LA DAME DE SHANGHAI  

Dame ShanghaiRien de tel qu’une bonne légende pour faire fonctionner les rêves de cinéma ! Et, avec La dame de Shanghaï, on est servi… même s’il s’agit bien ensuite de remettre les choses dans l’ordre et à la bonne place… Mais enfin, d’abord la légende. C’est ainsi qu’Orson Welles confia, dans une interview de 1964 à la revue espagnole Film Ideal (et reprise, dixit Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma, par les Cahiers du cinéma), la fable suivante… Ayant un urgent besoin de liquidités pour son fameux Mercury Theater, il téléphona depuis Boston à Harry Cohn, le tycoon de la Columbia à Hollywood. Le cinéaste explique au patron de la major qu’il a une histoire extraordinaire pour lui, à condition qu’il lui adresse, dans l’heure et par télégramme, une somme de 50.000 dollars à valoir sur le contrat qu’il signerait. « Quelle histoire ? » demande Cohn. Welles : « J’étais en train de téléphoner du guichet du théâtre ; à côté, il y avait une tablette avec des livres de poche et je lui donne le titre de l’un d’eux : ‘’Lady from Shanghaï’’. Je lui ai dit : achetez le roman et je ferai le film. Une heure plus tard, nous avons reçu l’argent. Après j’ai lu le livre, il était horrible. Je me suis donc mis à écrire toute vitesse une histoire ». Si non e vero…

On sait que, depuis, les élucubrations de Welles ont été (assez facilement) battues en brèche. Dans Miroirs d’un film : la Dame de Shanghaï, l’essayiste Frank Lafond revient, lui aussi, sur l’improbable acte de naissance du sixième long-métrage du maître… Ce livre inédit (160 p., 50 photos d’archives) qui décortique par le menu une œuvre aux pistes de lecture infinies fait partie du dernier en date des opus de la collection haut de gamme Coffrets ultra collector inaugurée en 2015 par Carlotta Films et qui a fait la part belle à De Palma (Body Double puis Phantom of the Paradise), Cimino (L’année du dragon), Hitchcock avec les années Selznick, Friedkin (Police fédérale Los Angeles) et tout récemment Vidor (Duel au soleil) et Antonioni (Profession reporter).
L’édition n°11 célèbre donc Orson Welles, ce « génie absolu » (titre de l’entretien mené par Vincent Paul-Boncour avec le chef-opérateur Darius Khondji) qui a donné, avec La dame de Shanghaï, un classique incontournable (dans une belle édition restaurée) qui s’ingénie à brouiller les frontières du film noir.
Dans Central Park, un marin nommé Michael O’Hara vole au secours d’une mystérieuse jeune femme qu’il surnomme Rosalie. Il s’agit en fait d’Elsa Bannister, l’épouse d’un riche et célèbre avocat pénaliste (Everett Sloane, remarquable en infirme inquiétant). Celui-ci offre à Michael d’embarquer sur son yacht pour une croisière… Bientôt Elsa et Michael tombent amoureux et Grisby, le sinistre associé de Bannister, s’aperçoit de cette liaison. Moyennant 5000 dollars, il propose alors à Michael de l’aider à disparaître afin, dit-il, de toucher une assurance souscrite par le cabinet d’avocats…
« Certains sentent le danger. Moi pas. » confie Michael O’Hara surnommé Black Irish, au début de La dame de Shanghaï. De fait, on a l’impression, de bout en bout, que le marin, dévoré par le désir, est un jouet pour Elsa mais aussi pour Bannister et Grisby. Un jouet emporté dans un thriller dont on oublie assez vite les péripéties, plus ou moins tirées par les cheveux, de l’intrigue pour se focaliser sur une aventure maritime, exotique et moite dans laquelle, sous le regard éperdu d’O’Hara, Rita Hayworth joue de son charme de pure femme fatale…
Si La dame de Shanghaï est devenu un film-culte, c’est pour de multiples raisons qui tiennent autant du tournage (compliqué) sur le Zaca, le yacht d’Errol Flynn (l’acteur exigea de tenir lui-même la barre) que de la blondeur péroxydée de Rita Hayworth que nombre de fans de la star reprochèrent à Welles. Mais la légende, encore elle, veut que le cinéaste, alors en pleine procédure de divorce, peaufinait ainsi une vengeance d’amoureux malheureux face à celle que Gilda venait de transformer définitivement en sex-symbol… Mais il y a de belles répliques littéraires sur la corruption, le Mal (ah, la métaphore des requins rendus fous par leur propre sang) et la fin du monde et surtout des images et des séquences inoubliables. Ainsi Elsa Bannister, en robe blanche, traversant la nuit d’une petite cité. Ainsi O’Hara déambulant dans des décors de fête foraine clairement marqués par l’expressionnisme allemand de Caligari ou encore la célébrissime séquence des miroirs dans le palais des glaces… A terre, Elsa Bannister lance à O’Hara : « Give my Love to the Sunrise » (Salue l’aurore pour moi) alors que le marin, en s’éloigant dans le jour levant, médite : « Vieillir est le seul moyen d’éviter les ennuis. Alors je vais essayer. Peut-être vivrai-je si longtemps que je finirai par l’oublier… »
Enfin, les suppléments donnent la parole à Peter Bogdanovich, auteur de The Last Picture show et ami de Welles, qui détaille (21 mn) l’incroyable évolution de La Dame de Shanghaï, passant du statut de film mineur (et gros échec au box-office) à celui de film culte aux multiples morceaux de bravoure.
Auteur d’une biographie en plusieurs volumes sur Orson Welles, Simon Callow livre (21 mn) sa propre analyse du film et revient sur l’incroyable talent du cinéaste mais aussi sur l’intransigeance de son caractère, qui le mettra bientôt au ban d’Hollywood.
Enfin, le réalisateur Henry Jaglom se souvient (24 mn) de sa première rencontre avec Welles, qu’il engagea dans un rôle de magicien sur son premier film (A Safe Place, 1971) et avec lequel il noua jusqu’au bout une relation de complicité et d’amitié.
(Carlotta, dès le 14 novembre)

VOYAGES A TRAVERS LE CINEMA FRANCAIS – LA SERIE  

Voyages Cinema FrancaisS erieOn se souvient encore, avec une belle émotion de cinéphile, du Voyage à travers le cinéma français dans lequel Bertrand Tavernier, dans le cocon de la salle obscure (puis en dvd), nous entraînait, en octobre 2016, ouvrant une foule de pistes mémorielles, des années trente à l’orée des années 70… Plus qu’un documentaire, ce Voyage était plutôt une approche autobiographique du cinéma français observé par un œil de cinéaste.
Tavernier menait un « travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier », puisant dans ses coups de coeur, ses enthousiasmes et ses souvenirs agrémentés d’anecdotes, la matière d’une promenade gourmande dans un demi-siècle de cinéma national. Le cinéaste lyonnais voyait d’ailleurs son Voyage comme un acte de gratitude envers tous les artistes du 7e art qui ont surgi dans sa vie pour lui insuffler la passion du cinéma…

Mais, à l’évidence, Voyage s’est avéré trop court pour permettre au réalisateur de L’horloger de Saint Paul, d’emmener l’amateur à la rencontre de tous les cinéastes, de tous les films qu’il voulait encore partager… Plutôt que de réaliser un nouveau film pour le cinéma, Tavernier a opté par une série documentaire composée de huit chapitres (de 52 minutes chacun) qui étend évidemment plus largement le champ des (re)découvertes et des coups de cœur du cinéaste.

Le cinéphile plongera, avec délices, dans le travail de ce vrai conteur qu’est Tavernier qui commence par faire la part belle à ces cinéastes de chevet que l’on adopte, dit-il, « dès la vision de leur film et qui font immédiatement partie de votre vie. » Voici donc Jean Grémillon, Max Ophuls ou Henri Decoin suivis de Sacha Guitry avec ses dialogues rapides et éblouissants, Marcel Pagnol qui saura utiliser la musique d’un symphoniste suisse (Arthur Honegger) pour évoquer des paysages provençaux, Robert Bresson en équilibre entre le cinéma expérimental et traditionnel ou encore Jacques Tati dont Tavernier nous apprend qu’il employa un certain Patrick Balkany pour incarner un jeune danseur dans PlayTime

Et puis Tavernier raconte son amour pour la chanson dans les films né avec la vision de La grande illusion où, entre la bouffonnerie d’un spectacle et la vie quotidienne de prisonniers de guerre, surgit une Marseillaise qui démontre, si besoin était, l’importance dramaturgique d’un chant… Et il évoque encore Suzy Delair chantant Avec son tralala dans Quai des orfèvres ou Trois petites notes de musique dans Une aussi longue absence d’Henri Colpi…

Pour Julien Duvivier, homme froid, distant, souvent décourageant, parfois agressif, Tavernier livre la magnifique défense d’un cinéaste qui souffrait d’un excès de timidité, qui n’aimait pas se vendre et se désolait de ne pas arriver à rendre ses films aussi bien bons qu’il le voulait… Un réalisateur exigeant qui maîtrisait totalement sa technique, professait un véritable amour pour le cinéma dans lequel il expérimentait tout le temps, proposant d’épatantes trouvailles formelles ou étant le premier à faire de l’élaboration d’un film, le sujet de La fête à Henriette… Alors, on s’empresse de noter les titres sur un bout de papier… Dans l’entretien avec l’historien du cinéma Jean Ollé-Laprune qui introduit cette série, Tavernier observe, avec malice, que nombre de spectateurs de Voyage ont ensuite acquis des films en dvd. On peut le faire avec Panique, David Golder, La Bandera, Sous le ciel de Paris ou La belle équipe

Ces voyages se poursuivent avec Le cinéma sous l’Occupation, l’avant-guerre qui vit des artistes de talent comme Victor Tourjanski ou Robert Siodmak venir travailler en France… Quand à La nouvelle Vague de l’Occupation, elle permit à des débutants d’émerger et Tavernier salue largement Henri-Georges Clouzot, Claude Autant-Lara (malgré ses déclarations polémiques tardives) ou René Clément. Et quoi de mieux que l’enthousiasme de Tavernier pour remettre dans la lumière les oubliés (Raymond Bernard, Maurice Tourneur, Anatole Litvak, René Clair, Jean Boyer, Georges van Parys) et les méconnus (Louis Valray, Pierre Chenal, Henri Calef, Gilles Grangier, Jacqueline Aubry, Agnès Varda, Nelly Kaplan).

Enfin, avec Mes années 60, on voit Tavernier entrer dans la fabrique cinéma par la porte « attaché de presse ». En compagnie de Pierre Rissient, ces attachés atypiques se chargèrent de défendre des auteurs aussi différents, pour ne citer que les Français, que Jacques Deray, Michel Deville, José Giovanni, Yves Boisset ou l’élégant Alain Resnais et l’admirable mouvement intérieur qui anime ses œuvres ou encore des réalisateurs engagés comme Bernard Paul, Philippe Fourastié, Jean-Louis Bertucelli ou célébrant le délicieux L’amour c’est gai, l’amour c’est triste de Jean-Daniel Pollet dans lequel Claude Melki est un touchant petit couturier auquel un Jean-Pierre Marielle, somptueusement odieux, lance cette phrase, signée Remo Forlani : « Si t’étais un peu moins con, je t’expliquerai pourquoi t’es trop con ! »

En parcourant, avec une totale subjectivité, son panthéon du grand écran français et en réveillant une belle et vive mémoire du cœur, Tavernier distille du bonheur ! « Imaginez que vous êtes au cinéma ! » dit une voix en amorce de chaque épisode…

(Gaumont)

LES MAFIEUX, LES PARTISANS, LA VIEILLE DAME, LES ESPIONS, LA NOURRICE…  

SICARIO 2 – LA GUERRE DES CARTELS

Sicario 2A la frontière entre le Mexique et les USA, les cartels mexicains font régner la terreur. L’agent fédéral Matt Graver s’associe à nouveau avec le mystérieux Alejandro pour enlever la petite fille d’un mafieux et déclencher ainsi une meurtrière guerre des cartels. Après Sicario (2015), gros succès public signé Denis Villeneuve, voici un n°2 sous-titré La guerre des cartels et réalisé par l’Italien Stefano Sollima qui s’y entend pour donner une suite musclée et violente. Avec toujours les excellents Josh Brolin et Benicio del Toro, cette aventure crépusculaire où toutes les règles sont bannies, est, au-delà du drame humain qui se joue tous les jours entre le Mexique et l’Amérique, une réflexion amère sur l’amitié au péril du chaos… (Metropolitan)

UNA QUESTIONE PRIVATA

Questione PrivataEn 1943, au Piémont, Milton est entré dans la Résistance. Par hasard, en arpentant les montagnes de la province de Coni, l’étudiant devenu partisan repasse par la vaste demeure où il a connu et aimé la belle Fulvia. Mais celle-ci, en secret, aimait aussi Giorgio, lui aussi partisan. Désormais Milton (Luca Marinelli, très habité) veut retrouver Giorgio. Mais celui-ci vient d’être arrêté par les fascistes. Avec Una questione privata, les frères Taviani, dans leur dernière œuvre commune (Vittorio est mort en avril dernier), donnent une œuvre étrange et prenante qui mêle la guerre et le regret d’une grande histoire romantique. Dans des paysages baignés de brouillard, la poésie est partout. Dans les suppléments, Paolo Taviani décrit comment les frères, passionnés par le roman de Beppe Fenoglio, se sont attelés au projet et comment le film a vu le jour… (Pyramide)

MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR

Miss DaisyDans les années 40, Daisy Wertham, vieille dame juive vivant à Atlanta en Géorgie, institutrice à la retraite, n’est plus en mesure de conduire sa voiture. Son fils (Dan Aykroyd) lui trouve un chauffeur. Mais, entre Miss Daisy et son chauffeur, le courant ne passe pas tout de suite. Pourtant la vieille dame pète-sec et Hoke Colburn, le jovial chauffeur noir finiront par s’apprivoiser et même à développer une touchante amitié. En s’inspirant d’une pièce de théâtre (que Glenn Close a repris naguère à Broadway), Bruce Beresford réussit une comédie sensible et parfois truculente qui toucha le public (alors que le studio ne croyait pas au sujet) et décrocha une série d’Oscars. Réalisé en 1989, le film (dans une belle version restaurée) permet de revoir Jessica Tandy (disparue en 1994) qui fut en 1963, de l’aventure des Oiseaux de Hitchcock, et Morgan Freeman dans son premier grand rôle populaire. (Pathé)

LE DOSSIER MONA LISA

Dossier Mona LisaExfiltrée en urgence de Beyrouth, Mona, une chrétienne libanaise, est soupçonnée par le Hezbollah de travailler pour les services secrets israéliens. Pour la mettre à l’abri, le Mossad la planque dans un appartement de Berlin sous la garde de Naomi, agent israélien qui a repris du service pour l’occasion. Connu pour La fiancée syrienne et Les citronniers, le cinéaste israélien Eran Riklis investit, avec Le dossier Mona Lisa, l’univers du film d’espionnage. Avec une histoire menée à bonne allure et qui ne s’embarrasse pas de fioritures, Riklis réussit un thriller intimiste qui vaut, au-delà de l’action même, par deux bons portraits de femmes défendues par Golshifteh Farahani (Mona) et l’excellente Neta Riskin (Naomi) dont les douloureux secrets tournent autour de la maternité. Bien sûr, on ne croit pas vraiment aux bandages qui couvrent (partiellement) le visage d’une Mona qui a subi de la chirurgie pour se refaire une nouvelle tête mais c’est quand même un détail dans cette aventure enlevée. (Pyramide)

BECASSINE !

BecassineMais non, Bécassine n’est pas une grosse cruche bretonne ! En tout, ce n’est pas comment cela que Bruno Podalydès la perçoit. Avec sa joyeuse Bécassine !, le réalisateur du malicieux Comme un avion fait revivre une France rurale du début du XXe siècle dans laquelle la naïveté d’enfant de Bécassine fait merveille. Sa rencontre avec Loulotte, bébé adopté par la marquise de Grand-air, va changer sa vie. Et la pétulante nourrice (Emeline Bayart, parfaite dans le rôle) va faire souffler un vent de folie douce autour d’elle en apparaissant comme une jeune femme moderne et inventive… Autour du fameux personnage de BD inventé, en 1905, de Rivière et Pinchon, une délicieuse comédie où tous les comédiens, de Karin Viard à Michel Vuillermoz en passant par les frères Podalydès et tous leurs complices (Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Philippe Uchan, Vimala Pons) s’en donnent à cœur-joie (UGC)

PARVANA

ParvanaDans l’Afghanistan du régime des talibans, Parvana, jeune fille de 11 ans, grandit à Kaboul. Lorsque Narullah, son père, ancien enseignant devenu colporteur, est arrêté et emprisonné, la fillette voit son existence basculer. Car, lorsqu’on n’est pas accompagnée par un homme, on ne peut plus travailler, ni acheter de la nourriture. Magnifique film d’animation réalisé par l’Irlandaise Nora Twomey, Parvana – Une enfance en Afghanistan raconte comment la fillette décide de se couper les cheveux et de se travestir en garçon pour permettre la survie de sa mère, de sa sœur aînée et de son petit frère. Un superbe conte humaniste sur la culture contre la barbarie qui mêle, entre drôlerie et gravité, le politique et le poétique. (Le Pacte)

LE SECRET DE SANTA VITTORIA

Secret Santa VittoriaPendant la guerre, alors qu’on annonce la chute du Duce, Italo Bombolini, paysan ivrogne et méprisé de tous, est promu maire de Santa Vittoria. Mais ce minable que sa femme malmène, deviendra un héros en empêchant les Allemands d’emporter les meilleurs vins du village. En s’inspirant d’une histoire vraie, l’Américain Stanley Kramer (auteur notamment de Jugement à Nuremberg en 1961 et de Devine qui vient dîner ? en 1967) s’installe au cœur de l’Italie tourne, en 1969, Le secret de Santa Vittoria, une comédie qui voit s’affronter deux monstres sacrés, Anthony Quinn et Anna Magnani, dans une grande bataille de… cabotinage. Voici une curiosité qui vaut par quelques belles scènes comme celle de l’immense noria du transfert des bouteilles. (Sidonis Calysta)

LOVE, SIMON

Love SimonAu milieu d’une famille qui l’adore, Simon Spier, lycéen dans un établissement de la banlieue d’Atlanta, mène une existence normale, entouré d’amis extraordinaires mais le garçon garde un grand secret : personne ne sait qu’il est gay et il ne connaît pas l’identité de son premier grand coup de cœur avec lequel il communique en ligne. Mais quand les messages qu’il échange avec Blue tombent entre de de mauvaises mains, la vie de Simon commence à changer… Avec ses allures de vraie comédie romantique, Love, Simon est le premier film produit par une grande « major » américaine à mettre en scène une romance entre deux adolescents homosexuels. Porté par Nick Robinson, voici un film allègre qui n’évite pas tous les clichés sur les gays mais montre comment Simon va s’assumer aux yeux de tous… (Fox)

LE CERCLE LITTERAIRE DE GUERNESEY

Cercle GuerneseyJeune écrivaine prometteuse, Juliet Ashton reçoit une lettre d’un mystérieux admirateur, membre du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de papates. Quittant le Londres bombardé de 1946, Juliet se rend à Guernesey où elle rencontre Dawsey Adams, un séduisant fermier… Réalisateur de Quatre mariages et un enterrement (1994) mais aussi de Harry Potter et la coupe de feu (2005), Mike Newell adapte, avec Le cercle littéraire de Guernesey, le gros best-seller (2008) de Mary Ann Shaffer et Annie Burrows et donne, sur fond de guerre et de lourds secrets, une pittoresque romance ilienne bien défendue par des comédiens chevronnés comme Tom Courtenay ou Penelope Wilton rejoints par la charmante Lily James vue dans la série Downton Abbey. (Studiocanal)

NOS HEROS REUSSIRONT-ILS A RETROUVER LEUR AMI…

Nos Héros ReussirontEditeur romain à succès, Fausto di Salvio (Alberto Sordi, brillant), n’en peut plus des convenances bourgeoises. Profitant de la disparition de son beau-frère (Nino Manfredi), il fuit Rome. Avec son comptable (Bernard Blier, habitué des productions italiennes), il part en Afrique. En 1968, Ettore Scola signait Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? Un des titres les plus longs de l’histoire du 7eart pour une comédie picaresque qui diffère des comédies « à l’italienne » de Scola. Au-delà d’une franche bouffonnerie, le maître italien (qui signa de grandes œuvres comme Affreux, sales et méchants ou l’admirable Une journée particulière) dénonce le complexe de supériorité de l’Occident face aux Africains. Une résonance contemporaine…  (M6)

JOUEURS

JoueursUn jour par hasard, dans le restaurant de son père, Ella croise Abel qui cherche du boulot. Mais Abel a surtout besoin d’argent et il tape dans la caisse du restaurant. Entre les deux jeunes gens, le courant passe pourtant, d’autant qu’Abel va faire découvrir à Ella l’univers des cercles de jeux. Et Ella va se piquer au jeu comme à ce poison. Avec Joueurs, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en mai dernier, Marie Monge réalise un premier film où l’addiction à l’amour d’Ella pour Abel va croiser celle du jeu. Dans un Paris nocturne et cosmopolite, on plonge dans un film noir (porté par Tahar Rahim et Stacy Martin, vue chez Lars von Trier) qui suit au plus près un jeune couple qui se croit intouchable face aux sensations mortifères des jeux d’argent… (Bac)

FILM NOIR AMERICAIN… UNE EDITION D’ANTHOLOGIE  

Coffret film noir

Après le succès en 2016 du coffret Westerns de légende, Sidonis présente le Coffret encyclopédique du film noir américain de 1942 à 1960 à tirage limité. Reposant sur une démarche de financement participatif, autrement dit crowfunding (voir le lien ci-dessous), le coffret contiendra vingt perles du film noir en DVD dont dix totalement inédits présentés par Patrick Brion, Bertrand Tavernier et François Guérif tous réalisés par les maîtres du genre avec tous les acteurs de la grande époque hollywoodienne. Qu’on en juge !

UNION STATION (Midi, gare centrale – 1950) réalisé par Rudolph Maté avec William Holden, Nancy Olson, Barry Fitzgerald.

KISS TOMORORROW GOODBYE (Le Fauve en liberté – 1950) réalisé par Gordon Douglas avec James Cagney, Barbara Payton, Helena Carter, Ward Bond.

BLACK ANGEL (L’Ange noir – 1946) réalisé par Roy William Neill avec Dan Duryea, June Vincent, Peter Lorre.

JOHNNY O’CLOCK (L’Heure du crime – 1947) réalisé par Robert Rossen avec Dick Powell, Evelyn Keyes, Lee J. Cobb.

FRAMED (Traquée – 1947) réalisé par Richard Wallace avec Glenn Ford, Janis Carter, Barry Sullivan.

DRIVE A CROOKED ROAD (Le destin est au tournant – 1954) réalisé par Richard Quine avec Mickey Rooney, Diane Foster, Kevin McCarthy.

THE NIGHT WALKER (Celui qui n’existait pas – 1964) réalisé par William Castle avec Barbara Stanwyck, Robert Taylor, Judi Meredith.

ALIAS NICK BEAL (Un pacte avec le diable – 1949) réalisé par John Farrow avec Ray Milland, Audrey Totter, Thomas Mitchell, George Macready.

THE UNDERCOVER MAN (Le Maître du gang – 1949) réalisé par Joseph H. Lewis avec Glenn Ford, Nina Foch, James Whitmore.

RUTHLESS (L’Impitoyable – 1948) réalisé par Edgar George Ulmer avec Zachary Scott, Louis Hayward, Diana Lynn.

DARK CITY (La Main qui venge – 1950) réalisé par William Dieterle avec Charlton Heston, Lizabeth Scott, Viveca Lindfors.

SEVEN THIEVES (Les Sept Voleurs – 1960) réalisé par Henry Hathaway avec Edward G. Robinson, Rod Steiger, Joan Collins, Eli Wallach.

23 PACES TO BAKER STREET (À vingt-trois pas du mystère – 1956) réalisé par Henry Hathaway avec Van Johnson, Vera Miles, Cecil Parker.

NEW YORK CONFIDENTIAL (New York confidentiel – 1955) réalisé par Russell Rouse avec Broderick Crawford, Anne Bancroft, Richard Conte.

M (1951) réalisé par Joseph Losey avec David Wayne, Howard Da Silva, Martin Gabel, Luther Adler, Steve Brodie, Raymond Burr.

THE LOST MOMENT (Moments perdus – 1947) réalisé par Martin Gabel avec Robert Cummings, Susan Hayward, Agnes Moorehead.

PUSHOVER (Du plomb pour l’inspecteur – 1954) réalisé par Richard Quine avec Fred MacMurray, Philip Carey, Kim Novak, Dorothy Malone.

IN A LONELY PLACE (Le Violent – 1950) réalisé par Nicholas Ray avec Humphrey Bogart, Gloria Grahame, Frank Lovejoy.

 L’INEXORABLE ENQUETE (Scandal Sheet – 1952) réalisé par Phil Karlson avec Broderick Crawford, JohnDerek, Donna Reed.

THIS GUN FOR HIRE (Tueur à gages – 1942) réalisé par Frank Tuttle avec Veronica Lake, Alan Ladd, Robert Preston.

Le coffret sera agrémenté d’une superbe encyclopédie de 900 pages sur le film noir des origines à 1960, soit 1300 films résumés, analysés et richement illustrés. L’auteur n’est autre que Patrick Brion, célèbre voix de l’émission « Cinéma de minuit » et spécialiste unanimement reconnu du cinéma hollywoodien. Chacun des vingt films aura droit à une présentation écrite signée par François Guérif. Le coffret proposera enfin 20 photos d’exploitation originales et une affiche de chaque film ainsi qu’un certificat d’authenticité numéroté.

Un palier à 5000 € est le premier objectif de la collecte (qui s’étalera sur une durée de 30 jours). Plus haut encouragera Sidonis à réitérer l’expérience les prochaines années et surtout à alléger sa facture finale. Sidonis est un éditeur indépendant qui ne peut s’appuyer sur aucune structure à l’internationale ou une maison mère capable de financer nos projets.

Cette collecte servira donc dans un premier temps à couvrir les droits d’acquisition des dix films inédits. Par la suite, elle pourra donc couvrir les frais de la conception du coffret, de la réalisation des livrets, de la production des bonus vidéo présents au sein de chacun des films ainsi qu’aux coût de conception / création / impressions / authoring et de pressage.

Sidonis pourra aussi s’affranchir d’un maximum d’intermédiaires forcément onéreux et au final contre-productifs en livrant directement aux amateurs cette édition d’anthologie.

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/coffret-encyclopedique-collector-du-film-noir-americain-tirage-limitee

MASTROIANNI, RAPPENEAU, BOGDANOVICH, VIGO ET LES AUTRES  

LE VOYAGE EXTRAORDINAIRE DU FAKIR

Voyage FakirFakir d’opérette et vrai petit escroc, Ajatashatru (la star indienne Dhanush) rêve de quitter New Delhi pour découvrir Paris. En France, et spécialement chez… Ikea, il rencontre une jeune Américaine dont il tombe follement amoureux. Mais Ajatashatru est accidentellement expulsé avec des clandestins africains avant d’être trimballé aux quatre coins de l’Europe et de l’Afrique et de montrer que le gaillard a de la ressource et un coeur gros comme ça. Réalisateur du gros succès Starbuck (2011), le Canadien Ken Scott donne, avec Le voyage extraordinaire du fakir, un bon feel-good movie. Un voyage trépidant et plein de tendresse avec un héros sympathique ! (TF1)

VOLONTAIRE

VolontaireEntre une mère artiste (et anti-militariste) incarnée par une Josiane Balasko, modèle forte en gueule et un père laxiste, Laure, 23 ans, a fait de belles études. Mais elle se cherche et c’est dans la Marine nationale qu’elle va trouver une structure et des repères. Avec Volontaire, Hélène Fillières signe, dans les décors épurés de l’Ecole navale de Brest, un film qui semble froid mais qui se révèle être le portrait sensible d’une jeune femme (la diaphane Diane Rouxel) confrontée à une impressionnante figure « paternelle », en l’occurrence le commandant Rivière incarné par un Lambert Wilson à la mâchoire carrée mais avec un vrai coeur. Une œuvre féministe dans un milieu masculin. (Gaumont)

ROME

Risi RomeDans le milieu des années 50, Dino Risi (1916-2008) n’est pas encore l’un des maîtres de la comédie « à l’italienne ». Il le deviendra avec Les monstres ou Parfum de femme. Mais le cinéaste milanais signe déjà, entre néoréalisme rose et ton critique, une trilogie romaine (réunie dans un coffret avec de bons suppléments) avec Pauvres mais beaux (1956), Belles mais pauvres (1957) et Pauvres millionnaires (1959), trois comédies qui racontent les aventures de Romolo (Maurizio Arena), Salvatore (Renato Salvadori) et des belles Annamaria et Marisa dans une Italie en plein boom économique mais où la vie est dure pour ceux qui manquent de moyens… (M6)

RAPPENEAU

RappeneauCinéaste plutôt rare (il n’a tourné que huit films en une petite soixantaine d’années), Jean-Paul Rappeneau a cependant remporté de nombreux succès… On le retrouve avec trois films bien restaurés. Tout feu tout flamme (1982) est une comédie virevoltante avec un joli duo Yves Montand-Isabelle Adjani. Rappeneau a aussi réussi deux belles adaptations littéraires avec Giono et Le hussard sur le toit (1995) et bien sûr Rostand pour un superbe Cyrano de Bergerac (1990) multi-récompensé où Gérard Depardieu fut admirable en bretteur de mots dans l’un des plus grands rôles de sa carrière. Ah, on ne se lasse pas de « Un cap, un pic, que dis-je, une péninsule! » (Pathé)

VIGO

Jean VigoJean Vigo (1905-1934) occupe une place unique dans l’histoire du 7e art. Avec seulement quatre oeuvres dont un seul long-métrage (L’Atalante en 1934 avec Michel Simon et Dita Parlo), il a pourtant influencé de nombreux cinéastes. Insolent et lyrique, mêlant l’étrange, la révolte et la tendresse, le style de Vigo, auteur maudit, souvent comparé au poète Arthur Rimbaud, préfigure le surréalisme. Le coffret prestige Jean Vigo l’intégrale, avec des films restaurés, regroupe, outre les quatre films dont l’émouvant Zéro de conduite, (1933), d’éclairants suppléments ainsi qu’un livre inédit de 100 pages écrit par Bernard Eisenschitz. (Gaumont)

BOGDANOVICH

Saint JackInvité d’honneur du prochain Festival Lumière à Lyon, Peter Bogdanovich est au coeur d’un bel événement avec la sortie en édition limitée de deux de ses films. The Last Picture Show (1971), en version Director’s Cut, est une œuvre emblématique du Nouvel Hollywood et une mélancolique chronique fifties sur des gens ordinaires qui révéla Cybil Sheperd et offrit l’un de ses plus beaux rôles à Jeff Bridges. Dans une nouvelle restauration, Saint Jack (1979) est une œuvre plus rare qui plonge dans le monde post-colonialiste à Singapour à travers les démêlés d’un Américain exilé, (Ben Gazzara) patron d’une maison close, aux prises avec la pègre locale… (Carlotta)

PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

Plaire Aimer Courir ViteEn 1990, Arthur, étudiant à Rennes, a 20 ans. Son existence bascule lorsqu’il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cette passion, Jacques sait qu’il lui faut la vivre vite. Avec Plaire, aimer et courir vite, Christophe Honoré propose un mélodrame (assumé) sur les effets contraires de l’amour et signe une œuvre personnelle, puissante et aboutie qui parle, moins, de l’amour impossible que de la vie impossible. Le réalisateur des Chansons d’amour dirige un remarquable trio de comédiens: Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès. (TF1)

MASTROIANNI

MastroianniMarcello Mastroianni (1924-1996) se défendait d’être un « latin lover » mais son charme de séducteur a illuminé le cinéma transalpin et international. On le retrouve dans un coffret « Italie années 50 » où il n’est pas encore la star de la comédie « à l’italienne » mais où son talent fait déjà merveille. Il en va ainsi de Dimanche d’aout (1950), La chronique des pauvres amants (1954), Dommage que tu sois une canaille (1955), La chance d’être une femme (1956) et évidemment de Divorce à l’italienne (1961). De la chronique sociale à la comédie, un bel état de l’Italie de l’après-guerre. (M6) 

LES AVENTURES DE JACK BURTON DANS LES GRIFFES DU MANDARIN

Jack BurtonSimple camionneur, Jack Burton (Kurt Russell) se retrouve embringué, au cœur de Chinatown, dans une guerre surnaturelle entre les forces orientales du Bien et du Mal. Sorti en 1986, Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin fut un cuisant échec commercial qui affligea son réalisateur. John Carpenter qui avait déjà tourné les frissonnants Halloween, Fog, The Thing ou Christine se détourna d’Hollywood pour aller vers le cinéma indépendant. Devenu culte, cette aventure, entre kung-fu et fantastique, sort dans une belle édition restaurée et enrichie de plus de cinq heures de bonus, dont certains inédits. (L’Atelier d’images)

GREMILLON

Jean GremillonMusicien, compositeur et cinéaste, Jean Grémillon (1901-1959) était un artiste singulier qui refusa les facilités du cinéma de « qualité France ». On le retrouve avec Daïnah la métisse, un rare court-métrage (51 minutes) de 1931 (qu’il ne signa pas) et qui évoque, au cours d’un voyage sur un paquebot, une affaire d’agression sexuelle commise par un marin incarné par Charles Vanel. Du même auteur, voici également son ultime film réalisé en 1953 : L’amour d’une femme, un drame lyrique et poignant. Micheline Presle incarne Marie, jeune médecin dévouée venue remplacer un vieux praticien sur l’île d’Ouessant. Un ingénieur de passage (Massimo Girotti) s’éprend d’elle mais lui demande de renoncer à son métier. Marie partira sans se retourner… (Gaumont)

DEADPOOL 2

Deadpool 2Gros succès de 2016, Deadpool est de retour. Le super-héros de l’univers Marvel remet le couvert dans le genre encore plus fort. Wade Wilson alias Deadpool dégomme de l’affreux à tour de bras et pour la bonne cause. Et quand l’amour de sa vie meurt, son chagrin devient très… explosif. Ryan Reynolds se régale clairement avec son mutant grand brûlé très insolent et insubmersible. Dirigé par David Leitch (qui avait fait John Wick), ce Deadpool 2 multiplie les références avec notamment de solides clins d’œil à la saga X-Men et à Wolverine. Les dialogues donnent parfois dans le graveleux mais les scènes d’action sont bien enlevées. Du divertissement qui dépote! (Fox)

UN CONTE PEUT EN CACHER UN AUTRE

Conte Peut Cacher AutreIl était une fois… Mais voilà, imaginons que le loup ne croque plus le petit cochon (qui, de toutes manières, est spécialement corrompu) ou encore que le Petit chaperon rouge et Blanche-Neige (en grande blonde) soient de vieilles copines. Elles feraient alliance pour malmener les prédateurs affamés, voire une belle-mère meurtrière. En adaptant au cinéma l’excellent livre de Roald Dahl, Un conte peut en cacher un autre réinvente, avec drôlerie et décalage, les contes de fées. La mise en scène de ce film d’animation britannique est réussie. Vous croyez connaître les plus célèbres contes. Vous vous trompez ! A voir en famille ! (Orange) 

INTEGRALE CLAUDE BERRI  

Coffret BerriIl disait de lui : « A ma mort, en voyant mes films, on pourra me connaître, savoir l’enfant, l’adolescent et l’homme que j’ai été ». Claude Berri (1934-2009) est considéré à juste titre comme  l’une  des  figures  les  plus  emblématiques  du  cinéma  français.  Surnommé « le dernier nabab » ou « le parrain » du 7e art national, Claude Langmann devenu Claude Berri, a été  acteur,  scénariste,  dialoguiste,  producteur et distributeur…  et il fut sans  aucun  doute  l’un  des  plus  grands  ambassadeurs  du  cinéma  français à travers le monde. À son sujet,  François Truffaut  dira « Berri n’est pas un metteur en scène cinéphile, il ne se réfère pas aux films existants mais à la vie elle-même. Il puise à la source, il a d’abord des histoires à raconter. » De fait, derrière sa caméra, Claude Berri s’est montré au plus près de celui qu’il était vraiment. Dans son Autoportrait, paru en 2003 aux éditions Léo Scheer, ce fils d’une famille juive ashkénaze (son père était fourreur et sa mère ouvrière) écrivait : « Je suis né Passage du Désir, et j’en ai eu. J’en ai encore ».

Dix  ans  après  sa  disparition, Pathé édite un magnifique coffret  réunissant l’œuvre de Claude  Berri cinéaste.  21 films en haute définition, dont seize en version restaurée,  pour dévoiler la partie la plus intime d’un artiste inépuisable et imprévisible qui savait œuvrer dans tous les registres. D’autant que la grande majorité des films qu’il a réalisés, il les a puisés dans sa propre vie. A commencer bien sûr par l’admirable Vieil homme et l’enfant (1966) qui raconte, dans la France de l’Occupation allemande, la vie du petit Claude Langmann envoyé par ses parents dans une famille d’accueil pour éviter les rafles nazies. Pépé (Michel Simon), ancien poilu de la Grande Guerre, aussi anticlérical qu’antisémite, ne cesse d’accuser les Juifs, les rouges, les maçons d’être la cause de tous les maux de la France. Mais l’arrivée de Claude, auquel ses parents ont formellement interdit de révéler ses origines juives, va bouleverser les certitudes de Pépé et révéler l’homme bon qui sommeille en lui. Ce sillon, Berri continuera à l’explorer en livrant ses réflexions sur le mariage (Mazel Tov, 1969), son service militaire (Le pistonné, 1970), sur l’amour qu’il porte à son père (Le cinéma de papa, 1970), sur la libération sexuelle (Sex-shop, 1972), ses crises conjugales (Le mâle du siècle, 1975) ou raconte l’adolescent qu’il fut (La première fois, 1976).

Fasciné par le métier de comédien –qui était sa première passion- il mit en lumière dans ses films les plus fortes figures du cinéma français : Catherine Deneuve dans Je vous aime, 1980) et le fameux Dieu est un fumeur de havanes chanté par Gainsbourg ; Coluche dans son premier grand rôle en militaire insoumis dans Le pistonné puis en prof soixante-huitard dans Le maître d’école (1981) et en formidable pompiste alcoolique dans Tchao Pantin (1983)…

Dans ses superproductions inspirées de fresques historiques ou littéraires (Uranus, 1990, Germinal, 1993 ou Lucie Aubrac, 1997) se succèdent alors les stars : Depardieu, Montand, Auteuil, Marielle, Noiret, Renaud ou Emmanuelle Béart et Carole Bouquet. Quant à Jean de Florette et Manon des sources, en 1986, ils lui permirent de devenir l’empereur incontesté du box-office, le diptyque adapté de l’œuvre de Pagnol s’imposant comme son plus grand succès avec 14 millions de spectateurs dans les salles…

A la fin de sa carrière, exceptée pour Ensemble c’est tout (2007), adaptation du roman d’Anna Gavalda, Claude Berri, entre perte du désir, dépression ou culpabilité, continuera à se dévoiler davantage avec La débandade (1999), Une femme de ménage (2002) ou L’un reste, l’autre part (2004). Quant à Trésor (2009), au cours du tournage duquel il disparut, il racontait le couple qu’il formait avec Nathalie Rheims, sa dernière compagne.

Personnage tour à tour impulsif, exigeant, tendre et généreux, Claude Berri avait encore une autre casquette, celle de collectionneur d’art. Amateur éclairé, il avait eu, dans le Marais, une galerie où il montra Robert Ryman (qui figurait dans sa collection au même titre que Ad Reinhardt ou Lucio Fontana), Yves Klein, Daniel Buren, Sol LeWitt ou Simon Hantaï.

Cet incontournable coffret comprend enfin une multitude suppléments dont Le poulet qui obtint, en 1965 à Hollywood, l’Oscar du meilleur court-métrage mais aussi des documents sur Michel Simon, sur l’aventure de Jean de Florette et Manon (40 min) ou encore le making of (39 min) de Germinal…

Claude Berri sur le tournage de "Germinal". DR

Claude Berri sur le tournage de « Germinal ». DR

HORREUR, CORRUPTION, CHEVAUX, LIBERTE ET ISRAEL  

COFFRET HELLRAISER

HellraiserEn 1987, Clive Barker signe Hellraiser – Le pacte qui s ‘impose comme un sommet du cinéma d’épouvante, poussant les limites de l’horreur et de la violence à un degré rare. Avec Hellraiser 2 (1988) et le n°3 de 1992, voici donc la trilogie originelle dans un excellent coffret collector.
Au-delà de la qualité filmique d’une saga de chair et de sang baroque, le nombre de suppléments dans cette Cult’édition est fameux. La version Blu-ray propose ainsi Leviathan, un documentaire de 4h sur l’histoire de la saga avec plus de trente entretiens qui feront le bonheur des fans. Un must ! (ESC)

LES BONNES MANIERES

BonnesManieresBVInfirmière solitaire et presque mutique, Clara est embauchée, dans les beaux quartiers de Sao Paulo, par la séduisante Anna comme nounou de son bébé à naître… Les deux femmes vont se rapprocher tandis qu’Anna, les nuits de pleine lune, est prise de crises de somnambulisme.
Avec Les bonnes manières, Juliana Rojas et Marco Dutra signent un film fantastique brésilien qui commence comme une aventure romantico-sociale (Anna, fille de parents riches, a été virée par sa famille) pour tourner au vrai film de loup-garou. On plonge dans cette histoire avec curiosité et plaisir. (Jour2fête)

TRAHISON D’ETAT

AAATrahisonEtatJeune et idéaliste, Michael Sullivan abandonne son job de trader new-yorkais pour intégrer l’ONU avec la volonté de venir en aide aux plus défavorisés. Dans la prestigieuse institution, ce fils de diplomate mort tragiquement, va intervenir sur le programme « Pétrole contre nourriture » en Irak.
Mais, tant à New York que sur le terrain, Sullivan découvre un imposant système de corruption. Inspiré d’une histoire vraie, Trahison d’Etat est un thriller bien rythmé où Sullivan (l’Anglais Theo James) va mettre sa vie en danger avant de choisir de devenir un lanceur d’alerte. (Metropolitan)

OTAGES A ENTEBBE

AAAOtagesEntebbeEn juin 1976, un vol Tel Aviv – Paris est détourné par des terroristes palestiniens et se pose en Ouganda où un commando israélien réussira à libérer la quasi-totalité des otages. Le raid d’Entebbe a déjà été traité au cinéma.
Avec Otages à Entebbe, voici une nouvelle version de cet événement tragique et polémique, le président ougandais Idi Amin Dada tempêtant contre l’ingérence d’Israël. Le cinéaste José Padilha multiplie les points de vue pour apporter le rythme du film d’action à ce drame humain dans lequel Daniel Brühl et Rosamund Pike tiennent les rôles principaux. (Orange)

LA RELIGIEUSE

AAALaReligieuseAu 18e siècle, Suzanne Simonin est cloîtrée contre son gré dans un couvent. La mère supérieure qui la réconfortait meurt et Suzanne obtient de changer de couvent. Malgré l’ambiance plus dilettante, Suzanne (Anna Karina dans l’un de ses grands rôles) veut pourtant retrouver sa liberté.
Sorti en 1967, La religieuse a été au cœur de l’une des plus grandes affaires de censure en France. Pourtant Jacques Rivette, en demeurant très fidèle au roman de Diderot, n’avait pas pour intention de créer du scandale. On retrouve ce film sobre et fort dans une belle version restaurée. (Studiocanal)

THE RIDER

AAATheRiderEtoile montante du rodéo, Brady voit sa vie basculer lorsqu’il est grièvement blessé par un cheval. Le jeune cow-boy comprend vite que le rodéo, c’est terminé. Il rentre dans sa réserve de Pine Ridge sans plus de goût pour la vie.
Réalisatrice de Les chansons que mes frères m’ont apprises, Chloé Zhao réussit, avec The Rider, un film westernien pour ses grands espaces qui se situe entre fiction et documentaire. Et elle distille, avec l’histoire de cet homme qui espère reprendre le contrôle de sa vie dans une quête identitaire, une forte réflexion sur le rêve américain… (Blaq Out)

THE SEVEN-UPS

En 1973, Philip d’Antoni, producteur de Bullitt et de French Connection, passe, pour l’unique fois, derrière la caméra et filme les aventures de Buddy Manucci, flic new-yorkais aux méthodes brutales mais efficaces. The Seven-Ups (sorti en France sous le tire Police Puissance 7) surfe sur la vague French Connection.
Dans une jungle urbaine crasseuse, Roy Scheider (qui fut aussi dans le casting de French Connection) incarne un flic violent précurseur de bon nombre de personnages de policiers torturés qui, pour combattre les truands, se comportent comme est eux. (Wild Side)

MONSIEUR JE SAIS TOUT

AAAMJeSaisToutEntraîneur de jeunes footballeurs, Vincent Barteau, ancien joueur prometteur, rêve de partir entrainer en Chine. Alors que la perspective se précise, ce célibataire invétéré apprend qu’il va devoir s’occuper de Léo, 13 ans, un neveu autiste Asperger. Après avoir tenté d’échapper à cette mission, l’oncle va faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Avec Monsieur je sais tout, François Prévot-Leygonie et Stephan Archinard signent une comédie touchante et jamais lourde. Lentement, Vincent et Léo vont s’apprivoiser… Arnaud Ducret et le jeune Max Baissette de Malglaive sont parfaits. (Gaumont)

FUTUR IMMEDIAT LOS ANGELES 1991

AAAFuturImmediatEchoués sur la Terre, des milliers d’extraterrestres sont bientôt devenus des auxiliaires dévoués des humains. Lors d’un braquage, le partenaire du détective Skyes (James Caan) est abattu. Skyes va alors accepter d’être le premier flic à travailler en tandem avec un « newcomer »…
Mi-polar, mi-SF, Futur immédiat, Los Angeles 1991 fut un succès à sa sortie en 1988 et est même devenu culte. Un étonnant « buddy-movie » futuriste où une vraie amitié va se développer entre un flic mal embouché et un alien plein de ressources, y compris quand il doit infiltrer sa propre communauté. (Carlotta)

FOXTROT

AAAFoxtrotMichael et Daphna Feldmann vivent heureux à Tel Aviv. Un jour, des militaires viennent annoncer un malheur survenu à leur fils Yonatan qui effectue son service à un poste frontière.
Second film de Samuel Maoz, Foxtrot est une passionnante plongée dans la société israélienne à travers un couple qui voit ses blessures secrètes se réveiller. Et le film (attaqué par les autorités pour l’image donnée de Tsahal) prend même un tour fantastique lorsqu’il évoque Yonatan et ses jeunes camarades dans un poste militaire où il n’arrive jamais rien. Jusqu’à ce que… Une véritable réussite ! (Blaq Out)

FEMME OU DEMON

AAAFemme_demonEn 1939, George Marshall réunit une belle affiche avec James Stewart et Marlène Dietrich (dont les producteurs ne voulaient pas) dans Destry Rides Again (Femme ou démon en v.f .). Dans une ville de l’Ouest américain où règne la corruption, Tom Destry, shérif-adjoint ennemi de la violence, va entreprendre de faire respecter la loi sans tirer un coup de feu. Dans sa tâche, il reçoit le soutien de Frenchy, belle et séduisante chanteuse de saloon qui est aussi la maîtresse de l’homme qui tient la ville sous sa coupe… Un bon western qui mérite d’être redécouvert !
Sur le dvd, on trouve également Le nettoyeur (1955), un remake de Destry Rides Again, également mis en scène par George Marshall mais cette fois avec Audie Murphy dans le rôle tenu préalablement par Stewart. (Sidonis/Calysta)

FASSBINDER, UN REBELLE EN MAJESTE  

FassbinderPersonnage plus grand que nature, Rainer Werner Fassbinder occupe une place à part dans le cinéma allemand. Né en 1945 à Bad Wörishofen, un petit bled de Bavière, il incarne la génération d’après, celle qui n’a pas connu le nazisme. Dans son cinéma, ce film de médecin renvoie à la génération des pères un rude miroir dépourvu d’illusions. Dans sa vie, RWF dévore tout, souvent frénétiquement. Les hommes, les femmes, l’alcool, les stupéfiants. Dans son art, il est simplement unique. Tant au théâtre qu’à la télévision et évidemment sur le grand écran, le rebelle mal rasé travaille d’arrache-pied, entouré d’une véritable troupe qu’il câline et malmène à la fois. Il meurt jeune, à 37 ans, mais il laisse 27 films réalisés entre 1966 et 1982, 16 réalisations pour la télévision entre 1970 et 1980 et 21 pièces ou mises en scène au théâtre entre 1965 et 1976.  Excusez du peu!

C’est à ce vrai pionnier qui disait « Vis-à-vis du public, on ne devrait jamais être complaisant mais toujours provocant », à ce géant hirsute, colérique et dépressif, attentionné et tendre, fragile et éruptif que Carlotta Films consacre deux passionnants coffrets. En parallèle avec la rétrospective intégrale que la Cinémathèque française consacre (à Paris, jusqu’au 13 mai) à Fassbinder, voici, pour la première fois en deux coffrets Blu-ray, quinze chefs d’oeuvre emblématiques de RWF. Par ailleurs, au cinéma, dès le 18 avril puis dès le 2 mai,  on pourra voir, sur grand écran, deux vagues de chefs d’oeuvre, la première avec des films tournés entre 1969 et 1973, la seconde avec des réalisations de 1974 à 1981.

C’est donc dans le tableau extraordinairement riche et complexe de l’Allemagne dans la seconde moitié du XXe siècle que l’on plonge avec ces deux coffrets collector qui attestent du génie de Fassbinder à travers quinze oeuvres culte présentées dans de très belles restaurations inédites. Bien sûr, il manque, ici, quelques perles comme Maman Kusters s’en va au ciel ou l’ultime Querelle mais l’ensemble vaut absolument le détour.

Dans le volume 1, on attaque avec L’amour est plus fort que la mort (1969) dédié à Chabrol, Rohmer et Jean-Marie Straub dans lequel Fassbinder incarne Franz, une petit souteneur qui refuse de s’allier à un syndicat du crime. A la manière des films noirs américains, RWF raconte les aventures d’un triangle amoureux où, déjà, Hanna Schygulla, l’icône fassbindérienne par excellence, est lumineuse. Dans Katzelmacher (1969) terme argotique bavarois injurieux qui désigne l’immigré venu du sud de l’Europe, Jorgos (incarné par RWF) affronte la haine d’un groupe de jeunes désoeuvrés. Prenez garde à la sainte putain ((1970) est une réflexion sur le cinéma à travers les difficultés, les jalousies, les conflits sur un tournage. Avec Le marchand de quatre saisons (1971), RWF est sélectionné à la Mostra de Venise et signe une tragédie familiale dans les années cinquante autour d’un homme, ancien policier alcoolique, devenu marchand de fruits et légumes, qui sombre dans la dépression. Tourné en dix jours, adapté d’une pièce écrite par RWF et se déroulant entièrement dans l’appartement d’une styliste réputée, Les larmes amères de Petra von Kant (1972) est un mélodrame flamboyant (RWF est un fan absolu de Douglas Sirk) composé de superbes portraits de femmes incarnées par Margit Carstensen, Hanna Schygulla, Eva Mates, Katrin Schaake ou Irm Hermann… Produit pour la télévision, Martha (1973) est un thriller en forme de réflexion sur la paranoïa qui puise son atmosphère dans les histoires d’amour passionnées hollywoodiennes dont Fassbinder était très friand. Avec Tous les autres s’appellent Ali (1973), RWF transpose le Tout ce que le ciel permet (1955) de Sirk dans l’Allemagne des années 70. Un couple mixte -un Marocain et une Allemande de vingt ans son aînée- sont en butte au racisme ordinaire anti-immigrés.

FassbinderLe volume 2 s’ouvre par une superbe célébration de la femme. Adaptation fidèle d’un roman de Theodor Fontane, Effi Briest (1974) permet encore une fois à RWF de partir sur les traces de son maître Sirk avec un mélodrame autour de la peur et de la soumission dans lequel Hanna Schygulla est superbe. Dans Le droit du plus fort (1974), Franz dit Fox, forain au chômage, drague Max, un antiquaire qui va l’introduire dans la monde homosexuel bourgeois. Interprète de Franz, Fassbinder livre un tableau cruel de la réalité des rapports de classe où les prolétaires seront toujours exploités. Oeuvre âpre et cynique, Roulette chinoise (1976) peint, autour de couples illégitimes réunis dans une maison de campagne, le portrait d’une société en pleine perdition. En perdition, les personnages de L’année des treize lunes (1978) le sont aussi. Autour de la transsexuelle Elvira rouée de coups par des homosexuels, RWF filme une descente aux enfers qui est aussi un adieu de RWF à son ami, le comédien Armin Meier, disparu en 78. Enfin, avec la fameuse trilogie allemande, le coffret comprend trois grands portraits de femmes avec Hanna Schygulla dans Le mariage de Maria Braun (1978) avec lequel le cinéaste connut un large succès public, Barbara Sukowa dans Lola, une femme allemande (1981), histoire de séduction et de déchéance autour du triptyque nazisme/démocratie/capitalisme, enfin Rosel Zech dans Le secret de Veronika Voss (1981), sublime film crépusculaire sur le 7e art. Ancienne star de l’UFA et icône du cinéma nazi, Veronika Voss renvoie à une Allemagne qui préfère oublier ses vieux démons, le miroir de sa mauvaise conscience…

Pour faire bonne mesure, cet ensemble collector est accompagné d’une superbe brassée de suppléments. On va de la curiosité que constitue Life, Love & Celluloid, le documentaire (90 mn) de Juliane Lorenz (dernière compagne du cinéaste et présidente de la Fondation Fassbinder) consacré à la rétrospective new-yorkaise au MoMA en 1997 en passant par l’analyse en profondeur de La trilogie allemande (42 mn) par Nicole Brenez, Marielle Silhouette et Cédric Anger  ou encore quelques entretiens avec Fassbinder. Hanna Schygulla décrypte son travail avec RWF sur Maria Braun dans Hanna, une femme allemande (19 mn) tandis que Caroline Champetier, directeur de la photographie, se penche sur la sophistication visuelle et la trivialité des corps dans Lola, les feux d’artifice (15 mn). Quant à Nicolas Ripoche, il signe, avec Fassbinder Frauen (25 mn), un beau collage muet mais musical et chapitré (Corps, Angoisse, Victime, Objet, Solitude, Manipulation etc.) sur les multiples femmes qui peuplent l’univers filmique du maître allemand. On y voit, dans Lola, la danse de Barbara Sukowa dans la version la plus érotique et la plus bouillante de la chanson Capri Fischer

(Carlotta)

MARK DIXON DETECTIVE  

Mark Dixon DétectiveDétective à New York, Mark Dixon est réputé pour être un flic têtu et brutal qui ne lâche jamais le morceau et se fait un point d’honneur d’harceler les gros truands. Amené à enquêter sur le meurtre d’un riche (et naïf) Texan poignardé après avoir gagné beaucoup d’argent dans des jeux clandestins, Dixon est persuadé de pouvoir faire tomber Tommy Scalise, un caïd impliqué dans le crime. Au cours de son investigation, Dixon interroge Ken Payne considéré comme le suspect principal. Ancien héros de guerre, Payne se rebelle. Dans la bagarre, Dixon envoie, sans le vouloir, Payne à terre et celui-ci succombe. Dixon comprend instantanément que le drame va définitivement mettre en péril sa carrière. D’autant que le lieutenant Thomas, son nouveau chef, l’a dans le collimateur. Désemparé, Dixon décide de faire disparaître le corps. Pour cela, il endosse le chapeau, l’imperméable et empoigne la valise de Payne… Malheureusement, c’est un vieux chauffeur de taxi qui finira par être l’infortuné  suspect du drame. Pire, Mark Dixon, tout en devant endosser un rôle de tricheur qui est tout ce qu’il abhorre, tombe amoureux de la ravissante Morgan Taylor qui n’est autre que la fille du chauffeur de taxi!

Scénarisé par le grand Ben Hecht et réalisé pour la Fox par Otto Preminger, Where the Sidewalks ends (en v.o.) est un film noir qui compte parmi les chefs d’oeuvre du genre! Et pourtant, comme le souligne l’excellent livret exclusif et largement illustré écrit par Frédéric Albert Lévy qui accompagne cette belle édition, pas une seule ligne, nulle part, dans l’autobiographie de Preminger, ne mentionne Mark Dixon détective. Et cela même alors que de nombreux spécialistes n’hésitent pas à placer ce film au même niveau que le mythique Laura (1944). De fait, il y a une réelle « géméllité » entre les deux films: mêmes interprètes principaux, même directeur de la photographie, même monteur, même ingénieur du son… Si celui qu’on surnommait l’Ogre, oublie Mark Dixon…, c’est qu’il y a une raison. « Sans doute, écrit Lévy, aurait-il invoqué pour justifier cette lacune sa mauvaise mémoire, dont, assez curieusement, il se vantait, expliquant, citation de Freud à l’appui, qu’elle était le signe d’un bon équilibre mental. Mais certains témoignages sont là pour nous dire qu’il ne riait guère quand, vers la fin de sa vie, sa mémoire commença à lui faire vraiment défaut. » En fait, l’omission de Where the Sidewalk ends est probablement à mettre en rapport avec l’un des thèmes majeurs de l’œuvre de Preminger, celui du « nouveau départ » ou de la « nouvelle naissance », pour reprendre les termes employés par le critique Patrick Saffar dans son livre consacré, en 2009, au cinéaste.

Remarquable, ce film de 1950 l’est par sa cohérence dramatique (même s’il faut bien admettre quelques péripéties tirées par les cheveux) et par sa densité romanesque. Car au coeur du film, oeuvre la figure complexe de Mark Dixon, bon flic constamment hanté par son passé. Le père de Mark fut un gangster et si Dixon est flic, c’est pour mettre à mal la pègre et pour régler, de façon inconsciente, son compte à son père. Quitte à frôler les limites. D’ailleurs, le titre original prend tout son sens. Where the Sidewalk ends, autrement dit -là où les trottoirs s’arrêtent- évoque les caniveaux où circulent les détritus. Le premier plan du film décrit, dans un court travelling, un trottoir sur lequel s’affiche les noms des deux vedettes puis le titre du film. Puis on voit les jambes et les pieds d’un homme qui descend du trottoir et marche dans le caniveau mouillé… Un plan qui résume l’histoire, celle d’hommes qui quittent le droit chemin pour se frotter à la pègre, d’hommes comme Dixon qui franchissent la limite ténue entre le bien et le mal…

Avec un rythme fluide et efficace, une compassion sans pathos pour ses personnages, Preminger réussit une oeuvre virtuose. Au-delà de l’intrigue même, on est frappé par une mise en scène qui, pour indiquer les limites, multiplie les barrières, les grilles, les paravents, les comptoirs de bar, les portes qui s’ouvrent et se ferment…

Enfin Dana Andrews et Gene Tierney recomposent la tête d’affiche de Laura. Si certains considèrent parfois qu’Andrews joue comme une bûche, il apporte pourtant à Dixon de la profondeur, voire de la souffrance en flic torturé et obsessionnel. Si son rôle est moins épais que dans Laura, Gene Tierney est toujours sublime dans le noir et blanc superbe du directeur de la photo Joseph LaShelle.

En supplément au film, on trouve un portrait (30 minutes) de Preminger par Peter Bogdanovich. Le cinéaste de La dernière séance (1971) se souvient de Preminger (1905-1986) comme d’un « intellectuel européen dans le monde hollywoodien » et avoue qu’il n’a jamais eu à connaître de la légendaire tyrannie de l’auteur d’Exodus avant de passer en revue la brillante carrière d’un réalisateur qui aimait, en tant qu’acteur, incarner des officiers allemands, ainsi dans Stalag 17 (1953) de Billy Wilder. Et Bogdanovich évoque aussi largement ce masterpiece qu’est ce Laura qui révéla véritablement le style élégant et raffiné de Preminger… Un authentique must du film noir!

(Wild Side)

L’HOMME A L’AFFUT  

Homme AffutDans sa belle Collection Film Noir, Sidonis/Calysta propose, en ce mois de mars, quelques pépites propres à mettre en joie et en appétit les amateurs de solides polars…

Réalisateur en 1952 de The Sniper, Edward Dmytryck (1908 – 1999) est un cinéaste qui a connu un parcours chaotique à l’heure de la funeste Chasse aux sorcières. Sympathisant de la gauche américaine, il adhère au Parti communiste américain, pendant un an, de 1944 à 1945. Ses convictions lui valent de figurer parmi les Dix d’Hollywood convoqués par la Commission des activités anti-américaines et d’être condamné à six mois de prison et 500 dollars d’amende. Il s’exile en Angleterre en 1948, y réalise deux films et revient finalement aux USA en 1950 pour purger sa peine de prison.

Pour s’affranchir des soupçons qui pèsent sur lui et, cédant à la pression, il sera amené à dénoncer, comme le fera aussi Elia Kazan, certains communistes et sympathisants de gauche… C’est dans ce contexte agité (l’événement a provoqué un tollé dans le milieu du cinéma comme dans l’opinion publique et entaché définitivement la réputation du cinéaste) que Dmytryck marque son retour dans le métier à Hollywood en mettant en chantier son Sniper (en v.f. L’homme à l’affût).

Il y raconte l’histoire d’Eddie Miller, chauffeur-livreur dans une blanchisserie industrielle de San Francisco. Incapable d’avoir des relations simples et paisibles avec les femmes, il vit en solitaire. Parfois, secoué par de violentes pulsions, il tire avec son fusil à lunette, tuant des femmes au hasard… La police, notamment le vieux commissaire Frank Kafka, piétine dans son enquête jusqu’à ce qu’elle fasse appel à un psychologue pour l’aider à cerner la personnalité de Miller…

Apre, dépouillé et pas reconnu à sa juste valeur, The Sniper, de l’avis même de Bertrand Tavernier comme d’Olivier Père (dans les conséquents suppléments du dvd) est l’un des meilleurs, sinon le meilleur film de Dmytryck. Si le film appartient pleinement au film noir, il développe aussi un message social, original pour l’époque, puisqu’il s’intéresse à la manière de soigner les délinquants sexuels. Car, indiscutablement, dans cette histoire d’un homme pour qui toutes les femmes sont des ennemies, le personnage central est en souffrance. Eddie Miller tente même de se faire enfermer dans un hôpital afin d’être pris en charge par la médecine mais il se retrouve in fine face à sa solitude, à ses pulsions homicides et à son fusil à lunette…

Dans une mise en scène précise, avec un découpage adroit, une écriture remarquable et une mise en valeur des décors de San Francisco (la ville n’est jamais nommée mais on reconnaît ses rues en pente), The Sniper joue moins sur l’action (même si la séquence de la cheminée est formidable d’intensité) que sur l’attente dans une ville prise de peur à cause d’un tueur en série. Même si Dmytryck n’avait pas la réputation d’être un grand directeur d’acteurs, il réussit à faire en sorte qu’Arthur Franz (qui a joué dans une dizaine de films de Dmytryck) compose un assassin complexe, inhibé, traumatisé par un passé douloureux avec sa mère et haineux avec les femmes. Miller  inquiète par sa violence mais génère aussi de la compassion par ses terribles déchirements intérieurs, un peu à l’image du M de Fritz Lang…

Enfin on peut se demander comment s’est passé un tournage qui mettait face à face un réalisateur pourchassé par la Chasse aux sorcières et un comédien, Adolphe Menjou (Kafka) connu pour avoir été le plus virulent anti-communiste d’Hollywood!

Combo Alan LaddCOUPLE.- Dans les années 40, Alan Ladd et Veronica Lake composent un couple mythique d’Hollywood. Ensemble, ils tourneront quatre films: Tueur à gages (1942), La clé de verre (1942), Le dahlia bleu (1946) et Trafic à Saïgon (1948). This Gun for Hire (Tueurs à gages) de Frank Tuttle et The Blue Dahlia de George Marshall sont réunis dans un combo DVD, toujours enrichi en suppléments de qualité. Dans le premier qui lui permettra d’accéder au rang de star, Alan Ladd incarne Raven, un tueur à gages qui abat un industriel, un informateur de la police et se rend rapidement compte qu’il a été payé avec de l’argent sale. Au cours de sa fuite, Raven rencontre Ellen Graham (Veronika Lake), une chanteuse de boîte de nuit qui n’est autre que la fiancée de l’inspecteur qui traque Raven…

Dans Le dahlia bleu, Veronika Lake est sans conteste au sommet de son incarnation de la femme fatale. Voix atone, longs cheveux blonds délicatement ondulés et cascadant sur l’oeil, elle est la mystérieuse et attirante Joyce Harwood. Fraîchement démobilisé, Johnny Morrison (Alan Ladd) retrouve sa femme dans les bras du patron du club Le dahlia bleu… Après une solide explication, Johnny quitte le domicile conjugal. Le lendemain, il apprend que sa femme a été assassinée et qu’il est le principal suspect…

Le grand Raymond Chandler transforma un roman inachevé d’une centaine de pages en un scénario original. Alan Ladd devant retourner sous les drapeaux, Chandler (dont la légende veut qu’il se soutenait au whisky) écrivait au jour le jour son scénario. Ce qui explique peut-être la relative faiblesse de l’intrigue. Mais l’alchimie du couple Ladd/Lake fonctionne, lui, parfaitement.

En marge enquêteBOGART.- Dans son excellent Humphrey Bogart paru en 1967 aux éditions du Terrain vague, Bernard Eisenschitz écrit à propos de Dead Reckoning: « Effectivement, voici les rides, les cernes, la joie droite amaigrie, les deux cicatrices (sur la lèvre et sous au-dessous de l’oeil droit) prêtes pour l’hémoglabine, le front dégarni, devinés pendant longtemps. Le second demi-siècle approche, la nuit et une grande tristesse. » Rien que pour la figure de Bogart qui incarne le capitaine Rip Murdock, il faut se plonger dans ce film noir (présenté en combo DVD-Blu-ray avec des commentaires de Bertrand Tavernier, François Guérif et Patrick Brion) qu’est En marge de l’enquête (1946).

Avec son ami, le sergent Drake, Rip doit se rendre à Washington. Ces deux parachutistes de retour de la guerre sont attendus pour recevoir une médaille. Mais sur le quai de la gare de Washington, Drake disparaît. Plus tard, Murdock apprenant la mort de son ami, enquête sur l’accident de voiture dont il a été victime. Pour cela, il se rend au Sanctuary Club pour rencontrer sa veuve, Coral « Dusty’ Chandler.

John Cromwell signe un film noir de chez noir où tous les personnages, égarés et fatigués, foncent de plus en plus vite vers leur perte et une chute dans le vide. Même si on se perd parfois dans les méandres de l’intrigue, Bogey est magnifique et Dusty Chandler permet à Lizabeth Scott, voix rauque et regard « étouffant », de camper une nouvelle femme fatale, sorte de Lauren Bacall fantasmée au coeur d’un parfait cauchemar…