L’OCCUPATION, LE VIETNAM, LES INVENTEURS, LE MONSTRE ET LES WESTERNERS  

LE DERNIER METRO
Dernier Metro« C’est une joie et une souffrance… » On se souvient de ces mots prononcés en scène. Et Truffaut s’auto-cite puisqu’on les entend aussi dans La sirène du Mississippi… Sous l’Occupation allemande, Marion Steiner tente de faire vivre le Théâtre Montmartre à Paris. Elle doit composer avec son mari Lucas, metteur en scène juif allemand caché dans la cave du théâtre et aussi Bernard Granger, un jeune premier amoureux d’elle… Plus encore, elle doit tenter d’amadouer un critique de théâtre collabo qui pourrait faire boucler les lieux. En 1980, François Truffaut obtient l’un de ses plus grands succès et rafle une brassée de dix César pour une œuvre très riche aussi sur la vie à Paris sous le joug nazi. Dans un beau Coffret Ultra Collector, on trouve ce drame d’amour et d’aventures (porté superbement par Catherine Deneuve et Gérard Depardieu) dans une belle version restaurée. Le coffret contient également de nombreux et remarquables suppléments dont plusieurs longs entretiens avec le cinéaste… (Carlotta)
NOUS ETIONS SOLDATS
Nous Etions SoldatsA Fort Benning, devant le légendaire 7e de cavalerie qui fut le régiment du général Custer pendant les guerres indiennes, le lieutenant-colonel Hal Moore (Mel Gibson au regard de fer) promet à ses hommes, en partance pour le Vietnam, de les ramener, tous, morts ou vivants. Dans la « vallée de la mort », pendant la bataille de la Drang en novembre 1965, 400 Américains se battront, dans une clairière, contre 4000 ennemis. En 2002, Randall Wallace décrit minutieusement le bruit et la fureur, le sang et les larmes dans le premier affrontement significatif de la guerre du Vietnam opposant les forces américaines et nord-vietnamiennes. Si We Were Soldiers déploie toute la panoplie du film de guerre, sa dimension documentaire est bien présente avec notammen l’emploi massif des rotations d’hélicoptères… (Metropolitan)
THE CURRENT WAR
The Current WarEn 1880, le monde est encore éclairé à la bougie et les machines tournent à la vapeur… George Westinghouse, riche inventeur du frein à air comprimé et Thomas Edison, moins riche que lui mais déjà célèbre, se battent sur le terrain de la maîtrise de l’électricité alors que le brillant Nikola Tesla, lui, passe d’un camp à l’autre. Dans un film dont la sortie a été sérieusement perturbée par le scandale Weinstein, Alfonso Gomez-Rejon s’intéresse à la course entre de grands inventeurs et brosse trois portraits de pionniers (incarnés par Benedict Cumberbatch, Michael Shannon et Nicholas Hoult) au cœur d’une guerre des… courants. Une biopic de qualité avec une solide et agréable mise en scène autour de rivalités électriques sur fond de course au courant ! (Studiocanal)
GODZILLA
GodzillaMétaphore des bombardements nucléaires sur le Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monstre reptilien, né au milieu des années cinquante devant la caméra du Nippon Ishiro Honda, a donné lieu à une série de trente films japonais entre 1954 et 2004. En 2014 (après que le projet ait été ralenti à cause de la catastrophe de Fukushima et du questionnement sur la radioactivité), Gareth Edwards s’empare d’une figure parfois ringardisée du fantastique pour l’embarquer dans un vrai blockbuster bourré d’action mais aussi dans un angoissant et tragique chaos. Car le physicien nucléaire Brody (Bryan Cranston) enquête sur d’étranges événements qui n’ont rien à voir avec un tremblement de terre mais bien avec des monstres réveillés par des essais nucléaires… Quant au combat final des monstres, c’est un morceau de roi ! Godzilla n’a pas fini d’activer son souffle atomique. (Warner)
MONTAGNE ROUGE
MontagneRougeEn 1865, au Colorado, Lane Waldron, un prospecteur, est accusé du meurtre d’un négociant en or. Alors qu’on s’apprête à le lyncher sans autre forme de procès, Waldron est sauvé par le capitaine Brett Sherwood, un officier sudiste déserteur. Alors que Waldron est vite persuadé que son sauveur est le véritable assassin, les deux hommes se retrouvent en cavale, bientôt rejoints par Chris, la fiancée de Lane. En 1951, le cinéaste allemand William Dieterlé installé aux USA depuis les années 30,  réalise son unique western et réussit un bon film d’action bien photographié dans de beaux paysages. Tout en s’appuyant sur trois comédiens de talent : Arthur Kennedy (Waldron), John Ireland dans celui de Quantrill, un général sudiste dévoyé et devenu un tueur et enfin Alan Ladd. Dans le rôle de Sherwood, il ajoute un nouveau et mystérieux personnage à sa belle galerie de grand westerner… (Sidonis Calysta)
CONTRE TOUTE ATTENTE
Contre Toute AttenteExcellent joueur de football américain, Terry Brogan s’est blessé et se retrouve au chômage forcé. Les propriétaires du club en profitent pour virer Brogan, trop grande gueule, de l’équipe. Sans le sou, il accepte de travailler pour Jake Wise, un riche et douteux bookmaker, qui lui demande de retrouver Jessie Wyler, sa maîtresse, disparue en emportant une grosse somme. Brogan débusque Jessie au Mexique mais tombe follement amoureux d’elle. Erreur à ne pas commettre… Avec une belle distribution (Jeff Bridges, Rachel Ward, James Woods, Richard Widmark), Taylor Hackford filme, en 1984, un remake de La griffe du passé (1947) de Jacques Tourneur et réussit un bon polar mâtiné de drame passionnel sur une b.o. à succès de Phil Collins… (Sidonis Calysta)
EL DORADO
El DoradoA Grenade, Sibilia est danseuse dans un cabaret borgne. Même si elle conserve toujours le sourire, Sibilia n’a pas une existence joyeuse. Son fils, né d’une aventure ancienne avec Estiria, un voyou, est malade. Elle demande à Estiria de l’aider mais celui-ci ne veut pas se faire reprendre par son passé. Solitaire et désespérée, Sibilia (Eve Francis dans son meilleur rôle) décide de se venger. Grande personnalité du cinéma français muet, Marcel L’Herbier (1888-1979) réussit, en 1921, un mélodrame remarquable par le travail sur les effets visuels (flous, déformations optiques, caches) mais aussi par son sens de la composition et de la mise en scène. El Dorado est une pépite du muet qui précède des œuvres comme L’inhumaine, Feu Mathias Pascal ou L’argent, des chefs d’œuvre de l’avant-garde française. (Gaumont)
LISA ET LE DIABLE
AAALisaDiableIncontestable maître italien du fantastique avec des films comme Le masque du démon ou Six femmes pour l’assassin, Mario Bava (1914-1980) tourne, en 1973, vers la fin de sa carrière, l’un de ses bons fleurons gothico-macabres. Il met en scène l’histoire de Lisa Reiner (l’Allemande Elke Sommer) qui, en voyage en Espagne, se perd dans le labyrinthe des rues de Tolède. En compagnie d’un couple et de leur chauffeur (Gabriele Tinti), elle se retrouve finalement dans une vaste demeure aristocratique dont Leandro, le majordome (Telly Savalas), ressemble étrangement à une gravure murale vue sur un mur de la ville et représentant le diable… Coincée dans cette maison, entre un jeune homme dérangé et sa mère (Alida Valli), Lisa va vivre une nuit de cauchemar qui va aussi la transporter dans le passé où elle devient Elena… (ESC Editions)
LES SEPT PECHES CAPITAUX
Sept Peches CapitauxDans les années soixante, le film à sketches était à la mode dans le cinéma français comme dans le cinéma transalpin. Evidemment, les sept péchés capitaux convenaient bien à ce traitement. Après Feuillade (1910) et avant Fincher et son Seven (1995), ce sont, ici, en 1962, de jeunes cinéastes, certains proches de la Nouvelle Vague qui s’amusent à illustrer de façon fraîche et humoristique ces travers… De la paresse à l’avarice en passant par la luxure, l’orgueil ou la gourmandise, on retrouve Godard, Chabrol, Demy, Vadim ou De Broca en compagnie d’une pléiade de bons comédiens de l’époque, ainsi Marie-José Nat, Claudine Auger, Claude Brasseur, Jean-Louis Trintignant, Eddie Constantine ou Marina Vlady. C’est forcément inégal mais souvent drôle et savoureux… (Gaumont)
LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR
Parfum Dame NoirTraumatisée par de terribles souvenirs d’enfance, la scientifique Silvia Hacherman vit seule à Rome et se consacre entièrement à ses recherches. Un soir, elle assiste à une réunion où un confrère africain parle de magie noire et d’occultisme. Assaillie par des visions érotiques avec sa mère, Silvia va basculer dans un univers où le rêve et la réalité se mêlent tandis qu’elle verse dans la paranoïa. En 1974, l’Italien Francesco Barilli signe une œuvre, longtemps inédite, qui est intéressante plastiquement mais aussi par sa manière de convoquer la psychanalyse et une cruauté exotique autour d’une Mimsy Farmer aussi blonde que troublée. Rien à voir avec l’œuvre de Gaston Leroux mais bien avec une atmosphère façon Rosemary’s Baby… (Artus Films)
SORCIERE
SorciereDans l’Angleterre de 1665, la grande Peste fait rage… Et la chasse aux sorcières est ouverte avec une cruauté sans égale. Jeune veuve, Grace Haverstock (Charlotte Kirk) va affronter, seule, Pendleton, un notable du comté, qui la convoite avant de l’accuser d’être une sorcière. Dans une atmosphère nocturne et mortifère, Neil Marshall (connu pour ses succès The Descent et Dog Soldiers) met en scène le combat d’une femme accusée de toutes les maléfices et promise aux flammes. Mais la captive, hantée par des hallucinations diaboliques, va s’appliquer, par amour pour son bébé, à tenir tête, malgré les multiples supplices, à un inquisiteur hystérique (Sean Pertwee) persuadé d’être le bras armé de Dieu… Une bonne série B d’horreur. (Metropolitan)
PROTECTION RAPPROCHEE
Protection RapprocheeVétéran des services de protection de la Maison Blanche, Jay Killian apprend qu’il va être chargée de la sécurité de Lara Royce Craig, l’épouse du nouveau président américain. Une mission qui ne l’emballe pas vraiment car la First Lady est connue pour être aussi arrogante que mal embouchée. Kyllian lui sauve la mise à plusieurs reprises lors d’attentats et l’agent des services secrets finit par se demander si ce n’est pas le président lui-même qui derrière le complot contre sa femme… En 1987, pour sa dernière apparition commune, le couple (à la ville) Charles Bronson-Jill Ireland fonctionne bien dans ce pur (mais prévisible) film d’action mis en scène par Peter Hunt qui signa, en 1969, avec Au service secret de sa Majesté, l’un des tout meilleurs films de la saga James Bond. (Sidonis Calysta)

LES URGENCES, L’EXTREMISTE, LES JEUNES DELINQUANTS ET LE POLIZIOTTESCO  

HIPPOCRATE 2
Hippocrate 2Après une saison 1 (2018) tout à fait prémonitoire et qui avait déjà connu un beau succès, Thomas Lilti retrouve ses internes Chloé, Alyson, Hugo, Arben au cœur d’un hôpital sous perfusion. Si la série, en véritable résonance avec l’actualité, est évidemment une fiction, il faut bien dire qu’en ces temps de Covid, la fiction devient réalité et montre la souffrance au travail de soignants occupés à batailler pour sauver des vies. Huit épisodes dans le quotidien de l’hôpital (cette fois aux urgences après le service de médecine interne) brillamment défendus par les attachants Louise Bourgoin, Alice Belaïdi, Zacharie Chasseriaud ou Karim Leklou, soutenus par d’autres bons personnages comme l’excellent Bouli Lanners en patron des urgences. Cinéaste mais aussi médecin (à cause de la crise sanitaire, il a mis un temps le cinéma de côté pour revenir à son premier métier de généraliste), Lilti saisit avec humanité le rythme effréné de l’urgence… (Studiocanal)
INCITEMENT
IncitementLe 4 novembre 1995 à 21h30, à la fin d’un meeting pour la paix en soutien aux accords d’Oslo sur la place des rois d’Israël à Tel Aviv, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste juif… Dans un film qui a passionné le public israélien, le cinéaste Yaron Zilberman (connu pour l’intéressant Le quatuor en 2012) se penche sur le parcours d’Yigal Amir pendant les mois et les semaines qui ont précédé son crime. Ancien étudiant en droit à l’université Bar-Ilan, Juif orthodoxe et militant d’extrême-droite, Amir est profondément hostile à l’accord d’Oslo et considère Rabin comme un traître qui a vendu « la terre d’Israël ». Incitement (incitation en français) est un biopic rythmé et impressionnant par la radicalisation croissante d’Amir (toujours en détention), nourri par les thèses enflammées des rabbins… (Metropolitan)
LE FILS DU REQUIN
Fils Requin«Moi, je suis le fils de l’homme de la femme. Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être le fils de la femelle du requin. Je ne serais pas si méchant.» Dans le Nord de la France, Martin et Simon, une dizaine d’années, rejetés par leur père et privés de leur mère qui a quitté le foyer familial, glissent dans la délinquance pour survivre. Arrêtés, ils seront placés l’un en foyer, l’autre en famille d’accueil dont ils s’échapperont. Pour son premier « long » (1993), Agnès Merlet (qui fit ensuite le beau Artemisia), s’appuie sur un vrai fait-divers pour mettre en scène un conte noir (en version restaurée) qui évolue entre rêve et réalité. Rythmé par la voix off de Simon qui chuchote des lignes des Chants de Maldoror de Lautréamont auquel le titre fait référence, ce drame évite les analyses psycho-sociologiques sur l’aventure violente de deux petits délinquants… (Gaumont)
LE CONSEILLER – NAPOLI SPARA !
Conseiller Napoli SparaPendant les années de plomb, de la fin des années 60 aux années 80, fleurissait sur les écrans italiens, le « poliziottesco », un sous-genre du polar qui faisait la part (très) belle à une violence exacerbée dans des villes sous le coup de la pègre tandis que des policiers débordés et au bout du rouleau n’étaient plus très loin de devenir hors-la-loi. Réalisateur du Conseiller (1973) qui réunit Tomas Milian, Martin Balsam et Francisco Rabal, Alberto de Martino est un maître du genre au même titre que Mario Caiano qui signe, en 1977, Napoli Spara ! (Assaut sur la ville en v.f .) Dans sa collection Make my Day qui présentait déjà, dans le même domaine du  « poliziottesco » Le témoin à abattre avec Franco Nero, Jean-Baptiste Thoret réunit ces deux cinéastes pour des films passablement sauvages… (Studiocanal)
UN VIOLENT DESIR DE BONHEUR
Violent Desir BonheurDans la vallée de la Roya, un couvent isolé vit, en 1792, au rythme de la prière et des travaux des champs. Mais les soldats de la Révolution débarquent pour réquisitionner les lieux et en faire une caserne. Jeune moine, frère Gabriel (Quentin Dolmaire, découvert en 2015 dans Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin) va tenter d’apaiser les tensions avec la troupe en acceptant un grade de commandant républicain. Dans les décors paradisiaques de l’arrière-pays niçois, Clément Schneider, pour son second long-métrage, distille, en 2018, une aventure intime où il est question de la quête du « bonheur ». Gabriel connaîtra même une idylle sensuelle avec Marianne (Grace Seri), une jeune Antillaise, esclave affranchie, restée avec lui par amour… Un film au ton agréablement élégiaque. (Shellac)
BARABBAS
BarabbasA Jérusalem, le jour du sacrifice de Jésus, Ponce Pilate donne le choix au peuple entre sauver le messie ou Barabbas, un voleur. Le peuple choisit le voleur qui reprend sa vie de bandit. Libéré et au contact d’un Chrétien qui partage ses chaînes, Barabbas sera bientôt torturé par le fait de devoir sa vie au crucifié… En 1961, Richard Fleischer tourne, avec d’importants moyens, une reconstitution historique soignée et une belle distribution (Silvana Mangano, Jack Palance, Vittorio Gassman, Arthur Kennedy) un film plus complexe qu’un simple peplum. Dans une succession de péripéties, Anthony Quinn incarne avec maestria une brute dévorée par ses tourments intérieurs. Fier de son travail, le cinéaste américain a toujours regretté que son Barabbas soit largement sous-estimé au sein de son oeuvre… (Sidonis Calysta)
BOYS NEXT DOOR
Boys Next DoorAlors que leur cursus scolaire s’achève, Roy et Bo, deux grands adolescents marginaux, décident de faire une virée à Los Angeles pour un dernier week-end de liberté avant de rejoindre leur emploi dans une usine. Dans la Cité des Anges, les deux mômes vont vivre une pure descente aux enfers nocturne marquée par le crime. En 1984, Penelope Spheeris met en scène Maxwell Caulfield et Charlie Sheen, tout juste âgé de 20 ans, dans un thriller (bien restaurée dans la Midnight Collection) d’autant plus violent que la dérive vers la folie meurtrière de ces deux types très ordinaires ne s’explique pas sinon par la frustration et une rage imbécile. Un film glaçant en avance sur l’ère des films de serial-killers. Dans les suppléments, la réalisatrice et le comédien Maxwell Caulfield reviennent longuement sur les prémices du film mais aussi sur sa réception publique. (Carlotta)
BELLA
BellaServeuse, Nina vient de perdre son emploi. Elle est enceinte et le père de l’enfant lui a lancé de « faire ce qu’il faut ». Collègue de Nina, José, ancienne gloire du football, travaille aujourd’hui comme cuisinier dans le restaurant mexicain de son frère à New York. Cet homme taraudé par son passé va tendre la main à cette jeune femme sur le point d’avorter. Ensemble, au long d’une journée ordinaire dans Big Apple, ils feront un bout de chemin afin de surmonter les souffrances et d’entrevoir un avenir meilleur. En 2006, Alejandro Monteverde a réussi un film délicat, réaliste et intelligent sur le problème de la grossesse non désirée. Inscrit dans la culture mexicaine, voici un drame intimiste qui ne tombe jamais dans l’eau de rose… (Saje Distribution)
NE LE CRIEZ PAS SUR LES TOITS
Ne Le Criez Pas Sur ToitSavant doué mais bien naïf, le professeur Moucherotte meurt alors qu’il est sur le point de découvrir la formule du benzil, un carburant de remplacement. Des parasites, en l’occurrence des hommes d’affaire marrons, qui veulent s’emparer de ce carburant synthétique révolutionnaire pensent que Vincent Fleuret, le bras droit du professeur, dispose de la formule. En 1943, Jacques Daniel-Norman signe une comédie gentiment loufoque taillée sur mesure pour Fernandel, alors véritable star du grand écran. Dans le rôle du poétique Fleuret qui ne s’intéresse qu’à la vie éternelle des fleurs et finira par tomber sur la formule de la dynamite, il s’en donne à cœur-joie et pousse même la chanson. Mieux, il connaîtra l’amour puisqu’une journaliste (la charmante Meg Lemonnier) lui sauvera la mise face aux malfaisants qui le menacent d’un procès. (Gaumont)
FAST AND FURIOUS
Fast FuriousPremier film d’une imposante franchise, le film de Rob Cohen qui lança la carrière de Vin Diesel, est sorti en 2001. Pour le 20e anniversaire de cet archétype du film d’action, voici un beau Steelbox, édition limitée 4K pour se replonger dans les aventures de Dominic Toretto, ex-taulard devenu pilote de courses de rue. Un jour, un nouveau venu, Brian veut se joindre à la bande de Dom. En fait, Brian O’Conner (Paul Walker, trop tôt disparu dans un accident de la… route en 2013) est un policier infiltré chargé d’enquêter sur des attaques de camions menées par des « street racers ». Par amour pour Mia, la sœur de Dom, O’Conner, as du volant et de la mécanique, va bifurquer dans son parcours et basculer du côté sombre de la Force… (Universal)
LA LOI DE MURPHY
Loi MurphyFlic à Los Angeles, Jack Murphy se remet mal de son divorce. Pire, Jan, son ex-femme, fait tous les soirs des strip-teases dans le club de son amant. Lorsque Jan est assassinée avec son amant, on essaye de faire porter le chapeau à Murphy. Arrêté par ses collègues, Jack se retrouve menotté à une jeune délinquante qu’il a arrêté le matin même. Ensemble, ils s’évadent et sont désormais poursuivis par une tueuse psychopathe. Du Charles Bronson pur jus ! Le film (1986) se distingue par deux solides personnages féminins et notamment Kathleen Wilhoite qui incarne une teigne très forte en gueule qui traite Murphy de « prostate de macaque » et bien pire… (Sidonis Calysta)
LE JUSTICIER DE MINUIT
Justicier MinuitEn 1983, la Cannon Group du tonitruant tandem Golan-Globus a le vent en poupe. Parmi ses vedettes, figure l’inébranlable Charles Bronson. Ici, dans 10 to Midnight (qui n’a rien à voir avec la saga Justicier dans la ville malgré le titre en v.f), il incarne l’inspecteur Léo Kessler qui enquête sur le meurtre d’un jeune couple tué, en pleins ébats, dans sa voiture. Rapidement, le flic constate que le tueur est un jeune type complètement fêlé qui opère dans le plus simple appareil. Tout se gâte quand le serial-killer menace la propre fille de Kessler. Celui-ci va alors faire sienne la formule « Oublie ce qui est légal et fais ce qui est juste ». On imagine aisément la suite. (Sidonis Calysta)

LADY, LE CHAOS NUCLEAIRE, POLANSKI, LE JUSTICIER ET KIAROSTAMI  

BILLIE
BillieElle incarnait « toute la beauté et la misère du monde ». Eleonora Fagan dite Billie Holiday (1915-1959) fut l’une des plus grandes représentantes du jazz vocal. Pourtant, elle disait ne pas savoir chanter, juste raconter une histoire, la sienne. Et ce n’était pas toujours une histoire très gaie car Billie fut souvent mise à mal par les hommes. James Erskine signe un audacieux documentaire qui mêle deux destinées, celle de Lady Day évidemment mais aussi celle de Linda Kuehl, journaliste new-yorkaise, qui prépara une bio de Billie. Elle recueillit 200 heures de témoignages souvent inédites avant de mourir dans des conditions mystérieuses, la bio restant inachevée. Utilisant de bonnes images de concert de Billie Holiday et les témoignages recueillis par celle qui fut aussi la compagnie de Count Basie, le documentariste décrit l’ascendant de Billie Holiday sur le jazz mais également une descente dans l’enfer de la drogue et du sexe ! (L’Atelier d’images)
HIROSHIMA
HiroshimaAu début des années 50 à Hiroshima, le professeur Kitagawa constate que nombre de ses élèves souffrent de la « malade atomique », séquelles de la bombe lancée par les forces américaines sur la ville le 6 août 1945 et qui fit 200.000 morts. Il entame avec eux une discussion pour faire face à l’ignorance et à l’indifférence des Japonais. En 1953, le cinéaste japonais Hidéo Sekigawa tourne l’un des premiers films à évoquer le cataclysme nucléaire. Longtemps invisible (hormis les séquences qu’utilisa Alain Resnais pour son Hiroshima mon amour) et désormais présenté dans une version restaurée, le film mêle le documentaire émouvant qui reconstitue le chaos qui succède à l’explosion et la fiction expressionniste qui fut jugée trop antiaméricaine. Un impressionnant et bouleversant réquisitoire contre l’horreur de la guerre ! (Carlotta)
POLANSKI
RepulsionSi, aujourd’hui, Roman Polanski est, pour certains, à vouer aux gémonies, on est cependant en droit de se réjouir de retrouver, dans de belles versions restaurées, ses trois premiers longs-métrages. En 1962, dans son pays natal, il réalise Le couteau dans l’eau, son premier long-métrage, le seul en langue polonaise, sur la croisière en voilier d’un couple qui entraîne avec lui un jeune étudiant. Après ce séduisant exercice de style, le cinéaste part en Grande-Bretagne où, dans Répulsion (1965), il dirige Catherine Deneuve en schizophrène que sa répugnance pour le sexe amène au meurtre. L’année suivante, c’est la sœur de Deneuve, Françoise Dorléac qu’il met en scène dans Cul-de-sac. Deux gangsters débarquent sur une île et malmènent un couple mal assorti. Un huis clos d’atmosphère sous le signe de l’humour noir dont le tournage fut très chaotique. Dans les suppléments, Polanski revient longuement sur la genèse de ces trois films. (Carlotta)
BATMAN
BatmanEnfant, Bruce Wayne a perdu ses parents assassinés par un voleur des rues. Le milliardaire se jure alors de venger leur mort en se lançant dans une bataille à vie contre le crime organisé. Bruce (Michael Keaton) invente un justicier masqué et le cache sous le look d’un playboy flambeur… En 1989, après Beetlejuice et avant Edward aux mains d’argent, Tim Burton, très inspiré, réalise le premier opus de la saga et lance, dans Gotham City dévorée par la corruption et le crime, le combat entre Batman et le sinistre et narcissique Joker avec lequel Jack Nicholson, sourire rouge, cheveux verts et peau blanche, imposera l’un des grands méchants du cinéma. Dans la collection Titans of Cult, le film sort, en 4K UHD, dans un steelbook collector inédit. Sur la bande originale de Danny Elfman, on se replonge volontiers dans la bat-aventure ! (Warner)
24 FRAMES
24 framesParce qu’une photo ou un tableau capturent une image sans rien avant, ni après, le cinéaste iranien Abbas Kiarostami a choisi des photos prises par ses soins au fil du temps pour imaginer ce qui justement aurait pu avoir lieu, avant ou après ces moments capturés. Œuvre posthume du cinéaste disparu en juillet 2016, ce film réunit 24 plans fixes, d’environ 5 minutes chacun qui sont autant d’instants de pure poésie et de grande beauté. C’est minimaliste, contemplatif et épatant de grâce. Le film s’ouvre par une animation numérique du tableau de Breughel l’ancien Chasseurs dans la neige qui prend vie avec, ici, la fumée qui s’élève au-dessus d’une chaumière, là un chien qui passe ou des corbeaux qui s’envolent. Et puis Kiarostami filme la mer, les plages, les vagues, la neige sur la campagne, des animaux (les oiseaux occupent une belle place), des ciels, des arbres qui bougent dans le vent, une fenêtre, des personnes âgées de dos qui regardent la tour Eiffel illuminée… Et c’est beau. (Potemkine)
LES ANNEES KANOON
Annees KanoonConnu pour Au travers des oliviers (1994) ou Le goût de la cerise (1997) qui obtint la Palme d’or à Cannes, Abbas Kiarostami, considéré comme l’un des piliers de la Nouvelle vague iranienne, s’est imposé comme l’une des grandes figures du 7e art contemporain. A la fin des années 60, le cinéaste iranien (1940-2016) participe à la création du Kanoon, l’Institut pour le développement intellectuel de la jeunesse et l’une des deux structures publiques de production de films en Iran. Avec Le pain et la rue, en 1970, Kiarostami signe ainsi son premier court-métrage marqué par le néoréalisme sur un écolier malheureux et un chien agressif. Un beau coffret (six dvd) permet de se plonger, entre de nombreuses fictions et documentaires, courts et longs, dans les origines du travail d’un auteur qui allia, avec génie, la poésie et les trouvailles esthétiques. (Potemkine)
LES AILES DE LA RENOMMEE
Ailes RenomméeDans les années 60, lors d’un festival de cinéma, la star César Valentin (Peter O’Toole) est abattue par Brian Smith, jeune écrivain inconnu (Colin Firth), qui est lui-même tué par la chute d’un projecteur… Désormais célèbre à cause de son acte, le tueur ainsi que sa victime sont conduits sur une île, vers un luxueux hôtel destiné à les loger, royalement tant que sur Terre, leur célébrité demeure vivace. Mais gare, ceux qui tombent dans l’oubli, finissent dans des mansardes, à la cave ou sont rejetés à la mer. L’unique long-métrage d’Otakar Votocek, est un bijou du fantastique. Entre douceur et angoisse, la haine le dispute à l’ennui alors que tous les habitants du « purgatoire » ont peur de perdre la gloire et de rejoindre le troupeau des oubliés de l’éternité… (ESC Editions)
APOCALYPSE 2024
Apocalypse 2024En 2007, la Quatrième Guerre mondiale n’aura duré que cinq jours… Bien plus tard, en 2024, la Terre est désertique. Des vagabonds se battent pour les restes de l’ancien monde. Vic, accompagné de Prof, son chien, qui a le don de télépathie avec son maître, erre dans ces territoires désolés en quête de trois choses essentielles : la nourriture, les armes et les… femmes. Mais Vic (Don Johnson) apprend l’existence du « monde d’en bas » vers lequel il va être attiré par Quilla June Holmes (Susanne Benton), un appât rencontré « fortuitement »… En 1975, L. Q. Jones signe, dans la lignée du courant de « SF pessimiste » ou post-apocalyptique (dont Madmax demeure un fameux fleuron), un conte philosophique méconnu (et… restauré) qui manie l’humour noir et vogue sur des thèmes comme la survie, le monde souterrain ou l’ultra-violence… (Artus Films)
ASSA
AssaEn 1987, le cinéaste Serguei Soloviov met en scène un mélange plutôt hétérogène de film policier et de documentaire sur les groupes rock underground de Leningrad et signe une sorte de manifeste de reconnaissance de la jeunesse rock soviétique. On croise dans le film différents groupes comme Aquarium, Bravo ou Afrika dont le leader Bananan, le héros du film, est courtisé par la rebelle Alika, jeune amie de Krymov, mafieux vieillissant qui incarne les valeurs d’un régime sans foi, ni loi… Ce film sur des rockeurs face à la pesanteur de l’establishment culturel soviétique fait la part belle aussi à Viktor Tsoi (1962-1990) leader du groupe Kino dont la chanson « Je veux des changements » fut l’un des symboles de la perestroïka… (Extralucid Films)
L’HOMME SANS VISAGE
Homme Sans VisageCharles Norstadt surnommé Chuck, 13 ans, rêve d’entrer dans l’académie militaire où était son père qu’il n’a jamais connu. En vacances sur la côte Est des Etats-Unis avec sa mère et sa soeur, le gamin reçoit l’aide du mystérieux Justin McLeod, ex-enseignant dont la moitié du visage a été défigurée à la suite d’un accident dans lequel l’un de ses élèves a trouvé la mort… En 1993, Mel Gibson, star de Mad Max ou de L’arme fatale, passe pour la première fois à la réalisation tout en incarnant McLeod. Il réussit une histoire émouvante (sans être larmoyante) fondée sur une rencontre initiatique. En mal d’une figure paternelle, Chuck (Nick Stahl) va la trouver auprès d’un ermite malheureux à cause du mépris, sinon de l’angoisse dans le regard des autres… (Metropolitan)
UNE AFFAIRE DE DETAILS
Une Affaire DetailsOfficier en fin de carrière, Joe « Deke » Deacon, shérif-adjoint dans un comté du sud de la Californie, est un type pas très bien vu dans la police. Pour les besoins d’une enquête, il revient à Los Angeles où il était autrefois en poste. Il croise Jim Baxter, jeune flic qui travaille sans succès sur un tueur en série qui a déjà fait quatre victimes. Même si les deux hommes ont des méthodes bien différentes, Deke accepte de faire équipe avec Baxter et repère rapidement un suspect bien tordu… John Lee Hancock réunit un joli trio de vedettes (tous sont des titulaires de l’Oscar) avec Denzel Washington, Rami Malek et Jared Leto pour un solide thriller avec de bons personnages (Deke trimballe de troubles secrets) et une atmosphère qui n’est pas sans faire penser au Seven de David Fincher… (Warner)
MONSTER HUNTER
Monster HunterNotre monde en cache un autre, dominé par de puissants et dangereux monstres. Lorsque le lieutenant Nathalie Artemis et son unité d’élite traversent un portail qui les transporte dans cet univers parallèle, ils subissent le choc de leur vie et vont devoir faire face à d’incessantes attaques de créatures terrifiantes. Pour rentrer chez elle, l’intrépide Artemis aura bien besoin de de l’aide d’un mystérieux chasseur qui a survécu dans ce monde hostile grâce à des aptitudes uniques. Après la saga Resident Evil, Paul W.S. Anderson retrouve Mila Jovovich (elle fut la Jeanne d’Arc de Luc Besson) pour une adaptation au cinéma du jeu vidéo éponyme. Il va ne faut pas trop chercher du côté du scénario mais, côté action, ça se regarde tranquillement ! (Sony)

LA REBELLE, LES TUEURS, MARTHA JANE, BEAUMARCHAIS ET LE FLIC PROPRE  

FRANCES
FrancesMême si les gazettes la qualifiaient d’« exceptionnelle trouvaille des écrans de 1936 », et qu’on la voyait comme la nouvelle Garbo, Frances Farmer (1913-1970) ne fut jamais heureuse à Hollywood, estimant qu’on lui volait sa vie. En 1982, le cinéaste australien Graeme Clifford signe son premier long-métrage (et son meilleur) en suivant le parcours tragique d’une actrice passionnée de théâtre et de cinéma mais qui, rebelle, refusa de se plier à la règle du jeu d’Hollywood. Dans l’un de ses tout meilleurs rôles, Jessica Lange incarne cette femme qui connut aussi l’enfer de la psychiatrie et de ses traitements inhumains. Dans la collection Make my Day, Jean-Baptiste Thoret remet en lumière ce biopic, certes classique, qui interroge aussi la question de la normalité… Parmi les bonus, Matthieu Larnaudie propose une relecture (55 mn) du film. (Studiocanal)
DE SANG FROID
De Sang FroidGrand classique de la littérature américaine, le roman non-fictionnel de Truman Capote, publié en 1966, donna lieu, l’année suivante, à l’un des plus films les plus forts de Richard Brooks. En 1959, à Holcomb, Kansas, Perry Smith et Dick Hickock, deux jeunes paumés, massacrent froidement et sans aucun mobile, les Clutter, une famille d’agriculteurs. C’est par sa construction que ce film glaçant (dans un noir et blanc très dense) trouve sa singularité. Avec deux bons comédiens (Robert Blake et Scott Wilson), le réalisateur d’Elmer Gantry élude le meurtre (il le montrera au fil de l’enquête) et monte en parallèle, avec nombre de flash-back, la cavale des assassins et le travail des policiers, conservant ainsi le recul pris par Capote dans son récit de ce fait-divers authentique. De bons suppléments (dont une analyse de la musique originale de Quincy Jones) et un livret de 80 pages signé Philippe Garnier. (Wild Side)
CALAMITY
CalamityEn 1863, dans un convoi de pionniers qui progresse vers l’Ouest, une famille espère trouver une vie meilleure dans le lointain Oregon. Mais le père veuf se blesse et c’est la jeune Martha Jane qui doit prendre les rênes du chariot et soigner les chevaux tout en étant confrontée aux garçons et filles du convoi. Superbe film d’animation français de Rémi Chayé (auteur du beau Tout en haut du monde en 2015), cette histoire sous-titrée Une enfance de Martha Jane Cannary raconte, de manière fictionnelle, le désir d’émancipation et l’apprentissage de la liberté pour une toute jeune fille fière et intrépide, habillé en garçon, qui deviendra la mythique Calamity Jane, grande figure de la conquête de l’Ouest. Avec humour et des clins d’œil aux thèses féministes contemporaines, un western à hauteur de gamine et une beau voyage initiatique et coloré. (Universal)
FIGARO
FigaroJeune cinématographiste au sein de la Gaumont dans les années 1914, Gaston Ravel (1878-1958) tourne de multiples films pour la firme à la marguerite mais cultive une passion pour les grands textes classiques. En 1929, il parviendra à sa plus forte réussite avec Beaumarchais. En compagnie de Tony Lekain, co-réalisateur et co-scénariste, il signe une audacieuse « compression » de la trilogie de Figaro. Alors même que Beaumarchais est difficile à mettre en scène parce que sa saveur réside dans le brio de la réplique, Ravel, avec son film muet, tient son pari même si son Figaro fait abstraction de la lecture idéologique de Beaumarchais. Tant pour la circulation vertigineuse des personnages, l’organisation chorégraphique de l’espace, le jeu des regards, enfin par l’arithmétique du désir et des corps. Dans les bonus, une bonne analyse de Figaro par Martial Poirson. (Gaumont)
SERPICO
SerpicoFlic de terrain à New York, Frank Serpico ne supporte pas la corruption ambiante et décide de la combattre. Habitué à un style vestimentaire qui dérange et irrite ses collègues, il se fond dans la population pour faire son boulot. Mais, de plus en plus isolé, il va connaître une descente aux enfers. En 1973, pour leur première coopération avant Un après-midi de chien (1975), Al Pacino et Sidney Lumet connaissent un imposant succès critique et populaire avec ce drame policier inspiré par l’histoire vraie de Frank Serpico qui quitta la police un an avant le tournage du film et ne vit son intégrité reconnue qu’après plus de dix ans de lutte. Cheveux longs et barbe épaisse, Pacino (dans un rôle qui devait d’abord être incarné par Robert Redford) excelle en héros détesté et solitaire mais toujours honnête. Une belle édition blu-ray. (Studiocanal)
L’ANNEE TCHEQUE
Annee TchequeC’est en 1947 que Jiri Trnka, maître des marionnettes, réalise son premier long-métrage d’animation qui, à travers la vie d’un village tchèque, évoquent, en six séquences, les coutumes et les légendes nationales. Du carnaval à la fête foraine en passant par Bethléem, Tnka (1912-1965) et le compositeur Vaclav Trojan réussissent une superbe fresque où la minutie de la mise en scène, l’inventivité plastique le dispute à la féérie et à la beauté de portraits miniaturisés. Dans une édition restaurée et remastérisée, Spalicek est la première perle de Trnka et le premier long-métrage en couleurs de marionnettes animées dans l’histoire du 7e art. Le coffret est accompagné d’un livret rédigé par Pascal Vimenet qui analyse avec précision l’œuvre fondatrice de Trnka. (Artus Films)
LES BAS-FONDS
Bas FondsPremière des quatre rencontres entre Jean Gabin, plus grand comédien de sa génération, et Jean Renoir juste avant La grande illusion, cette lointaine (seuls les noms ou les costumes rappellent le pays du dramaturge) adaptation de Gorki et de la Russie des tsars, tournée en 1936 au cœur du premier été du Front populaire (présenté dans une belle version restaurée), évoque la France et l’idéal ouvrier de l’époque. Joueur invétéré et fauché, un baron (Louis Jouvet) croise la route de Pepel (Gabin) qui s’introduit chez lui pour le voler. Mais les deux se lient d’amitié et le baron rejoindra le voleur pour partager une cave sordide. Quand Renoir analyse les mécanismes de la servitude et observe comment l’aristocratie doit permettre au prolétariat de prendre le pouvoir… (Gaumont)
ANGEL
Angel« Bonne élève le jour, bonne p… la nuit » Le ton est donné. Entre 1983 et 1988, Angel, trilogie à succès, est un bon exemple de ces « grindhouse films » qui n’avaient aucune d’ambition artistique mais distillaient, au format série B, des divertissements policiers et (très) légèrement émoustillants. Voici, dans Angel, Angel 2 : la vengeance et Angel 3 : le chapitre final, les aventures de Molly Stewart (incarnée par trois comédiennes différentes) qui, prostituée la nuit mais collégienne, étudiante ou photographe le jour au fil du temps, se transforme toujours en justicière traquant un serial-killer pervers ou des malfrats en tous genres. Une curiosité du cinéma d’exploitation américain. (Carlotta)
UNE BIBLE ET UN FUSIL
Bible FusilMalgré les ans qui commencent à bien peser, le shérif Rooster Cogburn est toujours redouté et redoutable. Au point que, trouvant ses méthodes trop expéditives, le juge Parker lui retire son étoile. Mais Cogburn s’en moque comme d’une guigne. A la poursuite de bandits qui ont volé de la nitroglycérine, il croise la route d’une fille de pasteur avec laquelle il devra apprendre à faire équipe. Un western agréable qui fait songer au fameux African Queen d’Huston (où Hepburn jouait avec Bogart) et qui vaut pour le plaisir de retrouver John Wayne en vieux type borgne et bougon aux prises avec une vieille fille aussi mal embouchée que lui, incarnée par la grande Katharine Hepburn. (Sidonis Calysta)
AMOURS IRLANDAISES
Amours IrlandaisesIl était une fois en Irlande, deux fermes à peu de distance l’une de l’autre. D’un côté, vivait Rosemary Muldoon, de l’autre Anthony Reilly. Depuis toujours, Rosemary était amoureuse d’Anthony mais celui-ci, la tête un peu dans les nuages, n’osait pas le remarquer d’autant que les deux familles étaient en mauvais termes. Un jour, le père (Christopher Walken) d’Anthony décida de vendre la ferme à son neveu américain…. Dans les verts paysages d’Irlande, sous des pluies soutenues et de rares mais beaux rayons de soleil, John Patrick Shanley adapte sa propre pièce de théâtre montée à Broadway en 2014. Wild Mountain Thyme évoque l’héritage de la terre et donne une aventure amoureuse longtemps muette. Jamie Dornan (Cinquante nuances de Grey) incarne Anthony le « dérangé » alors qu’Emily Blunt (Sicario) est radieuse en fermière déterminée. (Metropolitan)
LA CARAVANE DE FEU
Caravane FeuScénariste de talent (Sept hommes à abattre dès 1956), Burt Kennedy passe ensuite derrière la caméra et orchestre, en 1967, la troisième rencontre sur le grand écran de deux légendes du western : John Wayne et Kirk Douglas. Le premier incarne Taw Jackson qui vient de sortir de prison après avoir été dépossédé de ses terres sur lesquelles se trouve une riche gisement d’or. Avec l’aide d’un tueur à gages expert en explosifs (Douglas), Jackson organise l’attaque d’un fourgon blindé qui transporte chaque mois l’or, caché dans des tonneaux de farine, à la gare d’El Paso. Un sympathique western de série B. (Sidonis Calysta)
JALOUX COMME UN TIGRE
Jaloux Comme TigreSon nom ne dit sans doute plus rien aujourd’hui aux jeunes générations. Mais André Darricau (1925-2006) devenu, à la mode anglaise, Darry Cowl, fut un comédien comique en vogue des années 50 au début des années 80 autant qu’un oiseau de nuit pianiste et zozoteur. En 1964, celui qui employait souvent l’expression « petit canaillou », réalisait son unique long-métrage en racontant l’histoire d’un mari très jaloux qui perturbe la vie de son couple et de son entourage. Le tout donne une pure bouffonnerie, souvent franchement burlesque mais souvent aussi inégale, où l’on croise, outre l’omniprésent Darry Cowl, Poiret et Serrault, Francis Blanche, Dany Saval ou Jean Yanne…Pour la curiosité ! (Gaumont)

HUSTON, L’ODYSSEE, LA VENGEANCE, LE COURAGE ET UN DETECTIVE SUR LES DOCKS  

AU-DESSUS DU VOLCAN – LE MALIN
Au Dessus VolcanLe MalinC’est avec deux œuvres tardives (restaurées et inédites en Blu-ray) que l’on retrouve John Huston, magnifique et puissante figure du cinéma américain, qui, en une quarantaine de films, signa quelques solides classiques. Ici, il s’appuie sur les romans de Flannery O’Connor et Malcolm Lowry pour mettre en scène deux personnages au bord du gouffre et face à leur destin. Avec Le malin (1979) d’O’Connor, il plonge, avec un regard féroce sur les pratiques religieuses, dans l’Amérique profonde à travers Hazel Motes, ancien soldat en perdition (Brad Dourif) qui décide de fonder un nouveau culte : l’église sans Christ. Adaptation envoûtante du roman culte de Lowry, Au-dessus du volcan (1984) observe, dans le Mexique de 1938 et à l’heure de la fête des morts, la déchéance poignante et poisseuse de Geoffrey Firmin, ancien consul britannique (Albert Finney) détruit par l’alcool et rongé par son passé… (Carlotta)
DOUZE MILLE
Douze MilleParce qu’il a perdu son travail clandestin et parce qu’il craint que Maroussia ne pourra plus l’aimer aussi bien, Frank décide de partir au loin pour gagner autant qu’elle, en l’occurrence douze mille, ce qu’il faut pour avoir un an devant soi. Ni plus ni moins. Pour sa première fiction, Nadège Trebal (qui incarne aussi Maroussia dans un mélange de pudeur et d’impudeur) donne la forte chronique d’un couple qui s’aime ardemment et dont l’existence va prendre la forme d’une odyssée prolétaire sur fond de démesure industrielle. Avec un Arieh Worthalter, toujours remarquable, voici, sous le soleil du Sud et dans la nuit portuaire, une réflexion sur l’interdépendance argent-sexe-couple où surgit, drôle et farfelue, la danse (la chorégraphie est due à Jean-Claude Gallotta et la musique à l’Alsacien Rodolphe Burger), comme un pied de nez à la gravité du monde. (Shellac)
THE NIGHTINGALE
The NightingaleDans l’Australie de 1825 sous domination anglaise, Clare, jeune bagnarde irlandaise, a purgé sa peine. Mais un officier britannique s’acharne sur elle. Il la viole, la laisse pour morte tandis que son mari et son bébé sont sauvagement tués. Au bord de la folie, Clare (l’italo-irlandaise Aisling Franciosi), en compagnie de Billy, un jeune pisteur aborigène (Baykali Ganambarr), se lance à travers les immenses terres hostiles de Tasmanie sur la trace de ses bourreaux. Autour des thèmes de la violence et de la vengeance, la cinéaste australienne Jennifer Kent (auteur de Mister Babadook en 2014) décrit une colonisation brutale à travers l’âpre portrait d’une jeune femme qui tente de préserver son humanité au cours d’une aventure humaine désespérée. (Condor)
NOTHING TO BE AFRAID OF
Nothing_NTBAOLe silence règne sur les pentes plantées d’arbres du Haut-Karabagh, seulement troublé par un sifflet ou une explosion. En janvier 2018, cinq femmes arméniennes déminent leur terre natale. Nous sommes dans le « couloir de Latchin », qui a permis, au début de la guerre de 2020 au Haut-Karabagh, l’évacuation d’une majorité de la population du pays vers l’Arménie. Dans un documentaire (inscrit dans le meilleur du jeune cinéma arménien), la cinéaste Silva Khnkanosian accompagne Lilit, Narine, Inga, Vard et Lucine dans leur méticuleux, délicat et épuisant travail de déminage d’une ancienne zone de combat largement truffée de mines… Au générique de fin, on apprend que 73.268 mines ont été neutralisées. Tendu et impressionnant comme un face-à-face permanent avec la mort ! (La Huit)
DANS LA GUEULE DU LOUP
Dans Gueule LoupAlors qu’il sortait d’une bijouterie où il cherchait une bague pour sa femme, le détective Johnny Damico est abusé par un tueur qui se fait passer pour l’un de ses collègues. Pour se racheter, il va devoir infiltrer le milieu des dockers afin de mettre fin aux activités des truands qui tiennent le port… En 1951, Robert Parrish tourne son second long-métrage et réussit une petite perle de série B. Dans un beau noir et blanc, voici un solide film noir où les flics ne se comportent pas beaucoup mieux que les racketteurs. Entouré de bons seconds rôles dont Ernest Borgnine, l’excellent Broderick Crawford incarne parfaitement Damico, flic au physique massif et brutal qui ne prend pas de gants. Le rythme est soutenu et l’atmosphère urbaine est poisseuse à souhait. (Sidonis Calysta)
SOUL
SoulProf de musique dans un collège, Joe Gradner a toujours rêvé d’être un grand pianiste de jazz. Le jour où il pourrait le devenir, une chute tragique interrompt son rêve. Enfin, pas tout à fait. Car, si son âme et son corps sont dissociées dans l’autre monde, Joe va cependant trouver la force de rallumer son étincelle. Sur fond de bon jazz et d’excellente animation signée Pixar, Pete Docter (déjà auteur de Monstres et Cie, Là-haut ou Vice-versa) et Kemp Powers jonglent avec brio entre une aventure réaliste et une évocation colorée du « grand avant » peuplé de petites créatures mignonnes et de hautes figures toutes en fines lignes. Un film d’animation délicieusement onirique qui séduira assurément les… grands autour d’une question fondamentale : comment donner du sens à sa vie… (Disney Pixar)
THE SINGING CLUB
Singing ClubAvec The Full Monty, amusante évocation, dans les années 80, de chômeurs de la métallurgie virant à Chippendales amateurs, Peter Cattaneo signait en 1977 un film-culte avant de disparaître un peu des écrans. On le retrouve avec plaisir dans une chronique allègre mais aussi poignante inspirée de faits réels. Alors que les troupes anglaises de la garnison (fictive) de Flitcroft dans le Yorkshire, sont envoyés en 2011 se battre en Afghanistan, des épouses, pour tromper l’attente et l’angoisse, montent une chorale qui ira jusqu’à se produire au fameux Albert Hall à Londres dans le cadre d’un concert pour les soldats britanniques tombés au champ d’honneur. Avec Kristin Scott-Thomas en tête d’affiche, voici un agréable feel good movie (pas exempt de clichés) qui met joliment en avant la solidarité et le courage des femmes de soldats… (Pyramide)
POSSESSOR
PossessorRévélé par Antiviral (2012), Brandon Cronenberg, fils de David, revient en force (et directement en dvd après un Grand prix du jury à Gérardmer 2021) avec un mélange très réussi de polar, de science-fiction minimaliste et d’horreur explosive. Avec la ferme intention de perturber le spectateur, le cinéaste l’embarque dans l’histoire de Tasya Vos (Andrea Riseborough, vue dans Shadow Dancer ou Birdman), agent d’une organisation secrète dont la technologie permet d’habiter n’importe quel corps et de commettre ainsi des assassinats au profit de clients. Evidemment, ça va déraper… Constamment étrange et intrigant, le film repose sur une remarquable esthétique visuelle, sur un jeu des couleurs et de bons trucages « à l’ancienne ». Dans de bons suppléments, le cinéaste et ses collaborateurs éclairent largement le travail accompli sur le film. (Lonesome Bear)
GANJA & HESS
Ganja & HessAlors qu’il fait des recherches sur un peuple africain antique, le docteur Hess Green (Duane Jones), un anthropologue afro-américain, est poignardé avec une dague cérémonielle en bois par son assistant instable qui se suicide peu après. Hess se découvre alors une addiction au sang humain… Arrivée chez Hess, Ganja (Marlene Clark), l’épouse de l’assistant, entame avec le scientifique une étrange relation de mort et de douceur lascive. En jouant sur les codes de la blaxploitation, Bill Gunn (1934-1989) réalise en 1973, un film d’atmosphère où se mêlent l’horreur, les vampires, une sensualité psychédélique, le tout avec une recherche formelle parfois anarchique qui en fait une œuvre déroutante et fascinante et en avance sur son temps. Dans les bonus, Jean-Baptiste Thoret détaille longuement le film et son contexte. (Capricci)
LUTTE SANS MERCI
Lutte Sans MerciAu sortir d’une tardive réunion de travail, l’ingénieur Walt Sherill apostrophe un conducteur qui conduit dangereusement… La voiture freine et un groupe de jeunes en descend. Sherill est passé à tabac et se retrouve à l’hôpital. Le sergent Koleski (Rod Steiger) est chargé de l’enquête mais Sherill estime qu’elle ne va pas assez vite. Pour son avant-dernier film, en 1962, Alan Ladd, grande star des années 40-50 tant dans le western (L’homme des vallées perdues) que dans le film noir (Le dahlia bleu), incarne, devant la caméra de Philip Leacock, un homme tranquille qui, de plus en plus aveuglé par la vengeance, va traquer des délinquants juvéniles bien décidés à le terroriser, lui et sa femme… Un solide film de « vigilante » dix ans avant ceux de Charles Bronson. (Sidonis Calysta)
THE OTHER SIDE
The Other Side« Il y a un enfant, ici ! » En arrivant dans la nouvelle maison que son père et sa compagne Shirin viennent d’acheter, le jeune Lucas est troublé. Il distingue des cris d’enfant, voit passer une forme. Le gamin qui a perdu naguère sa mère, va devoir faire face à une entité tapie dans le grenier ou la cave. En s’inspirant de faits réels ou, du moins, du récit d’une famille qui aurait vécu quelque chose de paranormal, les cinéastes suédois Tord Danielsson et Oskar Mellander, pour leur premier long-métrage (présenté en compétition à Gérardmer cette année), construisent un film qui distille une sourde angoisse autour d’un phénomène angoissant. Dans des lumières bleues froides baignant un décor dépouillé, Lucas et sa belle-mère débutante luttent contre la peur en tissant un nouveau lien familial fort… (Wild Side)
POLY
PolyFraîchement arrivée avec Louise, sa mère, à Beaucastel, un petit village des Cévennes, Cécile, dix ans, peine à s’habituer à sa nouvelle vie et à ses nouveaux camarades de classe. Dans un cirque de passage, elle remarque Poly, un beau poney maltraité par son dresseur. Elle décide alors de sauver l’animal en l’enlevant et recevra pour cela l’aide de tous ses copains. Adaptant une célèbre série télé de Cécile Aubry sortie dans les années 60, l’aventurier et cinéaste Nicolas Vanier (déjà réalisateur en 2013 de Belle et Sébastien, un autre succès de Cécile Aubry) propose un joli film familial qui fait la part belle aux beaux grands sentiments. François Cluzet, Julie Gayet ou Patrick Timsit dessinent des adultes taiseux, libres ou méchants autour de la jeune Elisa de Lambert, gamine au grand cœur. C’est frais et charmant. (M6)

LES JESUITES, JOUVET, RAIMU, LES VAMPIRES ET LA SURVEILLANCE  

SILENCE
SilenceAncien assistant du grand Ozu, Masahiro Shinoda, 90 ans, apparaît comme l’une des figures de la Nouvelle vague japonaise. En 1971, il signe Chinmoku adapté d’un classique de la littérature nippone dont Martin Scorsese donnera sa propre version éponyme en 2016. Voici, au 17e siècle, l’aventure de deux prêtres jésuites portugais venus au Japon pour aider à réimplanter le christianisme dans un pays où la religion catholique est interdite et les fidèles persécutés. En parallèle, les deux missionnaires tentent de faire la lumière sur leur mentor, le père Ferreira, mystérieusement disparu après sa capture par les autorités. Shinoda propose une quête intime et violente dans le Japon médiéval. Dans une mise en scène vertigineuse autant que « documentaire », voici un voyage dans la foi et les paradoxes de la spiritualité. Inédit en Blu-ray et dvd dans sa version restaurée. (Carlotta)
COPIE CONFORME
Copie ConformeGabriel Dupon, modeste représentant en boutons et Manuel Ismora, photographe mondain et… cambrioleur de grande envergure, n’ont rien en commun, sinon leur étonnante ressemblance. Le malfrat va se servir de Dupon comme alibi. En 1946, Jean Dréville, excellent artisan revendiquant la « qualité France » (bientôt haïe par la Nouvelle vague), tourne un policier enlevé qui repose sur des dialogues pétillants d’Henri Jeanson et un rythme dans la mise en scène qui ne faiblit jamais. Evidemment, on savoure la double prestation du grand Louis Jouvet, épatant quand il lâche : « Quand je vous regarde, j’ai l’impression de me répéter » ou encore lorsqu’il explique qu’un portrait, « c’est quelque fois un aveu, quelque fois un mensonge, souvent une dure réalité ». On y croise aussi la toujours pétulante Suzy Delair… (Pathé)
L’ETRANGE M. VICTOR
Etrange Monsieur VictorHonorable commerçant toulonnais, Victor Agardanne mène une double vie puisqu’il œuvre aussi comme receleur pour des cambrioleurs. Menacé de chantage, il commet un meurtre qui vaudra à un innocent (Pierre Blanchar) de partir au bagne. Huit ans plus tard, le bagnard s’évade, revient à Toulon et Victor le recueille au risque de se faire prendre. En 1938, Jean Grémillon, connu pour Gueule d’amour (1937) et Remorques (1941), construit autour du grand Raimu (brillant en homme ayant du mal à vivre sa sombre dualité) un film intense qui développe des thèmes comme le crime, l’expiation et le rachat. Venu du documentaire, le cinéaste filme le quotidien de Toulon tout en décrivant les déchirements de Monsieur Victor. Une belle version restaurée pour un film remarquable que l’on croyait disparu… (Pathé)
THE ADDICTION
The AddictionLe milieu des années 90 est une période faste pour Abel Ferrara. Après Bad lieutenant (1992) et avant Nos funérailles (1996) l’un de ses films les plus aboutis et les plus noirs, le cinéaste réussit, ici, une magnifique variation sur le thème du vampire. En s’éloignant des codes de l’horreur classique, il raconte, dans un superbe noir et blanc, le parcours de Kathleen (Lili Taylor), une étudiante en philosophie, mordue au cou par une femme (Annabella Sciorra)… Autour de la dépendance, du virus qui ronge Kathleen mais aussi de la récurrente question du Mal chez Ferrara, voici, avec aussi l’excellent Christopher Walken, une descente aux enfers méconnue (malgré sa présence en compétition à la Berlinale 95) qui mérite d’être découverte ! (Carlotta)
LE GANG ANDERSON
Gang AndersonA peine sorti de prison où il a passé dix ans, John « Duke » Anderson (Sean Connery, parfait même avec sa calvitie), veut frapper un grand coup en cambriolant non pas un appartement mais tous les appartements cossus d’un grand immeuble de New York où vit sa maîtresse (Dyan Cannon). Il entreprend rapidement de monter une équipe pour passer à l’action… Si le prolifique et remarquable Sidney Lumet excelle à montrer la précise organisation du braquage, il s’est surtout intéressé à l’envers du décor. Car l’opération est de suite éventée par les surveillances tous azimuts du FBI, du fisc ou d’officines privées. En 1971, soit un an avant le scandale du Watergate, Lumet se penche lucidement sur les machines qui prennent le pouvoir, en l’occurrence l’espionnage, officiel ou non, qui gangrène une société constamment sous surveillance. Le braquage de Duke et de ses acolytes ne semble plus alors n’être qu’un épiphénomène ! (Sidonis Calysta)
THE UNDOING
The UndoingDans le monde aisé des Fraser, tout va pour le mieux. Dans le New York résidentiel de Central Park, Grace est une psychothérapeute réputée et Jonathan, son mari, un pédiatre spécialisé en oncologie tandis que leur fils Henry fréquente une école huppée. Cette vie de rêve va s’effriter gravement lorsqu’au lendemain d’une soirée de levée de fonds, on constate l’assassinat de la ravissante Elena Alves. Grace se met alors à avoir des soupçons sur son mari… Avec Nicole Kidman et Hugh Grant, voici une excellente minisérie d’HBO (six épisodes de 45 mn) où le showrunner David E. Kelly (connu pour la série Big Little Lies avec déjà Nicole Kidman) s’ingénie avec brio à distiller un thriller où la psy, qui disait « Vous auriez dû le savoir » à ses patients, n’a rien vu venir. A moins que… Et si tout dans la vie des Fraser n’était qu’une suite de lourds mensonges ? (Warner)
LE CAMION
Camion Duras« C’aurait été une route – au bord de la mer – elle aurait traversé un grand plateau, nu – et puis, un camion – c’est arrivé… » On reconnaît d’emblée le phrasé particulier de Marguerite Duras aux premières images de cette quatrième réalisation (qui ressort dans une bonne édition Blu-ray) de la romancière. En 1977, une écrivaine (Duras) lit à un comédien (Gérard Depardieu) le scénario de son prochain film et disserte sur l’existence ou les origines de l’Homme. Evidemment, on pourrait parler, ici, de « non-film » si n’était la capacité de suggestion de Duras, dont on remarque le sourire tendre, quand elle dit : « Personne ne peut résister au vent » ou « Que le monde aille à sa perte. C’est la seule politique… » (Gaumont)
SACREES SORCIERES
Sacrees SorcieresJeune orphelin, Bruno vient, en 1967, vivre chez sa malicieuse grand-mère à Demopolis, en Alabama. La mamie et le gamin se rendent dans une belle station balnéaire, précisément au moment où la Grande Sorcière y réunit, incognito, ses troupes pour mettre en oeuvre de démoniaques desseins. Dans une nouvelle adaptation du roman de Roald Dahl paru en 1983 et après une première adaptation au cinéma (The Witches) par Nicolas Roeg en 1990 avec Anjelica Huston, Robert Zemeckis (Forrest Gump ou Qui veut la peau de Roger Rabbit) retrouve l’esprit de son La mort vous va si bien pour une fantaisie horrifique où il n’hésite ni sur l’aspect cartoon, ni sur les effets spéciaux. Au côté d’Octavia Spencer et de Stanley Tucci, Anne Hathaway s’en donne à cœur joie en Grande sorcière. (Warner)
ASPHALTE
AsphalteUn 31 juillet, le grand chassé-croisé des vacanciers vire à un cataclysme propre à entraîner Bison fûté au suicide… C’est un cauchemar de la route estivale que Denis Amar met en scène, en 1981, dans son premier (et meilleur) long-métrage. Alors que rien ne l’y poussait, Juliette Delors (Carole Laure) décide de prendre la route avec la voiture de son ami pour le rejoindre. On y croise aussi un père de famille devenu fou à la suite d’un accident ou un chirurgien qui voit défiler des blessés… Dans sa bonne collection Make my Day, Jean-Baptiste Thoret exhume ce film choral oublié et installe, avec une grosse distribution (Yanne, Marielle, Lambert, Ogouz, Bourseiller) une atmosphère bien anxiogène entre canicule, beaufs, tôles froissées et mort au tournant. Une réflexion acerbe sur la société de la bagnole… On songe tout à la fois à Week-end (1967) de Godard ou au Grand embouteillage (1978) de Comencini mais ici l’angoisse domine constamment… (Studiocanal)
JUST JEACKIN
Amant Lady ChatterleyEn 1974, avec Emmanuelle, le photographe de mode français Just Jaeckin signe l’un des plus grands succès du cinéma français dans le monde. Jaeckin poursuivra sa carrière de cinéaste en privilégiant la veine érotique. On retrouve, en Blu-ray, Madame Claude (1977) ou les aventures de la plus célèbre proxénète française (incarnée par Françoise Fabian) ainsi que L’amant de Lady Chatterley (1981), adaptation du roman de D.H. Lawrence où le cinéaste retrouve, dans le rôle-titre, Sylvia Kristel qui fut son Emmanuelle. Elle incarne, ici Constance, épouse frustrée d’un aristocrate atteint dans sa virilité par une blessure de guerre et cédant à la passion charnelle avec Mellors, le garde-chasse de la propriété. En bonus, on trouve un portrait de Just Jaeckin et un documentaire sur Fernande Grudet alias Madame Claude, qui raconte comment sa maison fournissait en (belles) filles les élites françaises et internationales. (Zylo Films)
NOTRE HISTOIRE
Notre HistoireGaragiste à la vie chaotique, Robert Avranches boit beaucoup de bière. Dans un train, il rencontre Donatienne (Nathalie Baye) qui s’offre à lui. Robert va s’accrocher à elle et s’installer dans la vie de celle-ci contre son gré. Donatienne (Nathalie Baye) est triste et lasse mais Robert affirme : « Parce que ton sourire faudra bien qu’il revienne un jour. Peut-être pas demain ou aujourd’hui, mais un jour. Pis ce jour-là, moi je serai là avec mon Polaroid. » En 1984, Bertrand Blier signe un film très bien écrit mais très décalé qui joue, dans un cadre réaliste, de situations volontiers absurdes. On retrouve ce film, dans lequel Alain Delon incarne un parasite alcoolique, dans une version Blu-ray restaurée. (Studiocanal)
CAPITAINE DENT DE SABRE ET LE DIAMANT MAGIQUE
Capitaine Dent SabrePersonnage célèbre en Norvège (dû au romancier Terje Formoe), le capitaine Dent de sabre est au cœur d’une aventure des mers avec trois malicieux et intrépides moussaillons, les frères Marco et Pinky et la petite Veronica qui se cache sous le foulard de la pirate Ronny. Ensemble, autour de la quête d’un gros diamant magique, ils sont aux prises avec diverses bestioles et un méchant qui craint la lumière… Les réalisateurs Marit Moum Aune et Rasmus Sivertsen signent, autour d’une libre adaptation de L’île au trésor de Stevenson, un agréable film européen d’animation qui sort directement en dvd pour cause de crise sanitaire. (Metropolitan)

LES PIONNIERS, LES POLICIERS, BELZEBUTH ET UNE FEMME AU BORD DE LA CRISE DE NERFS  

OUTSIDE
Outside Dans les années 30, à New York, des photographes, souvent armés de Leica, descendent dans la rue. Leurs images posent un regard neuf sur les habitants. Parmi ces artistes (Klein, Frank, Model, Page) figurent Morris Engel et son épouse Ruth Orkin. Pour les jeunes Turcs de la Nouvelle vague française, l’Américain Engel (1918-2005) était celui qui avait montré la voie. En compagnie de son épouse, il révolutionna la photographie naturaliste avant de se tourner vers un cinéma épris de liberté et proche des gens. Dans le coffret Outside, est réunie l’œuvre cinéma complète : Le petit fugitif (1953), Lovers and Lollipops (1955), Weddings and Babies (1958) et I Need a Ride to California (1968), ce dernier jamais dévoilé au public. Lilly, jeune Californienne, est venue à Greenwich Village pour vivre de plein fouet la révolution hippie. Un superbe témoignage sur le New York de 1968 entre libération sexuelle, agitation sociale et révolution Flower Power. Un beau et passionnant coffret riche en suppléments dont des courts-métrages ou des publicités d’Engel mais aussi des documentaires de Mary Engel consacrés à ses deux parents !  (Carlotta)
A DARK DARK MAN
A Dark Dark ManBien que jeune flic, Bekzat connaît déjà toutes les ficelles de la corruption policière. Il faut dire qu’il est à bonne école avec ses collègues. Voilà qu’il s’agit d’étouffer une nouvelle affaire crapuleuse. Mais une journaliste pugnace s’en mêle et trouble les combines bien installées… Brillant cinéaste kazakh, Adilkhan Yerzhanov réussit un magnifique et grinçant polar des steppes autour d’un personnage en survie face à la violence du monde… Volontiers comparé aux frères Coen, Yerzhanov observe, avec un superbe sens de la mise en scène, une humanité lamentable et un homme égaré dans le labyrinthe de la vie. Mais Bekzat (Daniar Alshinov) va parvenir à une métamorphose passant d’un niveau moral douteux à un niveau de conscience élevée. La poésie et l’humour noir sont au rendez-vous pour perturber un sombre réalisme… Dans les bonus, on trouve une longue interview du cinéaste décryptant son travail. (Arizona Distribution)
PARIS POLICE 1900
Paris Police 1900Dans le Paris de 1899, la Troisième République est sur le point d’exploser. Les menaces sont multiples et le président Félix Faure vient de succomber dans les bras de son experte maîtresse. Dans ce contexte troublé, Antoine Jouin, jeune flic ambitieux, mène l’enquête autour du corps d’une femme retrouvé découpé dans une valise… Créée par Fabien Nury, la nouvelle série de Canal+ (8 épisodes de 52 minutes) est palpitante à souhait et plonge le spectateur dans une époque bien glauque et sacrément violente où, sur fond d’affaire Dreyfus, règne l’antisémitisme le plus décomplexé… On s’attache très vite à des personnages historiques comme le préfet Lépine, redoutable stratège républicain aux prises avec le tribun Jules Guérin, patron du journal L’antijuif et évidemment à des femmes résolues et courageuses comme la jeune avocate Jeanne Chauvin ou encore Marguerite Steinheil, amante de Félix Faure et courtisane reconvertie en espionne… (Studiocanal)
IL DIVO
Il DivoHomme politique au long cours et figure emblématique de la Démocratie chrétienne italienne, Giulio Andreotti (1919-2013) était un Belzébuth pour ses détracteurs et le Divin pour ses fans. En 2008, Paolo Sorrentino plonge dans les années noires de la politique transalpine quand des Falcone, Dalla Chiesa ou Aldo Moro tombaient sous les balles terroristes. Président du Conseil à sept reprises entre 1972 et 1992, Andreotti fut fréquemment suspecté d’avoir partie liée avec la mafia mais il échappa toujours à la justice. Ce portait (assassin) qui ausculte le bien, le mal et le pouvoir est une œuvre visuellement brillante qu’on retrouve sur un bon Blu-ray. Aux accents de la Pavane pour une infante défunte de Fauré, la déambulation à l’aube d’un véritable Nosferatu (incarné par l’excellent Toni Servillo) dans les rues vides de Rome est un moment magnifique ! (Studiocanal)
LA VOIX HUMAINE
Voix HumaineEn adaptant librement l’œuvre de Jean Cocteau (qu’il avait découverte, dans les années 70 à travers L’Amore de Roberto Rossellini), Pedro Almodovar retrouve l’une de ses chères femmes au bord de la crise de nerfs. Dans son appartement, une femme attend l’homme qu’elle aime, qui l’a quittée et qui ne viendra pas récupérer ses valises autour desquelles tourne son chien, lui aussi, abandonné. Pleine de grâce et de rage (quand elle manie la hache), Tilda Swinton est superbe dans sa quête d’autonomie morale et de dignité et son long monologue est une passionnante réflexion sur le désir et la douleur des sentiments non réciproques. Et puis Almodovar se joue aussi avec brio des codes du théâtre et du cinéma. Ce film court (29 minutes) est accompagné, en bonus, d’une conversation (45 minutes) mené par Mark Kermode avec le cinéaste espagnol et son actrice. (Pathé)
BLACKBIRD
BlackbirdAtteinte d’une maladie dégénérative incurable qui lui paralyse peu à peu le corps, Lily refuse de continuer à vivre dans cette situation et préfère mettre fin à ses jours par un suicide assisté. Le temps d’un week-end, Lily et son mari Paul (Sam Neill) réunissent leur famille pour leur faire part de la difficile nouvelle. Roger Michell (Coup de foudre à Notting Hill en 1999) s’est lancé, ici, dans une entreprise périlleuse tant le risque du pathos était grand. Mais, dans ce remake du film danois Stille hjerte de Bille August (2014), le cinéaste sud-africain réussit à insuffler au drame une vérité bouleversante et jamais larmoyante. Entourée de Kate Winslet et Mia Wasikowska dans le rôle de ses filles, la grande Susan Sarandon apporte à Lily une émotion magnifique. (Metropolitan)
FUKUSHIMA 50
Fukushima 50Le 11 mars 2011, un violent tremblement de terre frappe le nord-est du Japon et engendre un énorme tsunami (responsable de 90% des quelque 18.000 morts et disparus) qui va provoquer la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima. En s’appuyant sur les faits réels, le cinéaste Setsuro Wakamatsu a réalisé un drame qui suit précisément les efforts de cinquante volontaires qui, coupés de toute aide extérieure, ont réussi au péril de leur vie, à éviter un drame plus grave encore. Construite autour de deux figures héroïques –Masao Yoshida, le directeur de la centrale et Toshio Izaki, le chef de la salle de contrôle des réacteurs- cette aventure mêle l’action, la tension, le suspense et célèbre le courage et le sacrifice des 50. (FIP-ESC)
L’HOMME A L’AFFUT
Homme AffutChauffeur-livreur à San Francisco, Eddie Miller, type banal et malhabile avec les femmes, vit en solitaire. Pris parfois de pulsions meurtrières, il tue au hasard des femmes brunes avec son fusil à lunette. En 1952, Edward Dmytrick, de retour à Hollywood après un exil politique en Angleterre, signe cet excellent film noir sec et violent. Ici, point d’enquête (on sait d’entrée qui est le sniper) mais plutôt un portrait sous tension d’un psychopathe (Arthur Franz dans, probablement, son meilleur rôle) qui mène une lutte perdue d’avance contre sa folie et ses instincts violents. Désemparée face aux crimes et à un tueur dont elle ne parvient pas à comprend les mobiles, la police fait appel à un psychologue… (Sidonis Calysta)
LA NUIT DE DECEMBRE
Nuit DecembreGrand pianiste virtuose, Pierre Darmont est séduit, en 1939, par une jeune femme qui lui rappelle une brève aventure amoureuse survenue 20 années plus tôt. Mais la belle qu’il voudrait épouser, est peut-être… sa fille. Comme Robert Siodmak ou Fritz Lang, le cinéaste allemand Curtis Bernhardt a fui, dans les années 30, l’Allemagne nazie pour se rendre aux USA. Auparavant, tous firent escale en France. En 1939, Bernhardt y tourne ce mélo musical (on entend Beethoven, Chopin, Liszt, Berlioz) où Pierre Blanchar incarne le pianiste et Renée Saint-Cyr, le double rôle de la femme aimée. Dans le rôle d’un chef d’orchestre, on reconnaît le compositeur français Maurice Jaubert. (Gaumont)
THE GOOD CRIMINAL
The Good CriminalBraqueur de banque solitaire, Thomas Dolan est décidé à se ranger des voitures parce qu’il a rencontré la belle Annie (Kate Walsh). Il propose au FBI un arrangement –rendre l’argent et purger une peine « légère »- mais deux agents corrompus vont le piéger. Depuis Taken (2008), on sait que Liam Neeson (héros aussi de La liste de Schindler) est « abonné » aux rôles de dur. Cette fois encore, le voilà en bandit décidé à tout arrêter et qui se retrouve pris au  piège… Toujours bien cabossé, Neeson finit évidemment par trouver les solutions radicales pour mettre les affreux hors d’état de nuire. Si le scénario n’est pas vraiment surprenant, ce polar demeure un spectacle d’action tout à fait honorable. (Metropolitan)
UN PAYS QUI SE TIENT SAGE
Pays Qui Tient SageJournaliste « franc-tireur », David Dufresne se consacre, depuis le milieu des années 1990, aux problématiques de la police et des libertés publiques. En réunissant des vidéos tournées entre novembre 2018 et février 2020 par des manifestants ou des reporters indépendants pendant le mouvement des Gilets jaunes, il signe son premier long-métrage pour le grand écran. Ces vidéos sur des affrontements entre manifestants et policiers, ciblent clairement les violences des forces de l’ordre. Un propos très engagé sur une actualité toujours brûlante où il est question de la juste mesure entre violence et légitimité. (jour2fête)
LE FILS DU MASK
Fils MaskEn 1994, Chuck Russell, en compagnie d’un Jim Carrey totalement déjanté, avait frappé fort avec The Mask. Donner une suite à cette histoire aussi loufoque que fantastique tenait sans doute de la gageure. Lawrence Guterman s’y est risqué quand même… Dessinateur d’animation à la vie banale, Tim Avery (Jamie Kennedy, vu dans Scream) a trouvé le fameux masque de Loki. Sa vie va en être transformée, surtout qu’Alvey, son bébé, a été « touché » par les pouvoirs du masque et qu’il va s’en servir… Mêlant le cartoon et les prises de vues réelles, le film s’applique à aligner, pas toujours avec finesse, des gags « à la Tex Avery »… (Metropolitan)

LA SHOAH, LES MACHIAVELIQUES, LES MUSICOS, LE VENGEUR… ET UNE BOUGIE  

J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE
Aimerais Reste QQchoseChaque semaine, des bénévoles du Mémorial de la Shoah à Paris recueillent des témoignages et collectent (ah, cet émouvant brassard avec l’étoile de David porté dans le ghetto de Tarnow !) les archives personnelles des déportés et de leurs familles. Ludovic Cantais a consacré un documentaire à ce travail de mémoire. Dans la sobriété de la mise en images et au fil d’entretiens très bouleversants, on mesure avec force la présence des absents tandis que défilent les images sépia de bonheurs disparus. Liliane, Daniel, Jacques, François, Raymond et les autres livrent des fragments poignants d’existences fracassées entre Pithiviers et Auschwitz. Ce film, indispensable pour ne pas céder à l’oubli, s’achève devant le Mur des Noms qui garde la mémoire des 75 568 Juifs français et étrangers déportés de France. (La Luna)
DES PAS DANS LE BROUILLARD
Pas dans BrouillardAssassin de sa femme, Stephen Lowry joue les veufs éplorés. Seule, Lily, sa jeune domestique, n’est pas dupe. Ayant découvert une preuve qui accable son maître, elle le fait chanter pour devenir la maîtresse de maison. A ses risques et périls… En 1955, Arthur Lubin, cinéaste aujourd’hui oublié, signe un excellent film noir amplifié par le décor gothique d’un lieu quasiment fantastique. Stewart Granger incarne un individu cynique et odieux (il faut voir son sourire devant le portrait de sa femme disparue) tandis que la belle Jean Simmons (épouse de Granger à la ville) est remarquable en femme qui rêve de s’élever dans la société. Les deux forment un « couple » machiavélique piégé par le crime et le désir. (Sidonis Calysta)
THE COMMITMENTS
Commitments« Nous sommes les rédempteurs de l’âme soul !» C’est le credo de Jimmy Rabbitte et de ses copains musiciens qui traînent leurs guêtres dans la capitale irlandaise. En 1991, Alan Parker adapte l’Irlandais Roddy Doyle et plonge dans le quotidien d’une bande de jeunes chômeurs dublinois. Au cœur d’une chronique rythmée et riche de multiples notations sur la misère sociale du Dublin des années 80, le cinéaste anglais capte une puissante énergie musicale née de la volonté de Jimmy de fonder un groupe de soul. De Deco, le chanteur déjanté au trompettiste Joey « The Lips » Fagan en passant par trois charmantes choristes, cette comédie musicale, tour à tour drôle et mélancolique, dessine de savoureux portraits de « musicos »… (Metropolitan)
LES CHAROGNARDS
CharognardsChef d’une bande de hors-la-loi, Frank Calder enlève, au Texas, l’institutrice Melissa Ruger parce qu’il veut qu’elle lui apprenne à lire. Ce que Calder ignore, c’est que la belle Melissa (pour laquelle il va rapidement éprouver des sentiments amoureux) est l’épouse de Brandt Ruger, le potentat local. Celui-ci apprend l’enlèvement de sa femme juste au moment où il s’apprête à partir à la chasse avec ses amis… Fou furieux et jaloux, Ruger décide de changer de… chasse. Avec The Hunting Party, Don Medford met en scène une traque sauvage et meurtrière tout à fait haletante. Oliver Reed et Candice Bergen sont très bons tandis que Gene Hackman compose un personnage d’une férocité absolue, prêt à abattre, avec son fusil à longue portée, les bandits les uns après les autres pour assouvir sa haine. (Sidonis Calysta)
MARIE-MARTINE
Marie Martine« Tiens ta bougie… droite ! » Prononcée cinq fois par Saturnin Fabre, la réplique est devenue culte au point qu’on supprima le dernier « Droite ! » pour permettre au public, dans les salles, de le dire. Mais le mélodrame réalisé en 1942 par le Belge Albert Valentin (1902-1968) ne se résume pas à cette trouvaille… Au-delà de la mise en scène rythmée de Valentin et la présence d’acteurs réputés comme Jules Berry comme toujours parfait en type foncièrement odieux, Renée Saint-Cyr ou Bernard Blier en jeune premier un peu naïf, c’est le scénario de Jacques Viot qui est remarquable. Grâce à un triple flash-back à la chronologie inversée, on se glisse dans l’histoire de Marie-Martine, bouleversée par la publication d’un livre sur son histoire alors qu’elle avait réussi à faire table rase de son funeste passé… (Gaumont)
JARDINS DE PIERRE
Jardins PierreHollywood a largement traité de la guerre du Vietnam. Coppola le fit sur le mode lyrico-infernal avec Apocalypse now. Huit ans plus tard, en 1987, le cinéaste revient à la question du conflit vietnamien mais en choisissant la sobriété pour évoquer les doutes, les hantises des soldats à travers les missions de la garde chargée de rendre les honneurs lors des funérailles militaires au cimetière d’Arlington. Coppola se glisse ainsi dans la relation quasi-paternelle entre le lieutenant Willow, jeune recrue idéaliste qui va partir au Vietnam et le sergent Clell Hazard, vétéran de Corée (remarquable James Caan) qui a cessé de croire à la nécessité de ce conflit. Une œuvre humaniste superbement intime (et méconnue) sur l’innocence perdue. (Carlotta)
CITY HALL
City HallA 91 ans, l’Américain Frederick Wiseman est une figure majeure du cinéma documentaire et on se souvient de films comme National Gallery (2014) sur le grand musée londonien ou Ex Libris (2017) consacré à la Bibliothèque publique de New York. Après s’être intéressé en 2018 à la vie rurale de Monrovia (Indiana), il a investi la municipalité de Boston. Avec pour pivot le grand bâtiment (plutôt laid) de l’Hôtel de ville, Wiseman observe longuement (272 minutes) comment le maire démocrate Martin J. Walsh et ses équipes travaillent, avec une population multiculturaliste, à la mise en place d’une politique sociale, culturelle et égalitaire. En bon observateur des institutions américaines, Wiseman réussit d’excellents portraits qui viennent aussi, en contrepoint à la politique de Trump, parler de la possibilité d’une Amérique unie… (jour2fête)
LE MIEL DU DIABLE
Miel DiableMaître du cinéma populaire italien à l’aise dans le western, le giallo ou l’horreur, Lucio Fulci est, en 1985, un cinéaste qui accumule de sérieux problèmes de santé et qui n’ignore pas que ses années fastes sont derrière lui. Intrigué par l’idée d’une relation sado-masochiste et de la misère sexuelle qui réunit victime et bourreau, Fulci (1927-1996) va tourner, en Espagne, un thriller érotique (le cinéaste préfère parler d’« histoire de destruction entre deux personnages ») qui n’aura pas de succès mais surprendra (agréablement) les fans du maître. Cette œuvre sous-estimée est présentée dans un bon mediabook largement illustré qui détaille la genèse de Il miele dell diavolo, la carrière du cinéaste, des comédiens (Blanca Marsillach, Corinne Cléry, Brett Halsey) et décrypte les personnages et leurs aspirations… (Artus Films)
LE PROCES DE JULIE RICHARDS
Proces Julie RichardsAlors que, dans les années 60, l’image du Noir à Hollywood commence à évoluer, Larry Peerce signe One Potato Two Potato (1964) qui met en scène le drame de Julie Richards (Barbara Barrie, prix d’interprétation à Cannes), une employée blanche, divorcée et mère d’une petite fille qu’elle élève avec amour. Lorsque Julie refait sa vie avec Frank, un Afro-américain (Bernie Hamilton), son ex-mari entreprend de la traîner devant les tribunaux. Il réclame la garde de l’enfant considérant que son bien-être est mis en péril dans ce couple interracial. Dans la collection Make my Day dirigée par Jean-Baptiste Thoret, un bon drame sociétal autour d’un couple qui affronte un système inique. (Studiocanal)
THE MACHINIST
The MachinistEmployé de maintenance dans une usine, Trevor Reznik souffre de graves insomnies qui le rendent de plus en plus émacié… Hanté par des visions où les objets du quotidien deviennent menaçants, Trevor, qui a pour seules amies Stevie, une prostituée (Jennifer Jason Leigh) et Maria, une serveuse dans un bar d’aéroport (Aitana Sanchez-Gijon), plonge dans la paranoïa et se persuade qu’il est l’objet d’un complot. Avec un fascinant Christian Bale qui a perdu 28 kilos en trois mois pour incarner Reznik et un scénario-puzzle virtuose (influencé par Dostoïevski), Brad Anderson réalise, en 2005, un drame de la solitude angoissant. L’image est sombre et sinistre à souhait pour habiller l’aventure d’un type halluciné qui n’a pas dormi depuis un an. Au bord de la rupture, Reznik cherche son « chemin du salut »… (ESC)
LA RAISON D’ETAT
RaisonEtat« Vous connaissez quelqu’un qui, dans l’Histoire, a eu raison contre la raison d’Etat ? » Cynique responsable des ventes d’armes au sein du gouvernement français, Jean-Philippe Leroi répond ainsi à Angela Ravelli. Cette scientifique italienne est prête à dénoncer, en mémoire de son ami, le biologiste et activiste Marrot tué dans des conditions troubles, le trafic d’armes responsable de la mort de 240 enfants abattus dans un avion au-dessus de l’Afrique… Au long de sa carrière et malgré la censure, André Cayatte (1909-1989) a mis en procès une société en voie de déshumanisation. En 1978, avec une belle affiche (Jean Yanne, Michel Bouquet, Monica Vitti, François Périer), il décrit le trafic d’armes mais aussi les machinations brutales organisées pour faire taire les « gêneurs »… (Gaumont)
LOVECRAFT COUNTRY
Lovecraft CountryParce que son père a disparu mystérieusement, Atticus Black, (jeune) vétéran de la guerre de Corée (Jonathan Majors), va se lancer, en compagnie de son amie d’enfance Letitia (Jurnee Smollett-Bell) et de son oncle George (Courtney B. Vance), dans un road-trip à travers l’Amérique ségrégationniste des années cinquante au temps des lois Jim Crow. Pour HBO, en adaptant le roman éponyme de Matt Ruff, le trio Misha Green, Jordan Peele et J.J.Abrams a imaginé une série qui fait la part belle tant au thriller social qu’à l’horreur. Dans une première saison (dix épisodes), on voyage parmi quelques belles crapules racistes tandis que surgissent des monstres qui pourraient sortir tout droit de l’univers d’HP Lovecraft. Prenant et sauvage ! (Warner)

LA RETIRADA, LA MEMOIRE, LA DISTANCE, LES SENTIMENTS  

JOSEP
JosepRécent prix Louis Delluc 2021 du premier film et en lice pour les César, voici la destinée (bien réelle) du dessinateur catalan Josep Bartoli mise en scène, sous la forme d’un long-métrage animé par le dessinateur de presse Aurel. Caricaturiste au trait féroce et membre du PC catalan, Bartoli fuit, durant l’hiver 1939, les exactions du franquisme. Comme quelque 500.000 autres réfugiés espagnols, il traverse les Pyrénées sous la neige et cherche abri en France. C’est l’épisode tragique de la « Retirada » dont atteste toujours l’impressionnant Mémorial de Rivesaltes à côté de Perpignan. Avec un graphisme de qualité, Aurel réussit brillamment la rencontre entre l’Histoire (comment ces Républicains ont été malmenés et humiliés par la France) et la fiction à travers un personnage de gendarme français qui, à sa manière, résista en secourant Josep. Et le raconte, ici, à son petit-fils… (Blaq Out)
PEGGY SUE S’EST MARIEE
Peggy Sue s'est mariéeLa quarantaine passée, Peggy Sue s’est séparée de Charlie, son grand amour de jeunesse (Nicolas Cage). A la fête des anciens du lycée Buchanan, classe 1960, elle retrouve tous ses camarades d’alors. Mieux, elle est élue reine de la soirée. Lorsqu’elle aperçoit Charlie dans l’assemblée, Peggy Sue s’évanouit… et se réveille 25 ans plus tôt, à l’infirmerie du lycée. Retour dans les années lycée où Peggy Sue (l’excellente Kathleen Turner) évolue, adulte, au cœur du passé. Dans la veine des comédies de remariage qu’Hollywood affectionnait dans les années cinquante, Coppola distille, en 1986, un gracieux conte de fées sentimental et mélancolique sur les sixties. Comment saisir la chance de changer sa vie ou… de réussir à l’accepter. Une belle version restaurée avec, en supplément, une bonne analyse du film par Jean-Bpatiste Thoret. (Carlotta)
A CŒUR BATTANT
A Coeur BattantJeune couple parisien, Julie et Yuval vivent une relation fusionnelle autour de leur petit Leny… Unis par l’amour, ils vont être séparés par la distance. Parti en Israël pour renouveler ses papiers, Yuval se retrouve bloqué à Tel Aviv dans sa famille. C’est désormais à travers les écrans d’ordinateur que les deux communiquent… En confrontant un bel amour aux technologies modernes, la réalisatrice Keren Bel Rafael réussit un film épatant autant par sa maîtrise des dispositifs de mise en scène que par la puissante émotion qui se dégage de cette chronique intime d’autant que les choses ne semblent pas s’arranger dans le couple. Judith Chemla (Julie) est magnifique et vibrante alors qu’Arieh Worthalter fait évoluer son Yuval entre force et fragilité. Dans les suppléments, la réalisatrice décrypte très bien sa manière de travailler… (Condor)
LES CHOSES QU’ON DT, LES CHOSES QU’ON FAIT
Choses Qu'on DitAprès une histoire amoureuse délicate, Maxime rend visite à son cousin François. Celui-ci est absent et c’est Daphné, sa compagne, qui l’accueille. Petit à petit, les deux vont se confier l’un à l’autre. Ceux qui connaissent le cinéma d’Emmanuel Mouret reconnaîtront aisément sa manière de traiter, avec finesse et mélancolie, du sentiment amoureux. Ici, Mouret (qui est en lice pour une sacrée brassée de César) réussit un récit tour à tour touchant, élégant et malicieux. La mise en scène est construite comme un brillant puzzle qui garde le spectateur en haleine même si le film est riche en textes. Enfin les comédiens (Niels Schneider, Camélia Jordana, Vincent Macaigne, Guillaume Gouix, Emilie Dequenne) sont tous au diapason. Emmanuel Mouret est au sommet de son art pour disserter de l’harmonie et des paradoxes des choses de l’amour ! (Blaq Out)
JABBERWOCKY
Jabberwocky« Entre King Kong et Sacré Graal… mais en mieux » dit un slogan promotionnel pour le premier film en solo (même si une grande partie des Monty Python figure au casting) de Terry Gilliam après de très fameuses années télévisuelles avec les délirants British. En 1977, le cinéaste américain imagine, d’après un poème de Lewis Carroll, une aventure fantastico-médiévale où le jeune Dennis tente de conquérir Griselda sa dulcinée tandis qu’un monstre nommé Jabberwocky sème la terreur au point que le roi Bruno le Contestable promet la main de sa fille à celui qui terrassera la bête. Délirant, jubilatoire, foutraque, un joyeux moment d’humour absurde dans une belle version restaurée accompagnée de précieux suppléments, notamment un bon making of  ou encore le poème de Lewis Carroll lu par Sir Michael Palin et Annette Badland !  (Carlotta)
JE SUIS UN AVENTURIER
Je Suis AventurierQuatrième des cinq films du cycle de westerns (après Winchester 73, Les affameurs, L’appât et avant L’homme de la plaine) qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart, The Far Country (1954) est considéré comme une synthèse de l’art de Mann. En 1896, Jeff Webster, aventurier individualiste, achemine, avec son ami Ben, des bovins vers l’Alaska, lors de la Ruée vers l’or du Klondike. Dépouillé de ses bêtes par un shérif véreux et faussement débonnaire, Webster va accepter d’escorter une femme d’affaires avant d’arriver à Dawson pour exploiter une mine d’or afin de s’offrir le ranch de ses rêves… Voilà une réussite totale du western où, dans de superbes paysages neigeux des Rocheuses, le cinéaste développe de multiples facettes du genre. Stewart est magnifique en solitaire endurci, pionnier droit d’une époque révolue… (Sidonis Calysta)
JEANNE D’ARC
Jeanne d'ArcDe Méliès à Bruno Dumont en passant par Bresson, Preminger ou Dreyer, on a bien dû voir une cinquantaine de Jeanne d’Arc sur grand écran. Mais on ne connaissait pas la version de Gustav Ucicky, premier film sonore sur la Pucelle d’Orléans. D’ailleurs, on a cru le film disparu. Il est vrai aussi qu’il n’eut aucun succès à sa sortie à Berlin en 1935. Présenté dans un beau mediabook (80 pages de précisions et d’analyses sur le phénomène Jeanne d’Arc), Das Mädchen Johanna est une vraie curiosité née au cœur de l’industrie culturelle nazie dirigée par Goebbels.  Dans une imagerie médiévale soignée, Angela Salloker se glisse dans l’armure d’argent de la fille de Domrémy pour un pamphlet anglophobe (Talbot est spécialement grotesque) qui est aussi voulu, en creux, par ses auteurs comme une apologie d’Hitler en sauveur du peuple… (Artus Films)
MISS
MissA l’école, les petits garçons rêvent d’être pompier ou pilote de ligne. Avec sa gueule d’ange, Alex, lui, veut être Miss France. Auteur en 2013 du touchant La cage dorée, Ruben Alves signe une fable sensible qui interroge la notion de féminité et signe une comédie sur le courage qu’il faut pour changer d’identité. Dans les coulisses du concours Miss France (que la mère d’Alex considère comme « le temple de l’asservissement de la femme ») où les candidates se préparent et s’affrontent, le cinéaste observe, avec tendresse, comment Alex se bat « pour être quelqu’un ». Même si Isabelle Nanty ou Thibault de Montalembert (en travesti prostitué) sont étonnants, le film repose sur l’épatant Alexandre Wetter (en piste pour un César) qui réussit parfaitement à nous faire croire à cet Alex qui croit, lui, de plus en plus fort à son rêve. (Warner)
LA PEINE DU TALION
Peine TalionA la fin de la guerre de Sécession, le colonel nordiste Owen Devereaux est nommé juge et il réussit à convaincre son ami, le capitaine Del Stewart (William Holden) d’accepter le poste de shérif d’une petite ville. Mais, comme il le confie à son journal intime, Devereaux est hanté par un acte terrible. Alors que l’armistice venait d’être déclarée, il a fait massacrer une centaine de soldats confédérés qui voulaient se rendre et agitaient un drapeau blanc. En 1948, Glenn Ford incarne l’un des rares rôles antipathiques de sa carrière avec ce fou affamé de pouvoir et jaloux de Del pour lequel son épouse Caroline (Ellen Drew) a plus que de la sympathie. Si la mise en scène d’Henry Levin manque singulièrement de force, cette aventure westernienne (The Man from Colorado en v.o.) vaut cependant pour la descente aux enfers d’un officier rendu à la vie civile et traumatisé par les horreurs de la guerre au point de voir son état mental se dégrader… (Sidonis Calysta)
PETIT VAMPIRE
Petit Vampire« Ca fait 300 ans que j’ai dix ans ! » Autant dire que Petit vampire s’ennuie ferme dans le beau manoir qu’il occupe avec Pandora, sa mère, sur la Côte d’Azur. Le gamin veut aller à l’école pour se faire un ami quitte à braver les interdits maternels. Ce sera Michel, pas plus apeuré que cela à l’idée de se frotter aux morts-vivants. Déjà présent au cinéma avec Gainsbourg, vie héroïque (2010) et Le chat du rabbin (2011), Joann Sfar adapte à nouveau l’une des ses bandes dessinées et signe un film d’animation allègre, au rythme soutenu, qui célèbre avec humour les vertus de l’amitié. Autant les enfants que les parents (avec une suite de savoureuses références au cinéma) trouveront du plaisir aux démêlés du petit vampire, de son copain Michel, de Fantomate, le bouledogue à l’accent marseillais avec le terrible Gibbous… (Studiocanal)
CALIFORNIE EN FLAMMES
Californie FlammesEntre 1823 et 1841, la lutte est rude entre ceux qui veulent faire entrer la Californie, alors territoire mexicain, dans les USA et leurs adversaires soutenus par la… Russie tsariste. Le sémillant Arturo Bordega milite pour l’Union et il sera soutenu par la belle Américaine Julia Lawrence dont le père, armurier, a été abattu par des bandits… Réalisé en 1952 par Lew Landers, California Conquest est une curieuse série B d’aventure en technicolor qui, au-delà de son côté historique réel, repose sur des chevauchées, des duels et des traquenards. Les deux comédiens en tête d’affiche, Teresa Wright et Cornel Wilde, tirent joliment leur épingle du jeu. Dans les suppléments, le comédien évoque, avec beaucoup d’humour, son parcours d’acteur. (Sidonis Calysta)
MA BELLE FAMILLE, NOEL ET MOI
Belle Famille Noel MoiNoël, période idéale pour annoncer son mariage ! C’est exactement ce qu’a prévu de faire la charmante Abby Holland. Le problème, c’est que son plan va être singulièrement chamboulé lorsqu’elle constate que sa partenaire Harper n’a pas fait son coming-out auprès de ses parents très conservateurs. Sur fond d’amours lesbiennes et d’acceptation de la différence, voilà une comédie romantique bien agréable. En s’appuyant sur la drôlerie de Kristen Stewart et Mackenzie Davis aux prises avec les questions, les mensonges et les faux-semblants, la cinéaste Clea DuVall (vue comme comédienne dans l’excellent Argo en 2012) s’amuse autant des clichés LGBT que de Noël. On se laisse séduire sans peine par cette Happiest Season. (Sony)

LE GAMIN, LAURE CALAMY, MI-AOUT, LE CHAMPION ALCOOLIQUE ET BORIS KARLOFF  

THE KID
The KidLe 6 février 1921, l’Amérique découvre sur ses grands écrans The Kid, le premier long-métrage de Charlie Chaplin qui sera assez largement considéré par la critique comme l’une des plus grandes œuvres du muet. Enorme succès de 1921, cette histoire de bébé abandonné par sa mère et recueilli par Charlot ne cesse toujours, 100 ans plus tard, d’émouvoir. Le bébé devenu un gamin (Jackie Coogan) et le vagabond font équipe pour gagner leur vie en cassant puis en réparant les vitres du quartier. Mais lorsque l’enfant tombe malade, les services sociaux tentent de les séparer. Pour le centenaire du Kid, on peut se replonger dans la belle version restaurée 4K qui contient, outre d’excellents bonus, la musique originale de Chaplin pour son film, restaurée, adaptée et dirigée par Timothy Brock, enregistrée en 2016 par l’Orchestre du Teatro Comunale de Bologne. (Potemkine)
ANTOINETTE DANS LES CEVENNES
Antoinette CevennesA l’heure des grandes vacances, Antoinette Lapouge apprend que son amant (et père de l’une de ses élèves de primaire) ne partagera pas la semaine de villégiature qu’ils avaient prévu ensemble. Comme il part en randonnée dans les Cévennes avec son épouse et sa ille, Antoinette, mortifiée, décide d’en faire autant. Commence alors, dans la lumière estivale d’une nature superbe et sur les pas de Stevenson, une épopée à la fois tendre et picaresque où Antoinette et son âne Patrick entreprennent un cheminement qui devient vite existentiel. Caroline Vignal réussit une excellente et réjouissante comédie pleine d’humour et d’émotion. Quant à la géniale Laure Calamy, omniprésente à l’écran dans son plus beau rôle, elle nous fait partager avec bonheur cette ode à la liberté ! (Diaphana)
MADE IN HONG KONG
Made Hong KongGrand adolescent passablement voyou, Mi-Août (le dégingandé Sam Lee) est collecteur de dettes pour un gangster nommé Wing. Son existence va être bouleversée par deux rencontres, celle de Jacky, un paumé handicapé mental et de la ravissante Ah Ping atteinte d’une maladie incurable. Mi-Août est aussi hantée toutes les nuits par le « fantôme » de Boshan, une lycéenne qui s’est jetée d’un immeuble. A l’heure de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, le cinéaste hongkongais Fruit Chan signe, en 1997, son troisième film en forme d’errance urbaine (dans une belle version restaurée) à l’écriture brillante et audacieuse. Quand un trio de jeunes désoeuvrés, dont le malaise est palpable, pensent autant à l’amour qu’à la mort, au meurtre et au suicide… (Carlotta)
JUDO
JudoMaître du polar d’action (Breaking News, Mad Detective, Vengeance), le Hongkongais Johnnie To rend, en 2004, hommage à La légende du grand Judo, premier long-métrage réalisé en 1943 par Akira Kurosawa. Mais la dédicace au maître nippon ne fait pas de Judo un remake. C’est l’évocation de trois personnages à la dérive qui tentent de donner corps à leurs rêves. Dans une ville, la nuit, To chorégraphie avec brio les déambulations nocturnes de Sze-to, ancien champion de judo devenu alcoolique et dirigeant d’un club de jazz, du jeune Tony qui veut constamment le défier et finira par y parvenir au milieu d’herbes géantes et enfin de la gracile Mona bien décidée à faire carrière dans la chanson. Au cœur de la mégapole hongkongaise, le cinéaste rend ces trois paumés très touchants. Mieux encore, To les amène, avec tendresse, vers la rédemption. (Carlotta)
LA MAISON DE LA MORT
Maison MortPar une nuit de très mauvais temps, les Waverton et leur ami Penderel demandent l’hospitalité dans une grande maison perdue dans la campagne galloise. On a cru The Old Dark House perdu… C’est donc une rareté que l’on retrouve dans une belle version restaurée. En 1932, James Whale retrouve Boris Karloff qu’il avait dirigé, l’année précédente, dans l’admirable et toujours culte Frankenstein. Le visage couturé, Karloff est à nouveau magnifique en majordome inquiétant ne s’exprimant que par des borborygmes. Autour de lui, gravitent les figures apeurées des visiteurs (dont Charles Laughton) et celles, bien dérangées, des habitants du manoir. Sur fond d’inégalités sociales et de religion, un petit bijou d’horreur gothique. Dans les bonus, on trouve un intéressant entretien avec la fille de Boris Karloff qui revient sur le film mais aussi, avec tendresse et humour, sur la carrière de son père. (Carlotta)
LA FEMME QUI S’EST ENFUIE
Femme EnfuieSon mari parti en voyage d’affaires, Gam-hee en profite pour rendre visite à trois de ses amies dans différents quartiers de la périphérie de Séoul, avec le mont Inwang en toile de fond … Un homme surgit parfois de manière inattendue (un voisin ronchon ou un ex-amant envahissant) pour interrompre leurs tranquilles conversations. Figure majeure du cinéma sud-coréen, le prolifique Hong Sang-soo (couronné meilleur réalisateur à la Berlinale 2020) distille à nouveau sa petite musique faite de notations quasiment anodines qui dessinent pourtant avec précision un « paysage » féminin plein de douceur et de mélancolie. Une œuvre minimaliste mais qui fascine pourtant par la justesse de son ton… En bonus, une analyse du film par Jacques Morice. (Capricci)
LES APPARENCES
ApparencesGrâce à son mariage avec Henri Montlibert, prestigieux chef d’orchestre, Eve papillonne avec délices dans la bonne société des « expats » de Vienne. Mais cette existence sans fausses notes va se lézarder. Henri cache une maîtresse (Laetitia Dosch, épatante de mystère) et Eve, désemparée, se laisse aller, un soir dans un bar, à une rencontre avec un jeune Viennois qui se révèlera toxique. Entre thriller, drame sentimental et étude de moeurs, Marc Fitoussi réussit un bon polar aux accents chabroliens. Benjamin Biolay est parfait en chef distant et Karin Viard excelle dans un personnage d’épouse aux abois. Pour préserver les apparences, Eve Montlibert est prête à tout, y compris à organiser de diaboliques stratagèmes… (M6)
LE TEMOIN A ABATTRE
Temoin A AbattreEn 1973, Enzo G. Castellari, auteur de multiples westerns spaghetti, signe son premier « poliziottesco » avec l’histoire du commissaire Belli (Franco Nero) aux prises avec des trafiquants de drogue qui mettent Gênes à feu et à sang. Dans l’Italie des années de plomb marquées par la violence et le terrorisme, ce film d’action sombre, intense et violent, dont la rapidité du récit est remarquable, dénonce la corruption à l’œuvre partout dans la société transalpine. Flic incorruptible mais singulièrement enragé (on songe parfois au Dirty Harry incarné par Clint Eastwood), Belli incarne l’impuissance de la police face à des personnages douteux et prêts à tout pour garantir leur impunité. Sur fond de conflit entre la loi et la justice, une nouvelle pépite dans la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. (Studiocanal)
EMA
EmaAprès avoir traité des destins de Pablo Neruda et Jackie Kennedy, le cinéaste chilien Pablo Larraín emporte le spectateur dans le drame d’Ema et Gaston. Elle est danseuse, lui chorégraphe. Ensemble, ils ont adopté le petit Polo. Après un grave accident, ils ont décidé de rendre l’enfant… D’entrée, Larrain, avec l’appui de deux comédiens brillants (Mariana Di Girolamo et Gael Garcia Bernal) plonge dans la tourmente sentimentale d’un couple déchiré qui tente de trouver des réponses autant dans la danse que dans un sexe destructeur. La mise en scène, qui magnifie les images de Valparaiso, se joue de la chronologie mais développe un charme hypnotique qui doit beaucoup à sa comédienne principale. (Potemkine)
CHAINED / BELOVED
Chained BelovedRemarqué avec Ajami (2009) co-réalisé avec Scandar Copti et couronné de la prestigieuse Caméra d’or cannoise, le cinéaste israélien Yaron Shani propose, cette fois en solo, un passionnant diptyque qui se répond à distance autour de la complexité des sentiments. Rashi est policier, Avigail infirmière et les deux s’interrogent sur leur relation amoureuse. Chained va dévoiler le point de vue masculin et Beloved, le regard féminin d’une même histoire. Rashi (Eran Naïm), le balèze macho et flic aux méthodes parfois douteuses et Avigail (Stav Almagor), la douce infirmière de gériatrie s’imposent comme des personnages très attachants. (Arte)
MIGNONNES
MignonnesAmy a 11 ans et elle étouffe entre les murs d’un appartement sans joie, auprès d’une mère très croyante qui vit tristement le fait que son mari va épouser une seconde femme… La préadolescente saisit une échappatoire auprès des Mignonnes, un groupe d’élèves de son collège qui répètent des chorégraphies en vue d’un spectacle. Avec ces nouvelles copines, Amy va trouver une « libération » passablement toxique. Dans un propos aussi courageux qu’engagé, la cinéaste Maïmouna Doucouré (remarquée pour le court Maman(s) donne un bon film féministe qui met en lumière le sujet complexe de l’hypersexualisation des filles à la préadolescence… (Blaq Out)
MON COUSIN
Mon CousinL’un est un grand patron, l’autre un doux dingue. Pierre et Adrien sont cousins mais ne se sont pas vus depuis des lustres. Des modifications de capital de l’entreprise familiale vont les réunir. On se souvenait du Jan Kounen du rude Dobermann (1997). On le retrouve dans le registre de la comédie, façon « Buddy movie » sinon que ces deux-là se prennent longuement la tête avant d’aller vers une réconciliation reposant sur un rude souvenir du passé. Ce sont évidemment Vincent Lindon et François Damiens qui portent le film à bout de bras. Le premier incarne avec aisance un PDG stressé à mort, le second est épatant en type fragile et excessif. (Pathé)
ANTEBELLUM
AntebellumEsclave noire dans une plantation de Louisiane, Eden prépare une évasion… Faulkner disait : « Le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé » et le thriller horrifique des scénaristes/réalisateurs Bush + Renz se développe entre passé et présent. D’une part, l’Amérique esclavagiste d’antan, de l’autre, Veronica (la belle Janelle Monàe dans un double rôle) militante féministe dans l’Amérique contemporaine. Dans le sillon codé du cinéma de genre, les cinéastes observent le racisme systémique de la société américaine… Un double combat à la résonance particulière entre Autant en emporte le vent et Black Lives Matter… (Metropolitan)