LA FEMME DÉSESPÉRÉMENT AMOUREUSE ET LA JEUNE LESBIENNE COMBATTIVE 
NUAGES FLOTTANTS
Après la défaite japonaise, Yukiko Koda, dactylographe sans le sou, retourne à Tokyo, pendant l’hiver 1946 dans l’espoir de renouer avec Tomioka, un homme marié avec qui elle a vécu une intense histoire d’amour en Indochine pendant la Seconde Guerre mondiale. Si d’abord leurs retrouvailles ravivent les braises de cette ancienne passion qui les hante, il s’en faut de beaucoup pour que le sombre et indécis Kengo Tomioka choisisse de divorcer et d’abandonner son épouse pour partager les espoirs de Yukiko. Luttant pour survivre dans une société dévastée, la jeune femme tente de se reconstruire. Elle prend brièvement un GI pour compagnon puis retrouve Iba, l’homme qui fut son premier amant et qui serait tout disposé à la reprendre avec lui. Mais c’est pour reconquérir Tomioka que Yukiko est prête à jeter toutes ses forces dans la bataille. Même si elle affirme qu’elle a commencé à oublier le paradis que fut l’Indochine, Yukiko est certaine que même s’il semble toujours lui échapper, Tomioka est l’homme de sa vie… C’est en 1955 que Mikio Naruse réalise Nuages flottants, adaptation d’un roman de Fumiko Hayashi (1903-1951) qui relate les relations chaotiques d’une femme et d’un homme qui n‘arrivent pas à se trouver. Considéré comme l’un des trois plus grands films japonais du 20e siècle par la revue de référence nippone Kinema Junpo (aux côtés des Sept Samouraïs de Kurosawa et de Voyage à Tokyo de Ozu), Nuages flottants parle, avec une magnifique sensibilité mais sans aucune mièvrerie, de sujets universels comme la passion et le souvenir. Contemporain de grands cinéastes comme Ozu, Kurosawa, Mizoguchi ou Kobayashi, Naruse (1905-1969) est souvent (et très injustement) resté dans leur ombre. A la tête d’un filmographie de près de 90 œuvres datant de la fin du muet aux années 60, Mikio Naruse signait des histoires touchant à l’essence même de la nostalgie amoureuse, le tout avec une forte économie d’effets et une grande efficacité dramatique. Nuages flottants s’ouvre ainsi sur des séquences qui alternent, avec une impressionnante fluidité et une permanente mélancolie, deux temps, celui du Tokyo dévasté de l’immédiat après-guerre et celui, baignant dans une euphorie sentimentale, de l’Indochine française… Dans une mise en scène épurée et avec un superbe couple d’acteurs ((Hideko Takamine est Yukiko et Masayuki Mori Tomioka), voici une romance déchirante qui sort, pour la première fois en Blu-ray dans une nouvelle restauration 4K. Yukiko vit la solitude des femmes modernes dans une relation qui, dans un lancinant mouvement sans progrès, se renoue pour toujours se défaire. La fin de Nuages flottants est d’une bouleversante beauté. Dans les suppléments, on peut voir la présentation du film à Cannes Classics 2025 (8 mn) en présence de Shion Komatsu (Toho Global), Koji Fukada (cinéaste), Vincent Paul-Boncour (Carlotta Films) et Gérald Duchaussoy (Cannes Classics). Paradis perdu (28 mn) est un entretien inédit avec Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 qui dit : « Nuages flottants, c’est l’histoire d’une dépendance amoureuse toxique. Elle s’accroche à cet homme qui ne cesse de se dérober et qui sème la mort. » Enfin dans Fumiko Hayashi – Chronique d’un vagabondage (27 mn), Corinne Atlan, traductrice du roman Nuages flottants de Fumiko Hayashi, revient sur la vie, l’œuvre et le style de son autrice. (Carlotta)
LA PETITE DERNIÈRE
Dans la salle de bain du petit appartement de ses parents, quelque part dans une banlieue, Fatima accomplit ses ablutions rituelles. Alors que le jour se lève, couverte d’une voile, la jeune fille fait sa prière avant de rejoindre sa mère et ses deux grandes sœurs pour manger des crêpes au chocolat et rigoler des choses de la vie. Sur un site de rencontres, sous le pseudonyme de Linda, Fatima fixe un rendez-vous à une femme. Tandis que Fatima ne fait qu’écouter, cette femme lui explique, assez crûment, des choses à apprendre. Dans un bar, sous un autre pseudonyme, Fatima drague encore, un peu moins timidement, une fille. Comme elle souffre d’asthme, Fatima participe à une session dirigée par un pneumologue. C’est là qu’elle croise Ji-Na, une jeune infirmière d’origine coréenne. Entre les deux jeunes femmes, un fort sentiment amoureux prend forme… Après Tu mérites un amour (2019) et Bonne mère (2021), Hafsia Herzi réussit le beau portrait d’une jeune femme qui s’émancipe de sa famille et de ses traditions. Et qui se met à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants mais puissants. Mais l’amour lesbien est-il soluble dans l’islam ? En s’appuyant sur le roman éponyme de Fatima Daas, paru en 2020, la cinéaste raconte l’itinéraire d’une jeune femme mal à l’intérieur : « Pour autant, elle ne se cherche pas, elle sait qui elle est et par qui elle est attirée sexuellement. Mais elle ressent de la culpabilité par rapport à sa religion, à sa famille et à elle-même. Je pense qu’elle ne s’aime pas vraiment. Elle est dans une dualité; à la fois mal à l’aise avec son homosexualité et totalement désireuse de la vivre pleinement. » Au fil des saisons, sur une année, la cinéaste suit au plus près -en multipliant les gros plans- cette Fatima tiraillée dont le mot « lesbienne » déclenche l’agressivité. Car il lui fait entendre ce qu’elle est mais n’est pas totalement encore prête à être. En posant le mot, c’est comme si le secret s’effondrait. Ecartelée entre tradition et modernité, Fatima est dans une quête douloureuse mais demeure combattive, résiliente et surtout digne. Hafsia Herzi donne un film rare sur une femme lesbienne, arabe et musulmane. Elle a trouvé, avec la débutante Nadia Melliti, une actrice (couronnée du prix d’interprétation au dernier festival de Cannes) superbe. Et l’on voit naître le sourire de Fatima. C’est beau ! (Ad Vitam)
BUMPKIN SOUP
Ayant quitté sa campagne natale, la jeune Aki débarque dans une université de Tokyo où est inscrit Yoshioka, le garçon dont elle est amoureuse depuis le lycée. Sur le campus, tout en partant à la recherche de Yoshioka (qui ne semble pas faire grand cas d’elle), elle rencontre une galerie d’étranges personnages : des intellectuels blasés, des étudiants obsédés par le sexe et un professeur de psychologie, plutôt déjanté, à la recherche d’une improbable théorie sur la honte… En 1985, Kiyoshi Kurosawa n’est pas encore le prolifique cinéaste japonais remarqué et fêté jusqu’en Occident, auteur de Cure (1997), Kaïro (2001), Tokyo Sonata (2008) ou le récent Cloud (2025). A ses débuts, il est embauché par la Nikkatsu qui veut réactiver sa production déclinante de pinku eiga (film rose), genre cinématographique combinant narration et érotisme. En 1983, il tourne son premier long métrage, Kandagawa Wars, une histoire d’échanges sexuels de part et d’autre d’une rivière. Mais le manque de scènes érotiques déplaît à la compagnie japonaise et n’attire pas le public nippon. La Nikkatsu décide de ne pas distribuer son film suivant, Joshi dasei: Hazukashii seminar, car il ne correspond pas aux critères du genre et aux conventions du pinku eiga. Vexé, Kurosawa demande alors à la société des réalisateurs indépendants de racheter les droits du film qui sort, remonté, sous le titre de Bumpkin Soup (The Excitement of the DoReMiFa Girl en v.o.). Evoluant souvent à la limite de l’absurde et parfois du n’importe quoi, le film est un mélange foutraque d’influences, allant du cinéma japonais de la fin des années 1960, en particulier Seijun Suzuki et Nagisa Oshima, jusqu’aux Nouvelles vagues française et tchèque. Disponible pour la première fois en Blu-ray, Bumpkin Soup est un curieux film pink alliant humour, récit d’apprentissage et comédie musicale, Kurosawa expérimentant son travail sur le son et la musique.. Dans les suppléments, on trouve un essai vidéo de Jerry White (12mn) dans lequel l’auteur du livre Kiyoshi Kurosawa: Master of Fear se penche sur Kandagawa Wars et Bumpkin Soup, les deux premiers films pink du réalisateur. On peut voir également l’entretien (15 mn) mené avec Yoriko Doguchi qui fut, dans les années 80, la jeune égérie du photographe Kishin Shinoyama. Elle se souvient avec émotion de sa première collaboration avec Kiyoshi Kurosawa et de son partenaire de jeu, Juzo Itami. (Carlotta)
JEUNESSE – LA TRILOGIE DE WANG BING
Wang Bing, 58 ans, est l’une des figures remarquables du cinéma chinois, connu pour ses impressionnants documentaires. Ainsi, de 1999 à 2003, travaillant seul et vivant dans un vieux quartier industriel de Shenyang, il filme et enregistre avec une caméra Digital Video (DV), la vie des ouvriers d’un quartier qui va bientôt être détruit du fait d’une réforme municipale. Ainsi naît le long documentaire A l’ouest des rails (trois parties, plus de 9 heures de projection) unique dans l’histoire du cinéma chinois indépendant. Le cinéaste va, à nouveau, s’attacher, avec Jeunesse, à une fresque monumentale sur la Chine contemporaine dont Le Monde a dit que c’était « un véritable monument élevé à la classe ouvrière ». Tourné sur une durée de cinq ans dans les ateliers textiles de la ville manufacturière de Zhili, à 150 km de Shanghai et découpé en trois volets (Le printemps, Les tourments et Retour au pays), Jeunesse aborde des problématiques cruciales du monde contemporain : tensions sociales, inégalités, corruption ou rapports de forces au sein du monde du travail, pour mieux soulever à travers elles des questions comme celles de l’intimité, de la famille, du vieillissement ou de la transmission. Dans Jeunesse (Le printemps) (215 mn), on voit de nombreux jeunes affluant de toutes les régions rurales traversées par le fleuve Yangtsé. Entre eux, les amitiés et les liaisons amoureuses se nouent et se dénouent au gré des saisons, des faillites et des pressions familiales. Dans Jeunesse (Les tourments) (226 mn), les histoires individuelles et collectives se succèdent dans les ateliers textiles de Zhili, plus graves à mesure que passent les saisons. Du haut d’une coursive, un groupe d’ouvriers observe leur patron endetté frapper un fournisseur. Dans un autre atelier, le patron a décampé. Les ouvriers se retrouvent seuls, spoliés du fruit de leur travail. Hu Siwen raconte les émeutes de 2011, à Zhili : la violence policière, l’enfermement et la peur. Après d’âpres négociations, les ouvriers rentrent chez eux célébrer le Nouvel An… Enfin, dans Jeunesse (Retour au pays) (152 mn), le Nouvel An approche et les ateliers textiles de Zhili sont quasi déserts. Les quelques ouvriers qui restent peinent à se faire payer avant de partir. Des rives du Yangtsé aux montagnes du Yunnan, tout le monde rentre célébrer la nouvelle année dans sa ville natale. Dans les suppléments de ce coffret de trois Blu-ray, on trouve notamment une conversation avec Wang Bing par Olivier Père (6 mn / 37 mn), un extrait de la remise du prix Jean Vigo 2025 (5 mn), le livret exclusif (80 pages) qui réunit trois grands entretiens avec le cinéaste et trois analyses de spécialistes de la société chinoise. Enfin, en option inédite, un mode de visionnage alternatif des trois films sous forme sérielle, découpés en 23 épisodes. (Carlotta)
OUI
Aux accents de Be my lover, Y. anime une soirée aussi luxueuse que déjantée où se mêlent les ultra-riches de Tel Aviv et des militaires de l’état-major de Tsahal en uniforme. L’alcool coule à flots, la drogue circule et Y., musicien de jazz, fait le pitre jusqu’à finir le nez dans un bassin. Où on le laisserait bien se noyer, si son épouse Jasmine ne venait pas le repêcher. Le couple finira sa nuit dans une magnifique villa, largement décorée d’oeuvres d’art contemporain, à sucer, de concert, les oreilles d’une femme âgée… Y. et Jasmine, danseuse et professeur de danse hip-hop, luttent pour une survie pure et simple passant par la vente de leur art, de leur âme et de leur corps à l’élite de Tel Aviv. Un jour, Y. se voit confier une mission de la plus haute importance, la mise en musique d’un nouvel hymne national aux paroles belliqueuses. Ecrit en trois chapitres (La belle vie, Le chemin et La nuit), Oui n’est assurément pas une œuvre de tout repos. Dans un pays traumatisé, les personnages imaginés par Nadav Lapid s’agitent comme des insectes déroutés qui se tapent la tête contre des portes fermées et se disent que la soumission est la seule vérité du temps. Voix discordante du cinéma israélien, Lapid montre aujourd’hui « quelqu’un qui choisit de ramper pour arriver à se faufiler dans l’ouverture de la porte avant qu’elle ne se ferme. » En compagnie de Leah, son ex-petite amie, Y. fait le chemin vers la frontière. Au loin, dans le sourd grondement des armes, une épaisse fumée noire s’élève au-dessus de Gaza. A bord de la voiture, Leah égrène l’effrayante litanie des hommes, des femmes, des enfants assassinés du 7 octobre. Tragédie musicale et fable bordélique, Oui ne fait pas dans la nuance, ni dans la mesure. Y. (Ariel Bronz) et Jasmine (Efrat Dor) sont emportés dans un tourbillon sur lequel semble régner ce Russe, homme le plus riche du monde, capable de faire pousser un gratte-ciel dans le désert en quelques secondes, mais en servant d’une… télécommande pourrie ! Un film hystérique et « malade » mais audacieux et saisissant qui scrute l’effroi du monde post-7 octobre. Et dont on sort étourdi et épuisé… (Potemkine)
MOI QUI T’AIMAIS
Sacrée aventure amoureuse que celle de Simone Signoret et d’Yves Montand ! Elle l’aimait plus que tout, il l’aimait plus que toutes les autres. Sept ans après l’oubliable Ma mère est folle, Diane Kurys propose une plaisante illustration de ce vrai sous-genre cinématographique qu’est le biopic. Le point de départ pour la cinéaste, c’est Simone Signoret. La femme, l’actrice. « Il y a quelque chose de fascinant chez elle, dit Diane Kurys, une force, une détermination, mêlées à une sorte de fragilité, de vulnérabilité. Avant de commencer à écrire, elle me semblait à la fois impressionnante et un peu pathétique. Les bons personnages sont toujours faits de ces contrastes. Ce sont leurs ombres qui définissent leurs contours, comme les frontières de certains pays inconnus. » On entre donc dans les vies foisonnantes de deux monstres sacrés alors que Signoret travaille de moins en moins et boit de plus en plus tandis que Montand surfe sur les succès et aligne les conquêtes. Le film enchaîne les scènes où Signoret, occupée à un tricot, fait répéter Montand tandis que celui-ci lui reproche : « C’est de ta faute si tu ne tournes pas… » et que l’autre souffle : « Personne ne veut plus de moi» ou celle où le couple évoque, à l’occasion d’un voyage en URSS (où les gens ont une profonde tristesse dans le regard) les désillusions de son engagement à gauche. Le balancement lancinant entre ces deux sentiments que sont l’amour et la détestation traverse tout le film. Mais Diane Kurys s’attache quand même davantage à cette Simone Kaminker, née en 1921 à Wiesbaden dans une famille d’origine juive polonaise devenue Signoret, fabuleuse de beauté dans Casque d’or (1952) de Jacques Becker. Moi qui t’aimais montre, au-delà de l’alcool, des cigarettes, des rides, des kilos en trop, une femme en souffrance. Quand elle sent la fin venir, elle confie à Serge Reggiani, l’ami de toujours : « La vraie Simone, elle a eu peur toute sa vie. » Voici du cinéma classique et propre où, comme souvent c’est l’interprétation qui fait la différence. Parfois juste, parfois moins, Roschdy Zem en Montand nous laisse un peu sur notre faim. Ce n’est pas le cas de Marina Foïs qui éclaire littéralement sa Simone Signoret en l’habitant pleinement. Cheveux gris, veste en laine ou gilet noir sur chemise blanche, Signoret est là, dans l’attente de son Montand toujours en vadrouille, professionnelle et sentimentale. (Pan Européenne)
DEUX PIANOS
Après une longue période passée à se produire et à enseigner au Japon, Mathias Vogler, pianiste virtuose, est de retour en France. Il revient à Lyon où l’attend Elena, elle aussi, musicienne de grand talent, qui fut autrefois son professeur. Celle-ci tient à ce que Vogler reprenne une carrière de soliste et l’accompagne notamment dans ses prochains concerts à l’Auditorium de Lyon. Après une réception chez Elena, Vogler croise, au sortir de l’ascenseur de l’immeuble, une jeune femme blonde. Leurs regards se croisent. La jeune femme s’éloigne. Mathias Vogler est pris de malaise et s’effondre au sol… Revenu à lui et bouleversé, Mathias ne sait plus à quel saint se vouer, d’autant qu’il se pose aussi nombre de questions sur les choix à faire pour sa carrière. En se promenant dans un parc, le pianiste croise Simon, un petit garçon. Pétrifié, il le regarde jouer sous la surveillance de sa nounou. Le gamin fait une chute, se blesse légèrement. Vogler le suit tandis que sa gardienne l’emmène chez le pharmacien. De retour au domicile de sa mère, le musicien fouille dans les boîtes contenant des photos de son enfance. Le gamin croisé dans le parc lui ressemble comme deux gouttes d’eau. La rencontre avec ce double plonge Mathias dans une frénésie qui menace de le faire sombrer. Pire, elle le mènera à Claude, son amour de jeunesse. Loin du Nord, qui est le terreau de nombre de ses œuvres, Arnaud Desplechin, dans un mélodrame de l’intime, s’attache à des êtres en souffrance. C’est évidemment le cas de Vogler qui navigue entre ses regrets (une carrière précoce, l’exil et l’enseignement, reprendre les concerts, ou l’avenir plus terne de chef de chant) avant de déposer les armes aux pieds de Claude. C’est vrai aussi pour cette femme qui avait deux amants, qui est tombée enceinte très jeune et a décidé d’avoir un enfant sans plus se poser de questions. Effrayée par elle-même, elle s’est jetée dans les bras du hasard et a laissé le destin choisir à sa place. C’est vrai encore pour l’arrogante Elena qui décide de rendre les armes… Le cinéaste les observe au plus près, interrogeant aussi la liberté que l’on peut avoir ou pas dans les sentiments. Desplechin fait sienne, la phrase de Judith, l’amie de Claude : «Le malheur, c’est une perte de temps». Enfin, il se penche, avec émotion et tendresse, sur le lien qui unit Mathias et le petit Simon… Loin de son D’Artagnan flamboyant, François Civil est, ici, tout en retenue et en silences, un artiste et un père en quête de résilience. Autour de lui, on retrouve avec plaisir autant Charlotte Rampling (Elena) que Nadia Tereszkiewicz (Claude), Alba Gaïa Bellugi (Judith) ou encore Hippolyte Girardot en agent et ami… (Le Pacte)
NINO
Nous sommes vendredi. Nino apprend brutalement qu’il a un cancer de la gorge. Lundi, il commencera sa chimiothérapie: « Vous êtes jeune, donc prioritaire » lui a-t-on dit. Dans trois jours, Nino devra donc affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions dont celle de congeler ses spermatozoïdes pour préserver l’espoir d’une future parentalité, alors qu’il risque de devenir stérile, lui qui n’avait jamais réfléchi à devenir parent. Des impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même. Premier long-métrage de Pauline Loquès, Nino suit le parcours d’un jeune homme de 29 ans, complètement chamboulé par une nouvelle bouleversante, à travers Paris, où il se retrouve confronté à la réalité de sa maladie, à la difficulté d’annoncer la nouvelle à ses proches et à la quête d’un sens à sa vie. Nino essaye d’en parler autour de lui mais comment annoncer aux gens qui comptent pour vous que vous avez un cancer… Au fil des rencontres de Nino avec sa mère (Jeanne Balibar), son ex-petite amie, ses amis (William Lebghil, Estelle Meyer), et d’autres personnages, le film explore la solitude, la découverte de soi et l’espoir face à l’inévitabilité de la maladie. Présenté à la Semaine de la critique à Cannes 2025, Nino a valu à son interprète principal, Théodore Pellerin, le Fondation Louis Roederer Rising Star Award pour sa remarquable prestation. La réalisatrice qui a imaginé son film à la suite de la perte d’un proche terrassé dans la force de l’âge, donne, malgré un certain nombre de défauts ou de maladresses, le bon et sobre récit d’un drame intime au coeur d’une ville mouvante qui, malgré la foule, brasse aussi de multiples solitudes. Comment Nino va, peut-être renouer avec la vie car, malgré l’angoisse, il est question, ici, de vivre pleinement les trois jours restants et surtout de garder l’espoir… (jour2fête)
LA PETITE
Dans un des bordels du quartier chaud de Storyville à La Nouvelle Orélans en 1917, Violet, 12 ans, assiste à l’accouchement de Hattie, sa mère. Un jour, débarque Bellocq, un jeune photographe, qui arrache à Madame Nell, la patronne, l’autorisation de venir tous les jours dans sa maison close, photographier ses sujets favoris : les prostituées. Violet est jalouse lorsqu’il s’occupe de sa mère et des autres filles. Mais bientôt, Bellocq réussit à amadouer la fillette qui va s’éprendre de lui… Dans les années 60-70, Louis Malle est un cinéaste qui aligne les succès (Viva Maria avec BB et Jeanne Moreau), les films d’auteur (Le feu follet, Le voleur), les documentaires (Calcutta et L’Inde fantôme) et… les scandales. En 1971, il raconte dans Le souffle au coeur, une histoire d’amour incestueux. La polémique est de taille. Elle le sera encore plus, en 1974, lorsque Malle signe Lacombe Lucien qui, en juin 1944, questionne l’héroïsme de l’engagement au regard du hasard des circonstances. Las des polémiques, Louis Malle décide de quitter la France pour les Etats-Unis. De 1978 à 1986, il y tournera sept films avant de revenir, en France, tourner le magnifique Au revoir les enfants. Parti à Hollywood pour échapper au scandale, le cinéaste y retombe pleinement avec cette Violet qui avance, droite et têtue, vers le métier de prostituée. Si la situation est glauque, le film est tout autre. D’abord Malle réussit à faire de ce bordel vu par le regard de Violet, un lieu séduisant par une superbe photographie signée Sven Nykvist, collaborateur habituel de Bergman. Et puis le cinéaste brosse, avec l’aide de la jeune Brooke Shields, le brillant et fascinant portrait d’une femme-enfant prise dans une étrange relation tant avec sa mère (Susan Sarandon qui fut l’épouse de Louis Malle) qu’avec Bellocq (Keith Carradine), un artiste inspiré par le photographe américain Ernst J. Bellocq (1873-1949), spécialiste des photos de nus dans le quartier rouge de New Orleans. (Sidonis Calysta)
PARFUM D’UN SORTILÈGE
Sous une pluie battante, une jeune femme suicidaire escalade la rampe d’un pont et se jette dans l’eau. Témoin de la scène, Esaka, qui sortait d’une soirée dans un bar avec ses amis, se précipite dans les flots pour la sauver. Après l’avoir emmenée chez lui, il apprend que la dénommée Akiko s’est enfuie de son foyer pour échapper à un mari violent. Esaka décide de l’héberger le temps qu’elle se relève de cette épreuve. Mais il tombe rapidement sous le charme de sa protégée tout en découvrant que l’histoire de cette dernière est plus complexe qu’il n’y paraît… Réalisé en 1985, Parfum d’un sortilège marque la collaboration prestigieuse entre la Directors Company, influent collectif de réalisateurs nippons qui marqua les années 1980, et le studio japonais Nikkatsu, célèbre pour sa gamme Roman Porno. Trois ans avant leur classique Evil Dead Trap, le duo formé par le réalisateur Toshiharu Ikeda (La vengeance de la sirène en 1984) et le scénariste Takashi Ishii (la série des Angel Guts) donne un film noir sulfureux mêlant drame, thriller et éléments érotiques (les images sont floutées), illustrant la tension entre protection, désir et les secrets que cache Akiko. En supplément de ce Parfum… présenté dans une nouvelle restauration 2K et inédit en Blu-ray, on trouve un entretien (23 mn) avec Shozo Ichiyama, directeur de la programmation du Tokyo International Film Festival, qui revient sur le fonctionnement et la renommée de l’éphémère Directors Company, avant de parler des films de Toshiharu Ikeda et de son scénariste Takashi Ishii. Par ailleurs, dans un essai vidéo (16 mn), Matthew E. Carter, maître de conférences en cinéma, analyse la relation existant entre la société de production indépendante Directors Company et le phénomène provocateur Roman Porno qui permit à la Nikkatsu de renflouer ses finances, de reconstruire ses studios, en jouant la carte de récits érotiques souvent jugés obscènes et qui valurent à la société différents procès mais également de capter l’attention par sa contestation face à la résignation politique japonaise. (Carlotta)
CLASSE MOYENNE
Avocat à Paris, Philippe Trousselard possède une superbe demeure dans le midi de la France. C’est là, au bord de la piscine ou dans son jardin, qu’il passe l’été. C’est aussi là que débarque Mehdi, avocat en devenir et petit ami de Garance Trousselard, la fille unique et gâtée de ses parents. Mais l’été ne va pas être de tout repos. Car l’évier de la luxueuse cuisine des Trousselard est bouché. Philippe sollicite Tony Azizi qui assure, avec sa femme Nadine, le gardiennage de la villa. Et qu’importe si Tony, Nadine et leur fille Marylou sont en train de fêter le vingtième anniversaire de cette dernière. Quand Philippe demande, on s’exécute. En tentant de réparer, Tony se retrouve recouvert, de la tête aux pieds, d’un liquide sombre et collant qui n’est assurément pas de l’eau. C’est la goutte de… qui fait déborder le vase. Les Azizi décident de rendre leur tablier. Et de réclamer leurs indemnités de départ. Mais Philippe les a toujours payé au black… Tout va rapidement s’envenimer. On est sans doute allé vite en besogne en comparant Classe moyenne avec le très applaudi et très réussi Parasite (2019) du Coréen Bong Joon-ho qui valut à son réalisateur la Palme d’or à Cannes. Même si, dans le film d’Antony Cordier aussi, il en va de riches et de pauvres. Qui vont s’affronter dans un duel de moins en moins feutré. Parce qu’avec de grosses sommes en jeu, les patrons comme les employés sont décidés à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Mehdi, « l’ancien pauvre » va bien tenter de mener la négociation à bien mais… Semée de bonnes notations sur le pouvoir de l’argent, voici une belle satire avec d’un côté des nantis odieux ou à côté de leurs pompes, de l’autre, des gens modestes qui se révèlent féroces. Au départ, tant Philippe Trousselard apparaît comme un solide abruti, on est en empathie avec les Azizi. Mais, force sera de constater qu’ils na valent guère mieux. Laurent Laffite (Philippe), Elodie Bouchez (Laurence), Ramzy Bedia (Tony), Laure Calamy (Nadine), Sami Outalbali (Medhi), Noée Abita (Garance) et Mahia Zrouki (Marylou) sont savoureux. On passe un « bon » moment en… famille. (Arcadès)
METEORS
Mika, Daniel et Tony sont trois amis qui font la fête, boivent et fument, discutent de tout et rien. Afin de quitter la région et la ville de Saint-Dizier où ils tournent en rond, Mika et Daniel rêvent de monter un chenil à La Réunion. Tony gère une entreprise de sous-traitance dans le BTP qui fait des chantiers pour un organisme de gestion des déchets nucléaires. Mika travaille à mi-temps dans un Burger King tandis que Daniel ne travaillle pas. Tout bascule lors d’un coup raté, au sortir d’une soirée très arrosée, qui fait perdre à Mika son permis de conduire et sa voiture, et envoie Mika et Daniel en garde à vue puis devant une juge en comparution immédiate. Une crise d’épilepsie durant l’audience fait découvrir à Daniel l’état de dégradation de sa santé. L’avocate de Mika et Daniel leur explique qu’ils doivent faire leurs preuves dans les six mois avant l’audience de jugement : ils doivent se désintoxiquer et trouver du travail. Tony accepte de les embaucher dans son entreprise. On avait découvert Hubert Charuel en 2017 lors de la sortie de Petit paysan qui annonçait des films « régionaux » comme Vingt dieux ou La pampa. Fils d’un couple d’agriculteurs et ayant travaillé dans le secteur de l’élevage laitier avant de s’orienter vers des études de cinéma, le cinéaste racontait le drame d’un paysan (l’excellent Swann Arlaud) découvrant que son troupeau est malade. Le film décrocha trois César en 2018 : meilleur premier film, meilleur acteur et meilleure actrice dans un second rôle pour Sara Giraudeau. Depuis, on avait perdu Hubert Charuel de vue. On le retrouve, ici, co-réalisant avec Claude Le Pape, ce Météors qui s’intéresse à la trajectoire de trois copains inséparables qui ont plein de rêves, pas beaucoup de chance et qui s’abiment, inertes, dans des galères à répétition. Si les trois comparses ont d’abord l’air de s’amuser dans des coups foireux mais pas bien méchants, ils vont déchanter et lorsqu’ils partent travailler, grâce à Tony, dans un site d’enfouissement de déchets nucléaires, l’angoisse qui se dégage de ces lieux n’a rien à envier à la dégringolade de ces potes qui tentent de sortir de la stagnation et de la dépendance. Idir Azougli (Daniel), récompensé d’un César de la meilleure révélation masculine, Salif Cissé (Tony) et Paul Kircher (Mika) portent ce film social réaliste sans tomber dans le misérabilisme. (Pyramide)
PREMIERES CLASSES
En Ukraine, maintenir les écoles ouvertes est devenu un acte de résistance. Sur la ligne de front ou dans des zones plus reculées, l’apprentissage continue malgré les alertes, les coupures d’électricité et les menaces constantes. Depuis février 2022 et l’invasion par la Russie, les Ukrainiens ne se sont pas résignés à baisser la tête, ni les bras. Les écoles du pays suivent leurs cours, comme le montre le documentaire de Kateryna Gornostai qui filme, entre primaire et en secondaire, le quotidien bouleversé des jeunes élèves comme de leurs enseignants. Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2025, Premières classes, sans jamais montrer des images du front ou, plus généralement, des combats, révèle combien la guerre use, depuis quatre ans maintenant, des adultes, des adolescents et des enfants. La guerre est devenue un environnement aussi quotidien que banal, rythmé par les sirènes d’alerte qui interrompent tout, contraignant régulièrement enseignants et élèves à se réfugier dans des abris souterrains. On voit aussi des gamins apprenant à faire la différence entre un jouet et une peluche piégée par un explosif tandis que les plus grands apprennent à manier les armes ou à pratiquer les gestes de premiers secours. Dans des salles de classe qui ont élu domicile dans des caves, des sous-sols, des stations de métro, Kateryna Gornostai raconte la résilience ukrainienne. Un témoignage précieux où chaque image raconte la ténacité et la dignité face au chaos. (Blaq Out)
KAAMELOTT – DEUXIÈME VOLET – PREMIÈRE PARTIE
Après la chute de Lancelot, le roi Arthur ne se sent pas prêt à reprendre le trône ni à poursuivre la quête du Graal. Les dieux, en colère contre son refus d’éliminer Lancelot, le poussent à réorganiser la Table Ronde. Le refus obstiné d’Arthur précipite le Royaume de Logres à sa perte. Il réunit ses Chevaliers, novices téméraires et vétérans désabusés, autour de la Nouvelle Table Ronde et les envoie prouver leur valeur aux quatre coins du Monde, des Marais Orcaniens aux terres glacées du Dragon Opalescent. Lancelot, de son côté, est hanté par son père et entraîné dans la magie noire. Réalisé, écrit, interprété, monté et mis en musique par Alexandre Astier, ce film est la suite du film Kaamelott : premier volet (2021) qui rencontra un beau succès dans les salles avec 2,6 millions de spectateurs Sur les écrans en octobre 2025, ce Deuxième volet, première partie (qui rassembla un peu plus d’un million de spectateurs) est divisé, on l’a deviné, en deux parties distinctes, tournées simultanément, avec une sortie espacée d’un peu plus d’un an, Kaamelott : Deuxième volet, partie 2, étant attendu pour 2026. Mais bien entendu, à l’origine de toute cette aventure cinématographique, il y a l’excellente série télévisée éponyme diffusée sur M6 de janvier 2005 à octobre 2009 et qui nous mit en joie, dans ses premiers formats très courts, avec sa vision drolatique et décalée de la légende arturienne. Evidemment, le passage sur grand écran guettait ! S’il dispose de gros moyens de production, d’un beau casting (Alexandre Astier, Christian Clavier, Alain Chabat, Audrey Fleurot, Lionnel Astier, Virginie Ledoyen, Anne Girouard, Jean‑Christophe Hembert, Guillaume Galienne, Clovis Cornillac, Redouane Bougheraba), d’une bande musicale brillante, de dialogues pleins de gouaille, le film ne retrouve pas l’humour absurde de la série originale. Au total, voici un exemple d’héroic fantasy à la française avec une petite touche Seigneur des anneaux qui peine à trouver son rythme… C’est dommage et frustrant. (M6)
CHIEN 51
Patron d’Alma, une société d’IA dont les programmes sont déployés dans tous les services de police, Kessel est abattu alors qu’il rentre chez lui. Branle-bas de combat dans la capitale. Tous les services sont sur les dents. Le ministre de l’Intérieur promet une résolution rapide de l’affaire. Flic fatigué et insomniaque, Zem Brecht, fonctionnaire dans la zone 3, est mis sur le dossier d’autant que les morts violentes se succèdent. Bientôt, Zem va être « verouillé ». Plus question d’enquêter. On lui colle dans les pattes, une certaine Salia Malberg, flic d’élite oeuvrant dans la zone 2, qui reprend l’affaire. Mais sans réussir à avancer beaucoup plus qu’un Zem qui regarde, avec un rien d’ironie, sa « collègue » se démener comme elle peut dans une histoire qui a tout du parfait bourbier… Connu pour ses deux grands succès que furent Bac Nord (2021) et Novembre (2022), Cédric Jimenez adapte le roman de Laurent Gaudé pour un thriller dystopique dans le Paris de 2045, désormais coupée en trois zones correspondantes aux classes sociales. Dans un univers crépusculaire qui fait souvent penser à celui de Blade runner, Chien 51 s’intéresse d’abord à un de ces flics quasiment à la dérive que le cinéma apprécie souvent. Zem Brecht a tout vu, tout bu, tout lu. Toujours en retard au boulot, on ne lui en fait pas spécialement grief parce qu’on sait bien que c’est un bon. D’autant plus que l’assassinat de Kessel ressemble de plus en plus à un complot dans lequel un certain John Mafram (Louis Garrel) semble avoir un rôle majeur. Pour la résolution de cette histoire, Zem (Gilles Lellouche) aura bien besoin de l’aide du commandant Malberg (Adèle Exarchopoulos), une cabossée de la vie comme lui. Autour de ces deux personnages, Cedric Jimenez organise une aventure qui a le mérite de ne jamais se relâcher en multipliant les pistes. Pourtant, cette dystopie qui met face à face l’humain et la machine IA, ne parvient pas vraiment à nous emballer. Comme si, curieusement, on avait déjà vu tout ça. (Studiocanal)
UNE NUIT DE RÉFLEXION
Au milieu des années cinquante, quatre illustres personnages se croisent dans une chambre d’hôtel de New York. A aucun moment, leurs noms ne sont prononcés pendant le récit. Il y a là un professeur à la coiffure hirsute, une actrice blonde, son époux un joueur de base-ball et enfin un sénateur qui s’illustra tristement dans la « chasse aux sorcières » à Hollywood à l’heure de la Guerre froide. On n’aura guère de mal à reconnaître Albert Einstein, l’homme de E=Mc2, l’iconique Marilyn Monroe, Joe DiMaggio, l’une des légendes de base-ball et le sinistre Joseph McCarthy. Quatre personnages qui se retrouvent dans un huis‑clos élégant où les dialogues intimes et troublants sur l’amour, le sexe, le pouvoir, la politique, la physique quantique, la bombe atomique et les traumatismes de l’enfance, révèlent leurs fragilités et contradictions. En 1986, le cinéaste britannique Nicolas Roeg (1928-2018) est au milieu de sa carrière de metteur en scène lorsqu’il tourne Insignifiance (en v.o.), une sorte de jeu de miroirs qui explore une rencontre improbable entre quatre personnages mythiques, à différents titres. Deux d’entre elles se découvrent plus en commun qu’elles n’auraient pu l’imaginer. Avant de passer à la réalisation, Nicolas Roeg connut une belle carrière de directeur de la photographie, oeuvrant notamment auprès de Roger Corman (Le masque de la mort rouge), François Truffaut (Farenheit 451) ou John Sclesinger (Loin de la foule déchaînée). En venant au cinéma comme metteur en scène, Roeg cultiva l’image d’un auteur singulier et déroutant proposant une déconstruction narrative aussi théâtrale que cérébrale. De quoi, évidemment dérouter un spectateur contraint de réarranger les éléments du récit pour en saisir la ligne narrative… Mais ce travail, certes inégal, a aussi un côté fascinant. Et on peut aussi se raccrocher aux comédiens: Michael Emil en Einstein, Theresa Russell en star, Gary Busey en vedette des New York Yankees et Tony Curtis, tout à fait brillant dans la peau de McCarthy. (Metropolitan)
HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS
C’est en 1988 que sort le premier volet de Histoires de fantômes chinois dans lequel le réalisateur Ching Siu-tung raconte l’histoire de Ning, un inspecteur des impôts un peu timide, qui doit se rendre dans des campagnes reculées pour faire son travail. Lors de l’une de ses habituelles tournées, il passe la nuit dans le temple Lan Jou. Il rencontre le taoïste Yen et Hsiao-tsing, une femme mystérieuse. Celle-ci est en fait un fantôme séduisant les hommes pour les offrir à son maître l’arbre démon. Avec Tsui Hark comme producteur au sein de la Film Workshop, Ching Siu-tung réinvente le film de fantômes avec ce qui deviendra une trilogie en faisant le remake de L’ombre enchanteresse, un film hongkongais réalisé par Li Han-hsiang et sorti en 1960. En 1990, le second volet, toujours avec Leslie Cheung (Adieu ma concubine, Happy Together) dans le rôle de Ning, met en scène quatre combattants se retrouvant pris dans une guerre entre un magicien et un général corrompu. Enfin, en 1993, cette trilogie (qui sort dans une belle édition limitée Blu-ray, restaurée 4K Ultra HD) s’achève avec un dernier volet où Fong (Tony Leung, prix d’interprétation masculine à Cannes 2000 pour In the Mood for Love de Wong Kar-wai) et son maître s’arrêtent au temple Lan Jou pour passer la nuit. Ce temple est le repaire du démon Lao-lau qui se nourrit de l’énergie vitale des hommes. Alors que son maître part combattre les démons, Fong rencontre Lotus, un fantôme à la solde de Lao-lau. Sur fond de romance et de duels, on retrouve, ici, le charme d’un genre rythmé et virevoltant qui a toujours ses fans. (Metropolitan)
SIGNES EXTÉRIEURS DE RICHESSE
Jacques Lestrade alias Gigi est un vétérinaire playboy. Il est très riche, il a une très grosse voiture, un très grand appartement luxueux, il fréquente le Tout-Paris et il plaît aux jolies filles. Il a confié la gestion de ses finances à son ami Jérôme Bouvier, qui se prétend « expert en comptabilité ». Tout va bien jusqu’au jour où débarque Béatrice Flamand, une jeune mais redoutable inspectrice des impôts. Jolie comédie mordante du début des années 1980, mise en scène par Jacques Monnet, Signes extérieurs… scrute avec humour et ironie les comportements et les excès d’une société obsédée par l’argent et le paraître, mêlant situations absurdes et dialogues piquants. À travers ce ton à la fois caustique et populaire, le film aborde des thèmes universels – l’avidité, les rivalités sociales, les petites lâchetés quotidiennes – tout en offrant un regard acéré sur la France de l’époque. Pétulante figure du cinéma français, Josiane Balasko s’impose depuis plus de quarante ans comme une actrice majeure, à la fois populaire et moderne. Révélée au sein de la troupe du Splendid, elle développe très tôt un jeu instinctif, une liberté de ton qui la conduisent à incarner des personnages puissants, souvent en marge, toujours profondément humains. Actrice, scénariste et réalisatrice, elle défend un cinéma audacieux, généreux, souvent impertinent, mais toujours profondément ancré dans le réel. Toujours active à 75 ans (on l’a vu dans Quand vient l’automne de François Ozon) Josiane Balasko a connu de belles années 80, période clé de son parcours. Elle incarne, ici, une inspectrice des impôts qui ne s’en laisse pas conter auprès de Claude Brasseur (Gigi) et Jean-Pierre Marielle (Bouvier). En supplément, une interview (8 mn) de Josiane Balasko. Amusant. (Rimini éditions)
LES KEUFS
Inspecteur de police, Mireille Molyneux a l’habitude de se travestir pour infiltrer le milieu du proxénétisme et traquer sans relâche les souteneurs. Elle finit ainsi par arrêter Charlie, un mac violent. Désireuse d’aider une jeune prostituée qui veut s’en sortir, Mireille ignore qu’ayant été placée sous le coup d’une fausse accusation de corruption, elle est étroitement surveillée par ses collègues de l’Inspection générale des services (IGS)… Réalisé en 1987 par Josiane Balasko, Les keufs, sa seconde réalisation après Sac de nœuds (1985) est une comédie policière aux dialogues colorés, qui se joue des codes du polar et de la satire pour brosser le portrait d’une police du quotidien, loin des figures héroïques ou idéalisées. À sa sortie, le film séduit par son audace et son irrévérence : tout en gardant le ton caustique qui la caractérise, Josiane Balasko y dénonce l’abus d’autorité, les solides clichés racistes ou encore le sexisme. Elle forme un duo attachant avec Isaach de Bankolé, tandis que Jean-Pierre Léaud est hilarant en commissaire de police hystérique. Et on a plaisir à retrouver, ici, Ticky Holgado au coeur d’un gag récurrent où il en prend plein la figure. Avec le recul, Les keufs peine à surprendre. En supplément, une interview la réalisatrice-comédienne (15 min). (Rimini éditions)
GRAINE DE YAKUZA
Père de deux garçons, un yakuza échoue lors d’une mission et doit payer un tribut afin de prouver sa loyauté envers les autres familles de yakusas. Pour cela, il doit tuer son fils aîné. Caché derrière une porte, le jeune frère assiste à cette terrible scène. Dix ans plus tard, Riki Fudoh, le jeune frère, devenu maintenant l’élève le plus intelligent et le plus populaire de son lycée, rassemble ses amis et décide de prendre sa revanche sur son père et tous les autres chefs yakusas. Mais les méthodes de ces jeunes gens sanguinaires n’ont rien à envier à celles de leurs pères. Un à un, ils vont éliminer les chefs des clans yakuzas du Kyushu… En 1996, le public occidental découvrait l’univers délirant et ultra-violent du Japonais Takashi Miike avec Graine de yakuza, adapté d’un manga de Hitoshi Tanimura. Mise en scène graphique, personnages hauts en couleur, thèmes transgressifs… sa signature est déjà bien présente, annonciatrice de son cinéma extrême et virtuose, qui fera des merveilles sur Audition et Ichi The Killer et imposera bientôt son auteur comme l’une des voix les plus originales du septième art nippon contemporain. Une esthétique baroque, une mise en scène virtuose avec des ralentis, des zooms agressifs, des angles biscornus pour un poème violent et spectaculaire sur un héritage meurtrier. Dans les suppléments de ce film qui sort, dans une restauration 4K, pour la première fois en Blu-ray, on trouve un entretien avec le réalisateur Takashi Miike (41 mn) qui revient en détail sur Graine de yakuza, l’un de ses films préférés, initialement prévu pour une sortie en direct-to-video, mais qui finira par faire le tour des festivals. Par ailleurs, dans un second entretien (16 mn), l’acteur Shosuke Tanihara se souvient de sa première expérience de cinéma dans le rôle de Riki Fudoh, puis évoque ses souvenirs avec ses partenaires de jeu et les deux suites du film tournées par Yoshiho Fukuoka. (Carlotta)
ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY
En 1999, trois adolescents découvrent qu’un simple éternuement leur permet de voyager dans le temps. Propulsés dans une aventure hors du temps, ils se retrouvent chargés d’une mission capitale : sauver le monde… Et si un simple éternuement pouvait nous transporter de vingt ans dans le futur. Avec cette idée, le cinéaste chinois Yang Li va construire une aventure qui réussit avec brio à mêler le drame social, l’action, la comédie, la romance, le triangle amoureux et évidemment la science-fiction. On peut dire que ce réalisateur n’a peur de rien en matière de cinéma et qu’en plus ça fonctionne parfaitement. Cette Evasion… enchaîne, avec une énergie folle, les séquences délirantes, passant d’un format à un autre, d’un gag à l’autre, s’essayant à l’animation et changeant, en un tournemain, d’époque. Bien sûr, il ne faut pas chercher de la cohérence et encore d’explication. Ce n’est pas le souci de Yang Li qui s’ingénie à balancer, avec drôlerie, ses idées visuelles en rafale. Pour le grand plaisir du spectateur promené à tous les coins de l’écran. Mieux, les personnages ont de l’épaisseur et ils parviennent à donner une consistance à des thèmes comme le passage à l’âge adulte, le temps qui passe ou les choix qui donnent du sens à l’existence. Voilà de la science-fiction qui invite à la rêverie. On rit parfois, on sourit souvent et on est porté aussi par une vraie mélancolie qui affleure volontiers dans une histoire imprévisible, parfaitement détraquée et divertissante. Dans les suppléments, on trouve le court-métrage de Yang Li, Lee’s Adventure (2009, 20 mn). (Blaq Out)
C’ÉTAIT MIEUX DEMAIN
Dans une petite bourgade française, Hélène, Michel, et leurs deux enfants, coulent des jours heureux dans l’insouciance des années 50. Soudainement propulsés en 2025, le couple Dupuis découvre un monde moderne à l’opposé de celui qu’ils connaissent. Pour Hélène, qui a toujours vécu, comme il se doit, dans l’ombre de l’époux, c’est une révolution. Mais, pour Michel, qui voit ses privilèges d’Homme voler en éclat, c’est un cataclysme. Entre vent nouveau et parfum d’antan, ce voyage dans le temps ne sera pas de tout repos. Comédienne avant de réaliser, ici, son premier long-métrage, Vinciane Millereau se souvient que sa grand-mère maternelle, interrogée sur ce qui avait réellement changé sa vie, avait répondu : « La machine à laver. Elle a révolutionné mon existence ! » Sans surprise, cette machine à laver occupe un rôle central dans l’intrigue en tant qu’emblème du temps de liberté gagné par les femmes. La nouvelle machine à laver gagnée par les Dupuis grâce au concours est donc le prétexte d’une dispute entre Hélène et Michel et elle déclenche cette faille temporelle. Michel préférerait une télévision qui ferait plaisir à toute la famille, quand Hélène s’accroche de toutes ses forces à cette perspective toute neuve de liberté. Avec C’était mieux…, nous sommes en 1958 dans la France des Trente glorieuses. Le commerce est florissant, la vie est calme, les gens plus prévenants. Et soudain, voilà les Dupuis propulsés en 2025. Chômeur et homme au foyer, Michel découvre la ville aujourd’hui : les commerces qui ferment, la pauvreté, les embouteillages, l’agressivité des gens… Pour la cinéaste, ce voyage dans le temps en forme de comédie volontiers burlesque (bien portée par Didier Bourdon et Elsa Zylberstein) était l’occasion rêvée pour aborder tout le chemin parcouru par les femmes. « Je voulais montrer, dit-elle, qu’en soixante-dix ans les femmes ont acquis énormément de choses ! En 1958, la femme a le droit de vote depuis 1944, mais elle n’a pas le droit de travailler sans l’autorisation de son mari, ni d’avoir de compte en banque à son nom, pas de moyen de contraception, pas le droit d’avorter, ni de divorcer… » (UGC)
HOPPER ET LE SECRET DE LA MARMOTTE
Ayant fait de sa différence une force, Hopper explore le monde avec Meg, moufette experte en arts martiaux, et Archie, une tortue sarcastique. Lorsque Hopper découvre Gina, sa sœur, tout bascule : il n’est pas seul. Tiraillé entre loyauté et devoir, il part en quête d’un pouvoir légendaire pour sauver les siens. La légende raconte en effet qu’une mystérieuse marmotte, cachée dans une montagne secrète, aurait le pouvoir de remonter le temps. Quand il apprend qu’elle serait la seule à pouvoir sauver son espèce, Hopper, aventurier intrépide, est prêt à tout pour retrouver la trace de cette marmotte ! Commence alors une aventure périlleuse et semée d’embûches à travers des mondes saisissants, où secrets et dilemmes s’entremêlent. D’autant qu’il semble que Hopper n’est pas seul à vouloir mettre la main sur le secret de la marmotte! Après Hopper et le hamster des ténèbres (2022), création franco-belge réalisée par Ben Stassen et Benjamin Mousquet, où l’on avait découvert le jeune Hopper, né mi-poulet, mi-lapin, obsédé par l’aventure même s’il était plutôt maladroit, c’est Benjamin Mousquet, en solo, qui signe ce second opus. Il donne un film d’animation familial et dynamique où le Poulapin assume, désormais, son rôle de meneur, entraînant ses amis dans une nouvelle quête. Dès la scène d’introduction, on comprend que ce Hopper 2 lorgne du côté d’Indiana Jones sur fond de chasse au trésor. Tout cela est bon enfant et plein de rebondissements d’autant que les équipiers d’Hopper apportent, en prime, une dose d’humour. Un divertissement qui va à un rythme soutenu dans un bon mélange d’aventure et de comédie. (M6)
DE FRAGILES NAUFRAGÉS ET UNE DILIGENCE DANS MONUMENT VALLEY 
SIRAT
Quelque part, dans de superbes paysages ocres, des roadies installent un mur d’enceintes. Le son monte, dans un rythme de drum and bass qui prend vite aux tripes. En plongée, la caméra montre un large rassemblement de raveurs qui se balancent sans fin dans une transe quasiment mystique ou une hébétude sereine. Et puis la caméra descend vers eux, présentant Stef et Jade, Josh, Tonin et Bigui… C’est dans ce rassemblement au coeur d’un coin perdu du Maroc que débarque le camping-car de Luis, un homme de la cinquantaine, accompagné de son jeune fils Esteban. Autour d’eux, père et fils distribuent des papiers sur lesquels est imprimée la tête de Mar. Fille de Luis et sœur d’Esteban, Mar a disparu depuis cinq mois sans plus donner de nouvelles. Luis croit savoir qu’elle avait prévu de rejoindre une rave-party. Mais personne ne semble reconnaître le visage de la jeune femme. « Peut-être, dit quelqu’un, qu’elle est allée à une rave organisée plus au sud… » Luis est déterminé à retrouver sa fille. Lorsque les forces de police interviennent pour disperser les raveurs, Stef, Jade et leurs amis montent à bord de leurs deux camions et filent à travers le désert. Luis n’hésite qu’un instant. Il lance son petit camping-car plutôt vieillot à leur suite. Commence alors une expédition des plus périlleuses… Quatrième long métrage d’Oliver Laxe, Sirāt (terme qui, dans l’islam, désigne un pont qui relie l’enfer et le paradis) est une quête métaphysique qui emporte une poignée d’êtres brisés vers des extrémités angoissantes, Le cinéaste voulait emprunter au cinéma de genre ou au cinéma populaire ce qu’il a de meilleur, en l’occurrence la magie de l’aventure. De fait, à travers de multiples péripéties, Sirāt est tout à la fois un road-trip spectaculaire et aventureux (pour échapper à leurs poursuivants, Stef, Luis et les autres s’engagent sur de très dangereuses routes de montagne) et une épreuve radicale propre à secouer, à érafler intimement le spectateur. Même si le soleil brûle, même si un vent chaud souffle sur le sable, c’est un voyage vers les ténèbres que raconte le cinéaste. Alors que la radio rapporte que la guerre a commencé, que le chaos règne, des êtres fragiles, des naufragés démunis, conscients de leur petitesse dans un monde traversé par plus grand qu’eux, vont prendre soin les uns des autres, montrant, sans jugement, leurs failles et leurs fêlures, quitte in fine à regarder la mort droit dans les yeux. Sirāt est aussi un film rare dans son travail sur la musique. Le musicien Kangding Ray signe, une partition minimaliste mais très envoûtante en forme de voyage sonore. Partant d’une techno brute, viscérale, presque mentale, on va vers une ambient épurée, presque immatérielle, pour atteindre l’endroit où le son se désagrège. Avec pour résultat, de faire entrer le spectateur dans un paysage sonore en symbiose avec un désert à l’apparence spectrale. Dans les pas de Luis (remarquable Sergi Lopez entouré de non-professionnels) et de ses amis d’in(fortune), Sirāt raconte une éprouvante errance crépusculaire… baignée de lumière. Le monde décrit par le réalisateur oblige le spectateur, à l’instar des personnages du film, à regarder en eux. Une sorte de geste fondamental, un mouvement intérieur pour partager une lumière née de l’obscurité. Une expérience à la fois humaniste, visuelle et sensorielle qu’on doit assurément partager. (Pyramide)
LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE
En 1885, les Indiens sont sur le « sentier de la guerre » avec, à leur tête, le célèbre Geronimo. Une diligence est prête à partir de Tonto en Arizona pour rejoindre la ville de Lordsburg et permettre ainsi d’évacuer un groupe de civils parmi lesquels on trouve Hatfield, un joueur professionnel, Mme Mallory, une femme enceinte cherchant à rejoindre son mari qui est officier dans l’armée américaine, Josiah Boone, un médecin ivrogne, Peacock, un représentant en whisky, Gatewood, un banquier malhonnête, Ringo Kid, un hors-la-loi, tout juste évadé de prison et Dallas, une prostituée rejetée par la « bonne société ». Le voyage sera long et éprouvant, et chacun y révèlera sa vraie nature sous la menace de l’attaque des Indiens… Attention, classique ! Voici le film qui fit de John Ford un cinéaste mondialement reconnu et un maître du western. Impossible en effet d’oublier ce voyage à travers les somptueux paysages de Monument Valley, lieu mythique qui deviendra une vraie signature fordienne. Il dira d’ailleurs : « J’ai été partout dans le monde mais je considère cet endroit comme le plus beau, le plus complet et le plus calme de la planète. » Et puis Stagecoach (en v.o.) met en place les éléments essentiels du genre comme le shérif, la cavalerie, la diligence et évidemment les Indiens et leur chef Géronimo dont l’attaque de diligence est un morceau de bravoure du film. L’homme au bandeau démarre sa carrière en 1917 au temps du met, alignant des films dont beaucoup sont aujourd’hui considérés comme perdus. Il touche à tous les genres (comédie dramatique, espionnage, film de guerre, action, drame comme le remarquable Mouchard en 1935) mais La chevauchée fantastique va constituer un tournant dans sa carrière puisqu’il revient au western après treize années sans avoir touché au genre qui fera sa gloire. Au départ, Ford présente son projet au producteur David O. Selznick mais celui-ci n’entend pas se faire dicter ses choix par un cinéaste. De plus Selznick aurait bien vu Gary Cooper dans le rôle de Ringo Kid et Marlene Dietrich dans celui de Dallas. Ford trouvera un producteur en la personne de Walter Wanger et du studio United Artists. En s’appuyant sur la nouvelle Stage to Lordsburg, transposition dans l’univers du western de la nouvelle Boule de suif de Guy de Maupassant, Ford excelle dans les scènes d’action mais il réussit tout autant à rendre ses personnages très attachants. C’est bien sûr le cas pour le duo Dallas/Ringo Kid dont il traite les rapports avec autant de finesse que de mélancolie. Dallas, la prostituée au grand coeur est incarnée par Claire Trevor mais on retient la prestation de John Wayne en Ringo Kid qui entame, ici, avec son metteur en scène de prédilection, une suite de quatorze films dont certains, à l’instar de Stagecoach, sont des œuvres majeures comme La prisonnière du désert (1956) ou L’homme qui tua Liberty Valance (1962). Le film obtint sept nominations aux Oscars en 1940, dont celle de meilleur réalisateur, mais il ne reçut finalement que deux récompenses, pour le second rôle (attribué à Thomas Mitchell pour le personnage de Josiah Boone) et pour la musique. Cette année-là, le grand gagnant fut l’intouchable Autant en emporte le vent. Dans les suppléments de cette édition remastérisée 2K, on trouve notamment une présentation par Noël Simsolo, un documentaire (75 mn) sur Joh Ford et un livret (48 pages) signé Jean-François Giré. (Sidonis Calysta)
LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP
Professeure à la retraite, Tarlan Ghorbani est une femme d’un certain âge qui entend ne pas s’en faire conter dans un pays où la place des femmes est toujours réduite à la portion congrue. Elle milite dans un syndicat qui s’attaque à la corruption qui gangrène l’Iran mais elle va se retrouver au coeur d’un drame lorsqu’elle est témoin d’un meurtre commis par une personnalité influente du gouvernement, un homme qui n’est autre que l’époux de sa fille d’adoption. Tarlan décide de signaler le forfait à la police qui refuse d’enquêter. En Iran aujourd’hui, personne ne s’intéresse à l’histoire d’un homme qui a tué sa femme danseuse, possiblement infidèle. Elle va alors devoir choisir entre céder aux pressions politiques ou risquer sa réputation et ses ressources pour obtenir justice… Après Un simple accident qui valut, l’an dernier, la palme d’or cannoise à Jafar Panhani, voici une nouvelle belle occasion de se plonger dans la réalité iranienne à travers le cinéma. Jafar Panhani intervient, ici, comme scénariste d’une histoire tournée dans la clandestinité et qui met en exergue le courage de ceux qui s’opposent au régime du guide suprême et de ses sbires. Bien sûr, l’actualité nous en dit long sur la situation chaotique en Iran et l’on sait, même si internet est coupé par les autorités de Téhéran, que des milliers de personnes sont tombées sous les balles du régime de l’ayatollah Ali Khamenei. Ici, ce sont les femmes qui sont au coeur d’une fiction, acte de résistance contre une société qui se débat contre une évolution inéluctable. Seule contre tous, Tarlan (l’impressionnante Maryam Boubani) va montrer du doigt un homme de pouvoir, protégé par les services de l’État, en osant l’accuser de féminicide. Autour d’elle, le réalisateur Nader Saeivar, aujourd’hui réfugié à Berlin, met en scène deux autres femmes. L’un, Zara, dont le passage est évidemment fugitif, est la victime du féminicide. C’est une danseuse passionnée (le film s’ouvre sur une belle séquence de danse orientale où les cheveux des femmes tournent librement) mais c’est aussi l’archétype de la femme-victime en Iran. L’autre, c’est Ghazal, la fille de Zara, qui représente les femmes de la jeunesse iranienne qui ont décidé de dire non aux mollahs et à leurs règles d’un autre âge. Dans le remarquable supplément (35 mn) qui accompagne ce blu-ray, Asal Bagheri, sémiologue à Cergy Paris Université et spécialiste du cinéma iranien, décrypte les trois états des femmes du film. Tarlan représente les pionnières du mouvement des femmes, Zara est le symbole des femmes victimes. Solat, son mari, dit : « Si elle m’obéit, elle aura une vie heureuse » mais les coups sur le corps de Zara disent tout l’inverse. Enfin Ghazal (Ghazal Shojaei) est une manière de synthèse du mouvement Femmes, vie, liberté né au lendemain de la mort de Mahsa Amini, auquel La femme qui en savait trop fait clairement référence. Dans un film qui est aussi un pamphlet politique et une dénonciation glaçante de la situation en Iran, Nader Saeivar propose une observation acérée de la manière dont la parole féminine est étouffée. Le film s’achève sur une magnifique séquence complètement onirique où un vent salvateur souffle et ouvre les portes vers la liberté. Ghazal est emportée dans la danse. Elle porte un tee-shirt noir orné d’un sigle qui est exactement celui que portait Nika Shakarami, 16 ans, tuée en septembre 2022 en Iran. Parce qu’elle était femme et qu’elle refusait l’oppression. Un bel acte de résistance ! (jour2fête)
KINGDOM – L’INTÉGRALE
L’histoire se déroule dans le département de neurochirurgie du Rigshospitalet (l’hôpital du royaume) de Copenhague, le principal hôpital de la ville et en fait, de tout le pays. Inauguré en 1910, l’hôpital Le Royaume a été érigé sur d’anciens marécages. En 1958, un bâtiment plus moderne a été construit sur les fondations de l’ancien. Mais cet établissement à la pointe de la technologie moderne et doté d’un service de neurochirurgie réputé est également hanté par des esprits malveillants et des fantômes… Un petit nombre de patients et des membres de l’équipe médicale vont découvrir des phénomènes surnaturels, des meurtres et des intrigues bureaucratiques. Neurochirurgien suédois, le professeur Helmer est accusé d’avoir laissé un enfant infirme après une trépanation. Dans The Kingdom I, il arrive à l’hôpital pour reprendre ses fonctions, mais son passé et ses méthodes controversées créent des tensions avec le personnel. Dans The Kingdom II, le professeur Helmer est rentré d’Haïti avec un redoutable poison. Il l’expérimente aussitôt sur Krogschoy, qui meurt subitement. Affolé, Helmer veut lui administrer un antidote mais le corps de Krogschoy disparaît, remplacé par celui d’un vieillard. Enfin, dans The Kingdom : Exodus, Karen erre une nuit dans l’obscurité et se retrouve inexplicablement devant l’hôpital. La jeune femme se met alors à chercher des réponses dans l’espoir de sauver l’établissement de la ruine. Le mystère et l’horreur planent sur cet endroit où le mal a pris racine. Le Danois Lars von Trier, connu notamment pour Dancer in the Dark qui lui valut la Palme d’or à Cannes 2000 ainsi que le prix d’interprétation féminine pour Björk, avait déjà trois long-métrages à son actif (L’élément du crime, Epidemic et Europa) lorsqu’il s’attela à la série télévisée The Kingdom (Riget en v.o.), mélange de satire sociale, de thriller médical et de fantastique horrifique installant une atmosphère oppressante sur fond d’ humour noir et dans un style visuel caractéristique de von Trier, avec une caméra à l’épaule, des éclairages sombres, un ton sépia de l’image, à la manière du fameux Dogme 95, des plans fixes qui renforcent l’atmosphère claustrophobique du bâtiment. Les plongeurs de la cuisine, atteints de trisomie 21, discutent des événements étranges qui se passent dans l’hôpital et tiennent, sans jouer de rôle dans l’action, le même rôle que les chœurs antiques dans les tragédies grecques, permettant par leur omniscience paradoxale de relier les différents niveaux de l’action… L’intégrale est présentée dans un boîtier digipack avec étui rigide, qui contient The Kingdom I (1994, 279 mn), The Kingdom II (1997, 296 mn) et The Kingdom: Exodus (2022, 307 mn). Dans les suppléments, on trouve notamment les making of des trois saisons ainsi que The Shiver (clip, 1994, 2 mn) et The Shiver (bêtisier, 1994, 2 mn). (Potemkine)
EN PREMIÈRE LIGNE
Infirmière dévouée et compétente, Floria Lind prend, après une journée de repos, son service de nuit dans un service hospitalier clairement en sous-effectif. Ce soir-là, elles ne sont que deux professionnelles et une étudiante pour prendre en charge des malades qui occupent toutes les chambres de l’étage… En dépit du manque de moyens, Floria s’ingénie, avec un métier très sûr, à apporter humanité et chaleur à chacun de ses patients. Mais au fil des heures, les demandes se font de plus en plus pressantes, et malgré son professionnalisme, la situation commence dangereusement à lui échapper… La réalisatrice suisse Petra Volpe raconte, ici, le travail éreintant et ingrat d’une infirmière face à des patients, souvent en état de détresse, qui ne comprennent pas, quand ils sont conscients, la dureté d’un métier qui nécessiterait le don d’ubiquité. Le film (dont le titre original est Heldin, autrement dit héroïne en allemand) ne sort jamais du service hospitalier et ne lâche pas d’une semelle Floria Lind qui passe, de chambre en chambre, pour prendre les constantes, distribuer les médicaments et, bien entendu, écouter les malades en souffrance. Ici, un vieil homme atteint d’un cancer de la prostate, qui erre dans le couloir et qui voudrait que sa médecin lui donne des informations précises sur son état. Mais la praticienne, fatiguée elle aussi, souhaite rentrer chez elle. L’infirmière a beau s’insurger, la médecin verra le vieil homme demain… Et puis il y a cette femme en phase terminale que ses grands fils entourent affectueusement, cette autre qui se cache pour fumer ou encore cette vieille dame qui va s’éteindre… Plus loin, dans une chambre individuelle, un homme s’énerve et s’en prend brutalement à l’infirmière parce qu’il a demandé une tisane depuis un bon quart d’heure. Devant ce type imbuvable (mais très malade), Floria Lind craque. Elle saisit la luxueuse montre avec laquelle il la chronomètre et la lance à travers la fenêtre… Avec une précision documentaire, En première ligne montre un état d’urgence permanent et met le doigt sur la crise de l’hôpital public, en Suisse comme ailleurs, et sur le manque abyssal de moyens. Avec une douceur fatiguée, l’actrice allemande Léonie Benesch (connue pour la série Babylon Berlin) campe cette Floria Lind que la caméra ne quitte jamais. Au générique de fin, un carton indique qu’en 2030, selon, l’OMS, il manquera 13 millions d’infirmières dans le monde. Autant dire qu’on n’est pas sorti de la crise sanitaire. Un film humaniste et utile. (Wild Side)
LA HORDE SAUVAGE
Alors que la guerre de Sécession s’est achevée, du côté de Rock Springs, dans le Wyoming, Lucy Lee, une jeune rancher, et ses cow-boys mènent leur troupeau lorsqu’ils sont attaqués par une bande de hors-la-loi. Cette bande appelée The Wild Bunch est dirigée par Butch Cassidy et son bras droit Sundance. Ils sont mis en déroute par un inconnu qui venait d’arriver au campement en demandant à être nourri, un dénommé Jeff Younger, ex-membre du gang des frères James et qui vient de sortir de prison. Après avoir protégé Lucy et son troupeau, Younger accepte d’accompagner le convoi jusqu’à destination mais refuse l’emploi que lui propose Lucy. En ville, Younger se rend au Maverick Queen, un luxueux hôtel/saloon qui appartient à Kit, une maîtresse-femme qui a le monopole sur le commerce du bétail mais dont l’enrichissement pourrait provenir de sa complicité avec la tristement célèbre horde sauvage… Rien à voir avec La horde sauvage (The Wild Bunch) signée en 1969 par l’excellent Sam Peckinpah. Ici, c’est Joseph Kane qui est aux manettes. Nous sommes en 1956 et The Maverick Queen (en v.o.) est un « petit » western. Joseph Kane (1894-1975) est prolifique cinéaste qui, dans les années 30, 40 et 50, a tourné de nombreux films de série B et Z dont la plupart méritent d’être oubliés. Ce n’est pourtant pas le cas de celui-ci qui bénéficie des beaux décors naturels du Colorado, d’une image de qualité et d’une solide interprétation avec Barry Sulivan, Scott Brady, Mary Murphy, Wallace Ford, Howard Petrie, Jim Davis, Emile Meyer, Walter Sande, George Keymas, Taylor Holmes ou John Doucette. Evidemment, c’est Barbara Stanwyck qui est en haut de l’affiche. Débutante au cinéma à la fin du muet, elle va incarner des femmes combattives et indépendantes dans le cinéma de l’ère pré-Code avant de s’imposer comme une vedette du western avec des films comme La gloire du cirque (1935), Pacific Express (1939), Les furies (1950) sorti récemment en blu-ray également chez Sidonis Calysta ou encore Quarante tueurs (1950). Ici, elle est une self woman ayant fait fortune après que sa riche famille eut été décimée en Virginie durant la Guerre civile. Derrière une façade respectable, la cynique Kit entretient des liens étroits avec la dangereuse bande de Butch Cassidy et le Sundance Kid. Voici une femme de tête qui chevauche, tire et se bat comme un homme… Dans les suppléments, le film est présenté par Noël Simsolo. (Sidonis Calysta)
UNE PLACE POUR PIERROT
Autiste âgé de 45 ans, Pierrot vit dans un foyer médicalisé. Sa sœur Camille découvre qu’il subit une sur-médication qui le fait régresser au lieu de le soulager. Carrément indignée et surtout déterminée à lui offrir une vie digne, elle le prend sous son propre toit et se met en quête d’un endroit mieux adapté à sa différence. Un lieu où sa différence ne serait pas une source d’oppression mais de reconnaissance. Le chemin est long mais c’est la promesse d’une nouvelle vie, au sein de laquelle chacun trouvera sa place. Actrice au théâtre et au cinéma, Hélène Médigue est passée par le documentaire avant de réaliser, ici, son premier film de fiction. Elle s’engage en parallèle pour la cause de l’autisme en créant en 2019 l’association Les Maisons de Vincent, destinée à accueillir des adultes autistes. Une première maison a ouvert ses portes à Mers-les-Bains en 2021. A propos de la représentation de l’autisme dans les fictions, elle estime qu’elle ne reflète pas toujours la réalité des profils. « À travers le parcours de Pierrot, dit-elle, je voulais communiquer le mystère de ces troubles, qui interrogent puissamment le fonctionnement de notre société, notre humanité, et la perte de sens que nous subissons dans tous les domaines. » Elle va donc s’attacher à Pierrot, une personne « autiste typique », en l’occurrence un homme qui ne sait pas faire ses lacets mais qui peut, s’il évolue dans un environnement bienveillant, communiquer, se sociabiliser, aimer, développer des passions, structurer ses actions… Bref, « être au monde ». « C’est une personne, note encore la cinéaste, qui verbalise peu, maîtrise parfaitement des centres d’intérêt très spécifiques, mais qui n’est pas toujours à l’aise avec les habiletés sociales. Il est sans filtre. Il a besoin d’être accompagné pour développer son autonomie et gérer ses troubles envahissants du comportement. » Sur la différence qui permet d’éprouver des limites, le film est un récit autour du lien à travers le retour à la vie d’un homme différent. Mais Hélène Médigue ne réduit pas son propos à l’autisme ou même au handicap. Elle se penche aussi sur ce que conditionne l’expérience de la différence, en lien avec l’évolution de notre société : la charge mentale des aidants, la solidarité, la quête puissante d’inventer des solutions adaptées, pour retrouver du sens et la place de chacun. Enfin, pour porter son propos, elle peut s’appuyer sur l’interprétation impressionnante d’un Grégory Gadebois toujours dans l’économie et bien entouré par Marie Gillain, Patrick Mille ou Vincent Elbaz. D’un geste, d’un regard, la présence de Gadebois irradie dans chaque situation. Il incarne ce qui n’est pas dit et fait évoluer subtilement le retour à la vie du personnage, permettant ainsi un processus d’identification pour le spectateur. Au fond, Pierrot raconte chacun d’entre nous. (Diaphana)
ALPHA
Dans les années 1980, dans la ville portuaire du Havre, Alpha est l’enfant unique d’une jeune médecin qui travaille dans un service hospitalier fermé avec des malades atteints d’un virus. La jeune fille de treize ans est évitée par ses camarades de classe car des rumeurs circulent selon lesquelles elle serait atteinte d’une nouvelle maladie. Lorsque l’adolescente revient de l’école avec un tatouage sur le bras représentant la lettre A, le monde s’écroule pour sa mère. Elle s’inquiète de savoir quelle maladie, sa fille a pu attraper avec l’aiguille du tatoueur. Amin, le frère de cette femme, est un toxicomane sans espoir dont les bras sont couverts de marques de piqûres. Le tatouage d’Alpha se met à saigner de plus en plus souvent. À l’école, les attaques contre elle se multiplient. Dans la piscine de l’école, elle manque de se faire noyer par un camarade de classe. Alpha connaît à peine son oncle, et lorsqu’Amin arrive chez eux, séropositif marqué par sa maladie et proche de la mort, elle fait véritablement sa connaissance… Dire que Julia Ducornau n’a pas fait l’unanimité sur la Croisette lorsqu’en 2021, elle décrochait la Palme cannoise (devenant au passage seulement la seconde femme a remporté le trophée après Jane Campion) pour Titane, est un doux euphémisme. On se souvient par contre que Grave (2016), fiévreuse et féroce histoire de cannibalisme, n’avait pas laissé les spectateurs indifférents et entraîné des salves de compliments de la critique. On pouvait se demander, si avec ce troisième long-métrage présenté en compétition à Cannes lui aussi, la réalisatrice de 42 ans n’allait pas pousser encore le bouchon plus loin. En tout cas, force est de constater que cette grande amatrice de cinéma de genre, souvent promue « papesse de l’horreur à la française », n’a pas fini d’explorer son territoire. « Quand tu touches à la chair, dit la cinéaste, tu touches à ce qu’il y a de plus intime. Plus tu t’en approches, plus tu te rapproches de sa vulnérabilité, plus tu creuses là-dedans, plus l’émotion, de fait, se met à prendre le dessus. Et cela, c’est une recherche très consciente chez moi. » Autour de la maladie, de la transformation, ou plutôt de la mutation, Alpha est un film qui secoue, qui réveille ces peurs en nous et les faire résonner aujourd’hui. Une fois encore avec Alpha, Julia Ducornau a divisé, rencontrant globalement un accueil critique glaciale. Télérama ira jusqu’à écrire : « Fini Cronenberg, on dirait parfois du Luc Besson revu par Gilles Lellouche »… Autant de raisons de (re)voir Alpha pour se faire sa propre idée, d’autant plus que Golshifteh Farahani (la mère), Tahar Rahim (Amin) et Mélissa Boros (Alpha) sont bluffants. Dans les suppléments, on peut suivre une masterclass (54 mn) donnée par la cinéaste au Pathé Palace à Paris. (Diaphana)
FILS DE
Dans le salon privé d’un restaurant parisien, au mitan des années 70, deux hommes politiques déjeunent. Sur la table, une mallette contient une forte somme d’argent, probablement sale. Soudain, deux terroristes font irruption. Nus et couverts de plume, les notables feront la une de la presse… Des années plus tard, une semaine après l’élection présidentielle, la France se cherche toujours son Premier ministre. Jeune attaché parlementaire ambitieux, Nino est missionné pour convaincre son père, Lionel Perrin, sénateur de longue date, d’accepter le poste. Mais cet éternel perdant a coupé les ponts avec la politique comme avec… son fils. Nino se retrouve embarqué dans une course effrénée où tous les coups sont permis. Il a 24 heures pour sauver sa carrière, sa relation avec une jeune journaliste politique de France Info, renouer, quand même, les liens avec son géniteur et, si possible, ne pas compromettre l’avenir de la France ! Carlos Abascal Peiró, au-delà d’une tragédie filiale, donne une virevoltante satire politique qui ne retient jamais ses coups. Fils de développe une aventure ubuesque mais le cinéaste note, pourtant, que la moquerie devient politiquement utile lorsqu’elle vise nos convictions. Le petit univers politique français ressemble, ici, à un remarquable ramassis d’authentiques canailles, de vraies crapules, de parfaites ordures, de fumiers satisfaits, de considérables pétasses, de pauvres crétins, de misérables sagouins, de purs vauriens et de gougnafiers saitisfaits. Dans les sombres et feutrées allées du pouvoir, toutes les saloperies sont de mise. Pour servir son impitoyable mais drolatique jeu de massacre, le cinéaste peut s’appuyer sur d’excellents comédiens avec, en fils de, Jean Chevalier, de la Comédie française, un Nino volontiers effaré entouré de François Cluzet, Karin Viard ou Alex Lutz. Abraham Lincoln observait : « Un homme d’État est celui qui pense aux générations futures, et un homme politique est celui qui pense aux prochaines élections. » Démonstration faite, ici. De brillante (et évidemment excessive) manière. (Ad Vitam)
L’ÉTÉ DE JAHIA
A quinze ans, Jahia a fui le Sahel en guerre en compagnie de sa mère et s’est installée dans un centre belge pour demandeurs d’asile. Tendue et déterminée, elle gère leur quotidien avec le sérieux d’un adulte. De son côté, Mila a quitté la Biélorussie, avec sa famille. Curieuse, insatiable, elle vit chaque jour comme une échappée belle. Cet été-là, par-delà les différences, leurs solitudes se croisent. Leur rencontre dans le centre déclenche une forte amitié qui donne un souffle d’espoir à Jahia, alors qu’elle doit gérer l’incertitude de son statut d’asile. Cette amitié rare, intense est comme une évidence dans un monde incertain. Mais le jour où Mila reçoit une obligation de quitter le territoire, ce qui semblait inébranlable menace soudain de voler en éclats. Pour son second long-métrage, le cinéaste belge Olivier Meys raconte une lutte pour l’espoir en mettant au centre de son film le désir de vie et en l’opposant au pouvoir de l’endormissement. « Je voulais, dit-il, réaliser un film politique sans être militant, un film humaniste sur une réalité dont on parle peu. » Salué pour son portrait touchant de la demande d’asile et de l’amitié entre deux adolescentes confrontées à la précarité, L’été de Jahia, qui réussit à mêler la complexité administrative à la dimension humaine, se présente comme un récit poignant et réaliste. L’amitié y est vécue comme un remède au désespoir dans un monde très individualiste et égoïste. Mais c’est aussi un film très doux qui laisse volontairement la violence du monde hors-champ. Avec Jahia et Mila, le cinéaste a écrit deux personnages nourris par un parcours migratoire propre, pour évoquer la compréhension des enjeux des personnages mais surtout pour transmettre un ancrage au réel qui trouve notamment son expression dans la manière dont elles parlent le français. Pour vivre leur vie, Jahia et Mila vont devoir surmonter des obstacles immenses. Or, les deux filles ne sont pas faites du même bois. Là où Jahia plie face à l’adversité, Mila, elle, rompt brutalement quand lui est signifié l’ordre de quitter le territoire, absurde et violent. L’énergie, la force de vie vont alors changer de camp. Jahia n’a pas d’autre choix que d’essayer à son tour de sauver Mila. Sauver son amie, mais également se sauver elle-même. Lutter pour ne pas être happée par la contamination du désespoir. Comédiennes non-professionnelles, Noura Bance (Jahia) et Sofiia Malovatska (Mila) sont épatantes de force vitale. (Condor)
JACKIE BROWN
Au milieu des années quatre-vingt-dix, Jacqueline, dite Jackie Brown, est hôtesse de l’air dans une modeste compagnie mexicaine, Cabo Air. Pour arrondir ses fins de mois, elle sert de passeuse du Mexique aux États-Unis pour Ordell Robbie, un trafiquant d’armes de Los Angeles. Elle emporte dans ses bagages de l’argent liquide pour le compte de ce truand. Lorsqu’un autre passeur d’Ordell est arrêté, le trafiquant s’arrange pour le faire libérer sous caution avant de le supprimer. Mais les informations de la police permettent d’intercepter Jackie à l’aéroport de Los Angeles. On trouve de l’argent liquide appartenant à Ordell et 50 g de cocaïne dont elle ignorait la présence dans ses bagages. Jackie refuse de coopérer, se retrouve en prison. Ordell, estimant que Jackie peut devenir une menace pour lui en devenant une indic, s’arrange pour la faire libérer sous caution, avec l’intention de l’éliminer. Avec Jackie Brown qui sort en 1997, Quentin Tarantino adapte pour la première fois un roman à l’écran, en l’occurrence Punch créole d’Elmore Leonard publié en 1992. Le cinéaste qui a déjà son actif Reservoir Dogs (1992) et Pulp Fiction (1994), rend ici hommage aux films de la blaxploitation des années 1970, plus particulièrement à Coffy, la panthère noire de Harlem (1973) et Foxy Brown (1974), qui ont pour interprète principale la même actrice que dans Jackie Brown, à savoir Pam Grier. Au moment de la sortie du film, Pam Grier était une comédienne d’une petite cinquantaine d’années un peu passée de mode. Tarantino lui offre un rôle en tête d’affiche et va ainsi revitaliser sa carrière. On connaît le goût de Tarantino pour les personnages intarissables ! Jackie Brown lui en donne largement l’occasion… On peut digresser ici sur les vieux vynils d’antan et surtout on dit ce qu’on va faire avant de dire ce qu’on a fait. Comme le cinéaste peut s’appuyer sur un sacré casting (Robert Forster, Robert De Niro, Samuel L. Jackson, Bridget Fonda ou Michael Keaton), le film prend l’allure d’une pièce de théâtre jouée dans le décor kitsch d’un centre commercial de la South Bay de Los Angeles. Du coup, au lieu d’un polar violent et flingueur, on passe un bon moment avec une bande losers plutôt sympas, après tout ! (Studiocanal)
USUAL SUSPECTS
A New York, cinq malfrats qui ne se connaissent pas sont réunis dans les locaux de la police pour une séance d’identification. À la suite de cette rencontre, les malfaiteurs décident de s’associer et d’effectuer ensemble un « gros coup ». Un mystérieux commanditaire répondant au nom de Keyser Söze leur confie une mission périlleuse : dérober une cargaison de drogue sur un cargo amarré au quai du port de San Pedro, à Los Angeles. Mais l’opération tourne mal : l’explosion du navire fait vingt-sept victimes ! Et quatre-vingt-onze millions de dollars se volatilisent dans la nature ! Parmi les survivants, se trouve un petit escroc infirme, Kint le boiteux, surnommé « Verbal » parce qu’il ne cesse jamais de parler. Interrogé par l’agent spécial Dave Kujan, « Verbal » Kint lui dévoile toute l’histoire lors d’un long flash-back. Le flic apprend ainsi que les cinq braqueurs n’ont pas été réunis par hasard. Ils ont en fait été manipulés depuis le début par Keyser Söze, un être machiavélique possédant une intelligence hors du commun. Un nom que personne ne prononce sans frémir. Kint déclare d’ailleurs à Kujan : « Je crois en Dieu. Mais la seule chose que je craigne, c’est Keyser Söze. » Sur un scénario très ingénieux de l’excellent Christopher McQuarrie qui oeuvra pendant quelques années dans une agence de détectives, Bryan Singer, pour son second long-métrage après Ennemi public (1993), a réussi, en 1995, un must du thriller qui, réalisé avec un minuscule budget, fit des recettes très considérables, étant couronné de deux Oscars pour le meilleur scénario original et pour le meilleur acteur dans un second rôle pour Kevin Spacey, aujourd’hui tricard sur la place d’Hollywood pour des accusations de violences sexuelles dont il a été innocenté par les justices américaine et britannique. Dans ce thriller-culte porté par d’excellents comédiens (Gabriel Byrne, Kevin Spacey, Benicio Del Toro, Stephen Baldwin, Kevin Pollack, Chazz Palminteri) et qui multiplie à l’envi les pistes et les fausses pistes, on se régale de l’épatant Keyser Söze, figure mythologique du mal (le diable en personne ?) qui n’apparaît jamais à l’écran et dont on cherche pendant près de deux heures à percer l’identité. Usual suspects sort dans un combo SteelBook UHD 4K / Blu-ray à l’image parfaite. Délicieusement tordu ! (MGM/Arcadès)
LEFT-HANDED GIRL
Une mère célibataire et ses deux filles -de pères différents et avec un grand écart d’âge- arrivent à Taipei pour ouvrir un petit stand de nourriture au cœur d’un marché nocturne de la capitale taïwanaise. La mère, Shu-fen, doit composer avec la maladie de son ex-mari, en phase terminale. La grande soeur, I-ann, vend des noix de bétel dans une boutique aux pratiques douteuses et vit une aventure avec son patron. Face à des difficultés de toutes sortes, en particulier familiales et financières, chacune d’entre elles doit trouver un moyen de s’adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l’unité familiale. La cinéaste américano-taïwanaise Shih-Ching Tsou explique son film a une dimension autobiographique ou du moins personnelle : « Le film est né d’un souvenir vif : mon grand-père m’a un jour dit de ne pas utiliser ma main gauche car c’était la main du diable… » Pour développer son film, elle commence à collecter des histoires, certaines venant d’amis, d’autres de sa famille, voire d’inconnus. Elle observe la tension présente dans les familles traditionnelles, comment la peur du jugement ou du rejet social qui peuvent entraîner l’enfouissement de secrets pendant des années. Au-delà d’une histoire de famille, Left-handed girl évoque la culture du secret chez les femmes. « Dans la culture chinoise en particulier, dit la cinéaste, il est très important de sauver la face. Il faut montrer le meilleur de soi-même aux gens, surtout pas des choses moches, dont on aurait honte. C’est vraiment spécifique à cette culture. » Shih-Ching Tsou s’attache, en particulier, à I-Jing, la petite fille, filmée à sa hauteur quand elle déambule dans le marché de nuit. Idem pour I-Ann, la sœur ainée, qui veut avant tout être elle- même…Des êtres qui naviguent effectivement, toutes, dans leur propre monde, où fondamentalement elles essaient de survivre, chacune à sa manière. Le cinéaste américain Sean Baker, réalisateur d’Anora, Palme d’or cannoise en 2024, déjà co-réalisateur avec Shih-Ching Tsou, de Take Out (2004), intervient, ici, comme producteur mais aussi scénariste et monteur. Si la chronique familiale tend vers un ton mélancolique, le film présente un univers très coloré avec un marché nocturne plein de lumière, de sons, de couleurs et de vie. Mais sous cette vitalité sensorielle se cache une histoire remplie de silence, de répression et de douleur non dite. Et la longue séquence de fête d’anniversaire recèle un twist qui amène à reconsidérer le film sous un autre point de vue… Dans les suppléments, on trouve des entretiens avec la cinéaste et les comédiennes Shih-Yuan Ma et Nina Ye ainsi qu’un making of. (Le Pacte)
LES SABLES DU KALAHARI
En Afrique du Sud, un petit bimoteur transportant sept personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. Les survivants n’ont pas le choix : pour survivre, il va falloir s’entraider. Mais lorsque les vivres commencent à manquer, les plus bas instincts des uns et des autres reprennent le dessus… Jusqu’où iriez-vous pour survivre ? C’est la question que suggère l’Américain Cy Endfield dans ce film de survie et de psychologie de groupe qui met en lumière les instincts primaires de l’être humain lorsqu’il est soumis à des conditions extrêmes. Alors que les héros doivent faire face à la faim, la soif, la faune sauvage et la raréfaction des ressources, les tensions s’exacerbent, les dilemmes moraux surgissent, et certains personnages régressent à un état quasiment primitif. Tandis que les hommes redeviennent des animaux, le film interroge sur la nature humaine, et la fragilité de notre civilisation. Juste après Zoulou (1964), son film le plus connu qui retrace, déjà en Afrique du Sud, un épisode de la guerre anglo-zouloue en 1879, Endfield, parti vivre en Angleterre après avoir été mis au ban d’Hollywood par la « chasse aux sorcières » du maccarthysme, tourne en décors naturels, ce long-métrage à la belle photographie qui met en avant la terrifiante beauté d’un paysage hostile au cœur de l’Afrique du Sud. Le final, audacieux et jusqu’au-boutiste, contribue à en faire un film étonnant et brutal et une œuvre captivante. Le groupe de survivants du film est composé de quelques-uns des comédiens anglais les plus en vue de l’époque : Stanley Baker, Nigel Davenport, Harry Andrews ou encore Susannah York sans oublier l’Américain Stuart Whitman, rendu célèbre par la série Cimarron. Pour survivre, ces personnages hauts en couleur devront composer avec leurs propres personnalités conflictuelles… A la fois film d’aventures palpitant et drame existentiel, Les sables du Kalahari sort dans une édition restaurée 4K et dans une belle copie blu-ray et dvd. L’édition combo est accompagnée d’un supplément sur Cy Endfield par l’historien du cinéma Laurent Aknin. (Rimini éditions)
LES TOURMENTÉS
Ancien légionnaire, Skender est devenu SDF et tente de revenir vers son ex-femme Manon et ses enfants, mais Manon le repousse. Un jour, il est contacté par Max, son ancien sergent. Max est devenu majordome pour une personne qu’il appelle « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse. Cette dernière cherche un « candidat idéal » pour être son gibier dans une partie de chasse à mort. Max a donc pensé à Skender, qui a selon lui le profil idéal. « Madame » propose donc le job à Skender, qui sera payé en conséquence, pouvant tenter de faire bonne figure devant Manon. L’ancien soldat accepte le marché et les deux camps commencent à se préparer chacun de leur côté mais les doutes et la rédemption vont modifier leurs plans. On connaît le Belge Lucas Belvaux pour des films captivants comme 38 témoins (2012), Pas son genre (2014) avec la regrettée Emilie Dequenne ou encore Des hommes (2020) tiré du roman éponyme de Laurent Mauvignier. Pour son douzième long-métrage, Belvaux adapte son propre roman éponyme publié en 2022, qu’il a eu, semble-t-il, toutes les peines du monde à porter au grand écran. Mais c’est cependant chose faite et c’est tant mieux car ces Tourmentés mérite le détour jusqu’à son pied de nez final. Autour de la question : Ça vaut quoi, la vie d’un homme ? Surtout d’un type comme Skender, un homme sans qualités, histoire de faire un clin d’oeil à Robert Musil. En questionnant la vie, la mort et le coût de la violence dans une chasse qui devient une quête intérieure, Lucas Belvaux s’intéresse surtout à des êtres ambigus, fragiles et marqués par leur passé. Le cinéaste s’y entend pour mener son récit et jouer avec les attentes (voyeuristes?) des spectateurs. Pour cela, il se repose sur d’excellents comédiens comme Niels Schneider (Skender), Ramzy Bedia (Max) ou Deborah François (Manon). Mais la « palme » revient à Linh-Dan Pham, découverte en 1991 ans le rôle de la fille de Catherine Deneuve dans Indochine, et qui incarne, ici, une étrange et troublante Madame. (UGC)
DANGER : DIABOLIK !
Dans la ville européenne de Clerville, le malfaiteur masqué Diabolik parvient à ravir dix millions de dollars durant un transport de fonds supervisé par l’inspecteur Ginko, en faisant diversion à l’aide de quelques bombes fumigènes. Il s’enfuit à bord d’un bateau à moteur puis d’une Jaguar noire. Poursuivi par un hélicoptère de la police, il parvient à le semer en entrant dans un tunnel où sa fiancée Eva Kant l’attend dans une Jaguar blanche. Diabolik et Eva rejoignent alors leur refuge souterrain. Pendant ce temps, le ministre de l’Intérieur convoque une conférence de presse et annonce le rétablissement de la peine de mort pour lutter contre la criminalité. Diabolik et Eva s’y rendent, déguisés en journalistes, et libèrent du gaz hilarant, provoquant le rire de toute l’assistance. Le lendemain, le ministre démissionne et l’inspecteur Ginko ordonne une opération de grande envergure contre la mafia dirigé par le parrain Ralph Valmont ; ce dernier est contraint de passer un accord avec l’inspecteur Ginko et promet de remettre Diabolik à la police. C’est le producteur Tonino Cervi qui, le premier, a proposé une adaptation cinématographique du Diabolik d’Angela et Luciana Giussani, exemple pionnier du sous-genre des fumetti neri de la bande dessinée italienne. L’intention initiale de Cervi était d’utiliser les bénéfices réalisés avec ce film pour financer un film à sketches co-réalisé par Federico Fellini, Ingmar Bergman et Akira Kurosawa ! Réalisé en 1968 par Mario Bava, le film est considéré comme le plus grand succès commercial du cinéaste italien et, en tout cas, l’une de ses œuvres les plus marquantes. C’est en effet un modèle de transposition de bande dessinée au cinéma, offrant une approche libertaire, délurée et saturée de symboles sexuels. Avec le temps, le film interprété par John Philip Law (Diabolik), Marisa Mell (Eva Kant), Michel Piccoli (Ginko) et Adolfo Celi (Valmont) est devenu culte. « Tout en restant un film de commande, dit le critique Alberto Pezzota, Diabolik se distingue de la moyenne des films semblables de l’époque et réussit là où Modesty Blaise de Joseph Losey avait échoué : c’est-à-dire transposer le monde de la bande dessinée au cinéma en adoptant le style de la dernière avant-garde artistique. » (Sidonis Calysta)
DANSE MACABRE
Dans les faubourgs de Londres, un journaliste, Alan Foster, est envoyé, en 1839, pour interviewer Edgar Allan Poe sur ses histoires de terreur. Il est sceptique lorsque Poe lui avoue que ses histoires se sont réellement produites et qu’il ne peut être considéré comme un véritable romancier, mais plutôt comme un chroniqueur, tout comme lui. En guise de pari, Foster accepte de passer la nuit des morts, le 2 novembre, seul dans le château abandonné de Lord Blackwood. S’il passe la nuit sans s’échapper, il recevra à l’aube une récompense de cent livres de la part de Lord Blackwood lui-même. Alan Fooster se rend au château, où il rencontre une belle femme, Elizabeth Blackwood, mais ne se rend pas compte qu’il s’agit d’un spectre. Au cours de cette longue nuit qui semble ne pas avoir de fin, elle lui fera revivre les événements qui ont conduit à sa mort ainsi qu’à celle des autres fantômes qui peuplaient le château en cette nuit d’horreur. Alan se lie avec sa belle invitée et finit par tomber amoureux d’elle, sans se rendre compte qu’il est la prochaine victime sacrificielle dont les fantômes ont besoin pour revenir à la vie, au moins pour une nuit… Lancé avec Les vampires de Riccardo Freda et Le masque du démon de Mario Bava, répondant à l’épouvante britannique de la Hammer Film ou à la série américaine Roger Corman / Edgar Allan Poe, le gothique italien est ici à son apogée. Sur un scénario de Sergio Corbucci, Antonio Margheriti réussit la prouesse de tourner, en 1963, ce chef-d’œuvre absolu en deux semaines seulement, maîtrisant parfaitement sa technique (il tournait avec quatre caméras) et sa virtuosité pour créer un sommet de l’épouvante des sixties. C’est l’iconique Barbara Steele qui incarne, ici, Elizabeth Blackwood à laquelle elle apporte sa belle étrangeté. Assistant sur le tournage, Ruggero Deodato a dit que c’est lui qui a convaincu l’actrice de jouer dans le film, malgré le fait qu’elle venait de tourner Huit et demi avec Federico Fellini et voulait prendre ses distances avec le cinéma d’épouvante. Danse macabre deviendra l’un des films-phare de la carrière de la Britannique, révélée en 1960 par Le masque du démon de Bava. Dans les suppléments de ce blu-ray restauré en 4K et présenté en version intégrale, on trouve L’éclat d’un rêve d’opium, une présentation du film par Nicolas Stanzick et Danza Macabra, la véritable histoire par Adrian Smith. (Artus films)
L’ÉTRANGE VICE DE MADAME WARDH
Dans la capitale autrichienne, un prédateur assassine des femmes avec un rasoir. Julie Wardh et Neil, son mari diplomate, reviennent en ville après un séjour à New York. Julie a épousé Neil pour échapper à Jean, son ancien amant violent, qui vit à Vienne. Jean commence à harceler Julie, qui devient de plus en plus anxieuse. Lors d’une soirée mondaine, Carol, l’amie de Julie, lui présente son cousin australien George Corro. Le riche oncle de George et Carol vient de mourir et ils sont ses seuls héritiers. George flirte avec Julie, qui est malheureuse dans son mariage avec Neil. Après un déjeuner, George et Julie entament une liaison. Julie reçoit un appel d’un maître chanteur qui menace de révéler leur liaison à Neil. Julie soupçonne Jean d’être le maître chanteur et Carol insiste pour rencontrer le maître chanteur à la place de Julie. Carol se rend à la rencontre avec l’inconnu dans un parc boisé, où elle est agressée et tailladée à mort par un individu armé d’un rasoir… Réalisateur de près de quarante films en cinquante années de carrière, Sergio Martino (né en 1938 à Rome) a œuvré dans tous les genres du cinéma populaire italien : western, thriller, polar, science-fiction… Si ses films d’aventures exotiques sont restés dans les mémoires, c’est avec le giallo que Sergio Martino a donné le meilleur de lui-même : L’étrange vice de Mme Wardh (1971), Toutes les couleurs du vice (1969), Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972), Torso (1973) ou encore La queue du scorpion (1971). Classique du giallo italien, présenté en version intégrale dans une restauration 2K, L’étrange vice… est interprété, en tête d’affiche, par George Hilton (1934-2019), un habitué du genre et par Edwige Fenech dans le rôle-titre. Née en Algérie française puis naturalisée italienne, la comédienne a été une vedette autant du giallo que de la comédie érotique italienne dont l’âge d’or se situe dans les seventies. Dans les suppléments, on trouve notamment une présentation du film par Emmanuel Le Gagne et des entretiens avec Sergio Martino, le scénariste Ernesto Gastaldi, le comédien George Hilton et le spécialiste du cinéma d’horreur italien Antonio Bruschini. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en salles. (Artus films)
BAMBI LA VENGEANCE
Après avoir vu sa mère tuée par un chasseur alors qu’il n’était qu’un faon, Bambi, un jeune cerf, perd sa compagne Faline, renversée par un camion qui transportait des déchets radioactifs. Lorsqu’il boit l’eau de la rivière, contaminée par les déchets toxiques, Bambi se transforme en une créature puissante, déterminée à se venger. Peu de temps après, Xana et son fils Benji prennent un taxi pour rejoindre le reste de leur famille pour Thanksgiving. Le véhicule est sauvagement attaqué par Bambi. Trois chasseurs se lancent alors dans la traque du grand cerf… Et si le gentil Bambi de notre enfance devenait un monstre sanguinaire assoiffé de vengeance ? Conte de fées sinistre et horrifique, Bambi la vengeance voit le mignon petit faon transformé en une créature mutante aux dents acérées et aux yeux brillants, porté par une rage sauvage et furieuse. Quatrième film (après notamment Winnie l’ourson devenu un meurtrier et Peter Pan transformé en psychopathe tueur d’enfants) du Twisted Childhood Universe (« univers de l’enfance déformée ») une franchise britannique de films d’horreur, qui reprend des personnages emblématiques de l’enfance pour les transformer en monstres sanguinaires, Bambi la vengeance entraîne le spectateur dans une traque sanglante, portée par des meurtres à la fois sauvages et inventifs. Si les empalements, éviscérations et autres mutilations raviront les fans de gore, le film peut aussi compter sur une atmosphère très travaillée avec la mise en scène nocturne de Dan Allen et la très belle photographie de Vince Knight qui enveloppe le film d’un voile brumeux, de teintes bleu-gris qui donnent à la forêt une aura mystérieuse et inquiétante. Du côté des effets spéciaux, la créature est très réussie et très flippante. Ce récit sombre et brutal porte aussi un message écologique, le cerf monstrueux devenant l’incarnation colérique de la nature blessée. La forêt est alors un théâtre impitoyable mêlant suspense, effroi et violence, et interrogeant notre rapport à la nature. Un divertissement décomplexé et un slasher forestier efficace qui offre le plaisir coupable de voir un personnage symbolique de l’enfance devenir un véritable cauchemar ! (Arcadès éditions)
MURDERROCK
Une prestigieuse académie de ballet de New-York est le théâtre de meurtres sanglants. Plusieurs étudiantes se font assassiner de manière sadique. Souffrant de cauchemars étranges mettant en scène le mystérieux tueur, Candice Norman, la directrice l’établissement (la comédienne grecque Olga Karlatos), s’allie avec un mannequin masculin pour l’aider à mener l’enquête… Après L’éventreur de New York (1982) et son tueur à la voix de canard, Lucio Fulci retrouve, en 1984, la « Grande pomme » pour ce MurderRock. À l’image d’un Dario Argento, le réalisateur de Perversion Story (1969) a toujours fait évoluer le giallo en fonction de son époque. Avec sa sixième incursion dans le genre, le prolifique Fulci (1927-1996) s’immisce donc dans les années 80 tel que Flashdance les a représentées dans le but d’en critiquer l’esthétisme et l’idéologie à travers une enquête rythmée par la musique de Keith Emerson (Inferno) et où se croisent Olga Karlatos (L’enfer des zombies), Ray Lovelock (Bandits à Milan), Cosimo Cinieri (Manhattan Baby) ou Silvia Collatina (La maison près du cimetière). Dans les suppléments, on trouve un entretien audio avec Lucio Fulci et des entretiens avec la comédienne et chanteuse Silvia Collatina et Franco Casagni, maquilleur et responsable des effets visuels. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en salles. Le giallo à la sauce comédie musicale ! (Artus films)
TROIS FEMMES FORTES ET UNE AMÉRIQUE BOULEVERSÉE 
LA LEÇON DE PIANO
Au 19e siècle, Ada MacGrath, jeune femme écossaise, est envoyée par son père en Nouvelle-Zélande avec sa fille de neuf ans, Flora, pour y épouser, au fin fond du bush, un colon, Alistair Stewart qu’Ada ne connaît pas et qui n’a rien à faire d’elle. Son nouveau mari accepte de transporter toutes ses possessions, à l’exception de la plus précieuse : un piano, qui échoue chez George Baines, un voisin illettré. Ne pouvant se résigner à cette perte, Ada accepte le marché que lui propose Baines, homme frustre mais fascinant : regagner le piano, touche par touche, en se soumettant à toutes ses fantaisies… Selon ce que sa fille Flora aime à raconter, Ada n’a pas dit un mot depuis que son premier mari est mort foudroyé alors qu’ils chantaient tous deux dans la forêt. Ada aurait été chanteuse d’opéra et son mari était son professeur de piano. Mais en réalité, c’est pour une « raison inconnue » qu’elle n’a pas dit un mot depuis l’âge de six ans, et qu’elle a recours à la langue des signes pour s’exprimer (sa fille lui sert d’interprète), ainsi qu’à son piano. Le piano et la musique représentent Ada, ses émotions, ce qu’elle exprime. Palme d’or du Festival de Cannes en 1993, La leçon de piano est le troisième film de la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion, après les remarqués Sweetie et Un ange à ma table. La scénariste-réalisatrice joue brillamment avec les codes du classicisme pour raconter l’histoire de ce triangle amoureux à haute tension érotique, magnifiquement incarné par Holly Hunter (Ada), Harvey Keitel (Baines), Sam Neill (Alistair) et Anna Paquin (Flora). Avec ses paysages ensorcelants et sa musique enivrante, La leçon de piano est une peinture aussi délicate qu’embrasée de la passion amoureuse. Numéro #30 (avec un visuel exclusif de l’illustratrice Haley Turnbull) de la passionnante collection Ultra collector, La leçon de piano sort pour la première fois en 4K Ultra HD et Blu-ray dans sa nouvelle restauration 4K supervisée et approuvée par Jane Campion et le directeur de la photographie Stuart Dryburgh. Comme il se doit pour une édition Ultra collector, les suppléments sont abondants ! On y trouve une conversation inédite (2022), dans laquelle Jane Campion et la critique de cinéma Amy Taubin discutent de la production et du succès de La Leçon de piano, un entretien inédit (10 mn) dans lequel Stuart Dryburgh aborde l’identité visuelle du film et sa collaboration avec Jane Campion, les coulisses du tournage (16 mn), Le journal de l’eau (18 mn), un film de Jane Campion où Ziggy, une adolescente de 11 ans, raconte, dans son journal, les moments douloureux qu’elle a vécus pendant la plus terrible sécheresse de l’histoire. Enfin Il y a une silence : la leçon de piano de Jane Campion est un ouvrage inédit (200 p., plus de 40 photos d’archives) de Mélanie Boissonneau, enseignante-chercheuse à l’université Sorbonne Nouvelle, qui inscrit le film au sein de la riche carrière de Jane Campion, revient en détail sur le travail de la cinéaste et de son équipe, ainsi que sur le statut du film et les questions contemporaines – du féminisme au décolonialisme – que le long-métrage soulève depuis sa sortie. Magnifique ! (Carlotta)
CAROL
Bourgeoise séduisante mais prisonnière d’un mariage source de frustrations, Carol Aird fait ses courses de Noël dans un grand magasin de Manhattan. Elle y croise Thérèse Belivet, une jeune employée, qui la trouble profondément. Dans l’Amérique conservatrice et étriquée des années 50 qui ne fonctionnait que sur un « modèle unique », Todd Haynes donne, avec Carol, un superbe mélodrame qui prend des allures de road-movie initiatique. A travers un vaste flash-back, Haynes, auteur du mélancolique Loin du paradis (2002), raconte comment deux femmes, de conditions différentes, sont emportées dans un tourbillon amoureux irrépressible et succombent à la loi du désir. Dans une mise en scène magnifique dont certains plans font penser à l’oeuvre d’Edward Hopper, Carol et Thérèse s’abandonnent à une puissante et tragique passion saphique. Quand deux femmes sont contraintes de ruser avec la société pour s’aimer. Le cinéaste reconstitue brillamment une époque mais il construit aussi des images qui, à travers une fenêtre, une embrasure de porte, une glace de voiture, un miroir, enferment Carol et Thérèse dans une relation taboue. Les deux femmes vont finalement prendre la route. De motel en motel, elles savourent des moments qu’elles savent rares avant de succomber au sexe… A son mari qui lui reproche d’être envoûtée, Carol dira: « Je n’ai jamais été aussi lucide… » Avec son faux air d’Audrey Hepburn, Rooney Mara est une Thérèse timide et solitaire. La rencontre avec Carol lui révèle sa vraie nature et elle choisit, malgré les conventions de l’époque, de l’assumer. Face à cette « drôle de fille tombée du ciel », Cate Blanchett, une nouvelle fois magnifique de sensualité retenue, est une Carol lumineuse et désespérée, mûre et vulnérable. Adapté du second roman de Patricia Highsmith, Carol est, sur une mise en scène raffinée, un bijou d’élégance. Rooney Mara fut récompensée par le prix d’interprétation féminine à Cannes et le film y reçut aussi la Queer Palm. L’année suivante, Carol fut sacré Meilleur film LGBT de tous les temps au Festival du film gay et lesbien de Londres. Présentée pour la première fois en 4K à l’occasion des dix ans du film, cette histoire d’amour intemporelle sort en deux superbes éditions avec plus de trois heures de suppléments. On y trouve notamment les commentaires de différents membres de l’équipe technique sur le film, le making-of (17 mn), des interview du réalisateur (45 mn) et des comédiennes Cate Blanchett (14 mn) et Rooney Mara (8 mn) et du directeur de la photo Edward Lachman (7 mn). L’édition collector contient aussi une livre (100 p.) et l’édition limitée numérotée (500 ex.) tout le contenu de l’édition collector, le vinyle de la BO et le lookbook de Todd Haynes. Filmé comme un fresque intime digne du Hollywood de l’âge d’or, Carol est un grand film d’amour! (Bubbelpop’)
EDDINGTON
Dans un paysage de désolation, tandis que le vent balaye de longues rues vides, un pauvre bougre en haillons traverse ces larges espaces en vociférant à l’envi des propos incompréhensibles mais qui pourraient bien être des menaces… Est-ce l’alcool, la drogue, la colère, le désespoir, la schizophrénie qui animent ce type ? En tout cas, dans Eddington, ses cris ne semblent pas surprendre plus que cela. Et si ce malheureux, outsider à la dérive, était emblématique de beaucoup de gens frustrés en Amérique ? Quelque part, au coeur du Nouveau-Mexique, Eddington est un grand bled sans attrait particulier. Pourtant la localité va connaître une aventure de plus en plus chaotique lorsque Joe Cross, le shériff local, décide de s’opposer, dans la course à la mairie, au maire sortant Ted Garcia (Pedro Pascal). Le shériff (Joaquin Phoenix) semble manquer d’arguments politiques pour engager ce combat mais cela ne l’empêche en rien de relever le gant. D’ailleurs, il a déjà transformé son véhicule de police en… panneau électoral. Avec des arguments plutôt douteux. Eddington va se transformer en véritable poudrière. Quatrième long-métrage de l’Américain Ari Aster, Eddington, qui sort en édition limitée Blu-ray 4K Ultra HD, répond à la vieille envie du cinéaste de réaliser un western contemporain. A partir du conflit entre le shérif et le maire, le film apparaît comme une relecture contemporaine du genre, miroir d’un combat plus large pour l’âme du pays. Le film troque les lassos et les hors-la-loi pour les armes symboliques de l’époque actuelle, Aster évoquant les périls que fait courir à la société le progrès technologique quand il est hors de contrôle. Maelstrom cauchemardesque et comédie grinçante et audacieuse jusqu’à susciter le malaise, Eddington décrit l’Amérique profonde avec des gens ordinaires, faillibles, qui croient sincèrement défendre le bien commun. Et que dire de la femme du shériff (Emma Stone) qui a sombré dans un univers proche de l’idéologie Qanon. « À mes yeux, explique Ari Aster, l’ennemi commun dans le film, c’est la ‘distraction’. On vit dans un système en déliquescence, où les combats politiques nous hypnotisent pendant que la tech et le capital resserrent leur emprise. Les gens sont impuissants dans ce système et qu’ils ont été privés de tout levier d’action réel sur le monde. (…) La pandémie a coupé le dernier lien. Pourtant, un pouvoir – un pouvoir immense – s’exerce sur la société et on n’a pas encore trouvé le moyen d’y faire face. Mais il va falloir qu’on y arrive. » En cherchant à affronter ce pouvoir, justement, les personnages d’Eddington basculent dans une forme de folie. Et le tableau donne singulièrement le frisson. (Metropolitan)
JE N’AVAIS QUE LE NÉANT – SHOAH PAR LANZMANN
Longue méditation douloureuse sur la singularité des crimes nazis et la douleur de l’Homme survivant, Shoah (sorti sur les grands écrans en 1985), le film de Claude Lanzmann prend le parti de n’utiliser aucune image d’archives. Seuls des témoignages de rescapés, de contemporains ou d’assassins sont montrés. Quelques séquences ont été rejouées ou préparées (ainsi le récit poignant d’un coiffeur, Abraham Bomba), mais la plupart ont été tournées en caméra directe, traduites à la volée par l’un ou l’une des protagonistes. D’une durée de près de dix heures, cette œuvre est construit en quatre volets : la campagne d’extermination par camions à gaz à Chełmno; les camps de la mort de Treblinka et d’Auschwitz-Birkenau et le processus d’élimination du ghetto de Varsovie. Récompensé d’un César d’honneur en 1986, Shoah est inscrit en 2023 au registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO. Cité à de nombreuses reprises dans les listes des meilleurs films de tous les temps, cette œuvre-monument marque une date importante dans la représentation et la diffusion de la mémoire de l’Holocauste. La réalisation de Shoah de Claude Lanzmann est une aventure en elle-même. Douze années de travail, des milliers d’heures de préparation, des voyages aux quatre coins du monde, des dizaines de témoins… et autant de doutes, de déboires, d’impasses, mais aussi de moments de grâce. À partir des 220 heures de rushes non utilisés au montage du film et en s’appuyant sur les Mémoires de Claude Lanzmann (1925-2018), le documentariste Guillaume Ribot raconte la production d’une œuvre majeure du cinéma, au plus près des obsessions de celui qui entreprit de faire émerger la vérité du néant. Disponible pour la première fois en édition Blu-ray, le film (1h34) adopte la forme d’un road-movie archivistique, mêlant making-of et devoir de transmission pour explorer les coulisses de la création de cette œuvre monumentale sur la Shoah. Guillaume Ribot n’est pas un novice dans le domaine. En 2009, il réalise son premier documentaire en se penchant sur son histoire familiale. Sa grand-mère lui avait confié avoir caché des enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Il débute alors son travail de recherches sur ses bribes de souvenirs. En fouillant dans les tiroirs chez son grand-oncle, en Lot-et-Garonne, il découvre le cahier d’une jeune écolière de 11 ans : Susi Feldsberg. Le réalisateur décide de partir sur les traces de la famille Feldsberg. Pendant plus de quatre ans, il va enquêter en France, en Belgique, en Autriche, en République tchèque et en Pologne pour réaliser Le cahier de Susi. Il découvrira qu’ils ont tous été déportés et assassinés à Auschwitz en septembre 1942 depuis le camp d’internement de Drancy. (MK2/Carlotta)
COUP DE COEUR
Las Vegas, un 4 juillet, jour de l’Indépendance des États-Unis. Hank (Frederic Forrest) et Franny (Teri Garr), usés par une vie de couple faite de routine et de banalité, décident de se séparer, le jour anniversaire de leurs cinq ans de rencontre. Chacun s’en va vivre une nuit d’errance, de rêve et de désir avant, peut-être, de mieux se retrouver. Sorti de l’expérience éreintante d’Apocalypse now, Francis Ford Coppola est désireux de choisir un sujet plus léger pour son prochain film. Il rêve aussi d’un studio de cinéma qui rassemblerait des réalisateurs soucieux de maîtriser totalement leurs films. C’est ainsi qu’il rachète Hollywood General Studios à Los Angeles pour entamer la seconde ère de son studio Zoetrope. Coup de cœur sera le premier film de cette nouvelle usine du cinéma. Il s’agit aussi de la toute première œuvre cinématographique de l’ère électronique : en effet, le cinéaste a mis sur pied le Silver Fish, un bus équipé d’une régie ultra sophistiquée afin d’imaginer son film sous tous les angles. Il en résulte une œuvre cinématographique aux prouesses techniques indiscutables, aux images sublimes et révolutionnaires. Si le film n’a pas eu le succès espéré lors de sa sortie, il est aujourd’hui totalement réévalué. Beaucoup parlent de chef d’œuvre et le considèrent comme l’un des plus beaux films de son auteur. Œuvre singulière dans la filmographie de Coppola, Coup de cœur est une véritable déclaration d’amour au pouvoir du cinéma. Entièrement filmé dans une Las Vegas reconstituée en studio, baignée de néons et de lumières irréelles, le film marie l’émotion la plus intime à une mise en scène ample et lyrique. Audacieux, ce film musical, bercé par les chansons de Tom Waits (qui incarne un joueur de trompette), est une rêverie mentale photographiée par l’un des plus grands opérateurs du cinéma, l’Italien Vittorio Storaro (Le conformiste, Apocalypse now, Reds…). Coup de cœur se déploie comme un poème visuel, une fable moderne et mélancolique sur les secondes chances et les errances du cœur. Le film est ici également disponible dans sa versions Reprise, un remontage exclusif de 2024, approuvé et supervisé par Coppola lui-même. Ce nouveau montage, qui selon le réalisateur affine et enrichit le récit d’origine, redonne toute sa force émotionnelle et esthétique à cette œuvre singulière. Film de mise en scène, Coup de coeur rappelle les classiques d’Hollywood comme Chantons sous la pluie ou Un Américain à Paris. Une pure merveille intemporelle qu’on ne se lasse pas de revoir. Le film est accompagné d’abondants suppléments. On y trouve Le studio de rêve (29 min), Quand la vidéo rencontre le cinéma (9 min), le Motion Control, par Robert Swarthe (3 min), Tom Waits et la musique du film (13 min), le making-of (23 min), le clip This one’s from the heart réalisé par Gian-Carlo Coppola (4 min), des scènes inédites (25 min), l’esthétique de Coup de cœur (17 min, inédit), le casting du film (21 min, inédit), la chorégraphie (24 min, inédit) ou Réinventer la comédie musicale : Baz Luhrmann parle de Coup de cœur (25 min, inédit). (Pathé)
TUCKER
Preston Tucker est un inventeur passionné, déterminé à bouleverser l’industrie automobile avec la Tucker Torpedo ’48, une voiture audacieuse, novatrice, en avance sur son temps. Le succès prévisible déclenche une contre-attaque immédiate du Big Three (General Motors, Chrysler et Ford) pour tuer le projet dans l’œuf. Face aux lobbies automobiles de Detroit et à l’hostilité du gouvernement, le rêve de Tucker se heurte à un système décidé à l’écraser. Mais cet homme déterminé est décidé à ne pas se laisser faire et à faire aboutir son projet : il doit absolument réaliser cinquante exemplaires de sa voiture pour que celle-ci existe de fait. Ce biopic flamboyant retrace le destin brisé de Preston Tucker, concepteur automobile visionnaire dont l’ambition s’est heurtée à la toute-puissance des géants américains du domaine. Dans la lignée des films de Franck Capra (La vie est belle, 1946), Coppola raconte comment un homme s’accroche à son rêve grâce au soutien indéfectible de sa famille, quelques collaborateurs dévoués et un sens inné de la publicité. Peint avec les couleurs intenses d’un magazine comme Life, ce portrait d’un bricoleur de génie est aussi une critique de l’Amérique : celle d’un pays où, après-guerre, les petits inventeurs se trouvent écrasés par une industrie gigantesque. Comment ne pas penser à Coppola lui-même, obsédé par l’indépendance de sa création face aux majors de l’industrie cinématographique ?Il s’agit en effet du projet le plus personnel du cinéaste, produit par un certain… George Lucas. A l’époque de l’échec de THX 1138, Coppola avait relancé sa carrière en produisant American Graffiti. C’est désormais au tour de Lucas, devenu indépendant grâce à la saga Star Wars, de relancer son ami. Porté par Jeff Bridges dans le rôle-titre (qui avait été proposé à Brando et Nicholson), Tucker est une superbe déclaration d’amour à l’Amérique des années 40, combattante et dynamique. Images spectaculaires en Technicolor, montage tonitruant volontairement artificiel et publicitaire, Coppola signe ici un film enjoué et euphorisant, filant à toute allure. C’est son chant d’amour aux utopistes et aux rêveurs mais aussi sa réponse aux critiques et aux studios. Dans les suppléments, on trouve le commentaire audio de Francis Ford Coppola, une introduction au film (3 min), une sène coupée : The Stove (4 min), Under the Hood : Making Tucker (10 min) ainsi que Tucker : The Man and the Car, un film promotionnel de 1948 avec commentaire audio de Coppola (15 min). (Pathé)
BOOGIE NIGHTS
Plongeur dans une boîte de nuit dans la banlieue de Los Angeles, Eddie Adams n’a pas une vie de famille très rose entre un père muet et une mère hystérique qui lui reproche d’être un raté. Nous sommes à la fin des années 1970 et le jeune Eddie va croiser la route de Jack Horner. Réalisateur de films X, Horner, ayant remarqué le potentiel viril du gaillard, va le propulser dans le monde du cinéma porno. A une époque où le sexe est un plaisir sans danger et le plaisir une industrie, Eddie devient une star internationale sous le nom de Dirk Diggler. Le succès arrive rapidement. Deux années consécutives, Eddie est primé pour ses films. Diggler va trouver sa place dans le milieu. Il devient ami avec d’autres acteurs et des membres de l’équipe technique, s’achète une voiture de luxe et s’installe dans une nouvelle maison. Les années 1980 arrivent, et lorsque Jack recrute un nouvel acteur, Eddie sent son statut menacé. A la suite d’une altercation avec Jack, il décide d’abandonner le porno pour se lancer dans la musique. Mais devenu accro à la cocaïne, il dépense tout l’argent prévu pour l’enregistrement d’un album en drogues et finit par tomber dans la prostitution. Pendant ce temps, le marché du X connaît des jours de plus en plus sombres… Pourtant, après avoir frôlé la mort dans une affaire de revente de drogue avariée, Eddie retourne voir Jack, s’excuse. Ils vont reprendre ensemble le tournage de films pornographiques. Après un premier film qui connut beaucoup de problèmes, Paul Thomas Anderson (actuellement à l’affiche dans les salles avec Une bataille après l’autre) tourne, en 1977, cette histoire qui s’inspire de l’acteur John Holmes (1944-1988) apparu dans quelque 2500 films X. Le cinéaste s’appuie sur un court-métrage réalisé à l’âge de 17 ans, The Dirk Diggler Story, un documentaire fictif sur un acteur de films pornographiques. Pour le film, le cinéaste bénéficie d’un gros casting avec Mark Wahlberg (Diggler), Julianne Moore, Burt Reynolds, John C. Reilly, Philip Seymour Hoffman ou William H. Macy. Entre glamour et décadence, Boogie Nights, présenté dans un steelbox 4K Ultra HD, est un film ambitieux qui raconte à la fois une époque (1977-1984), un business qui fascina l’adolescent Anderson et des destinées personnelles. Une immersion dans l’âge d’or du cinéma… et de l’excès. Dans les suppléments, on trouve notamment une séance de questions-réponses à l’American Cinematheque avec le réalisateur et John C. Reilly ainsi que des scènes supplémentaires… (Warner)
THE OUTSIDERS
A Tulsa, dans l’Oklahoma, au milieu des années soixante, deux bandes rivales s’affrontent régulièrement. D’un côté, les Greasers, délinquants issus des quartiers pauvres, adeptes de la gomina et des blousons en cuir. De l’autre, les Socs, gosses de riches arrogants qui roulent en Cadillac. Membre des Greasers, Ponyboy rencontre Sherry « Cherry » Valance (son surnom vient de ses cheveux rouges) qui veut lui prouver que les Socs ne sont pas tous pareils. Au cours d’une bagarre, Johnny, un jeune Greaser, tue un membre des Socs… Suite à l’échec commercial de Coup de cœur (voir ci-dessus), Coppola réalise dans la foulée The Outsiders, tiré du très populaire roman de Susan Eloise Hinton. Avec cette histoire de bandes rivales et d’adolescence rebelle, le cinéaste retrouve des thèmes qui lui sont chers depuis longtemps. The Outsiders, sorti en 1983, rend hommage à des chefs-d’œuvre du cinéma américain comme La fureur de vivre (1955) de Nicholas Ray ou West Side Story (1961) de Jerome Robbins et Robert Wise. Le film de Coppola deviendra lui-même une référence pour d’autres cinéastes comme Gus Van Sant ou Leos Carax. Ici, Coppola revisite tout le cinéma de Nicholas Ray avec des acteurs aux gueules d’ange. On croise Matt Dillon, Tom Cruise, Rob Lowe et Patrick Swayze qui font leurs premiers pas au cinéma mais aussi Diane Lane, C. Thomas Howell ou Emilio Estevez dont Coppola avait dirigé le père (Martin Sheen) dans Apocalypse now. Emilio Estevez y avait d’ailleurs un petit rôle coupé au montage. Dans la plus pure tradition du teen movie mais, dans un registre sombre, ces gamins grandissent en bande, sans famille ni avenir, déshérités par leur pays, et pourtant tous animés d’une rage de vive. Avec The Outsiders, présenté ici dans son montage original et sa version Complete Novel, le réalisateur livre l’un de ses films les plus romanesques et continue d’innover en développant les techniques de tournage et d’enregistrement mises au point pour Coup de cœur. Avec ce cinéma électronique, Coppola veut faire entrer le cinéma dans une nouvelle phase et y parvient avec maestria. Ce film lyrique à la beauté crépusculaire surprend. Le cinéaste soigne ses décors, et s’il filme de nouveau en extérieurs la nature et les espaces, il s’autorise les couchers de soleil en studio et les silhouettes découpées sur l’horizon, hommage aux classiques du vieil Hollywood. Cette sortie est accompagné de beaucoup de suppléments avec notamment des commentaires audio du réalisateur ainsi que de plusieurs comédiens, le making-of Rester de l’or : retour sur The Outsiders (26 min), une interview de Diane Lane (19 min), la romancière S.E Hinton sur le lieu du tournage à Tulsa (7 min), une rencontre de Coppola avec les étudiants de la Fémis (22 min), des scènes inédites ainsi que des inédits comme l’introduction de Coppola à The Outsiders : The Complete Novel (11 min) ou une rencontre avec Stephen H. Burum, le directeur de la photo, qui se souvient du film (12 min). (Pathé)
DRACULA
Au 15e siècle, au fond des Balkans, Vlad, prince de Valachie, est un seigneur redouté pour ses qualités de combattant. Une fois de plus, pour défendre son territoire, il est amené à combattre un ennemi qu’il met en déroute. Hélas, Vlad ne peut rien contre la perte d’Elisabeta, la femme de sa vie, tuée sous ses yeux par des soldats. Il implore un prêtre de demander à Dieu de ramener celle qu’il aime à la vie. Mais le prêtre décline et Vlad le transperce avec sa crosse… Frappé d’une malédiction, il devient le prince Dracul, un vampire avec pour seul but dans l’existence : retrouver son amour perdu. Dans son château, il reçoit Jonathan Harker, un clerc de notaire, qui vient lui proposer une demeure à Paris. Jonathan porte autour du cou un collier avec une médaille qui contient la photo de Mina, sa fiancée. Vlad est bouleversé. Et si cette Mina n’était autre que la femme de sa vie ! 400 ans plus tard, à Paris, Vlad croise la fragile Mina qui ressemble, effectivement, à sa chère Elisabeta… Le cinéma aime le bon vieux vampire cher à Bram Stocker. Après Tod Browning, Terence Fisher, Francis Ford Coppola ou encore Robert Eggers, c’est donc Luc Besson qui s’y colle ! L’idée de son Dracula est née, semble-t-il, d’une discussion avec le comédien américain Caleb Landry Jones, qui tint en 2023 le rôle principal du DogMan de Besson. Le cinéaste et l’acteur évoquaient les potentiels rôles qui pouvaient convenir à Landry Jones. Et voilà comment le nom de Dracula apparut et comment Luc Besson se mit à écrire un scénario d’après Bram Stocker. Avec un budget de 45 millions d’euros, Dracula est le film français le plus cher de 2025 même si on est loin des 197 millions d’euros du blockbuster de Luc Besson Valerian et la Cité des mille planètes (2017). Mais, de fait, l’argent, incontestablement, est sur l’écran ! Le réalisateur du Grand bleu n’a pas lésiné sur les costumes, les perruques, les maquillages, les décors, les effets visuels et il peut même proposer une b.o. écrite, dans une première collaboration entre les deux artistes, par Danny Elfman, le compositeur fétiche de Tim Burton… L’aventure est aussi gothique que kitsch. Mais Besson a toujours été un baroque et son objectif, c’est de faire du spectacle. Donc, sur un fond de drame romantique amoureux, le cinéaste distille sa propre vision vampirique fortement saturée. Avec son faux air de Willem Dafoe, Caleb Landry Jones est un Dracula qui vaut bien ses prédécesseurs face à Christoph Waltz en prêtre exorciste sûr de son fait et convaincu que la gousse d’ail ne fonctionne pas contre les suceurs de sang. Tape-à-l’oeil mais efficace. (M6)
LA LÉGENDE DE ZATOÏCHI : LES ORIGINES DU MYTHE
En 1962, la Daiei produit La légende de Zatoïchi – le masseur aveugle. Ce film à petit budget, en noir et blanc, va pulvériser le box-office et marquer irrémédiablement l’histoire du cinéma japonais. Vingt six films et cent épisodes de série TV suivront, faisant de Zatoïchi, l’une des sagas les plus retentissantes mais aussi les plus complètes du cinéma japonais. Le masseur aveugle, ancien yakuza devenu vagabond errant, aux techniques de sabre redoutables, est interprété par Shintaro Katsu, qui jouera ce personnage jusqu’en 1989. Aux commandes des films, on trouve des réalisateurs de légendes tels que Kazuo Mori, Kenji Misumi ou Tokuzo Tanaka. Un coffret collector (illustré par Péchane) contenant cinq Blu-ray (films 1 à 3 en noir et blanc, films 4 et 5 en couleurs) rassemble les quatre premiers films de la saga ainsi que Le bandit aveugle, un film précurseur qui présente une première itération du personnage. Les origines de Zatoïchi – Le bandit aveugle (1960) : Avant de devenir Zatoïchi, Shintaro Katsu incarne Suginoichi, un bandit aveugle froid et ambitieux, prêt à tout pour s’emparer du pouvoir, au détriment de ceux qui l’entourent… Le studio Daiei dévoile la première version d’un personnage à la fois proche et éloigné du Zatoïchi à venir. La légende de Zatoichi – Le masseur aveugle (1962) : Le masseur aveugle Zatoïchi rend visite à un chef yakuza. Bientôt entraîné dans un conflit avec un clan rival, il se lie d’amitié avec un samouraï malade du camp adverse, tandis que la guerre entre les deux factions devient inévitable. Un premier volet fondateur qui révèle le sabreur aveugle Zatoïchi. La légende de Zatoichi – Le secret (1962) : Les tensions entre deux gangs rivaux éclatent au grand jour. Chaque chef désigne son champion : un ancien samouraï devenu pêcheur, porteur d’un lourd secret, et Zatoïchi, joueur invétéré et masseur, dont le sabre frappe avec la fulgurance de l’éclair. La légende de Zatoichi – Un nouveau voyage (1963) : Zatoïchi tente de se retirer dans son village natal, mais la violence le rattrape lorsqu’il se retrouve mêlé à un conflit entre un clan de yakuzas et des villageois opprimés. La légende de Zatoichi – Le fugitif (1963) : À son arrivée dans la ville de Shimonita, Ichi apprend qu’un chef yakuza local a mis sa tête à prix. Pris au piège, il découvre qu’un ancien amour a été assassiné. Dévoré par la colère, il part affronter les meurtriers : un rōnin mercenaire et son clan. Dans les bonus, on trouve la présentation des films par Clément Rauger, La Naissance du mythe, un entretien avec Fabien Mauro, la présentation du film Le masseur aveugle par le réalisateur nippon Takashi Miike et l’essai Le guerrier handicapé : un grand mythe du cinéma martial. (Roboto Films)
GAMERA
La tortue Gamera, elle, fête cette année ses 60 ans ! C’est en effet en 1965 que la Daiei, plutôt spécialisée dans les films de sabre, lance son monstre maison pour concurrencer le Godzilla de la Tohu. Entre destruction spectaculaire, imagination débridée et un charme naïf typique du kaiju-eiga, les films japonais de monstres des années 60, les trois premiers Gamera posent les bases d’un mythe qui marquera le genre. Après un premier film en noir & blanc où la tortue cracheuse de feu menace Tokyo, Gamera affrontera d’autres créatures géantes en couleurs, dont Gyaos, une sorte de chauve-souris géante assoiffée de sang, ou Barugon, une créature reptilienne mythologique. Avec douze films au total, la tortue a marqué le genre du kaiju-eiga. Gamera s’offre une nouvelle jeunesse avec une restauration en 4K supervisée par Shinji Higuchi (directeur des effets spéciaux de la trilogie Heisei de Gamera, et co-réalisateur de Godzilla Resurgence), le tout dans deux beaux coffrets Blu-ray ou UHD comportant les trois premiers films de l’ère Showa accompagnés de dix cartes postales, un livret de 60 pages et un poster. Gamera – Daikaiju Gamera (1965) : Suite à une explosion nucléaire, une tortue préhistorique émerge de l’océan et détruit des villes au large du Japon. Son nom est Gamera. Gamera contre Barugon (1966) : Barugon, créature reptilienne mythologique, ravage le Japon. Gamera, protecteur de la Terre, se mettra au travers de sa route… Suite au succès du premier Gamera, la Daiei propose cette fois une suite en couleurs, dans laquelle Gamera affronte un monstre à sa hauteur. Gamera contre Gyaos (1967) : Une créature volante nommée Gyaos terrorise le Japon en se nourrissant d’énergie humaine. Alors que des scientifiques essayent de comprendre l’origine de Gyaos, Gamera intervient pour sauver l’humanité. Dans ce troisième volet, la Daiei introduit Gyaos, nemesis de Gamera. Dans les bonus, on trouve la présentation de chaque film par Fabien Mauro, un essai de Jordan Guichaux intitulé Gamera création du concurrent idéal et des interview de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, superviseurs de la restauration. (Roboto Films)
SI VERSAILLES M’ETAIT CONTÉ
L’histoire du château de Versailles, depuis l’instant où, enfant, le futur roi Louis XIII découvre le site, jusqu’aux années cinquante où le château de Louis XIV est devenu un musée. À l’origine, Louis XIII fit élever un pavillon de chasse dans la forêt de Versailles, que son fils Louis XIV transforma en un château somptueux. Le faste du train de vie du monarque et de sa cour éveilla la colère du peuple, qui fit trembler les murs du palais… Qu’ont en commun Tino Rossi, Brigitte Bardot, Jean Marais, Bourvil, Claudette Colbert, Gérard Philipe, Édith Piaf, Annie Cordy, Charles Vanel, Jean Richard, Orson Welles, ou encore Micheline Presle ? Toutes ces stars sont au générique de Si Versailles… à côté de bien d’autres comédiens encore ! C’est assurément ce casting… royal qui a contribué au succès de ce classique.
On nous dit que nos rois dépensaient sans compter,
Qu’ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.
Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,
Ne nous mettaient-ils pas notre argent de côté ?
Ce sont les premiers mots du quatrain que Guitry dit en ouverture du film… À travers les grandes figures qui l’ont habité, Sacha Guitry se réapproprie, avec pas mal de fantaisie, l’histoire du célèbre château en lui rendant un formidable hommage. Entre La vie d’un honnête homme (1953) et Napoléon (1955), Sacha Guitry donne une superproduction qui, entre faits historiques, dialogues raffinés et reconstitutions somptueuses, retrace l’histoire du château de Versailles avec humour et pédagogie. Cette fresque flamboyante sort pour la première fois en édition collector restaurée 4K + 2 Blu-ray. Premier film en couleurs de Guitry, Si Versailles… fut un énorme succès avec plus de sept millions d’entrées en France en 1954. Le contrat d’autorisation de tournage allouait un pourcentage des recettes au Château de Versailles. En trois semaines d’exclusivité à Paris, les premières recettes rapportèrent plus de 56 millions d’euros au monument, contribuant ainsi largement à sa restauration. Dans les suppléments, on trouve notamment Si Versailles m’était conté… : l’Histoire selon Sacha Guitry, par Noël Herpe, historien du cinéma. (39 mn), des anecdotes et souvenirs par Albert Willemetz, président de l’Association des Amis de Sacha Guitry (24 mn), A vous aussi Versailles sera conté, une archive INA diffusée pour la première fois en 29 décembre 1953 (32 mn). (Rimini éditions)
SORRY, BABY
Quelque chose est arrivé à Agnès. Tandis que le monde avance sans elle, son amitié avec Lydie demeure un refuge précieux. Entre rires et silences, leur lien indéfectible lui permet d’entrevoir ce qui vient après… Loin des récits de souffrance traditionnels, Sorry, Baby se distingue par son regard tourné vers la guérison et la résilience. Eva Victor, pour un premier film, évoque des événements proches de sa propre expérience, fait preuve d’une grande sensibilité et dépeint une amitié féminine sincère, faite de complicité et de soutien. Dans un propos emprunt d’émotion et de tendresse, la cinéaste réussit une œuvre profondément humaine et nécessaire. En suivant Agnès (incarnée par Eva Victor), une doctorante trentenaire, violée par son directeur de thèse, la réalisatrice développe cinq chapitres non chronologiques, couvrant, par touches successives, cinq années de la vie d’Agnès. En privilégiant « la guérison » à « la violence ». C’est Barry Jenkins, le scénariste et réalisateur de Moonlight (2016), Oscar du meilleur film 2017, qui, ayant découvert les vidéos humoristiques d’Eva Victor en ligne, lui proposa, dans un geste de confiance, de produire son premier film à condition qu’elle en assure elle-même la réalisation. Présenté à la Quinzaine des cinéastes de Cannes, Sorry, Baby a été couronné pour son scénario par le jury de Sundance qui a souligné « son honnêteté étonnante et son humour emprunt d’émotion ». Le sujet du film habitait Eva Victor depuis longtemps, mais ce n’est qu’après avoir découvert de manière autodidacte le cinéma qu’elle s’est sentie prête à aborder cette histoire d’une jeune chercheuse qui, suite à une agression sexuelle, renoue avec sa propre identité, avec une dose d’humour noir et grâce à l’amour et au soutien d’une amie. « Je me suis retrouvée à écrire le film dont j’aurais eu besoin quand j’ai traversé une crise proche de celle d’Agnès », explique la cinéaste. « Plus que de filmer la violence ou les agressions, c’était la guérison qui m’intéressait. Je tenais à explorer ce sentiment d’impasse, le fait de voir les gens qu’on aime aller de l’avant tandis qu’on reste coincé dans le souvenir de ce qu’on a vécu. J’ai voulu faire ce film pour la personne que j’avais été. » Un délicat récit de survie ! (Wild Side)
MIROIRS N°3
Jeune femme plutôt mystérieuse, Laura accepte d’accompagner son compagnon et des amis pour une excursion. Mais elle change d’avis. Son ami accepte de la ramener à Berlin. Sur une étroite route de campagne, la voiture se retourne dans les champs. Le chauffeur est tué sur le coup. Laura sort, presque miraculeusement, indemne de l’accident. Transportée dans une maison voisine, la jeune femme, très secouée, demande à y rester. Betty, qui avait vu passer la voiture, juste avant le drame, accepte. Fragile, affaiblie, abattue, Laura passe son temps entre le lit et la fenêtre de son refuge sous le regard d’une Betty qui lui apporte soutien et réconfort. Petit à petit, une cohabitation s’installe. Mais Laura découvre bientôt de sombres secrets et doit se rendre à l’évidence : quelque chose ne va pas dans la famille. Les raisons qui les poussent à s’occuper d’elle ne sont pas aussi honorables qu’il n’y paraît. On a remarqué l’Allemand Christian Petzold avec des films comme Barbara (2012) ou le récent Ciel rouge dans lequel on trouvait déjà l’excellente Paula Beer qui est, ici, cette Laura, pianiste ambitieuse, qui a l’impression que la musique et sa vie lui échappent. Miroirs n°3, dont le titre fait référence à la pièce pour piano éponyme de Maurice Ravel, s’applique à distiller une atmosphère presqu’inquiétante entre Laura et Betty tandis que Richard, le mari et Max, le fils de Betty, tous deux travaillant dans un garage situé dans un hameau proche, se tiennent présents à quelque distance. Dans cette maison perdue en pleine campagne, Laura va devenir une sorte d’enjeu qui pourrait permettre à Betty et aux siens de reprendre goût à l’existence. Si, in fine, la raison qui pousse Betty à accueillir Laura, apparaît assez banale, c’est bien le sentiment que la jeune femme n’est pas vraiment présente au monde, qui intéresse le cinéaste. Dans la voiture fatale, elle passe devant une maison et le regard d’une parfaite inconnue, une femme vêtue de noir qui peint une clôture, la fixe. « Elle est en quelque sorte choisie, comme dans les contes. Cette femme avec son pinceau à la main s’offre une princesse pour sa maison de sorcière. » Sous la férule de Betty, Laura refait un parcours biographique qui n’a rien à voir avec sa vie antérieure. En saisissant avec finesse des échanges de regards qui alternent des points de vue objectif et subjectif, Petzold montre comment, dans le comportement de Betty (remarquable Barbara Auer) puis des deux hommes, Laura devient l’objet de la famille… Avant de pouvoir, probablement, revenir littéralement à la vie. (Blaq Out)
L’EPREUVE DU FEU
Comme il le fait depuis sa plus tendre enfance, Hugo, maintenant âgé de 19 ans, passe les vacances d’été sur l’île de Noirmoutier dans la petite maison de son grand-père. Mais, pour la première fois, il débarque en compagnie de Queen, sa flamboyante petite amie, originaire de Toulon et esthéticienne à Paris. En se baladant sur l’île, Hugo retrouve une bande d’amis d’enfance qu’il n’a pas vus depuis bien longtemps. Les copains d’Hugo sont aussi étonnés de retrouver un type bien dans sa peau, lui qui était autrefois le « gros » de la troupe. Avec eux, le jeune homme retrouve ses vieux réflexes, ses habitudes, ses complicités d’antan, ses souvenirs et ses secrets. Hugo et Queen n’ont prévu que de rester quelques jours à Noirmoutier avant de se rendre chez la grand-mère de Queen, à Toulon… Avec L’épreuve du feu (qu’il a basé sur son moyen-métrage Coqueluche, sorti en 2018), Aurélien Peyre signe un film sur la jeunesse en vacances confrontée à des « autres ». Les vieux cinéphiles se souviennent que Jacques Becker, en 1949, avait su capter l’air du temps et la jeunesse de l’après-guerre dans le lumineux Rendez-vous de juillet. Ici, la lumière et aussi la mer sont au rendez-vous mais dans une comédie douce-amère qui se déroule dans un clan de petits bourges préoccupés par le fait de savoir s’ils sortiront en mer sur le grand bateau de l’un d’entre eux. Dans ce contexte, Hugo, qui se sentait bien jusque là avec Queen, va se retrouver mal à l’aise. Comme si cette Queen aux ongles démesurées et au verbe enlevé (« Il ne faut pas juger un sac à son étiquette ! ») lui faisait pratiquement perdre la face. Sans jamais forcer le trait, le cinéaste observe avec justesse cette bande de copains et de copines qui ne sont pas prêts à s’ouvrir à une nouvelle venue qui ne fait clairement pas partie de leur milieu. Il y a alors de la condescendance, du mépris, voire de la cruauté dans l’air. Hugo réussira-t-il à se sortir du piège ? Félix Lefebvre (découvert dans Eté 85 de François Ozon en 2020) est un Hugo très convaincant dans ses atermoiements et Anja Verderosa est très bien en cagole de service (c’est elle qui le dit). Quant à Suzanne Jouannet (excellente en fille d’agriculteurs en route pour Polytechnique dans La voie royale en 2023), est Colombe, dessinatrice de talent qui va jouer la carte de la séduction avec Hugo… Un film juste et sincère sur la difficulté d’être adolescent dans le regard des autres. (Blaq Out)
PERLA
Dans la Vienne du début des années 1980, Perla, artiste peintre indépendante et mère célibataire atypique, s’est construite une nouvelle vie avec Josef, son mari autrichien, un homme intègre et paternel, et sa fille, Julia, 10 ans. Le jour où Andrej, le père de Julia, tente de la recontacter parce qu’il est atteint d’un cancer en phase avancée, c’est tout son passé qui va la rattraper… Car Perla, qui a fui le pays après l’invasion russe, décide de retourner en Tchécoslovaquie pour le voir, malgré les dangers que cela représente. Alors qu’elle s’épanouissait dans la capitale autrichienne, c’est un retour périlleux qui l’attend dans un pays muselé et auprès d’un homme tourmenté. La réalisatrice austro-slovaque Alexandra Makarová donne un film intimiste et poignant qui aborde des thèmes universels comme l’émigration d’un pays vers un ailleurs plus propice à la joie et la liberté, les liens profonds avec sa terre d’origine mais aussi les errements affectifs et amoureux avec encore en toile de fond la prédation masculine. De fait, lorsque Perla retourne dans son pays natal, le récit bascule dans la précarité, la peur et une violence sourde. En 2018, la cinéaste avait réalisé Zerschlag mein Herz qui racontait l’histoire de deux adolescents roms tombés amoureux. Ils quittent leur pauvre village dans l’est de la Slovaquie pour mendier dans les rues de la riche Vienne. Pour la première fois, ils ont un aperçu du bonheur mais l’impression est de courte durée. Ici, en s’appuyant sur Rebeka Poláková qui incarne une Perla impressionnante, elle signe un film qui séduit par sa photographie et sa bande-son et qui émeut en explorant les tensions entre le passé et le présent, entre deux cultures et deux idéologies. Car Perla est désormais tiraillée entre son désir de liberté et les souvenirs douloureux de son pays natal. Un mélodrame puissant. (Blaq Out)
JOHN WICK
John Wick vient de perdre sa femme Helen, décédée des suites d’une longue maladie. Peu après l’enterrement, John reçoit un colis, contenant un chiot femelle beagle nommée Daisy et une lettre : il s’agit d’un cadeau posthume d’Helen pour l’aider à surmonter sa disparition. John s’attache à Daisy et l’emmène faire un tour à bord de sa Ford Mustang 1969. Arrêté à une station d’essence pour faire le plein, il croise un trio de mafieux russes, dont le meneur, Iosef, intéressé par la voiture, insiste pour que John la lui vende. Il refuse et répond à l’insulte en russe de Iosef dans la même langue. Le soir même, il est agressé dans sa maison par la bande de Iosef. Ils volent la Mustang et tuent Daisy. Le lendemain, Iosef apporte la voiture au garage d’Aurelio, afin de la modifier, mais ce dernier, comprenant à qui elle appartient et ayant appris la manière dont Iosef se l’est appropriée, le frappe et refuse de la prendre. Peu de temps après, Wick rend visite à l’atelier d’Aurelio qui lui apprend que Iosef est le fils de Viggo Tarasov, chef de la mafia russe et également son ancien employeur. Tarasov réprimande Iosef et lui explique que Wick, surnommé Baba Yaga, était son meilleur assassin avant de prendre sa retraite après être tombé amoureux d’Helen. Le chef de la mafia tente de raisonner Wick au téléphone, en vain… C’est en 2014 que Chad Stahelski (coordinateur des cascades sur la trilogie Matrix) met en scène Keanu Reeves dans le rôle d’un ancien tueur à gages retiré des affaires et contraint de reprendre du service pour retrouver celui qui l’a agressé, a volé sa voiture et a tué son chiot beagle.. Et ça, il ne fallait pas. Car John Wick, décidé à se venger, peut être extrêmement méchant. Pour fêter les dix ans de John Wick, voici une belle sortie Blu-ray 4K Ultra HD qui permet de se replonger dans le premier volet de ce qui va devenir une franchise à succès. Toujours en complet-veston, Wick (qui donnera une nouvelle impulsion à la carrière de Keanu Reeves) est un parfait héros de film d’action. Et, de fait, on se laisse très facilement embarquer dans cette histoire de furieux auquel John Wick va donner infiniment de fil à retordre. D’ailleurs, sans spoiler, on peut dire que notre héros va carrément mettre la misère totale à la mafia russe. Ils n’avaient qu’à pas toucher à la rutilante Mustang et à cette pauvre Daisy. C’est dégueulasse de tuer un chien ! Dans les suppléments, on trouve notamment le documentaire retrospectif Il était une fois John Wick (2h06). (Metropolitan)
A TOUTE EPREUVE
Vers la fin des années 1990, alors que les Britanniques sont sur le point de rendre à la Chine une ville de Hong Kong gangrenée par le crime, le policier « Tequila » Yen enquête sur des trafiquants d’armes. Lors d’une transaction portant sur la vente de trois armes à feu, « Tequila» intervient avec un coéquipier. Une fusillade s’engage, son coéquipier et tous les trafiquants sont tués, ainsi qu’un policier infiltré dont Tequila n’avait pas connaissance. Alors que bien des policiers ont baissé les bras, un groupe d’inspecteurs inflexibles mené par « Tequila » décide de mettre fin à la suprématie des gangs. En 1992, John Woo est un cinéaste reconnu qui a marqué le cinéma d’action hongkongais avec des films comme Le syndicat du crime (1986), The killer (1989) ou Une balle dans la tête (1990), imprimant aussi une mise en scène marquée par des séquences d’action chaotiques, ses « impasses mexicaines » ou son usage fréquent du ralenti. Considéré comme le représentant officiel de l’Heroic Bloodshed, un genre tournant autour de scènes d’action stylisées et de thèmes dramatiques tels que la fraternité, l’honneur, le devoir, la rédemption et la violence, John Woo voulait, ici, tourner le dos aux films mettant en scène des criminels (ce qu’on lui reprocha) pour tourner une aventure policière à la manière de la saga américaine de L’inspecteur Harry. Si A toute épreuve est un succès commercial à Hong Kong, le film est surtout remarqué sur le marché occidental où l’on salue des scènes d’action de grande qualité. Le cinéaste donne le rôle principal de « Tequila » à Chow Yun-fat, l’un de ses acteurs favoris et vraie star hongkongaise vue dans Prison on fire (1987) ou Tigre et dragon (2000) mais aussi, à Hollywood, dans Ana et moi (1999) ou Pirates des Caraïbes (2007). Dernier film hongkongais de John Woo avant son départ à Hollywood, A tout épreuve, dans une édition limitée Blu-ray 4K Ultra HD, c’est du pur cinéma d’action, efficace, emballant et suffocant à souhait. Avec, en prime, une esthétique audacieuse et une réflexion bienvenue sur la noirceur de la nature humaine. (Metropolitan)
FÊLÉS
Lieu associatif de Marmande qui accueille des personnes ordinaires mais violentées par la vie, l’Arc-en-ciel est en péril. Pour les besoins de la création d’un parking, on menace d’expulser les adhérents qui se soutiennent mutuellement dans leur lutte contre les difficultés quotidiennes. Certes la maire (Charlotte de Turckheim) propose un nouveau local. Mais cette solution à première vue positive, déplait fortement à Pierre, le co-fondateur de l’Arc-en-ciel. En effet, l’idée de changer de lotissement l’affecte profondément, étant donné que c’est là que se trouve dispersées les cendres de son défunt amour, co-fondatrice de la structure. Il annonce alors se retirer de l’association. Mais un élan de solidarité s’organise autour de Pierre, pour sauver cette maison d’accueil unique à travers une cagnotte participative et autres actions… Réalisateur de Fêlés, Christophe Duthuron a commencé sa carrière comme comédien de théâtre. Il tient aussi quelques rôles au cinéma, notamment en 1977 dans Droit dans le mur réalisé par Pierre Richard. Lorsque cet admirateur de Pierre Richard monte à Paris, il va passer des heures sur le quai, en face de la péniche où habite l’acteur. Il parvient à attirer son attention et se fait inviter à monter à bord. De cette rencontre naîtra une amitié et une collaboration soutenue puisque Duthuron va notamment mettre en scène Le bonheur de Pierre (2009), Les vieux fourneaux (2018) ou Les vieux fourneaux 2 : Bons pour l’asile (2022), tous avec Pierre Richard. Le cinéaste retrouve à nouveau le comédien nonagénaire (entouré de Bernard Le Coq, Méliane Marcaggi, François Berléand, Emilie Caen) pour un film débordant de sensibilité et qui distille une belle et forte émotion. (Blaq Out)
LA NUIT DES CLOWNS
En 1991, un groupe d’écoliers de Kettle Springs, dans le Missouri, fait la fête près de l’ancienne usine de sirop de maïs de Baypen. Deux lycéens s’infiltrent dans le champ de maïs voisin et sont tués par Frendo le Clown, la mascotte de Baypen. Aujourd’hui, Quinn Maybrook s’installe dans la petite ville de Kettle Springs, où son père, Glenn, a accepté un nouveau poste de médecin municipal. Les relations entre les Maybrook sont tendues après la mort de Samantha, la mère de Quinn. Quinn se lie d’amitié avec Cole, le fils d’Arthur Hill, le maire de Kettle Springs et ses amis Janet, Matt, Ronnie et Tucker. Cole explique également à Quinn l’histoire de l’incendie de l’usine Baypen, que la ville impute au groupe. Alors qu’elle visionne une vidéo parodique d’horreur mettant en scène Frendo, Quinn aperçoit un deuxième Frendo mystérieux en arrière-plan. Pendant ce temps, Tucker est traqué devant chez lui par un autre Frendo, qui s’introduit discrètement et le tue. Lors du 100e festival de la Fête des fondateurs de la ville, Matt gâche les festivités. Le shérif de Kettle Springs accuse Quinn et ses amis de sabotage et les retient en prison, tandis que Matt est décapité par Frendo dans son garage. Cette nuit-là, Quinn et Cole s’enfuient à une fête dans une ferme isolée. Lorsqu’un des fêtards est tué à l’arbalète, tout le monde fuit, terrorisé, jusqu’à ce que le voisin de Quinn, Rust Vance, qui se révèle également être l’ex de Cole, tire sur Frendo avec son fusil de chasse… Quinn et tous ses amis, c’est sûr, ne sont pas au bout de leurs peines. Réalisé par l’Américain Eli Craig, La nuit des clowns est une adaptation du roman d’Adam Cesare Un clown dans un champ de maïs, un titre pas vraiment horrifique, il faut bien le dire. Cependant Clown in a Cornfield (en v.o.) est bien un solide slasher qui n’est pas sans rappeler, avec son clown tueur, la série de films Ça tirés de l’oeuvre de Stephen King. Même si parfois une pointe d’humour se glisse dans ce teen movie, il demeure sombre et terrifiant. Un régal pour les amateurs de clowns tueurs ! (M6)
CERTAINS L’AIMENT CHAUVE
Tout juste trentenaire, Zacharie alias Zac file le parfait amour avec la charmante Romy. Cette dernière choisit pourtant de le quitter précipitamment lorsqu’elle apprend que son compagnon, atteint d’une calvitie précoce, sera, dans six mois, chauve comme un genou. Pour l’épauler, Zac contacte son oncle Joseph qui a fait face à ce même problème héréditaire dans le passé. Au fil de rencontres improbables, de traitements chocs et de stratégies bancales, il va devoir se battre contre son destin ! La calvitie est-elle vraiment un sujet tabou ? On peut imaginer qu’il y a des sujets qui méritent plus ce label… Mais qu’importe, s’il s’agit là de trouver la matière humoristique et décomplexée d’une comédie française sur fond d’embûches à gogo. Le réalisateur Camille Delamarre réunit, en tête (c’est le cas de le dire) d’affiche Kev Adams dans le rôle de Zac et Michael Youn dans celui de Joseph, l’oncle rockeur. Autour d’eux, on remarque Rayane Bensetti en frère de Zac et l’humoriste Chantal Ladesou en médecin spécialiste des problèmes capillaires. Adams et Youn font le job avec application et le second nommé est assez touchant dans la mesure où son Joseph refuse de reconnaître sa propre calvitie. Si on veut bien chercher, on trouve, ici, quelques réflexions sur la perte des cheveux et l’acceptation de soi ou encore sur les normes de beauté imposées par la société. Pour un petit moment de détente. Sans s’arracher les cheveux. (UGC)
DES IMAGES A GOGO POUR LES FÊTES 
NAPOLÉON
Oeuvre quasiment mégalomaniaque, le Napoléon vu par Abel Gance, réalisé en 1927, est un chef d’oeuvre du muet dont la Cinémathèque française a entrepris la reconstruction et la restauration pour permettre de se plonger dans près de sept heures de cinéma qui raconte les premières années de Bonaparte. Gance signe une fresque magistrale (et hagiographique) qui a demandé deux années de tournage et englouti un budget pharaonique. Avec Albert Dieudonné en empereur, cet opéra-image offre des séquences étourdissantes comme une bataille de boules de neige… où la caméra devait donner le point de vue… de la boule de neige ! Dans ce superbe coffret collector en Blu-ray 4K Ultra HD , on trouve notamment Autour de Napoléon, un documentaire de Jean Arroy sur la prise de vue du film, Napoléon vu par Abel Gance, un livre (312 p.) édité en 2024 à La Table ronde, deux livrets, l’un avec les musiques de la bande son, l’autre sur la reconstruction du film ainsi qu’un document sur les différentes représentations de l’empereur au cinéma et un entretien avec Elodie Tamayo, spécialiste du cinéaste, sur le traitement de l’Histoire par Abel Gance. Une pépite pour cinéphiles ! (Potemkine)
AMADEUS
En novembre 1979 à Londres, Milos Forman assiste à l’avant-première d’Amadeus, la nouvelle pièce du dramaturge britannique Peter Shaffer. Le cinéaste a un véritable coup de foudre pour cette histoire librement inspirée de la courte pièce du Russe Alexandre Pouchkine, Mozart et Salieri (1830). Réaliser Amadeus devient une obsession pour Forman. Ce sera chose faite en 1984 et Forman peut alors raconter, dans la Vienne du 18e siècle, la rivalité entre le jeune prodige Wolfgang Amadeus Mozart et l’Italien Salieri, compositeur officiel de la cour d’Autriche, qui va s’acharner à détruire la carrière de ce génie, dont il jalouse le talent. Forman a l’intelligence et l’audace de se placer du point de vue de Salieri, l’« ennemi » du divin Mozart. Une histoire très romancée mais emballante. Un Steelbook avec un disque 4K ultra HB et de beaux goodies. Pour le rire dingue de Wolfy ! (Warner)
INTÉGRALE ARNAUD DESPLECHIN
De La vie des morts (1991) au tout récent Deux pianos, sorti en salles il y a quelques semaines, en passant par Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Rois et reine (prix Louis Delluc 2004), Un conte de Noël, Trois souvenirs de ma jeunesse (César du meilleur réalisateur 2016), Roubaix, une lumière, Tromperie ou Frère et sœur, l’intégrale de l’oeuvre cinématographique d’Arnaud Desplechin, c’est, à ce jour, quinze films de fiction que l’on retrouve dans un élégant coffret qui donne le loisir de s’immerger dans une œuvre qui se penche très souvent sur les conflits et les liens affectifs au sein des familles. Mais le cinéaste roubaisien de 65 ans, interroge aussi, dans une approche sensible et complexe, la mémoire et l’identité, les crises personnelles ou encore l’art et son processus créatif. Le coffret est accompagné par plus de huit heures de bonus dont une conversation entre Desplechin et la critique de cinéma Anne-Claire Cieutat, différents entretiens avec le cinéaste, des scènes coupées, des making-of, des essais mais aussi un livret de 28 pages, des cartes postales et des stickers… (Le Pacte)
COFFRET EDWARD YANG
À l’instar de son compatriote Hou Hsiao-hsien, Edward Yang, disparu prématurément en 2007, a donné une œuvre singulière qui a propulsé le cinéma asiatique sur le devant de la scène internationale. Considéré comme l’un des plus grands cinéastes asiatiques, le réalisateur de A Brighter Summer Day et Yi Yi pose sur ses concitoyens un regard chaleureux en maniant brillamment le drame comme la comédie. Réunis pour la première fois dans un coffret Blu-ray, on trouve In Our Time (1982), The Terrorizers (1986), Confusion chez Confucius (1994) et Mahjong (1996), remarquables témoignages, aux images splendides et au propos intimiste sur la transformation radicale de la société taïwanaise des années 1980-90. Dans les suppléments, on trouve notamment trois entretiens inédits avec Jean-Michel Frodon, journaliste et critique de cinéma ainsi qu’un entretien inédit avec l’acteur, réalisateur et metteur en scène Thierry de Peretti. (Carlotta)
LA LÉGENDE DE BAAHUBALI
Poème épique d’une ambition démesurée, La Légende de Baahubali (film en deux parties réalisé en 2015-2017) redéfinit le concept même de « blockbuster » : une spectaculaire tornade sensorielle, où des combats d’une somptueuse sauvagerie rencontrent des chorégraphies à la précision hypnotique. Figure incontournable du cinéma télougou avec des œuvres comme Eega (2012) ou le film épique et musical RRR (2022), S.S. Rajamouli livre une fresque titanesque et complètement hors norme qui se déroule au coeur de l’Inde médiévale autour de deux cousins qui se disputent le trône du royaume du Mahishmati. Dix ans après sa sortie triomphale en deux volets, La Légende de Baahubali sort pour la première fois en France en Blu-ray. Dans les suppléments de cette saga culte, on peut suivre une conversation entre les réalisateurs Karan Johar et S.S. Rajamouli ainsi qu’un entretien avec S.S. Rajamouli et les acteurs Prabhas et Anushka Shetty. En outre, on découvre le making-of des effets spéciaux. Enfin, le coffret inclut de nombreux memorabilia. Un des plus gros succès du cinéma indien de tous les temps. (Carlotta)
CALIGULA
Sur un scénario de Gore Vidal qui revisite d’une manière passablement loufoque, l’ascension et la chute de l’empereur Caligula (né en 12 et mort en 41 ap. J.-C.), l’Italien Tinto Brass tourne, en 1979, un péplum érotique que l’Américain Bob Guccione, le fondateur du magazine de charme Penthouse, va truffer, en sa qualité de producteur, d’une série de scènes pornographiques. Tinto Brass renonce à en être le réalisateur et se contente d’apparaître comme chef opérateur. Au total, Caligula est fascinant par la mise en scène baroque des excès de l’empereur romain autour du thème « Le pouvoir absolu corrompt absolument ». Entouré de Peter O’Toole, John Gielgud, Helen Mirren et Teresa Ann Savoy, Malcolm McDowell (Caligula) cabotine autant que faire se peut. Le coffret contient la version de 1979, Io Caligula, une version de 1984 réalisée par Franco Rossellini qui contient des éléments absents de toutes les autres versions du film et enfin Caligula The Ultimate Cut (2023) qui sélectionne une partie des 96 heures du métrage original de Tinto Brass. Probablement la version la plus conforme au projet de départ et la plus intéressante. Caligula, un monstre de cinéma ! (Potemkine)
COFFRET BERTRAND BLIER
Aujourd’hui, il n’est plus vraiment de bon ton d’apprécier le cinéma de Bertrand Blier, disparu en janvier dernier à 85 ans, parce que ses films sont (trop?) iconoclastes, provocateurs et même salement misogynes. C’est vrai que le fils du grand Bernard avait le propos provocateur, l’humour graveleux et l’image agressive. Il n’en demeure pas moins que les films de Bertrand Blier avaient le mérite d’être toniques et ludiques même si, comme le souligna un jour Gilles Jacob, Blier « aimait les femmes mais les faisait maltraiter par ses mecs. » On retrouve, dans un gros coffret, dix de ses films dont certains ont défrayé la chronique (Les valseuses ou Tenue de soirée), décontenancé le public (Notre histoire ou Calmos) alors que d’autres prenaient rang d’oeuvres puissantes, ainsi Buffet froid ou Trop belle pour toi… (Studiocanal)
LA NUIT DU CHASSEUR
Quelque part en Virginie dans les années trente, John et Pearl sont deux gamins auxquels leur père, un homme désespéré par la misère de sa famille, a confié le produit du hold-up qu’il vient de commettre… Et puis arrive le terrible Harry Powell, un pasteur fou, serial-killer de veuves, amateur de couteaux à cran d’arrêt, qui porte sur les phalanges de ses mains, les mots LOVE et HATE. En terrorisant les enfants, Powell (Robert Mitchum) veut récupérer le magot mais les enfants pourront compter sur la vieille et généreuse Rachel (Lillian Gish). En 1955, Charles Laughton tourne son unique film comme réalisateur. C’est un échec commercial. Plus tard, ce mélange poétique de film noir et de western aux images très expressionnistes deviendra complètement culte. Une exploration superbe des thèmes du bien et du mal, de l’innocence face à la corruption, et de la protection de l’innocence. Pour les 70 ans du chef d’oeuvre, voici, en version restaurée 4K, un Steelbook en édition limitée, avec près de cinq heures de suppléments qui plongent au coeur de la création du film. (Wild Side)
TEENAGE APOCALYPSE
La trilogie Teenage Apocalypse a consacré Gregg Araki comme un cinéaste culte et un chef de file du « New Queer Cinema » américain. Avec pour fils conducteurs la ville de Los Angeles et l’acteur James Duval, ces trois films, présentés dans un coffret Blu-ray, dressent un portrait halluciné de la jeunesse américaine des années 1990 : désenchantée, hyper-sexualisée, perdue dans un monde saturé d’images, attirée par la drogue et la mort. Ainsi Totally Fucked Up (1993, inédit en France) raconte, sans détour, la vie sans joie d’adolescents homosexuels de Los Angeles face aux fachos qui les harcèlent, le sida qui sévit et les mœurs légères de leurs compagnons d’infortune. Avec The Doom Generation (1995), Araki suit deux adolescents punks et rebelles dont la route va croiser celle de Xavier, un type étrange qui les implique dans une suite de meurtres sauvages. Enfin, après ce cauchemar psychédélique, le cinéaste américain achève sa trilogie avec Nowhere (1997), nouveau trip adolescent entre drogue, sexe et amour dans un univers déjanté et punk. Dans les bonus, on trouve les commentaires audio de Totally F****d Up et The Doom Generation par les équipes des films, une analyse des films par le critique Raphaël Nieuwjaer, une rencontre avec le réalisateur Alexis Langlois et la musique chez Gregg Araki, vue par le journaliste Lelo Jimmy Batista. (Capricci)
VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU
Prisonnier de droit commun, Randle McMurphy demande, pour échapper à la prison, à subir un contrôle médical en psychiatrie. Son internement ne va pas sans problèmes car l’infirmière en chef Ratched le considère, très vite, comme un danger à annihiler sans délai. Installé à Hollywood, Milos Forman y fait une belle carrière dans laquelle on remarque évidemment Amadeus (voir plus haut) mais aussi, en 1975, ce Vol… où il retrouve l’esprit frondeur de ses films tchèques pour l’intégrer au cinéma américain de contestation. Plus qu’un réquisitoire contre l’univers psychiatrique, le film est une métaphore d’une société qui repose sur des systèmes répressifs et des phénomènes d’exclusion. Vol… est magnifique autant pour ses séquences jubilatoires que par ses purs moments d’émotion. Jack Nicholson, au sommet de son art, mène le bal face à la terrible et glaciale Ratched (Louise Feltcher) et ce n’est pas vraiment une surprise, le film rafla une brassée d’Oscars. Le film sort dans une belle version restaurée 4K Ultra HD et contient, dans ses bonus, cinq scènes supprimées au montage (9 mn), une conversation inédite entre Christopher Lloyd, Danny DeVito, Brad Dourif et Michael Douglas qui partagent leurs souvenirs (24 mn) et Fou à lier (1997 – 86 mn) un documentaire sur la création du film. Un hymne tragique à la liberté et à la résistance. (Warner)
BARRY LYNDON
Jeune Irlandais ambitieux et opportuniste, Redmond Barry a épousé Lady Lyndon, une veuve séduisante et encore jeune. Dans l’Europe du 18e siècle, il compte bien, par son ambition, sa ruse et même sa perversité, s’intégrer dans la haute société anglaise… Après deux œuvres corrosives (Docteur Folamour et Orange mécanique), Stanley Kubrick surprend son public, en 1975, avec un majestueux film en costumes qui s’attache à la véracité du cadre historique. Depuis 1969 et la préparation de son Napoléon (qui ne verra jamais le jour), le cinéaste cherche à tourner avec, pour seul éclairage, des bougies. Il y parviendra avec ce film qui repose sur une photographie exceptionnelle grâce à des objectifs de caméra conçus initialement pour la NASA. Présenté, dans une version restaurée 4K Ultra HD, Barry Lyndon, est interprété par Ryan O’Neal (découvert en 1970 dans Love Story) et l’ex-mannequin Marisa Berenson, et adapté d’un roman de William Thackeray. Cette oeuvre en deux actes et un épilogue mêle les scènes de bataille, les duels, les intrigues politiques et la faillite de la vie amoureuse. Promis à une irrésistible ascension, Barry Lyndon connaîtra pourtant la chute à cause de faiblesse de la nature humaine. Un grand Kubrick mélancolique et sombre sur une civilisation qui va s’éteindre. (Warner)
RYICHI SAKAMOTO
Connu initialement pour avoir fait partie du groupe de musique électronique Yellow Magic Orchestra (YMO), Ryichi Sakamoto est devenu internationalement célèbre pour l’écriture de ses musiques de films, notamment celle de Furyo (1983) de Nagisa Oshima dans lequel, au côté de David Bowie, il incarne aussi le redoutable capitaine Yonoi, chef du camp de prisonniers de guerre installée dans la province de Java sous occupation japonaise. Avec Le dernier empereur (1987) de Bernardo Bertolucci, Sakamoto remporta l’Oscar 1988 de la meilleure musique. Le coffret comprend trois œuvres du musicien nippon, en l’occurence le documentaire Tokyo Melody, réalisé en 1985 par l’Américaine Elyzabeth Lennard qui explore la vie et l’oeuvre de Sakamoto et le capte en pleine création de son album Ongaku Zukan. Ce film très stylisé mêle des séquences de studio, des interviews, des moments de la vie quotidienne du musicien et aussi des extraits de Furyo. Async est le 19e album solo de Ryichi Sakamoto sorti en 2017 et qui a donné lieu à une captation à New York. Le compositeur a imaginé Async comme une approche minimaliste qui s’inspire d’objets du quotidien, de sculptures et de la nature. Avec l’impression que ce pourrait être sa dernière œuvre, Sakamoto y aborde les thèmes de la mortalité et de la fragilité de la vie. Enfin Opus (2023) est un film de concert-testament réalisé par Neo Sora, le fils du musicien, sur l’ultime, épurée et bouleversante création de Sakamoto alors que ce dernier lutte contre un cancer qui l’emportera en 2023 à l’âge de 71 ans. Dans les suppléments, on peut entendre les commentaires audio d’Elyzabeth Lennard sur Tokyo Melody et suivre un entretien de 2016 (33 mn) avec le cinéaste nippon. Du bonheur pour les mélomanes. (Potemkine)
SEVEN – ZODIAC
Au cours de sa carrière, le cinéaste américain David Fincher a dirigé une série d’excellents comédiens. Dans la « collection 2 films », on en dénombre pas moins de cinq : Brad Pitt, Morgan Freeman, Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo et Robert Downey Jr. Les deux premiers sont les flics qui mènent l’enquête dans Seven (1995). Freeman incarne un flic usé proche de la quille et Pitt, son impétueux successeur. Ils vont avoir à résoudre un rébus biblique et sanglant composé par un serial killer bien tordu. Le spectateur est happé dans un univers très glauque tandis que le cinéaste semble être fasciné jusqu’au morbide par son tueur… Douze ans plus tard, après avoir tourné notamment Fight Club et Panic Room, Fincher revient, avec Zodiac (présenté dans sa version Director’s Cut) à une histoire de serial-killer avec, cette fois, le trio Gyllenhaal, Ruffalo et Downey Jr. dans les rôles respectifs d’un dessinateur au San Francisco Chronicle, d’un flic et d’un reporter du même journal. Le thriller retrace, sur fond de courriers et de cryptogrammes, l’enquête sur le tueur du Zodiaque, un mystérieux tueur en série qui frappa dans la région de la baie de San Francisco dans les années 1960 et 1970 et qui, à ce jour, n’a toujours pas été interpellé. Dans une reconstitution très minutieuse, une approche documentaire et une rigueur scénaristique remarquable, Zodiac est un anti-polar qui interroge la frustration inhérente à l’énigme non résolue. Deux thrillers qui changent, en profondeur, de la routine hollywoodienne ! (Warner)
JURÉ N°2 – DOUZE HOMMES EN COLÈRE
« Objection, votre honneur ! » Les prétoires américains ont souvent servi de décor à des films, peut-être parce que le fonctionnement de la justice américaine, notamment avec ses interrogatoires croisés et ses procédures spectaculaires, se prête bien à la dramaturgie cinématographique et aux codes du spectacle. On peut en juger avec la « collection 2 films » qui réunit un classique des années cinquante et un thriller tout récent (2024) signé du vétéran Clint Eastwood. En 1957, Sidney Lumet réunit douze jurés pour juger le cas d’un adolescent accusé du meurtre de son père. Dans Douze hommes en colère, les jeux semblent fait d’entrée. Par une très chaude journée d’été, tout le monde veut en finir au plus vite. Mais M. Davis (Henry Fonda), un architecte,tout de blanc vêtu, le juré n° 8, inscrit « non coupable » sur son bulletin. Or, il faut l’unanimité pour une condamnation à mort. Le délibéré va devenir très tendu… Dans Juré n°2, Eastwood suit Justin Kemp, un homme, lui aussi, juré aux côtés d’autres citoyens dans un procès pour un meurtre très médiatisé. Jeune mari et futur père de famille, Kemp (Nicholas Hoult) se retrouve rapidement aux prises avec un grave dilemme moral lorsqu’il découvre qu’il est peut-être à l’origine de la mort de la victime… (Warner)
ANGELIQUE L’INTÉGRALE
Bon sang, qu’elle en aura subi, des assauts, la belle Angélique de Plessis-Béllières ! Mais, toujours, elle demeure fidèle à son balafré de Peyrac… Qu’il s’agisse du roi de France, de l’un ou l’autre de ses courtisans, de Nicolas Calembredaine, bandit au grand coeur, du sultan de Mikenez ou du ténébreux Batchiary Bey, tous sont sous le charme d’une Angélique dont la beauté n’enlève au courage face à tous les vilenies du monde et des hommes. Présentée dans un coffret contenant cinq Blu-ray, l’intégrale Angélique, ce sont cinq films, tous réalisés par Bernard Borderie, entre 1964 et 1968, qui entraînent le personnage imaginé par les romanciers Anne et Serge Golon dans de trépidantes aventures où Angélique peut notamment compter sur la fidélité sans faille du discret mais efficace Desgrey (Jean Rochefort) afin de retrouver ce Joffrey de Peyrac (Robert Hossein) auquel on l’a trop vite arrachée. L’indémodable Angélique, c’est Michèle Mercier, sex-symbol des sixties, dans le rôle le plus marquant de sa carrière. Pour se laisser aller, une fois de plus, au charme d’Angélique, marquise des anges, Merveilleuse Angélique, Angélique et le Roy, Indomptable Angélique et Angélique et le sultan. Idéal pour musarder dans son canapé devant l’écran ! (Studiocanal)
LA COLLECTION TARZAN
Représentation archétypale de l’enfant sauvage élevé, dans la jungle, par de grands singes, Tarzan est né en 1912 sous la plume d’Edgar Rice Burroughs avant qu’Hollywood ne s’empare des aventures de ce John Greystoke, fils d’aristocrates anglais recueilli, bébé, par un tribu de « manganis »… Sur le grand écran, Tarzan apparaît dès 1918 mais il deviendra mondialement célèbre avec Johnny Weissmuller (1904-1984), ancien champion olympique de natation, qui, sixième Tarzan de l’histoire au cinéma et le premier du parlant, l’incarnera à douze reprises durant les années trente et quarante. Avec sa silhouette sculpturale, Weissmuller va faire de Tarzan l’un des grands héros du cinéma. Dans ce coffret (sept disques), on le retrouve dans Tarzan l’homme singe (1932) où il va rencontrer à la fois le chimpanzé Cheeta et la belle Jane (« Moi Tarzan, toi Jane ») incarnée par Maureen O’Sullivan. Le mythe est né ! Suivront bien d’autres aventures avec Tarzan s’évade, Tarzan et sa compagne, Tarzan trouve un fils, Le trésor de Tarzan, Tarzan à New York, Le triomphe de Tarzan, Le mystère de Tarzan, Tarzan et les amazones, Tarzan et la femme-léopard, Tarzan et la chasseresse et même Tarzan et les sirènes… Autant de films réunis dans un beau coffret couleur vert jungle avec, en bonus, un documentaire sur l’homme-singe. Au terme de sa vie, Weissmuller était interné dans un hôpital psychiatrique où, dit-on, il faisait retenir le célébrissime mais alors pathétique cri de Tarzan ! (Warner)
LA TRILOGIE PUSHER
Le réalisateur danois Nicolas Winding Refn n’est pas encore l’artiste fêté pour les succès internationaux de Drive (2011) puis de The Neon Demon (2016) quand, en 1996, il se lance dans sa trilogie avec Pusher, son premier long-métrage qui met en scène Frank, un petit dealer qui se retrouve avec un énorme cargaison de drogue sur les bras. Surpris par la police, il bazarde la marchandise mais va devoir rembourser le propriétaire. Dans Pusher II, il suit Tonny, libéré de prison, qui envisage de changer de vie mais rien de plus difficile dans les bas-fonds de Copenhague que le cinéaste danois filme avec un réalisme brut. C’est Mads Mikkelsen qui incarne Tonny et qui débute, ici, une grande carrière. Enfin, Pusher III raconte les aventures de Milo, un trafiquant serbe en cure de désintoxication, qui doit organiser l’anniversaire de sa fille tout en gérant une livraison de drogue qui tourne mal. Dans les suppléments de ce coffret Blu-ray avec les versions restaurés en 4K des trois films, on voit le documentaire Gambler (2006 – 1h18) dans lequel Phie Ambo retrace la naissance de Pusher 2 et 3, les suites du premier volet que Winding Refn n’avait initialement jamais imaginé de mettre en œuvre. Outre trois entretiens inédits avec Philippe Rouyer (30 mn), on trouve un livret (88 p.) contenant un entretien fleuve avec le cinéaste et des documents d’archives inédits. Un pilier du cinéma danois et européen des années 90-2000. (The Jokers)
UN HÉROS TRÈS HUMAIN ET UN MUTIQUE HOMME AUX CHIENS 
13 JOURS, 13 NUITS
A l’ambassade de France de Kaboul, c’est le branle-bas de combat. Partout, on s’affaire à récupérer du matériel sensible, à mettre en lieu sûr des disques durs comme des clés USB mais aussi à passer à la broyeuse des tas de documents officiels… Pas question de laisser tout cela tomber entre les mains des talibans qui ont pris le contrôle de l’Afghanistan et sont désormais entrés au coeur de la capitale Kaboul. Le 15 août 2021, les troupes américaines s’apprêtent à quitter un pays où ils sont présents depuis vingt ans, achevant ainsi la plus longue guerre menée par les Etats-Unis. Dans la ville, les talibans font régner la terreur. Au milieu du chaos, des milliers d’Afghans affluent, dans la Green Zone, vers le dernier lieu encore protégé: l’ambassade de France. Moh sait que sa tâche va être très rude, en l’occurrence organiser le départ des ressortissants français mais aussi de centaines d’Afghans terrorisés prêts à tout pour fuir leur pays. Le convoi de la dernière chance sera une kyrielle de seize bus en route pour l’aéroport d’où ils pourront s’arracher à l’enfer de Kaboul. Martin Bourboulon a lu 13 jours, 13 nuits : dans l’enfer de Kaboul, le livre de Mohamed Bida paru en 2022 chez Denoël et, dans les pas du commandant, a construit un solide thriller qui n’a rien à envier aux productions hollywoodiennes du même type. Il a pris comme modèle le style très efficace (et violent) de Sicario (2015) de Denis Villeneuve sur la guerre entre la CIA et les narcotrafiquants. Le film raconte donc l’aventure de Mohamed Bida, nommé attaché de sécurité intérieure de l’ambassade de France, après l’attentat (non revendiqué) du 31 mai 2017 dans le quartier des ambassades de Kaboul qui fit 150 morts et 463 blessés. Le commandant Bida est chargé de veiller sur le personnel de l’ambassade. En août 2021, il est l’un des principaux responsables de la sécurité de l’ambassade et, pendant « treize jours, treize nuits », il va assurer avec un petit groupe de policiers du RAID et en coordination avec l’ambassadeur David Martinon replié à l’aéroport, l’exfiltration de plusieurs centaines de personnes réfugiées à l’ambassade. « Bien au-delà de sa mission », il organise l’accueil et l’hébergement des employés afghans en possession d’un visa comme celui des ressortissants français encore sur place. Bourboulon s’attache à rendre palpable la tension permanente qui règne à Kaboul et plus précisément dans l’unique service diplomatique encore présent dans la Green Zone. Bida sait qu’il est embarqué dans une course contre la montre et va tout mettre en œuvre pour réussir ce qui a tout d’un coup de poker. Pris au piège, il décide de négocier avec les talibans pour organiser une dangereuse sortie de l’ambassade. Pour parler directement avec des talibans forcément hostiles, il est bien obligé d’employer, comme traductrice, Eva, une jeune humanitaire franco-afghane. La scène de discussion où un petit chef taliban entraîne Moh et Eva à l’abri d’une guérite est troublante de violence prête à exploser… 13 jours, 13 nuits repose sur un héros avec Moh Bida, un type humain en diable mais pleinement conscient de sa mission. Car le commandant a tout bonnement un… job à accomplir. Face au chaos, Bida se montre courageux, déterminé et meneur d’hommes. Bourboulon a trouvé avec Roschdy Zem un interprète remarquable pour incarner un héros fort et humble. Dans l’avion qui ramène tout le monde en lieu sûr, Mohamed Bida se recroqueville sur lui-même, submergé par l’émotion. Quelques jours plus tard, il partait à la retraite après quarante années de service. (Pathé)
BLACK DOG
Quelque part, en Chine, aux portes du désert de Gobi, un vaste paysage minéral est soudain traversé par des dizaines, voire des centaines de chiens errants. Au passage des bêtes, un minibus fait une embardée et se retourne. Les passagers parviennent tous à sortir pratiquement indemnes du véhicule. Un passager se tient, silencieux, à l’écart. Le chauffeur a demandé l’aide de la police. Qui tarde à venir. Lorsque les uniformes déboulent enfin, ils remettent le minibus sur ses roues et réclament les papiers de tous les voyageurs. L’homme silencieux, nommé Lang, présente un document. « Conditionnelle ! » dit le flic qui ajoute : « Vous étiez célèbre ! » Lorsque les passagers du minibus arrivent en ville, cette grande cité triste est en état de crise. Un haut-parleur diffuse : « Un chien maigre et noir rôde en ville ». On ne sait s’il a la rage mais cela ajoute à l’inquiétude. Lang sillonne la ville, s’arrête dans un petit restaurant où on lui offre un bol de nouilles. Parce qu’il fut célèbre, autrefois, ici. Contre un grand immeuble promis à la démolition, il s’arrête pour soulager un besoin naturel. Un lévrier noir famélique débouche d’un soupirail et s’approche, menaçant, de lui. Lang saisit une grosse pierre puis un bâton pour chasser le chien… Sur un mur, on aperçoit un dessin déjà défraîchi qui annonce les Jeux olympiques de Pékin de 2008. Mais, dans cette ville, on semble très loin, même si la télévision est présente partout, de cet événement planétaire. Lang retrouve la petite maison de son père. Un vieux voisin : « Ton père sait que tu es revenu ? Il vit au zoo maintenant et boit beaucoup… » Alors qu’il entre chez lui, découvrant un sacré bric-à-brac, de jeunes types en moto, le menacent : « Tu as du culot de revenir ! Tes jours sont comptés… » Remarqué pour ses préoccupations humanistes, le cinéma du Chinois Hu Guan met souvent en avant le réalisme de son étude sociale. Mais, ici, malgré le décor d’une ville à l’abandon, malgré une société en berne, le film, dans une mise en scène épurée, prend un tournure assez spectrale, voire fantastique. Partout des chiens errants, voire des serpents venimeux échappés d’un commerce de boucherie où on les élève pour fabriquer des sérums… Au milieu de ce petit monde, Lang, personnage très mutique dont on ignore le passé, retrouve quelques marques. Ainsi un grand Luna-park abandonné, une tour métallique de saut à l’élastique ou encore un pauvre zoo sinistre dans lequel son père nourrit tant bien que mal un pauvre singe ou un tigre de Mandchourie. Tout au plus, Lang se rapprochera-t-il brièvement de Raisin, une jolie danseuse d’un cirque itinérant. Pour n’avoir pas à parler, sauf peut-être en sifflotant, reste le chien maigre. Qui mordra Lang (le comédien canado-taiwanais Eddie Peng) avant de se laisser, peu à peu, apprivoiser, laver, nourrir, promener… Dans les films de Hu, il y a souvent des animaux (un cheval blanc dans La brigade des 800, une vache dans Cow, une autruche dans Mr Six…) et il observe : « C’est avant tout parce que je crois que sommeille en chacun de nous une part animale. Une animalité qui peut se manifester lorsqu’il nous faut faire preuve de courage ou défier l’autorité. » Filmé en scope dans une vraie ville pétrolière de l’ouest de la Chine, Black Dog fait songer, avec Lang en « héros » chevauchant sa moto, à un road-movie ou à un western dans les grands espaces du désert de Gobi. (Memento)
LADY YAKUZA
Plongeant son héroïne au cœur d’un univers jusqu’alors réservé aux hommes, la saga Lady Yakuza redéfinit le film de yakuzas en costumes en le féminisant avec audace et raffinement. Chez Carlotta, qui décidément, se fait une spécialité du cinéma asiatique dans tous ses états, voici un beau coffret qui propose la saga intégrale, en huit films, des aventures de la femme yakuza la plus culte du cinéma nippon. Huit films précurseurs sur la puissance féminine, sur les pas d’une héroïne qui inspira le personnage culte de Lady Snowblood, dite Yuki, la tueuse professionnelle du manga éponyme tout comme Beatrix Kiddo, l’héroïne sabreuse du Kill Bill de Quentin Tarantino. Sous les traits de la ravissante Junko Fuji, Oryu la Pivoine Rouge, combattante à la fois résiliente et implacable, fait voler en éclats les stéréotypes à travers son défi lancé aux codes du patriarcat yakuza, en l’occurrence les membres d’une organisation criminelle japonaise. Prônant le sens de l’honneur dans un monde régi par la violence et la corruption, la saga enthousiasme par le style de sa mise en scène, typique de la Toei, la compagnie de production de la fin des années soixante connue autant pour ses films de violence et de sexe que pour ses films de yakuzas. Scénariste du Yakuza (1975) de Sydney Pollack, l’Américain Paul Schrader note : « Le cinéma occidental n’a pas d’équivalent d’une telle héroïne, gracieuse et digne, capable d’exercer une terrible violence vengeresse contre les hommes qui l’oppriment sans jamais perdre son sens de la féminité. » La saga s’ouvre en 1968 avec La pivoine rouge où l’on apprend que, sous l’ère Meiji (1868-1912), Ryuko Yano, fille du chef du clan Yano, voit son mariage annulé après l’assassinat de son père. Abandonnant son statut de femme, elle devient joueuse itinérante sous le pseudonyme d’Oryu la Pivoine Rouge, parcourant le Japon pour se venger et reformer son clan, avec un portefeuille oublié par l’assassin pour seul indice… On retrouve l’héroïne dans La règle du jeu (1968) puis dans Le jeu des fleurs (1959) dans lequel Oryu se rend à Nagoya pour parfaire sa formation de yakuza au sein du clan Nishinomaru. Accusée à tort de tricher à cause d’une rumeur lancée par Otoki, mère d’une jeune aveugle sauvée par Oryu, cette dernière finit par gagner la confiance du chef de clan local. Mais elle devra bientôt affronter un ambitieux yakuza, avide de contrôler un tournoi de cartes déterminant pour l’avenir de la région… Dans L’héritière (1969), Oryu consolide son autorité de meneuse tout en poursuivant sa quête de vengeance… Avec Chronique des joueurs (1969), elle est devenue chef du clan Yano et lutte contre des truands sans foi ni loi qui rançonnent les petites gens et cherchent à affaiblir son clan. Dans Le retour d’Oryu ((1970), la virtuose du sabre est confrontée à une guerre des gangs où sévissent de multiples trahisons et luttes de pouvoir. Dans Prépare-toi à mourir (1971), elle rencontre un yakuza repenti qui fait l’objet d’une tentative d’assassinat… Enfin, dans Le code Yakuza (1972), Oryu part à Osaka pour rendre visite à madame Otaka, sa bienfaitrice, dont la vie touche à sa fin. À sa mort, la Pivoine Rouge se retrouve entraînée dans une guerre de succession pour la tête du clan Doman : madame Otaka a désigné Iwaki comme successeur, mais Matsukawa, son rival, revendique le pouvoir… Dans les suppléments, Stéphane de Mesnildot préface les huit films et parle de la saga dans un entretien inédit (30 mn) (Carlotta)
CONVERSATION SECRÈTE
Spécialiste reconnu de la surveillance audio, Harry Caul est un type introverti, taciturne et un brin misanthrope. Ce spécialiste de la filature est engagé pour une mission qui consiste à enregistrer la conversation d’un jeune couple dans la foule sur la voie publique à San Francisco. Sa mission accomplie, il découvre, en retravaillant ses enregistrements pour éliminer le maximum de bruits parasites, que ce couple est en danger de mort. Pris de remords au regard d’une mission précédente qui s’était soldée par la mort d’une famille entière, il est en proie à un dilemme moral qui l’obsède et va croissant. Alors qu’il s’apprête à remettre les bandes et les photos à son commanditaire, un riche homme d’affaires, celui-ci est absent et son bras droit tente de lui forcer la main pour s’en emparer, incident qui accroît encore la méfiance et les scrupules de Harry. Participant à un salon de la filature et de la surveillance, il y croise une de ses vieilles connaissances, Bernie Moran, personnage bavard, hâbleur et sans états d’âme mais admiratif face aux états de service de Harry. À l’issue de cette soirée, Harry passe la nuit avec une femme qui accompagnait cet homme. Celle-ci s’éclipse au petit matin après lui avoir volé les bandes. Un coup de téléphone lui apprend que celles-ci sont désormais en possession de son commanditaire, qu’il est prié de venir livrer les photos et qu’il pourra alors encaisser ses 15 000 dollars d’honoraires… Une fois sur place, il entrevoit son donneur d’ordre, très irrité, en train d’écouter et de réécouter les bandes qui attestent de son infortune. Harry craint alors pour la vie du jeune couple qui doit se retrouver dans un hôtel… Réalisé entre Le Parrain et Le Parrain II, Conversation secrète, Palme d’or à Cannes en 1974, est un chef- d’œuvre du thriller paranoïaque des années 1970. Porté par la composition intérieure de Gene Hackman et la partition envoûtante de David Shire, le film capte l’angoisse sourde d’une époque marquée par le scandale du Watergate. Conversation secrète est une œuvre visionnaire aussi troublante qu’intemporelle et s’impose comme l’un des sommets de l’œuvre de Francis Ford Coppola. Le réalisateur organise un thriller d’anticipation psychologique qui rappelle des films comme Les hommes du président d’Alan J. Pakula (1976) ou Les trois Jours du condor de Sydney Pollack (1975) et sa réflexion sur l’image n’est pas sans rappeler aussi le Blow up d’Antonioni réalisé en 1966. Avec cette œuvre intimiste et confidentielle, où le son tend à remplacer l’image, Coppola entraîne le spectateur dans une enquête obsessionnelle et captivante. De nombreux suppléments accompagnent cette édition avec les commentaires audio de Francis Ford Coppola et Walter Murch, le mking of « Gros-plan sur Conversation secrète » (8 min), des interviews de David Shire et Gene Hackman (13 min), le San Francisco de Harry Caul – 1973 vs 2011 (2 min), les essais de Cindy Williams pour le rôle d’Amy et d’Harrison Ford pour celui de Mark (10 min), No Cigar, un court-métrage de Francis Ford Coppola (2 min), Coppola rencontre les étudiants de la Fémis (22 min), une lecture du scénario par le cinéaste qui revient sur certaines scènes inédites et d’autres jamais tournées (44 min). (Pathé)
APOCALYPSE NOW – FINAL CUT
Pendant la guerre du Vietnam, les services secrets de l’armée américaine confient au capitaine Willard la mission de retrouver et d’exécuter le colonel Kurtz, dont les méthodes sont jugées « malsaines ». Celui-ci, établi au-delà de la frontière avec le Cambodge, a pris la tête d’un groupe de Mnong et mène des opérations contre l’ennemi avec une sauvagerie terrifiante. Sur un patrouilleur, Willard va remonter le fleuve jusqu’au plus profond de la jungle. En étudiant le dossier de Kurtz, un personnage au parcours et au caractère exemplaires, Willard devient fasciné par cet homme qu’il doit pourtant tuer. Différentes péripéties émaillent le voyage (dont une rencontre avec l’excentrique lieutenant-colonel Kilgore), et deux membres de l’équipage du patrouilleur sont tués avant d’arriver au camp du colonel Kurtz. Ce camp atteint, Willard fait la connaissance du colonel Kurtz, qui n’ignore rien de sa mission et lui explique les raisons qui l’ont décidé à mener son projet. Willard découvre alors que le colonel est devenu un gourou à la tête d’une tribu d’indigènes. Un slogan est inscrit sur une pierre : « Our motto : Apocalypse now ». Présenté en Blu-ray dans une restauration 4K, Apocalypse now est sans aucun doute le film le plus célèbre de l’œuvre de Coppola et certainement l’un des films les plus légendaires du 7e art, tant par son ampleur, sa beauté et sa force, que par l’histoire de sa gestation, de son tournage et de sa sortie. Palme d’or à Cannes 1979 malgré de vives polémiques, ce chef-d’œuvre intemporel s’accompagne pour la première fois en UHD du documentaire culte Hearts of Darkness : L’Apocalypse d’un metteur en scène, entièrement restauré en 4K. Réalisé à partir d’archives tournées par Eleanor Coppola, il révèle les coulisses vertigineuses d’un tournage devenu légende. Dans le foisonnant Apocalypse…, le cinéaste s’attache à restituer le climat de folie de la guerre du Vietnam qui vient de se terminer. Peu de films l’avaient traitée jusqu’alors et l’œuvre de Coppola ne réalise pas ici un film de guerre, mais plutôt un film sur la guerre. Le parcours du capitaine Willard (Martin Sheen) qui le mène au colonel Kurtz (Marlon Brando) ressemble à une introspection et à un voyage vers la folie et l’horreur de la guerre. Apocalypse now a fasciné des générations de cinéphiles si bien qu’il en existe trois versions : une première de 2h33, une seconde dite « Redux » de 3h22 et une dernière de 3h02 (Final Cut) que le réalisateur considère comme la meilleure version. « Le public, dit Coppola, pourra voir, entendre et ressentir ce film comme je l’ai toujours rêvé, de la première explosion au dernier gémissement. » Il s’agit donc là de la version la plus complète de ce classique du cinéma. Les meilleures technologies audiovisuelles ont été déployées afin de présenter la vraie vision du film de Coppola, avec une puissance visuelle et sonore remarquable et bouleversante. De nombreux suppléments accompagnent cette sortie dont une discussion entre Francis Ford Coppola et Steven Soderbergh au Festival du Film de Tribeca (inédit, 35 min), des images d’archives inédites en Super 8 (22 min) ou encore L’œil de Chas Gerretsen : photographies de tournage (30 min). (Pathé)
SISSI – LA SAGA
Y-a-t-il saga plus mythique que celle de Sissi ? Sans doute pas si on considère le nombre de fois, depuis des années, où les chaînes de télévision ont profité des fêtes de Noël pour nous entraîner dans les aventures de la plus exquise des princesses de cinéma. Tous réalisés par Ernst Marischka, les trois volets de la trilogie Sissi, ainsi que Les jeunes années d’une reine, considéré comme précurseur de Sissi, viennent de faire l’objet d’une restauration en haute définition. Pour la première fois en France, ces quatre films sont proposés en Blu-Ray accompagnés de bonus vidéo, mais aussi en VOST, les versions allemandes ayant un montage légèrement différent des versions françaises. Sissi (1955) nous entraîne dans l’Autriche de 1853. L’archiduchesse Sophie, mère du jeune empereur, informe la duchesse Ludovica qu’elle aimerait qu’Hélène, sa fille aînée, soit la future impératrice. Ludovica se rend à Vienne avec ses deux filles, Hélène et Sissi, sa cadette. Franz rencontre Sissi dans des circonstances inattendues, et tombe immédiatement amoureux. Dans Sissi impératrice (1956), Sissi et Franz sont désormais mariés. Mais la jeune impératrice a du mal à accepter le protocole exigeant de la cour. Elle se sent seule et délaissée, d’autant que sa belle-mère ne cesse d’espionner ses moindres faits et gestes. Avec Sissi face à son destin (1957), on se plonge dans un Empire troublé. Les révolutionnaires hongrois sont mécontents que leur pays ait été rattaché à la Maison d’Autriche. Sissi persuade Franz de la laisser partir en Hongrie afin de calmer les esprits. Mais elle n’est pas au bout de ses peines : après avoir accompli sa mission, elle tombe gravement malade. Sorti en 1954, Les jeunes années d’une reine raconte comment, en 1873 au Royaume-Uni, la jeune Victoria, 18 ans, héritière du trône britannique, apprend l’ensemble des règles à connaître et respecter lorsqu’elle sera reine. Parallèlement, sa mère décide de la marier. Trois prétendants sont sur les rangs, dont le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Un malicieux hasard va permettre aux deux jeunes gens de se rencontrer en dissimulant leurs véritables identités. Romy Schneider n’avait que 16 ans lorsqu’elle fut propulsée au sommet de la gloire. 70 ans se sont écoulés et la star demeure étroitement associée au personnage de l’impératrice d’Autriche. La jeune Romy Schneider est resplendissante, son personnage dévoile une personnalité aussi intrépide que charmante et l’ensemble est du pur « Heimatfilm » mêlant passion amoureuse et enjeux politiques.(Rimini Editions – Arcadès éditions)
LA TAVERNE DE L’IRLANDAIS
Pour fêter son anniversaire, Thomas « Boats » Gilhooley se fait un point d’honneur d’être de retour dans l’île d’Haleakaloha en Polynésie. Né le même jour que Michael « Guns » Donovan, il veut respecter la tradition du combat annuel que les deux amis se livrent à cette occasion sous l’œil attentif de toute la population locale tandis que le docteur William Dedham joue l’arbitre. Les trois amis sont d’anciens combattants du Pacifique qui sont restés sur l’île après la guerre et se dévouent pour la population qui les a protégés des Japonais. Le docteur Dedham y a d’ailleurs installé un dispensaire au lieu de retourner auprès de sa riche famille installée à Boston. Sur l’île, il a épousé la princesse Manulani, décédée durant l’accouchement du dernier de leurs trois enfants. Les choses se compliquent lorsque Amélia Dedham, la fille née du premier mariage du médecin, débarque sur l’île à l’improviste. Très pimbêche, elle entend vérifier que son père, qu’elle n’a jamais connu, mène une vie contraire aux bonnes mœurs de la société bostonienne pour pouvoir, grâce à une clause de moralité, le déposséder de ses parts dans une riche société maritime. Dedham étant parti en tournée, « Guns » Donovan se fait passer pour le père des trois gamins. Mais Amélia, dont « Guns » apprécie clairement la compagnie, découvre que cette île est pleine de surprises… C’est en 1963 que le grand John Ford réalise Donovan’s Reef (en v.o.). Le vieux maître au bandeau sur l’oeil, a signé, l’année précédente, l’un de ses chefs d’oeuvre, en l’occurrence L’homme qui tua Liberty Valance et l’année suivante, il allait mettre en scène son ultime western avec Les Cheyennes qui montrait les Indiens sous un jour favorable. Compatissant à leur sort, le vieux westerner inscrivait son œuvre dans le contexte de la renaissance de l’identité indienne. Entre ces deux monuments, John Ford s’offrait donc une sorte de récréation, une respiration exotique (ah, la représentation de la Polynésie française avec son gouverneur aristocrate flanqué d’un secrétaire chinois) et surtout un adieu à son cher John Wayne. Ensemble, comme le rappelle Noël Simsolo dans les suppléments, Ford et le Duke ont tourné 22 films dont une série de westerns emblématiques comme Le massacre de Fort Apache (1948) ou La prisonnière du désert (1956). En compagnie de Lee Marvin (« Boats ») et d’Elizabeth Allen (Amelia), John Wayne est un « Guns » bonhomme dans une petite aventure qui ne prête pas à conséquence mais qu’on regarde avec un œil attendri. (Sidonis Calysta)
AUX JOURS QUI VIENNENT
Un couple s’enlace, amoureusement. Pourtant, dans le regard de la jeune femme, il y a comme une lassitude, une tristesse… Le tram arrive. Laura, la trentaine, s’en va. Sur son téléphone, des messages qui la font sourire. Cette jeune femme travaille comme sculptrice dans un atelier où viennent des enfants. Lou, la fille de Laura, voudrait bien aller à Pompeï en voyage scolaire et glisse que sa copine a « une mère sympa qui a de l’argent ». Laura craque. Putain de loyer et de voyage scolaire de merde avant de s’excuser : « Je fais ce que je peux ». Laura galère, élève seule sa petite fille et tente de se reconstruire après une relation tumultueuse avec Joachim. Elle mène une vie en apparence tranquille. Amusée, car il est l’exacte inverse des hommes avec lesquels elle a vécu jusque là, elle accepte la proposition de son collègue Lazare : « Je te fais le plat que tu veux ». Lorsque Laura croise Joachim, qui veut voir sa fille, très vite les choses se passent mal. Elles vont encore empirer lorsque Shirine, la nouvelle compagne de Joachim, est victime d’un accident qui fait aussi ressurgir le passé de Laura. Aux jours qui viennent est le premier long-métrage de Nathalie Najem qui donne une forte chronique sur l’expérience de l’emprise et de la violence. Dans le film, le drame n’est pas vécu par une seule femme mais par deux, ce qui ouvre la voie à l’après, après la violence, après la séparation. En se confrontant à la difficulté des relations entre ex-conjoints, la cinéaste voulait aussi sortir des clichés qui entourent ces sujets, d’autant que l’actualité fait surgir régulièrement des histoires autour de ce thème. Si Aux jours… dresse le portrait intéressant et nuancé de deux femmes qui, en se soutenant, font que la honte s’amenuise et que la solidarité puis la sororité prennent le dessus, en face d’elles, se dresse Joachim, un homme toxique qui exerce sur son entourage une emprise psychologique. Zita Hanrot est une Laura qui passe par des phases sombres et solaires. Mais elle est debout, elle construit, elle avance alors que Joachim ne fait que s’accrocher à sa nouvelle femme. On découvre Alexia Chardard dans le rôle de Shirine, scientifique et jeune femme aussi amoureuse que troublée qui hésite longtemps à mettre la loi entre elle et Joachim. Ce dernier est incarné par Bastien Bouillon qui apporte une douceur, une féminité même, un look de fils de bonne famille, à un type qui commet des actes vraiment détestables… (Blaq Out)
ANGE
Ange, la cinquantaine, est ethnologue. Ce solitaire étudie les sons, la musique, les traditions gitanes. Il parcourt les routes d’Occitanie seul à bord de son vieux van, un chapeau noir vissé sur la tête. Il est devenu, tout en étant un gadjo, un non-gitan, une sorte de gitan à sa manière, du moins un homme de voyages et de routes. Un jour, il se met en tête de retrouver son vieil ami Marco, à qui il doit de l’argent depuis des décennies. Un prétexte pour le revoir et aussi faire la paix avec lui. Sur son chemin, Ange va revoir des hommes et surtout des femmes perdus de vue depuis bien longtemps. Chez l’une, Georgina, il va deviner qu’elle a eu une fille de lui… Voilà longtemps déjà que Tony Gatlif chemine sur les routes du 7eart. Né d’un père kabyle et d’une mère gitane, le cinéaste aborde, à partir du début des années 80, le thème qu’il approfondira de film en film : les Roms du monde entier. Auteur de films comme Les princes (1983), Latcho Drom (1993) ou Gadjo Dilo (1997), celui qui se définit comme un « méditerranéen », va devenir une manière de chantre d’une « communauté en mouvement », séduit par leur univers sonore et musical d’une très grande richesse et d’une grande diversité. Porté par Arthur H dans le rôle-titre, entouré de Christine Citti, Maria de Medeiros ou Mathieu Amalric, le film raconte une aventure de musiques et de souvenirs sur fond de quête de réconciliation. Comme souvent chez Gatlif, voici une œuvre foisonnante et joyeuse pleine d’énergie et d’humanité. Comme aussi un appel au vivre-ensemble. (Blaq Out)
AMOURS CHIENNES
Un tragique accident de la circulation dans les rues de Mexico va mettre en relation trois récits parallèles et les trois protagonistes d’une histoire bien mouvementée : Octavio, jeune sans foi ni loi (Gael Garcia Bernal), Valeria, mannequin célèbre (Goya Toledo) et El Chivo, vieux révolutionnaire clochardisé (Emilio Echevarria), tous trois punis par la fatalité. Dans l’épisode 1, Octavio, adolescent banal, participe, pour se faire de l’argent, à des combats de chiens clandestins. Son chien Cofi surpasse tous ses adversaires. Mais son amour de l’argent et sa convoitise pour sa belle-sœur sont bientôt punis. Dans l’épisode 2, Valeria mène, dans un bel appartement, l’existence feutrée et superficielle des mannequins célèbres. Tout bascule après l’accident de voiture qui la cloue sur un fauteuil roulant. Son chien disparaît dans un trou de plancher et l’appartement devient la maison de l’angoisse où les rats font la loi. Dans l’épisode 3, El Chivo, vieux prof de fac devenu guérillero communiste, puis tueur à gages à sa sortie de prison, vit dans un quartier populaire de Mexico. En fin de vie, il est devenu un clochard que personne ne remarque plus dans la rue. Seuls ses chiens lui servent d’interlocuteurs. Mais son amour pour sa fille est intact. En 2000, Alejandro González Iñárritu signe, ici, le premier volet de la « trilogie de la mort » qui sera suivi de 21 grammes (2003) et de Babel (2006). Sur une bande son magnifique, voici trois histoires d’amour vouées à l’échec et de tragiques destins entremêlés autour de la perte, de la précarité et de l’animalité des hommes, les chiens faisant symboliquement le lien entre les épisodes. Une nouvelle sortie restaurée en 4K Ultra HD. Remarquable ! (Metropolitan)
KINGDOM OF HEAVEN
A la fin du 12e siècle, des croisés recherchent en France un forgeron dénommé Balian. Ce dernier est en deuil. Inconsolable depuis la mort de leur nouveau-né, sa femme s’est récemment suicidée. Balian accueille froidement la visite du chef croisé, le Baron Godefroy d’Ibelin, qui se révèle être son père. Ce dernier lui offre de l’accompagner à Jérusalem. Il refuse, laissant les croisés reprendre sans lui le chemin de la Terre sainte. À la tombée de la nuit, alors que ces derniers ont quitté le village, Balian tue son demi-frère, prêtre cupide et sans scrupule, qui avait dérobé la croix d’argent de son épouse et ordonné la décapitation de son cadavre, suivant en ceci les recommandations de l’Église qui, en ces temps, sanctionnait le suicide avec la plus extrême sévérité. En fuite, Balian parvient à rejoindre les croisés. Après plusieurs jours de route, la troupe est attaquée par des soldats lancés à la poursuite du forgeron. Godefroy est blessé et meurt quelque temps plus tard dans le port italien de Messine, que quittent les navires européens en direction de la Terre sainte. Il aura eu le temps d’adouber Balian, et de lui transmettre son titre de Baron d’Ibelin. En 2005, Ridley Scott signe un film à grand spectacle avec la réécriture romancée de l’histoire de Balian d’Ibelin qui, en 1187, adouba une centaine de soldats et défendit la ville lors du siège de Jérusalem face à l’armée ayyoubide. La version sortie dans les salles de cinéma connut un échec au box-office, particulièrement aux États-Unis. Scott supervisa ensuite une « director’s cut » et cette nouvelle version, avec une histoire plus riche et des personnages plus profonds, fut saluée par la critique. Le réalisateur de Gladiator, Alien ou Blade Runner donne une vaste fresque historique dans laquelle Orlando Bloom (Balian d’Iberlin), Liam Neeson (Godefroy) , Jeremy Irons, David Thewlis, Brendan Gleeson, Edward Norton ou Eva Green livrent des performances parmi les plus marquantes de leur carrière, à la hauteur des batailles spectaculaires dont le réalisateur a le secret. Un chef-d’œuvre à (re)découvrir pour la première fois dans sa version Director’s cut et restaurée en 4K. (Pathé)
L’ACCIDENT DE PIANO
Magalie Moreau est née le 12 mars 1989, le jour où Internet était mis à la disposition du grand public. Autant dire qu’elle était, d’une certaine manière, marquée par la prédestination. Mais c’est surtout une maladie rare qui a fait basculer la vie de cette étrange adolescente. En effet, Magalie est absolument insensible à la douleur. Alors, parce que son père regarde beaucoup de vidéos, la gamine se lance. Elle décide de se filmer en… action. « Salut c’est Magaloche et je teste pour vous… » Les « tests » porteront sur une batterie de voiture qui l’électrocute, sur un marteau qui écrase sa main, une machine à coudre qui lui pique les doigts ou encore une batte de baseball lancée à vive allure par une voiture de course qui lui cogne la tête… Le bras dans le plâtre et avec un appareil dentaire qu’elle ne peut retirer, Magalie, accompagnée de Patrick, son assistant personnel, rentre dans un superbe chalet de montagne qu’elle vient d’acheter. Elle se retire là parce qu’un tournage est parti en vrille. En effet la dernière expérience prévue était la chute contrôlée d’un piano, suspendu par une grue. Pour que cela soit plus impressionnant, Magalie demande avec insistance au grutier de monter le piano encore plus haut, alors que la sécurité ne peut plus être garantie. Le piano tombe sans contrôle, et la coiffeuse personnelle de Magalie est tuée. De graves embrouilles se profilent… L’accident de piano est le quatorzième long-métrage de Quentin Dupieux, un réalisateur qui a notamment établi sa réputation en tournant des films quasiment à jet continu, avec des budgets modestes et en accueillant de plus en plus de vedettes reconnues dans ses productions. Si le cinéaste a, lui-même, souligné que ses budgets n’étaient plus aussi modestes qu’avant, il reste que ses films portent une signature très reconnaissable placée sous le signe du délire décalé. Or c’est, ici, ce qui manque un peu. Certes, Magalie, avec ses « expériences », s’inscrit dans cette veine mais Dupieux s’attache surtout à dresser le portrait d’une « star » (richissime) des réseaux sociaux pour décrire l’imbécilité et l’inanité de ces derniers. Et, de fait, on se lasse de cette pauvresse inculte et odieuse qui se sait une « merde humaine de compétition ». Comme on l’a dit, les comédiens aiment à venir tourner avec Quentin Dupieux. Ici, le cinéaste retrouve Adèle Exarchopoulos, déjà présente dans Mandibules (2020) et Fumer fait tousser (2022), qui s’est fait une tête improbable pour sa Magalie. Elle est entourée de Sandrine Kiberlain, Jérôme Commandeur et Karim Leklou, très drôle en fan bas du front. Pas le meilleur Dupieux mais se laisse quand même regarder. (Diaphana)
DEMENTIA 13
Une veuve tente de dissimuler la mort de son mari pour toucher l’héritage de sa riche belle-famille, les Haloran. Mais alors qu’elle séjourne dans leur ancestral manoir isolé pour commémorer une tragédie passée, elle se retrouve piégée dans une atmosphère oppressante où les secrets ressurgissent… et les meurtres s’enchaînent dans l’ombre. En 1962, Francis Ford Coppola est l’assistant réalisateur du mythique Roger Corman, producteur et réalisateur de films d’horreur devenus cultes. Tandis qu’il lui prête main-forte en Irlande, Coppola demande à Corman de réaliser, avec le budget restant du tournage de The Young Racers, un film avec la même équipe technique, les mêmes décors et une partie des comédiens (William Campbell, Luana Landers et Patrick Magee). Après avoir rédigé un scénario en trois jours, le jeune Coppola tourne son premier long métrage en moins de trois semaines pour un budget de 20 000 dollars. Il a 23 ans et débute ainsi sa carrière de cinéaste. Incontestablement, Dementia 13 porte la marque des films de son producteur : esprit gore aux allures de slasher, ambiance morbide, sexe et violence. Si le film s’inscrit dans la droite lignée des séries B horrifiques de l’époque, derrière ce thriller gothique se dessine pourtant les prémices d’un futur grand cinéaste. Faisant preuve d’un sens certain de la mise en scène, le jeune Coppola réussit à instaurer un malaise palpable tout au long de son film. Incontestablement inspiré par Hitchcock, le réalisateur fait preuve d’une grande inventivité, que ce soit dans le choix des angles de prise de vue ou la bande originale angoissante, le film fourmille de trouvailles de mise en scène. « Je pense, disait le cinéaste, que c’était prometteur, plein d’imagination. Ce n’était pas tout à fait une succession de clichés. Il y a de très belles images. A bien des égards, certaines images comptent parmi les plus belles que j’ai jamais tournées. Principalement parce que j’ai composé le moindre plan. Dans les circonstances actuelles, vous n’avez jamais le temps de le faire. Donc vous laissez cela à d’autres. » Dementia 13 est présentée en Blu-ray dans une restauration 4K ultra HD. Dans les suppléments, on trouve trois inédits avec le commentaire audio de Francis Ford Coppola, une introduction du film par le cinéaste et un prologue (6 mn) « Etes-vous prêts à voir Dementia 13 » (Pathé)
MY FATHER’S SON
Jeune homme de 18 ans fraîchement diplômé de l’université, Qiao Zou doit prononcer l’éloge funèbre de son père, Zou Jiantang, un homme brutal et secret passionné de boxe et grand admirateur de Mike Tyson. Submergé par l’émotion, Qiao n’arrive pas à parler et prend la fuite… Des années plus tard, devenu ingénieur, Qiao développe un logiciel d’entraînement de boxe utilisant l’intelligence artificielle. Il modélise un adversaire virtuel reprenant les traits de son père, qui bientôt lui échappe… En se souvenant de son propre père disparu quand il était jeune, le réalisateur chinois Qiu Sheng a imaginé un drame intimiste et futuriste qui explore la relation complexe entre un père et son fils, ainsi que la mémoire numérique dans une société en pleine mutation technologique. Le cinéaste s’est aussi inspiré de l’histoire vraie d’une mère coréenne qui a utilisé la réalité virtuelle pour redonner vie à sa fille décédée et converser avec elle. Autour le la relation père-fils, du travail de deuil et de mémoire, My Father’s son interroge l’impact de la technologie sur les souvenirs et les relations familiales. Le film utilise ainsi des éléments de réalité virtuelle et d’intelligence artificielle pour explorer ces thèmes, offrant une méditation poétique et émotionnelle sur l’héritage paternel et la reconstruction des liens brisés. Loin d’un cinéma chinois à forte connotation sociale (voir, plus haut Black Dog), Qiu Sheng invite à une réflexion intime et familiale bienvenue même si le scénario comme la mise en scène sont parfois déroutants. (Blaq Out)
JURASSIC PARK RENAISSANCE
Il faut se rendre à l’évidence, les dinosaures n’intéressent plus grand-monde. D’ailleurs le florissant Jurassic Park a (tristement?) fermé ses portes. Pire, notre planète s’est révélée de plus en plus inhospitalière pour ces grosses bêtes. Les dinosaures -et parmi eux les bêtes les plus dangereuses- qui subsistent vivent désormais isolés dans des environnements réduits aux confins de l’Equateur dont les climats sont proches de ceux dans lesquels ils s’épanouissaient autrefois. Ces zones-là sont strictement interdites à tous les humains. Mais il se trouve qu’un grand groupe pharmaceutique ambitionne de créer un médicament-miracle qui permettrait de lutter contre les maladies coronariennes de la planète et même de carrément sauver l’humanité. Pour cela, il faut prélever du sang sur trois spécimens différents parmi les créatures les plus monstrueuses de cette biosphère tropicale… Une équipe est chargée de cette mission ultra-confidentielle. On y trouve Zora Bennett, une ex des forces spéciales reconvertie dans les opérations secrètes et rentables, son bras droit Ducan Kincaid ou encore le docteur Henry Loomis, un spécialiste de paléontologie… Lorsqu’ils arrivent sur site, en l’occurrence en pleine mer, ils tombent sur une famille de civils naufragés dont l’embarcation a été renversée par des dinosaures aquatiques en maraude. Tous vont être bloqués sur une île non répertoriée qui abritait autrefois un centre de recherche secret… Le temps est déjà loin où Steven Spielberg ouvrait les portes de Jurassic Park (1993). Jurassic World : Renaissance est déjà le septième opus d’une saga à succès. Autant dire qu’on est en pays de connaissance. Les dinosaures ne nous surprennent plus vraiment même si le premier qui entre en piste dans l’océan semble faire un petit clin d’oeil à une autre star spielbergienne, le fameux requin des Dents de la mer. Bref, on suit tout cela du coin de l’oeil, en appréciant paisiblement les scènes d’action (avec Scarlett Johansson en baroudeuse malicieuse) et en devinant, de manière un peu cynique, quels personnages vont passer à la casserole. Dernier clin d’oeil, parmi les dinosaures mutants qui peuplent l’île perdue, on a remarqué une (grosse et sale) bestiole qui ressemble étrangement au monstre imaginé par le Zurichois H.R. Giger pour le premier Alien (1979). Vérification faite, Spielberg n’est pas dans le coup d’Alien. C’est donc un pur hommage à un grand film de terreur! (Universal)
BRIDE HARD
Meilleures amies depuis plus de 30 ans, Sam et Betsy constatent cependant que leur amitié montre des signes de faiblesse. La carrière à haut risque de Sam en tant qu’agent secret, travaillant pour une agence de renom sur des missions classifiées, a pris le pas sur tout le reste dans sa vie, y compris ses responsabilités en tant que demoiselle d’honneur de Betsy. Sam tente tant bien que mal de gérer sa double vie, organisant l’enterrement de vie de jeune fille de Betsy à Paris tout en menant une opération clandestine à quelques rues de là. Cependant, lorsque les demoiselles d’honneur Lydia et Zoe remarquent que Sam les a abandonnées sans explication, Betsy nomme sa future belle-sœur, Virginia, très tendue, comme nouvelle demoiselle d’honneur… Connu pour le gros succès de Lara Croft : Tomb Raider (2001), le cinéaste britannique Simon West dirige, ici, dans une comédie qui mélange le film d’action et le film de mariage, la tonique actrice australienne Rebel Wilson, tour à tour espionne et demoiselle d’honneur de sa meilleure amie d’enfance incarnée par la blonde Américaine Anna Camp. Et lorsque le somptueux mariage de Betsy est pris en otage par un groupe de mercenaires, Sam va montrer qu’elle sait monter au combat. Un scénario de série B pour un divertissement léger. (Metropolitan)
I LOVE PERU
Lancé dans une course effrénée vers le succès, et une fois césarisé, un comédien biscornu abandonne ses plus fidèles amis, devient lourdingue et se fait larguer par sa petite amie. Seul face à lui-même, il rêve qu’il est un condor et décide de se lancer dans une quête spirituelle, qui l’amène au Pérou. Voilà une entreprise qui a le mérite de l’originalité. Avec une équipe réduite, un budget annoncé à 400 000 euros et un appareil photo pour tourner de façon minimaliste, Raphaël Quenard (et Hugo David comme co-réalisateur) donne, en toute liberté, spontanéité et avec un sens certain de l’autodérision, un mélange de documentaire et de fiction hybride et décalé, pensé comme une quête existentielle et un moyen de fuir l’image médiatique du succès. Il est vrai que Raphaël Quenard doit désormais en connaître un rayon sur cette question du succès, lui qui est apparu soudainement en 2023 dans Chien de la casse de Jean-Baptiste Durand et dans Yannick de Quentin Dupieux. Nommé aux César 2024 pour ces deux films, respectivement comme meilleure révélation masculine et meilleur acteur, le comédien remporta le César de la meilleure révélation masculine pour Chien de la casse. Le cinéaste donne aussi une suite de portraits décalés avec la participation amicale de Jean-Pascal Zadi, Michel Hazanavicius, Jonathan Cohen, Emmanuelle Devos, François Civil, Eric Judor, Benoît Poelvoorde, Gustave Kervern, Marina Foïs, Gilles Lellouche et le Mulhousien Grégory Weill, le plus grand agent d’acteurs du cinéma en France. Imparfait, provocateur, jubilatoire, bien barré. (Le Pacte)
THE THINGS YOU KILL
Après plusieurs années aux Etats-Unis où il a enseigné les sciences du langage à l’université, Ali retourne s’installer en Turquie avec Hazar, son épouse. Dans sa ville natale, il retrouve sa famille qui vit un enfer sous le joug terrible de son père. Aussi, lorsque sa mère décède dans des circonstances suspectes, Ali soupçonne-t-il rapidement Hamit, son père avec lequel il est déjà en froid. Aidé par Reza, un mystérieux rôdeur qu’il engage comme jardinier, le jeune homme mène une quête vengeresse qui va le confronter au pire des secrets… Coréalisateur (avec Ali Asgari) des Chroniques de Téhéran en 2023, le cinéaste iranien Alireza Khatami était poussé, pour The Things…, par un besoin personnel de se réconcilier avec son histoire, la violence qui régnait au sein de sa famille. Le film était aussi, dit-il, « une tentative de régler mes comptes avec moi-même, de confronter les ombres qui persistent pour comprendre comment elles m’ont façonné. » En déployant plusieurs motifs récurrents comme l’eau (symbolisée par les puits, la noyade, la soif), les fantômes ou les choses enfouies, Alireza Khatami va à la recherche de ce qui se cache sous la surface, à la fois littéralement et émotionnellement : Jusqu’où devons-nous aller pour trouver la vérité, et à quel point voulons-nous la déterrer ? Lorsque les personnages essaient d’enterrer des choses, qu’il s’agisse de secrets ou de corps, elles semblent toujours ressurgir, comme l’eau qui trouve son chemin à travers la terre. Les fantômes dans l’histoire ne sont pas juste surnaturels, ce sont les vérités enterrées qui continuent de hanter les personnages jusqu’à ce qu’ils les affrontent. A propos de ce film qui commence comme un rêve et s’achève comme un cauchemar, qui passe d’un terrain familier à l’inconnu, le metteur en scène dit encore : « Ce qui est crucial, c’est de comprendre que toute violence a une histoire et ne vient pas de nulle part. Hamit a été battu par son père, qui a probablement été battu par son père… Alors quand nous parlons de tuer, nous parlons en réalité d’héritage, de la manière dont la violence se transmet jusqu’à ce que quelqu’un trouve une façon de la transformer. » (Le Pacte)
L’AVENTURA
« Ça y est, ça enregistre ! » Claudine empoigne son iPhone et capte l’histoire d’un voyage en Sardaigne… Qui commence dans une gare parisienne puis dans les couchettes d’un train et va se poursuivre dans une voiture à bord de laquelle on trouve Sophie, Jean-Phi son ami ainsi que Claudine, la jeune adolescente et Raoul, un petit bonhomme de trois ans. Qui va donner bien du fil à retordre à tous ceux qui l’entourent… Avec L’aventura, Sophie Letourneur tourne son sixième long-métrage et donne le second voyage d’une trilogie italienne entamée avec Voyages en Italie (2023) et dans lequel la cinéaste incarnait déjà Sophie, avec Philippe Katerine dans le rôle du lunaire Jean-Phi. Sous ses allures de comédie ensoleillée, cette Aventura (clin d’oeil à la célèbre chanson de Stone et Charden de 1971 qu’on entend au générique de fin) est une sorte de « famille au bord de la crise de nerfs » pendant un périple transalpin. Entre « Merde, il est en train de faire caca sous la table », « Maman, j’ai envie de faire pipi », « Attention, le verre, il va tomber ça c’est sûr », « J’en peux plus de la chaleur », « Pourquoi j’ai un trou dans tous mes slips » ou « Je pense que les amortisseurs sont morts », Sophie Letourneur construit un kaléidoscope de moments, d’éclats, reliés non pas par une narration classique, mais par des liens plus souterrains. Au fil de ce voyage inattendu et parfois franchement agaçant, Sophie Letourneur se penche sur des personnages pris dans les affres de leurs névroses, offrant aussi un portrait de chacun des rôles qu’on peut avoir au sein d’une famille, dans la fratrie, la parentalité, et aussi la place qu’on se donne à soi-même. Tous les personnages sont en transition. Claudine quitte l’enfance, mais est-elle déjà une ado ? Raoul devient un petit garçon qui va faire des phrases et gagner en autonomie. Bientôt la fin des couches et l’entrée à l’école, ce qui va permettre à Sophie d’avoir un petit peu moins de charge mentale, de récupérer un peu plus son corps et son espace qui sont accaparés pendant tout le film. Le couple va aussi pouvoir sortir la tête de l’eau pour décider ou pas de se quitter. Quand ils feront le point, ils diront : « C’était bien. Y’a rien à dire ? » (Arizona Distribution)
LA TOURNÉE
Acteur vieillissant et dont la carrière est quasiment au point mort, Marius de Villeduc n’a pas tourné depuis trois ans. Il croule sous les dettes et harcèle Grégory Laurent, son agent afin qu’il lui trouve du travail. Ce dernier le met en relation avec Richard Favard, réalisateur-acteur qui prépare son sixième film. Pour ce tournage de Dialogue avec mon voisin, Marius touchera 60 000 euros, dont la moitié après avoir effectué la tournée de promotion. Un an plus tard, armés d’un distributeur peu impliqué, Marius et Richard entament la série d’avant-premières, accompagnés de Colette, leur attachée de presse, et Lulu, le chauffeur de leur van. Après de premières déconvenues en termes de nombre de spectateurs dans les salles, ils sont rejoints par Fanny, ancienne stagiaire chez Grégory Laurent, ayant eu son premier rôle d’actrice dans le film, qui va les aider à mieux communiquer…C’est une bonne idée que de se glisser dans les coulisses du cinéma. Et cela a donné d’excellents films, de La nuit américaine à Boulevard du crépuscule. Ce n’est probablement pas là, l’ambition de Florian Hessique, le réalisateur de La tournée et qui tient également le rôle de Richard Favard. Ici, les coulisses, ce sont les galères d’une tournée promotionelle d’un film à petit budget, ce qui veut pas dire, un « petit film ». En allant de situations cocasses en rencontres inattendues et en pointant différents travers de la profession du cinéma et des gens qui gravitent autour (on croque, ici, le journaliste qui fait une interview sans avoir vu le film), le film joue la carte de la comédie mais il souffre d’un manque de rythme et n’hésite pas à grossir parfois le trait jusqu’à l’outrance, voire à l’amertume… On croise, ici, beaucoup de comédiens qu’on apprécie comme Patrick Chesnais, Thierry Lhermitte, Richard Berry, Martin Lamotte et bien d’autres. (Blaq Out)
SABOTAGE
Ancien membre des Navy SEAL, les forces spéciales de la marine américaine, Michael Bishop a survécu à une prise d’otages en Bosnie après avoir reçu sept coups de feu. Seul survivant du commando anti-terroriste en Bosnie, Bishop travaille aujourd’hui comme garde du corps. Lors d’un déplacement, son employeur est abattu par un franc-tireur. Quelques jours plus tard, la veuve de son ancien patron échappe de justesse à un attentat. Bishop comprend qu’il se trouve au coeur d’une conspiration qui implique aussi bien le FBI et la CIA que des tueurs à gages. Avec l’aide d’un agent du FBI, Bishop va tenter de démanteler une organisation terroriste. Ils vont remonter jusqu’à Sherwood, un ex-agent qui avait déjà affronté Bishop en Bosnie… Même si son scénario n’est pas toujours simple à décrypter, Sabotage, réalisé en 1996 (et qui sort en Blu-ray HD) est un solide film d’action autour des thèmes du sniper et de la vengeance. La réalisation de Tibor Takacs est efficace (il joue même des effets « bullet time » chers à Matrix) et permet à des comédiens chevronnés de donner l’allant nécessaire à ce genre d’entreprise. Connu pour des films comme Crying Freeman (1995), Le pacte des loups (2001), tous deux réalisés par le Français Christophe Gans, John Wick Parabellum (2019) ou encore la série Hawaii 5-0, l’Américain Mark Dacascos endosse le personnage de l’indestructible Michael Bishop… (Metropolitan)

PAPRIKA – ALL LADIES DO IT
Après avoir débuté dans le cinéma en tant qu’archiviste à la Cinémathèque française et assistant de Joris Ivens, Alberto Cavalcanti et Roberto Rossellini, Tinto Brass s’est tourné, à partir des années 70, vers des films directement provocateurs, entre pornographie et esthétisme. On sait qu’il réalisa Caligula (1979) avant de refuser d’être crédité comme tel à la suite des rajouts de scènes pornographiques par le producteur Bob Guccione. Silencieux depuis 2005, le cinéaste milanais, aujourd’hui âgé de 92 ans, considéré comme le maître du cinéma érotique italien, a fait l’objet de plusieurs éditions chez Sidonis Calysta. En voici deux autres du début des années 90. Paprika (1991) est une libre adaptation des Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir, le roman du Britannique John Cleland, publié pour la première fois en 1748 et dont l’action est transposée dans les années 1950. Jeune femme aux formes avantageuses, Mimma (Debora Caprioglio) décide de travailler pour une quinzaine de jours dans un bordel afin d’aider financièrement son fiancé Nino. Lorsqu’elle découvre la trahison de Nino, elle décide, sous le pseudo de Paprika, de poursuivre son expérience des maisons closes à travers l’Italie et l’Europe, juste avant la promulgation de la loi Merlin ordonnant la fermeture de tous les lupanars transalpins… Avec All Ladies do it (en v.o. Cosi fan tutte, 1992), voici l’histoire de Diana (Claudia Koll) qui vit à Rome, est heureuse avec son mari mais éprouve néanmoins le besoin, sans se sentir coupable, de séduire d’autres hommes… Elle se transforme donc en « belle de jour » et croise bien des mâles dont un certain Alphonse Donatien qui se présente comme un pirate de l’amour. Dans les suppléments des deux éditions, Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française, décrit l’univers joyeux, grotesque et fantasmatique de celui qu’il qualifie de « Sergio Leone du sexe ». Il évoque autant sa passion pour les décors de Venise (« le sexe féminin de l’Europe ») que pour les lupanars qu’il fréquentait jeune. Mais c’est Tinto Brass, lui-même, qui révèle pourquoi les femmes dénudées qui peuplent ses films ont des poils pubiens sombres. « Parce que c’est impossible de faire le point, avec la caméra, sur des poils blonds ». Pas à mettre entre toutes les mains mais résolument allègre. (Sidonis Calysta)
LE PETIT ÉTRANGER PARANOÏAQUE ET LE DOCTEUR FREUD FACE A DIEU 
LE LOCATAIRE
Petit homme timide, solitaire et réservé, M. Trelkovsky s’enquiert d’un appartement à louer dans un vieil immeuble parisien du nord de Paris. Mal embouchée, la concierge lui permet cependant de visiter les deux chambrettes, non sans lui apprendre, dans un éclat de rire, que Simone Choule, l’ancienne locataire, a voulu se suicider sans raison apparente, en se jetant de la fenêtre de l’appartement. Inquiet de savoir si Simone Choule peut revenir chez elle, Trelkovsky se rend à l’hôpital où Mlle Choule est sur le point de succomber. A cette occasion, il croise Stella, une amie de la mourante, avec laquelle il prend une boisson dans un café avant de se rendre dans un cinéma où ils flirtent allègrement. Après le décès de l’ancienne locataire, le futur occupant va rendre visite à M. Zy, le propriétaire des lieux, qui explique que l’immeuble est habité par des gens respectables et très soucieux de calme. Mais comme M. Zy dit apprécier le nouveau venu, il accepte de lui louer l’appartement. Quelques jours après avoir emménagé, Trelkovsky reçoit ses collègues de bureau. Ces derniers s’amusent en riant fort. Bientôt tout l’immeuble semble se liguer contre le petit homme. S’imaginait le bouc émissaire du voisinage, le modeste fonctionnaire d’origine polonaise sombre peu à peu dans la paranoïa et se met à imaginer que tous ses voisins le poussent au suicide. S’ouvrant sur un superbe et virtuose plan sur la façade de l’immeuble, Le locataire plante d’emblée le décor d’un univers froid et inquiétant. C’est dans un labyrinthe de couloirs, de paliers, d’escaliers que Polanski installe le malheureux Trelkovsky. Et que dire de la cour intérieure avec, en contrebas, la verrière, toujours brisée, dans laquelle s’est précipitée la malheureuse Mademoiselle Choule et qui semble vouloir maintenant aspirer ce brave type qui se fait un devoir de ne déranger personne et qui va petit à petit déranger tout le monde. Tiré du roman Le locataire chimérique de l’écrivain français Roland Topor publié en 1964, The Tenant (en v.o.) est le dernier volet de la « Trilogie des appartements maudits », après Répulsion (1965) tourné à Londres et Rosemary’s Baby (1968) tourné à New York. Avec Chinatown (1974), dernier film qu’il tourne aux USA avant son départ pour l’Europe, Polanski avait connu un imposant succès. Le cinéaste avait envie de revenir à un projet plus « serré » et aussi de tourner à Paris, sa ville natale. De fait, Raymond Thierry Liebling, qui deviendra Roman Polanski, est né en août 1933 dans le 11e arrondissement de la capitale avant que ses parents ne décident, en 1937, de retourner vivre en Pologne. Polanski réussit, ici, en 1976, un sommet d’angoisse kafkaïenne et dirige une impressionnante galerie de personnages qui semblent, tous, vouloir en attenter à l’intégrité mentale de cet étranger que Polanski compose avec un maximum d’ambiguïté. Autour de lui, on trouve une large palette d’acteurs américains comme Melvyn Douglas, Shelly Winters, Jo van Fleet ou français comme Isabelle Adjani (Stella), Bernard Fresson, Claude Dauphin, Rufus, Romain Bouteille, Claude Piéplu ou encore Josiane Balasko, Gérard Jugnot ou Michel Blanc à leurs débuts. Le locataire, disponible pour la première fois en Blu-ray et dans une restauration 4K Ultra HD, sort dans une belle édition riche en suppléments. On y trouve Paranoïaque à Paris (23 mn), un entretien inédit en France dans lequel le cinéaste se remémore le tournage du film. Dans L’artiste invisible (15 mn), le directeur de la photographie François Catonné, alors assistant opérateur sur le film, raconte avec enthousiasme un tournage qui fut l’un des plus beaux moments de sa vie et n’hésite pas à parler de Polanski comme d’un génie du cinéma.. Avec Assurer la continuité (5 mn), la scripte en chef du film, Sylvette Baudrot, livre des souvenirs et anecdotes de tournage. Etranger (32 mn) est un entretien inédit avec Samuel Blumenfeld, journaliste et critique au Monde. Pour sa part, David Gregory a imaginé un récit de voyage (11 mn) qui visite les quartiers de Paris présents dans le film. Enfin, en audio, on peut suivre une analyse du film (20 mn) par Samm Deighan et des entretiens, dirigés par Frédéric Albert Lévy, avec l’écrivain Roland Topor (1980 – 6 mn) et le scénariste Gérard Brach (1986 – 5 mn). (Carlotta)
FREUD – LA DERNIERE CONFESSION
A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Sigmund Freud s’est réfugié à Londres, en compagnie de sa fille Anna. Sous l’effet de l’âge et de la maladie, la figure emblématique de la psychanalyse s’est changée en un vieillard aigri et capricieux. Tournant en rond dans son grand appartement des beaux quartiers d’Hampstead, Freud souffre d’un cancer de la bouche qu’il tente de « soigner » en mélangeant whisky et morphine. Sa curiosité est piquée au vif lorsqu’un certain C.S Lewis, professeur de littérature anglaise à Oxford, romancier et chrétien revendiqué, le mentionne dans l’une de ses publications. C’est ce C.S. Lewis qui sonne à la porte de Freud. Rapidement les deux hommes vont s’affronter à fleuret moucheté autour de la question de Dieu… Adaptation de Freud’s last session, la pièce de théâtre de Mark St. Germain, elle-même inspirée d’un ouvrage intitulé The Question of God rédigé par Armand Nicholi, docteur en psychiatrie et professeur à Harvard, le film se penche sur l’idée que deux personnes puissent s’engager dans une discussion sur une question aussi controversée que l’existence de Dieu, et qu’elles le fassent avec la volonté sincère d’échanger. Un propos qui a fasciné l’Américain Matthew Brown convaincu que tolérance et respect mutuel sont essentielles. Voici donc un quasi huis-clos avec la rencontre de deux intellectuels qui commencent par se tourner autour, tentant de se cerner l’autre, d’observer ses failles comme ses certitudes. Face à son célèbre divan, Freud est un homme au bout du rouleau qui écoute la radio pour se tenir au courant de l’état du monde et entend Hitler prôner l’annihilation de la race juive en Europe mais aussi le premier ministre Chamberlain annoncer l’entrée en guerre de l’Angleterre. Face à lui, C.S. Lewis, souriant et attentif, le regarde évoluer dans son univers, aller et venir, revenant l’« affronter » dans sa certitude que Dieu existe. A l’occasion d’une alerte aérienne, les deux hommes se retrouvent dans un abri dans le sous-sol d’une église. Tandis que Freud reconnaît la statue de Sainte Dymphne, la patronne des fous et des égarés, Lewis, secoué par le vacarme des sirènes, est pris d’une crise liée à un stress post-traumatique. Dans les tranchées de 14-18, il a assisté à la mort de son meilleur ami, déchiqueté sous ses yeux. Dans sa mise en scène, Brown se garde d’un récit linéaire, choisissant d’explorer le subconscient de ses personnages en utilisant des flashbacks ou des éléments de fantaisie pour rester, ainsi, dans une fidélité aux écrits de Freud et Lewis, le premier étant l’auteur de L’Interprétation des rêves, le second ayant, au côté de Tolkien notamment, construit des univers fantastiques comme le fameux Monde de Narnia. Sigmund Freud, toujours malmené par sa souffrance, disserte sur les blagues juives, sur la Sehnsucht, sur la Bible, grand recueil de mythes et de légendes souvent brandi comme une arme. « Mais Jésus a existé » contre Lewis. « Mes patients qui se prennent pour Dieu, aussi » rétorque Freud. Au fur et à mesure de l’échange, le film dessine un Freud, fervent incroyant fasciné par les croyances, constatant « Nous sommes tous lâches devant la mort ». Un Freud profondément traumatisé par la mort de sa fille aînée Sophie mais capable aussi de remettre constamment en question ses propres idées. Anthony Hopkins se glisse, avec une parfaite aisance, dans la peau d’un praticien fatigué et hanté, révélant un homme empreint d’une grande humanité et regardant sa propre mortalité en face. Quant à Matthew Goode, connu pour avoir été l’interprète de Lord Snowdon dans la série The Crown, il est un Lewis paisible en apparence et tourmenté en profondeur. Dans la réalité historique, il n’y a pas de traces de la rencontre entre Freud et Lewis. Mais des recherches ont montré que Freud avait bien reçu, à Londres, un professeur d’Oxford dont l’identité n’a jamais été connue. Et si ça avait été C.S. Lewis ? L’idée, en tout cas, est belle… (Condor)
HONG KONG 1941
Trois amis, deux hommes et une femme, vivent dans la colonie britannique juste avant la bataille de Hong Kong. Ils devront survivre durant l’occupation militaire de la ville par les troupes nippones. Han Yuk-nam raconte ce qu’elle a vécu durant ces années. Jeune femme séduisante qui voulait échapper au sinistre mariage arrangé par son père, un riche marchand de riz, elle est en proie à de terribles crises de douleur. Son turbulent ami d’enfance, John Koh-wang, dont la famille était riche mais désormais devenue pauvre, est un jeune homme débrouillard et est amoureux d’elle. David Fei est, pour sa part, un comédien venu du nord qui veut émigrer aux États-Unis ou en Australie. Ils forment un trio inséparable mais le jour où ils tentent de quitter Hong Kong, l’invasion japonaise les en empêche. Fei devient alors collaborateur pour les Japonais afin de sauver la vie de ses amis. Évoquant d’abord, par son savoureux cocktail d’aventure et de légèreté, un Jules et Jim à la manière de Hong Kong, l’histoire du triangle amoureux formé par la belle Han Yuck-nam et ses deux soupirants John Koh-wang et David Fei bascule bientôt dans le film de résistance d’un peuple occupé. Mêlant avec brio comédie et cinéma de guerre, romance et action, politique et tragédie, Hong Kong 1941, réalisé en 1984, parvient à une remarquable cohérence grâce à l’habileté de sa narration et à la richesse de sa mise en scène. Voici un savoureux mélange de romance et action qui doit beaucoup à son trio de stars hongkongaises au charisme irrésistible, à commencer par Chow Yun-fat, largement reconnu aussi au plan international et dont le nom est indissociable de John Woo avec lequel il tourna Le syndicat du crime (1986), City of Fire (1987) ou The Killer (1989). A ses côtés, on trouve Cecilia Yip découverte en 1982 dans Nomad de Patrick Tam et Alex Man, vu dans As Tears Go By (1988) de Wong Kar-wai, dans le rôle de John Koh-wang. Ce film à découvrir, pour la première fois en Blu-ray dans une nouvelle restauration 4K, est accompagné, comme très souvent chez Carlotta, par de nombreux suppléments. Ainsi, dans Croiser les cultures (22 mn), Po-Chih Leong revient sur ses débuts à la BBC, son arrivée à Hong Kong et sa proximité avec d’autres cinéastes de l’archipel tels que Tsui Hark, Ann Hui ou John Woo. On peut aussi découvrir, autour du film et de la question identitaire (22 mn) une masterclass tournée en 2023 à Udine, dans le cadre du Far East Film Festival, dans laquelle le cinéaste détaille son travail de mise en scène visant à retranscrire une société au bord du chaos. Dans une interview (30 mn), Tony Rayns, historien du cinéma, rappelle la place majeure du film de Po-chih Leong à l’époque de sa production comme au sein de la Nouvelle Vague hongkongaise. Enfin, on trouve, ici trois entretiens d’époque avec les comédiens Chow Yun-Fat (13 mn), Cecilia Yip (12 mn) et Paul Chun Pui (8 mn). (Carlotta)
THE ISLAND
Le professeur Cheung emmène six de ses élèves en excursion sur une île déserte. À leur arrivée, ils font la rencontre de trois frères, derniers habitants de l’île, qui tiennent une épicerie locale. Les adolescents et leur professeur se sentent mal à l’aise en leur compagnie, et pour cause : au chevet de leur mère mourante, les frères ont juré de marier le benjamin afin de prolonger leur lignée… Après avoir jeté leur dévolu sur une réfugiée chinoise qui s’avéra être impure à leurs yeux, la jeune Phyllis semble être la proie idéale. Mais ses camarades de classe tout comme M. Cheung refusent de se soumettre et vont se lancer dans une lutte sans merci contre la terrible fratrie… Le cinéaste sino-britannique Po-chih Leong, né à Londres en 1939, signe ici, en 1985, son film de genre le plus abouti, lorgnant aussi bien du côté du Délivrance de Boorman que du fameux Massacre à la tronçonneuse de Hooper ou encore de La colline a des yeux de Craven. Suivant les traces de ses illustres prédécesseurs occidentaux, The Island met en scène un conflit de classes aigu opposant des citadins éduqués aux membres violents d’une communauté rurale isolée. Po-chih Leong prouve avec brio que le survival movie est tout aussi terrifiant sur une île déserte de l’Asie du Sud-Est que dans les contrées reculées des États-Unis. Une édition inédite en Blu-ray présentée dans une nouvelle restauration 2K. Dans les suppléments, avec Croiser les genres : un entretien avec Po-Chih Leong (20 mn), le cinéaste revient sur sa riche filmographie et sur l’hybridation des genres, qu’il considère comme une caractéristique majeure du cinéma asiatique contemporain. Avec Un cinéma de survie (23 mn), le cinéaste, lors d’une masterclass tournée en 2023 à Udine, dans le cadre du Far East Film Festival, évoque la genèse de The Island et l’enjeu de son tournage en pleine nature. Enfin, dans une interview (17 mn), l’historien Tony Rayns rappelle les influences du cinéma d’horreur américain et hongkongais sur The Island et analyse la singularité du film de Po-chih Leong. Le Massacre à la tronçonneuse hongkongais, une pépite totalement inédite ! (Carlotta)
A NORMAL FAMILY
Avocat fortuné et matérialiste, Jae-wan s’est remarié, après la disparition de son épouse, avec Ji-soo, jeune propriétaire d’une pâtisserie. Son frère cadet, Jae-gyoo, est un chirurgien idéaliste qui travaille à l’hôpital et mène une vie bourgeoise aisée mais moins riche avec son épouse, Yeon-kyeong, traductrice. Hébergée chez Jae-gyoo, la mère des deux frères souffre manifestement de la maladie d’Alzheimer. Les deux frères et leurs épouses se retrouvent dans une restaurant de luxe de Séoul pour dîner et évoquer le départ de leur mère dans un luxueux établissement de retraite. Les tensions sont manifestes. Pendant ce temps là, Si-ho et Hye-yoon, leurs enfants respectifs, passent la soirée ensemble à boire et à fumer. Dans la nuit, cette sortie des cousins vire au cauchemar extra-violent. Dans une ruelle, les deux tabassent à mort un SDF qui s’est trouvé sur leur passage. Une caméra de surveillance filme toute l’agression et les images deviennent rapidement virales sur les réseaux sociaux… Film sud-coréen tourné en 2023 par Jin-Ho Hur, A Normal Family est une adaptation du roman Le dîner du romancier néerlandais Herman Koch qui raconte comment la loyauté de quatre parents envers leurs enfants est mise à l’épreuve quand il s’avère qu’ils ont un crime sur la conscience : peut-on continuer à protéger ses enfants dans de telles circonstances ? Inspiré d’un fait-divers réel qui s’est produit à Barcelone en 2005, le roman a été un succès de librairie et a donné lieu à pas moins de trois films hollandais (2013), italien (Nos enfants, 2014) et américain (The Dinner, 2017) ce dernier avec Richard Gere et Laura Linney. Ici, c’est donc au tour du cinéaste coréen Jin-Ho Hur d’explorer le fonctionnement de deux familles bourgeoises dans une situation qui met à l’épreuve leurs valeurs morales et leur sens de la famille. A travers ces quatre adultes et leurs deux adolescents incarnés par d’excellents comédiens (Sul Kyeong-gu, Jang Dong-gun, Kim Hee-ae, Claudia Kim, Hong Ye-ji et Kim Jung-chul), le film interroge aussi bien la déshumanisation et le rejet des comportements altruistes dans la société contemporaine que les fractures générationnelles. Dans des décors composés souvent d’intérieurs luxueux, la mise en scène est quasiment froide et clinique avant de faire affleurer les tensions pour faire de A Normal Family, un thriller glaçant qui dépeint avec cynisme les contradictions de la bourgeoisie coréenne, tout en posant des questions universelles sur la morale et la famille. « J’ai essayé, dit le cinéaste, de dépeindre la nature humaine qui se révèle lorsque des personnages dans leurs apparences parfaites se retrouvent dans des situations inattendues. » (Diaphana)
UN HOMME EN OR
Fonctionnaire modeste et sans ambition, Papon mène une vie paisible avec son épouse Jeannette, qu’il aime profondément. Un jour, il découvre que sa femme le trompe. Plutôt que de réagir avec colère, il décide de tout ignorer et cache cette découverte. Il se lance dans les affaires et devient très riche. Il pense, de cette façon, reconquérir son épouse (Suzy Vernon), mais c’est seulement lorsqu’elle apprend sa délicatesse qu’elle lui demande de lui pardonner. Jean Dréville (1906-1997) est aujourd’hui un réalisateur français quelque peu tombé dans l’oubli. Formé au dessin publicitaire et à la photographie, il écrit des critiques dans des revues de cinéma avant de tourner, en 1928, son premier film, en l’occurrence un documentaire sur le tournage de L’argent de Marcel Lherbier. En 1944, il fait tourner Noël-Noël dans Les casse-pieds pour lequel il obtiendra le prix Louis Delluc. C’est aussi lui qui lance la carrière cinématographique de Bourvil en 1945 avec La ferme du pendu. C’est en 1934 que Dréville tourne Un homme en or (présenté dans une belle édition Blu-ray) qui évoque aussi bien la trahison et le pardon, la quête de la réussite matérielle que les relations conjugales et la réconciliation. Si le film ne brille pas par son action, il est remarquable par son écriture et son audacieuse mise en images à laquelle Léonce-Henri Burel n’est sans doute pas étranger. Collaborateur d’Abel Gance, notamment pour La roue (1920) et Napoléon (1927), Burel était l’un des plus grands directeurs de la photographie des années vingt et trente. Enfin, Un homme en or est l’un des beaux rôles d’Harry Baur (1880-1943) considéré comme l’un des plus grands acteurs de la première moitié du 20e siècle. Né à Paris et fils de Meinrad Baur, un horloger alsacien originaire de Heimsbrunn, le comédien était un « monstre sacré » dont la carrière décolle en 1930 avec la rencontre de Julien Duvivier pour David Golder, le premier film parlant du réalisateur. Baur sera aussi un grand Jean Valjean dans Les misérables de Raymond Bernard et un Beethoven saisissant dans Un grand amour de Beethoven (1936) de Gance. Avec Papon, Harry Baur compose un personnage tout en subtilité. Son petit fonctionnaire devenu très riche est un honnête homme qui pense que le pardon est la plus belle forme du courage. (Gaumont)
LIFE OF CHUCK
Dans la classe de Marty Anderson, un élève planche sur un texte de Walt Whitman. Quand soudain, la vie s’arrête. Exit l’étude du plus grand poète de la littérature américaine. Une partie de la Californie vient de disparaître dans le Pacifique. Pire que cela, les téléphones portables ne fonctionnent plus. Internet a rendu l’âme. La télévision ne diffuse plus rien… sauf une étrange « pub » qui, avec le visage souriant d’un parfait comptable, salue les 39 merveilleuses années de Charles Krantz. Thanks Chuck ! Dans les rues de la ville, tout n’est qu’encombrements, embouteillages, désolation. Ici et là, on remarque le Thanks Chuck… Philosophes, Marty et son voisin sont bien obligés de constater que quelque chose se termine. La fin du monde, tout bonnement ? Dans le ciel, les étoiles et les planètes s’éteignent toutes. Le comptable, on le retrouve, déambulant dans une ville où il est venu pour une réunion. Pas loin de là, une jeune musicienne de rue a installé sa batterie. Elle commence à jouer lorsqu’Arthur Krantz s’approche. Doucement, le comptable, gentiment étriqué, se met à bouger. Bientôt il se lance dans une chorégraphie aussi élégante qu’enlevée. Janice Halliday vient de quitter la librairie où elle a passé une rude journée de travail. De plus, son petit copain l’a laissé tomber. Par la grâce de la musique et à cause de l’invitation de Chuck, elle va entrer dans la danse. Tous les deux offrent un superbe spectacle aux passants… Ayant perdu ses parents dans un accident de la circulation, le petit Chuck est élevé par ses grands parents. Enfant, il passe une enfance heureuse. Sarah, sa grand-mère, est fan autant de cuisine que de rock. C’est elle qui lui donnera l’amour de la danse. Quant à Albie, son grand-père, c’est un homme des chiffres qui a malheureusement un penchant pour l’alcool. C’est pourtant avec lui que Chuck apprendra que la pratique des nombres est un art. Et puis, Albie garde les clés d’une pièce fermée de leur grande maison victorienne. Là haut, sous les toits, se cache un mystère qui ne cesse d’intriguer le gamin… Le réalisateur américain Mike Flanagan adapte une nouvelle presque joyeuse de Stephen King. En trois chapitres qui remontent le temps, voici la vie extraordinaire d’un homme ordinaire. Dans ce conte très lumineux et baigné d’onirisme, on entend revenir, comme un mantra, les mots de Whitman : « Je suis vaste. Je contiens des multitudes ». Comme l’existence de chacun, affirme le cinéaste. Avec une belle distribution (Tom Hiddleston, Chiwetel Ejiofor, Karen Gillan, Jacob Tremblay et Mark -Star Wars- Hamill), voici une aventure humaine teintée de tristesse mais qui séduit profondément. (Nour Films)
LES COPAINS D’EDDIE COYLE
Petit truand sans envergure et quasiment au bout du rouleau, Eddie Coyle vit de petits boulots, de combines, de trafic d’armes et de contrebande. Pour échapper à une condamnation et éviter de finir ses jours derrière les barreaux, il accepte de travailler comme indicateur pour Dave Foley, un agent du FBI. Tourné dans un Boston sombre et poisseux, entre bars misérables et parkings sordides, The Friends of Eddie Coyle est un polar noir à l’extrême, notamment grâce au style sobre et épuré de Peter Yates. Le réalisateur du fameux Bullitt (1968) avec Steve McQueen en lieutenant de police de San Francisco, devenu célèbre pour sa course-poursuite dans les rues de Frisco, adapte, ici le roman éponyme de George V. Higgins, écrivain américain reconnu pour la qualité de ses dialogues. Le cinéaste britannique (1929-2011) s’attache à l’atmosphère de son film. Jouant sur des ambiances feutrées, des personnages crédibles aux regards fatigués, Yates opte pour un style quasi documentaire, ne tournant aucune scène en studio. Sans effets spectaculaires et avec peu de coups de feu, le réalisateur parvient pourtant à captiver, grâce à sa façon de laisser l’action s’installer. Visuellement, le film est une belle réussite grâce aux plans millimétrés de Peter Yates et à la superbe photographie de Victor J. Kemper (Un Après-midi de chien en 1975). Dans cette histoire qui dresse le portrait d’une bande de malfrats minables au cœur d’une Amérique grise, on trouve le légendaire Robert Mitchum dans ce qui est considéré comme l’un de ses plus beaux rôles. L’acteur qui venait de tourner La fille de Ryan (1970) de David Lean et qui allait enchaîner avec Yakusa (1974) de Sydney Pollack, incarne, ici, un criminel usé, qui tente tant bien que mal de s’épargner la prison et de sauver sa famille. À ses côtés, on retrouve dans un grand second rôle, Peter Boyle dans le rôle de l’inquiétant Dillon et Richard Jordan en agent du FBI. A sa sortie, le film ne rencontra pas de succès. Aujourd’hui il apparaît comme une référence du film noir. Longtemps relativement confidentiel, le film n’est jamais sorti en France en dvd ni en Blu-Ray. Voici donc une belle édition avec un livret (44 p.) sur la genèse du film et, en bonus, une conversation passionnante entre Jean-Baptiste Thoret, auteur du Cinéma américain des années 70 et Samuel Blumenfeld, critique au Monde. (Rimini éditions)
HOT MILK
Par un été chaud et étouffant, Rose et sa fille Sofia se rendent à Almeria, station balnéaire du sud de l’Espagne. Rose, qui se trouve clouée dans un fauteuil roulant, vient consulter l’étrange docteur Gómez qui pourrait soulager ses souffrances. Jusque-là entravée par une mère possessive, Sofia se sent pousser des ailes surtout lorsqu’elle croise, sur la plage, l’énigmatique Ingrid. Cette baroudeuse libre et cool qui ne fonctionne que selon ses règles, fascine Sofia qui va peu à peu céder à son charme magnétique. Tandis que Sofia s’émancipe, Rose ne supporte pas de voir sa fille lui échapper. Bientôt de vieilles rancœurs qui pèsent depuis longtemps sur la relation entre les deux Britanniques vont éclater au grand jour… Premier long-métrage de la scénariste anglaise Rebecca Lenkiewicz, Hot Milk est une adaptation du roman éponyme de l’Anglaise Deborah Levy qui fut, à la parution du livre en 2016, comparée à Virginia Woolf. Scénariste d’Ida (Pawel Pawlikowski, 2013) ou de Déobéissance (Sebatian Lelio, 2017), Rebecca Lenkiewicz s’attache, ici, à trois femmes prises, chacune à sa manière, dans un solide dilemme. Sur une terre étrangère où elles sont venues dans l’espoir d’une potentielle « guérison », la mère et la fille vont être amenées à s’éloigner l’une de l’autre. Malgré les efforts de Gomez, Rose va devoir s’accepter tandis que Sofia va enfin s’arracher à une pesante dépendance en apprenant à s’imposer, poussée par Ingrid en révélateur amoureux. A son directeur de la photo Christopher Blauvelt, la cinéaste a indiqué deux références pour créer l’univers visuel du film, d’une part Tous les autres s’appellent Ali (1974) de Fassbinder et certains aspects de 37°2 le matin (1986) de Beineix. Malgré un récit parfois hésitant, le film vaut par sa dimension féministe et par sa belle interprétation avec Fiona Shaw (Rose), une grande dame de la scène et du cinéma britannique, la Franco-anglaise Emma Mackey (vue dans Eiffel de Martin Bourboulon en 2022) en Sofia étouffée puis bouleversée et enfin la Luxembourgeoise Vicky Krieps, découverte dans Phantom Thread (2017) de Paul Thomas Anderson, qui passe comme une lumineuse et torride étoile filante. (Metropolitan)
LA VIE, L’AMOUR, LES VACHES
Mitch Robbins, Phil Berquist et Ed Furillo sont trois amis proches de la quarantaine, chacun traversant une crise existentielle. Après une escapade mouvementée à Pampelune pour les fêtes de San Fermin, Mitch rentre à New York avec un sentiment d’ennui profond et de vide grandissant. Lors d’une soirée, Phil et Ed lui présentent une brochure pour une aventure insolite : une expédition de deux semaines pour convoyer un troupeau de vaches du Nouveau-Mexique jusqu’au Colorado. Sur place, ils rencontrent Curly, un cow-boy bourru et taiseux qui, en se révélant sage et fascinant, bouleversera leurs vies… Vous approchez de la quarantaine, vous êtes en pleine crise existentielle ? Ou vous avez juste envie de regarder une chouette comédie, un western décalé et déjanté ? Alors, ce film est fait pour vous ! Réalisé en 1991 par Ron Underwood, City Slickers (en v.o.) est un western culte, qui narre les aventures improbables et délirantes d’une bande de potes, avec en fond les paysages sauvages de l’Ouest américain. Au casting, on trouve d’excellents comédiens comme Billy Cristal (Quand Harry rencontre Sally, 1989), Daniel Stern (Marvin dans Maman, j’ai raté l’avion, 1990) Bruno Kirby (Le parrain 2, 1974) sans oublier, évidemment, le vétéran Jack Palance dans le rôle de Curly. Il reprendra d’ailleurs le personnage du cow-boy en 1994 dans L’or de Curly. Une excellente performance, qui lui vaudra l’Oscar et le Golden Globe du meilleur acteur dans un seconde rôle. Ce western déjanté obtint d’ailleurs d’autres récompenses, dont le Golden Globe du meilleur acteur pour Billy Cristal. Comédie à la fois drôle et touchante, brillamment interprétée et offrant une réflexion sur le sens de la vie, La vie, l’amour, les vaches était inédit en Blu-ray en France. Après un gros travail de remasterisation, voici le film dans deux belles éditions enrichies de nombreux bonus, dont deux suppléments inédits réalisés spécialement pour cette édition, ainsi que d’un livret exclusif de 28 pages et de nombreux goodies pour l’édition collector. (Bubbelpop)
ET MAINTENANT ON L’APPELLE EL MAGNIFOCO
Gentleman raffiné élevé en Europe, Sir Thomas Fitzpatrick Philip Moore débarque au coeur du Far West pour retrouver son père. Thomas détonne dans cet univers brutal. Ce « pied tendre » préfère la poésie aux revolvers, et la bicyclette au cheval. Refusant de se battre, il devient rapidement la cible des bandits locaux. Contre toute attente, son style, sa ruse et sa maîtrise vont lui permettre de retourner les situations les plus dangereuses à son avantage. Et un jour, il va devoir se frotter au gunman Morton qui convoite sa fiancée… Comment passer de poète rêveur et peureux, à un pistolero aguerri ? En 1973, alors qu’il est au sommet de son art après le triomphe des westerns comiques en duo avec Bud Spencer (On l’appelle Trinita, 1973), c’est en solo que le légendaire Terence Hill revient sur le grand écran, ave E poi lo chiamarono El Magnifico (en v.o.) dans une mise en scène de son compatriote italien E.B. Clucher, auteur de plusieurs films de la saga Trinita. Maladroit mais irrésistible en cow-boy, Terence Hill (de son vrai nom Massimo Girotti) interprète un anti-héros flamboyant, drôle et attachant, à la bonne humeur réjouissante, et confirme son talent charismatique pour la comédie. Partageant des similitudes remarquées avec l’album Le pied tendre de Morris (de la série Lucky Luke), Et maintenant, on l’appelle… est un western culte, qui casse les codes du western spaghetti. Le scénario, qui repose sur la confrontation du gentilhomme distingué à la rudesse de l’Ouest, s’avère fin et intelligent, tout en permettant de nombreux gags. Entre parodie et hommage, Clucher (alias Enzo Barboni) signe ici un western étonnant, qui n’était encore jamais sorti en Blu-ray en France. Pour les fans du genre et de Terence Hill, c’est l’occasion de redécouvrir le film dans les meilleures conditions puisqu’il a été entièrement remasterisé. L’éditeur propose deux magnifiques éditions comprenant Blu-Ray + dvd, ainsi que des bonus exclusifs passionnant, un livret de 28 pages, et de nombreux goodies pour l’édition spéciale limitée. Sur les deux éditions, on trouvera aussi de bons supplément avec On l’appelle El Magnifico (29 mn) par Jean-François Rauger et Entre western et comédie, la signature Terence Hill (30 mn) par Philippe Lombard. (Bubbelpop)
SUR LA ROUTE DE PAPA
Alors que son couple avec Sophie bat de l’aile, l’architecte Kamel est sur le point de signer son prochain grand projet avec des investisseurs qataris à Los Angeles. Il souhaite profiter de ce déplacement professionnel pour y emmener sa femme et ses deux enfants. Sauf qu’au même moment, sa mère Mima s’est mise en tête de ramener la vieille Renault 21 de feu son mari au village de ses origines au Maroc, juste à temps pour y célébrer un mariage. Guère confiante derrière le volant, Mima parvient à convaincre son fils de la conduire. Kamel accepte sous la pression de ses sœurs et par mauvaise conscience envers son milieu d’origine. Quoique toujours dans l’espoir d’avoir accompli cette corvée familiale avant son rendez-vous décisif à l’autre bout du monde, moins d’une semaine plus tard. Connu pour ses performances en stand-ups, Redouane Bougheraba, quitte, ici son registre habituel et se glisse, sans improvisation, dans le personnage de Kamel. Cela devant la caméra de Nabil Aitakkaouali et Olivier Dacourt. Amis depuis plus de vingt ans, Aitakkaouali et Dacourt (ancien international de football et joueur du Racing Strasbourg de 1992 à 1998) signent leur premier film. Inspirés par leur propre histoire et leurs souvenirs, ils ont eux-mêmes parcouru, pour préparer le tournage, les 2400 kilomètres qui séparent Aulnay-sous-Bois du bled… Plus qu’une comédie ou qu’un road-movie, Sur la route de papa explore la question de la transmission, des origines et des liens familiaux. Le film retrace ainsi le trajet emprunté par tant de familles immigrées entre souvenirs d’enfance, choc culturel et quête de soi. Tandis qu’à bord de la vieille bagnole, les rôles de chacun se redéfinissent, le périple devient, sur fond de rires, de rancœurs enfouies, de petits incidents fâcheux et de nostalgie, une allégorie sur les racines, la bienveillance, l’échange et le partage au sein de la famille. Une tendre comédie qui avance bien, portée par de bons comédiens et spécialement Farida Ouchani en robuste et attachante grand-mère… (UGC)
BALLERINA
Après la mort de son père, Eve Macarro, désormais orpheline, est recrutée dans la Ruska Roma, organisation criminelle puissante dont son père faisait partie. La jeune fille, qui, jusqu’alors, se destinait au ballet, commence sa formation d’assassin afin de venger son père. Dans la franchise John Wick, voici donc un spin-off qui tient ses promesses en terme d’action. Car Eve a oublié les grâces du ballet classique pour basculer dans le cauchemar de la violence. Evidemment, la pauvre a des excuses puisque sa famille a été détruite. Du coup, ceux qui ont brisé son bonheur, doivent s’attendre à tout. Connu pour Underworld (2003) et Underworld 2 (2006), un n° 4 de Die Hard (2007) ainsi qu’un remake du classique Total Recall (2012), l’Américain Len Wiseman raconte, ici, une quête de vengeance violente. Autour d’une Eva Macarro impitoyable, il réussit de bonnes séquences d’action, la tueuse à gages maniant aussi les armes lourdes que les… assiettes, le sabre en passant par le lance-flammes. On a évidemment plaisir à retrouver Keanu Reeves, l’interprète au long cours de John Wick mais c’est l’actrice cubano-espagnole Ana de Armas qui occupe le haut de l’affiche. Vue dans Blade runner 2049 (2017), en James Bond girl dans Mourir peut attendre (2021) et en Marilyn Monroe dans Blonde (2022), l’adaptation du best-seller de Joyce Carol Oates, la comédienne tire joliment son épingle du jeu dans ce divertissement d’action enlevé. (Metropolitan)
LES DEMONS DU MAIS
Shining, Carrie, Ça, Christine, Misery… Les adaptations à succès de l’œuvre du grand Stephen King sont nombreuses ! Les démons du maïs, adapté de l’une de ses nouvelles, est moins connu du grand public, et pourtant ce long-métrage a donné le jour à toute une saga, devenue culte auprès des fans du genre. Au total pas moins de onze films ont été réalisés, ainsi qu’un court métrage dès 1983. Stephen King lui-même souhaitait déjà adapter sa nouvelle, écrite en 1977, et avait tenté de rédiger un scénario en 1979. Il fallut attendre 1984 pour voir un long-métrage voir le jour, sous la réalisation de Fritz Kiersch dont c’est alors le premier film, et qui travaillera plus tard sur la série télé Swamp Thing. Ce premier opus de la saga réussit à créer une atmosphère angoissante très réussie : une petite ville isolée et désolée, un soleil de plomb sur une terre aride, une superbe mais inquiétante croix avec son épouvantail, des champs de maïs à n’en plus finir… un décor sinistre à souhait au milieu duquel évoluent des enfants diaboliques. Les deux principaux protagonistes marquent les esprits : Isaac, leader d’un culte terrifiant, au regard perçant et au visage impassible et Malachai, avec ses cheveux roux, ses taches de rousseur et son rictus terrifiant, c’est le psychopathe du groupe. On notera aussi dans ce premier opus, la présence au casting de Linda Hamilton, quelques mois avant la sortie de Terminator. Les démons du maïs (1984) raconte comment, dans un coin reculé du Nebraska, un jeune couple doit affronter une bande d’enfants psychotiques, décidés à éliminer tous les adultes. Les démons du maïs 2, le sacrifice final (1992) montre un journaliste qui se rend dans la petite ville de Gatlin, qui avait été le théâtre de la mort atroce de plusieurs adultes. Un enfant relance le sinistre culte du maïs. Enfin, avec Les démons du maïs 3, les moissons de la terreur (1995), on voit comment, après la mort atroce du fermier Earl Hutch, ses deux enfants sont placés dans une famille de Chicago. Doté d’étranges pouvoirs, le plus jeune va déclencher une série de meurtres. Les démons du maïs prendra une place importante dans la tradition du folk horror américain, ce qui explique peut-être les nombreux autres volets qui sortiront ensuite, reprenant le thème d’enfants terrifiants, voués à un culte mystérieux lié aux champs de maïs. Inédits en Blu-ray en France, les deux coffrets permettent de redécouvrir les trois premiers films, dans des versions entièrement restaurées. L’édition Blu-ray est accompagnée d’un superbe livret de 52 pages, retraçant la genèse de toute la saga. (Rimini éditions)
A WORKING MAN
Ancien commando des Royal Marines, Levon Cade est rentré dans le rang à la suite de la mort de son épouse. Il tente désormais de mener une existence paisible en tant qu’ouvrier du bâtiment à Chicago. Mais lorsque Jenny, la fille de son employeur, est enlevée par un réseau de trafic humain en accointance avec la mafia russe, Cade se voit contraint de redevenir une machine de guerre. Car la Bratva, dirigée par Symon Kharchenko, n’est pas décidée à baisser les bras. Lorsque Cade tue Wolo, le frère de Symon, celui-ci lance ses fils Danya et Vanko à sa poursuite. Les choses vont se gâter de plus en plus et Cade doit même confier Merry, sa propre fille, à Gunny, un ancien soldat. En effet des voyous ont découvert son identité et l’ont menacé… David Ayer, scénariste de Training Day (2000) ou Fast and Furious (2001), passe ensuite derrière la caméra pour des films d’action comme Bad Times (2005), Sabotage (2014), le succès Fury (2014) mais aussi Suicide Squad (2016) qui met en scène plusieurs méchants emblématiques de l’univers DC. Ici, il adapte, en compagnie de Sylvester Stallone, le roman Levon’s Trade: A Vigilante Justice Thriller de Chuck Dixon et signe un thriller plutôt convenu mais tout à fait efficace qui vaut évidemment par la présence, dans le rôle de Levon Cade, de Jason Statham. D’ailleurs, le cinéaste retrouve le comédien britannique qu’il avait déjà dirigé, l’année précédente, dans The Beekeeper. On se doute bien que c’est l’acteur de la saga d’action Le transporteur (2002-2015) qui apporte, ici, le plus du film. De fait, Jason Statham ne déçoit que rarement quand on lui offre ce genre de personnage prêt à tout donner pour faire régner l’ordre et la justice. Autant dire qu’avec ce Levon Cade, les méchants peuvent se faire du souci. (Warner)
DE JEUNES EXISTENCES FRACASSÉES ET LE MAL-ÊTRE DE KATIA 
JEUNES MÈRES
A un arrêt de bus, on remarque une jeune fille au ventre rond. A une femme, elle demande : « Madame vous attendez une fille qui s’appelle Jessica ? » En quelques images, les frères Dardenne installent une atmosphère. On est tout de suite du côté de cette Jessica qui va éclater à propos de sa mère qui l’a jetée. Tenants d’un cinéma social européen, on retrouve d’emblée, ici, le style de Luc et Jean-Pierre Dardenne qui s’est nourri autant du néoréalisme italien que des œuvres de Maurice Pialat. Ainsi, dans les pas de Jessica et des autres pensionnaires, on se glisse dans cette communauté qu’est la maison maternelle qui accueille des jeunes mères. En décembre 2023, pour l’écriture d’un scénario, les Dardenne visitent une maison maternelle près de Liège, échangent avec les jeunes mères célibataires, pour la plupart mineures, les éducatrices, la psychologue. Ils sont d’abord attirés par la vie commune dans ce lieu, les repas, les bains donnés aux bébés, les discussions à propos de thèmes liés à la maternité, à la violence, aux addictions… Avec ce matériau, ils vont écrire, pour leur treizième long-métrage, une aventure à quatre personnages principaux et un cinquième (Naïma) dont l’histoire est brève. Ils rassemblent, ici, quatre trajectoires en les entremêlant avec une impressionnante fluidité et en s’attachant à porter attention à l’individualité de chaque personnage. Cela, tout en mettant clairement en lumière ce qui les relie. La maternité précoce liée à la détermination sociale de la pauvreté et des carences affectives. A travers tout le film, on évoque ainsi la famille d’où elles viennent, où elles retourneront ou ne retourneront pas, le père souvent absent ou inexistant, l’avenir avec l’enfant ou sans l’enfant confié à une famille d’accueil ou encore leur avenir scolaire et professionnel, leur capacité de vie autonome. Filmées au plus près avec un regard empathique, Perla se souvient d’une mère alcoolique qui avait noyé son canari dans l’eau des toilettes. Ariane retrouve sa mère. Cette dernière l’assure qu’elle ne boit plus mais la fille souffle « Je ne vais pas revenir! Je ne veux plus connaître la misère, c’est tout. » Ariane est décidée à placer sa petite Lili dans une famille d’accueil. Lorsqu’enfin, elle rencontre la famille d’accueil, elle leur pose une question. « Vous faites de la musique ? Je voudrais que vous lui appreniez la musique… » Comme une histoire sans fin qui est celle de jeunes existences fracassées, Jeunes mères s’avance, implacable, dans une sorte de routine ou de répétition placée sous le signe de la détresse. Avec Dylan et Mia, Julie rend visite à son ancienne institutrice. Cette dame se met au piano pour jouer quelque chose de gai. Dans ce film sans musique, s’élèvent les accents enjoués de la Marche turque de Mozart. Julie et Dylan sourient. Mia gazouille. Comme une lueur d’espérance dans un monde sans joie ? (Blaq Out)
DIFFÉRENTE
Katia flippe ! Dans l’open space de la petite société de communication où elle travaille comme documentaliste, la jeune femme ne sent pas à l’aise. Et comme la boîte annonce des licenciements économiques, Katia est encore un peu plus stressée. Elle répète : « Je suis virée ? » Pourtant elle fait bien son boulot et tout le monde loue son professionnalisme. Son amie Marie, avec qui elle pratique la boxe, lui dit bien de ne pas trop s’en faire, mais justement rien n’y fait. Fred, son amoureux avec qui elle vient de renouer après un moment de flottement, lui avoue qu’il est malheureux sans elle mais ajoute « Tu n’es pas la fille la plus simple non plus ! » Quatrième long-métrage de cinéma de Lola Doillon (la fille de Jacques Doillon), Différente est un film tout à fait malin qui fonctionne comme une comédie dramatique et même romantique lorsque se dessine la reprise du sentiment amoureux qui unit Katia et Fred. Mais, dans le même temps et sans que le propos ne devienne documentaire, Différente va s’imposer comme un magnifique portrait d’une jeune femme qui mène une vie ordinaire et qui se demande, sans comprendre, pourquoi elle est toujours si mal dans son être. C’est lorsque, par hasard, on lui demande de préparer un reportage sur l’autisme que Katia va avoir, d’une certaine manière, la révélation de sa différence. Pour les besoins de son enquête, elle assiste à un colloque et doit interviewer Romane Vainedeau, experte du sujet (interprétée par Julie Dachez, elle-même experte et conférencière sur l’autisme). Rapidement, elle entend parler d’Asperger, de trouble du spectre autiste sans déficience intellectuelle, du fait que les femmes autistes réussissent mieux à se camoufler socialement. Au gré de ses recherches, Katia va s’interroger sur son identité. Si la cinéaste place au centre de son propos le cheminement amoureux de Fred et Katia pour observer le décalage des ressentis et des réactions, Différente, qui se déroule dans les décors de Nantes, offre aussi une représentation de l’autisme éloigné des stéréotypes habituels. Lola Doillon, en s’entourant de spécialistes, évoque la difficulté du diagnostic, le manque de professionnels formés, le retard de la France, l’influence de la psychanalyse, la difficulté d’accès à l’emploi ou à obtenir les aménagements nécessaires. Mais tout cela passe tout en finesse car on ne perd jamais de vue Katia et son parcours de vie. La réalisatrice colle quasiment toujours à ce personnage fragile auquel sa mère se plait à rappeler l’enfant « sauvage » timide et craintive qu’elle était mais qui devenait très loquace quand elle devisait avec son amie imaginaire. Et finalement, une surprise viendra bouleverser le couple… Si Différente est une œuvre forte et intense, c’est dû aussi à l’interprétation incandescente de la comédienne et musicienne Jehnny Beth. (Blaq Out)
BILBAO – CANICHE – LOLA
Révélé au public international en 1992 avec Jambon, Jambon, savoureuse satire du machisme espagnol, découvreur des acteurs Javier Bardem, Penélope Cruz et Ariadna Gil, le cinéaste Bigas Luna (1946-2013) entre dans le cinéma à l’heure où le régime franquiste vit ses derniers moments. Comme le note Maxime Lachaud, journaliste et grand amateur des marges du cinéma, dans le livret (100 pages) qui accompagne ce beau coffret : « Dans le contexte de l’après-censure franquiste, le cinéma espagnol avait besoin de se défouler en investiguant la sexualité dans toute sa diversité et ses fétichismes, et en allant dans des territoires tabous, voire pervers… » Dans cette « période noire : 1977-1987 », Artus Films a puisé trois films rares dans lesquels le cinéaste barcelonais explore donc des sujets sulfureux dans des climats étranges et inquiétants mais volontiers traversés par de l’humour noir. L’univers obsessionnel de Bigas Luna, « homme de scandale et de parole » selon la formule de Penelope Cruz, va pouvoir éclore avec des premiers films qui adoptent entièrement le monde de la nuit sur fond d’ombres, de songes, de pulsions. Et de transgressions. « Les ambiances claustrophobiques, les pièces mal éclairées, dit encore Lachaud, les gros plans quasi-abstraits en font des aussi des films sombres au sens littéral. Et, dans ce monde, le corps, la bestialité, la chair (et la chère! ndlr), les cris et les humeurs tiennent le premier rôle ». Ainsi Bilbao (1978), sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, nous fait entrer dans la psyché de Léo, un sociopathe fétichiste obsédé par une stripteaseuse prostituée (Isabel Pisano) L’année suivante, Caniche aborde clairement le thème de la zoophilie avec Angel (Angel Jové) et Eloisa (Consol Tura), un frère et une sœur, « couple fusionnel » qui ont des rapports très particuliers au caniche Dany pour elle et à de multiples molosses pour lui. Mais au-delà de ces perversités, Caniche, qui fait parfois songer au cinéma de Carlos Saura, offre une critique virulente de la société capitaliste (sœur et frère attendent impatiemment un héritage), de la bourgeoisie et de la famille dans un contexte post-Franco. Quelques années plus tard, Lola (1986), avec l’aventure d’une jeune femme (Angela Molina) dévorée par ses pulsions, poursuit cette exploration d’un érotisme bestial et morbide qui en appelle à des visions surréalistes qui ne sont pas sans faire référence à l’oeuvre de Dali, Bunuel mais aussi aux peintures de Goya. Mettant en valeur un cinéma résolument libre, voici une belle découverte à la fois sensuelle, addictive, symbolique, rabelaisienne, hypnotique, culinaire, onirique, dérangeante et mystique ! Excusez du peu ! (Artus Films)
COFFRET TAKASHI ISHII
Figure marquante du cinéma japonais, Takashi Ishii commence sa carrière dans les années 1970 en tant que dessinateur de manga pour adultes, les gekiga, proches du roman graphique avant de transposer au cinéma ses propres œuvres, notamment la célèbre série Angel Guts. Il scénarise et met ensuite en scène plusieurs pink film (film roses ou érotiques) issus de ses mangas des années 1970 avant de se faire remarquer avec des œuvres plus ambitieuses… Ce sont quatre de ces films à découvrir pour la première fois Blu-ray dans une nouvelle restauration 2K que réunit le coffret Takashi Ishii sous-titré Aventures et mésaventures de l’héroïne Nami. Situés dans un Japon interlope et magnétique, les quatre films, tous en couleurs, mettent en vedette le personnage culte d’Ishii (1946-2022), en l’occurrence la séduisante mais tourmentée Nami Tsuchiya, une héroïne aux prises avec la masculinité toxique qui gangrène la société, agissant comme un puissant révélateur de la violence et de la complexité des relations humaines. Original Sin (1992) raconte comment Nami (l’actrice Shinobu Otake), mariée à un agent immobilier d’âge mûr, entame une liaison avec Makoto, leur nouvel et jeune employé. Obsédé par sa maîtresse, celui-ci fomente un plan pour se débarrasser du mari… Dans A Night in Nude (1993) on découvre un certain Jiro, « remplaçant professionnel », qui accomplit pour ses clients les tâches les plus ingrates du quotidien. Lorsque la belle et mystérieuse Nami (l’actrice Kimiko Yo) fait irruption dans son bureau, le voilà entraîné malgré lui dans l’assassinat d’un violent yakuza… Alone in the Night (1994) présente une Nami dévastée par la mort de son mari, agent infiltré au sein d’un clan de yakuzas. Au lieu d’être enterré avec les égards qui lui sont dus, celui-ci est accusé d’être impliqué dans le crime organisé. Nami (l’actrice Natsukama Yui) décide alors de se venger pour laver son honneur… Avec Angel Guts : Red Flash (1994), on retrouve Nami (l’actrice Maiko Kawakami) travaillant comme graphiste au sein de la rédaction d’un magazine. Elle accepte au pied levé de remplacer le photographe de plateau sur le tournage d’un film pornographique. Mais une scène de viol brutale réveille en elle des souvenirs enfouis. Elle va bientôt se réveiller dans un love-hôtel avec le cadavre de son violeur à ses côtés. D’étranges événements commencent alors à se produire… On trouve enfin dans ce beau coffret décoré du regard de la belle Nami, de nombreux suppléments dont quatre entretiens (62 mn) avec le réalisateur Takashi Ishii et huit autres entretiens (88 mn) avec les membres des équipes des films. Enfin Matthew E. Carter signe un essai video (16 mn) intitulé Les multiples visages de Nami. Entre thriller, film de yakuza et pinku eiga ou film rose érotique, voici une nouvelle pierre dans le beau travail de Carlotta sur le cinéma asiatique. (Carlotta)
ONCE UPON A TIME IN GAZA
A Gaza, en 2007, Yahia, étudiant rêveur, est vendeur de falafels. Il se lie d’amitié avec Osama, dealer charismatique au grand cœur. Ensemble, ils montent un trafic de drogue, caché dans leur modeste échoppe. Les deux hommes vivotent comme tous les Palestiniens enfermés à Gaza. Mais ils ont, en plus, sur le dos un policier véreux, Abou Sami. Deux ans plus tard, Yahya, à qui le ministère de la Culture propose le premier rôle du Rebelle, un film de propagande à la gloire des martyrs, croise à nouveau le chemin du flic ripou qui a été depuis promu… Jumeaux nés en 1988 dans la bande de Gaza, Arab et Tarzan Nasser sont connus pour leur long-métrage Gaza mon amour présenté en première à la Mostra de Venise 2020 et sélectionné comme candidat palestinien pour l’Oscar du meilleur film international lors de la 93e cérémonie, mais sans être retenu parmi les nominations. Opposés au Hamas, les deux frères Nasser vivent en exil en France depuis 2011, tout en continuant de montrer le quotidien de la Palestine. Once Upon a Time in Gaza, leur troisième long-métrage, est présenté dans la sélection Un certain regard à Cannes 2025 et remporte le prix de la meilleure réalisation dans cette section parallèle. Sans s’interdire l’humour, voire le burlesque, les frères Nasser ont choisi de raconter au plus près la vie d’anonymes vivant le quotidien de l’enclave palestinienne tout en faisant un film dans le film avec « le premier film d’action tourné à Gaza » et en évoquant aussi l’actualité récente avec notamment les déclarations de Trump sur son projet de « riviera du Moyen-Orient ». Mais Once upon… (tourné dans un camp de réfugiés de Jordanie) se situe en 2007 et les deux réalisateurs expliquent que ce choix n’est pas anodin : « C’était une année charnière qui a profondément influencé le cours des événements à Gaza jusqu’à aujourd’hui. Cette année a suivi la victoire du Hamas aux élections législatives, qui a conduit à un blocus militaire, politique et économique. Israël considérait Gaza comme une entité hostile et a imposé un siège asphyxiant et inhumain sur plus de deux millions de personnes. Nous avons choisi cette année, car elle a marqué un tournant brutal. » Si Arab et Tarzan Nasser affirment qu’ils essayent juste de faire du cinéma, ils constatent cependant qu’il est très difficile, à Gaza et en Palestine en général, d’échapper à la politique. Parce qu’elle contrôle tout, y compris la vie quotidienne des gens. Au départ, ils songeaient même à faire un… western. « C’est pourquoi, disent-ils, que nos trois personnages sont un bon, un méchant et un affreux… » (Blaq Out)
LE RETOUR A LA RAISON
Les éditions DVD permettent de temps à autre, de fameux moments de cinéphilie et d’histoire du 7e art mêlées ! C’est le cas avec ce programme de quatre courts métrages de Man Ray sur une musique de SQÜRL, le duo musical formé par Jim Jarmush et Carter Logan. De son vrai nom Emmanuel Radnitsky, Man Ray (1890-1976) est un artiste américain connu pour un œuvre protéiforme, englobant la peinture, la photographie, la sculpture, le cinéma et la création d’objets. Installé à Paris en 1921, il rejoint le mouvement surréaliste grâce à Marcel Duchamp et collabore avec des figures emblématiques comme André Breton, Louis Aragon, Paul Eluard et Salvador Dalí. En 1923, il exploite sur une pellicule de film le procédé photographique de la rayographie qu’il venait de mettre au point. Il crée des séquences abstraites et hypnotiques à l’aide de clous, de ressorts, de cristaux, de punaises ou de cordes qui fourmillent sur l’écran. La poésie surréaliste prend forme par associations : du sel jeté sur la pellicule conduit à un champ de marguerites, le mot « dancer » peut être lu comme « danger »… pour finir par des jeux d’ombre et de lumière captés sur le buste nu d’une de ses égéries de l’époque. Avec Emak-Bakia (1926), Man Ray étend son exploration des techniques pour satisfaire son imagination. En plus de la double exposition et de la rayographie qu’il maîtrise déjà, il expérimente l’animation en stop motion. Des sculptures de Pablo Picasso, des formes géométriques ou du papier découpé prennent vie. L’oeil objectif de Man Ray met ce Cinépoème en marche, en marche saccadée par les ruptures de rythme. L’étoile de mer (1928) est un poème de Robert Desnos tel que l’a vu Man Ray. Au fil de la lecture à voix haute par Desnos de son poème, Man Ray visualise des images qui lui inspirent matière à réaliser un film surréaliste. L’étoile de mer représente l’amour, l’amour impossible, l’amour perdu. Kiki de Montparnasse et André de la Rivière sont les spectres qui incarnent cet amour né dans la réalité, qui se poursuit et se finit un rêve tragique. On découvre aussi Les mystères du château du Dé, commandé en 1929 par Charles et Marie-Laure de Noailles à Man Ray. Le couple souhaite que l’artiste réalise un film ayant pour cadre leur villa ultra moderne construite par Mallet Stevens sur les hauteurs de Hyères. Un coup de dé jamais n’abolit le hasard, le poème de Mallarmé, lui inspire le titre et le thème du film. Man Ray en fait le plus « scénarisé » de ses films. Des dés, jetés à Paris, nous embarquent à bord d’une voiture roulant à tombeau ouvert jusqu’à la villa Noailles. La caméra, tantôt subjective, tantôt objective, nous perd dans le château cubiste. (Potemkine)
L’ANGOISSE DU GARDIEN DE BUT A L’INSTANT DU PENALTY
Joseph Bloch est gardien de but de classe internationale. Lors d’une rencontre à Vienne, il « décroche », encaisse un but et se fait expulser par l’arbitre. Il entame alors une errance dans la métropole autrichienne, prend une chambre d’hôtel et va au cinéma. Le lendemain, il passe la nuit avec la caissière du cinéma et finit par l’étrangler au petit matin, sans raison. Bloch prend ses affaires et part en autocar pour la petite ville de Bierbaum où il essaie de renouer avec Hertha, son ex-petite amie. Mais là-bas, il y a beaucoup de policiers sur les routes en raison de la disparition d’un enfant. En lisant les articles de presse, il s’informe de l’avancement de l’enquête et apprend qu’il a laissé une piste avec des pièces de monnaie américaines tombées d’une poche endommagée de son veston. En assistant à un match de football, il explique à son voisin, à l’occasion d’un penalty, à quel point le gardien de but et le tireur doivent se concentrer mentalement l’un sur l’autre. Le film se termine par l’arrêt du penalty. On ne saura pas si Bloch sera arrêté. Avec Die Angst des Tormanns beim Elfmeter (en v.o.) Wim Wenders tourne, en 1971, son second long-métrage après Summer in the City (1970). Entouré de ses futurs fidèles collaborateurs (Robby Müller à la caméra, Peter Przygodda au montage), le cinéaste allemand entame sa collaboration avec l’écrivain autrichien Peter Handke en adaptant son roman éponyme publié en 1970. Déjà apparaissent les thèmes que Wenders développera dans ses films suivants, en l’occurrence la place de l’homme face à l’existence, face aux femmes, l’errance, la frontière… La fuite en avant de Bloch (Arthur Brauss), archétype de l’antihéros, rappelant l’errance existentielle du protagoniste de L’étranger d’Albert Camus mais aussi les œuvres de Michael Haneke, se drape d’une mise en scène sobre et stylisée, révélant un style inimitable. L’angoisse... est présenté dans une édition restaurée 4K (supervisée par la fondation Wim Wenders) et, pour la première fois, en Blu-ray. Dans les suppléments, on trouve un entretien (14 mn) filmé en 2017 dans lequel le réalisateur revient sur sa première véritable expérience de tournage et sur le combat mené durant des années pour obtenir les droits d’auteur sur la musique de son film. (Carlotta)
L’ETAT DES CHOSES
Sur la côte désertique du Portugal, le tournage des Survivants, un film de science-fiction, s’interrompt faute de pellicule. La production est à court d’argent. L’équipe est immobilisée dans un vieil hôtel dévasté par les tempêtes. Le réalisateur, Friedrich Munro, est un leader philosophe, qui entretient une relation paternelle avec les membres de son équipe. Il veille à leur bien-être physique, mais aussi émotionnel. Soutenu par Joe, son cadreur, il reste solide comme un roc au milieu de la crise, maintenant son équipe concentrée sur son objectif créatif pendant cette période de vacuité, dans l’attente d’un apport de fonds qui permettra de reprendre le travail. Les jours passent sans nouvelles du producteur qui se trouve aux États-Unis et les membres de l’équipe s’occupent à tenir à l’écart la menace de l’ennui prêt à les submerger. Ils se rapprochent les uns des autres, forcés à des relations plus personnelles qu’il n’est d’usage lors des tournages. C’est le bon côté de l’épreuve qu’ils traversent. Mais à mesure que les jours deviennent des semaines, l’appréhension commence à dominer. Joe doit retourner chez lui pour rejoindre sa femme qui est mourante, et laisse avec réticence Friedrich gérer seul une situation qui va s’aggravant… Dix ans après L’angoisse… et alors qu’il a déjà donné Faux mouvement (1975) et L’ami américain (1977), Wim Wenders s’attelle à l’exemple même du film dans le film et propose une brillante réflexion sur le cinéma. Der Stand der Dinge (en v.o.) s’inspire largement de la première expérience hollywoodienne vécue par Wim Wenders sur son film Hammett (1982) dont le tournage avait dû être interrompu à plusieurs reprises. Cette mise en abyme du cinéma, où l’on croise les réalisateurs Samuel Fuller (Joe, le cadreur) et Roger Corman, interroge les différences existant entre les modes de production européen et américain, et vient rejoindre le panthéon des grandes œuvres réflexives sur le septième art, comme La nuit américaine ou Le mépris. Lauréat du Lion d’or à la Mostra de Venise 1982, L’état des choses est à découvrir en Blu-ray dans une restauration 4K supervisée par la Fondation Wim Wenders. Dans les suppléments, on trouve un entretien (18 mn) mené en 2001 par l’écrivain, producteur et intellectuel allemand Roger Willemsen, dans lequel Wenders parle de ce long-métrage tourné au jour le jour au Portugal avec l’équipe du film Le territoire de Raoul Ruiz, qui lui redonna l’envie de diriger aux États-Unis. On y voit aussi une petite demi-heure de scènes coupées. (Carlotta)
THE END OF VIOLENCE
Tout semble réussir au producteur multimédia Mike Max jusqu’au jour où son assistante l’informe qu’un dossier confidentiel du FBI a atterri dans sa boîte mail tandis que Page, sa femme, menace de le quitter. De fait, deux hommes ont pour mission de tuer Mike Max qui a bâti sa carrière sur l’exploitation de la violence. Ils réussissent à l’enlever mais, le lendemain, ce sont leurs corps décapités qui sont découverts. Tous les soupçons se portent sur Mike, qui a disparu. Chargé de l’affaire, l’inspecteur Dean Brock en vient vite à se demander si le producteur n’est pas plutôt la victime d’un complot qui lui échappe. En parallèle, Ray Bering, un ancien de la NASA, mène l’enquête sur un écran de surveillance du laboratoire top secret qu’il a installé au sein de l’observatoire de Griffith Park… Avec ce film aux allures de polar sans concession, Wenders fait son grand retour aux États-Unis, treize ans après son chef-d’œuvre Paris, Texas. Magnifiée par un superbe trio de stars, Bill Pullman (Lost Highway), Andie MacDowell (Un jour sans fin) et Gabriel Byrne (Usual Suspects), cette enquête trépidante sur l’envers du décor de Hollywood pointe du doigt les dérives d’une société occidentale superficielle régie par l’image. Pour le plaisir, on croise aussi, ici, dans de petits rôles l’ami Sam Fuller, l’épatant Pruitt Taylor Vince ou encore Frederic Forrest (1936-2023) auquel Wenders confia le rôle principal de Hammett. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 1997, The End of Violence est à découvrir, pour la première fois, en Blu-ray dans sa nouvelle restauration 4K supervisée par la Fondation Wim Wenders et MK2 Films. Dans ce film à l’intrigue parfois décousue et toujours dans une forme de distanciation, Wim Wenders poursuit sa réflexion sur le pouvoir des images et des histoires au sein d’une société où l’image passe avant tout, déshumanisant les individus. Le clin à l’Amérique est patent avec la scène qui reconstitue le diner peint par Edward Hopper dans son célèbre tableau Nighthawks. Dans les suppléments, on trouve un entretien (42 mn) avec Wim Wenders réalisé cette année dans lequel le cinéaste se remémore l’aventure du film à travers son casting fabuleux, la musique de Ry Cooder, la violence intra-urbaine de Los Angeles et sa projection officielle pour le cinquantenaire du Festival de Cannes. Avec Wenders et l’Amérique (23 mn), Luc Lagier, le créateur de Blow Up, l’excellent web-magazine d’Arte consacré au cinéma, retrace la biographie ainsi que la filmographie de Wim Wenders, ses attirances et ses déceptions à l’égard du cinéma américain. (Carlotta/MK2)
BLADE RUNNER
En novembre 2019, Los Angeles est une mégalopole pluvieuse et crépusculaire, perpétuellement couverte de smog. La planète a vu disparaitre la quasi-totalité de la faune, à la suite de la surexploitation, de la pollution, des guerres nucléaires et du dérèglement climatique d’origine anthropique. La population est encouragée à émigrer vers les colonies situées sur d’autres planètes. Pour les besoins des humains, ont été créés des animaux artificiels, ainsi que des androïdes, non pas des robots mécaniques mais des êtres vivants dont les organes, fabriqués indépendamment, et par manipulation génétique, sont assemblés pour leur donner apparence humaine. On les nomme « réplicants » et ils sont considérés comme des esclaves modernes, et utilisés pour les travaux pénibles ou dangereux, dans les forces armées ou comme objets de plaisir. Les « réplicants » sont fabriqués par la Tyrell Corporation, dirigée par Eldon Tyrell, dont le siège est installé dans le colossal building pyramidal qui domine la ville. Après une révolte sanglante et inexpliquée de « réplicants » dans une colonie martienne, ceux-ci sont désormais interdits sur Terre. Les Blade runners, des unités de police spéciales, interviennent pour appliquer la loi contre les contrevenants androïdes, qui consiste à tuer tout « réplicant » en situation irrégulière. En fait, on parle plus banalement de « retrait ». On ne tue pas une machine. On la retire du service. Comme les androïdes les plus modernes sont difficiles à distinguer des humains, la mission des Blade runners est complexe. Ils doivent enquêter longuement afin d’avoir la certitude qu’il s’agit bien d’un androïde à détruire. Ancien Blade runner, Rick Deckard a repris du service pour une mission périlleuse : retrouver quatre Nexus 6, modèles avancés menés par l’énigmatique Roy Batty et en fuite après avoir détourné une navette spatiale. Les Nexus 6 sont des androïdes parfaits, supérieurs physiquement et, pour certains, intellectuellement aux humains. Dépourvu d’émotions, la durée de vie de ces esclaves est limitée, par prudence, à quatre ans. Révoltés, les six Nexus sont signalés sur Terre… Lorsqu’au début des années 80, Ridley Scott se lance dans ce projet de science-fiction en adaptant (librement) le roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? du maître Philip K. Dick, les choses ne sont pas simples. Le tournage est difficile, les producteurs pas satisfaits. Le film est un échec commercial et la critique est virulente. A l’international, Blade runner tire son épingle du jeu. Mieux, le film va prendre rang de chef d’oeuvre de la SF avec une version director’s cut, approuvée par Ridley Scott, sortie en 1992. Une version qui instaure plus clairement le doute quant à la nature réelle de Rick Deckard et renforce la thématique du questionnement sur l’humanité. Porté par un Harrison Ford remarquable en Rick Deckard et un Rutger Hauer inquiétant en Roy Batty, Blade runner The Final Cut, désormais film-culte présenté dans une édition 4K Ultra HD, va installer un style visuel qui fait référence dans la science-fiction. On replonge toujours, avec le même plaisir, dans la ville tentaculaire avec son atmosphère glauque, l’omniprésence de la pluie et de la publicité, la foule pauvre, avançant tête basse… Ici, la cité des anges n’a plus fière allure… (Warner)
MARAT-SADE
Interné à l’asile d’aliénés de Charenton, dans la France du début du 19e siècle, le marquis de Sade (Patrick Magee) met en scène avec les autres patients l’assassinat de l’écrivain révolutionnaire Jean-Paul Marat (Ian Richardson) par Charlotte Corday (Glenda Jackson). Mêlant théâtre et folie dans une réflexion sur la révolution et la violence, le film réalisé en 1966 par le Britannico-français Peter Brook (1925-2022) est tiré de la mise en scène qu’il monta avec les comédiens de la Royal Shakespeare Company. L’auteur avait choisi de filmer sa propre mise en scène plutôt que de créer un scénario original, comme il l’avait initialement envisagé. Adaptation fidèle de la pièce de Peter Weiss, le film conserve sa structure et son ambiance théâtrale. Marat-Sade marqua un tournant dans la carrière de Peter Brook, qui se consacre ensuite principalement à filmer du théâtre ou de l’opéra, en tentant de réinventer le rapport de la caméra à l’espace théâtral. Pour explorer les conflits entre l’idéalisme radical de Marat et le nihilisme libertin de Sade, Brook utilise des dispositifs avant-gardistes pour capturer l’essence du théâtre sur pellicule. Dans cette œuvre unique où l’expérience théâtrale se combine avec la subjectivité du cadre cinématographique, se mêlent document historique, psychodrame et dispute philosophique. Ecrite en 1963, la pièce de Peter Weiss, connue sous le titre de Marat-Sade, s’intitule en réalité La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade. Ce texte a apporté la célébrité internationale à son auteur, suédois d’origine allemande, qui a fui le régime nazi avec ses parents (d’ascendance juive) dès 1934. Marat-Sade est structuré en 33 morceaux, tous titrés et qui traduisent une œuvre foisonnante jouant de la forme du théâtre dans le théâtre. En effet, Peter Weiss mêle document historique (l’assassinat de Marat par Charlotte Corday le 13 juillet 1793), le psychodrame (la représentation donnée par les malades en 1808) et la dispute philosophique entre Sade et Marat. Cette dernière est une totale invention du dramaturge puisque les deux hommes ne se sont jamais rencontrés. Toutefois elle lui permet de mettre en scène deux versants de la Révolution française afin d’interpeller les lecteurs/spectateurs d’aujourd’hui : « Ce qui nous intéresse dans la confrontation de Sade et de Marat, c’est le conflit entre l’individualisme poussé jusqu’à l’extrême et l’idée de bouleversement politique et social. » Peter Brook découvre la pièce peu de temps après sa création en 1964 et décide « de filmer autant l’aventure de la pièce que la pièce elle-même, en traquant, par les moyens du cinéma, les ressorts de sa théâtralité. » (MGM)
SEPT X FREDDY
Avec son chandail à rayures rouge et vert foncé, Freddy Krueger est entré pour toujours dans la légende du cinéma d’horreur… Ce personnage de fiction créé par Wes Craven et incarné pour la première fois par Robert Englund dans Les griffes de la nuit (1984) ainsi que dans les sept autres films de l’emblématique saga. Tueur en série brûlé vif par les parents de ses jeunes victimes, Freddy revient d’entre les morts sous forme démoniaque afin de poursuivre et assassiner des adolescents dans leurs rêves. Freddy Krueger est né le 1er février 1942, à l’hôpital psychiatrique de Westin Hills, à Springwood dans l’Ohio. Il est le résultat de multiples viols qu’avait subis Amanda Krueger, alors qu’elle était nonne stagiaire dans un service de cet hôpital qui s’occupait de fous dangereux. Freddy vit au sein d’une famille d’adoption, hostile à son égard et il est également le souffre-douleur de ses camarades de classe. À un âge déjà très précoce, Krueger présente des signes de sadisme. Il s’adonne aux meurtres de petits animaux. Il apprivoise la souffrance comme source de plaisir en s’auto-mutilant. À l’adolescence, Krueger assassine son tuteur, ivrogne notoire, à l’aide d’une lame de rasoir. Une vingtaine d’années plus tard, il épouse Loretta, une serveuse, avec laquelle il aura une fille, Katheryn. C’est durant cette période que Freddy confectionne une arme atypique, à l’aide d’un gant de jardinage, pourvue de lames de couteaux. Il s’en servira pour mettre à mort une vingtaine d’enfants du quartier après les avoir enlevés. Krueger utilisera la centrale thermique dans laquelle il travaille comme lieu pour commettre ses forfaits… Un beau coffret… rayé rouge et vert (en 4K – Ultra HD) regroupe les sept films de la saga, en l’occurrence Les griffes de la nuit (1984) de Wes Craven dans lequel Freddy, le tueur d’enfants d’Elm Street, fut assassiné par les parents de ses victimes avant de revenir d’entre les morts… Suivent La revanche de Freddy (1985) de Jack Sholder, Les griffes du cauchemar (1987) de Chuck Russell, Le cauchemar de Freddy (1988) de Renny Harlin, L’enfant du cauchemar (1989) de Stephen Hopkins, La fin de Freddy : l’ultime cauchemar (1991) de Rachel Talalay et enfin Freddy sort de la nuit (1994) qui voit le retour derrière la caméra de Wes Craven. Robert Englund a cité comme influence pour son Freddy la performance de Klaus Kinski dans le Nosferatu, fantôme de la nuit (1979) de Werner Herzog. (Warner)
MISSION IMPOSSIBLE THE FINAL RECKONING
Deux mois après avoir échappé à la capture dans les Alpes autrichiennes, l’agent de la Force Mission Impossible Ethan Hunt reste caché alors que l’intelligence artificielle connue sous le nom de L’Entité se révèle au monde, provoquant une panique généralisée, des troubles civils et la loi martiale. La présidente des États-Unis, Erika Sloane, ancienne directrice de la CIA, appelle Hunt à se rendre et remettre la clé cruciforme en sa possession, qui déverrouille le code source original de l’Entité stocké dans une chambre à l’intérieur du sous-marin russe coulé en 2012, le Sébastopol. À Londres, Ethan Hunt retrouve les membres de son équipe, Benji Dunn et Luther Stickell, qui souffre d’une maladie en phase terminale. Luther a créé un virus spécialisé, la « pilule empoisonnée », qui peut neutraliser l’Entité lorsqu’il est intégré à son code source. L’équipe décide de localiser Gabriel, son ennemi juré et liaison humaine de l’Entité, qui pourrait les aider à trouver le Sébastopol. Ethan et Benji sauvent l’ancienne sbire de Gabriel, Paris, d’une prison autrichienne et parviennent à convaincre l’agent Degas de les rejoindre. À l’ambassade des États-Unis, Hunt retrouve Grace, ancienne voleuse travaillant maintenant en tant qu’agent, missionnée par le directeur de la CIA pour le capturer. Au lieu de cela, ils unissent leurs forces pour traquer Gabriel, qui finit par les capturer et les torturer. Gabriel révèle que Hunt a contribué involontairement à la création de l’Entité des années plus tôt en volant un prototype d’arme nommée « La Patte de Lapin » dans un laboratoire de Shanghai pour sauver sa femme de l’époque, Julia, prisonnière du trafiquant d’armes Owen Davian… Qui ne connaît pas le sémillant (et increvable!) Ethan Hunt ! Ici, il est au coeur des multiples péripéties de Mission: Impossible – The Final Reckoning mis en scène par Christopher McQuarrie. Initialement intitulé Mission: Impossible – Dead Reckoning Part Two, le film prend finalement le titre de Mission Impossible – The Final Reckoning. Dans ce huitième et dernier opus de la saga Mission impossible, Hunt, accompagné de son équipe de la FMI, se lance dans la mission la plus périlleuse de sa vie. Et il en prendra plein la figure avant de triompher du Mal. Recevant un accueil plutôt mitigé de la part de la critique, le film a fait l’ouverture, hors compétition, du Festival de Cannes 2025 et est sorti, dans la foulée, dans les salles françaises, réunissant 2,5 millions de spectateurs, ce qui n’est quand même pas mal pour une huitième mouture ! Un divertissement fidèle à l’ADN de la saga… (Paramount)
9 SEMAINES ET DEMI
Elizabeth McGraw, divorcée, travaille à la Spring Street Gallery, une galerie d’art de New York. Tandis qu’elle fait ses courses chez un épicier chinois, un homme la remarque et provoque chez elle un certain émoi. Ce mystérieux inconnu ne tarde pas à l’aborder et l’invite à déjeuner dans un restaurant italien. Ainsi débute une relation torride, régie par des rapports de domination de plus en plus puissants. Elle durera neuf semaines et demie. Le Britannique Adrian Lyne accède, en 1983, à la notoriété en réalisant Flashdance, énorme succès mondial (4,1 millions d’entrées en France) avant de devenir le roi du thriller érotique du milieu des années 1980 avec successivement 9 semaines ½ (1986) et Liaison fatale (1987) dans lequel un avocat new-yorkais (Michael Douglas) tombe sous le charme vénéneux de la belle « Alex » Forrest (Glenn Close), une éditrice à la psyché (très) torturée. Ici, Lyne adapte Le corps étranger (Nine and a Half Weeks), un roman d’Ingeborg Day, publié en 1978 sous le nom de plume d’Elizabeth McNeill pour se concentrer sur la folle passion amoureuse qui habite John Gray, un type mystérieux, et la ravissante Elisabeth qui dévoile une sensualité de plus en plus intense. Ensemble, ils vont se précipiter dans un jeu érotique jusqu’aux limites de l’esclavagisme sexuel et du sadomasochisme. Outre la musique de Joe Cocker et le fameux You Can Leave Your Hat On, le film doit beaucoup à l’interprétation intense de Mickey Rourke et de Kim Basinger. Le premier n’a pas encore la gueule très cabossée qu’on lui connaîtra plus tard, par exemple dans l’excellent Wrestler (2008) d’Aronofsky. Mieux, il incarne alors, pour le grand public, le bel homme. Kim Basinger, elle, est au début de sa carrière, même si on l’a déjà vu chez Barry Levinson (Le meilleur, 1984) et Altman (Fool for Love, 1985) et elle est rayonnante. Empruntant une thématique des rapports sexuels sado-masochistes déjà développées par le Japonais Nagisa Oshima dans L’empire des sens (1976), le film de Lyne aura à connaître de la censure. Certaines scènes (simulation d’un suicide, sado-masochisme) tomberont dans la corbeille, Lyne regrettant cette censure sur des scènes cruciales qui faisaient perdre du sens au film.
Cette édition, restaurée pour le 40eanniversaire du film, est présentée avec la version non censurée du film et contient aussi Love in Paris (1997), suite de 9 semaines…, mise en scène d’Anne Goursaud dans laquelle on retrouve Mickey Rourke mais pas Kim Basinger. Raillé par la critique américaine, le film de Lyne fut un échec commercial aux USA mais un beau succès à l’international, avec, par exemple, 1,2 M d’entrées en France. (Warner)
STRIP-TEASE INTÉGRAL
Depuis sa création en 1985 à la télévision belge, Strip-Tease n’a jamais été une simple émission documentaire. Avec son refus des voix off et des interviews classiques, elle s’est imposée comme une œuvre d’observation radicale. À travers des portraits bruts et souvent dérangeants, elle a mis en lumière les absurdités de notre époque, du petit fonctionnaire zélé au grand naïf rêvant de succès. La disparition de Strip-Tease de France 3 en 2012 avait laissé un vide pour ceux qui cherchaient à comprendre le monde autrement qu’à travers les prismes partisans des chaînes d’information. La télé-réalité, avec son goût pour l’exagération et la caricature, a tenté de prendre le relais, mais sans jamais atteindre la profondeur de l’émission belge. Dix ans plus tard, alors que les débats politiques abondent et que la défiance envers les médias traditionnels grandit, Strip-Tease fait un intéressant retour et redonne à chacun la liberté d’interpréter ce qu’il voit. Un pari audacieux dans une époque où tout doit être expliqué, cadré et justifié. Strip-Tease intégral, programme qui rend le réel plus fascinant que la fiction, fait son retour sous la forme d’un documentaire de cinéma. Dans un monde saturé d’images mises en scène et d’opinions formatées, voici une observation froide et sans concession de la société. Son regard, parfois cruel, parfois attendri, permet une réflexion sur l’évolution des mentalités et des fractures sociales. Fidèle à l’esprit de la série culte qui a marqué les esprits en questionnant toujours la société et déclenché des vocations de cinéastes depuis près de trente ans, on retrouve ici, en deux heures, cinq peintures sensibles, touchantes, parfois absurdes, souvent drôles, tantôt sombres ou lumineuses – mais toujours aussi vraies que nature – des vanités de la société humaine dans leur plus merveilleuse banalité. Parmi les thématiques abordées : le déclassement et la précarité, les nouvelles croyances et idéologies, l’obsession de l’image et du paraître. En bonus, un entretien (26 mn) avec Jean Libon, l’un des co-créateurs de Strip-Tease. (Blaq Out)
THE RETURN – LE RETOUR D’ULYSSE
De retour de la guerre de Troie après vingt ans d’absence, Ulysse échoue sur les côtes d’Ithaque, son ancien royaume. Lui, le flamboyant vainqueur d’antan, héros de la guerre de Troie, n’est plus qu’un homme vieilli, fatigué et méconnaissable. Sa femme Pénélope, restée fidèle, vit prisonnière de sa propre demeure, repoussant tous les prétendants à la couronne. Télémaque, leur fils, qui n’a jamais connu son père, devient, lui, un obstacle pour ceux qui veulent s’emparer du pouvoir. Neveu du grand Luchino Visconti, Uberto Pasolini a commencé sa carrière comme banquier d’investissement avant de bifurquer vers la production cinématographique et de connaître un premier énorme succès avec The Full Monty (1997) de l’Anglais Peter Cattaneo. The Return est son quatrième film comme réalisateur venant après le très beau Still Life (2013) où Eddie Marsan incarnait un fonctionnaire municipal vivant dans une grande solitude… Avec cette adaptation de L’Odyssée, le cinéaste romain se concentre sur les derniers chants de l’épopée, lorsqu’Ulysse, enfin de retour à Ithaque, doit vaincre les prétendants de Pénélope et convaincre son épouse qu’il n’est pas un imposteur. Pour ce faire, Pasolini choisit une approche réaliste et minimaliste, s’éloignant des effets spéciaux et des éléments fantastiques traditionnels de l’oeuvre d’Homère. Tourné en Grèce, notamment à Corfou, le film repose, autour des thèmes de la guerre, de la famille et de rédemption, sur une esthétique dépouillée qui donne parfois le sentiment de la lenteur et surtout d’un manque d’ampleur épique, avec aussi un look un peu démodé. En fait, cette tragédie grecque tient beaucoup sur l’alchimie qui opère entre Ralph Fiennes et Juliette Binoche. Ils se retrouvent pour la première fois depuis 1996 et Le patient anglais qui valut un Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle à l’actrice française. Si Juliette Binoche est une Pénélope grave et presque hiératique, Ralph Fiennes campe Ulysse comme un spectre revenu des enfers, vacillant au bord du gouffre. Un mendiant écoutant, silencieux, l’évocation de ses aventures et plus encore de sa légende. (Blaq Out)
DRAGONS
Sur l’île accidentée de Beurk, où vikings et dragons s’affrontent en ennemis acharnés depuis des générations, Harold, le fils inventif mais maltraité du chef Stoïk, capture un dragon nommé Krokmou et va se lier d’amitié avec lui. Comme le jeune Harold veut faire changer les mentalités des autres vikings, leur relation va bouleverser les traditions et les idées reçues. Leur lien improbable révèle la véritable nature des dragons, remettant en question les fondements mêmes de la société viking. Mais une sérieuse menace commune se profile. Sorti en juin dernier en salles, Dragons, avec son habile mélange de live action, d’aventures et de fantasy, a connu un joli succès en réunissant plus de 2,5 millions de spectateurs en France. Le réalisateur canadien Dean DeBlois n’est pas un nouveau venu dans le domaine de l’animation. Ila travaillé avec Don Bluth puis a rejoint Disney comme superviseur, avec Chris Sanders, du storyboard de Mulan avant de co-écrire et de co-diriger Lilo et Stitch, toujours avec Sanders. Dès 2010, cette fois chez DreamWorks, il s’attaque, encore avec Sanders, à un premier Dragons. Suivront un Dragons 2 (2014) et un 3 (2019) avant ce How to Train Your Dragon, remake en prises de vues réelles du premier Dragons. A noter, pour 2027, l’annonce d’un How to Train Your Dragon 2 toujours en live action! Cet opus en prises de vues réelles tient la rampe, notamment par son côté touchant reposant sur la belle amitié entre le jeune Harold et son ami dragon. Mais la relation entre Harold et son père, Stoïk la brute, est aussi un beau moment de cinéma. Stoïk, le chef du village, est incarné par l’Ecossais Gerard Butler, qui prêtait déjà sa voix au personnage dans les films d’animation. Butler amène une solide intensité à son personnage mais il est vrai que le comédien est un habitué des costauds du grand écran. Il fut ainsi l’increvable Mike Banning dans la trilogie d’action (La chute de la Maison-Blanche, 2013, La chute de Londres, 2016 et La chute du Président, 2019). A ses côtés, on retrouve le jeune Mason Thomas, 15 ans, en énergique Harold. Du joli travail ! (Universal)
LE RENDEZ-VOUS DE L’ÉTÉ
Jeune femme de 30 ans originaire de Normandie, Blandine se rend à Paris pendant les Jeux olympiques de 2024. Elle souhaite notamment assister aux compétitions de natation et suivre le parcours olympique de la nageuse marseillaise Béryl Gastaldello. Ce voyage dans la capitale est aussi l’occasion de retrouver sa demi-sœur, qu’elle n’a pas vue depuis dix ans. Habituée à la solitude et au calme, Blandine découvre une ville en effervescence dont elle ne maîtrise pas les codes. Au fil des jours, elle fait des rencontres, vit des mésaventures et tente de renouer avec sa demi-sœur tout en naviguant dans un Paris enfiévré par un événement mondial et hors normes… Pour son premier long-métrage, Valentine Cadic n’avait pas le désir de faire un film sur les Jeux olympiques parisiens mais bien de se servir de ce décor peu courant pour distiller une atmosphère, tisser des liens, dire autant les contrastes entre l’effervescence olympique et la réalité quotidienne que les difficultés de Blandine de s’adapter à la vie parisienne sans oublier, de manière plus militante, d’évoquer comment l’évènement JO, avec les expulsions de sdf, invisiblise « ceux qu’on ne veut pas voir ». Blandine apparaît comme un personnage doux, effacé aussi, presque lunaire. Venue à Paris, avec un billet acheté cher pour des épreuves de natation, elle se fait refouler parce que son sac à dos est trop volumineux. Au lieu de faire un esclandre, elle se contente de suivre son idole, que ses amis nageurs surnomment Queen B., sur son téléphone. Et que dire de l’Auberge de jeunesse qui la vire parce qu’elle a eu 30 ans, âge limite fixé par les statuts du lieu, au milieu du séjour. Tandis que Julie, sa demi-sœur, est la vraie Parisienne toujours surbookée et toujours sur un plan, Blandine évolue constamment à la lisière des choses, révélant ainsi, avec une pudique douleur, comment elle vient de connaître une rupture amoureuse avec Caroline qui devait venir avec elle à Paris. Dans le rôle de Blandine, Blandine Madec est très touchante. Dans le rôle de Julie, on retrouve la toujours remarquable India Hair. Une comédie douce-amère sur un destin personnel au milieu d’un événement mondial avec un petit air de cinéma « à la Eric Rohmer » ! (Blaq Out)
LA QUETE DE L’HARMONIE ET LA RECHERCHE DE L’ABSTINENCE 
LES MUSICIENS
Un luthier se penche longuement sur un violon. Il l’ausculte, introduit une fine caméra dans l’une des ouïes. Lorsqu’il se relève, il lance : « C’est l’instrument que vous cherchez ! » Astrid Thompson manque de défaillir. C’est bien le Stradivarius San Domenico qu’elle cherche depuis longtemps. Désormais il importe à la présidente de la fondation Thompson de réaliser le rêve de son défunt père : réunir quatre Stradivarius pour un concert unique attendu par les mélomanes du monde entier. Las, la grande entreprise, à laquelle est adossée la fondation, n’a plus les reins aussi solides qu’aux temps déjà anciens de son grand patron. A la tête de la boîte, le frère d’Astrid se fait tirer l’oreille. Prête à dépenser plus de dix millions dans une vente aux enchères pour obtenir l’un des instruments, Astrid s’accroche. Mais elle n’en a pas fini avec cette aventure musicale. Car Lise, George, Peter et Apolline, les quatre virtuoses recrutés pour l’évènement, sont incapables de jouer ensemble. Les crises d’égo se succèdent au rythme des répétitions. Sans solution, Astrid se résout à aller chercher le seul qui, à ses yeux, peut encore sauver la situation : Charlie Beaumont, le compositeur de la partition. Mais le compositeur est devenu un ermite qui ne s’intéresse qu’aux chants des oiseaux. Parce que la passion de la musique et la curiosité par rapport à une œuvre écrite trente ans plus tôt, est plus forte que le reste, il viendra quand même… S’ouvrant sur un plan à… l’intérieur d’un violon, Les musiciens propose un récit auquel on s’attache très rapidement. Il y a bien sûr un petit côté recrutement d’une équipe (voir ainsi Les douze salopards) mais ce qui intéresse surtout le cinéaste, c’est de décrire, autour du travail de quatre musiciens réunis dans un quatuor à cordes, une quête du son, un son d’ensemble, une symbiose à trouver, celui d’un seul instrument fait de quatre voix, un exercice d’équilibristes fait de modestie et d’affirmation de soi. Alors, tandis que le décompte final est en route, qu’Astrid s’arrache peu à peu les cheveux devant les exigences comme les chichitteries de ses (talentueuses) recrues et que Charlie Beaumont murmure : « Je n’aime pas du tout ce que j’ai écris… » Grégory Magne, auteur en 2020 des Parfums, cette fois sur le sens de l’odorat, relève un sacré défi. Rendre compréhensible et explicite le fait que de tels musiciens puissent ne pas forcément jouer « parfaitement » lorsqu’il s’agit de jouer ensemble. Grâce à Valérie Donzelli en organisatrice émérite (elle sauve quand une situation quasi-désepérée), à un compositeur inspiré (Grégoire Hetzel) et quatre brillants musiciens/acteurs (Mathieu Spinosi, Emma Ravier, Daniel Garlitsky et Marie Vialle), Les musiciens montre, même aux profanes, l’avancée faite d’ajustements, de concessions, de renoncements, vers l’harmonie. Et quel plaisir de passer un moment avec Frédéric Pierrot, le psy de la remarquable série En thérapie sur Arte, ici, en compositeur sensible… (Pyramide)
DES JOURS MEILLEURS
Victime d’un malaise à son travail, Suzanne revient, tant bien que mal, chez elle. Et son premier geste est de retrouver des bouteilles de vodka planquées ici et là. Elle a du mal à s’occuper de ses enfants. Et le drame advient lorsqu’un matin, où elle ne s’est pas réveillée à l’heure, elle part en catastrophe vers l’école avec ses enfants dans la voiture et emboutit violemment une auto en stationnement. Cette fois, plus question d’échapper au centre de désintoxication pour alcooliques d’autant que Suzanne (Valérie Bonneton) a perdu la garde de ses enfants. C’est une femme au bout du rouleau qui arrive dans ce centre où elle va croiser Alice (Sabrina Ouazani) et Diane (Michèle Laroque), deux femmes au caractère bien trempé, elles aussi en lutte contre leurs addictions. La première est dans une constante agressivité, la seconde, actrice connue, s’inscrivant dans un alcoolisme mondain, festif, plus insidieux. Sous la houlette de Denis, un éducateur sportif et ancien alcoolique (Clovis Cornillac) qui va faire preuve de beaucoup de patience et de pédagogie, le trio se lance dans un projet ambitieux : participer au Rallye des Dunes dans le désert marocain. Le sevrage est compliqué et elles n’y connaissent rien en mécanique. Par les entraînements et les épreuves du rallye, elles apprennent à se soutenir mutuellement, à affronter leurs peurs et à reconstruire leur estime de soi. « Faire ce film, dit Elsa Bennett, co-réalisatrice avec Hippolyte Dard, était une nécessité. Je souhaitais traiter le sujet de l’alcoolisme des femmes afin d’essayer de les aider à sortir du silence et avoir l’espoir d’entrouvrir une porte sur ce tabou qui perdure alors qu’il s’agit, en réalité, d’un véritable enjeu de santé publique. (…) La spécificité de l’alcoolisme féminin est qu’il est très souvent vécu dans la honte, la culpabilité et donc dans le silence. Encore trop de femmes ne parviennent pas à se faire aider car la pression sociale, professionnelle et familiale est trop forte. Ainsi, le sujet reste très sensible, en particulier pour les mères de famille. » Si le sujet du film est dur avec des personnages en détresse et souvent dans le déni, les deux cinéastes y ont pourtant injecté une part de comédie dramatique afin que le film soit porteur d’espoir, la comédie insufflant de l’oxygène au récit. Didactique et militant, Des jours meilleurs est parfois proche du documentaire comme lorsque les patientes du centre livrent, face caméra, leurs expériences, leurs angoisses, leurs souffrances mais aussi la solitude et la honte ou encore la peur de la rechute. Un film qui montre les mouvements de très hauts et de très bas, dans la trajectoire du combat contre l’addiction. Et qui fait entendre une phrase fondamentale lorsque le médecin dit : « Vous n’allez pas passer de la honte de boire, à la honte de ne pas boire. ». Et les cinéastes de pointer la charge mentale que le monde extérieur met sur les gens qui ne boivent plus. (Wild Side)
DR. CALIGARI
A l’asile d’aliénés de Caligari (C.I.A. en abrégé), le docteur Caligari mène de sinistres expériences psycho-sexuelles sur ses patients au demeurant récalcitrants, leur transférant des fluides cérébraux glandulaires des uns aux autres. Deux de ses principaux patients, Gus Pratt, un tueur en série cannibale, et Mme Van Houten, une femme au foyer nymphomane, sont les principaux sujets de ses manipulations mentales. Mme Van Houten devient la cannibale et Pratt la nymphomane, bien qu’ils semblent conserver certains éléments d’eux-mêmes. Apparemment, l’idée très peu conventionnelle de Caligari est de guérir les gens en introduisant des traits également opposés pour équilibrer leurs esprits perturbés… Plusieurs autres médecins, dont un couple marié, les Lodger, s’inquiètent des expériences de Caligari et approchent le père de Mme Lodger, le Dr Avol, qui affronte Caligari, avant d’être victime de ses manipulations mentales et de recevoir une injection du liquide cérébral de Mme Van Houten, ce qui le transforme en nymphomane travesti… Scénariste, chef décorateur et réalisateur, l’Américain Stephen Sayadian s’est fait remarquer dès ses deux premiers longs-métrages: Flesh en 1982 et ce Caligari sorti en1989. Selon certains critiques, Sayadian est l’un des grands stylistes, surréalistes et humoristes américains. Variation libre sur le fameux Cabinet du Dr Caligari (1920) de Robert Wiene, le film invente une descendance au plus grand savant fou du cinéma muet, sous la forme d’une psychiatre dominatrice et perverse (Madeleine Reynal). Dr. Caligari évoque tour à tour l’œuvre de David Lynch et Bertrand Mandico à travers son environnement hallucinatoire, où l’expressionnisme allemand flirte avec un pop art horrifique et l’onirisme sexuel le plus débridé. Servi par des dialogues aussi tordants que provocateurs, le film mêle la sensuelle étrangeté de ses images à une critique acerbe et subversive des institutions médicales. Ce monument du cinéma camp sort pour la première fois en 4K Ultra HD dans une superbe restauration supervisée et approuvée par Stephen Sayadian. Dans les suppléments, on trouve un entretien (30mn) avec Stephen Sayadian qui revient sur l’aventure de Dr. Caligari, du choix de ses actrices à sa réception critique, en passant par ses effets spéciaux sophistiqués. Trois autres entretiens sont proposés avec le coscénariste Jerry Stahl (10mn), l’actrice Madeleine Reynal (18 mn) et l’actrice Laura Albert (20mn) qui incarne la délurée Mme Van Houten. Une comédie culte, sexy et déjantée ! (Carlotta)
CAFÉ FLESH
Après l’apocalypse nucléaire, l’humanité est partagée en deux groupes : les « Positifs » qui ont conservé la faculté de faire l’amour et la grande majorité des « Négatifs sexuels» rendus malades par tout contact érotique et devenus impuissants. Pour accéder à un succédané de plaisir, ces derniers n’ont plus d’alternative que de regarder les « positifs » se donner en spectacle sur des scènes de théâtre telles que celle du mystérieux Café Flesh. Les « positifs » sont tellement rares que lorsqu’ils sont découverts, ils ne peuvent se soustraire à ces spectacles et, sous la houlette de Max, le sarcastique maître de cérémonie, sont traités comme des esclaves de façon similaire aux gladiateurs de la Rome antique. Mais, au Café Flesh, on attend l’arrivée d’une nouvelle recrue prometteuse : la star Johnny Rico… Véritable ovni cinématographique réalisé en 1982 par Stephen Sayadaian sous le pseudonyme de Rinse Dream, Café Flesh fouille la question du désir, de la frustration et du voyeurisme à travers une esthétique sans équivalent. Orchestrant une orgie aussi délirante que jouissive entre les performances ritualisées du Cabaret de Bob Fosse, l’humour subversif d’un John Waters ou l’univers troublant et capiteux de David Lynch, le film suscita l’enthousiasme des plus grands noms de la contre-culture, de Frank Zappa à Hunter S. Thompson et Bertrand Mandico. Ce film qui sort, en version restaurée et non censurée (attention, il contient un certain nombre de plans pornographiques), pour la première fois en 4K Ultra HD et Blu-ray, est accompagné de multiples suppléments dont un entretien avec Stephen Sayadian (58 mn) qui raconte l’histoire rocambolesque de Café Flesh, de sa conception à sa redécouverte, en passant par son tournage « illégal ». Le coscénariste Jerry Stahl revient, lui, sur l’écriture de cette satire subversive de l’idéologie américaine et la comédienne Jessica Stoya loue le caractère novateur et complexe du film, et sa mise en abyme du voyeurisme. Enfin l’auteur et universitaire Jacob Smith analyse cette œuvre d’avant-garde postmoderne, totalement unique en son genre. Et puis, on peut voir, en trois minutes, une immersion dans les coulisses du tournage, filmée par des journalistes d’Eyewitness News. Une œuvre provocante et cul(te). (Carlotta)
MONTE WALSH
Les temps changent dans l’Ouest américain. En 1880, Monte Walsh et Chet Rollins, deux cow-boys au passé mouvementé, se retrouvent au chômage et seuls. Ils épousent respectivement une prostituée et la veuve d’un quincailler et acceptent de petits jobs au gré de leur vagabondage. Si Chet Rollins a des ambitions, Monte Walsh sacrifie surtout à l’alcool et à la débauche. Quant à leur ami Shorty Austin, il choisit le crime pour gagner de l’argent. Alors que plus personne n’a besoin du travail des cow-boys, ils vont devoir trouver leur place dans le monde… Au crépuscule de l’Ouest sauvage, Monte et Chet, ces deux copains sur le retour, se demandent bien quel est leur avenir. Et ils connaissent la réponse. L’Américain William A. Fraker (1923-2010) a fait l’essentiel de sa carrière comme directeur de la photo, notamment pour Roman Polanski (Rosemary’s Baby), Peter Yates (Bullitt), Steven Spielberg (1941), Mike Nichols (Le jour du dauphin) ou John Boorman (L’exorciste 2). Sa seule réalisation notable sur le grand écran est ce Monte Walsh, chant funèbre de l’Ouest des cow-boys. Sur une musique nostalgique et mélancolique de John Barry, voici l’un des meilleurs westerns crépusculaires. La réalisation est soignée et Monte Walsh devient, petit à petit, une œuvre poignante et même amère sur la fin d’une époque. Certes, il n’y a pas une action folle mais de beaux moments de cinéma comme lorsque Walsh tente de rouler sa cigarette matinale avec, sur les bras, Martine Bernard, une prostituée française plus de première jeunesse… Le film doit beaucoup à la triple interprétation de Lee Marvin (Monte Walsh), Jack Palance (Chet Rollins) et notre Jeanne Moreau nationale (Martine Bernard) qui venait de tourner avec Orson Welles dans The Deep, un film qui restera inachevé… Dans les suppléments, on trouve une présentation du film par Noël Simsolo, critique et historien du cinéma et Lee Marvin, un portrait intime (48 mn) par John Boorman qui le dirigea dans Le point de non-retour (1967) et Duel dans le Pacifique (1968). (Sidonis Calysta)
LE PASSAGE DE SANTA FE
Au milieu du 19e siècle, Kirby Randolph guide des convois à travers les territoires indiens. Pensant bien faire en allant négocier avec les Kiowas plutôt que devoir les affronter, il se fait pourtant avoir. Alors qu’il est en train de trinquer, avec Sam Beekman, son partenaire et le chef Satank, le gros de la tribu massacrait le convoi d’émigrants dont il avait la charge. A cause de cette tragédie, le travail de Kirby est déprécié. Du coup, il a beaucoup de mal à retrouver un emploi. Mais Jess Griswold qui croit en la seconde chance, lui confie la responsabilité d’un convoi qui doit se rendre à Santa Fe. Il tombe sous le charme de la promise de Griswold, la charmante Aurelie malgré le fait qu’elle ait refusé de se séparer de sa servante indienne. Car depuis sa terrible mésaventure, Kirby a pris en grippe tous les « peaux rouges ». La rivalité amoureuse entre Jess et Kirby, la cargaison d’armes transportée par les chariots et destinée à des insurgés mexicains, les Indiens sur le sentier de la guerre… Le voyage ne va pas être de tout repos… Metteur en scène prolifique entre 1937 et 1975, William Witney a surtout signé des séries B. Ici, en 1955, pour le compte des studios Republic, célèbres pour avoir produit Rio Grande de John Ford et Johnny Guitare de Nicholas Ray, il signe ce Santa Fe Passage qui, avec une belle photographie aux couleurs puissantes, multiplie les scènes d’action tout à fait efficaces, le tout dans les superbes décors naturels de l’Utah. Le film est interprété par deux comédiens vus dans de nombreuses séries B, John Payne en guide à la réputation détruite et Rod Cameron (Jess Griswold) et on remarque aussi, dans la peau de Sam Beekman, le comédien Slim Pickens qui accéda, en 1964, à la célébrité pour son rôle du commandant Kong, pilote texan d’un bombardier B-52 dans le film Docteur Folamour de Stanley Kubrick, faisant son dernier rodéo en hurlant à cheval sur une bombe atomique larguée sur l’URSS. Dans les suppléments, on trouve une présentation par Noël Simsolo et un livret redigé par Jean-François Giré. (Sidonis Calysta)
CHAIR POUR FRANKENSTEIN
Marié à sa sœur, le baron Frankenstein tente de créer des êtres parfaits à partir de cadavres. Il utilise des méthodes brutales et morbides, allant jusqu’à tuer des villageois pour obtenir la matière première nécessaire à sa « création ». Malgré ses efforts, les créatures qu’il crée refusent de se soumettre à son contrôle, ce qui mène à une révolte et à une fin sanglante. Figure du cinéma underground américain et réalisateur de la trilogie Flesh (1968), Trash (1970) et Heat (1972) en compagnie d’Andy Warhol, Paul Morrissey (1938-2024) fit, au milieu des seventies, une « escapade » transalpine pour mettre en scène Chair pour Frankenstein (1973) puis Du sang pour Dracula, l’année suivante, deux productions portées portée notamment par Carlo Ponti, Warhol ou… Jean Yanne ! Le film est connu pour son style trash, hystérique et excessif, mêlant horreur, érotisme et cruauté gore. Les scènes de violence et de sexualité sont particulièrement marquées, avec des dialogues choquants et des situations morbides. On peut aussi voir ce Frankenstein, doté d’ambitions nazifiantes, comme le créateur d’une nouvelle race aryenne, ce qui ajoute une dimension politique et controversée au film. Au côté de Joe Dallesandro (Nicolas, le paysan-valet de la baronne Frankenstein) et d’Udo Kier (le baron Frankenstein), on remarque deux belles du cinéma de ces années-là, l’Américaine d’origine belge Monique van Vooren qui incarne la baronne et l’Italienne Dalila di Lazzaro, mannequin des grandes maisons de mode puis actrice chez Lattuada, Comencini, Dario Argento ou Jacques Deray pour Trois hommes à abattre (1980) dans lequel elle donne la réplique à Alain Delon. Dans les suppléments, on trouve un livre (52 pages) écrit par Marc Toullec (Mad Movies), une présentation du film par Christophe Gans (55 min) et trois documents : Paul Morrissey, la chair et le sang (50 min), Udo Kier, l’extase de Frankenstein (18 min) et Joe Dallesandro en chair et en os (13 min) (Sidonis Calysta)
DU SANG POUR DRACULA
Le dernier descendant des Dracula, qui ne peut se nourrir que du sang de jeunes femmes vierges, est gravement malade car il ne trouve plus de quoi s’alimenter : du fait de la libéralisation des mœurs, les filles non déflorées se font rares. Avec son serviteur, il décide se rendre en Italie où il espère trouver de quoi se sustenter. Un marquis italien désargenté est prêt à lui offrir l’une de ses filles en mariage pour renflouer la fortune de la famille. Mais le vampire ignore que Mario Balato, le jardinier communiste du château est en train de séduire toutes les jeunes filles du voisinage, plus vite que lui-même ne peut boire leur sang. Morrrissey retrouve à nouveau ici Joe Dallensandro, son acteur de la trilogie Flesh, dans le rôle de Mario, le jardinier et l’Allemand Udo Kier, vu dans des films de Fassbinder, Borowczyk, Lars von Trier ou Werner Herzog qui compose un comte Dracula pathétique et souffreteux ou encore Vittorio de Sica en aristocrate italien ou Roman Polanski en joueur de cartes, non crédité au générique… Comme pour Chair pour Frankenstein, tous deux dans la collection Cauchemar, le réalisateur new-yorkais collabore avec Antonio Margheriti, prolifique pilier de la série B italienne et spécialiste du cinéma d’horreur. Toutefois, on évoque une controverse, le réalisateur italien aurait été mentionné au générique pour des raisons fiscales, entraînant un procès et une amende pour le prête-nom et le producteur. Il reste qu’ils donnent une relecture satirique et désenchantée (et moins hystérique que le Frankenstein) du mythe vampirique classique, considérée dans les années 70 comme un chef d’oeuvre du genre, mêlant horreur et érotisme.. Dans les suppléments, on trouve un livre (52 pages) écrit par Marc Toullec (Mad Movies), une présentation du film par Christophe Gans (55 min), Joe Dallesandro, les années Warhol (28 min) et Du sang pour Udo Kier (18 min). (Sidonis Calysta)
LES LINCEULS
Producteur, entre autres activités, de vidéos industrielles, Karsh, la cinquantaine, peine à se remettre de la mort de sa femme, Becca, emportée par un cancer. Il créée alors GraveTech, une application pour smartphones et ordinateurs utilisant une technologie aussi révolutionnaire que controversée à destination d’une clientèle à hauts revenus. Celle-ci permet aux familles — ainsi qu’aux personnes avec lesquelles elles partagent ces données — de voir le corps de leurs proches récemment disparus se décomposant dans leur cercueil, ce, grâce à un linceul digital connecté dont Karsh est l’inventeur, qui filme le corps en temps réel et en résolution 8K, à l’aide de « shroud cams ». Quand plusieurs tombes, dont celle de Becca (Diane Kruger), sont profanées, Karsh se lance à la recherche des responsables. Pour cela il demande de l’aide à son beau-frère geek, Maury, qui a participé à la conception de GraveTech. Maury constate que les données des neuf tombes vandalisées ont été volées, puis chiffrées, alors qu’il n’y a pas eu demande de rançon. De plus, il constate que l’appartement de Karsh est « contaminé », tout ce qu’il y fait est surveillé en temps réel. Après avoir réussi à décrypter quelques images, Maury réalise que les cadavres de ces neuf tombes présentent les mêmes nodules que Becca, contrairement à ceux dont les tombes sont restées intactes. Les neuf tombes ont donc bien été ciblées. Selon Maury et grâce à l’aide de deux jeunes hackers russes qu’il a embauchés afin de pirater le cimetière de Karsh, il pourrait s’agir d’un réseau de surveillance clandestin en Occident créé par le gouvernement chinois, par l’intermédiaire de « Shining Clothes Technologies », la compagnie chinoise qui a participé au développement de la « shroud cam » et qui serait encore en phase de tests sur des cadavres… avant de passer aux vivants. Le dernier film de David Cronenberg est, dit-il, « un projet très personnel pour moi. Les gens qui me connaissent sauront quelles parties sont autobiographiques ». De fait, David Cronenberg a puisé son inspiration dans la mort de sa femme en 2017. Avec un Vincent Cassel (Karsh) qui s’est fait la tête du cinéaste canadien, Les linceuls explore, autour des thèmes de la paranoïa et de la technologie, la difficulté de faire son deuil et les mécanismes de résilience. Un film intimiste et funèbre. (Pyramide)
BERGERS
Jeune publicitaire québecois en recherche d’un sens à sa vie, Mathyas décide de quitter brusquement son emploi et part pour la France afin de réaliser son rêve : devenir berger dans les Alpes provençales. En rupture de ban avec sa ville, son pays, et plus largement la société de consommation, il rêve de travailler de ses mains et surtout de vivre au rythme et au pas de la nature. Apprendre le métier de berger dont il ne connaît rien s’avère difficile mais sa rencontre avec Élise, une fonctionnaire de France Travail qui a quitté, elle aussi, son emploi, l’aide à traverser les épreuves de la montagne. Pour raconter, avec des images superbes, cette aventure aussi pastorale qu’intime, la cinéaste quebécoise Sophie Deraspe s’est appuyé sur le roman D’où viens-tu, berger ? de Mathyas Lefebure, paru en 2006. L’écrivain canadien (qui co-scénarise le film) y racontait ses dix années vécues en alpage dans le sud de la France. Il a fallu dix annés à Sophie Deraspe pour mener à bien son projet. Porté par un regard humaniste, Bergers est tout à la fois un âpre récit d’apprentissage, un beau plaidoyer en faveur d’un métier menacé de toutes parts (ce sont de vrais bergers qui jouent), le tout en respectant une sérieuse approche documentaire. Au côté de Solène Rigot, remarquée dans La permission de minuit (2011), son premier film, dans le rôle d’Elise, le Québecois Félix-Antoine Duval est Mathyas, confronté à la rudesse du métier de berger. Considérée comme l’une des principales figures du nouveau cinéma québécois, Sophie Deraspe signe, ici, son sixième long-métrage pour le cinéma qui questionne, comme ses œuvres précédentes, les limites, en particulier celles de la représentation, du « réel » et de la fiction. Le film explore les durs labeurs et les épreuves que rencontre Mathyas, mais aussi la passion et la quiétude qu’il trouve dans cette nouvelle vie. En cela, Bergers est aussi un film militant, plein d’ironie sur le système social et la folie du travail. Un beau périple, émouvant, sensible et physique ! (Pyramide)
MEXICO 86
Lors de la guerre civile au Guatemala, Maria, activiste opposée à la junte militaire, est contrainte de fuir son pays après l’assassinat, en 1976, de son conjoint. Elle se réfugie au Mexique sous une nouvelle identité, laissant son fils Marco à sa mère. Dix ans plus tard, Maria vit toujours à Mexico où elle continue son combat politique tout en travaillant comme correctrice dans un journal sous le nom de Julia. Sa mère, malade, lui ramène Marco, alors âgé de 10 ans. Maria doit alors faire un choix cornélien entre son rôle de mère et son engagement militant. La guerre civile guatémaltèque a opposé, entre 1960 et 1996, la junte militaire au pouvoir à divers groupes rebelles de gauche soutenus par les peuples autochtones mayas et les paysans ladinos qui constituent l’ensemble de la population pauvre des zones rurales. Formé à la Fémis, le réalisateur belgo-guatémaltèque César Diaz a fait ses débuts dans le cinéma de fiction avec Nuestras madres qui avait déjà pour trame de fond historique la guerre civile au Guatémala. Le film fut présenté à Cannes 2019 où il remporta la prestigieuse Caméra d’or. Ici, en proposant une reconstitution d’époque très crédible et en s’inspirant du parcours de sa propre mère, il mêle habilement thriller politique haletant et drame familial à travers des scènes de tension et des moments émouvants, notamment dans les relations entre Maria et son fils Marco. En s’appuyant sur la belle interprétation de Bérénice Béjo, vedette de The Artist (2011) ou Le passé (2013) d’Asghar Farhadi qui lui valut le prix d’interprétation féminine à Cannes 2013, le cinéaste parle d’exil et d’identité, de lutte politique et de maternité et de filiation. (Blaq Out)
TU NE MENTIRAS POINT
Dans l’Irlande de 1985, Bill Furlong, modeste entrepreneur dans la vente de charbon, tache de maintenir à flot son entreprise, et de subvenir aux besoins de sa famille forte de cinq filles. Un jour, lors d’une livraison au couvent du Bon Pasteur de sa ville, il fait une découverte qui le bouleverse. Ce secret longtemps dissimulé va le confronter à son passé d’orphelin et au silence complice d’une communauté vivant dans la peur. Adaptation du roman Ce genre de petites choses de Claire Keegan qui parle des drames liés aux couvents de la Madeleine en Irlande, des institutions catholiques à l’origine d’abus envers des jeunes femmes, le film du cinéaste belge Tim Mielants se penche au plus près sur Furlong, un témoin qui doit faire face à son impuissance et à sa propre histoire. Car cette histoire à la mise en scène épurée et à la narration retenue, évoque, comme l’avait fait auparavant The Magdalene Sisters (2002) du Britannique Peter Mullan, l’histoire dramatique des couvents de la Madeleine. Dans ces établissements religieux, créés en Irlande au 19e siècle, les jeunes filles, considérées comme perdues par leurs familles, étaient placées pour expier et racheter leurs péchés. Elles comptaient parmi elles des femmes violées, des jeunes filles mères, des orphelines et d’autres qui étaient un peu trop jolies ou un peu trop coquettes. Avec Tim Mielants, c’est un témoin, et non des victimes, qui est au coeur du récit. Bill Furlong est incarné par le grand Cillian Murphy, couronné en 2023 de l’Oscar du meilleur acteur pour Oppenheimer de Christopher Nolan. Ici, l’acteur irlandais, également connu pour son interprétation de Thomas « Tommy » Shelby, le chef de file dans la série Peaky Blinders, le regard perdu, mutique, est un bloc de douleur dans un récit qui plonge le spectateur dans le silence et dans une pénombre glaciale nés des traumatismes de son passé. Tu ne mentiras point évite de montrer frontalement les violences, laissant l’imagination du spectateur concevoir l’indicible. Loin du pathos, voici une réflexion profonde sur la responsabilité et la morale. (Condor)
LES INDOMPTÉS
En partant vivre en Californie, Muriel et son mari Lee commencent une nouvelle vie lorsque ce dernier revient de la Guerre de Corée. Cependant, cette stabilité retrouvée est bouleversée par l’arrivée du charismatique jeune frère de Lee, Julius, un joueur invétéré au passé secret. Un triangle amoureux se forme rapidement. Lee souhaite que tous les trois construisent une nouvelle vie ensemble à San Diego, mais Julius décide plutôt de se rendre à Las Vegas, où il trouve un emploi dans un casino. Il y rencontre Henry, un collègue de travail. Julius et Henry tombent amoureux et les deux hommes entament une relation amoureuse secrète, vivant ensemble dans une chambre de motel. Cette décision ébranle Muriel qui se lance dans une vie secrète en Californie, jouant sur des chevaux de course et découvrant un amour qu’elle n’aurait jamais cru possible après avoir rencontré Sandra, une voisine… Le film réalisé par Daniel Minahan est une adaptation de Et nous nous enfuirons sur des chevaux ardents, le premier roman de l’Américaine Shannon Pufahl, à la fois roman noir et chronique de l’Amérique des années cinquante qui abordait la place du désir et la quête de soi à travers le destin d’une poignée de personnages qui refusent de se conformer aux diktats de leur époque, concernant notamment la répression des minorités sexuelles. En jouant avec les codes du cinéma hollywoodien des années cinquante, le cinéaste donne à son film les atours d’un mélodrame « à l’ancienne ». Certes, n’est pas Douglas Sirk qui veut mais On Swift Horses (titre original) distille cependant, au fil d’un rythme paisible, une élégante poésie bienvenue tout en questionnant la violence du conformisme. L’image est soignée, la reconstitution d’époque de qualité et les comédiens achèvent de rendre ce drame romantique tout à fait plaisant. La Londonienne Daisy Edgar-Jones, découverte dans la mini-série Normal People en 2020, est Muriel, jeune femme en quête d’absolu qui va jouer gros, sur tous les plans, au risque de tout perdre. A ses côtés l’Australien Jacob Elordi (l’Elvis Presley du Priscilla de Sofia Coppola) est Julius, un mystérieux flambeur. Vintage certes comme l’Amérique des fifties mais non sans résonance avec l’époque actuelle… (Metropolitan)
IL ETAIT UNE FOIS EN CHINE 6 : DR WONG EN AMERIQUE
La saga Il était une fois en Chine raconte par le menu les multiples aventures de Wong Fei-Hong (1847-1924), personnage historique devenu une figure emblématique de la Chine populaire. Descendant de la lignée des moines de Shaolin et médecin, Wong Fei-Hong doit se battre contre des brigands, mais aussi les Britanniques et les Américains qui s’immiscent de plus en plus en Chine. Avec le volet n°6 mis en scène en 1997 par Sammo Hung, on retrouve Wong Fei-Hong qui se rend en Amérique avec Yee et Pied-bot pour visiter une succursale de sa clinique. Leur trajet est interrompu par une attaque d’Indiens, lors de laquelle Wong Fei-Hong est séparé de ses compagnons. Après l’attaque, Wong perd la mémoire… Le film explore les efforts de Wong pour retrouver sa mémoire et ses amis, tout en naviguant dans un environnement occidental hostile. Souvent comparé à Bruce Lee, l’acteur, producteur et spécialiste d’arts martiaux singapourien Jet Li a interprété Wong dans les trois premiers épisodes de la saga avant de laisser la place à Chiu Man-cheuk pour les volets 4 et 5. Le comédien, qu’on a vu aussi dans des films occidentaux comme L’arme fatale 4 (1998), Roméo doit mourir (2000), Le baiser mortel du dragon (2001) ou encore Expendables : Unité spéciale (2010), est de retour dans ce sixième opus où il brille dans un duel mémorable. En abordant les tensions entre le monde chinois et l’Occident, notamment à travers le thème du racisme anti-asiatique, le film fait aussi la part belle… au western en évoquant des thèmes comme les Indiens, les colons, les rascals et les desesperados, les villes vite sorties de terre et placées sous le contrôle de crapules corrompues sans oublier les vastes espaces ou la bagarre dans le saloon ! Mais qu’on se rassure, Wong est toujours un adepte du kung-fu. Un divertissement agréable, alliant humour et action et donc une touche de nostalgie western. (Metropolitan)
NOVOCAINE
Employé de banque à Saint Diego, en Californie, Nathan Caine est un brave type passablement transparent. Le genre grand couillon qui a peur des filles et passe ses nuits à jouer en ligne à des jeux de guerre. Nate Caine est normal. Presque. Il est en effet atteint d’une maladie rare, une CIP, autrement dit, en français, une insensibilité congénitale à la douleur. Jusque là, Nate se protégeait comme il pouvait des agressions du monde. Mais il n’est pas insensible au charme de la mignonne Sherry, guichetière dans sa banque. Mieux, Sherry lui sauve la mise lorsque, dans un bar où ils se retrouvent, débarque une grosse brute qui harcelait Nate au collège et le surnommait Novocaïne à cause de son problème… Tout part pourtant à vau l’eau lorsque trois braqueurs investissent, à la veille de Noël, la banque. Le directeur est tué, Sherry (Amber Midthunder) prise en otage, des policiers abattus et voilà Nate « empruntant » une voiture de police pour se lancer à la poursuite des méchants. De quoi passer pour un suspect potentiel aux yeux de la police… Voici donc l’improbable histoire d’un type qui ne souffre pas quand on lui tape dans le ventre. Une sorte de super-héros capable de plonger sa main dans un bain d’huile bouillante ou de prendre un carreau d’arbalète dans la cuisse sans même faire « Aïe ». Comme il le dit à un brave quincaillier chez lequel il referme une plaie avec de la super-glue : « Quand tu peux t’empaler sans t’en rendre compte, mieux vaut connaître les premiers secours ». Quitte à s’injecter un bon shot d’adrénaline. Geek maladroit et héros malgré lui, Jack Quaid, fils de Dennis Quaid et Meg Ryan, traverse toutes les épreuves en prenant de plus en plus de coups sans jamais se départir du flegme des « incassables ». Du coup, Nate va de bastons en bastons… Plutôt que des images de synthèse, Dan Berk et Robert Olsen, les réalisateurs, ont fait le choix d’effets spéciaux « à l’ancienne » avec des prothèses, du maquillage ou des cascades physiques. Avec une idée derrière la tête : insuffler à Novocaïne le ton fun et décalé propre aux blockbusters d’action qu’étaient Die Hard, L’arme fatale ou À toute épreuve. Mais on est quand même loin du compte. Le film a été un flop en salle. Seconde chance en dvd/blu-ray ? (Paramount)
RUMOURS
Réunis dans un château en Allemagne pour leur sommet annuel, les dirigeants des pays du G7 (États-Unis, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et Royaume-Uni) s’installent en bordure d’une forêt, dans une jolie gloriette, pour préparer leur déclaration. Mais l’ambiance n’est pas au beau fixe. Le premier ministre canadien n’arrive pas à oublier l’aventure qu’il a eu avec la première ministre britannique et surtout tout le monde autour de la table sait qu’il est pris dans un vilain scandale politico-financier. Inquiet, le groupe constate que le personnel autour d’eux a disparu. Le Canadien va s’isoler dans la forêt. Bientôt suivi par la chancelière allemande. Pour apaiser son confrère, elle lui propose un… massage qui s’achève en jeu de la bête à deux dos. Bientôt, un inquiétant grondement sort de la forêt… En voulant retrouver le personnel disparu, les sept politiciens s’enfoncent plus avant dans une forêt qui s’avère pleine de périls et de mystères. Si l’on excepte la présence notable du personnage du président américain dans le cinéma hollywoodien, l’homme politique n’est pas récurrent sur le grand écran. Rumours, nuit blanche au sommet a donc d’emblée l’attrait d’une satire géopolitique qui, de plus, ne craint pas de s’aventurer sur le terrain du fantastique. Contraints, disent-ils, par la catastrophe imminente qui nous est désormais que trop familière, Guy Maddin, Galen Johnson et Evan Johnson, trio à l’imagination fertile, signent un film dont on est en droit de se demander s’il s’agit bien d’une… comédie. Car l’on voit des gens de pouvoir perdre complètement pied alors qu’on pourrait peut-être attendre d’eux une capacité à se grandir dans la crise. Il est vrai que leur nuit en forêt va devenir de plus en plus vertigineuse avec la rencontre de corps momifiés datant de l’Age de fer, d’un cerveau géant ou de zombies… Mais Rumours ne parvient pas à nous captiver complètement. Bien sûr, les comédiens, Cate Blanchett, Charles Dance, Denis Ménochet en tête, sont bons mais on demeure à l’extérieur de cette farce qui charrie, in fine, trop de grain à moudre… (Potemkine)
LA FURIE DES VAMPIRES
Charmantes étudiantes en sciences occultes, Elvire et Geneviève sont à la recherche du tombeau de la comtesse Wandesa, un personnage sanguinaire du Moyen âge dont la légende voudrait qu’elle ait eu des rapports avec le diable. Égarées en pleine campagne dans le nord de la France, elles sont accueillies dans la demeure isolée du comte Waldemar Daninsky, condamné à se transformer en loup-garou depuis qu’il a été lui-même mordu. À la fois scénariste, acteur et réalisateur, Paul Nashy (1934-2009) est une icône de l’horreur et du fantastique en Espagne et même au-delà. De son vrai nom Jacinto Molina, le cinéaste a en effet consacré sa carrière aux films d’épouvante, et plus particulièrement au personnage du célèbre loup-garou Waldemar Daninsky, qu’il a interprété pas moins de douze fois à l’écran. Si c’est le film Les vampires du Docteur Dracula (1968) qui voit la naissance de ce loup-garou, le réalisateur considère La furie des vampires, quatrième apparition du lycanthrope au cinéma, comme « la minute de vérité du genre en Espagne ». La furie… (réalisé par Léon Klimowsky) confronte loup-garou et vampires, dans un film à l’atmosphère particulière. Les apparitions de vampires sont présentées à travers des ralentis vaporeux, qui confèrent un aspect onirique, sensuel et surréaliste à ces scènes, marquant d’autant plus l’opposition avec le loup-garou, qui représente la force brute et la violence sanglante. Avec son cachet gothique et sa très belle photographie, l’ambiance rappelle parfois les productions de la Hammer. Si le film n’est pas des plus gores, les attaques de loup-garou ainsi que les morsures de vampires apportent leur lot de coulées de sang. Paul Naschy reprend donc ici son rôle et cosigne le scénario. Il est entouré de Patty Shepard, la comtesse tandis que Barbara Capell et Gaby Fuchs prêtent leurs traits aux deux jeunes étudiantes. Jusqu’ici sorti uniquement en DVD, et uniquement en VF, le film est un ajout de choix à la collection Angoisse de Rimini Éditions, qui propose de plus le film en version courte et version longue ! Le combo Blu- ray + 2 DVD est enrichi d’un livret de 24 pages. Dans les suppléments, on trouve une interview de Paul Nashy datant de 2003 et une autre avec l’historien du cinéma Laurent Aknin. (Rimini éditions)
SHADOW FORCE
Autrefois chefs d’un groupe multinational de forces spéciales appelé Shadow Force, une équipe clandestine de la CIA, qui commettait des assassinats au nom du gouvernement américain, Kyrah Owens et Isaac Sarr ont enfreint les limites. Malgré les règles imposées par Jack Cinder, le patron de Shadow Force, Isaac et Kyrah sont tombés amoureux et Kyrah a ensuite donné naissance à un fils, Ky. Les deux agents ont alors fait désertion et ont vécu dans la clandestinité pour élever leur enfant en paix. Mais l’explosif Jack Cinder ne supporte pas la défaite et refuse de leur pardonner leur acte de « trahison » à son égard. De plus, il était attiré de manière obsessionnelle par Kyrah… Le reste de la Shadow Force, dirigé par Jack Cinder, est alors envoyé à leurs trousses pour les tuer. Remarqué en 2012 en tant que coscénariste et réalisateur, avec L’agence tous risques, superproduction adaptée de la célèbre série éponyme des années 1980, l’Américain Joe Carnahan signe un film d’action qui s’ouvre sur une citation du neuropsychologue et romancier Paul Pearsall : « Notre instinct primaire n’est pas la survie, mais la famille ». Las, le scénario n’est pas bien gros, les personnages manquent d’épaisseur et on redemande de l’action. Dans le rôle de Kyrah, on trouve Kerry Washington, vue dans Ray (2004), Le dernier roi d’Ecosse (2006), Les couleurs du destin (2010) ou Django Unchained (2012). Cocorico, Isaac Sarr est incarné par Omar Sy qui n’écrit pas, malheuresuement, la page la plus flamboyante de sa carrière américaine. (Metropolitan)
UNE VOIX D’OR ET UN DICTATEUR À L’AGONIE 
LES CHORISTES
En 2003, alors qu’il s’apprête à donner l’un de ses concerts aux Etats-Unis, le chef d’orchestre Pierre Morhange apprend que sa mère est décédée. Il retourne donc chez lui, en France, après son concert pour ses funérailles. Pépinot, un de ses amis, arrive chez lui avec un journal intime ayant appartenu à Clément Mathieu, l’un de leurs surveillants au pensionnat. Ils le lisent ensemble. Une cinquantaine d’années auparavant, en 1948, Clément Mathieu, musicien raté et professeur de musique sans emploi, arrive au Fond de l’Étang, un home pour garçons, afin d’y être employé comme surveillant. Près du portail, il aperçoit un très jeune garçon nommé Pépinot, attendant le samedi, jour où, selon lui, son père viendra le chercher. On découvrira plus tard que les parents du gamin sont morts pendant l’Occupation, mais que, traumatisé, ce dernier n’arrive pas à accepter cette réalité. Clément découvre que les garçons de l’internat sont sévèrement punis par Rachin, le directeur : punitions corporelles, travail d’intérêt général, isolement dans un cachot pouvant aller jusqu’à plusieurs semaines et punitions arbitraires pour favoriser les délations d’élèves fautifs. Il essaie alors d’utiliser l’humour et la gentillesse pour affirmer son autorité, ce qui, à sa grande surprise, fonctionne. En initiant ces enfants plus fragiles que difficiles à la musique et au chant choral, Mathieu, éducateur humaniste, parviendra à transformer leur quotidien. Sorti en 2004, Les choristes a fêté ses 20 ans l’an passé avec une ressortie en version restaurée dans les salles de cinéma. Le premier film de Christophe Barratier a connu un véritable triomphe en 2004, cumulant 9 millions d’entrées. Récompensé aux César et nommé aux Oscars, le film qui a révélé Jean-Baptiste Maunier, dans le rôle du jeune Morhange, sort dans des éditions inédites UHD/Blu-ray et DVD. Pour son premier film, Christophe Barratier s’est inspiré librement d’une œuvre (oubliée) de Jean Dréville, La cage aux rossignols (1944) interprété par Noël-Noël et les Petits chanteurs à la croix de bois. En songeant aussi à sa propre enfance, le cinéaste se penche sur les méthodes éducatives et répressives à l’oeuvre après la guerre. On plonge ainsi dans une maison de redressement implantée dans un village perdu d’Auvergne où sont réunis tous les cas sociaux du canton. Le brutal Rachin et son acolyte Chabert dirigent l’endroit d’une main de fer. Jusqu’à ce qu’au milieu de ce huis clos pesant débarque Clément, un nouveau pion… Gérard Jugnot en tête, le casting réunit François Berléand, Kad Merad, Jacques Perrin et bien sûr, dans le rôle de Morhange le révolté, Jean-Baptiste Maunier qui porte, ici avec sa voix puissante et cristalline, la beauté du chant dans une chorale, point central et sensible du film. Pour la musique, le réalisateur a fait appel à Bruno Coulais, compositeur de Microcosmos et du Peuple migrateur. Spécialiste des bandes originales complexes, il compose pour Les choristes des harmonies parfaites. Les voix de la chorale dirigées par Nicolas Porte sont interprétées par les Petits chanteurs de Saint-Marc. La plupart des jeunes comédiens chantent en play-back, les chants ayant été enregistrés préalablement au tournage et soutenus ensuite par une orchestration complémentaire. Un petit joyau de tendresse, d’émotion, de drôlerie, de musique et d’espoir. (Pathé)
LES DERNIERS JOURS DE MUSSOLINI
En avril 1945, l’éphémère république de Salò vit ses dernières heures. Benito Mussolini, qui se trouve à Milan sous protection allemande, refuse de suivre les recommandations de l’évêque de la ville, le cardinal Schuster, qui l’enjoint de se livrer aux partisans au CLN Alta Italia, le Comité de libération nationale. Accompagné de sa maîtresse Clara Petacci et de ses plus fidèles lieutenants, le Duce s’enfuit sous escorte allemande en direction de la Suisse, dans l’espoir de se rendre aux troupes américaines et d’échapper ainsi à la vindicte populaire. Mais son chemin s’arrête trois jours plus tard, sur les rives du lac de Côme. Escorté par des soldats de la Wehrmacht et des SS avec lesquels Mussolini essaye de jouer au chat et à la souris, la colonne est interceptée par un groupe de partisans qui, à la suite des accords signés entre les autorités allemandes et la résistance, accepte de laisser passer les troupes allemandes à condition que celles-ci leur remettent les cadres fascistes. Au bout du rouleau, le Duce enfile une capote vert-de-gris sur son uniforme italien et se terre à l’arrière d’un camion au milieu de soldats allemands en déroute. A un poste de contrôle, à Dongo, sur les rives du lac, le Duce est démasqué. On le fait descendre du camion. Son sort est quasiment joué. Le Comité de libération nationale va charger le colonel Walter Audisio, alias Valerio (la star italienne Franco Nero) d’exécuter Mussolini. Le matin du 28 avril 1945, le Duce est conduit à Giulino di Mezzegra où, sans autre forme de procès, il est fusillé en compagnie de Clara Petacci. Carlo Lizzani (1922-2013) débute dans le cinéma à l’heure du néoréalisme (il collabore au scénario de Riz amer et est assistant sur Allemagne année zéro). Dès 1943, il participe en tant que partisan à la Résistance romaine et adhère au Parti communiste italien. Lorsqu’il se met à réaliser lui-même, Lizzani va traiter majoritairement de la Seconde Guerre mondiale et de la résistance, ainsi avec La chronique des pauvres amants (1954) mais aussi Traqués par la Gestapo (1961) sur la traque des Juifs de Rome ou Le procès de Vérone (1963) sur l’exécution du comte Ciano, gendre du Duce, par les extrémistes mussoliniens. Tourné en 1974, Mussolini, ultimo atto (titre original) apparaît comme une reconstitution minutieuse d’une page de l’histoire italienne. Lizzani scrute la fin de règne d’un tyran pathétique, avec une précision quasi documentaire qui tend parfois vers le thriller. Inédit en blu-ray dans sa nouvelle restauration 4K, Les derniers jours de Mussolini est interprété par deux vedettes d’Hollywood pour donner plus d’impact populaire au film. Henry Fonda est le cardinal Schuster et Rod Steiger (Dans la chaleur de la nuit ou Il était une fois la révolution) est un Duce enfoncé dans la solitude. A noter que le comédien est l’objet de Rod Steiger, briller dans l’ombre, un livre de Baptiste André à paraître fin septembre. Enfin, dans les suppléments, on trouve Noir dessein (26 mn), un entretien inédit avec Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française, qui observe : « La volonté de Carlo Lizzani, c’est d’éviter l’emphase, il faut avoir l’impression de raconter objectivement les faits. […] Toute l’Italie voulait la mort de Mussolini, c’était symboliquement une manière de rompre avec une phase historique dont on ne voulait plus entendre parler. » (Carlotta)
PARTIR UN JOUR
Dans sa cuisine, Cécile vient de prendre un coup sur la tête ! Le test de grossesse est positif. La nouvelle a tout d’une galère pour cette jeune femme de la quarantaine. Avec Sofiane, son collaborateur et compagnon, elle est dans la dernière ligne droite avant l’ouverture de son restaurant gastronomique. Car la récente gagnante du concours Top Chef est bien décidée à gravir avec sa cuisine toutes les étapes vers les trois étoiles. Et cela même si elle n’a pas encore trouvé son plat-signature. De sa province natale, un message l’informe que Gérard, son père, a été hospitalisé après un troisième infarctus. A Sofiane, auquel elle cache son état, elle confie qu’elle n’a aucune envie de retourner sur les lieux de son enfance. Mais, évidemment, elle finira par retrouver L’Escale, ce grand restaurant fréquenté par les routiers. Gérard a déjà quitté l’hôpital pour retrouver ses fourneaux et sa macédoine de légumes qui fait grincer les dents de Cécile. Mais elle va mettre la main à la pâte pour dépanner Gérard et Fanfan, sa mère plutôt fantasque. Le retour de Cécile est un événement car tout le monde a suivi les émissions de Top Chef qui ont vu l’enfant du pays l’emporter. Parmi tout ce petit monde chaleureux, la cheffe tombe aussi sur Raphaël, le garagiste du coin, avec lequel elle a souvent fait la fête et qui était son amour de jeunesse. Cécile veut retourner très vite dans la capitale. Pourtant son séjour « à la maison » s’éternise quand même. Partir un jour est un beau film qui distille une mélancolie douce et légère. Amélie Bonnin, la réalisatrice, explique que son film raconte « le lien aux choses, aux lieux dont on ne peut pas se défaire ». En même temps, l’active et ambitieuse Cécile est une sorte de transfuge de classe qui revient dans un lieu de passage tenu par des gens, ses parents, qui ne bougent pas. Les retrouvailles ont quelque chose de tendrement poétique qui emporte l’adhésion. Partant du constat que la musique est partout dans nos vies, tout le temps, Amélie Bonnin a donné à son film les atours d’une comédie musicale où les protagonistes, soudain, se mettent à chanter, voire à danser. La musique, dit la réalisatrice, constitue un socle commun, voire un lien entre les gens d’une génération… Du coup, Partir un jour contient une fameuse play-list avec Alors on danse (Stromae), Mourir sur scène (Dalida), Le Loir & Cher (Michel Delpech), Pour que tu m’aimes encore (Céline Dion), Je l’aime à mourir (Francis Cabrel), Paroles, paroles (Dalida & Alain Delon) et, in fine, une version soyeuse du Partir un jour de 2Be3, par Juliette Armanet. De quoi aussi, il faut bien le dire, « épaissir » un récit parfois léger. Comme enfin les comédiens (Juliette Armanet en tête mais aussi Bastien Bouillon, François Rollin et Dominique Blanc) donnent leur pleine mesure, Partir un jour constitue tout simplement un agréable divertissement. (Pathé)
LA FEMME A ABATTRE
Magistrat engagé dans une lutte sans merci contre une puissante organisation criminelle, le district attorney Martin Ferguson est sur les charbons ardents. Il tient (enfin) le témoin crucial qu’il compte bien amener le lendemain à la barre du tribunal pour faire (enfin) tomber un gros caïd. Mais Joe Rico, le témoin, tremble de tous ses membres et hésite de plus en plus à témoigner. De plus, des tueurs à gages sont bien décidés à le rendre définitivement muet. Pire, Rico va commettre l’irréparable. A quelques heures du procès, les enquêteurs n’ont que peu de temps pour trouver la preuve qui empêchera le principal inculpé de ressortir libre du tribunal. Réalisé en 1951, The Enforcer (en v.o.) est-il un film de Bretaigne Windust ou du (grand) Raoul Walsh ? Selon une première version, Bretaigne Windust serait tombé malade durant le tournage, et Humphrey Bogart aurait demandé à Raoul Walsh de le remplacer. Une seconde version, plus crédible, veut qu’après avoir vu les premiers rushs, la Warner (pour laquelle Bogey tourne pour la dernière fois) se soit rendu compte que Windust n’était pas fait pour tourner un film noir, faire parler des gangsters ou rendre l’atmosphère de la rue. En catastrophe, il aurait fait appel à Walsh qui, à l’époque, n’avait pas souhaité être crédité au générique, pour ne pas faire de l’ombre à Bretaigne Windust. Considéré comme une perle du film noir, La femme à abattre marque un tournant dans l’histoire du cinéma américain. C’est en effet le premier film qui explique comment fonctionne le milieu du crime organisé, et qui emploie des termes tels que contract (contrat) ou hit (cible), utilisés par les tueurs pour déjouer les écoutes téléphoniques. Il possède aussi tous les ingrédients du genre: procureur incorruptible, gangsters inquiétants, éclairages expressionnistes. Après une ouverture en temps réel sur la traque du témoin, le film repose sur une construction en flashbacks imbriqués. Les enquêteurs passent en revue les interrogatoires des différents protagonistes, qui à leur tour, se remémorent les événements dont ils ont été les témoins. Cette construction complexe reste étonnamment fluide, et la mise en scène nerveuse et captivante sert un scénario riche, pour une histoire d’une efficacité redoutable. Et puis, au milieu de comédiens de talents (Ted de Corsia, Zero Mostel, Everett Sloane), il y a l’incomparable figure d’Humphrey Bogart en procureur déterminé et efficace dans un thriller glaçant. Ce classique du film noir sort, pour la première fois, en blu-ray Haute définition. Avec, en suppléments, un entretien inédit (35 mn) sur la genèse du film avec Florent Tréguer, enseignant et spécialiste du cinéma américain et une interview de Raoul Walsh (39 mn) extraite de Raoul Walsh ou le bon vieux temps de la collection Cinéastes de notre temps. (Rimini éditions)
WOMEN
Lorsqu’elle découvre que son mari la trompe, Bao-er demande immédiatement le divorce. Elle rejoint alors le clan des femmes célibataires « heureuses pour toujours », qu’ont intégré avant elle ses meilleures amies. Résolue à ne pas se laisser abattre, Bao-er doit apprendre à construire une nouvelle vie avec son jeune fils, Dang-dang, tandis que son ex-mari officialise sa relation avec sa maîtresse… Malgré l’apparence de bonheur que ses « sœurs » affichent, chacune d’entre elles aspire secrètement à avoir un homme dans sa vie. Lorsque son mari repentant demande pardon, Bao-er est forcée de décider ce qu’elle veut vraiment. Et si, finalement, elle revenait à son mari, d’autant que ce dernier lui confie qu’il n’a pas vraiment d’atomes crochus avec sa jeune et excitée nouvelle compagne… Né à Hong Kong en 1957, Stanley Kwan, formé auprès de grands noms du cinéma hongkongais comme Ann Hui et Patrick Tam, fait partie, aux côtés de Wong Kar-wai et de Fruit Chan, de la troisième « Nouvelle vague » apparue dans les années 1980. Alors en marge d’un cinéma commercial et populaire, le réalisateur fait appel, à ses débuts, à des acteurs célèbres, à l’instar de Chow Yun-fat, pour se faire connaître et ainsi développer son propre style. Dès Women, son premier long-métrage tourné en 1985 et dans lequel Chow Yun-fat incarne Derek, le mari, Kwan révèle une appétence et un talent certain pour le romanesque et le portrait de femmes tout en délicatesse. Dans la lignée des comédies de remariage, ce sous-genre cinématographique hollywoodien, qui donna des pépites comme New York Miami (1934) de Capra, Cette sacrée vérité (1937) de MacCarey ou Femmes (1939) de Cukor, Stanley Kwan réussit une savoureuse comédie qui s’appuie sur un drame intimiste en croisant les thèmes des désillusions amoureuses, de la solitude et du sens à donner à sa vie. Avec des comédiennes en verve (Cora Miao et Cherie Chung Cho-hung en tête), il ausculte avec brio et sensibilité les tourments féminins dans un style visuel maîtrisé. Dans des mouvements de caméra fluides, se mêlent abandon et force de personnages féminins croqués avec délicatesse et humour (Bao-er qui n’est plus obligée de se cacher dans les toilettes pour… péter!) et grâce sur fond d’amour, de haine, de jalousie et de désirs. Dans les suppléments, on trouve Divorce Hong Kong Style (21 mn), un entretien inédit avec Stanley Kwan dans lequel le cinéaste raconte son passage à la réalisation après dix années passées comme assistant auprès d’Hui et Tam et se souvient de la chance qu’il a eue de faire appel à de grands noms du cinéma hongkongais des années 1980 pour son premier film. Un tourbillon d’émotions ! (Carlotta)
UNE POINTE D’AMOUR
Les examens médicaux de Mélanie ne sont pas excellents. On lui dit que tout peut s’arrêter brutalement… Mais cette pétulante jeune avocate n’entend pas baisser les bras. Bien qu’handicapée et en fauteuil roulant, elle veut croquer la vie. Et encore plus que les autres puisque son temps est limité… Et surtout Mélanie veut enfin connaître le grand frisson du sexe. Elle a entendu parler d’une maison close en Espagne où elle pourrait enfin explorer sa sexualité. Elle réussit à convaincre Benjamin, son ami en fauteuil roulant, d’entreprendre ce voyage peu commun. Pour conduire le van qui doit les emmener vers le plaisir, elle choisit Lucas, un type bourru, dont elle s’occupe en justice et auquel elle est parvenu à éviter un nouveau retour derrière les barreaux. Au volant de son propre véhicule, Lucas va donc emporter Mélanie et Benjamin vers l’Espagne… En adaptant (librement et avec des personnages différents) Hasta la vista (2011) du cinéaste belge Geoffrey Enthoven, Maël Piriou donne un road-movie à la fois savoureux et tendre dans lequel trois personnages vont tisser des liens indéfectibles entre eux, tout en vivant des situations qui vont faire évoluer profondément leurs existences. D’ailleurs, Mélanie, qui entretient une correspondance par tchat avec un correspondant amoureux, va aller de surprise en surprise. Tout en abordant le thème de la sexualité chez les personnes en situation de handicap, le cinéaste raconte d’abord, avec humour et en dédramatisant un sujet sensible, une histoire légère, avec des protagonistes haut en couleurs, qui met en avant la liberté, l’amour et la découverte de soi. Mélanie veut vivre à toute force. Benjamin, lui, se contente de sa situation et n’a guère envie de bouger. Lucas se demande ce qu’il fait là avec deux hurluberlus. L’alchimie entre les trois comédiens finit par faire le reste. Julia Piaton (que l’on voit de plus en plus souvent au cinéma) est une Mélanie pugnace et fragile. Quentin Dolmaire (découvert, adolescent, dans Trois souvenirs de ma jeunesse de Desplechin) est un Benjamin taiseux mais qui cache son jeu. Et on retrouve, toujours avec le même plaisir, l’imposant Grégory Gadebois (Lucas) qui impose instantanément, une présence impressionnante.. Sans pathos et avec un trio lumineux, un voyage joyeux et émouvant. (Pathé)
LE COMTE DE MONTE CRISTO
Un matin de février 1815, le Pharaon, un beau trois-mâts, entre dans le port de Marseille. Parti pour un long voyage commercial, on croyait le bateau perdu au large des côtes de l’Inde. Son capitaine étant mort à bord, c’est le premier maître Edmond Dantès, qui avait pris, avec l’appui de l’équipage, le commandement du navire marchand. Au grand dam de Caderousse, le quartier maître. Ce refus avait provoqué pour l’ancien un sentiment de jalousie vis-à-vis de son jeune rival. Quelques jours auparavant, Dantès avait fait une halte sur l’île d’Elbe, où était retenu en exil l’Empereur Napoléon. Préparant son retour imminent des « Cent-Jours » au pouvoir, Napoléon lui avait remis un pli fermé destiné à un certain Noirtier. Grisé par un retour triomphal, promu nouveau capitaine par son armateur, Dantès est impatient de retrouver sa jolie fiancée catalane, Mercedès, qui lui est restée toujours fidèle durant sa longue absence, malgré les oppressantes assiduités de son cousin, le sous-lieutenant de cavalerie Fernand Mondego. Dans l’ombre, un complot se trame contre Dantès. Condamné à la prison à la vie au château d’If, Dantès y rencontre l’abbé Faria, son voisin de cellule. Qui lui révèle l’existence d’un fabuleux trésor sur l’ile de Montecristo. Dantès réussit à s’échapper. A présent inépuisablement riche, le futur Comte de Monte-Cristo va pouvoir consacrer sa vie à venger Edmond Dantès. Publié de 1844 à 1846, le roman d’Alexandre Dumas a connu de multiples adaptations au cinéma, la dernière, l’année passée, avec la version de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière et Pierre Niney dans le rôle-titre. En 1943, c’est Robert Vernay qui signait une version en noir et blanc avec Pierre-Richard Willms dans le rôle de Dantès. Le même cinéaste allait, en 1954, signer un remake en couleurs de sa propre œuvre divisée en deux époques respectivement baptisées La trahison et La vengeance. Cette fois, Vernay confiait le rôle à un Jean Marais incarnant parfaitement le personnage mythique, mi-aventurier mi-aristocrate, poignant prisonnier Dantès, puis romantique Monte-Cristo. Dans les années cinquante, Jean Marais, vu dès 1946 dans La belle et la bête de Cocteau, est au sommet de sa gloire et enchaîne les triomphes populaires. Ainsi le second Monte Cristo de Vernay réunira près de 8 millions de spectateurs dans les salles françaises. (Sidonis Calysta)
LETTRES SICILIENNES
Le cheveu rare et blanchi, Catello Palumbo sort de la prison de Cunéo dans le lointain Piémont. Celui que l’on surnommait « Le proviseur » parce qu’il dirigea autrefois un établissement scolaire, s’empresse de retourner dans sa Sicile natale même s’il a tout perdu là-bas. Il a des dettes partout, sa femme le méprise mais, en caressant toujours le rêve de construire un hôtel de luxe en bord de mer, il tente néanmoins de revenir dans une société qui ne veut plus de lui… C’est ce type, ancien élu local corrompu jusqu’à l’os et au bout du rouleau, que les services secrets italiens vont manipuler pour faire tomber Matteo, un parrain mafieux en cavale. Pour les services secrets, Catello est l’homme qu’il faut pour faire sortir de l’ombre celui qui fut son filleul. Pour l’atteindre, Catello n’a qu’un outil, les pizzini, ces minuscules bouts de papier que la mafia sicilienne utilise pour faire passer des messages secrets. Avec Iddu (titre original), les réalisateurs Fabio Grassadonia et Antonio Piazza ont construit une œuvre captivante qui permet, même si tout n’est pas toujours limpide, de se glisser dans les arcanes de la mafia en Sicile. Les cinéastes (remarqués en 2013 avec Salvo, sur l’étrange relation, à Palerme, entre un tueur à gages et sa captive aveugle) le font par le moyen d’une correspondance feutrée, ambiguë et périlleuse entre Catello et Matteo. A travers ces missives, ils s’observent, se jaugent, se manipulent, chacun tentant de gagner du terrain sur l’autre tandis que les autorités tentent de prendre le parrain (réfugié chez une veuve d’un mafieux assassiné et qu’il vengea) dans leurs filets. Inspiré par la vraie traque de Matteo Messina Denaro (1962-2023), l’un des derniers grands chefs de Cosa Nostra, Lettres siciliennes explore les liens complexes entre la mafia sicilienne, le pouvoir politique (les agissements des services secrets sont clairement douteux) et la société italienne, montrant aussi comment la mafia maintient un « équilibre précaire » dans l’ombre de l’État italien. Dans ce portrait d’une Sicile à la fois réelle et mythologique, Grassadonia et Piazza proposent une vision onirique, complexe et grinçante de la mafia à laquelle Elio Germano en inquiétant mafieux toujours dans l’ombre et Toni Servillo, habitué des films de Sorrentino, en Catello paumé et pathétique apportent une présence forte. Une variation italienne sur la morale et le pouvoir. (Blaq Out)
ON NE MEURT QUE DEUX FOIS
Paris, une nuit d’hiver. Une voiture se gare dans un terrain vague désert. Une femme en bas résille et talons aiguilles descend côté passager. Un homme chaussé de derby sort, côté conducteur. Il ouvre le coffre. Un homme ensanglanté agonise. Le lendemain, Charly Berliner, musicien et concertiste, est retrouvé mort par la maréchaussée. Flic aux méthodes peu orthodoxes, l’inspecteur Staniland est chargé d’enquêter sur la mort de cet homme. Au cours de l’enquête, il découvre une histoire d’amour passionnée et tumultueuse entre Berliner et une femme nommée Barbara, ainsi que des éléments de jalousie et de violence liés à la victime. Il y a du beau monde au casting de cette adaptation d’Il est mort les yeux ouverts, le roman du Britannique Robin Cook paru en 1984 et publié en français chez Gallimard. Jacques Deray, bien sûr, à la réalisation, qui tourne en 1985 ce policier tortueux entre deux polars avec Belmondo (Le marginal en 1983 et Le solitaire en 1987), Jean Penzer à la photographie (couronnée d’un César en 1986), Claude Bolling à la musique et Michel Audiard qui, en (co)signant le scénario et l’adaptation, livre, pour l’avant-dernière fois (sa dernière, ce sera La cage aux folles 3) ses fameux dialogues. Audiard disparaît en juillet 1985 et le film sort en octobre 1985. Enfin il y a un bien beau casting avec Charlotte Rampling, Xavier Deluc, Gérard Darmon, Jean-Pierre Bacri, Elisabeth Depardieu, Jean-Pierre Darroussin, Jean-Paul Roussillon et, last but not least, Michel Serrault qui se régale de son Staniland déstabilisé puis charmé par une femme fatale aux mœurs très libres pour laquelle Charlotte Rampling distille un trouble vénéneux et bienvenu. Même si Deray n’est pas, ici, au niveau de La piscine (1969) ou Flic story (1975), il donne cependant un polar très eighties (le film sort justement dans la collection Nos années 80) qui s’intéresse moins à l’enquête policière classique qu’aux relations complexes et érotiques entre Barbara Spark et Robert Staniland. Et les deux comédiens tirent joliment leur épingle de ce jeu sensuel. (Studiocanal)
THE AMATEUR
Brillant cryptographe mais individu très introverti, Charlie Heller travaille pour les services secrets américains. Sa vie bascule lorsqu’il apprend que sa femme Sarah, partie à Londres en voyage d’affaires, a été tuée lors d’une attaque terroriste. Insatisfait de l’inaction de ses supérieurs à la CIA, il décide de prendre les choses en main pour se venger. Utilisant ses compétences en technologie, il traque les responsables de l’attaque à travers le monde, notamment en Angleterre, en France, en Turquie, en Roumanie et en Russie. Du côté de la CIA, on va tout faire pour le retrouver et mettre fin à ses agissements. De son côté, Heller doit faire face à ses propres faiblesses et à ses remords, tout en étant hanté par le souvenir de sa femme. On avait remarqué, en 2023, la première apparition de James Hawes à la réalisation cinématographique avec Une vie dans lequel Anthony Hopkins incarnait Sir Nicholas Winton, un agent de change anglais parfois surnommé le Schindler britannique pour avoir sauvé 669 enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette fois, quittant le biopic, Hawes s’aventure, en adaptant le roman éponyme de Robert Littell, sur le double terrain du film d’espionnage et du film de vengeance. Ce faisant on songe autant à des aventures comme celles de Jack Ryan dans Jeux de guerre ou La somme de toutes les peurs qu’à la trilogie Taken dans laquelle Liam Neeson faisait le ménage sans états d’âme. Sauf que Charlie Heller n’est pas un superhéros mais plutôt un type timide et bien vulnérable. D’ailleurs, dans un camp d’entraînement où il excelle dans la fabrication de bombes, il est considéré, par ses supérieurs, comme « incapable de tuer »… Pourtant Heller va s’accrocher à sa quête de vengeance. Malgré sa mise en scène très classique, The Amateur se regarde sans déplaisir. D’autant que Rami Malek, couronné d’un Oscar du meilleur acteur pour son incarnation de Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody (2018), campe un Charlie Heller crédible. (Fox)
CONJURING : LES DOSSIERS WARREN
Ed et Lorraine Warren sont un couple de parapsychologues réputés dans le monde entier. Ces spécialistes des enquêtes sur les phénomènes paranormaux vont intervenir, au début des années 1970, auprès de la famille Perron, qui a emménagé dans une vieille ferme isolée à Harrisville, en Nouvelle-Angleterre. Rapidement, des événements étranges et inquiétants se produisent dans la maison : bruits inexpliqués, apparitions, comportements bizarres des enfants, lévitations d’objets, et manifestations de plus en plus violentes et oppressantes. Les Warren découvrent que la maison est hantée par une entité maléfique liée à Bathsheba Sherman, une femme du XIXe siècle soupçonnée de sorcellerie, qui aurait maudit la demeure. La présence de cette entité devient de plus en plus dangereuse, menant à des attaques physiques et sexuelles contre la famille, notamment sur Carolyn Perron, la mère. Les Warren tentent alors de la libérer de cette influence maléfique par un exorcisme, se confrontant à un esprit démoniaque particulièrement malfaisant. Inspiré d’une affaire réelle, le film réalisé en 2013 par James Wan (et qui sort dans une version blu-ray 4K Ultra HD) suit le couple de « chasseurs de démons » dans l’exercice difficile de leurs enquêtes paranomales. Une lutte entre le bien et le mal qui souligne également la complexité de distinguer la réalité de la légende, notamment celle de la figure de Bathsheba Sherman, dont la légende populaire est largement embellie par rapport aux faits historiques. Contraints d’affronter une créature démoniaque d’une force redoutable, le couple Warren (incarné par Vera Farmiga et Patrick Wilson) se retrouve face à l’affaire la plus terrifiante de leur carrière… (Warner)
LES REGLES DE L’ART
Yonathan Cobb est un expert en montres de luxe. Alors qu’il mène une vie très tranquille et monotone, il fait la connaissance d’Éric Moreno, un escroc spécialisé dans le recel d’objets volés. Fasciné et intrigué, Yonathan entre peu à peu dans ce monde dont il ignore tout. Par ailleurs, Éric fait appel à Jo, un expert du cambriolage. Ce dernier va alors dérober pour lui cinq tableaux considérés comme des chefs-d’œuvre de la peinture au musée d’Art moderne de Paris. Estimé à 100 millions d’euros, ce casse devient vite très médiatisé. Autant dire que Yonathan, Eric et Jo vont être embarqués dans une spirale infernale. Dans la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 mai 2010, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, eut lieu l’un des plus importants vols d’oeuvres d’art du XXIe siècle. Le cambrioleur est entré par une fenêtre donnant sur la Seine après avoir simplement cassé un carreau. Le butin, estimé à environ 100 millions d’euros à l’époque, comprend notamment des œuvres de Pablo Picasso, Henri Matisse, Amedeo Modigliani, Georges Braque et Fernand Léger. L’enquête a mis en lumière des défaillances du système de sécurité (alarme et vidéosurveillance). Surnommé « l’homme-araignée », le cambrioleur, Vjéran Tomic, sera interpellé environ un an plus tard. Pour l’heure, les cinq toiles restaient introuvables… Les règles de l’art s’inspire de cette histoire vraie qui raconte le plus grand casse jamais perpétré dans un musée français. Le réalisateur Dominique Baumard s’attache au personnage de Jo, expert en cambriolage avant d’explorer le recel et la vente des œuvres par Cobb et Moreno. Avec une mise en scène soignée, le film mêle humour et gravité pour offrir une vision désenchantée mais lucide de ce casse historique, tout en soulignant la fragilité du patrimoine artistique face à la cupidité et à la criminalité. Melvil Poupaud incarne l’horloger Yonathan Cobb, le chanteur Sofiane Zermani, vu dans le récent Le roi Soleil, joue le receleur Éric Moreno et Steve Tientcheu (Les misérables de Ladj Ly) est Jo, le cambrioleur… (Le Pacte)
SOUDAN, SOUVIENS-TOI
En 2018, la journaliste et documentariste Hind Meddeb rencontre de jeunes exilés soudanais ayant fui la répression et qui sont entassés dans des tentes aux abords de la place Stalingrad, à Paris. Forte de ses cultures mêlées – française, tunisienne et marocaine –, la réalisatrice y tisse des amitiés. Elle raconte ainsi que ces jeunes Soudanais l’ont priée d’aller voir ce qu’il en était dans leur pays. Neuvième documentaire d’Hind Meddeb, Soudan, souviens-toi suit le soulèvement de la jeunesse contre le régime d’Omar el-Béchir, de la révolution pacifique en 2019 au début de la guerre civile en 2023, en mettant en lumière la lutte d’un peuple à travers la poésie, la mémoire et la résistance. Le film suit le parcours de jeunes Soudanais, poètes, artistes et activistes, qui, par leurs mots, chants et créations, défient la répression et portent l’espoir d’un avenir démocratique. Le film retrace ainsi la chute du régime d’Omar el-Béchir en 2019, suite à un soulèvement populaire massif, la période du sit-in de Khartoum, symbole d’une utopie démocratique, où la jeunesse exprimait ses rêves et ses revendications par la parole, la poésie, et l’art mais aussi la brutalité de la répression lors du massacre du 3 juin 2019, la reprise du pouvoir par la junte militaire en 2021, confisquant la révolution, enfin la guerre ouverte en 2023, plongeant le pays dans le chaos et l’exil. La poésie est omniprésente dans ce film, malgré ou justement à cause de la dictature islamo-militaire qui prive la population de tout lien avec l’extérieur. Soudan… insiste sur la place centrale de la parole, de la poésie et de la mémoire comme formes de résistance face à une dictature et à l’oubli. Hind Meddeb filme aussi la résilience des femmes, héritières des reines Kandaka, et l’importance de la culture orale dans un pays où l’image a été censurée. Une œuvre forte sur une révolution confisquée, mais jamais éteinte, portée par la jeunesse, les femmes et la parole, et agit comme une œuvre de mémoire et de résistance contre l’oubli. (Blaq Out)
LE DERNIER SOUFFLE
Le docteur Augustin Masset est chef d’un service de soins palliatifs à l’hôpital. Un jour, il croise Fabrice Toussaint, un écrivain-philosophe réputé, confronté à un sombre pronostic médical, qui vient de passer une IRM. Dans un dialogue amical et passionné, les deux hommes vont engager une réflexion philosophique sur la fin de vie. Le médecin montre la diversité de réactions et d’attitude de ses patients, et l’écrivain observe les situations qui font écho à son propre destin, affrontant ainsi ses peurs et ses angoisses. On avait laissé Costa-Gavras en 2019 avec Adults in the Room, une adaptation du livre Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe de l’ancien ministre grec Yánis Varoufákis dont l’intrigue prenait place en 2015 pendant la crise de la dette grecque. On retrouve le cinéaste franco-grec, aujourd’hui âgé de 92 ans, dans une œuvre de fiction qui se penche sur la thématique de la fin de vie, en mettant en lumière les enjeux humains, philosophiques et sociaux liés à la mort. En effet, le médecin et l’écrivain (remarquablement interprétés par Kad Merad et Denis Podalydès) se confrontent pour l’un à la fin de vie de ses patients et pour l’autre à sa propre fatalité. Emportés par un tourbillon de visites et de rencontres, tous deux démarrent un voyage sensible entre rires et larmes : une aventure humaine au cœur de notre vie à tous. Le prolifique réalisateur de Z, L’aveu, Etat de siège, Section spéciale, Missing ou Amen. explore la réflexion des deux hommes sur la manière d’accompagner la fin de vie de façon humaine et digne, en questionnant la réalité des soins palliatifs et leur rôle dans le respect de la personne en fin de vie, la difficulté pour les proches d’accepter la volonté du mourant mais aussi la philosophie de la mort, avec des réflexions sur ce qui se passe après la mort, la nécessité de vivre sa propre fin comme on vit chaque jour, enfin la nécessité d’accepter cette étape inévitable. « Personne ne veut croire à sa propre mort et personne ne veut l’étudier » dit un personnage. A travers des récits, des témoignages et des scènes de la vie quotidienne dans une unité de soins palliatifs, le film mêle tragicomédie pédagogique et conte moral sur un sujet éminemment délicat traité de manière fine et respectueuse. (Blaq Out)
DE MAUVAISE FOI
Notaire dijonnais un peu roublard, Réginald Le Vaillant comprend que sa fille Athenais est bien décidée à épouser Elliott Moulard, un jeune loup prétentieux, non croyant et très gauche caviar. Réginald et son épouse Blandine sont coincés car, outre l’amour de leur fille, le gendre idéal prend en charge financièrement la restauration de leur château familial. En traitant la succession d’une comtesse mourante à Arthur, un jeune artiste bohème, lui vient une idée, en l’occurrence, brancher le garçon en question avec sa fille. L’héritage lui permettait d’ailleurs également de faire rénover leur château, en mauvais état. Mais la comtesse a mis une condition à son héritage : qu’Arthur prouve qu’il est un bon catholique… L’affaire étant loin d’être gagnée, Réginald choisit de s’en remettre à la Sainte Vierge : quoi de mieux qu’un pèlerinage à Lourdes pour tout arranger ? Albéric Saint-Martin adapte le roman Les pieuses combines de Réginald de Thomas Hervouët pour mettre en scène une comédie satirique qui mêle humour, traditions et enjeux familiaux autour d’un héritage rocambolesque. Au coeur de cette confrontation entre modernité et traditions, le personnage du notaire joyeusement (ou odieusement) roublard donne du piment au propos. Car il est bien, ici, question de la foi, de la transmission, des valeurs sociales, et surtout des petits arrangements avec la morale. Le tout, comédie oblige, sur fond de situations absurdes, de quiproquos et de retournements de situation. On songe tout à la fois à Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, à La vie est un long fleuve tranquille ou même à la trilogie La vérité si je mens, dans la mesure où ces films exploraient un milieu sociologique précis. Et donc, avec De mauvaise foi, le milieu des catholiques de tradition. En notaire, Pascal Demolon, vu dans Elle l’adore (2014) ou Le rire de ma mère (2017), s’en donne à cœur joie. (Saje Distribution)
SCHIRKOA – LA CITÉ DES FABLES
Un employé de bureau qui s’ennuie dans sa vie, déclenche accidentellement une révolution dans un monde dystopique. Schirkoa est une cité-Etat où tous les habitants portent un sac en papier sur la tête afin d’éviter les conflits et d’effacer leurs différences politiques, culturelles et religieuses. Dans ce monde ultra divisé, un homme portant une cravate rouge fréquente une femme du Blue District, qu’il rejoint dans une chambre située au-dessus d’un cabaret. La ville est en guerre contre des anomalies, et les autorités contrôlent la population, qui semble conformiste et sous surveillance constante. Film d’animation franco-indien réalisé par Ishan Shukla qui se sert, ici, du moteur de jeu Unreal pour la motion capture, Schirkoa mêle la science-fiction, le fantastique et l’anticipation et se distingue par son univers hybride, mêlant techniques d’animation 2D et 3D. L’intrigue développe une réflexion sur la société, la diversité, la liberté et l’émancipation, à travers la rencontre inattendue entre le héros et une jeune femme tatouée, qui ose enlever son sac pour fumer dans une ruelle. Ces personnages entament une discussion sur Konthaqa, une mythique cité des réfugiés où les gens ne portent pas de sacs, symbolisant peut-être une société idéale ou une utopie. Avec les voix d’Asia Argento, Golshifteh Farahani, Soko ou Gaspar Noé, le film se présente comme une œuvre singulière et artistiquement ambitieuse mais qui souffre quand même d’une mise en œuvre, parfois chaotique, des images de synthèse et du graphisme. (Blaq Out)
ALTERLOVE
Paris, la nuit. Dans un bar, Jade se fait baratiner par un bellâtre terriblement vantard. Qui va disparaître de la circulation dès que la jeune femme se met, elle aussi, à baratiner. Un peu plus tard, de manière inattendue, la jeune femme désabusée rencontre Léo, un jeune homme charismatique. Ils se lancent dans un rendez-vous spontané et non conventionnel, rempli de légèreté, de thérapie destructrice et de conversations sans fin. En explorant la ville ensemble, en passant de bar en cabaret, ils découvrent un lien qui transcende les normes et les attentes sociales, remettant en question le sens de l’amour et des relations dans le monde moderne. Second long-métrage de Jonathan Taïeb (dix ans après le thriller moscovite Stand), cette déambulation poético-parisienne apparaît avant tout comme un exercice de cinéma en forme d’exploration d’une vision moderne de l’amour remettant en cause les conventions romantiques traditionnelles. Tourné en dix nuits et avec un modique budget de 300 000 euros, Alterlove est évidemment atypique dans le paysage de la production cinématographique française courante et a reposé aussi sur le volontarisme et la bienveillance de toute l’équipe. Il est aussi atypique par sa facture comme par le ton et l’atmosphère qu’il dégage. Les deux comédiens (Kim Higelin et Victor Poirier) s’ingénient, avec force mots, à proposer une approche authentique et nuancée de l’amour contemporain, en phase avec les préoccupations actuelles telles que la quête de connexion réelle et la redéfinition des normes sentimentales. Enfin, on est ravi de retrouver, ici, dans une séquence à bord d’un taxi, Christophe Lambert en chauffeur meurtri et émouvant. (Blaq Out)
DE TEHERAN À KIEV, RÉSISTER, DISENT-ELLES 
LIRE LOLITA A TEHERAN
« Bienvenue en Iran ». La voix du commandant annonce que l’atterrissage à l’aéroport de Téhéran est proche. Après des années à l’étranger, Azar Nafisi et Bijan, son mari, sont heureux de rentrer au pays en cet été 1979. Bien sûr, le policier qui scrute longuement le passeport d’Azar est loin d’être commode. Mais que dire de l’attitude méprisante du douanier qui fouille ses valises. Le tenant du bout des doigts, il regarde, d’un air dégoûté, un tube de rouge à lèvres. Et c’est pire lorsqu’il empoigne les livres. Azar a beau dire qu’elle est docteure en littérature anglaise, qu’elle vient prendre un poste de professeure à l’université, les livres volent. « Attention ! » lance Mme Nafisi. Le type en vert-de-gris la foudroie du regard. Bienvenue en Iran. En adaptant le roman autobiographique et éponyme d’Azar Nafisi, le cinéaste israélien Eran Riklis invite à une plongée dans l’épopée intime d’une femme et d’une intellectuelle qui n’entend tout bonnement pas se faire dicter sa conduite dans un pays placé sous la coupe des pires intégristes. Mais, en 1980, la prof va rapidement déchanter, elle qui pensait pouvoir aider à la révolution qui avait détrôné le Shah. Mais, avec Khomeini, la république islamique et la charia, l’enthousiasme initial disparaît vite. A l’université, si les étudiantes sont très à l’écoute, les étudiants parlent d’auteurs « inappropriés » pour appeler la morale à la rescousse. Et estimer qu’il y a pas une seule femme vertueuse dans les pages proposées par la prof. La faute au Grand satan, probablement. Pourtant, Madame Nafisi refuse de voir se pétrifier l’espérance qu’elle porte, tant pour son pays aimé que pour la littérature qu’elle défend. Pourtant, il faudra en passer par bien des humiliations ! Le port du voile est rendu obligatoire. Les violences se multiplient. En 1995, Azar et son mari ont désormais deux enfants. Ils vivent toujours à Téhéran. Pour la prof, l’université, c’est du passé. Mais pas l’amour de la littérature. Alors Azar Nafisi reçoit, en secret, dans son appartement, une petite dizaine de femmes pour partager le plaisir des livres, résister par la beauté des mots, croire, dur comme fer, qu’il n’y a pas de crime de pensée mais aussi dire leurs angoisses, ce qui les ronge de l’intérieur ou encore formuler leurs désirs. Construit en chapitres (The Great Gatsby, Lolita, Daisy Miller et Orgueil et préjugés), Lire Lolita à Téhéran s’appuie, sans en respecter la structure, sur le récit autobiographique d’Azar Nafisi, paru il y a vingt ans mais toujours d’une effarante actualité. Forcément, à travers cette aventure de femmes courageuses, on songe au drame de Mahsa Amini… Cette ode à la liberté pointe bien, à travers la manière dont la littérature occidentale peut offrir une forme de résistance subtile mais significative, la terrible réalité de la condition de la femme, de la censure et de la répression politique, toujours l’oeuvre en Iran. Ce qui, enfin, emporte l’adhésion, c’est la magnifique troupe de comédiennes qui portent cette aventure, à commencer par la belle Golshifteh Farahani, omniprésente à l’écran, entourée de Zar Amir Ebrahimi, Raha Rahbari, Isabella Nefar, Bahar Beihaghi, Mina Kavani, Lara Wolf et Catayoune Ahmadi. (Metropolitan)
OXANA
A Paris, le 23 juillet 2018, au petit jour, une frêle jeune femme quitte son modeste appartement pour rejoindre un atelier d’artiste où elle peint de magnifiques icônes relevées d’une touche d’érotisme. Dans l’Ukraine du début des années 2000, Oxana Chatchko peint déjà des icônes qu’un pope lui achète à bas prix pour les revendre dans des mariages et des baptêmes. Mais Ksioucha n’en a cure. « Je veux être libre et choisir mon amour ! » Car, avec ses amies Lana et Anna, elle se révolte, au nom du féminisme et de la lutte des classes, contre une société complètement corrompue. « Moi, je changerai le monde ! » dit-elle. Bientôt le trio, rejoint par Inna, va imaginer les Femen. Couronnes de fleurs sur la tête et seins nus, elles interpellent un député qu’elle accuse de posséder la moitié des bordels du pays et de s’engraisser avec des sex-safaris… Désormais, les Femen scandent « Nos seins, nos armes » et précisent : « On ne se déshabille pas. On met nos uniformes ! » Si le mouvement connaît une influence grandissante, notamment à l’international, la répression se durcit contre ces féministes de combat. Le KGB les menace de mort et les maltraite très brutalement… Réfugiée politique, artiste, activiste, « sextremiste », Oxana n’entend pas cesser de se battre. Jusqu’à risquer sa vie. C’est sur des images de feu et de fête que s’ouvre et s’achève Oxana, le second long-métrage de Charlène Favier. Des images de la Nuit de Kupala, une célébration traditionnelle slave qui se déroule autour du solstice d’été et s’ancre dans des thèmes de fertilité, de purification, de connexion avec la nature et plus globalement de l’amour et de la continuité des traditions culturelles. La cinéaste s’attache, ici, librement, au parcours d’Oksana Chatchko, une artiste convaincue que le véritable art était la révolution. Elle invente ainsi, en détournant l’imagerie orthodoxe, une grammaire esthétique de l’activisme avec la femme aux seins nus, le poing levé, le visage en colère. A cause de l’énergie rebelle de son héroïne à la fois mystique et activiste, Oxana est un film qui captive. En filmant au plus près le fin visage et la beauté singulière d’Albina Korzh, une jeune actrice ukrainienne découverte lors d’un casting, la cinéaste capte à la fois un parcours intime et intérieur et une révolte, au nom des femmes, contre la précarité, l’exil, le consumérisme, la superficialité, la corruption, la prostitution… Fragile, probablement épuisée par ses combats, Oksana Chatchko, née en 1987 à Khmelnytskyï en Ukraine mit fin à ses jours le 23 juillet 2018 à Montrouge. La fondatrice des Femen a laissé un ultime message sur Instagram : « You are fake ». Charlène Favier qui met en scène ces paroles dans Oxana, dit que c’est « un message adressé au monde qui ne réagit pas face aux dictateurs qui bafouent les droits humains mais aussi à tous ceux qui se mettent en avant au détriment du combat collectif. » (Diaphana)
RIVIERE DE NUIT
Jeune femme indépendante et moderne, Kiwa Funaki travaille dans la teinturerie familiale de Kyoto. Elle y conçoit des accessoires de mode et des tissus pour kimono qu’elle commercialise elle-même jusqu’à Tokyo. À bientôt trente ans, son entourage rêve de la voir se marier mais Kiwa trouve son épanouissement dans son art.. Alors qu’elle repousse à la fois l’admiration du jeune peintre Gora Okamoto et les avances intrusives de son partenaire commercial Omiya, elle finit par tomber amoureuse de M. Takemura, rencontré lors d’une visite à Nara, un scientifique qui mène des recherches sur la mouche Shojobae à l’université d’Osaka. Ce client singulier et érudit, au demeurant marié et père de famille, trouble la jeune femme… Après avoir entamé une liaison avec lui, Kiwa apprend que la femme de Takemura est atteinte de tuberculose en phase terminale. Lorsque celle-ci meurt, Takemura lui propose de l’épouser, mais Kiwa, lui reprochant son égoïsme, choisit son indépendance plutôt que la perspective de devenir sa femme. Tourné en 1956, Rivière de nuit est un mélodrame audacieux qui appartient à l’oeuvre imposante du cinéaste japonais Kôzaburô Yoshimura (1911-2000). La carrière de ce réalisateur qui débuta comme assistant du grand Yasujiro Ozu, s’étend en effet sur cinq décennies, des années 30 aux années 70 avec un pic de production dans les années 50. Yoshimura est connu aussi pour ses qualités de directeur d’acteurs, révélant des comédiennes comme Setsuko Hara (vue chez Ozu), Machiko Kyo (vue chez Mizoguchi), Ayako Wakao (vue chez Ozu et Mizoguchi) et bien entendu Fujiko Yamamoto, l’interprète de la sensible Kiwa qui se distingue par son esprit moderne et sa détermination à suivre sa passion, en opposition avec les attentes traditionnelles de la société japonaise de l’époque, notamment le mariage. La relation amoureuse qu’elle noue avec Takemura, homme marié, point central du récit, illustre la tension entre tradition et modernité, pragmatisme et romantisme. Présenté pour la première fois en France et disponible pour la première fois en Blu-ray, le film est remarquable par sa splendeur esthétique, ses couleurs somptueuses (mises en valeur par une restauration 4K réalisée en 2022) et sa mise en scène sobre mais précise. Rivière de nuit explore de manière saisissante le choc de l’après-guerre, entre tradition et modernité. Pour son premier long-métrage en couleurs, filmé par le célèbre directeur de la photographie Kazuo Miyagawa (Rashômon), Kozaburo Yoshimura exploite tout le potentiel de ce nouveau support, usant d’un jeu de correspondances et de symboliques particulièrement innovant. Le film se distingue par sa capacité à dépeindre une femme forte et avant-gardiste, tout en explorant la condition féminine dans le Japon des années 1950. La mode, notamment les tissus et motifs de kimono, joue un rôle symbolique important, reflétant à la fois l’identité culturelle et le changement social. Dans les suppléments, on trouve Femmes en couleurs (16 mn), un entretien inédit avec Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, qui note : « Le directeur de la photographie Kazuo Miyagawa était un des grands inventeurs du cinéma japonais. Rivière de nuit permet de comprendre son travail. Avec ce film, il fait des miracles, il ose des choses. » (Carlotta)
DEUX SOEURS
C’est un quartier paisible d’une proprette banlieue anglaise. Dans l’une des maisons blanches bien alignées, une femme se réveille d’un cauchemar. Par la fenêtre, elle observe le manège de quelques pigeons avant d’aller se faire un café. Puis elle nettoie son canapé en cuir tandis que passe son fils Moses. Ce grand gaillard mutique et obèse s’apprête à sortir. « Tu vas te faire arrêter pour vagabondage ! » et sa mère de s’emporter : « C’est quoi, tes ambitions ! » Curtley, le mari de Pansy, n’est pas mieux loti. Pourquoi donc va-t-il bricoler dans son gourbi minable au milieu des déjections d’écureuils et des fientes de pigeons… Pansy en a contre le monde entier. Les bénévoles au sourire béat qui vous arnaquent, les voisins avec leur chien ou leur bébé obèse. Dans son salon de coiffure, Chantelle, la jeune sœur de Pansy, écoute avec bienveillance les clientes qui se confient volontiers. Elle est aussi la confidente complice de ses deux grandes filles Kayla et Aleisha, toutes deux bien impliquées dans la vie sociale et professionnelle. D’ailleurs Pansy qu’elle tente de coiffer, lui dit bien : « Tu prends tout à la rigolade ! » Il est vrai que Pansy, elle, ne rigole pas du tout. Deux sœurs est le quatorzième long-métrage du vétéran britannique Mike Leigh (82 ans) qui invite, ici, à un portrait quasiment entomologique d’une femme de la bonne cinquantaine extrêmement mal dans sa peau. A qui veut l’entendre (ou pas), Pansy le dit : « Je suis malade », « Je suis si fatiguée », « J’ai si peur », « Tout le monde me hait ». De fait, Pansy n’est pas aimable. Mais c’est une personne souffrante que Leigh observe au plus près, au point de même mettre le spectateur mal à l’aise. Est-ce pour cela que plusieurs festivals ont refusé le film d’un cinéaste pourtant souvent primé ? Avec Mike Leigh, l’existence est comique et tragique à la fois : « Le film est une comédie au sens où Tchékhov en écrivait. Les gens continuent de se demander si La Cerisaie est une comédie ou une tragédie. En réalité, c’est l’un et l’autre. D’ailleurs je n’ai jamais réalisé un film qui ne soit pas comique en un certain sens, et pourtant tous mes films traitent de la difficulté de vivre. » Marianne Jean-Baptiste, déjà présente dans Secrets et mensonges du même Leigh, incarne à la perfection cette Pansy au bout du rouleau. En contre-point, Michele Austin est une Chantelle pétillante. Et il restera in fine au spectateur à imaginer la résolution de cette aventure humaine et intime… Crispant et touchant. (Diaphana)
KES
Gamin de quinze ans, Billy Casper habite à Barnsley, ville minière du Yorkshire dans le nord de l’Angleterre, où la vie ne lui réserve pas de grands espoirs. Sa mère ne s’occupe guère de lui et son frère aîné Jud, en a fait son souffre-douleur. Quelques petits travaux avant l’heure d’ouverture de l’école et de menus larcins lui procurent un peu d’argent de poche. À l’école, Billy est distrait et indiscipliné, entouré de camarades et de professeurs plus hostiles qu’amicaux. Un jour, Billy déniche un jeune faucon crécerelle. Il vole alors dans une librairie un traité de fauconnerie et entreprend de dresser l’oiseau. Il se donne tout entier à cette tâche et lorsqu’un professeur, plus attentif que ses collègues, lui demande d’exposer à la classe l’art de dresser un faucon, Billy réussit à intéresser tous ses camarades. Son frère Jud demande à sa mère de miser sur les chevaux en son nom. Comme elle n’a pas assez de temps à cause de son travail, elle demande à Billy de le faire. Au bar, ce dernier se voit dire que les chevaux sélectionnés par Jud n’ont aucune chance de gagner, alors Billy préfère s’acheter des frites et du poisson ainsi que de la viande pour le faucon. Mais les chevaux finissent par gagner. Jud est furieux de l’apprendre et décide de se venger en tuant le faucon de son frère… En 1969, Ken Loach tourne Kes et marque d’emblée les esprits avec ce second long-métrage qui vient, deux ans après Pas de larmes pour Joy, s’inscrire comme un fleuron du cinéma social britannique. Avec son gamin solitaire et mal dans sa peau, le futur titulaire de deux Palmes d’or cannoises, dépeint avec authenticité la dureté de la vie ouvrière, la brutalité du système scolaire et la difficulté pour un enfant de trouver sa place dans une société oppressante. Avec Kes, titre qui fait référence au faucon crécerelle (en anglais Kestrel) élevé par Billy, Loach capte avec réalisme, simplicité et justesse, la détresse sociale et psychologique d’un gamin qui va trouver avec son oiseau, le symbole de sa quête de liberté et d’émancipation face à un environnement hostile. Comme il le prouvera à maintes reprises, le cinéaste anglais se repose sur une mise en scène aussi sobre que puissante, dépourvue de tout sentimentalisme, pour soutenir son propos. Selon la liste établie en 2005 par le British Film Institute, Kes figure en troisième position parmi les 50 films à voir avant d’avoir 14 ans ! Un grand film bouleversant sur l’enfance ! (Potemkine)
LE MELANGE DES GENRES
Mené par la coriace Marianne, le collectif féministe Les hardies, installé à Dijon, est toujours en quête d’actions spectaculaires. A cause d’un fait-divers dramatique qui a vu une femme battue abattre son mari violent d’un coup de fusil, une policière va s’infiltrer dans ce groupe qu’elle suspecte de complicité de meurtre. Flic aux idées conservatrices, Simone, au contact de ces femmes, s’ouvre progressivement à leurs idées. Aperçue sortant du commissariat et mise en cause par ses « amies », Simone se sert du premier venu pour se couvrir en l’accusant, ni plus ni moins, de viol. Cette victime, ce sera Paul, un homme doux, inoffensif et respectueux des femmes qui vit dans l’ombre de sa moitié, faisant de lui, malgré elle, un coupable innocent. Catastrophée de ce qu’elle a fait, Simone va tenter de réparer sa faute… Comment Paul va-t-il réagir ? Que croyez-vous qu’il puisse arriver quand des féministes pures et dures vont être amenées à se confronter à des masculinistes bas du front ? C’est ce que Le mélange des genres s’applique à évoquer sur le ton de la comédie. Michel Leclerc avoue qu’il ne sait faire que de la comédie. Noble tâche, de fait, car on sait qu’il est bien plus difficile de faire rire que de faire pleurer. On sait d’ailleurs gré à Michel Leclerc de nous avoir beaucoup faire rire avec Le nom des gens (2010), épatant portrait d’une passionaria des temps modernes et activiste aussi cool que de gauche. Le cinéaste, « vieillissant, mâle, hétéro et blanc » (sic) note que son travail, dans tous ses films, a consisté à lutter contre l’assignation identitaire : « Or, il m’arrive ces derniers temps d’avoir l’impression d’être assigné à mon identité, c’est-à-dire qu’on ne me définisse pas par ce que je pense ou dit mais par ce que j’ai l’air d’être, et d’incarner le patriarcat à l’insu de mon plein gré. » Foutraque et joyeux, le film n’occulte pourtant pas la gravité des sujets abordés comme la violence faite aux femmes ou le maricide. Ce que l’on retient surtout, c’est que Leclerc (et sa co-scénariste et compagne Baya Kasmi) ont réussi, au-delà de séquences burlesques, à dessiner deux beaux portraits de personnages qui portent ce film sur l’importance de la parole libérée. Les auteurs font dire à Simone qu’il n’est «pas non plus facile d’être une femme aujourd’hui, et qu’il va falloir apprendre aux femmes à aimer les doux » lorsque Paul lui avoue qu’il « n’est pas facile d’être un homme aujourd’hui quand on n’a plus comme but d’être un mâle dominant». Si le film connaît parfois des chutes de rythme, on apprécie beaucoup la prestation de Léa Drucker (Simone), Judith Chemla, marrante en cheffe des Hardies, Mehla Bedia en jeune femme fragile qui veut tout faire bien et le fait mal et évidemment Benjamin Lavernhe, déjà excellent dans En fanfare, qui campe, ici, un Paul déconfit, désolé, déconstruit ! (Le Pacte)
THE HIT
Willie Parker, un truand anglais, dénonce ses complices en échange de sa liberté. Il s’installe en Espagne où il vit incognito. Dix ans plus tard, ses ex-complices sortent de prison. Ils engagent deux « professionnels », Braddock, le vétéran, et Myron, dont c’est la première mission, pour faire un mauvais sort à Parker. Ils l’enlèvent et traversent le pays en direction de Paris, poursuivis par la police. Parker, qui s’est préparé depuis dix ans à ce dénouement, reste d’un calme olympien et s’amuse à pousser ses ravisseurs à l’erreur. Lorsqu’en 1984, Stephen Frears tourne The Hit, il est encore au début de sa carrière même s’il a déjà signé trois films restés plutôt confidentiels. Le succès viendra en 1985 avec The Beautiful Laundrette, histoire d’amour entre un jeune paumé et un Pakistanais. Le film qui rend compte de la rudesse sociale dans l’Angleterre de l’ère Thatcher, le rend célèbre sur le plan international. Même s’il n’a pas été véritablement remarqué à sa sortie, The Hit est pourtant un thriller atypique et profondément réfléchi. De fait, on pourrait même parler de polar philosophique sur le face-à-face entre l’être humain et la mort. En se reposant sur la forme du film noir et du road movie et en racontant un kidnapping, le scénario de Peter Prince pose des questions existentielles. Peut-on vraiment se préparer à mourir ? Comment vivre ses derniers instants ? Ce n’est évidemment pas par hasard que The Hit s’ouvre sur un plan montrant Parker près d’une tombe, indiquant d’entrée la réflexion sur la mortalité. En jouant sur les plans serrés sur les visages pour montrer la complexité émotionnelle des personnages et sur des plans larges pour indiquer la modestie de l’être humain face à la nature, Frears réussit son coup. D’un côté la fragilité des personnages, de l’autre la nature, éternelle et immuable. Le film bénéficie d’une belle bande son avec des musiques d’Eric Clapton, Roger Waters ou Paco de Lucia et évidemment d’une distribution remarquable avec un Terence Stamp en Parker hiératique tandis que John Hurt et Tim Roth, tous deux remarquables, incarnent Braddock et Myron. Et on n’oublie pas la solaire Laura del Sol qui débuta dans le Carmen de Carlos Saura. Une œuvre subtile, élégante et introspective. A (re)découvrir sans délai. (Metropolitan)
IL FERROVIERE
Le soir de Noël, le petit Sandro, gamin rondouillard, accourt fièrement retrouver son père, Andrea Marcocci, un conducteur de locomotive. Mais sur le chemin du retour, ce dernier s’arrête au café et s’y attarde alors que sa femme et ses enfants l’attendent à la maison. L’année qui suit voit la famille se désagréger. Conducteur de train chevronné, Andrea voit sa vie basculer lorsqu’un désespéré se jette sur les rails devant sa locomotive. Tandis que les voyageurs descendent et viennent voir, le cheminot entend son chef de train dire qu’il ne s’est rien passé. Bouleversé, il reprend le trajet mais ne voit pas le disque rouge indiquant l’arrêt immédiat plus loin sur la voie. Il évite, de justesse, la catastrophe. Un médecin lui recommande de cesser de boire. Marcocci est alors muté au transport des marchandises et voit ainsi son salaire diminuer. Distribué en français sous le titre Le disque rouge, Il ferroviere est une bouleversante chronique sociale, portrait d’une famille en détresse gravitant autour d’un père tutélaire et imparfait. Racontant son histoire du point de vue de son jeune héros, le cinéaste développe avec nostalgie le thème de l’enfance et imprime au film une sincérité forte et captivante, en interprétant lui-même le rôle central qu’il voulait à l’origine confier à Spencer Tracy. Il ferroviere est non seulement l’un des plus beaux films de Pietro Germi, c’est aussi l’égal des grands drames sociaux de Luchino Visconti ou des chefs-d’œuvre néoréalistes de Vittorio De Sica. Après avoir débuté comme acteur, Pietro Germi (1914-1974) passe à la réalisation en 1945 et va se concentrer sur des films dramatiques à forte teneur sociale et politique. Dans la seconde partie de sa carrière, il se fera remarquer avec des comédies de mœurs mariant satire et humour, à l’instar de Divorce à l’italienne (1961) avec Marcello Mastroianni et Stefania Sandrelli. Tourné en 1956, après deux années pendant lesquelles le cinéaste était resté sans travailler, Il ferroviere, souvent rattaché à l’esthétique et aux thématiques du célèbre néoréalisme italien, dépeint, autour de la figure d’un père souvent violent et buveur, la désintégration de la famille, le manque de communication, et les disparités sociales, tout en utilisant la symbolique du train, symbole fort de la vie et du destin. Avec ce train qui fonce en travelling avant, on songe parfois à Jean Gabin en cheminot, lui aussi, dans La bête humaine (1938) de Jean Renoir. Par ailleurs, le cinéaste, sympathisant du Parti social-démocrate italien, fut souvent étrillé par les critiques liés au Parti communiste. Mais, à l’heure d’Il ferroviere, un groupe d’intellectuels communistes écrivirent une lettre au secrétaire général du PCI de l’époque, Togliatti, dans laquelle ils lui demandaient de rencontrer Germi afin de ne pas s’aliéner un homme et les « mille comme lui » si importants pour le mouvement antifasciste : « Nous venons ces jours-ci de voir un très beau et émouvant film italien, certainement populaire, Le disque rouge, de Pietro Germi. C’est l’œuvre d’un social-démocrate militant, et pourtant c’est un film imprégné en profondeur d’un esprit socialiste sincère ». Dans les suppléments de ce film à découvrir pour la première fois en Blu-ray dans une très belle restauration 4K, Jean A. Gili, grand spécialiste du cinéma transalpin, présente ce Ferroviere qui était le film préféré de son auteur. (Carlotta)
TARDES DE SOLEDAD
À travers le portrait du jeune Andrés Roca Rey, star incontournable de la corrida contemporaine, Albert Serra dépeint la détermination et la solitude qui distinguent la vie d’un torero. Par cette expérience intime, le réalisateur de Pacifiction (2022) livre une exploration spirituelle de la tauromachie. Il en révèle autant la beauté éphémère et anachronique que la brutalité primitive. Quelle forme d’idéal peut amener un homme à poursuivre ce choc dangereux et inutile, plaçant cette lutte au-dessus de tout autre désir de possession ? Le nouveau film d’Albert Serra est une immersion hypnotique dans l’univers de la tauromachie, centrée sur le portrait du matador péruvien Andrés Roca Rey. Ce premier documentaire du réalisateur espagnol conserve la même approche formelle que ses œuvres de fiction, avec une mise en scène minimaliste et une attention particulière à la beauté, à la violence et à la solitude inhérentes à cette tradition séculaire. « Ce qui m’intéresse, dit le cinéaste, c’est ce qui est le plus invisible, ce que personne n’a vu ou entendu, ce que ne peut saisir que l’œil de la caméra, ou un micro sans fil qu’on oublie, au bout de quelques heures… tout simplement parce que c’est plus original, voire, par moments, totalement inédit. » Serra capte avec précision et intensité le déroulement d’une corrida, en privilégiant des plans serrés et un rythme lent qui créent une atmosphère d’hypnose. La caméra, omniprésente, offre une proximité saisissante avec le torero et les taureaux, tout en restant mystérieuse quant à la vie personnelle de Roca Rey. La mise en scène évite tout commentaire ou contextualisation, laissant place à une observation pure et à une expérience sensorielle où le beau côtoie le terrible. Le film explore la solitude du torero, isolé dans l’arène et dans sa vie quotidienne, ainsi que la brutalité de la corrida, sans en faire la critique ou la défense. Serra privilégie une approche esthétique et contemplative, soulignant la dimension ritualiste et la tension dramatique de chaque affrontement. La puissance du film réside dans sa capacité à cristalliser la fascination et la violence de cette pratique, tout en laissant le spectateur ressentir l’émotion brute de l’instant. Film véritablement extraordinaire et audacieux sur le monde de la tauromachie à travers le portrait d’un torero et sa quadrille, Tardes de soledad (Après-midis de solitude) est une œuvre d’art cinématographique qui transcende le simple documentaire pour devenir une méditation sur la tradition, la solitude et la mort. Même pour ceux qui réprouvent la corrida, le film est un voyage, une expérience cinématographique et une immersion envoûtante sur la ligne ténue qui sépare la vie de la mort. (Blaq Out)
NATACHA (PRESQUE) HOTESSE DE L’AIR
Ah, elle en rêve d’être hôtesse de l’air, la blonde Natacha ! Depuis sa plus tendre enfance, elle voulait, comme le chantait Dutronc, voir le bas d’en haut. Mais, au début des années soixante, les femmes sont à la cuisine et les hommes dans le salon à siroter une Suze. Quid alors des désirs de voyage et d’aventures d’une gamine… trop grande de deux centimètres pour les standards de l’hôtesse de l’air. Par un concours de circonstances, elle va se retrouver sur le tarmac d’un aéroport, prête enfin à embarquer. Dans l’avion, doit aussi monter une hôte de marque, en la personne de la célébrissime Joconde ! André Molat, ministre de la Culture et homme politique prêt à tout pour se faire mousser, est aussi de la partie. Las, des malfrats dérobent la caisse contenant le portrait de Mona Lisa. Le sang de Natacha ne fait qu’un tour. Suivie par Walter, un steward bien couard, Natacha se lance dans une sacrée poursuite… C’est aux accents de Fly me to the Moon que s’ouvre le sixième long-métrage de Noémie Saglio qui s’empare donc d’une star de la bande dessinée des seventies, née dans l’esprit des Belges Gos et Walthery dont elle fait une héroïne féministe de ce temps, en la débarrassant de son image de fille agréablement sexy. « Pour moi, dit la cinéaste, il était hors de question de proposer une figure féminine qui ne soit pas intelligente et intrépide. C’est donc Natacha qui me lie à la BD et la principale source d’inspiration du film, parce qu’elle n’a peur de rien dans un monde d’hommes. Sans pour autant être donneuse de leçons. Si Natacha peut parler à toutes les générations, c’est parce qu’elle incarne ce qu’est d’avoir un rêve, mais aussi l’impression d’évoluer dans un monde où il semble impossible de le réaliser. » Pur divertissement en forme de simple petite bulle de savon, le film qui se promène de la plage d’Omaha Beach à une splendide villa italienne en passant par Saint-Paul de Vence, vaut pour sa dimension joyeusement et résolument féministe (Natacha mène totalement le bal et révèle même sa propre bobonne de mère à sa féminitude) mais aussi pour des trouvailles comme la voix off (celle de Fabrice Luchini) qui commente les faits et gestes de Natacha, les délires complotistes d’un pur maboul qui annonce la pilule contraceptive, le covid et la voiture électrique), enfin la naissance cinématographique d’un certain Jacques Chirac ! Quant au casting, il tient la route avec Camille Lou (Natacha) Vincent Dedienne (Walter), Didier Bourdon (Molat), Elsa Zylberstein (Colette) et Isabelle Adjani, délirante en descendante de Mona Lisa. Vous savez quoi ? Natacha finira bien par voler. (Pathé)
WHEN THE LIGHT BREAKS
Le jour se lève sur une longue journée d’été en Islande. Jeune étudiante en art, Una doit faire face à la mort soudaine de Diddi, avec qui elle menait une liaison cachée, et au retour de Klara, la compagne officielle de Diddi. D’un coucher de soleil à l’autre, Una va rencontrer l’amour, l’amitié, le chagrin et la beauté… Même si, par exemple, le travail d’un réalisateur comme Baltasar Kormakur est connu à l’international grâce à des films comme 101 Reykjavík (2000), notamment à cause de la participation de Victoria Abril, il n’en demeure pas moins que le cinéma islandais n’a pas une exposition majeure hors du pays d’autant que sa production relève plus de l’artisanat que de l’industrie. On prête donc d’autant plus d’attention quand un film comme When the Light… est retenu pour faire l’ouverture, à Cannes 2024, de la section Un certain regard. Né à Reykjavik, diplômé de l’Ecole nationale du cinéma du Danemark, Runar Runarsson s’est fait remarquer en étant nominé, pour The Last Farm, pour l’Oscar 2005 du meilleur court-métrage en prises de vues réelles ainsi que, en 2008, pour la Palme d’or du court-métrage à Cannes, cette fois pour Two Birds. Ici, le cinéaste de 48 ans distille, sans beaucoup de mots, des images pour raconter le drame de deux êtes frappés par le deuil. Son film s’ouvre au bord de la mer alors que le soleil se couche à l’horizon. On découvre Una, cheveux rasés, façon garçon manqué, en compagnie de Diddi, son petit ami caché. De fait, Diddi est en couple avec Klara avec laquelle il songe à rompre pour rester avec Una. Mais on ne saura jamais s’il aurait fait. Car il est tué, le lendemain, lors d’un accident dans un tunnel qui fera plusieurs victimes… En une journée, la vie des personnages va être totalement bouleversée. Pire, Una ne peut réellement exprimer sa détresse car c’est bien Klara qui occupe le rôle de la compagne éplorée. Mais les deux femmes vont pourtant se rapprocher l’une de l’autre. Et le cinéaste s’offre même un pur plan bergmanien en confondant, comme dans Persona, les deux visages de ses héroïnes. Une œuvre tout en retenue, forte et sensible ! (jour2fête)
THE MASTER
Propriétaire chinois d’une boutique d’herbes médicinales traditionnelles à Los Angeles, le vieux maître Tak est attaqué, dans son magasin, par Johnny, un pratiquant de kung-fu. A la tête d’un petit groupe d’élèves, ce combattant cherche à vaincre tous les meilleurs pratiquants de kung-fu. Tak est sauvé de la mort par Anna, une jeune fille qui passait par là. Elle l’accueille dans son mobile-home pendant sa convalescence. Jet, le meilleur élève de Tak, débarque de Hong Kong pour rendre visite à son maître. Arrivé à la boutique dévastée de son maître, il découvre que le magasin est fermé par la banque qui réclame deux mois de loyers. Là, il croise May, une employée de la banque… Tandis que Johnny et ses élèves passent d’école en école pour vaincre tous les maîtres et se faire un nom, Jet va, grâce à Anna, retrouver Tak. Toujours convalescent, celui-ci affirme avoir renoncé au kung-fu et à la médecine traditionnelle. Pire, il refuse de voir Jet. Celui-ci fait le choix de rentrer à Hong-Kong mais il lui faudra, auparavant, mettre Johnny au tapis. A ses côtés, Tak va revenir aussi aux arts martiaux… Figure prédominante de la Nouvelle vague hongkongaise, Tsui Hark va marquer en 1983, avec Zu, les guerriers de la montagne magique, le renouveau du film de combat dans le cinéma de Hong-Kong. C’est en 1989 qu’il tourne The Master qui ne sortira qu’en 1992 après le succès du film Il était une fois en Chine qui a rendu très populaire Jet Li, le héros de The Master. Il est vrai que l’acteur fait merveille dans le film. Artiste martial surdoué, doté d’une maîtrise technique impressionnante, perfectionniste et travailleur, Jet Li est souvent comparé, à tort ou à raison, à Bruce Lee. Même si Jet Li ne se considère « que » comme un pratiquant alors que Bruce Lee a inventé son propre style… Grâce à Tsui Hark, Jet Li va aussi devenir célèbre sur le marché international. Avec ses scènes de combat très bien chorégraphiées mais aussi réalistes et impressionnantes (la scène finale est souvent considérée comme l’une des meilleures de la carrière de Jet Li), The Master privilégie l’action et l’authenticité martiale. De quoi assurément régaler les amateurs d’arts martiaux au cinéma ! (Metropolitan)
LA LÉGENDE DE L’AIGLE CHASSEUR DE HÉROS
Il était une fois une reine d’Orient, aussi belle que machiavélique, qui, avec l’aide de son amant (et cousin incestueux), usurpa le trône censé revenir à la jeune et fougueuse « Troisième Princesse ». Afin de se venger de ce coup d’État et de reconquérir son royaume, celle-ci va devoir partir en quête du mythique livre du Yin, seul capable de lui enseigner un kung-fu ésotérique d’une puissance inégalée. Cet ouvrage étant caché dans une grotte gardée par trois monstres, la princesse recevra l’aide de Huang Yaoshi, jeune combattant romantique et facétieux qui lui servira de guide… Au départ du film de Jeff Lau, tourné en 1993, on trouve le roman The Legend of the Condor Heroes de Jin Yong paru en 1957. Ce roman met en scène cinq combattants fictionnels qui sont les plus importants du monde des arts martiaux sous la dynastie Song. Le film, lui, est un véritable « mo lei tau », en l’occurrence un genre de comédie burlesque où le non-sens, l’absurde et l’autodérision prédominent. Surtout il bouscule les conventions du cinéma hongkongais avec une liberté totale, proposant un spectacle loufoque et déjanté dans un mélange détonant de comédie, de fantastique et d’action. Tourné en parallèle aux Cendres du temps de Wong Kar Wai (qui troque ici sa casquette de réalisateur pour celle de producteur), La Légende de l’aigle chasseur de héros rassemble la crème du cinéma hongkongais dans une parodie burlesque et excessive, rythmée et colorée et à l’humour ravageur. Entre les mains de Jeff Lau, l’épopée héroïque devient pur prétexte à une surenchère comique dans un esprit surréaliste évoquant à la fois Jackie Chan et les Monty Python, le cinéma d’action typique de Hong Kong et l’humour farfelu des films de Blake Edwards ou Richard Lester. Dans une suite de combats spectaculaires, le film réunit en effet un casting de rêve avec des stars telles que Leslie Cheung, Brigitte Lin, Maggie Cheung, Tony Leung Chiu-Wai, Tony Leung Ka Fai, Jacky Cheung, Carina Lau, Joey Wang, Veronica Yip ou Kenny Bee. Tous semblent joyeusement s’amuser, n’hésitant pas à user du ridicule pour le plaisir du spectateur. Ce film qui sort pour la première fois en Blu-ray dans une nouvelle restauration 2K comprend dans ses suppléments, un présentation (13 mn) de Clarence Tsui, critique, professeur et programmateur de festival basé à Hong Kong, qui retrace la carrière de Jeff Lau, dont les films dénotent une fascination pour l’anachronisme et l’humour absurde typiquement hongkongais. Un hommage délirant au film d’arts martiaux ! (Carlotta)
BERLIN, ÉTÉ 42
Au début de 1942, à Berlin, la jeune Hilde, frêle assistante médicale, va rejoindre un groupe d’opposants communistes (liés au réseau de l’« Orchestre rouge » fondé par Leopold Trepper), groupe dont les leaders sont les époux Harro et Libs Schulze-Boysen. Elle y croise Hans Coppi, qu’elle épouse par la suite et dont elle tombe enceinte. Ils passent ensemble un bel été, notamment au bord d’un lac de la banlieue de Berlin, malgré le danger de leurs activités. Ils collent en effet des tracts antinazis, transmettent des messages radio vers l’URSS, écoutent Radio Moscou, notamment des messages diffusés en allemand par des prisonniers de guerre… A la fin de 1942, tout le groupe est démantelé par la Gestapo. Après un interrogatoire où elle tente de couvrir ses amis, elle est emprisonnée dans la prison pour femmes de la Barnimstrasse. Enceinte, elle parvient à travailler au côté d’un médecin nazi qui se sert de ses compétences médicales. Derrière les barreaux, Hilde (Liv Lisa Fries, excellente) donnera naissance à un fils qu’elle prénomme Hans, comme son père. Quelques semaines plus tard, elle est condamnée à mort pour haute trahison, comme tous les membres du groupe. Au cours de ses derniers mois, la maternité – elle conserve la garde de son fils jusqu’à la veille de son exécution, le 5 août 1943 – lui donne la force d’affronter son destin. Le matin du 5 août, le pasteur de la prison écrit sous sa dictée une lettre adressée à sa mère et à son fils, lettre qui finit par la formule In Liebe, Eure Hilde (titre du film en v.o.) qui signifie « Avec amour, votre Hilde ». En épilogue, Berlin, été 42 s’achève sur un message de Hans Coppi, alors âgé de 80 ans et élevé par la mère de Hilde. Il note avoir consulté les archives soviétiques à Moscou. De tous les messages expédiés par le groupe, un seul a été réceptionné en Union soviétique. Il était dépourvu de toute dimension militaire ou politique ! Quelques mois dans la brève existence d’Hilde Coppi, voilà ce que le réalisateur allemand Andreas Dresen nous invite à vivre. Le film est fort et émouvant parce que le cinéaste donne, par l’atmosphère de son film, le sentiment que nous ne sommes pas dans l’Allemagne nazie et dans le Berlin de 1942. Hilde Coppi (1909-1943) qui a réellement existé, est une jeune femme pleine de vie mais aussi de doutes et de peurs, qui rêve d’un grand amour et qui s’engage cependant résolument dans la résistance antinazie. Si la mise en scène peut paraître académique, le film est raconté avec une vraie humanité et fait vibrer le spectateur tant la tension dramatique est grande dans le court et courageux combat d’Hilde Coppi contre la machine de mort du Troisième Reich. (Blaq Out)
VOYAGE AVEC MON PÈRE
Journaliste américaine, Ruth se rend, au début des années 1990, en Pologne avec son père Edek pour visiter les lieux de son enfance et retrouver la maison où il a grandi. Mais Edek, survivant de l’Holocauste, résiste à revivre son traumatisme et entreprend même de saboter le voyage. Si la trentenaire new-yorkaise cherche à comprendre l’histoire de sa famille, lui n’a aucune envie de déterrer le passé. Le voyage s’annonce compliqué… Pour explorer la relation complexe entre une fille et son père, rescapé de la Shoah , la cinéaste allemande Julia von Heinz s’appuie sur le roman Too Many Men, publié en 1999 et largement salué par la critique, signé de l’Australienne Lilly Brett. L’écrivaine est la fille de Max et Rose Brett, survivants du ghetto de Lodz en Pologne puis du camp de concentration d’Auschwitz. Elle est née en Allemagne juste après la Seconde Guerre mondiale dans un camp de personnes déplacées. Connue à l’international pour son premier long-métrage Was man am Ende zählt (2007), la réalisatrice berlinoise sera sélectionnée en 2020 à la Mostra de Venise pour son film Und morgen die ganze Welt qui devient alors le candidat allemand aux Oscars. Ici, elle donne un récit qui mêle souvenirs familiaux, traumatisme historique et quête de réconciliation à travers deux personnages qui sont certes père et fille mais qui, en réalité, sont étrangers l’un à l’autre. Au côté d’une fille qui entend contrôler tout ce qui se passe (y compris les cornflakes qu’elle consomme), Edek, récemment devenu veuf, n’a rien contre le fait de partir à l’aventure mais pas question de replonger dans ses souvenirs de camps. Pour sa part, Ruth lit sans cesse des ouvrages sur la Shoah et se fait même faire un tatouage avec un numéro de prisonnier des camps ! Arrivant, conduits par un sympathique chauffeur de taxi polonais, dans ce qui fut l’appartement familial, ils constatent qu’une famille polonaise y vit depuis la fin de la guerre. Et ces gens ont même conservé des objets ayant appartenu à la famille d’Edek… Si l’évocation de la Shoah et des camps n’est jamais vaine, il faut reconnaître que Treasure (en v.o.) peine à captiver et cela malgré la belle prestation de l’Américaine Lena Dunham (Ruth) et de l’Anglais Stephen Fry (Edek). Un film qui aurait pu être simplement poignant. (Blaq Out)
PIÉGÉ
Eddie Barrish baigne dans les problèmes financiers… De ce fait, il ne peut payer les réparations de son van avec lequel il fait des livraisons et qui lui permet aussi de récupérer, deux fois par semaine, sa fille Sarah à l’école… Sur un parking, il avise un luxueux 4×4 et décide de le voler. Mal lui en prend. N’ayant rien trouver à voler, Eddie veut ressortir. Mauvaise surprise : toutes les portes sont verrouillées. Après avoir tenté en vain de casser les vitres sans tain, qui se sont avérées blindées, il comprend qu’il est piégé dans la voiture et coupé du monde extérieur par l’insonorisation et le brouilleur téléphonique interne du véhicule. Quand le téléphone du 4×4 sonne, Eddie se retrouve en communication avec le propriétaire, un certain William Larsen, un médecin qui n’a plus que quelques mois à vivre à cause d’un cancer de la prostate. Très contrarié après avoir subi déjà six vols de voiture et constaté chaque fois l’incompétence de la police, Larsen surveille son 4×4 grâce à des webcams placées dans l’habitacle et surtout il dispose du contrôle total à distance de sa nouvelle voiture et est bien décidé à exercer sur le jeune homme une vengeance diabolique… En signant le remake du film argentin 4×4 (2019) de Mariano Cohn, l’Américain David Yarovesky, connu pour deux films d’horreur (Brightburn ; l’enfant du mal en 2019 et Les pages de l’angoisse en 2021) donne un thriller claustrophobique et angoissant marqué par une tension constante et une forte unité de lieu avec l’habitacle du 4×4 Dolus (une marque fictive inspirée par les Land Rover). Mais, à l’évidence, c’est la performance d’Anthony Hopkins qui emporte l’adhésion. Face à Eddie Barrish (Bill Skarsgard qui venait d’incarner le comte Orlok dans le Nosferatu de Robert Eggers), il incarne un manipulateur sadique et peut jouer à loisir d’une voix aussi suave qu’inquiétant qui n’est pas sans faire penser à celle du fameux Hannibal Lecter du Silence des agneaux. Jusqu’à son épilogue brutal, Locked (en v.o.) est un film d’atmosphère bien flippant. (Metropolitan)
SINNERS
Le 16 octobre 1932, à Clarksdale (Mississippi) Preacherboy, de son vrai nom Sammie Moore, revient dans l’église de son père pasteur, alors en plein sermon. Le jeune homme porte des cicatrices sur le visage et le manche d’une guitare cassé dans la main. Son père insiste pour que Sammie pose sa guitare et se repente. La veille, Elijah « Smoke » et Elias « Stack », des frères jumeaux vétérans de la Première Guerre mondiale, sont de retour dans leur ville natale de Clarksdale. Anciens de la pègre de Chicago, ils reviennent dans le Mississippi pour acheter une ancienne scierie à Hogwood, un Blanc très raciste. Les jumeaux retrouvent Sammie, leur cousin, et se préparent à ouvrir un bar juke joint le soir même, avec de l’alcool de qualité volé à Chicago. Aux abords de la ville, un certain Remmick demande désespérément refuge à Joan et Bert, qui vivent dans une ferme isolée. Il dit être poursuivi par un gang amérindien. Lorsque les Amérindiens arrivent, Joan refuse de les laisser fouiller la maison. En repartant, ils avertissent Joan que Remmick n’est pas celui qu’il prétend être. Joan va découvrir que Remmick est un vampire et qu’il a transformé Bert en mort-vivant… « Si tu pactises avec le diable, un jour, tu le retrouves devant ta porte ! » Autant dire que les personnages de Sinners vont devoir faire attention. Connu pour avoir mis en scène un spin-off à la saga de films Rocky avec Creed : l’héritage de la Rocky Balboa (2015) dont il confie le rôle principal, celui du fils illégitime d’Apollo Creed, à Michael B. Jordan, l’Américain Ryan Coogler s’attelle, ici, à une œuvre ambitieuse puisqu’elle mêle le film historique (sous l’angle notamment de la lutte pour l’émancipation des Afro-américains) et le film de vampires. Mais c’est bien dans sa première partie que Sinners est le meilleur. Acteur-fétiche du cinéaste, Michael B. Jordan incarne les jumeaux, Elijah et Elias qui, dans les années 1930, durant la Prohibition, reviennent de Chicago dans leur ville natale du Mississippi pour refaire leur vie. C’est l’occasion de plonger dans une communauté afro-américaine dont l’existence se déroule sous le signe de la musique et de la fête. A ce titre, le film bénéficie d’une b.o. signée Ludwig Göransson riche en styles musicaux comme le blues et la country mais aussi l’électro. D’ailleurs, le film s’achève en 1992 avec un Sammie Moore devenu un musicien de blues très populaire, propriétaire de son propre établissement, nommé « Pearline ». Mais, pour en arriver là, les protagonistes seront passés par les affres du vampirisme… (Warner)
LES CONTES DE KOKKOLA
Charmante petite ville finlandaise non loin du Cercle arctique, Kokkola abrite une jolie collection de déjantés ! Ainsi Romu-Mattila, un marginal qui décide de partir s’installer en Suède avec son chien ou encore ces deux contrebandiers, un frère et une sœur, qui découvrent un alambic et un cochon lors de l’enterrement de leur père, et se lancent dans la contrebande d’alcool. De son côté, une vieille gardienne de phare, confrontée à l’abandon de son poste, rêve de partir dans les étoiles… Les contes de Kokkola regroupe trois films courts réalisés par Juho Kuosmanen entre 2011 et 2023, trois films muets en noir et blanc, vécus et voulus par le réalisateur comme des respirations entre deux projets de long métrage ainsi Compartiment n°6 que le cinéaste finlandais a donné en 2021. Tournés sans pression et dans une économie légère, ces aventures intimes, à la fois naïves et burlesques, veulent renouer aussi, tel un hommage, avec la magie du cinéma des premiers temps. Cette trilogie explore la transition entre le passé et le présent, mettant en lumière la mélancolie, tant la mélancolie poétique que la mélancolie sociale de cette région en mutation. Empreints de poésie et de silence, ces trois petits récits abordent des thèmes tels que la précarité, la perte, la débrouillardise et l’espoir fragile. Elles mettent en scène des personnages marginaux ou en marge de la société, confrontés à des bouleversements matériels et spirituels. En travaillant sur le silence, pour renforcer la dimension contemplative et poétique de cette lutte des individus face à un monde en transition, Les contes… use d’une esthétique en noir et blanc pour interroger la perte des traditions, l’érosion des liens communautaires, et la difficulté de maintenir un sens face à une modernité souvent vide de sens. Une œuvre singulière, poétique, stylisée et inventive, qui célèbre le cinéma d’hier tout en proposant une vision à la fois burlesque et mélancolique de la vie. Une expérience visuelle et sensorielle enrichissante. (Le Pacte)
DOUX JESUS
Sœur Lucie est religieuse dans un couvent austère depuis une vingtaine d’années. À l’occasion de la sortie bisannuelle des sœurs pour aller en consultation chez le médecin, la pourtant très dévouée sœur Lucie saute dans le premier bus venu pour prendre la fuite et commence à vivre « la vraie vie » dans ce monde moderne dont elle n’a pas connu l’évolution depuis vingt ans. En s’appuyant sur un bon casting avec, en tête d’affiche, Marilou Berry dans l’habit de sœur Lucie et Isabelle Nanty dans celui de la redoutable mère Henriette bien décidée à ramener au bercail une brebis (gravement) égarée, Frédéric Quiring, déjà auteur de comédies comme Sales gosses (2017) ou La très très grande classe (2022), donne, ici, une nouvelle comédie autour d’une pétulante religieuse qui décide de filer de sa « prison » pour retrouver son amour de jeunesse. Cela permet au cinéaste d’abord de décrire, avec humour, la vie en couvent puis d’emboîter la pas à sœur Lucie qui a troqué son habit pour des tenues plus flashy afin de découvrir, avec forcément beaucoup de naïveté, le monde moderne et la vie dehors. Le décalage entre la vie monastique et le monde extérieur procure de savoureux moments comiques grâce à l’abattage de Marilou Berry et Isabelle Nanty. Si le scénario est inégal avec notamment une dernière partie plus convenue, Doux Jésus demeure un agréable moment de cinéma plus proche de l’humour léger que de la « critique sociale ». Comme le dit l’affiche : « Que sa volonté soit fête ». (UGC)
100 MILLIONS !
Patrick et Suzanne peinent à honorer les échéances de leur crédit immobilier, d’autant plus que le salaire de Patrick est amputé des heures de la grève partielle lancée par le syndicat dont il est l’un des leaders. Lorsqu’un notaire apprend au couple qu’une lointaine cousine de Patrick leur a laissé un héritage de cent millions, leur vie change. Comment être un syndicaliste pur et dur et un multimillionnaire ? C’est ce que raconte, ici, Nath Dumont dans cette comédie qui mêle satire sociale et humour grand public. Voici donc l’aventure d’un couple de la classe ouvrière qui hérite soudainement d’une somme importante, ce qui entraîne une série de péripéties illustrant les contrastes entre valeurs et tentations liées à l’argent. Réalisateur pour diverses séries télévisées comme Plus belle la vie, Demain nous appartient, Virgin ou En famille, Nath Dumont ne s’inscrit pas dans le courant de combat d’un Ken Loach mais bien dans une certaine tradition de la comédie française, ce qui implique des scènes et des situations vues et revues et souvent chargés de bons gros clichés. Du coup, la critique du capitalisme et des ultra-riches perd de son impact. Le cinéaste n’est pas dans la provocation mais dans un rire bon enfant. Le récit est plus divertissant que corrosif d’autant que les interprètes du couple Suzanne/Patrick appartiennent, volontiers, à l’univers de la comédie française. Comme on dit, Michèle Laroque et Kad Merad assurent. D’autant qu’ils se connaissent bien pour avoir déjà joué ensemble dans Monsieur Papa (2011), Brillantissime (2018) ou Lune de miel avec ma mère (2025). Sympathique. (Blaq Out)
MINECRAFT – LE FILM
Quatre aventuriers — Garrett, Henry, Natalie et Dawn — sont téléportés à l’intérieur du monde cubique de Minecraft à La Surface. Avec l’aide de Steve, un vétéran de ce monde, ils devront maîtriser les mécanismes de Minecraft pour pouvoir rentrer chez eux et terrasser les éventuelles monstres qu’ils croiseront sur leur route. Minecraft est d’abord (et avant tout?) un célèbre jeu vidéo sorti en 2011 développé par le Suédois Markus Persson, alias Notch, puis par la société Mojang Studios. Le jeu plonge le joueur dans un monde créé de manière procédurale, composé de voxels représentant différents matériaux (terre, pierre, eau, fer, charbon, etc.). Le monde est formé de diverses structures (arbres, cavernes, montagnes, villages, etc.) et est peuplé par des animaux (vaches, moutons, etc.) ainsi que des monstres (zombies, araignées, squelettes, etc.). Le joueur peut modifier son monde à volonté, soit dans le but de survivre, soit pour créer. Si l’adaptation du jeu au grand écran a suscité beaucoup de scepticisme avant sa sortie, le film a cependant réussi à capturer certains aspects visuels de l’univers cubique pour une immersion visuelle agréable, cela grâce à des effets visuels mêlant le numérique et des éléments concrets. Le tout au service de scènes d’action dynamiques et rythmées et d’un humour souvent absurde ou potache. Pour le reste, le scénario repose sur une intrigue minimaliste. Parmi les personnages, on remarque Steve à cause de l’interprétation (caricaturale) de Jack Black. Un divertissement léger… (Warner)
LES BODIN’S PARTENT EN VRILLE
Lorsque Maria Bodin découvre que le PDG de Mondialacta et le maire de Pouziou se sont mis d’accord pour créer une usine de fromages de chèvre près de sa ferme, elle met tout en œuvre pour défendre sa fromagerie artisanale. Ce qui va l’emmener avec son fils Christian au Salon de l’Agriculture et même au Maroc. Pour faire capoter ce projet industriel, ils ne reculeront devant rien: chantage, baston, courses-poursuites. Une fois de plus, les Bodin’s vont braver tous les dangers pour sauver leurs valeurs et leurs traditions. La troisième aventure cinématographique du duo en Thaïlande (2021) a réuni pratiquement un million de spectateurs dans les salles obscures. Il est vrai que les deux humoristes font, depuis 30 ans, partie du paysage comique en faisant rire, avec une tendresse pas toujours visible, de la France rurale. Après donc cette escapade asiatique, revoici donc Maria, la vieille fermière autoritaire de 87 ans, qui régit toujours la vie de son fils de 50 ans, Christian, un célibataire naïf, voire benêt, dans un trip qui dénonce la désertification des campagnes et l’industrialisation qui menacent les traditions artisanales, tout en mettant en avant la valeur des productions locales et rurales. Vincent Dubois (Maria) et Jean-Christian Fraiscinet (Christian) font le job. La mère Maria, avec son caractère fort, ses expressions crues et son bagou, est un sacré personnage alors que le doux Christian apporte une touche d’humour et de légèreté. Une comédie familiale divertissante et porteuse de messages positifs sur la préservation des valeurs rurales. (M6)
