompue?
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Ecrivaine d’origine libanaise, Audrey Diwan a été éditrice chez Denoël, journaliste et scénariste, notamment pour son compagnon Cédric Jimenez (Aux yeux de tous en 2010, La French en 2012 ou HHhH en 2015). Avec ce drame de la drogue qui possède l’intensité d’un thriller, la cinéaste propose aussi une réflexion sur le couple, sur le doute, sur l’amour pollué par un fait extérieur, voire même le désamour. On retrouve, ici, deux beaux acteurs, Pio Marmaï dans un personnage complètement abandonné pour qui tout s’effondre et Céline Sallette pour laquelle le personnage de Camille a été écrit… Audrey Diwan sera présente à Gérardmer.
Projection le vendredi 5 avril à 11h45.Distributeur : Wild Bunch. Sortie en salles : 24 avril.

LES CREVETTES PAILLETTEES
Crevettes pailletées
France (1h43) de Cédric Le Gallo et Maxime Govare

Après avoir tenu des propos homophobes, Matthias Le Goff, vice-champion du monde de natation, est condamné à entraîner Les Crevettes Pailletées, une équipe de water-polo gay, davantage motivée par la fête que par la compétition. Cet explosif attelage va alors se rendre en Croatie pour participer aux Gay Games, le plus grand rassemblement sportif homosexuel du monde. Le chemin parcouru sera l’occasion pour Matthias de découvrir un univers décalé qui va bousculer tous ses repères et lui permettre de revoir ses priorités dans la vie.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Au premier coup d’œil, on se demande s’il s’agit d’un remake du Grand bain de Lellouche. Mais non. Le film est inspiré de la véritable équipe de water-polo gay avec laquelle Cédric Le Gallo parcourt le monde depuis sept ans, de tournois en tournois, dont les derniers Gay Games. Conscient de vivre une aventure unique qui a changé sa vie, le co-réalisateur a eu envie de défendre des valeurs qui l’animent avec ses coéquipiers: la liberté, le droit à la différence et à l’outrance et surtout le triomphe de la légèreté sur la gravité de la vie. Et si on tenait là le film le plus joyeusement barré des Rencontres ? « Les Gay Games, dit le dossier de presse, c’est comme les JO, en moins chiant et avec que des beaux mecs. » Une grande partie de l’équipe du film sera présente à Gérardmer.
Projection le vendredi 5 avril à 14h45. Distributeur : Universal. Sortie en salles : 8 mai.

JE VEUX MANGER TON PANCREAS
Je veux manger ton pancréas
Japon (1h49) de Sho Tsukikawa

Sakura est une lycéenne populaire et pleine de vie. Tout l’opposé d’un de ses camarades solitaires qui, tombant par mégarde sur son journal intime, découvre qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre à cause d’une maladie du pancréas… Unis par ce secret, ils se rapprochent et s’apprivoisent. Sakura lui fait alors une proposition : vivre ensemble toute une vie en accéléré, le temps d’un printemps. Peu de temps après avoir passer du temps avec elle, elle décède. 12 ans plus tard, le narrateur est devenu professeur dans son ancien lycée sur les conseils de cette dernière. Kyoko, qui était une amie proche de Sakura, va bientôt se marier. L’occasion pour les deux adultes de se remémorer le temps où Sakura était en vie et a impacté leur vie.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Au moins, on retiendra le titre ! Mais attention, rien à voir avec une nouvelle variation de Cannibal Holocaust. Voici en effet une romance dramatique qui, à travers le temps, célèbre des amours de jeunesse trop vite brisées par la mort. « La valeur de chaque jour pour moi qui suis en phase terminale et celle pour toi sont exactement pareilles » dit le personnage de Sakura. Il est probable qu’on entende des reniflements dans le noir de la salle…
Projection le vendredi 5 avril à 17h45. Distributeur : Art House. Sortie en salles : 21 août.

LUNE DE MIEL
Lune de Miel
France (1h28) d’Elise Otzenberger

Jeune couple de Parisiens aux origines juives polonaises, Anna et Adam partent pour la première fois de leur vie en Pologne. Ils ont été invités à la commémoration du soixante- quinzième anniversaire de la destruction de la communauté du village de naissance du grand-père d’Adam. Si Adam n’est pas très emballé par ce voyage, Anna est surexcitée à l’idée de découvrir la terre qui est aussi celle de sa grand-mère. Enfin… d’après le peu qu’elle en connaît.
CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : A travers l’aventure de deux personnages (incarnés par Judith Chemla et Arthur Igual) à la recherche de leurs origines dans un voyage plein de surprises, durant lequel ils ne trouveront pas exactement ce qu’ils sont venus chercher, la cinéaste (qui a, elle-même, accompli ce voyage vers un shtetl de Pologne) s’interroge sur les racines et ce qu’on en fait. « Bien sûr, dans toutes les familles, dit la cinéaste, il y a des secrets, des histoires non transmises. Mais dans les familles juives, quand on comprend pourquoi les parents se sont tus, cela ramène très fort des fantômes. Et peut alors surgir le sentiment que ça aurait pu aussi tomber sur nous, la conscience d’être une rescapée. » Elise Otzenberger, dont c’est le premier film, sera présente à Gérardmer.
Projection le vendredi 5 avril à 19h30. Distributeur : Le Pacte. Sortie en salles : 12 juin.

MODE D’EMPLOI

Tarifs :
6 euros la séance
15 euros : Pass Journée (valable mardi, mercredi, jeudi ou vendredi)
38 euros : Pass Rencontres (valable du mardi au vendredi inclus)

Pour réserver

Actuellement : Office de Tourisme Intercommunal des Hautes Vosges – 4, place des Déportés – 88400 Gérardmer. Tel. 03 29 27 27 27 – info@gerardmer.net
A partir du 3 avril, de 11h à 12h et à partir de 13h30 : Cinéma du Casino – 3, avenue de la ville de Vichy Gérardmer.
Toutes les projections (sauf exceptions indiquées dans le programme des Rencontres) ouvertes au public ont lieu au Cinéma du Casino.
Les détenteurs de Pass ou d’invitation doivent obligatoirement retirer au préalable leur place à la caisse du cinéma du Casino.
L’entrée à une séance publique se fait dans la limite des places disponibles. Selon les séances, pensez à prendre vos dispositions et réserver vos places en amont.
Les Pass et les invitations à une séance ne sont en aucun cas prioritaires.

Site des Rencontres : www.rencontres-du-cinema.com

Affiche2019 Gérardmer

Gérardmer: des films comme des jonquilles  

Comme les jonquilles (même si la traditionnelle, réputée, biennale et prochaine fête géromoise n’aura lieu qu’en 2019), les films vont, eux, fleurir dans cette autre fête printanière que sont les Rencontres du cinéma de Gérardmer…

Cette manifestation professionnelle destinée, au départ, aux distributeurs, aux exploitants et aux fournisseurs venus du Grand Est, voire d’au-delà, s’est très rapidement ouverte au grand public. Pour lequel, c’est évidemment une aubaine de déguster, en quatre jours, une vingtaine de films, tous présentés en avant-premières. Dès le (petit) matin et jusqu’au soir, on se bouscule (aimablement !) dans la salle du Casino Joa…

Dans le domaine, Gérardmer a joué les pionniers et la réussite des rencontres du bord du lac a essaimé aux quatre vents, suscitant des manifestations similaires en Bretagne, dans le nord (Arras) ou dans le sud (Avignon).

Pour la 22e édition –quasiment celle de la maturité- la dream team composé de Denis Blum, Jean-Marc Carpels et Thierry Tabaraud, maintenant rejointe par Jean Walker dans un rôle de co-organisateur, a concocté un programme alléchant où le thème de la famille sera largement décliné… Qu’on en juge !

LES ANGES PORTENT DU BLANC

Anges Portent du  Blanc

Chine (1h47) de Vivian Qu

Dans une modeste station balnéaire, deux collégiennes sont agressées dans un motel par un homme d’âge mûr. Mia, l’adolescente qui travaillait à la réception, est la seule témoin. Elle ne dit rien par crainte de perdre son emploi. Par ailleurs, Wen, l’une des victimes, 12 ans, comprend que ses problèmes ne font que commencer…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Dans une production chinoise abondante, Vivian Qu est loin d’être une inconnue. Elle a d’abord produit des films souvent primés dans des festivals (Black Coal, présenté par le passé à Gérardmer, a décroché l’Ours d’or à Berlin en 2014) avant de passer, en 2013 à la réalisation. Les anges… est sa seconde réalisation qui fut, l’an dernier, en compétition à la Mostra de Venise. Elle signe ici un drame social très réaliste sur la marchandisation des corps féminins.

Projection le mardi 3 avril à 14h45. Distributeur : Rezo. Sortie en salles : 2 mai.

BIENVENUE EN SICILE

Bienvenue en Sicile

Italie (1h39) de Pif

New York, 1943. Arturo rêve d’épouser la belle Flora, déjà promise à un chef de la mafia new-yorkaise. La seule façon d’obtenir sa main est de la demander directement à son père, resté en Sicile. Arturo s’engage alors dans l’armée américaine. Il est loin d’imaginer que l’armée a scellé un pacte avec la mafia pour assurer le débarquement en Italie…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Remarqué pour La mafia tue seulement en été (2013), Pierfrancesco Diliberto alias Pif revient encore à cette Sicile qui lui est chère et où il est né avec une œuvre ancrée dans le passé mais qui s’intéresse à un sujet toujours d’actualité : le pouvoir mafieux en Sicile. Comédie sur fond historique, In Guerra per amore (en v.o.) raconte comment les Américains venus délivrer l’île du joug de Mussolini, finiront par donner des postes importants… à la mafia locale.

Projection le mardi 3 avril à 17h. Distributeur : Saje. Sorties en salles : 23 Mai.

JE VAIS MIEUX

Je Vais Mieux

France (1h26) de Jean-Pierre Ameris

Laurent, un quinquagénaire, est victime d’un mal de dos fulgurant. Tous les médecins, les radiologues et les ostéopathes du monde ne peuvent rien pour lui : la racine de son mal est psychologique. Mais de son travail, de sa femme ou de sa famille, que doit-il changer pour aller mieux ?

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Après deux comédies (Les émotifs anonymes et Une famille à louer) reposant sur des scénarios originaux, Jean-Pierre Améris adapte, ici, le roman éponyme de David Foenkinos. Mais Jean-Pierre Ameris (qui viendra à Gérardmer) reste fidèle à ses personnages d’inhibés en proie à des blocages. Le psychologue du film le dit : « Le corps, ce trésor qu’on oublie trop souvent, nous parle et il faut l’écouter car c’est comme une sonnette d’alarme ». Eric Elmosnino, Ary Abittan, Judith El Zein ou Alice Pol la tirent pour nous…

Projection le mardi 3 avril à 19h30. Distributeur : EuropaCorp. Sortie en salles : 30 mai.

GUERNESEY

Guernesey

Grande-Bretagne (2h03) de Mike Newell

Londres, 1946. Juliet Ashton, jeune écrivaine en manque d’inspiration, reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de littérature de Guernesey créé durant l’Occupation. Curieuse d’en savoir plus, Juliet décide de se rendre sur l’île et rencontre alors les excentriques membres du « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » dont Dawsey, le charmant et intriguant fermier à l’origine de la lettre. Leurs confidences, son attachement à l’île et à ses habitants ou encore son affection pour Dawsey changeront à jamais le cours de sa vie.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Réalisateur d’un Harry Potter (Harry Potter et la coupe de feu en 2005), l’Anglais Mike Newell est connu du grand public pour avoir mis en scène, en 1994, Quatre mariages et un enterrement. Il adapte, ici, le roman épistolaire de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows qui fut un best-seller international. Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de papates aborde des thèmes comme la magie de la lecture, la découverte de soi, la rencontre de l’autre, la loyauté et le courage… Lily James incarne avec charme Juliet Ashton.

Projection le mercredi 4 avril à 9h (séance réservée aux professionnels). Distributeur : Studiocanal. Sortie en salles : 13 juin.

GUY

France (1h41) d’Alex Lutz

A la mort de sa mère, Gauthier, un jeune journaliste, retrouve une lettre suggérant qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française de 72 ans ayant eu son heure de gloire dans les années 70 avec un tube intitulé Caresse. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : On connaît bien le Strasbourgeois Alex Lutz pour sa savoureuse incarnation de Catherine dans la shortcom Catherine et Liliane sur Canal+. Mais Alex Lutz a d’abord fait ses armes au théâtre, passant aussi par le cinéma (on le remarque comme fils de nazi dans OSS 117 : Rio ne répond plus) et le on man show avant de venir, en 2015, à la réalisation avec Le talent de mes amis dont il interprète aussi le premier rôle. Il est aussi en tête d’affiche de sa seconde réalisation où son personnage de Guy est entouré notamment de Tom Dingler, Pascale Arbillot ou Brigitte Roüan. Alex Lutz viendra à Gérardmer et animera, notamment, le mercredi 4 de 14h40 à 16h, salle de l’Horloge à l’Espace L.A.C. une master class avec une trentaine de lycéens géromois.

Projection le mercredi 4 avril à 11h15 (séance réservée aux exploitants et programmateurs). Distributeur : Apollo Films. Sortie en salles : 29 aout.

IN DEN GANGEN

In den Gangen

Allemagne (2h05) de Thomas Stuber

Suite à une imprudence sur un site de construction, Christian perd son emploi. Il retrouve un job comme technicien de surface dans un supermarché. Il découvre un nouveau monde : les longues allées, la manutention et l’agitation grouillante autour des caisses. Il rencontre aussi Marion qui a une dizaine d’années de plus que lui…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Avec son troisième film, Thomas Stuber était en compétition officielle à la dernière Berlinale. Il y présentait cette vraie-fausse romance qui va, peu à peu, emprunter des chemins plus amers. Le film doit beaucoup à ses interpètres. On a vu tout récemment Franz Rogowski dans Happy End de Michael Haneke. Sandra Hüller a été Inès, le personnage principal féminin de l’excellent Toni Erdmann (2016) de Maren Ade.

Projection le mercredi 4 avril à 15h. Sortie en salles : prochainement.

BENZINHO

 

Benzinho

Brésil (1h35) de Gustavo Pizzi

Irene est une mère de famille, qui traverse ce moment – compliqué pour tout parent – où son aîné devenu adulte s’apprête à quitter le foyer pour aller jouer au handball en Allemagne. Ce départ est un grand huit émotionnel, surtout qu’elle a décidé en parallèle de reprendre des études, doit gérer quatre enfants et un mari fantasque, et héberge sa sœur en pleine crise conjugale.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Les aventures de familles chaotiques font souvent de bons sujets pour les comédies cinématographiques. Ici, les tribulations d’une tribu brésilienne à Petropolis, une petite ville des environs de Rio, donnent naissance à une chronique familiale sensible et touchante de la middle-class brésilienne. En tête d’une attachante galerie de personnages, on trouve Karine Teles, véritable star au pays des cariocas.

Projection le mercredi 4 avril à 17h15. Sortie en salles : prochainement.

COMME DES GARCONS

Comme des Garçons

France (1h30) de Julien Hallard

Reims, 1969. Paul Coutard, séducteur invétéré et journaliste sportif au quotidien Le Champenois, décide d’organiser un match de football féminin pour défier son directeur lors de la kermesse annuelle du journal. Sa meilleure ennemie, Emmanuelle Bruno, secrétaire de direction, se retrouve obligée de l’assister. Sans le savoir, ils vont se lancer ensemble dans la création de la première équipe féminine de football de France.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : En s’appuyant sur l’histoire vraie d’un journaliste de L’Union de Reims qui, en 1968, eut l’idée de faire jouer des filles au foot, Julien Hallard (présent à Gérardmer en compagnie de Vanessa Guide et Mona Walravens) a imaginé, non point un simple film de sport, mais une comédie romantique mâtinée de burlesque où une secrétaire effacée (Vanessa Guide) avance vers l’émancipation et où un dragueur tête à claques (Max Boublil) s’avise qu’il ne sait pas tout sur les femmes

Projection le mercredi 4 avril à 19h30. Distributeur : Mars Films. Sortie en salles : 25 avril.

TAD ET LE SECRET DU ROI MIDAS

Tad Midas

Espagne (1h26) d’Enrique Gato et David Alonso

Tad l’explorateur part à Las Vegas pour voir la dernière découverte de son amie Sara, intrépide et charmante archéologue. Celle-ci a trouvé l’un des trois anneaux d’or appartenant au collier du Roi Midas ! Selon la légende, le détenteur du collier a le pouvoir de transformer tout ce qu’il touche en or. Lors de la présentation au public, tout bascule : l’infâme Jack Rackham et sa bande volent le joyau et kidnappent Sara. Pour retrouver son amie, Tad se lance dans une folle aventure autour du globe…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Cinq ans après Tad l’explorateur : à la recherche de la cité perdue, les réalisateurs espagnols retrouvent leur maladroit aventurier. Une parodie de films d’aventure en animation, avec une bonne dose d’humour et des références souvent drôles, ainsi, celle à Apocalypse Now. Le rythme est bon, l’animation aussi et l’univers graphique tient la route.

Projection le jeudi 5 avril à 9h15 (salle de la M.C.L.). Distributeur : Paramount. Sortie en salles : 16 mai.

OTAGES A ENTEBBE

Otages à Entebbe

Grande-Bretagne (1h47) de José Padilha

Le 27 juin 1976, le vol Air France 139, venant de Tel Aviv et transportant 246 passagers et douze membres d’équipage, décolle d’Athènes pour rejoindre Paris. Peu après le décollage, le vol est détourné par quatre terroristes. Les preneurs d’otages, deux membres du Front populaire de Libération de la Palestine et deux Allemands membres des Revolutionäre Zellen prennent le commandement de l’avion et le détournent vers Benghazi en Libye. Après sept heures d’attente, l’avion redécolle pour se poser sur l’aéroport d’Entebbe en Ouganda. Dans la nuit du 3 au 4 juillet, les forces israéliennes donnent l’assaut…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Le raid d’Entebbe a déjà donné lieu à diverses adaptations au cinéma et à la télévision. Dans cette nouvelle version, le cinéaste brésilien met en scène deux histoires parallèles autour du raid, suivant, d’un, les terroristes et la manière dont les otages ont pu les faire douter et, de deux, s’attachant aux implications politiques de la négociation et à l’avenir de figures comme Yitzhak Rabin ou Shimon Peres.

Projection le jeudi 5 avril à 9h15. Distributeur : Orange Studio. Sortie en salles : 25 avril.

Big Bang

BIG BANG

France (1h38) de Cecilia Rouaud

Gabrielle est « statue » pour touristes, au grand dam de son fils ado. Elsa est en colère contre la terre entière et désespère de tomber enceinte. Mao est un game designer de génie chroniquement dépressif qui noie sa mélancolie dans l’alcool et la psychanalyse. Ils sont frère et sœurs mais ne se côtoient pas. Surtout pas. Il faut dire que leurs parents, Pierre et Claudine, séparés de longue date, n’ont vraiment rien fait pour resserrer les liens de la famille… Pourtant, au moment de l’enterrement du grand-père, ils vont devoir se réunir, et répondre, ensemble, à la question qui fâche : « Que faire de Mamie ? »

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Cinq ans après la sortie de son premier long métrage Je me suis fait tout petit, la réalisatrice retrouve Vanessa Paradis en compagnie de Camille Cottin, Pierre Deladonchamps, Jean-Pierre Bacri et Chantal Lauby. Cécilia Rouaud (qui sera à Gérardmer avec Pierre Deladonchamps) donne une histoire où la famille est évidemment fondatrice et nécessaire mais aussi, pour beaucoup de gens, une croix lourde à porter.

Projection le jeudi 5 avril à 11h15 (séance réservée aux exploitants et programmateurs). Distributeur : SND. Sortie en salles : 5 septembre.

AMOUREUX DE MA FEMME

Amoureux de ma femme

France (1h24) de Daniel Auteuil

Daniel est très amoureux de sa femme, mais il a beaucoup d’imagination et un meilleur ami parfois encombrant. Lorsque celui-ci insiste pour un diner « entre couples » afin de lui présenter sa toute nouvelle et très belle amie, Daniel se retrouve coincé entre son épouse qui le connaît par coeur et des rêves qui le surprennent lui-même.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Acteur au long cours, Daniel Auteuil (qui sera présent à Gérardmer) est aussi passé derrière la caméra pour réaliser La fille du puisatier (2011), Marius (2013) et Fanny (2013). Pour sa quatrième mise en scène, Auteuil a réuni un beau casting avec Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain et Adriana Ugarte. Avec le personnage de Daniel, Auteuil s’offre un homme à l’imagination débordante et qui a bien du mal à dissimuler ses pensées…

Projection le jeudi 5 avril à 14h30. Distributeur : Sony Pictures. Sortie en salles : 25 avril.

THE CAKEMAKER

Cakemaker

Allemagne (1h25) d’Ofir Raul Graizer

Jeune pâtissier allemand, Thomas a une liaison avec Oren, un homme marié israélien qui se rend régulièrement à Berlin en voyage d’affaires. Quand Oren meurt dans un accident de voiture, Thomas se rend à Jérusalem à la recherche de réponses concernant sa mort. Sans révéler qui il est, Thomas se glisse dans la vie d’Anat, la veuve de son amant, qui tient un petit café. Bientôt, il commence à travailler pour elle.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Pour son premier long-métrage, le cinéaste israélien Ofir Raul Gaizer distille un solide récit qui, de Berlin à Jérusalem, se penche sur des thèmes aussi forts que la religion, l’identité juive, l’homosexualité ou la situation d’un Allemand en Israël. Gaizer se refuse aussi à se conformer à toute norme sexuelle, tous les personnages cherchant avant tout à être aimés…

Projection le jeudi 5 avril à 17h. Distributeur : Damned Films. Sortie en salles : 6 juin.

UNE ANNEE POLAIRE

Annee Polaire

France (1h34) de Samuel Collardey

Pour son premier poste d’instituteur, Anders choisit l’aventure et les grands espaces: il part enseigner au Groenland, à Tiniteqilaaq, un hameau inuit de 80 habitants. Dans ce village isolé du reste du monde, la vie est rude, plus rude que ce qu’Anders imaginait. Pour s’intégrer, loin des repères de son Danemark natal, il va devoir apprendre à connaître cette communauté et ses coutumes.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Révélé en 2008 par L’apprenti, Samuel Collardey (qui sera présent à Gérardmer) a accompli plusieurs voyages au Groenland pour préparer le récit d’un instituteur qui arrive dans un village et doit y trouver sa place. Le cinéaste filme aussi une communauté, ancrée dans la ruralité, prise entre tradition et modernité. « Ce qui nous rassemble, dit Samuel Collardey, m’intéresse plus que ce qui nous différencie. Film après film, je traite toujours de la même chose : la famille, la transmission, la paternité. »

Projection le jeudi 5 avril à 19h30. Distributeur : Ad Vitam. Sortie en salles : 30 mai.

PLACE PUBLIQUE

Place_publique

France (1h38) d’Agnès Jaoui

Autrefois star du petit écran, Castro est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd’hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. Quand ils étaient jeunes, ils partageaient les mêmes idéaux mais le succès a converti Castro au pragmatisme (ou plutôt au cynisme) tandis qu’Hélène est restée fidèle à ses convictions. Leur fille, Nina, qui a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, se joint à eux. Alors que Castro assiste, impuissant, à la chute inexorable de son audimat, Hélène tente désespérément d’imposer dans son émission une réfugiée afghane. Pendant ce temps, la fête bat son plein…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : La cinquième réalisation d’Agnès Jaoui bénéficie d’une belle distribution dans laquelle on trouve l’incontournable Jean-Pierre Bacri mais aussi Lea Drucker, Kevin Azaïs, Nina Meurisse… Place publique se passe dans un jardin… privé et permet aux auteurs de se pencher sur cette nouvelle frénésie de vouloir se faire reconnaître, même de son groupe d’amis, par un like sur Facebook, qui valide le petit-déjeuner que l’on vient de filmer et de poster… Andy Warhol a eu à la fois raison et tort : ce n’est pas un quart d’heure mais une minute de célébrité auquel tout le monde prétend aujourd’hui.

Projection le vendredi 6 avril à 9h30. Distributeur : Le Pacte. Sortie en salles : 18 avril.

FOXTROT

Foxtrot

Israël (1h53) de Samuel Maoz

Michael et Dafna, mariés depuis 30 ans, mènent une vie heureuse à Tel Aviv. Leur fils aîné Jonathan effectue son service militaire sur un poste frontière, en plein désert. Un matin, des soldats sonnent à la porte du foyer familial. Le choc de l’annonce va réveiller chez Michael une blessure profonde, enfouie depuis toujours. Le couple est bouleversé. Les masques tombent.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Lion d’or à Venise pour Lebanon (2009), Samuel Maoz a remporté le Lion d’argent, cette fois, pour ce drame sur le sacrifice, la culpabilité et le deuil qui a provoqué une grosse polémique en Israël parce que la ministre de la Culture a estimé que Foxtrot donnait une mauvaise image de Tsahal. Avec la structure d’une tragédie grecque classique, le film se focalise successivement sur le père, le fils, enfin la femme, le spectateur faisant, au fil du triptyque, l’expérience d’une transformation émotionnelle. Dans le rôle de Michael, on trouve Lior Ashkenazi, l’une des stars du cinéma israélien.

Projection le vendredi 6 avril à 11h30. Distributeur : Sophie Dulac. Sortie en salles : 25 avril.

RETOUR A BOLLENE

Retour à Bollene

France (1h07) de Saïd Hamich

Nassim, 30 ans, vit à Abu Dhabi avec sa fiancée américaine. Après plusieurs années d’absence, il revient avec elle à Bollène, dans le Sud-Est de la France, où il a grandi. Nassim doit alors faire face à son passé, à sa ville sinistrée, désormais gouvernée par la Ligue du Sud, à sa famille avec laquelle il entretient des relations complexes et à ce père à qui il n’adresse plus la parole…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : D’abord producteur, notamment de Much Loved, Saïd Hamich (qui sera présent à Gérardmer) passe, pour la première fois, à la réalisation pour raconter une histoire, non point autobiographique, mais personnelle. « Ce que je partage avec Nassim, dit le cinéaste, c’est le rejet de cet endroit, Bollène. Je retournais peu voir ma famille. J’avais une certaine honte sociale à leur égard dont je n’avais pas conscience. (…) J’ai voulu que Nassim soit né en France et il l’a quittée en symétrie à ses parents qui sont venus y chercher une vie meilleure… »

Projection le vendredi 6 avril à 14h45. Distributeur : Pyramide. Sortie en salles : 30 mai.

TROIS JOURS A QUIBERON

Trois Jours à Quiberon

Allemagne (1h56) d’Emily Atef

En 1981, pour une interview exceptionnelle et inédite sur l’ensemble de sa carrière, Romy Schneider accepte de passer quelques jours avec le photographe Robert Lebeck et le journaliste Michael Jürgs, du magazine allemand Stern pendant sa cure à Quiberon. Cette rencontre va se révéler éprouvante pour la comédienne qui se livre sur ses souffrances de mère et d’actrice, mais trouve aussi dans sa relation affectueuse avec Lebeck une forme d’espoir et d’apaisement.

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Connue pour L’étranger en moi (2008) et Tue-moi (2011), la cinéaste franco-iranienne née à Berlin change de registre avec une reconstitution en noir et blanc d’un épisode de la vie de Romy Schneider. En 1981, elle joue dans La passante du Sans-souci de Jacques Rouffio dont le tournage est interrompu à plusieurs reprises. Sous l’emprise de l’alcool et de calmants, la star est contrainte d’aller en cure thérapeutique à Quiberon. Dans une tonalité crépusculaire (Romy Schneider disparaîtra quelques mois plus tard), le film repose sur Marie Baümer dont la ressemblance avec Romy Schneider est frappante. Le producteur Michel Zana sera présent à Gérardmer.

Projection le vendredi 6 avril à 16h45. Distributeur : Sophie Dulac. Sortie en salles : 13 juin.

LE DOUDOU

le doudou

France (1h22) de Philippe Mechelen et Julien Hervé

Michel a perdu le doudou de sa fille à l’aéroport de Roissy. Il dépose un avis de recherche avec une récompense. Sofiane, employé à l’aéroport, y voit l’occasion de se faire un peu d’argent et prétend avoir retrouvé la peluche. Le mensonge révélé, Michel et Sofiane se lancent malgré tout sur les traces du doudou. Une mission plus compliquée que prévu…

CE QU’ON PEUT EN ATTENDRE : Prix spécial du jury au festival du film d’humour de L’Alpe d’Huez, Le doudou est mis en scène par deux des scénaristes de la saga des Tuche. Ils poursuivent sur leur lancée avec une comédie au casting conséquent : Kad Merad (Michel), Malik Bentalha (Sofiane), Romain Lancry, David Salles, Isabelle Sadoyan, Lou Chauvain etc. Élie Semoun et Guy Marchand sont aussi de la partie pour des participations attendues. Le tout donne, sur fond de décalage entre les générations, une aventure trépidante où les scènes cocasses se succèdent à vitesse folle. Les deux réalisateurs ainsi que les comédiens David Salles et Romain Lancry seront présents à Gérardmer.

Projection le vendredi 6 avril à 19h30. Distributeur : Pathé. Sortie en salles : 20 juin.

MODE D’EMPLOI

Tarifs :

6 euros : la séance

15 euros : Pass journée (valable mardi, mercredi, jeudi ou vendredi)

38 euros : Pass Rencontres (valable du mardi au vendredi inclus)

Pour réserver

Actuellement : Office de Tourisme Intercommunal des Hautes-Vosges – 4, place des Déportés – 88400 Gérardmer. Tél. 03 29 27 27 27 – Fax. 03 29 27 23 25 – info@gerardmer.net

A partir du 3 avril, de 11h à 12h et à partir de 13h30 : cinéma du Casino JOA – 3 av. de la Ville de Vichy Gérardmer. Dans le hall d’accueil de la salle de cinéma

Toutes les projections (sauf exceptions indiquées dans le programme des Rencontres) ouvertes au public ont lieu au Cinéma du Casino JOA.

Les détenteurs de Pass ou d’invitation doivent obligatoirement retirer au préalable leur place à la caisse au cinéma du Casino JOA. L’entrée à une séance publique se fait dans la limite des places disponibles. Les Pass et les invitations à une séance ne sont en aucun cas prioritaires.

Site des Rencontres : www.rencontres-du-cinema.com

2017 ou le grand écran comme rétroviseur  

Que reste-t-il d’une année de cinéma ? De beaux souvenirs, des émotions et des images qui ont, durablement ou non, imprégné notre rétine. Malgré la multiplication des images, la salle obscure continue d’être ce lieu magique où s’opère, parfois, le miracle que Woody Allen dépeignait, avec tendresse, dans La rose pourpre du Caire… Voici quelques-uns de ces instants vécus en 2017 sur grand écran.

"Detroit" de Kathryn Bigelow. DR

« Detroit » de Kathryn Bigelow. DR

DETROIT.- Oscarisée pour Démineurs (2009) et controversée pour Zero Dark Thirty (2012), Kathryn Bigelow pose un regard critique sur les émeutes survenues à Détroit en 1967 pour protester contre la ségrégation raciale aux USA. En se concentrant sur le chaos qui règne dans l’Algiers Motel et sur les exactions de quelques policiers, elle signe l’une des séquences les plus éprouvantes vue au cinéma depuis longtemps…

"Au revoir là-haut" d'Albert Dupontel. DR

« Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel. DR

AU REVOIR LA-HAUT.- Revisiter les lendemains de la Première Guerre mondiale à travers un prisme quasiment fantastique et, en tout cas, résolument baroque, voire burlesque, c’est la réussite d’Albert Dupontel adaptant le Goncourt de Pierre Lemaître. Albert Maillard et Edouard Péricourt, la gueule cassée qui se cache derrière son masque, montent une escroquerie aux monuments aux morts qui démasquera les vrais escrocs…

"Dunkerque" de Christopher Nolan. DR

« Dunkerque » de Christopher Nolan. DR

DUNKERQUE.- L’Anglais Christopher Nolan n’est pas le premier venu. Memento (2000) ou la trilogie Batman (2005-2012), c’est de la belle ouvrage. Avec l’évocation de l’opération Dynamo, en l’occurrence l’évacuation, en mai 1940, de milliers de soldats anglais coincés par les nazis dans la poche de Dunkerque, il réalise un remarquable film de guerre, véritable archétype du genre. Et les spectateurs ne s’y sont pas trompés…

"Que Dios nos perdone" de Rodrigo Sorogoyen. DR

« Que Dios nos perdone »
de Rodrigo Sorogoyen. DR

QUE DIOS NOS PERDONE.- Sorti un peu discrètement au cœur du mois d’août, le thriller de l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen est simplement palpitant. Durant l’été 2011, alors que Madrid est secoué par le mouvement des Indignés et que la capitale attend la venue du pape Benoît XVI, deux flics mal assortis et plutôt tordus traquent un serial-killer qui viole et tue de vieilles bigotes. C’est rapide, haletant, violent. Impossible de décrocher…

"Le Caire condidentiel" de Tarik Saleh. DR

« Le Caire condidentiel » de Tarik Saleh. DR

LE CAIRE CONFIDENTIEL.- Et puisque j’avoue un faible pour les polars, voici une belle surprise. Production germano-dano-suédoise tournée à Casablanca parce que les autorités du Caire ont refusé les autorisations, ce thriller d’un réalisateur suédois d’origine égyptienne est pourtant très… égyptien. Un flic mal embouché (Farès Farès, remarquable) refuse d’enterrer un meurtre commis par des proches du gouvernement et mesure l’étendue de la corruption ambiante.

"The Square" de Ruben Ostlund. DR

« The Square » de Ruben Ostlund. DR

THE SQUARE.- Conservateur dans un musée d’art moderne de Stockholm, Christian, sémillant quadra, est un type bien dans sa peau. Jusqu’au moment où il perd ses papiers et son téléphone portable. Son existence va alors devenir un véritable chaos. Remarqué pour Snow Therapy (2014), le Suédois Ruben Ostlund a décroché une Palme d’or assez inattendue à Cannes 2017. Même s’il enfonce quelques portes ouvertes sur l’art contemporain, le film a cependant de belles qualités, notamment dans sa satire des comportements « civilisés » et des bons sentiments affichés…

"Rock'n'roll" de Guillaume Canet. DR

« Rock’n’roll » de Guillaume Canet. DR

ROCK’N ROLL.- Se remettre en cause lorsqu’on est une star n’est sans doute pas chose aisée. Lorsqu’à 43 ans, Guillaume Canet comprend qu’il n’est plus tout à fait un objet de désir pour les jeunes femmes, il craque. Et signe une comédie très grinçante qui bascule carrément, à la fin, dans le parfait délire. Et puis Johnny Hallyday livre, ici, un magnifique caméo en rocker complètement à la masse. Savoureux et désormais émouvant.

"Grave" de Julia Ducournau. DR

« Grave » de Julia Ducournau. DR

GRAVE.- Le premier long-métrage de Julia Ducournau est un pur film de genre et un bel exercice sur les fondements classiques du film d’horreur gore. Elevée dans une famille végétarienne, Justine, 16 ans, intègre une école vétérinaire en Belgique. Au cours d’un féroce bizutage, elle est contrainte de manger de la viande. D’abord écœurée, elle devient peu à peu obsédée par la chair et découvre sa véritable et inquiétante nature.

"120 battements par minute" de Robin Campillo. DR

« 120 battements par minute »
de Robin Campillo. DR

120 BATTEMENTS PAR MINUTE.- Pour un peu –Pedro Almodovar, président du jury, l’a avoué- Robin Campillo aurait pu décrocher la Palme à Cannes. Il a eu le Grand prix et c’est justice pour ce drame qui plonge dans les années 90 alors que le sida se propage depuis près de dix ans. Les militants d’Act Up Paris s’activent contre l’indifférence générale. Avec aussi la révélation grand public de l’acteur argentin Nahuel Perez Biscayart.

"Jackie" de Pablo Larrain. DR

« Jackie » de Pablo Larrain. DR

JACKIE.- Exercice aussi fréquent que périlleux, le biopic s’apparente encore plus à de la corde raide quand il s’agit d’une icône de l’envergure de Jackie Kennedy. Magnifiquement soutenu par une Natalie Portman au sommet de son art, le Chilien Pablo Larrain tire pleinement son épingle du jeu. Confrontée à un journaliste qui l’interroge sur les jours qui ont suivi la mort de JFK, Jackie apparaît comme un fantôme qui donne le change…

"La La Land" de Damien Chazelle. DR

« La La Land » de Damien Chazelle. DR

LA LA LAND.- Pour la nostalgie des musicals de l’âge d’or quand Fred Astaire et Gene Kelly s’envolaient sur les pas de la danse. Faire une comédie musicale de nos jours, c’est culotté. Avec Rylan Gosling et Emma Stone en tête d’affiche, le talentueux Damien Chazelle l’a fait. Et de manière plutôt enlevée. Le tout concrétisé par une demi-douzaine d’Oscars et 2,7 millions de spectateurs en France. La scène d’ouverture sur l’autoroute est un bijou.

Gérardmer et Denis Blum qui fait son marché  

Lorsque le soleil brille sur Gérardmer, la « perle des Vosges » dispense, presque à Pâques fleuries, des grâces méditerranéennes! Et les rayons qui jouent avec les friselis du lac lancent d’intermittentes lumières qui imposent aux promeneurs le port de lunettes de soleil… Pourtant, du 4 au 7 avril, c’est bien dans l’obscurité complice et les fauteuils rouges de la salle de cinéma du casino, qu’on ira goûter d’autres éclats lumineux, ceux de ce 7e art dont Cocteau disait qu’il était « l’écriture moderne dont l’encre est la lumière »

Dans la salle de cinéma du Casino JOA. DR

Dans la salle de cinéma du Casino JOA. DR

Lorsque le rideau se lèvera sur la 21e édition des Rencontres du cinéma de Gérardmer, Denis Blum, le responsable de la programmation, poussera probablement un (petit) soupir de soulagement. Les Rencontres 2017 -celles de la majorité après celles, l’an dernier, du bel âge- seront sur les rails. Bien sûr, le discret Denis Blum est, en matière de Rencontres, un solide briscard qui a, sans doute, vu tout ce qu’il fallait voir en matière de programmation de cette manifestation qui ancre la cité vosgienne dans les bons rendez-vous du cinéma national. « Le plus compliqué, explique notre homme, c’est de trouver le bon équilibre, notamment par rapport aux venues des équipes de films… C’est parfois un vrai casse-tête pour construire quelque chose qui se tienne. Car un distributeur peut très bien dire qu’il ne peut pas finalement donner un film. Et il faut alors tout reprendre… » Car les Rencontres tentent, pour tous les films français, de faire venir des équipes à Gérardmer. « Nous aurons neuf équipes sur trois jours et demi. Et il y a beaucoup de monde sur jeudi et vendredi… » Denis Blum sait aussi que les demandes d’interviews des médias deviennent alors compliquées à gérer et à satisfaire: « Certains vont devoir manquer des films et je sais bien que les journalistes veulent tout voir… »

Car les Rencontres réunissent trois publics bien distincts. « Et nous y tenons! », insiste Denis Blum. Gérardmer est d’abord un rendez-vous professionnel pour les exploitants de salles du Grand Est mais aussi de la région parisienne ou de Bourgogne et de Franche Comté. Mais, depuis les débuts en 1996, les Rencontres ont toujours été ouvertes au grand public: « Dès la première séance, à 9h, nous avons environ 200 personnes dans la salle… ». Une première séance qui ressemble à une réunion de cinéphiles alors que la soirée a plus des allures, toutes proportions gardées, de gala. « Pour la soirée, c’est évident que je cherche à avoir les films les plus ‘grand public’ possibles. »

Responsable de la programmation, Denis Blum (à droite) monte aussi sur scène pour animer les rencontres. DR

Responsable de la programmation, Denis Blum
(à droite) monte aussi sur scène pour animer
les rencontres. DR

Pour l’accès aux films, Denis Blum observe qu’il a plutôt l’embarras du choix dans son marché: « C’est vrai pour les films français, ça l’est encore plus pour les films étrangers. Mais pour les films français, se pose évidemment la question de l’équipe qui pourrait venir. Mais on n’a pas toujours le choix… Pour Ce qui nous lie, le nouveau Klaspisch, on savait qu’il ne pourrait pas être là car il est en repérages aux Etats-Unis pour son prochain tournage… » D’autres raisons peuvent encore jouer comme l’approche du Festival de Cannes et le souci des distributeurs de « bloquer » leurs films pour la Croisette. Il y aussi les distributeurs qui veulent bien que leur film aille à Gérardmer mais qui exigent que la séance ne soit pas ouverte au grand public (ce sera le cas, cette année, pour Otez-moi d’un doute de Carine Tardieu) ou, plus rarement, une séance… sans médias.

Celui qui fut, de 1989 à fin 2012, patron des Cinés Palace d’Epinal (8 salles et 1600 fauteuils) attaque, dès décembre, ses visionnements: « Je reçois beaucoup de liens mais je préfère regarder les films en DVD sur l’ écran d’une télé. Et puis, je vais aussi voir les films en salles. Les distributeurs, bien sûr, me proposent des films mais, c’est certes plus rare, je visionne aussi des films qu’on ne m’a pas proposés… Enfin, il y a aussi des films qui ne sont pas complètement achevés et qu’on a envie de montrer. C’est le cas de Marie-Francine, la nouvelle réalisation de Valérie Lemercier. Je pense que Gérardmer bénéficiera d’une des toutes premières projections devant le grand public. » Enfin, pour la programmation, 2017 est une année spéciale: « On constate une certaine frilosité des distributeurs pour la période qui va de l »élection présidentielle aux législatives. La campagne occupe beaucoup d’espace dans les médias et les distributeurs craignent un manque de visibilité pour leurs films… »

DEMANDEZ LE PROGRAMME!

ANNA.- On l’avait aperçue dans Le règne de la beauté de Denys Arcand en 2014. Ici, dans le premier long-métrage de Jacques Toulemonde Vidal, Juana Acosta a le premier rôle. Elle incarne une femme si excentrique que son ex-mari estime qu’elle ne peut plus s’occuper de Nathan, leur fils de 10 ans. Alors Anna décide de partir pour sa Colombie natale avec son petit ami et Nathan. Une occasion parfaite de découvrir une superbe comédienne. Mardi 4 avril à 14h15. Dans les salles le 5 juillet.

A VOIX HAUTE.- L’Université de Saint-Denis organise chaque année le concours « Eloquentia » pour élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université y participent et s’y préparent grâce à des professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène…) qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. A l’origine de ce concours, le réalisateur Stéphane de Freitas (qui sera présent en compagnie de l’un des participants au film, Johanne Youtchou)  montre, dans ce documentaire, des jeunes gens qui vont se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes. 4 avril à 16h15. Dans les salles le 12 avril.

HOMMAGE A EMMANUELLE RIVA.- C’est évidemment la séquence émotion! L’héroïne d’Hiroshima mon amour a traversé définitivement l’écran le 27 janvier dernier et Gérardmer qui aurait bien aimé l’avoir sur la scène des Rencontres, lui rend un juste hommage. L’enfant de Cheniménil fut une grande dame de l’écran comme du théâtre, notamment  couronnée par un César pour son interprétation dans Amour de Haneke. Son agent, Anne Alavrez-Correa et le cinéaste Fernand Berenguer, auteur d’un film de montage sur la comédienne, seront à Gérardmer. Mardi 4 avril à 19h.

"Sous le même toit": Julien Boisselier et Louise Bourgoin. DR

« Sous le même toit »: Julien Boisselier
et Louise Bourgoin. DR

SOUS LE MEME TOIT.- Delphine et Yvan divorcent. Las, Yvan n’a pas les moyens financiers pour se trouver un nouveau domicile. Il se souvient qu’il détient 20% de la maison de son ex-femme. Il revient alors s’installer dans ses 20%. Présent aux Rencontres avec le comédien Julien Boisselier, Dominique Farrugia, l’ancien des Nuls, signe une comédie sur une colocation forcée, également interprétée par Gilles Lellouche, Louise Bourgoin et Manu Payet… Mardi 4 avril à la suite de l’hommage à Emmanuelle Riva. Dans les salles le 19 avril.

LA COLERE D’UN HOMME PATIENT.- Le comédien espagnol Raul Arevado a mis huit années pour mener à bien ce thriller où un homme attend huit ans pour se venger d’un crime que tout le monde a oublié… Le metteur en scène a confié le rôle principal à Antonio de la Torre avec lequel il avait joué dans Les amants passagers de Pedro Almodovar. Cette histoire de vengeance  a remporté quatre Goyas, l’équivalent espagnol des César, dont celui de meilleur film. Mercredi 5 avril à 9h15. Dans les salles le 26 avril.

KOMBISSIRI.- Fondateur de l’association Yvoir, le Strasbourgeois Gérard Muller, 68 ans, atteint de cécité dans la force de l’âge, est un non-voyant hyperactif, notamment passionné de vélo. L’une de ses aventures l’a conduit au Burkina Faso. Il a découvert ce pays d’Afrique occidentale sur une suggestion du producteur-réalisateur strasbourgeois René Letzgus. A travers une épreuve cycliste, Gérard Muller va organiser l’opération en France d’un jeune Burkinabé aveugle devenu son ami. Mercredi 5 avril à 11h. Dans les salles le 4 octobre.

TUNNEL.-Alors qu’il rentre retrouver sa famille, un homme est accidentellement enseveli sous un tunnel, au volant de sa voiture. Pendant qu’une opération de sauvetage d’envergure nationale se met en place pour l’en sortir, scrutée et commentée par les médias, les politiques et les citoyens, l’homme joue sa survie avec les maigres moyens à sa disposition. Combien de temps tiendra-t-il ? Le Sud-Coréen Kim Seong-hun signe un thriller qui questionne aussi les errements de la société moderne… 5 avril à 14h30. Dans les salles le 3 mai.

SAINT-GEORGES.- Boxeur fauché et sans emploi, Jorge voit sa femme le quitter pour repartir au Brésil avec leur fils. Le Portugal étant au bord de la faillite, les sociétés de recouvrement prospèrent. Pour sauver sa famille, Jorge décide alors d’offrir ses services à l’une d’entre elles, malgré leurs méthodes d’intimidation peu scrupuleuses… Le cinéaste portugais Marco Martins, déjà auteur d’une dizaine de longs-métrages, associe le thriller et la chronique d’une société au bord de la catastrophe… 5 avril à 16h45. Dans les salles le 17 mai.

"Ce qui nous lie": Ana Girardot. DR

« Ce qui nous lie »: Ana Girardot. DR

CE QUI NOUS LIE.- On attendait le retour de Cédric Klapisch à la mise en scène depuis 2013 et Casse-tête chinois, troisième volet d’une trilogie composée aussi de L’Auberge espagnole et des Poupées russes. En compagnie des comédiens Pio Marmaï et Ana Girardot, le cinéaste a planté sa caméra dans les vignobles de Bourgogne. Parti faire le tour du monde pendant dix ans, Jean retrouve sa famille à l’heure où son père se meurt. Avec sa soeur Juliette et son frère Jérémie, il va devoir réinventer leur fraternité. Mercredi 5 avril à 19h15. Dans les salles le 14 juin.

LE CAIRE CONFIDENTIEL.-Le Caire, quelques semaines avant la révolution égyptienne de 2011. Une chanteuse de club est assassinée dans une chambre de l’hôtel Nile Hilton. Inspecteur de police corrompu, Noredin (Farès Farès, vu récemment dans La communauté) est chargé d’enquêter sur le meurtre. Petit à petit, il réalise que les coupables pourraient être liés à la garde rapprochée du Président. Il décide alors de changer de camp, prenant délibérément parti en faveur des laissés- pour-compte du régime. 6 avril à 9h15. Dans les salles le 12 juillet.

"De toutes mes forces": Khaled Alouach et Yolande Moreau. DR

« De toutes mes forces »: Khaled Alouach
et Yolande Moreau. DR

DE TOUTES MES FORCES.- Elève de première dans un grand lycée parisien, Nassim semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim (Khaled Alouach) navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer… Acteur dans Le fils de l’épicier, Chad Chanouga, présent aux Rencontres, signe, ici, un premier long-métrage fortement autobiographique. Jeudi 6 avril à 11h15. Dans les salles le 3 mai.

ADIEU MANDALAY.- Deux jeunes Birmans, Liangqing et Guo, émigrent clandestinement en Thaïlande. Tandis que Liangqing trouve un emploi de plonge dans un restaurant de Bangkok, Guo est embauché dans une usine textile. Sans papiers, leur quotidien est plus que précaire et le jeune couple ne partage pas les mêmes ambitions : si Guo veut gagner assez d’argent pour retourner en Birmanie, Liangqing est prête à tout pour obtenir un visa de travail et échapper à sa condition. 6 avril à 14h30. Dans les salles le 26 avril.

"Django": Reda Kateb. DR

« Django »: Reda Kateb. DR

DJANGO.- Pour son premier long-métrage, le scénariste et producteur Etienne Comar (qui sera à Gérardmer avec Reda Kateb et Cécile de France) signe le portrait d’un musicien dans la tourmente de la guerre. Car ce biopic du King of swing n’évoque qu’un épisode de la vie du célèbre guitariste de jazz, alors au sommet de son art. En 1943, sous l’occupation allemande, le tsigane auteur de Nuages, sent monter le danger et tente de passer en Suisse avec l’aide de l’une de ses admiratrices. Mais les choses sont plus compliquées que prévues… Jeudi 6 avril à 16h30. Dans les salles le 26 avril.

"A mon âge, je me cache encore...": Hiam Abbass. DR

« A mon âge, je me cache encore… »:
Hiam Abbass. DR

A MON AGE, JE ME CACHE ENCORE POUR FUMER.- Au cœur du hammam, loin du regard accusateur des hommes, mères, amantes, vierges ou exaltées islamistes, des fesses et des foulards de Dieu se confrontent, s’interpellent entre fous rires, pleurs et colères, bible et coran… avant le sifflement d’un poignard et le silence de Dieu. La cinéaste franco-algérienne Rayhana (présente aux Rencontres avec la productrice Michèle Ray-Gavras) signe un film militant dont l’origine remonte aux années 90 lorsqu’en Algérie, les femmes devinrent les ennemies n°1 des islamistes du FIS. Jeudi 6 avril à 19h30. Dans les salles le 26 avril.

ON L’APPELLE JEEG ROBOT.-Poursuivi par la police, Enzo plonge dans les eaux du Tibre et entre en contact avec une substance radioactive qui le contamine. Il possède désormais des pouvoirs surnaturels : une force et une capacité de régénération surhumaines qu’il décide de mettre au service de ses activités criminelles. Jusqu’à sa rencontre avec la fragile Alessia. Celle-ci est persuadée qu’Enzo est l’incarnation de Jeeg Robot, héros de manga japonais. Une comédie qui détourne les codes de films de super-héros. 7 avril à 9h15. Dans les salles le 3 mai.

"Otez-moi d'une doute": François Damiens et Cécile de France. DR

« Otez-moi d’une doute »: François Damiens
et Cécile de France. DR

OTEZ-MOI D’UN DOUTE.- Par hasard, Erwan (François Damiens) découvre que le vieux loup de mer qui l’a élevé n’est pas son père. Dans son enquête pour retrouver son géniteur, il croise le chemin de l’impétueuse Anna, avec laquelle le courant passe de suite. Ayant retrouvé la trace de Joseph, son père biologique, il part à la rencontre de cet octogénaire. Alors qu’il se trouve chez Joseph, la fille de ce dernier débarque. Ce n’est autre qu’Anna (Cécile de France). Erwan serait-il sur le point d’avoir un rendez-vous galant avec… sa demi-sœur ?  7 avril à 11h30 (Uniquement pour les professionnels). Dans les salles le 6 septembre.

CESSEZ-LE-FEU.- Héros de la Grande guerre fuyant son passé, Georges mène, dans les années 20, une vie nomade et aventureuse en Afrique. Il décide de rentrer en France où il retrouve sa mère et son frère Marcel, invalide de guerre muré dans le silence. Peinant à retrouver une place dans cet Après-guerre où la vie a continué sans lui, il fait la rencontre d’Hélène, professeure de langue des signes avec qui il noue une relation tourmentée… Dans son premier long-métrage, Emmanuel Courcol, présent aux Rencontres, réunit Romain Duris et Céline Sallette. Vendredi 7 avril à 14h45. Dans les salles le 19 avril.

LES INITIES.- Afrique du sud, montagnes du Cap Oriental. Comme tous les ans, Xolani, ouvrier solitaire, participe avec d’autres hommes de sa communauté aux cérémonies rituelles d’initiation d’une dizaine d’adolescents. L’un d’eux, venu de Johannesburg, découvre un secret précieusement gardé… Toute l’existence de Xolani menace alors de basculer. Le cinéaste sud-africain John Trengove signe de manière sensible une oeuvre sur le passage à l’âge adulte… 7 avril à 17h30. Dans les salles le 19 avril.

"Marie-Francine": Valérie Lemercier. DR

« Marie-Francine »: Valérie Lemercier. DR

MARIE-FRANCINE.- Valérie Lemercier fait la clôture de l’édition 2017 et on l’attend, pétulante, sur la scène du casino comme sur l’écran où elle est une femme de 50 ans contrainte, pour cause de couple et de boulot perdus, de retourner vivre chez ses parents. Qui lui ouvrent un petit commerce de cigarettes électroniques. Marie-Francine va y rencontrer un homme qui n’ose pas lui avouer qu’il vit… chez ses parents. La cinquième réalisation de Valérie Lemercier qui n’avait plus signé de mise en scène depuis 100% cachemire en 2013. Vendredi 7 avril à 19h30. Dans les salles le 31 mai.

Sitôt les Rencontres achevées, Gérardmer accueille, le dimanche 9 avril, sa traditionnelle fête des jonquilles. Mais ceci est une autre histoire.

EN PRATIQUE

Toutes les projections ouvertes au public ont lieu au cinéma du Casino JOA de Gérardmer.
Tarifs: 6 € la séance, 15 € le Pass journée (valable mardi, mercredi, jeudi ou vendredi), 38 € le Pass Rencontres (valable du mardi au vendredi inclus).

Où réserver? Office du tourisme intercommunal des Hautes-Vosges 4, place des Déportes à 88400 Gérardmer. Téléphone: 03.29.27.27.27. Mail: info@gerardmer.net
A partir du 4 avril (11-12h et à partir de 13h30) au cinéma du Casino JOA (hall d’accueil de la salle de cinéma).

Renseignements: www.rencontres-du-cinema.com

 

Gérardmer, ses films, sa convivialité  

Jérôme Kerviel, héros de "L'outsider". DR

Jérôme Kerviel, héros de « L’outsider ». DR

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ». Sur les bords du fameux lac, les organisateurs des Rencontres du cinéma de Gérardmer s’inscrivent volontiers en faux avec Paul Nizan et la phrase introductive d’Aden Arabie. Oui, les Rencontres fêtent leurs 20e édition et oui, c’est une belle aventure qui dure depuis deux décennies. Avec une certaine nostalgie, les « mousquetaires » de la cité géromoise -qui, comme chez Dumas, sont quatre- se souviennent parfaitement de la manière dont ils ont essuyé les plâtres. En ce temps-là, il y eut une première expérience pas franchement réussie… Mais, dès l’année d’après, Denis Blum, Jean-Marc Carpels, Thierry Tabaraud et le Parisien Henri Demoulin mettaient en place des Rencontres qui allaient véritablement s’installer comme un lieu où les exploitants et les distributeurs pouvaient se rencontrer, se parler, s’apprécier tout en présentant et en voyant des films en avant-première.

En jouant aussi la carte du Festival du film fantastique, Gérardmer gagnait ses galons de « cité de cinéma » avec des Rencontres professionnelles situées dans un cadre touristique de qualité et placées sous le signe d’une vraie et chaleureuse convivialité. Gérardmer faisait à ce moment-là figure de pionnière dans le domaine, aucun événement de ce genre n’existant alors à travers la France. Et le signe de la réussite de ces Rencontres vosgiennes, c’est certainement que d’autres manifestations similaires existent aujourd’hui en différents endroits du pays.

A l’heure des 20e Rencontres, le bilan est évidemment positif. Sans se départir des préceptes originels, les Rencontres ont su s’ouvrir. Aux journalistes et critiques de cinéma de la PQR, la presse quotidienne régionale mais aussi -et surtout- au public qui apprécie à sa juste valeur le plaisir de pouvoir voir des films en avant-première et aussi de rencontrer en chair et en os les équipes des films…

Richard Berry (à gauche) dans "L'origine de la violence". DR

Richard Berry (à gauche) dans « L’origine de la violence ». DR

Tous ceux qui ont vécu les Rencontres ont des anecdotes multiples et variées à raconter… Denis Blum se souvient que Luc Besson a répondu à plusieurs reprises à l’invitation des Rencontres. Jean-Marc Carpels évoque la soirée de clôture de 2005 où, pour la première fois à l’occasion de la présentation de Brice de Nice, le public géromois a débordé les organisateurs. Henri Demoulin a encore le souvenir d’une soirée karaoké -véritable moment de partage convivial- qui se termina au petit matin. Thierry Tabaraud garde en tête le coup de stress vécu à l’occasion de la venue, en 2007, de Gérard Lanvin et Christian Clavier pour Le prix à payer. Car, il s’était mis à neiger énormément sur la Perle des Vosges…

Et l’on pourrait encore citer la venue de Jean-Jacques Annaud pour Deux frères et sa rencontre avec des écoliers complètement sous le charme d’un cinéaste qui savait leur parler de son métier et de son art. Quant à Brie Larson, on l’a vu en 2014, tant dans les salons de l’hôtel Beau-Rivage que sur la scène du cinéma du Casino JOA, soutenir States of Grace avant de la retrouver, il y a quelques semaines à peine, dans les sunlights d’Hollywood recevant l’Oscar de la meilleure actrice pour Room… Et ce ne sont là que des exemples puisqu’on peut dire que tout le cinéma français (ou presque) a fait, au cours de deux décennies, escale à Gérardmer…

Pour les 20e Rencontres qui se tiendront, quatre jours durant, du mardi 29 mars au vendredi 1er avril, la programmation compte dix-neuf films qui, entre cinéma grand public et art et essai, devraient marquer l’actualité des salles obscures pour les trois ou quatre prochains mois…

COLOCATION.- Avec Adopte un veuf, on plonge dans les aventures comiques d’Hubert Jacquin (André Dussollier) qui déprime devant sa télé dans son immense appartement. Jusqu’au moment où une tempête prénommée Manuela déboule dans sa vie. Manuela cherche un appartement. Alors, évidemment… En présence du réalisateur François Desagnat. (Sortie: 20 avril)

RETROUVAILLES.- Porté par un beau trio de comédiens (Jennifer Connelly, Mélanie Laurent et Cilian Murphy), Aloft, de la cinéaste espagnole Claudia Llosa, met en scène les retrouvailles  d’une mère et de son fils séparés par le passé en raison d’un accident… (Sortie: 2e semestre)

Bryan Cranston dans "Dalton Trumbo". DR

Bryan Cranston dans « Dalton Trumbo ». DR

COMMUNISTE.- Pendant la Guerre froide, Hollywood se livre à une sinistre chasse aux sorcières. Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste. Très vite, il se retrouve sur la « liste noire » et il lui sera impossible de travailler. Incarnant Dalton Trumbo dans le film de Jay Roach, Bryan Cranston était nommé naguère aux Oscars dans la catégorie meilleur acteur. (Sortie: 27 avril)

MEXIQUE.- Dans le désert de Sonora, dans le sud de la Californie, un père de famille déterminé conduit un groupe de Mexicains vers la liberté. Mais il faut compter avec la chaleur, la fatigue, la soif, les serpents. Soudain des balles sifflent… Desierto est un thriller mexicain avec Gael Garcia Bernal en tête d’affiche. (Sortie: 13 avril)

NAZI.- En 1957, le juge Fritz Bauer apprend qu’Adolf Eichmann se cache à Buenos Aires et rêve de l’extrader. Les tribunaux allemands préfèrent tourner la page plutôt que de le soutenir. Fritz Bauer décide alors de faire appel au Mossad, les services secrets israéliens. Fritz Bauer, un héros allemand sera présenté à Gérardmer par son co-scénariste Olivier Guez. (Sortie: 13 avril)

MAFIA.- Habitué du Festival de Cannes, le réalisateur italien Marco Tullio Giordana revient, après Les cent pas (2000) sur le drame de la mafia. Désirant une existence sans violence pour elle et sa fille, Lea décide de coopérer avec la justice. Lea ou le combat d’une femme pour échapper à la pieuvre. (Sortie: 21 septembre)

CRIME.- Après avoir purgé une peine de prison, John revient vivre chez son père pour prendre un nouveau départ. Mais les habitants de sa petite ville ne veulent pas oublier… Signé du Suedois Marcus von Horn, Le lendemain marque les premiers pas au cinéma d’Ulrik Munther, jeune star de la chanson dans les pays scandinaves. (Sortie: 4 mai)

"Love & Friendschip" de Whit Stillman. DR

« Love & Friendschip » de Whit Stillman. DR

INTRIGUES.- Remarqué dès Metropolitan, son premier long-métrage, l’Americain Whit Stillman adapte une nouvelle de Jane Austen et livre, dans Love & Friendship, le portrait de Lady Susan Vernon, une grande intrigante dans l’Angleterre du 18e siècle. Elle est secondée par Alicia, une Américaine en exil. Avec Kate Beckinsale et Chloé Sevigny. (Sortie: 22 juin)

PHOTO.- Lors d’un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre, au camp de Buchenwald, une photographie d’un détenu ressemblant à son père. Avec Richard Berry et Michel Bouquet, Elie Chouraqui (présent à Gérardmer) signe L’origine de la violence et interroge la mémoire. (Sortie: 27 avril)

TRADER.- L’outsider ou une exploration des secrets de l’engrenage infernal qui, de 2000 à 2008, a conduit Jérôme Kerviel à la catastrophe en le faisant passer de l’anonymat complet au rang d’auteur de la plus grande fraude de trading de tous les temps… En présence du réalisateur Christophe Barratier. (Sortie: 22 juin)

"Red Amnesia", un thriller horrifique chinois. DR

« Red Amnesia », un thriller horrifique chinois. DR

CHINE.- Une veuve retraitée voit sa vie basculer quand elle commence à recevoir de mystérieux appels anonymes. Pour Red Amnesia, son quatorzième long-métrage, le réalisateur chinois  Wang Xiaoshuai s’essaye pour la première fois au thriller mâtiné d’horreur. (Sortie: 4 mai)

AUSTRALIE.- En 1975, Robyn Davidson, une jeune femme en quête de sens (Mia Wasikowska), abandonne sa vie urbaine pour traverser le désert australien sur 2700 kilomètres… Inspiré d’une histoire vraie, Tracks raconte le périple d’une femme qui fera des rencontres lui permettant de découvrir sa force intérieure. (Sortie: 27 avril)

Ewan McGregor dans "Un traître idéal". DR

Ewan McGregor dans « Un traître idéal ». DR

RESEAU.- En vacances au Maroc, Perry (Ewan McGregor) et sa femme Gail sympathisent avec Dima, un riche Russe. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’il est à la tête du principal réseau de blanchiment d’argent de la mafia russe et qu’il veut se rapprocher des services secrets anglais avant que ses rivaux ne parviennent à l’exécuter… Le traître idéal ou une chasse à l’homme meurtrière. (Sortie: 15 juin)

DANSE.- Réalisé par German Kral, Ultimo tango, documentaire germano-argentin, raconte l’histoire de Maria et Juan, les deux plus célèbres danseurs de la légende du tango. (Sortie: 4 mai)

SECRET.- A 75 ans, Zayane n’a jamais dépassé les limites de sa cité. Une lettre annonçant le décès d’un homme qu’elle a connu en Algérie, l’amène à entreprendre un voyage d’une journée. Pendant son absence, ses onze enfants, réunis dans son appartement, découvrent un pan de la vie de leur mère jusque là ignoré de tous. La réalisatrice Fejria Deliba présentera D’une pierre deux coups. (Sortie: 20 avril)

Pio Marmaï et Gilbert Melki dans "Vendeur". DR

Pio Marmaï et Gilbert Melki dans « Vendeur ». DR

COMMERCE.- Serge est l’un des meilleurs vendeurs de France. Depuis 30 ans, entre zones commerciales et grands magasins, il garantit à ses employeurs un retour sur investissement immédiat et spectaculaire. Vendeur raconte comment Serge a tout sacrifié à sa carrière, notamment son fils Gérald. Un jour, Gérald vient lui demander un travail pour financer les travaux de son futur restaurant… En présence du réalisateur Sylvain Desclous et des acteurs Gilbert Melki et Pio Marmaï. (Sortie: 4 mai)

Olivia Bedos dans "Vicky Banjo". DR

Olivia Bedos dans « Vicky Banjo ». DR

VOIX.- A presque 30 ans, Victoire, petite dernière de la célèbre famille Bonhomme et éternelle enfant sage de la tribu, décide enfin de s’émanciper en découvrant l’alcool, le sexe et… sa voix. Grâce à Banjo, un chanteur de bar et d’Elvis, elle va réussir à prendre son envol en chantant l’amour avec pudeur et le sexe sans tabou… Le réalisateur Denis Imbert et les comédiens Victoria Bedos et Olivier Urvoy de Closmadeuc présenteront Vicky Banjo. (Sortie: 8 juin)

PERIPLE.- Du haut de ses 12 ans, Fanny à la tête dure! Avec Le voyage de Fanny, Lola Doillon, la fille de Jacques et la soeur de Lou, raconte comment Fanny prend la tête d’un groupe de huit enfants et s’engage dans un dangereux périple à travers la France occupée pour rejoindre la frontière suisse. En présence de Lola Doillon. (Sortei: 18 mai)

RENSEIGNEMENTS: 03.29.27.27.27 ou sur le site www.rencontres-du-cinema.com

« Mon » année de cinéma  

Margherita Buy et John Turturro dans "Mia Madre". DR

Margherita Buy et John Turturro dans « Mia Madre ». DR

Janvier, c’est le temps du blanc, des soldes et… du bilan des entrées dans les salles obscures. Evidemment, il y a la vérité des chiffres. A cette aune, le septième épisode de Star Wars a donc pris, sans vraie surprise, la tête du box-office français… Mais, par-delà la saga galactique, il y a les coups de cœur. Ceux-là ne se mesurent pas en nombre de fauteuils garnis mais dans cet étalon difficilement quantifiable qu’est l’émotion. En voici un florilège…. totalement subjectif et sans classement.

Geza Röhrig dans "Le fils de Saul". DR

Geza Röhrig dans « Le fils de Saul ». DR

Dans ces coups de cœur –l’ambiance mortifère de 2015 y est-elle pour quelque chose ?- il est beaucoup question d’enfer. Celui de la guerre, bien sûr, avec l’American Sniper de Clint Eastwood mais aussi l’enfer de la paranoïa galopante dans l’effrayant Foxcatcher (où Steve Carell est brillant) ou encore l’enfer financier de The Big Short – La casse du siècle, sorti en fin d’année dernière. L’enfer, encore, de la Shoah et Le fils de Saul où Laszlo Nemes filme, à l’exacte distance, une extraordinaire plongée dans le quotidien d’Auschwitz. Enfer aussi de la guerre des gangs entre Etats-Unis et Mexique dans Sicario de Denis Villeneuve. Ou un pays en enfer qui a du mal à se regarder en face avec l’Allemagne de l’après-guerre et le premier procès allemand de nazis dans Le labyrinthe du silence. Avec la nuit d’enfer, filmée en temps réel, dans Berlin pour Victoria. Et l’enfer de la solitude pour un petit employé de l’administration anglaise dans Une belle fin.

Laura Peterson dans "Crosswind". DR

Laura Peterson dans « Crosswind ». DR

Révélation de 2015, Crosswind – La croisée des vents de l’Estonien Martti Helde, est un concentré immobile mais palpitant de poésie cinématographique sur… les exactions staliniennes dans les pays baltes pendant la Seconde Guerre mondiale. Palme d’or à Cannes, le Dheepan de Jacques Audiard transporte la misère de l’immigration dans une banlieue bien de chez nous. Chez nous aussi, une juge des enfants (Catherine Deneuve) se bat pour faire sortir un gamin de la mouise dans La tête haute. Et un type au bout du rouleau (Vincent Lindon) se bat pour un emploi dans La loi du marché. Philippe Faucon raconte, lui, le combat d’une femme pour exister à travers l’écriture dans Fatima.

Jafar Panahi dans "Taxi Téhéran".  DR

Jafar Panahi dans « Taxi Téhéran ». DR

Dans une mise en scène étourdissante d’Alejandro Gonzalez Inarittu, Birdman distille, sur Broadway et dans la tête de Michael Keaton, le venin de la gloire perdue et de la célébrité envolée. Sur les pas de Jafar Panahi, on vit, dans Taxi Téhéran, ce que veut dire, pour un artiste, l’interdiction (magnifiquement et astucieusement détournée) de créer…

"Mustang" de Deniz Gamze Erguven. DR

« Mustang » de Deniz Gamze Erguven. DR

Avec Mia Madre, Nanni Moretti, au sommet de son art, parle, lui aussi, de la création cinématographique tout en évoquant, avec une justesse parfaite, la disparition d’une mère. Et Deniz Gamze Erguven donne, avec Mustang, une chronique familiale poignante en réponse à une question : « C’est quoi être une fille, une femme dans la Turquie contemporaine ? »

Bruno Podalydès dans "Comme un avion". DR

Bruno Podalydès dans « Comme un avion ». DR

Guère de sourires dans cette évocation? Si quand même! Avec Bruno Podalydès partant à la recherche de la vraie vie et de la liberté dans Comme un avion, avec Virginie Efira recueillant un épatant autiste dans Le goût des merveilles, avec Woody Allen tel qu’en lui-même dans L’homme irrationnel, avec Catherine Frot, cantatrice fausse et pathétique dans Marguerite, avec le duo Isabelle Carré/Karin Viard dans l’érotique 21 nuits avec Pattie, avec un autre duo, Michael Caine/Harvey Keitel dans Youth.

Et puis quoi encore? Deux films aussi dissemblables que L’hermine avec un Fabrice Luchini sobre (si, si) et Spectre. Mais ça, c’est parce que je suis bondomaniaque. On ne se refait pas.

Les beaux pétales de la Marguerite  

Le ballet des crinolines au Moulin Rouge. DR

Le ballet des dessous dans French Cancan. DR

Lorsqu’à la fin du XIXe siècle, Léon Gaumont se passionne pour le cinéma, le 7e art n’est encore qu’un divertissement forain dont on ne mesure pas l’impact qu’il aura sur le XXe siècle… Mais Léon Gaumont croit fermement à ce nouvel art et il se lancera dans une aventure dont on voit toujours aujourd’hui la trace à travers le fameux logo à la marguerite et évidemment une suite impressionnante de chefs-d’oeuvre produits par la maison…
Plus ancienne société cinématographique de la planète, Gaumont est un monument du cinéma mondial. Dont on a l’occasion, à l’occasion du 120e anniversaire de la société, de (re)découvrir une poignée de fleurons puisés dans le riche catalogue de la firme…
Ainsi le Palace à Mulhouse présente, du 15 au 28 avril (séance pour chaque film à 14h et 19h30) un programme de films restaurés.

FRENCH CANCAN (1954), de Jean Renoir, avec Jean Gabin, Françoise Arnoul, Maria Félix, Philippe Clay. Du technicolor qui claque pour une plongée dans les coulisses du Moulin Rouge. Le 15 avril.

LA TRAVERSÉE DE PARIS (1956), de Claude Autant-Lara, avec Jean Gabin, Bourvil, Louis De Funès. Oui, c’est bien là, où dans une cave de la rue Poliveau, Gabin hurle: « Jambier! Jambier, pour moi, ce sera 1000 francs… ». Le 16 avril.

Bourvil, Louis de Funès et Jean Gabin. DR

Bourvil, Louis de Funès et Jean Gabin. DR

LES TONTONS FLINGUEURS (1963), de Georges Lautner, avec Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jean Lefebvre, Robert Dalban. Une rafale de répliques qui font mouche. Ainsi Raoul Volfoni se plaignant: « J’vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va l’retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus : j’dynamite, j’disperse, j’ventile ! ». Le 17 avril.

LE VICE ET LA VERTU (1963), de Roger Vadim, avec Catherine Deneuve, Robert Hossein, Annie Girardot. Quand le cinéaste de Et Dieu créa la femme transpose Sade, Justine et Juliette dans la Seconde Guerre mondiale. Le 18 avril.

HUIT ET DEMI (1963), de Federico Fellini, avec Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale. Tout l’art du maître de Rimini réuni dans un film autobiographique. Le 19 avril.

Marcello Mastroianni. DR

Marcello Mastroianni. DR

OSCAR (1967), d’Édouard Molinaro, avec Louis de Funès, Claude Rich, Claude Gensac. Tiré d’une pièce de théâtre à succès, une comédie qui permet à De Funès de dispenser tout son potentiel explosif. Le 20 avril.

ALEXANDRE LE BIENHEUREUX (1968), d’Yves Robert, avec Philippe Noiret, Françoise Brion, Jean Carmet, Marlène Jobert. Noiret le magnifique dans une ode sublime à la paresse. Réconfortant! Le 21 avril.

LES MARIÉS DE L’AN DEUX (1971), de Jean-Paul Rappeneau, avec Jean-Paul Belmondo, Marlène Jobert, Sami Frey, Laura Antonelli. Quand l’Histoire de France se raconte comme un western. Tonique! Le 22 avril.

Marlène Jobert et Jean-Paul Belmondo. DR

Marlène Jobert et Jean-Paul Belmondo. DR

JUDITH THERPAUVE (1978), de Patrice Chereau, avec Simone Signoret, Philippe Léotard, François Simon, Robert Manuel. Ancienne résistante, vivant retirée dans sa grande maison, Judith Therpauve accepte d’aider des actionnaires à sauver un quotidien à la dérive.  Une réflexion douce-amère sur la liberté de la presse. Le 23 avril.

COUP DE TÊTE (1979), de Jean-Jacques Annaud, avec Patrick Dewaere, France Dougnac, Jean Bouise, Michel Aumont. Les aventures de François Perrin, footballeur pas assez docile. Une critique grinçante des moeurs du milieu du ballon rond. Le 24 avril.

LOULOU (1980), de Maurice Pialat, avec Isabelle Huppert, Gérard Depardieu, Guy Marchand. Nelly n’en peut plus de sa vie rangée avec André. Elle fait de Loulou son amant en rêvant de devenir heureuse… Le 25 avril.

Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. DR

Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. DR

SOUS LE SOLEIL DE SATAN (1987), de Maurice Pialat, avec Gérard Depardieu, Sandrine Bonnaire. Pialat adapte Bernanos et remporte la Palme d’or à Cannes. Face à la bronca de salle, il brandit le poing et lance le fameux « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Le 26 avril.

AU REVOIR LES ENFANTS (1987), de Louis Malle, avec Gaspard Manesse, Raphael Fejtö, Philippe Morier-Genoud, Francine Racette. La brève rencontre au coeur de la guerre, entre deux élèves. Julien Quentin va découvrir le secret de Jean Bonnet. Il se nomme Kippelstein et il est juif. Et il partira pour Auschwitz avec le père Jean qui l’avait caché… Poignant! Le 27 avril.

Raphaël Fetjö et Gaspard Manesse.  DR

Raphaël Fetjö et Gaspard Manesse. DR

LE GRAND BLEU (1988), de Luc Besson, avec Jean-Marc Barr, Jean Reno, Rosanna Arquette, Jean Bouise. L’histoire de la rivalité entre Jacques Mayol et Enzo Molinari, deux champions de la plongée en apnée. L’un des triomphes publics de Luc Besson. Le 28 avril.

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