HUSTON, L’ODYSSEE, LA VENGEANCE, LE COURAGE ET UN DETECTIVE SUR LES DOCKS  

AU-DESSUS DU VOLCAN – LE MALIN
Au Dessus VolcanLe MalinC’est avec deux œuvres tardives (restaurées et inédites en Blu-ray) que l’on retrouve John Huston, magnifique et puissante figure du cinéma américain, qui, en une quarantaine de films, signa quelques solides classiques. Ici, il s’appuie sur les romans de Flannery O’Connor et Malcolm Lowry pour mettre en scène deux personnages au bord du gouffre et face à leur destin. Avec Le malin (1979) d’O’Connor, il plonge, avec un regard féroce sur les pratiques religieuses, dans l’Amérique profonde à travers Hazel Motes, ancien soldat en perdition (Brad Dourif) qui décide de fonder un nouveau culte : l’église sans Christ. Adaptation envoûtante du roman culte de Lowry, Au-dessus du volcan (1984) observe, dans le Mexique de 1938 et à l’heure de la fête des morts, la déchéance poignante et poisseuse de Geoffrey Firmin, ancien consul britannique (Albert Finney) détruit par l’alcool et rongé par son passé… (Carlotta)
DOUZE MILLE
Douze MilleParce qu’il a perdu son travail clandestin et parce qu’il craint que Maroussia ne pourra plus l’aimer aussi bien, Frank décide de partir au loin pour gagner autant qu’elle, en l’occurrence douze mille, ce qu’il faut pour avoir un an devant soi. Ni plus ni moins. Pour sa première fiction, Nadège Trebal (qui incarne aussi Maroussia dans un mélange de pudeur et d’impudeur) donne la forte chronique d’un couple qui s’aime ardemment et dont l’existence va prendre la forme d’une odyssée prolétaire sur fond de démesure industrielle. Avec un Arieh Worthalter, toujours remarquable, voici, sous le soleil du Sud et dans la nuit portuaire, une réflexion sur l’interdépendance argent-sexe-couple où surgit, drôle et farfelue, la danse (la chorégraphie est due à Jean-Claude Gallotta et la musique à l’Alsacien Rodolphe Burger), comme un pied de nez à la gravité du monde. (Shellac)
THE NIGHTINGALE
The NightingaleDans l’Australie de 1825 sous domination anglaise, Clare, jeune bagnarde irlandaise, a purgé sa peine. Mais un officier britannique s’acharne sur elle. Il la viole, la laisse pour morte tandis que son mari et son bébé sont sauvagement tués. Au bord de la folie, Clare (l’italo-irlandaise Aisling Franciosi), en compagnie de Billy, un jeune pisteur aborigène (Baykali Ganambarr), se lance à travers les immenses terres hostiles de Tasmanie sur la trace de ses bourreaux. Autour des thèmes de la violence et de la vengeance, la cinéaste australienne Jennifer Kent (auteur de Mister Babadook en 2014) décrit une colonisation brutale à travers l’âpre portrait d’une jeune femme qui tente de préserver son humanité au cours d’une aventure humaine désespérée. (Condor)
NOTHING TO BE AFRAID OF
Nothing_NTBAOLe silence règne sur les pentes plantées d’arbres du Haut-Karabagh, seulement troublé par un sifflet ou une explosion. En janvier 2018, cinq femmes arméniennes déminent leur terre natale. Nous sommes dans le « couloir de Latchin », qui a permis, au début de la guerre de 2020 au Haut-Karabagh, l’évacuation d’une majorité de la population du pays vers l’Arménie. Dans un documentaire (inscrit dans le meilleur du jeune cinéma arménien), la cinéaste Silva Khnkanosian accompagne Lilit, Narine, Inga, Vard et Lucine dans leur méticuleux, délicat et épuisant travail de déminage d’une ancienne zone de combat largement truffée de mines… Au générique de fin, on apprend que 73.268 mines ont été neutralisées. Tendu et impressionnant comme un face-à-face permanent avec la mort ! (La Huit)
DANS LA GUEULE DU LOUP
Dans Gueule LoupAlors qu’il sortait d’une bijouterie où il cherchait une bague pour sa femme, le détective Johnny Damico est abusé par un tueur qui se fait passer pour l’un de ses collègues. Pour se racheter, il va devoir infiltrer le milieu des dockers afin de mettre fin aux activités des truands qui tiennent le port… En 1951, Robert Parrish tourne son second long-métrage et réussit une petite perle de série B. Dans un beau noir et blanc, voici un solide film noir où les flics ne se comportent pas beaucoup mieux que les racketteurs. Entouré de bons seconds rôles dont Ernest Borgnine, l’excellent Broderick Crawford incarne parfaitement Damico, flic au physique massif et brutal qui ne prend pas de gants. Le rythme est soutenu et l’atmosphère urbaine est poisseuse à souhait. (Sidonis Calysta)
SOUL
SoulProf de musique dans un collège, Joe Gradner a toujours rêvé d’être un grand pianiste de jazz. Le jour où il pourrait le devenir, une chute tragique interrompt son rêve. Enfin, pas tout à fait. Car, si son âme et son corps sont dissociées dans l’autre monde, Joe va cependant trouver la force de rallumer son étincelle. Sur fond de bon jazz et d’excellente animation signée Pixar, Pete Docter (déjà auteur de Monstres et Cie, Là-haut ou Vice-versa) et Kemp Powers jonglent avec brio entre une aventure réaliste et une évocation colorée du « grand avant » peuplé de petites créatures mignonnes et de hautes figures toutes en fines lignes. Un film d’animation délicieusement onirique qui séduira assurément les… grands autour d’une question fondamentale : comment donner du sens à sa vie… (Disney Pixar)
THE SINGING CLUB
Singing ClubAvec The Full Monty, amusante évocation, dans les années 80, de chômeurs de la métallurgie virant à Chippendales amateurs, Peter Cattaneo signait en 1977 un film-culte avant de disparaître un peu des écrans. On le retrouve avec plaisir dans une chronique allègre mais aussi poignante inspirée de faits réels. Alors que les troupes anglaises de la garnison (fictive) de Flitcroft dans le Yorkshire, sont envoyés en 2011 se battre en Afghanistan, des épouses, pour tromper l’attente et l’angoisse, montent une chorale qui ira jusqu’à se produire au fameux Albert Hall à Londres dans le cadre d’un concert pour les soldats britanniques tombés au champ d’honneur. Avec Kristin Scott-Thomas en tête d’affiche, voici un agréable feel good movie (pas exempt de clichés) qui met joliment en avant la solidarité et le courage des femmes de soldats… (Pyramide)
POSSESSOR
PossessorRévélé par Antiviral (2012), Brandon Cronenberg, fils de David, revient en force (et directement en dvd après un Grand prix du jury à Gérardmer 2021) avec un mélange très réussi de polar, de science-fiction minimaliste et d’horreur explosive. Avec la ferme intention de perturber le spectateur, le cinéaste l’embarque dans l’histoire de Tasya Vos (Andrea Riseborough, vue dans Shadow Dancer ou Birdman), agent d’une organisation secrète dont la technologie permet d’habiter n’importe quel corps et de commettre ainsi des assassinats au profit de clients. Evidemment, ça va déraper… Constamment étrange et intrigant, le film repose sur une remarquable esthétique visuelle, sur un jeu des couleurs et de bons trucages « à l’ancienne ». Dans de bons suppléments, le cinéaste et ses collaborateurs éclairent largement le travail accompli sur le film. (Lonesome Bear)
GANJA & HESS
Ganja & HessAlors qu’il fait des recherches sur un peuple africain antique, le docteur Hess Green (Duane Jones), un anthropologue afro-américain, est poignardé avec une dague cérémonielle en bois par son assistant instable qui se suicide peu après. Hess se découvre alors une addiction au sang humain… Arrivée chez Hess, Ganja (Marlene Clark), l’épouse de l’assistant, entame avec le scientifique une étrange relation de mort et de douceur lascive. En jouant sur les codes de la blaxploitation, Bill Gunn (1934-1989) réalise en 1973, un film d’atmosphère où se mêlent l’horreur, les vampires, une sensualité psychédélique, le tout avec une recherche formelle parfois anarchique qui en fait une œuvre déroutante et fascinante et en avance sur son temps. Dans les bonus, Jean-Baptiste Thoret détaille longuement le film et son contexte. (Capricci)
LUTTE SANS MERCI
Lutte Sans MerciAu sortir d’une tardive réunion de travail, l’ingénieur Walt Sherill apostrophe un conducteur qui conduit dangereusement… La voiture freine et un groupe de jeunes en descend. Sherill est passé à tabac et se retrouve à l’hôpital. Le sergent Koleski (Rod Steiger) est chargé de l’enquête mais Sherill estime qu’elle ne va pas assez vite. Pour son avant-dernier film, en 1962, Alan Ladd, grande star des années 40-50 tant dans le western (L’homme des vallées perdues) que dans le film noir (Le dahlia bleu), incarne, devant la caméra de Philip Leacock, un homme tranquille qui, de plus en plus aveuglé par la vengeance, va traquer des délinquants juvéniles bien décidés à le terroriser, lui et sa femme… Un solide film de « vigilante » dix ans avant ceux de Charles Bronson. (Sidonis Calysta)
THE OTHER SIDE
The Other Side« Il y a un enfant, ici ! » En arrivant dans la nouvelle maison que son père et sa compagne Shirin viennent d’acheter, le jeune Lucas est troublé. Il distingue des cris d’enfant, voit passer une forme. Le gamin qui a perdu naguère sa mère, va devoir faire face à une entité tapie dans le grenier ou la cave. En s’inspirant de faits réels ou, du moins, du récit d’une famille qui aurait vécu quelque chose de paranormal, les cinéastes suédois Tord Danielsson et Oskar Mellander, pour leur premier long-métrage (présenté en compétition à Gérardmer cette année), construisent un film qui distille une sourde angoisse autour d’un phénomène angoissant. Dans des lumières bleues froides baignant un décor dépouillé, Lucas et sa belle-mère débutante luttent contre la peur en tissant un nouveau lien familial fort… (Wild Side)
POLY
PolyFraîchement arrivée avec Louise, sa mère, à Beaucastel, un petit village des Cévennes, Cécile, dix ans, peine à s’habituer à sa nouvelle vie et à ses nouveaux camarades de classe. Dans un cirque de passage, elle remarque Poly, un beau poney maltraité par son dresseur. Elle décide alors de sauver l’animal en l’enlevant et recevra pour cela l’aide de tous ses copains. Adaptant une célèbre série télé de Cécile Aubry sortie dans les années 60, l’aventurier et cinéaste Nicolas Vanier (déjà réalisateur en 2013 de Belle et Sébastien, un autre succès de Cécile Aubry) propose un joli film familial qui fait la part belle aux beaux grands sentiments. François Cluzet, Julie Gayet ou Patrick Timsit dessinent des adultes taiseux, libres ou méchants autour de la jeune Elisa de Lambert, gamine au grand cœur. C’est frais et charmant. (M6)

LES JESUITES, JOUVET, RAIMU, LES VAMPIRES ET LA SURVEILLANCE  

SILENCE
SilenceAncien assistant du grand Ozu, Masahiro Shinoda, 90 ans, apparaît comme l’une des figures de la Nouvelle vague japonaise. En 1971, il signe Chinmoku adapté d’un classique de la littérature nippone dont Martin Scorsese donnera sa propre version éponyme en 2016. Voici, au 17e siècle, l’aventure de deux prêtres jésuites portugais venus au Japon pour aider à réimplanter le christianisme dans un pays où la religion catholique est interdite et les fidèles persécutés. En parallèle, les deux missionnaires tentent de faire la lumière sur leur mentor, le père Ferreira, mystérieusement disparu après sa capture par les autorités. Shinoda propose une quête intime et violente dans le Japon médiéval. Dans une mise en scène vertigineuse autant que « documentaire », voici un voyage dans la foi et les paradoxes de la spiritualité. Inédit en Blu-ray et dvd dans sa version restaurée. (Carlotta)
COPIE CONFORME
Copie ConformeGabriel Dupon, modeste représentant en boutons et Manuel Ismora, photographe mondain et… cambrioleur de grande envergure, n’ont rien en commun, sinon leur étonnante ressemblance. Le malfrat va se servir de Dupon comme alibi. En 1946, Jean Dréville, excellent artisan revendiquant la « qualité France » (bientôt haïe par la Nouvelle vague), tourne un policier enlevé qui repose sur des dialogues pétillants d’Henri Jeanson et un rythme dans la mise en scène qui ne faiblit jamais. Evidemment, on savoure la double prestation du grand Louis Jouvet, épatant quand il lâche : « Quand je vous regarde, j’ai l’impression de me répéter » ou encore lorsqu’il explique qu’un portrait, « c’est quelque fois un aveu, quelque fois un mensonge, souvent une dure réalité ». On y croise aussi la toujours pétulante Suzy Delair… (Pathé)
L’ETRANGE M. VICTOR
Etrange Monsieur VictorHonorable commerçant toulonnais, Victor Agardanne mène une double vie puisqu’il œuvre aussi comme receleur pour des cambrioleurs. Menacé de chantage, il commet un meurtre qui vaudra à un innocent (Pierre Blanchar) de partir au bagne. Huit ans plus tard, le bagnard s’évade, revient à Toulon et Victor le recueille au risque de se faire prendre. En 1938, Jean Grémillon, connu pour Gueule d’amour (1937) et Remorques (1941), construit autour du grand Raimu (brillant en homme ayant du mal à vivre sa sombre dualité) un film intense qui développe des thèmes comme le crime, l’expiation et le rachat. Venu du documentaire, le cinéaste filme le quotidien de Toulon tout en décrivant les déchirements de Monsieur Victor. Une belle version restaurée pour un film remarquable que l’on croyait disparu… (Pathé)
THE ADDICTION
The AddictionLe milieu des années 90 est une période faste pour Abel Ferrara. Après Bad lieutenant (1992) et avant Nos funérailles (1996) l’un de ses films les plus aboutis et les plus noirs, le cinéaste réussit, ici, une magnifique variation sur le thème du vampire. En s’éloignant des codes de l’horreur classique, il raconte, dans un superbe noir et blanc, le parcours de Kathleen (Lili Taylor), une étudiante en philosophie, mordue au cou par une femme (Annabella Sciorra)… Autour de la dépendance, du virus qui ronge Kathleen mais aussi de la récurrente question du Mal chez Ferrara, voici, avec aussi l’excellent Christopher Walken, une descente aux enfers méconnue (malgré sa présence en compétition à la Berlinale 95) qui mérite d’être découverte ! (Carlotta)
LE GANG ANDERSON
Gang AndersonA peine sorti de prison où il a passé dix ans, John « Duke » Anderson (Sean Connery, parfait même avec sa calvitie), veut frapper un grand coup en cambriolant non pas un appartement mais tous les appartements cossus d’un grand immeuble de New York où vit sa maîtresse (Dyan Cannon). Il entreprend rapidement de monter une équipe pour passer à l’action… Si le prolifique et remarquable Sidney Lumet excelle à montrer la précise organisation du braquage, il s’est surtout intéressé à l’envers du décor. Car l’opération est de suite éventée par les surveillances tous azimuts du FBI, du fisc ou d’officines privées. En 1971, soit un an avant le scandale du Watergate, Lumet se penche lucidement sur les machines qui prennent le pouvoir, en l’occurrence l’espionnage, officiel ou non, qui gangrène une société constamment sous surveillance. Le braquage de Duke et de ses acolytes ne semble plus alors n’être qu’un épiphénomène ! (Sidonis Calysta)
THE UNDOING
The UndoingDans le monde aisé des Fraser, tout va pour le mieux. Dans le New York résidentiel de Central Park, Grace est une psychothérapeute réputée et Jonathan, son mari, un pédiatre spécialisé en oncologie tandis que leur fils Henry fréquente une école huppée. Cette vie de rêve va s’effriter gravement lorsqu’au lendemain d’une soirée de levée de fonds, on constate l’assassinat de la ravissante Elena Alves. Grace se met alors à avoir des soupçons sur son mari… Avec Nicole Kidman et Hugh Grant, voici une excellente minisérie d’HBO (six épisodes de 45 mn) où le showrunner David E. Kelly (connu pour la série Big Little Lies avec déjà Nicole Kidman) s’ingénie avec brio à distiller un thriller où la psy, qui disait « Vous auriez dû le savoir » à ses patients, n’a rien vu venir. A moins que… Et si tout dans la vie des Fraser n’était qu’une suite de lourds mensonges ? (Warner)
LE CAMION
Camion Duras« C’aurait été une route – au bord de la mer – elle aurait traversé un grand plateau, nu – et puis, un camion – c’est arrivé… » On reconnaît d’emblée le phrasé particulier de Marguerite Duras aux premières images de cette quatrième réalisation (qui ressort dans une bonne édition Blu-ray) de la romancière. En 1977, une écrivaine (Duras) lit à un comédien (Gérard Depardieu) le scénario de son prochain film et disserte sur l’existence ou les origines de l’Homme. Evidemment, on pourrait parler, ici, de « non-film » si n’était la capacité de suggestion de Duras, dont on remarque le sourire tendre, quand elle dit : « Personne ne peut résister au vent » ou « Que le monde aille à sa perte. C’est la seule politique… » (Gaumont)
SACREES SORCIERES
Sacrees SorcieresJeune orphelin, Bruno vient, en 1967, vivre chez sa malicieuse grand-mère à Demopolis, en Alabama. La mamie et le gamin se rendent dans une belle station balnéaire, précisément au moment où la Grande Sorcière y réunit, incognito, ses troupes pour mettre en oeuvre de démoniaques desseins. Dans une nouvelle adaptation du roman de Roald Dahl paru en 1983 et après une première adaptation au cinéma (The Witches) par Nicolas Roeg en 1990 avec Anjelica Huston, Robert Zemeckis (Forrest Gump ou Qui veut la peau de Roger Rabbit) retrouve l’esprit de son La mort vous va si bien pour une fantaisie horrifique où il n’hésite ni sur l’aspect cartoon, ni sur les effets spéciaux. Au côté d’Octavia Spencer et de Stanley Tucci, Anne Hathaway s’en donne à cœur joie en Grande sorcière. (Warner)
ASPHALTE
AsphalteUn 31 juillet, le grand chassé-croisé des vacanciers vire à un cataclysme propre à entraîner Bison fûté au suicide… C’est un cauchemar de la route estivale que Denis Amar met en scène, en 1981, dans son premier (et meilleur) long-métrage. Alors que rien ne l’y poussait, Juliette Delors (Carole Laure) décide de prendre la route avec la voiture de son ami pour le rejoindre. On y croise aussi un père de famille devenu fou à la suite d’un accident ou un chirurgien qui voit défiler des blessés… Dans sa bonne collection Make my Day, Jean-Baptiste Thoret exhume ce film choral oublié et installe, avec une grosse distribution (Yanne, Marielle, Lambert, Ogouz, Bourseiller) une atmosphère bien anxiogène entre canicule, beaufs, tôles froissées et mort au tournant. Une réflexion acerbe sur la société de la bagnole… On songe tout à la fois à Week-end (1967) de Godard ou au Grand embouteillage (1978) de Comencini mais ici l’angoisse domine constamment… (Studiocanal)
JUST JEACKIN
Amant Lady ChatterleyEn 1974, avec Emmanuelle, le photographe de mode français Just Jaeckin signe l’un des plus grands succès du cinéma français dans le monde. Jaeckin poursuivra sa carrière de cinéaste en privilégiant la veine érotique. On retrouve, en Blu-ray, Madame Claude (1977) ou les aventures de la plus célèbre proxénète française (incarnée par Françoise Fabian) ainsi que L’amant de Lady Chatterley (1981), adaptation du roman de D.H. Lawrence où le cinéaste retrouve, dans le rôle-titre, Sylvia Kristel qui fut son Emmanuelle. Elle incarne, ici Constance, épouse frustrée d’un aristocrate atteint dans sa virilité par une blessure de guerre et cédant à la passion charnelle avec Mellors, le garde-chasse de la propriété. En bonus, on trouve un portrait de Just Jaeckin et un documentaire sur Fernande Grudet alias Madame Claude, qui raconte comment sa maison fournissait en (belles) filles les élites françaises et internationales. (Zylo Films)
NOTRE HISTOIRE
Notre HistoireGaragiste à la vie chaotique, Robert Avranches boit beaucoup de bière. Dans un train, il rencontre Donatienne (Nathalie Baye) qui s’offre à lui. Robert va s’accrocher à elle et s’installer dans la vie de celle-ci contre son gré. Donatienne (Nathalie Baye) est triste et lasse mais Robert affirme : « Parce que ton sourire faudra bien qu’il revienne un jour. Peut-être pas demain ou aujourd’hui, mais un jour. Pis ce jour-là, moi je serai là avec mon Polaroid. » En 1984, Bertrand Blier signe un film très bien écrit mais très décalé qui joue, dans un cadre réaliste, de situations volontiers absurdes. On retrouve ce film, dans lequel Alain Delon incarne un parasite alcoolique, dans une version Blu-ray restaurée. (Studiocanal)
CAPITAINE DENT DE SABRE ET LE DIAMANT MAGIQUE
Capitaine Dent SabrePersonnage célèbre en Norvège (dû au romancier Terje Formoe), le capitaine Dent de sabre est au cœur d’une aventure des mers avec trois malicieux et intrépides moussaillons, les frères Marco et Pinky et la petite Veronica qui se cache sous le foulard de la pirate Ronny. Ensemble, autour de la quête d’un gros diamant magique, ils sont aux prises avec diverses bestioles et un méchant qui craint la lumière… Les réalisateurs Marit Moum Aune et Rasmus Sivertsen signent, autour d’une libre adaptation de L’île au trésor de Stevenson, un agréable film européen d’animation qui sort directement en dvd pour cause de crise sanitaire. (Metropolitan)

LES PIONNIERS, LES POLICIERS, BELZEBUTH ET UNE FEMME AU BORD DE LA CRISE DE NERFS  

OUTSIDE
Outside Dans les années 30, à New York, des photographes, souvent armés de Leica, descendent dans la rue. Leurs images posent un regard neuf sur les habitants. Parmi ces artistes (Klein, Frank, Model, Page) figurent Morris Engel et son épouse Ruth Orkin. Pour les jeunes Turcs de la Nouvelle vague française, l’Américain Engel (1918-2005) était celui qui avait montré la voie. En compagnie de son épouse, il révolutionna la photographie naturaliste avant de se tourner vers un cinéma épris de liberté et proche des gens. Dans le coffret Outside, est réunie l’œuvre cinéma complète : Le petit fugitif (1953), Lovers and Lollipops (1955), Weddings and Babies (1958) et I Need a Ride to California (1968), ce dernier jamais dévoilé au public. Lilly, jeune Californienne, est venue à Greenwich Village pour vivre de plein fouet la révolution hippie. Un superbe témoignage sur le New York de 1968 entre libération sexuelle, agitation sociale et révolution Flower Power. Un beau et passionnant coffret riche en suppléments dont des courts-métrages ou des publicités d’Engel mais aussi des documentaires de Mary Engel consacrés à ses deux parents !  (Carlotta)
A DARK DARK MAN
A Dark Dark ManBien que jeune flic, Bekzat connaît déjà toutes les ficelles de la corruption policière. Il faut dire qu’il est à bonne école avec ses collègues. Voilà qu’il s’agit d’étouffer une nouvelle affaire crapuleuse. Mais une journaliste pugnace s’en mêle et trouble les combines bien installées… Brillant cinéaste kazakh, Adilkhan Yerzhanov réussit un magnifique et grinçant polar des steppes autour d’un personnage en survie face à la violence du monde… Volontiers comparé aux frères Coen, Yerzhanov observe, avec un superbe sens de la mise en scène, une humanité lamentable et un homme égaré dans le labyrinthe de la vie. Mais Bekzat (Daniar Alshinov) va parvenir à une métamorphose passant d’un niveau moral douteux à un niveau de conscience élevée. La poésie et l’humour noir sont au rendez-vous pour perturber un sombre réalisme… Dans les bonus, on trouve une longue interview du cinéaste décryptant son travail. (Arizona Distribution)
PARIS POLICE 1900
Paris Police 1900Dans le Paris de 1899, la Troisième République est sur le point d’exploser. Les menaces sont multiples et le président Félix Faure vient de succomber dans les bras de son experte maîtresse. Dans ce contexte troublé, Antoine Jouin, jeune flic ambitieux, mène l’enquête autour du corps d’une femme retrouvé découpé dans une valise… Créée par Fabien Nury, la nouvelle série de Canal+ (8 épisodes de 52 minutes) est palpitante à souhait et plonge le spectateur dans une époque bien glauque et sacrément violente où, sur fond d’affaire Dreyfus, règne l’antisémitisme le plus décomplexé… On s’attache très vite à des personnages historiques comme le préfet Lépine, redoutable stratège républicain aux prises avec le tribun Jules Guérin, patron du journal L’antijuif et évidemment à des femmes résolues et courageuses comme la jeune avocate Jeanne Chauvin ou encore Marguerite Steinheil, amante de Félix Faure et courtisane reconvertie en espionne… (Studiocanal)
IL DIVO
Il DivoHomme politique au long cours et figure emblématique de la Démocratie chrétienne italienne, Giulio Andreotti (1919-2013) était un Belzébuth pour ses détracteurs et le Divin pour ses fans. En 2008, Paolo Sorrentino plonge dans les années noires de la politique transalpine quand des Falcone, Dalla Chiesa ou Aldo Moro tombaient sous les balles terroristes. Président du Conseil à sept reprises entre 1972 et 1992, Andreotti fut fréquemment suspecté d’avoir partie liée avec la mafia mais il échappa toujours à la justice. Ce portait (assassin) qui ausculte le bien, le mal et le pouvoir est une œuvre visuellement brillante qu’on retrouve sur un bon Blu-ray. Aux accents de la Pavane pour une infante défunte de Fauré, la déambulation à l’aube d’un véritable Nosferatu (incarné par l’excellent Toni Servillo) dans les rues vides de Rome est un moment magnifique ! (Studiocanal)
LA VOIX HUMAINE
Voix HumaineEn adaptant librement l’œuvre de Jean Cocteau (qu’il avait découverte, dans les années 70 à travers L’Amore de Roberto Rossellini), Pedro Almodovar retrouve l’une de ses chères femmes au bord de la crise de nerfs. Dans son appartement, une femme attend l’homme qu’elle aime, qui l’a quittée et qui ne viendra pas récupérer ses valises autour desquelles tourne son chien, lui aussi, abandonné. Pleine de grâce et de rage (quand elle manie la hache), Tilda Swinton est superbe dans sa quête d’autonomie morale et de dignité et son long monologue est une passionnante réflexion sur le désir et la douleur des sentiments non réciproques. Et puis Almodovar se joue aussi avec brio des codes du théâtre et du cinéma. Ce film court (29 minutes) est accompagné, en bonus, d’une conversation (45 minutes) mené par Mark Kermode avec le cinéaste espagnol et son actrice. (Pathé)
BLACKBIRD
BlackbirdAtteinte d’une maladie dégénérative incurable qui lui paralyse peu à peu le corps, Lily refuse de continuer à vivre dans cette situation et préfère mettre fin à ses jours par un suicide assisté. Le temps d’un week-end, Lily et son mari Paul (Sam Neill) réunissent leur famille pour leur faire part de la difficile nouvelle. Roger Michell (Coup de foudre à Notting Hill en 1999) s’est lancé, ici, dans une entreprise périlleuse tant le risque du pathos était grand. Mais, dans ce remake du film danois Stille hjerte de Bille August (2014), le cinéaste sud-africain réussit à insuffler au drame une vérité bouleversante et jamais larmoyante. Entourée de Kate Winslet et Mia Wasikowska dans le rôle de ses filles, la grande Susan Sarandon apporte à Lily une émotion magnifique. (Metropolitan)
FUKUSHIMA 50
Fukushima 50Le 11 mars 2011, un violent tremblement de terre frappe le nord-est du Japon et engendre un énorme tsunami (responsable de 90% des quelque 18.000 morts et disparus) qui va provoquer la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima. En s’appuyant sur les faits réels, le cinéaste Setsuro Wakamatsu a réalisé un drame qui suit précisément les efforts de cinquante volontaires qui, coupés de toute aide extérieure, ont réussi au péril de leur vie, à éviter un drame plus grave encore. Construite autour de deux figures héroïques –Masao Yoshida, le directeur de la centrale et Toshio Izaki, le chef de la salle de contrôle des réacteurs- cette aventure mêle l’action, la tension, le suspense et célèbre le courage et le sacrifice des 50. (FIP-ESC)
L’HOMME A L’AFFUT
Homme AffutChauffeur-livreur à San Francisco, Eddie Miller, type banal et malhabile avec les femmes, vit en solitaire. Pris parfois de pulsions meurtrières, il tue au hasard des femmes brunes avec son fusil à lunette. En 1952, Edward Dmytrick, de retour à Hollywood après un exil politique en Angleterre, signe cet excellent film noir sec et violent. Ici, point d’enquête (on sait d’entrée qui est le sniper) mais plutôt un portrait sous tension d’un psychopathe (Arthur Franz dans, probablement, son meilleur rôle) qui mène une lutte perdue d’avance contre sa folie et ses instincts violents. Désemparée face aux crimes et à un tueur dont elle ne parvient pas à comprend les mobiles, la police fait appel à un psychologue… (Sidonis Calysta)
LA NUIT DE DECEMBRE
Nuit DecembreGrand pianiste virtuose, Pierre Darmont est séduit, en 1939, par une jeune femme qui lui rappelle une brève aventure amoureuse survenue 20 années plus tôt. Mais la belle qu’il voudrait épouser, est peut-être… sa fille. Comme Robert Siodmak ou Fritz Lang, le cinéaste allemand Curtis Bernhardt a fui, dans les années 30, l’Allemagne nazie pour se rendre aux USA. Auparavant, tous firent escale en France. En 1939, Bernhardt y tourne ce mélo musical (on entend Beethoven, Chopin, Liszt, Berlioz) où Pierre Blanchar incarne le pianiste et Renée Saint-Cyr, le double rôle de la femme aimée. Dans le rôle d’un chef d’orchestre, on reconnaît le compositeur français Maurice Jaubert. (Gaumont)
THE GOOD CRIMINAL
The Good CriminalBraqueur de banque solitaire, Thomas Dolan est décidé à se ranger des voitures parce qu’il a rencontré la belle Annie (Kate Walsh). Il propose au FBI un arrangement –rendre l’argent et purger une peine « légère »- mais deux agents corrompus vont le piéger. Depuis Taken (2008), on sait que Liam Neeson (héros aussi de La liste de Schindler) est « abonné » aux rôles de dur. Cette fois encore, le voilà en bandit décidé à tout arrêter et qui se retrouve pris au  piège… Toujours bien cabossé, Neeson finit évidemment par trouver les solutions radicales pour mettre les affreux hors d’état de nuire. Si le scénario n’est pas vraiment surprenant, ce polar demeure un spectacle d’action tout à fait honorable. (Metropolitan)
UN PAYS QUI SE TIENT SAGE
Pays Qui Tient SageJournaliste « franc-tireur », David Dufresne se consacre, depuis le milieu des années 1990, aux problématiques de la police et des libertés publiques. En réunissant des vidéos tournées entre novembre 2018 et février 2020 par des manifestants ou des reporters indépendants pendant le mouvement des Gilets jaunes, il signe son premier long-métrage pour le grand écran. Ces vidéos sur des affrontements entre manifestants et policiers, ciblent clairement les violences des forces de l’ordre. Un propos très engagé sur une actualité toujours brûlante où il est question de la juste mesure entre violence et légitimité. (jour2fête)
LE FILS DU MASK
Fils MaskEn 1994, Chuck Russell, en compagnie d’un Jim Carrey totalement déjanté, avait frappé fort avec The Mask. Donner une suite à cette histoire aussi loufoque que fantastique tenait sans doute de la gageure. Lawrence Guterman s’y est risqué quand même… Dessinateur d’animation à la vie banale, Tim Avery (Jamie Kennedy, vu dans Scream) a trouvé le fameux masque de Loki. Sa vie va en être transformée, surtout qu’Alvey, son bébé, a été « touché » par les pouvoirs du masque et qu’il va s’en servir… Mêlant le cartoon et les prises de vues réelles, le film s’applique à aligner, pas toujours avec finesse, des gags « à la Tex Avery »… (Metropolitan)

LA SHOAH, LES MACHIAVELIQUES, LES MUSICOS, LE VENGEUR… ET UNE BOUGIE  

J’AIMERAIS QU’IL RESTE QUELQUE CHOSE
Aimerais Reste QQchoseChaque semaine, des bénévoles du Mémorial de la Shoah à Paris recueillent des témoignages et collectent (ah, cet émouvant brassard avec l’étoile de David porté dans le ghetto de Tarnow !) les archives personnelles des déportés et de leurs familles. Ludovic Cantais a consacré un documentaire à ce travail de mémoire. Dans la sobriété de la mise en images et au fil d’entretiens très bouleversants, on mesure avec force la présence des absents tandis que défilent les images sépia de bonheurs disparus. Liliane, Daniel, Jacques, François, Raymond et les autres livrent des fragments poignants d’existences fracassées entre Pithiviers et Auschwitz. Ce film, indispensable pour ne pas céder à l’oubli, s’achève devant le Mur des Noms qui garde la mémoire des 75 568 Juifs français et étrangers déportés de France. (La Luna)
DES PAS DANS LE BROUILLARD
Pas dans BrouillardAssassin de sa femme, Stephen Lowry joue les veufs éplorés. Seule, Lily, sa jeune domestique, n’est pas dupe. Ayant découvert une preuve qui accable son maître, elle le fait chanter pour devenir la maîtresse de maison. A ses risques et périls… En 1955, Arthur Lubin, cinéaste aujourd’hui oublié, signe un excellent film noir amplifié par le décor gothique d’un lieu quasiment fantastique. Stewart Granger incarne un individu cynique et odieux (il faut voir son sourire devant le portrait de sa femme disparue) tandis que la belle Jean Simmons (épouse de Granger à la ville) est remarquable en femme qui rêve de s’élever dans la société. Les deux forment un « couple » machiavélique piégé par le crime et le désir. (Sidonis Calysta)
THE COMMITMENTS
Commitments« Nous sommes les rédempteurs de l’âme soul !» C’est le credo de Jimmy Rabbitte et de ses copains musiciens qui traînent leurs guêtres dans la capitale irlandaise. En 1991, Alan Parker adapte l’Irlandais Roddy Doyle et plonge dans le quotidien d’une bande de jeunes chômeurs dublinois. Au cœur d’une chronique rythmée et riche de multiples notations sur la misère sociale du Dublin des années 80, le cinéaste anglais capte une puissante énergie musicale née de la volonté de Jimmy de fonder un groupe de soul. De Deco, le chanteur déjanté au trompettiste Joey « The Lips » Fagan en passant par trois charmantes choristes, cette comédie musicale, tour à tour drôle et mélancolique, dessine de savoureux portraits de « musicos »… (Metropolitan)
LES CHAROGNARDS
CharognardsChef d’une bande de hors-la-loi, Frank Calder enlève, au Texas, l’institutrice Melissa Ruger parce qu’il veut qu’elle lui apprenne à lire. Ce que Calder ignore, c’est que la belle Melissa (pour laquelle il va rapidement éprouver des sentiments amoureux) est l’épouse de Brandt Ruger, le potentat local. Celui-ci apprend l’enlèvement de sa femme juste au moment où il s’apprête à partir à la chasse avec ses amis… Fou furieux et jaloux, Ruger décide de changer de… chasse. Avec The Hunting Party, Don Medford met en scène une traque sauvage et meurtrière tout à fait haletante. Oliver Reed et Candice Bergen sont très bons tandis que Gene Hackman compose un personnage d’une férocité absolue, prêt à abattre, avec son fusil à longue portée, les bandits les uns après les autres pour assouvir sa haine. (Sidonis Calysta)
MARIE-MARTINE
Marie Martine« Tiens ta bougie… droite ! » Prononcée cinq fois par Saturnin Fabre, la réplique est devenue culte au point qu’on supprima le dernier « Droite ! » pour permettre au public, dans les salles, de le dire. Mais le mélodrame réalisé en 1942 par le Belge Albert Valentin (1902-1968) ne se résume pas à cette trouvaille… Au-delà de la mise en scène rythmée de Valentin et la présence d’acteurs réputés comme Jules Berry comme toujours parfait en type foncièrement odieux, Renée Saint-Cyr ou Bernard Blier en jeune premier un peu naïf, c’est le scénario de Jacques Viot qui est remarquable. Grâce à un triple flash-back à la chronologie inversée, on se glisse dans l’histoire de Marie-Martine, bouleversée par la publication d’un livre sur son histoire alors qu’elle avait réussi à faire table rase de son funeste passé… (Gaumont)
JARDINS DE PIERRE
Jardins PierreHollywood a largement traité de la guerre du Vietnam. Coppola le fit sur le mode lyrico-infernal avec Apocalypse now. Huit ans plus tard, en 1987, le cinéaste revient à la question du conflit vietnamien mais en choisissant la sobriété pour évoquer les doutes, les hantises des soldats à travers les missions de la garde chargée de rendre les honneurs lors des funérailles militaires au cimetière d’Arlington. Coppola se glisse ainsi dans la relation quasi-paternelle entre le lieutenant Willow, jeune recrue idéaliste qui va partir au Vietnam et le sergent Clell Hazard, vétéran de Corée (remarquable James Caan) qui a cessé de croire à la nécessité de ce conflit. Une œuvre humaniste superbement intime (et méconnue) sur l’innocence perdue. (Carlotta)
CITY HALL
City HallA 91 ans, l’Américain Frederick Wiseman est une figure majeure du cinéma documentaire et on se souvient de films comme National Gallery (2014) sur le grand musée londonien ou Ex Libris (2017) consacré à la Bibliothèque publique de New York. Après s’être intéressé en 2018 à la vie rurale de Monrovia (Indiana), il a investi la municipalité de Boston. Avec pour pivot le grand bâtiment (plutôt laid) de l’Hôtel de ville, Wiseman observe longuement (272 minutes) comment le maire démocrate Martin J. Walsh et ses équipes travaillent, avec une population multiculturaliste, à la mise en place d’une politique sociale, culturelle et égalitaire. En bon observateur des institutions américaines, Wiseman réussit d’excellents portraits qui viennent aussi, en contrepoint à la politique de Trump, parler de la possibilité d’une Amérique unie… (jour2fête)
LE MIEL DU DIABLE
Miel DiableMaître du cinéma populaire italien à l’aise dans le western, le giallo ou l’horreur, Lucio Fulci est, en 1985, un cinéaste qui accumule de sérieux problèmes de santé et qui n’ignore pas que ses années fastes sont derrière lui. Intrigué par l’idée d’une relation sado-masochiste et de la misère sexuelle qui réunit victime et bourreau, Fulci (1927-1996) va tourner, en Espagne, un thriller érotique (le cinéaste préfère parler d’« histoire de destruction entre deux personnages ») qui n’aura pas de succès mais surprendra (agréablement) les fans du maître. Cette œuvre sous-estimée est présentée dans un bon mediabook largement illustré qui détaille la genèse de Il miele dell diavolo, la carrière du cinéaste, des comédiens (Blanca Marsillach, Corinne Cléry, Brett Halsey) et décrypte les personnages et leurs aspirations… (Artus Films)
LE PROCES DE JULIE RICHARDS
Proces Julie RichardsAlors que, dans les années 60, l’image du Noir à Hollywood commence à évoluer, Larry Peerce signe One Potato Two Potato (1964) qui met en scène le drame de Julie Richards (Barbara Barrie, prix d’interprétation à Cannes), une employée blanche, divorcée et mère d’une petite fille qu’elle élève avec amour. Lorsque Julie refait sa vie avec Frank, un Afro-américain (Bernie Hamilton), son ex-mari entreprend de la traîner devant les tribunaux. Il réclame la garde de l’enfant considérant que son bien-être est mis en péril dans ce couple interracial. Dans la collection Make my Day dirigée par Jean-Baptiste Thoret, un bon drame sociétal autour d’un couple qui affronte un système inique. (Studiocanal)
THE MACHINIST
The MachinistEmployé de maintenance dans une usine, Trevor Reznik souffre de graves insomnies qui le rendent de plus en plus émacié… Hanté par des visions où les objets du quotidien deviennent menaçants, Trevor, qui a pour seules amies Stevie, une prostituée (Jennifer Jason Leigh) et Maria, une serveuse dans un bar d’aéroport (Aitana Sanchez-Gijon), plonge dans la paranoïa et se persuade qu’il est l’objet d’un complot. Avec un fascinant Christian Bale qui a perdu 28 kilos en trois mois pour incarner Reznik et un scénario-puzzle virtuose (influencé par Dostoïevski), Brad Anderson réalise, en 2005, un drame de la solitude angoissant. L’image est sombre et sinistre à souhait pour habiller l’aventure d’un type halluciné qui n’a pas dormi depuis un an. Au bord de la rupture, Reznik cherche son « chemin du salut »… (ESC)
LA RAISON D’ETAT
RaisonEtat« Vous connaissez quelqu’un qui, dans l’Histoire, a eu raison contre la raison d’Etat ? » Cynique responsable des ventes d’armes au sein du gouvernement français, Jean-Philippe Leroi répond ainsi à Angela Ravelli. Cette scientifique italienne est prête à dénoncer, en mémoire de son ami, le biologiste et activiste Marrot tué dans des conditions troubles, le trafic d’armes responsable de la mort de 240 enfants abattus dans un avion au-dessus de l’Afrique… Au long de sa carrière et malgré la censure, André Cayatte (1909-1989) a mis en procès une société en voie de déshumanisation. En 1978, avec une belle affiche (Jean Yanne, Michel Bouquet, Monica Vitti, François Périer), il décrit le trafic d’armes mais aussi les machinations brutales organisées pour faire taire les « gêneurs »… (Gaumont)
LOVECRAFT COUNTRY
Lovecraft CountryParce que son père a disparu mystérieusement, Atticus Black, (jeune) vétéran de la guerre de Corée (Jonathan Majors), va se lancer, en compagnie de son amie d’enfance Letitia (Jurnee Smollett-Bell) et de son oncle George (Courtney B. Vance), dans un road-trip à travers l’Amérique ségrégationniste des années cinquante au temps des lois Jim Crow. Pour HBO, en adaptant le roman éponyme de Matt Ruff, le trio Misha Green, Jordan Peele et J.J.Abrams a imaginé une série qui fait la part belle tant au thriller social qu’à l’horreur. Dans une première saison (dix épisodes), on voyage parmi quelques belles crapules racistes tandis que surgissent des monstres qui pourraient sortir tout droit de l’univers d’HP Lovecraft. Prenant et sauvage ! (Warner)

LA RETIRADA, LA MEMOIRE, LA DISTANCE, LES SENTIMENTS  

JOSEP
JosepRécent prix Louis Delluc 2021 du premier film et en lice pour les César, voici la destinée (bien réelle) du dessinateur catalan Josep Bartoli mise en scène, sous la forme d’un long-métrage animé par le dessinateur de presse Aurel. Caricaturiste au trait féroce et membre du PC catalan, Bartoli fuit, durant l’hiver 1939, les exactions du franquisme. Comme quelque 500.000 autres réfugiés espagnols, il traverse les Pyrénées sous la neige et cherche abri en France. C’est l’épisode tragique de la « Retirada » dont atteste toujours l’impressionnant Mémorial de Rivesaltes à côté de Perpignan. Avec un graphisme de qualité, Aurel réussit brillamment la rencontre entre l’Histoire (comment ces Républicains ont été malmenés et humiliés par la France) et la fiction à travers un personnage de gendarme français qui, à sa manière, résista en secourant Josep. Et le raconte, ici, à son petit-fils… (Blaq Out)
PEGGY SUE S’EST MARIEE
Peggy Sue s'est mariéeLa quarantaine passée, Peggy Sue s’est séparée de Charlie, son grand amour de jeunesse (Nicolas Cage). A la fête des anciens du lycée Buchanan, classe 1960, elle retrouve tous ses camarades d’alors. Mieux, elle est élue reine de la soirée. Lorsqu’elle aperçoit Charlie dans l’assemblée, Peggy Sue s’évanouit… et se réveille 25 ans plus tôt, à l’infirmerie du lycée. Retour dans les années lycée où Peggy Sue (l’excellente Kathleen Turner) évolue, adulte, au cœur du passé. Dans la veine des comédies de remariage qu’Hollywood affectionnait dans les années cinquante, Coppola distille, en 1986, un gracieux conte de fées sentimental et mélancolique sur les sixties. Comment saisir la chance de changer sa vie ou… de réussir à l’accepter. Une belle version restaurée avec, en supplément, une bonne analyse du film par Jean-Bpatiste Thoret. (Carlotta)
A CŒUR BATTANT
A Coeur BattantJeune couple parisien, Julie et Yuval vivent une relation fusionnelle autour de leur petit Leny… Unis par l’amour, ils vont être séparés par la distance. Parti en Israël pour renouveler ses papiers, Yuval se retrouve bloqué à Tel Aviv dans sa famille. C’est désormais à travers les écrans d’ordinateur que les deux communiquent… En confrontant un bel amour aux technologies modernes, la réalisatrice Keren Bel Rafael réussit un film épatant autant par sa maîtrise des dispositifs de mise en scène que par la puissante émotion qui se dégage de cette chronique intime d’autant que les choses ne semblent pas s’arranger dans le couple. Judith Chemla (Julie) est magnifique et vibrante alors qu’Arieh Worthalter fait évoluer son Yuval entre force et fragilité. Dans les suppléments, la réalisatrice décrypte très bien sa manière de travailler… (Condor)
LES CHOSES QU’ON DT, LES CHOSES QU’ON FAIT
Choses Qu'on DitAprès une histoire amoureuse délicate, Maxime rend visite à son cousin François. Celui-ci est absent et c’est Daphné, sa compagne, qui l’accueille. Petit à petit, les deux vont se confier l’un à l’autre. Ceux qui connaissent le cinéma d’Emmanuel Mouret reconnaîtront aisément sa manière de traiter, avec finesse et mélancolie, du sentiment amoureux. Ici, Mouret (qui est en lice pour une sacrée brassée de César) réussit un récit tour à tour touchant, élégant et malicieux. La mise en scène est construite comme un brillant puzzle qui garde le spectateur en haleine même si le film est riche en textes. Enfin les comédiens (Niels Schneider, Camélia Jordana, Vincent Macaigne, Guillaume Gouix, Emilie Dequenne) sont tous au diapason. Emmanuel Mouret est au sommet de son art pour disserter de l’harmonie et des paradoxes des choses de l’amour ! (Blaq Out)
JABBERWOCKY
Jabberwocky« Entre King Kong et Sacré Graal… mais en mieux » dit un slogan promotionnel pour le premier film en solo (même si une grande partie des Monty Python figure au casting) de Terry Gilliam après de très fameuses années télévisuelles avec les délirants British. En 1977, le cinéaste américain imagine, d’après un poème de Lewis Carroll, une aventure fantastico-médiévale où le jeune Dennis tente de conquérir Griselda sa dulcinée tandis qu’un monstre nommé Jabberwocky sème la terreur au point que le roi Bruno le Contestable promet la main de sa fille à celui qui terrassera la bête. Délirant, jubilatoire, foutraque, un joyeux moment d’humour absurde dans une belle version restaurée accompagnée de précieux suppléments, notamment un bon making of  ou encore le poème de Lewis Carroll lu par Sir Michael Palin et Annette Badland !  (Carlotta)
JE SUIS UN AVENTURIER
Je Suis AventurierQuatrième des cinq films du cycle de westerns (après Winchester 73, Les affameurs, L’appât et avant L’homme de la plaine) qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart, The Far Country (1954) est considéré comme une synthèse de l’art de Mann. En 1896, Jeff Webster, aventurier individualiste, achemine, avec son ami Ben, des bovins vers l’Alaska, lors de la Ruée vers l’or du Klondike. Dépouillé de ses bêtes par un shérif véreux et faussement débonnaire, Webster va accepter d’escorter une femme d’affaires avant d’arriver à Dawson pour exploiter une mine d’or afin de s’offrir le ranch de ses rêves… Voilà une réussite totale du western où, dans de superbes paysages neigeux des Rocheuses, le cinéaste développe de multiples facettes du genre. Stewart est magnifique en solitaire endurci, pionnier droit d’une époque révolue… (Sidonis Calysta)
JEANNE D’ARC
Jeanne d'ArcDe Méliès à Bruno Dumont en passant par Bresson, Preminger ou Dreyer, on a bien dû voir une cinquantaine de Jeanne d’Arc sur grand écran. Mais on ne connaissait pas la version de Gustav Ucicky, premier film sonore sur la Pucelle d’Orléans. D’ailleurs, on a cru le film disparu. Il est vrai aussi qu’il n’eut aucun succès à sa sortie à Berlin en 1935. Présenté dans un beau mediabook (80 pages de précisions et d’analyses sur le phénomène Jeanne d’Arc), Das Mädchen Johanna est une vraie curiosité née au cœur de l’industrie culturelle nazie dirigée par Goebbels.  Dans une imagerie médiévale soignée, Angela Salloker se glisse dans l’armure d’argent de la fille de Domrémy pour un pamphlet anglophobe (Talbot est spécialement grotesque) qui est aussi voulu, en creux, par ses auteurs comme une apologie d’Hitler en sauveur du peuple… (Artus Films)
MISS
MissA l’école, les petits garçons rêvent d’être pompier ou pilote de ligne. Avec sa gueule d’ange, Alex, lui, veut être Miss France. Auteur en 2013 du touchant La cage dorée, Ruben Alves signe une fable sensible qui interroge la notion de féminité et signe une comédie sur le courage qu’il faut pour changer d’identité. Dans les coulisses du concours Miss France (que la mère d’Alex considère comme « le temple de l’asservissement de la femme ») où les candidates se préparent et s’affrontent, le cinéaste observe, avec tendresse, comment Alex se bat « pour être quelqu’un ». Même si Isabelle Nanty ou Thibault de Montalembert (en travesti prostitué) sont étonnants, le film repose sur l’épatant Alexandre Wetter (en piste pour un César) qui réussit parfaitement à nous faire croire à cet Alex qui croit, lui, de plus en plus fort à son rêve. (Warner)
LA PEINE DU TALION
Peine TalionA la fin de la guerre de Sécession, le colonel nordiste Owen Devereaux est nommé juge et il réussit à convaincre son ami, le capitaine Del Stewart (William Holden) d’accepter le poste de shérif d’une petite ville. Mais, comme il le confie à son journal intime, Devereaux est hanté par un acte terrible. Alors que l’armistice venait d’être déclarée, il a fait massacrer une centaine de soldats confédérés qui voulaient se rendre et agitaient un drapeau blanc. En 1948, Glenn Ford incarne l’un des rares rôles antipathiques de sa carrière avec ce fou affamé de pouvoir et jaloux de Del pour lequel son épouse Caroline (Ellen Drew) a plus que de la sympathie. Si la mise en scène d’Henry Levin manque singulièrement de force, cette aventure westernienne (The Man from Colorado en v.o.) vaut cependant pour la descente aux enfers d’un officier rendu à la vie civile et traumatisé par les horreurs de la guerre au point de voir son état mental se dégrader… (Sidonis Calysta)
PETIT VAMPIRE
Petit Vampire« Ca fait 300 ans que j’ai dix ans ! » Autant dire que Petit vampire s’ennuie ferme dans le beau manoir qu’il occupe avec Pandora, sa mère, sur la Côte d’Azur. Le gamin veut aller à l’école pour se faire un ami quitte à braver les interdits maternels. Ce sera Michel, pas plus apeuré que cela à l’idée de se frotter aux morts-vivants. Déjà présent au cinéma avec Gainsbourg, vie héroïque (2010) et Le chat du rabbin (2011), Joann Sfar adapte à nouveau l’une des ses bandes dessinées et signe un film d’animation allègre, au rythme soutenu, qui célèbre avec humour les vertus de l’amitié. Autant les enfants que les parents (avec une suite de savoureuses références au cinéma) trouveront du plaisir aux démêlés du petit vampire, de son copain Michel, de Fantomate, le bouledogue à l’accent marseillais avec le terrible Gibbous… (Studiocanal)
CALIFORNIE EN FLAMMES
Californie FlammesEntre 1823 et 1841, la lutte est rude entre ceux qui veulent faire entrer la Californie, alors territoire mexicain, dans les USA et leurs adversaires soutenus par la… Russie tsariste. Le sémillant Arturo Bordega milite pour l’Union et il sera soutenu par la belle Américaine Julia Lawrence dont le père, armurier, a été abattu par des bandits… Réalisé en 1952 par Lew Landers, California Conquest est une curieuse série B d’aventure en technicolor qui, au-delà de son côté historique réel, repose sur des chevauchées, des duels et des traquenards. Les deux comédiens en tête d’affiche, Teresa Wright et Cornel Wilde, tirent joliment leur épingle du jeu. Dans les suppléments, le comédien évoque, avec beaucoup d’humour, son parcours d’acteur. (Sidonis Calysta)
MA BELLE FAMILLE, NOEL ET MOI
Belle Famille Noel MoiNoël, période idéale pour annoncer son mariage ! C’est exactement ce qu’a prévu de faire la charmante Abby Holland. Le problème, c’est que son plan va être singulièrement chamboulé lorsqu’elle constate que sa partenaire Harper n’a pas fait son coming-out auprès de ses parents très conservateurs. Sur fond d’amours lesbiennes et d’acceptation de la différence, voilà une comédie romantique bien agréable. En s’appuyant sur la drôlerie de Kristen Stewart et Mackenzie Davis aux prises avec les questions, les mensonges et les faux-semblants, la cinéaste Clea DuVall (vue comme comédienne dans l’excellent Argo en 2012) s’amuse autant des clichés LGBT que de Noël. On se laisse séduire sans peine par cette Happiest Season. (Sony)

LE GAMIN, LAURE CALAMY, MI-AOUT, LE CHAMPION ALCOOLIQUE ET BORIS KARLOFF  

THE KID
The KidLe 6 février 1921, l’Amérique découvre sur ses grands écrans The Kid, le premier long-métrage de Charlie Chaplin qui sera assez largement considéré par la critique comme l’une des plus grandes œuvres du muet. Enorme succès de 1921, cette histoire de bébé abandonné par sa mère et recueilli par Charlot ne cesse toujours, 100 ans plus tard, d’émouvoir. Le bébé devenu un gamin (Jackie Coogan) et le vagabond font équipe pour gagner leur vie en cassant puis en réparant les vitres du quartier. Mais lorsque l’enfant tombe malade, les services sociaux tentent de les séparer. Pour le centenaire du Kid, on peut se replonger dans la belle version restaurée 4K qui contient, outre d’excellents bonus, la musique originale de Chaplin pour son film, restaurée, adaptée et dirigée par Timothy Brock, enregistrée en 2016 par l’Orchestre du Teatro Comunale de Bologne. (Potemkine)
ANTOINETTE DANS LES CEVENNES
Antoinette CevennesA l’heure des grandes vacances, Antoinette Lapouge apprend que son amant (et père de l’une de ses élèves de primaire) ne partagera pas la semaine de villégiature qu’ils avaient prévu ensemble. Comme il part en randonnée dans les Cévennes avec son épouse et sa ille, Antoinette, mortifiée, décide d’en faire autant. Commence alors, dans la lumière estivale d’une nature superbe et sur les pas de Stevenson, une épopée à la fois tendre et picaresque où Antoinette et son âne Patrick entreprennent un cheminement qui devient vite existentiel. Caroline Vignal réussit une excellente et réjouissante comédie pleine d’humour et d’émotion. Quant à la géniale Laure Calamy, omniprésente à l’écran dans son plus beau rôle, elle nous fait partager avec bonheur cette ode à la liberté ! (Diaphana)
MADE IN HONG KONG
Made Hong KongGrand adolescent passablement voyou, Mi-Août (le dégingandé Sam Lee) est collecteur de dettes pour un gangster nommé Wing. Son existence va être bouleversée par deux rencontres, celle de Jacky, un paumé handicapé mental et de la ravissante Ah Ping atteinte d’une maladie incurable. Mi-Août est aussi hantée toutes les nuits par le « fantôme » de Boshan, une lycéenne qui s’est jetée d’un immeuble. A l’heure de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, le cinéaste hongkongais Fruit Chan signe, en 1997, son troisième film en forme d’errance urbaine (dans une belle version restaurée) à l’écriture brillante et audacieuse. Quand un trio de jeunes désoeuvrés, dont le malaise est palpable, pensent autant à l’amour qu’à la mort, au meurtre et au suicide… (Carlotta)
JUDO
JudoMaître du polar d’action (Breaking News, Mad Detective, Vengeance), le Hongkongais Johnnie To rend, en 2004, hommage à La légende du grand Judo, premier long-métrage réalisé en 1943 par Akira Kurosawa. Mais la dédicace au maître nippon ne fait pas de Judo un remake. C’est l’évocation de trois personnages à la dérive qui tentent de donner corps à leurs rêves. Dans une ville, la nuit, To chorégraphie avec brio les déambulations nocturnes de Sze-to, ancien champion de judo devenu alcoolique et dirigeant d’un club de jazz, du jeune Tony qui veut constamment le défier et finira par y parvenir au milieu d’herbes géantes et enfin de la gracile Mona bien décidée à faire carrière dans la chanson. Au cœur de la mégapole hongkongaise, le cinéaste rend ces trois paumés très touchants. Mieux encore, To les amène, avec tendresse, vers la rédemption. (Carlotta)
LA MAISON DE LA MORT
Maison MortPar une nuit de très mauvais temps, les Waverton et leur ami Penderel demandent l’hospitalité dans une grande maison perdue dans la campagne galloise. On a cru The Old Dark House perdu… C’est donc une rareté que l’on retrouve dans une belle version restaurée. En 1932, James Whale retrouve Boris Karloff qu’il avait dirigé, l’année précédente, dans l’admirable et toujours culte Frankenstein. Le visage couturé, Karloff est à nouveau magnifique en majordome inquiétant ne s’exprimant que par des borborygmes. Autour de lui, gravitent les figures apeurées des visiteurs (dont Charles Laughton) et celles, bien dérangées, des habitants du manoir. Sur fond d’inégalités sociales et de religion, un petit bijou d’horreur gothique. Dans les bonus, on trouve un intéressant entretien avec la fille de Boris Karloff qui revient sur le film mais aussi, avec tendresse et humour, sur la carrière de son père. (Carlotta)
LA FEMME QUI S’EST ENFUIE
Femme EnfuieSon mari parti en voyage d’affaires, Gam-hee en profite pour rendre visite à trois de ses amies dans différents quartiers de la périphérie de Séoul, avec le mont Inwang en toile de fond … Un homme surgit parfois de manière inattendue (un voisin ronchon ou un ex-amant envahissant) pour interrompre leurs tranquilles conversations. Figure majeure du cinéma sud-coréen, le prolifique Hong Sang-soo (couronné meilleur réalisateur à la Berlinale 2020) distille à nouveau sa petite musique faite de notations quasiment anodines qui dessinent pourtant avec précision un « paysage » féminin plein de douceur et de mélancolie. Une œuvre minimaliste mais qui fascine pourtant par la justesse de son ton… En bonus, une analyse du film par Jacques Morice. (Capricci)
LES APPARENCES
ApparencesGrâce à son mariage avec Henri Montlibert, prestigieux chef d’orchestre, Eve papillonne avec délices dans la bonne société des « expats » de Vienne. Mais cette existence sans fausses notes va se lézarder. Henri cache une maîtresse (Laetitia Dosch, épatante de mystère) et Eve, désemparée, se laisse aller, un soir dans un bar, à une rencontre avec un jeune Viennois qui se révèlera toxique. Entre thriller, drame sentimental et étude de moeurs, Marc Fitoussi réussit un bon polar aux accents chabroliens. Benjamin Biolay est parfait en chef distant et Karin Viard excelle dans un personnage d’épouse aux abois. Pour préserver les apparences, Eve Montlibert est prête à tout, y compris à organiser de diaboliques stratagèmes… (M6)
LE TEMOIN A ABATTRE
Temoin A AbattreEn 1973, Enzo G. Castellari, auteur de multiples westerns spaghetti, signe son premier « poliziottesco » avec l’histoire du commissaire Belli (Franco Nero) aux prises avec des trafiquants de drogue qui mettent Gênes à feu et à sang. Dans l’Italie des années de plomb marquées par la violence et le terrorisme, ce film d’action sombre, intense et violent, dont la rapidité du récit est remarquable, dénonce la corruption à l’œuvre partout dans la société transalpine. Flic incorruptible mais singulièrement enragé (on songe parfois au Dirty Harry incarné par Clint Eastwood), Belli incarne l’impuissance de la police face à des personnages douteux et prêts à tout pour garantir leur impunité. Sur fond de conflit entre la loi et la justice, une nouvelle pépite dans la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. (Studiocanal)
EMA
EmaAprès avoir traité des destins de Pablo Neruda et Jackie Kennedy, le cinéaste chilien Pablo Larraín emporte le spectateur dans le drame d’Ema et Gaston. Elle est danseuse, lui chorégraphe. Ensemble, ils ont adopté le petit Polo. Après un grave accident, ils ont décidé de rendre l’enfant… D’entrée, Larrain, avec l’appui de deux comédiens brillants (Mariana Di Girolamo et Gael Garcia Bernal) plonge dans la tourmente sentimentale d’un couple déchiré qui tente de trouver des réponses autant dans la danse que dans un sexe destructeur. La mise en scène, qui magnifie les images de Valparaiso, se joue de la chronologie mais développe un charme hypnotique qui doit beaucoup à sa comédienne principale. (Potemkine)
CHAINED / BELOVED
Chained BelovedRemarqué avec Ajami (2009) co-réalisé avec Scandar Copti et couronné de la prestigieuse Caméra d’or cannoise, le cinéaste israélien Yaron Shani propose, cette fois en solo, un passionnant diptyque qui se répond à distance autour de la complexité des sentiments. Rashi est policier, Avigail infirmière et les deux s’interrogent sur leur relation amoureuse. Chained va dévoiler le point de vue masculin et Beloved, le regard féminin d’une même histoire. Rashi (Eran Naïm), le balèze macho et flic aux méthodes parfois douteuses et Avigail (Stav Almagor), la douce infirmière de gériatrie s’imposent comme des personnages très attachants. (Arte)
MIGNONNES
MignonnesAmy a 11 ans et elle étouffe entre les murs d’un appartement sans joie, auprès d’une mère très croyante qui vit tristement le fait que son mari va épouser une seconde femme… La préadolescente saisit une échappatoire auprès des Mignonnes, un groupe d’élèves de son collège qui répètent des chorégraphies en vue d’un spectacle. Avec ces nouvelles copines, Amy va trouver une « libération » passablement toxique. Dans un propos aussi courageux qu’engagé, la cinéaste Maïmouna Doucouré (remarquée pour le court Maman(s) donne un bon film féministe qui met en lumière le sujet complexe de l’hypersexualisation des filles à la préadolescence… (Blaq Out)
MON COUSIN
Mon CousinL’un est un grand patron, l’autre un doux dingue. Pierre et Adrien sont cousins mais ne se sont pas vus depuis des lustres. Des modifications de capital de l’entreprise familiale vont les réunir. On se souvenait du Jan Kounen du rude Dobermann (1997). On le retrouve dans le registre de la comédie, façon « Buddy movie » sinon que ces deux-là se prennent longuement la tête avant d’aller vers une réconciliation reposant sur un rude souvenir du passé. Ce sont évidemment Vincent Lindon et François Damiens qui portent le film à bout de bras. Le premier incarne avec aisance un PDG stressé à mort, le second est épatant en type fragile et excessif. (Pathé)
ANTEBELLUM
AntebellumEsclave noire dans une plantation de Louisiane, Eden prépare une évasion… Faulkner disait : « Le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé » et le thriller horrifique des scénaristes/réalisateurs Bush + Renz se développe entre passé et présent. D’une part, l’Amérique esclavagiste d’antan, de l’autre, Veronica (la belle Janelle Monàe dans un double rôle) militante féministe dans l’Amérique contemporaine. Dans le sillon codé du cinéma de genre, les cinéastes observent le racisme systémique de la société américaine… Un double combat à la résonance particulière entre Autant en emporte le vent et Black Lives Matter… (Metropolitan)

LES RETRAITÉS, LA CONDAMNÉE, LES PAUMÉS, LES FLICS ET LES AMIS  

CITOYENS DU MONDE
Citoyens Du MondeA 70 ans et quatre longs-métrages à son actif dont l’excellent Déjeuner du 15 août (2008) qui le révéla, Gianni Di Gregorio (qui est également un scénariste reconnu) a tout d’un « nouveau » maître de la comédie à l’italienne ! Dans la Ville éternelle photographiée avec l’œil tendre d’un vrai Romain, le cinéaste distille une petite musique pleine de charme et de mélancolie. Ouvrier à la retraite, Giorgetto touche une pension modeste et a du mal à boucler ses fins de mois. Son ami, professeur de latin (Di Gregorio lui-même), est dans une situation similaire. Ils rêvent de partir loin, là où avec peu de moyens, on vit mieux. Attilio, un brocanteur, est aussi séduit par l’idée… Mais ont-ils vraiment envie de partir ? La belle histoire, touchante et drôle, d’une petite « entreprise » amicale où la générosité est plus forte que tout. (Le Pacte)
YALDA, LA NUIT DU PARDON
YaldaC’est, menottée, que Maryam arrive, au soir de la fête traditionnelle persane de Yalda, sur le plateau de l’émission de téléréalité Le plaisir du pardon. A Téhéran, la jeune femme a été condamnée à mort pour avoir tué son mari plus âgé qu’elle. Invitée de la semaine de l’émission, Maryam pourra peut-être échapper au châtiment suprême. Encore faut-il que Mona, la fille de la victime, lui accorde son pardon. En s’inspirant de faits réels, l’Iranien Massoud Bakhshi (remarqué en 2012 avec Une famille respectable) plonge le spectateur dans un spectacle glaçant. Voir Maryam (Sadaf Asgari, étonnante) se faire juger en direct sur le petit écran entre une chanson et une pub, provoque en effet un vrai malaise… Palpitant sans tomber dans le pathos! Après la sortie du film, l’émission a été supprimée. (Pyramide)
EFFACER L’HISTORIQUE
Effacer HistoriqueDans un lotissement sans joie quelque part en province, Marie, Bertrand et Christine bataillent avec des vies difficiles où les nouvelles technologies et les réseaux sociaux occupent une grande place. Victimes de chantage à la sextape, de surendettement ou d’exploitation par une entreprise de VTC, ces trois-là décident d’entrer en guerre contre les « géants de l’internet ». Avec Blanche Gardin, Bruno Podalydès et Corinne Masiero tous trois épatants en laissés pour compte du système qui décident de ne plus se laisser marcher dessus, le duo Gustave Kervern – Benoît Delépine distille une fable nihilisto-comico-délirante qui frappe souvent juste. Cruel mais joyeusement loufoque ! (Ad Vitam)
POLICE
PoliceMission inhabituelle pour trois policiers parisiens : récupérer un étranger dans un centre de rétention et le transférer à Roissy pour une reconduite à la frontière. En chemin, Virginie, femme-flic troublée par une vie privée compliquée, comprend que l’homme risque la mort s’il rentre dans son pays. Confrontée à un vrai cas de conscience, elle cherche à convaincre ses collègues Erik et Aristide de le laisser s’échapper. Avec un regard précis, une caméra attentive et loin du film d’action, Anne Fontaine raconte une mission de nuit pour des flics ordinaires. Pas d’esbroufe mais de la nuance et une humanité saisie à fleur de peau. Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois et Payman Maadi sont excellents. (Studiocanal)
THE CLIMB
The ClimbMême s’ils ont des tempéraments bien différents, Kyle et Mike sont les meilleurs amis du monde. Et leur amitié résiste à tout, jusqu’au jour où Mike couche avec la fiancée de Kyle. Ce qu’il lui annonce alors qu’ils montent, à vélo, le col de Vence dans l’arrière-pays de la Côte d’Azur, instant emblématique qui donne son titre au premier long-métrage de Michael Angelo Covino. Le réalisateur (qui incarne Mike et a écrit le scénario avec son ami Kyle Marvin qui joue Kyle) signe une agréable comédie « de potes » où les blagues vaseuses sont remplacées par un mélange de drôlerie et de mélancolie. Voici, sur un mode doux-tendre et inventif, une « bromance » qui fait aussi songer à Woody Allen… (Metropolitan)
YUKI, LE SECRET DE LA MONTAGNE MAGIQUE
YukiPetite fille du Dieu de la Neige, Yuki vit au ciel avec ses grands-parents qui veillent sur la Terre. Elle est envoyée chez les humains pour aider un petit village en proie à d’incessantes attaques de bandits et de samouraïs. Elle dispose d’un an (sous peine de devenir un sombre vent hurlant) pour purifier ce village et faire couler sur lui le blanc manteau de la pureté. Grand représentant de l’humanisme social dans le cinéma japonais d’après-guerre, Tadashi Imai (1912-1991) donne, en 1981, une épopée dans le Japon médiéval sur fond de courage, d’amour et de foi dans la vie. Présenté dans un beau coffret, ce film d’animation, visuellement très soigné et enrichi de bons suppléments, sort en version restaurée pour la première fois en dvd en France. (Rimini)
L’ENFANT REVÉ
Enfant RevéPatron d’une scierie familiale dans le Haut-Doubs, François Receveur bataille pour la maintenir à flot. Avec son épouse Noémie, ils rêvent d’avoir un enfant mais leurs efforts répétés demeurent vains. Lorsqu’il rencontre Patricia, une belle cliente, la vie de François est bouleversée… Dans une nature qu’il filme largement et avec grâce, le Bisontin Raphaël Jacoulot décrit une passion fulgurante –on songe parfois à L’amant de Lady Chatterley pour les scènes d’amour dans la forêt- qui emporte et trouble gravement le fragile François. Toutefois le sujet central du film n’est pas un embrasement amoureux mais bien un douloureux désir d’enfant. Jalil Lespert, Louise Bourgoin et Mélanie Doutey défendent avec talent cette aventure intime… (Blaq Out)
LA DARONNE
La DaronneInterprète judiciaire franco-arabe, Patience Portefeux travaille aux écoutes téléphoniques pour la brigade des stupéfiants. En écoutant des dealers en mission, elle découvre que l’un des trafiquants n’est autre que le fils de la dévouée infirmière qui s’occupe de sa vieille mère. Elle décide alors de le couvrir. Bientôt, elle se retrouve à la tête d’un juteux trafic et doit manœuvrer avec des loulous qui voient venir la fin de la « galérance ». Avec une Isabelle Huppert manifestement à l’aise dans le contre-emploi, Jean-Paul Salomé donne une bonne petite comédie. Bien sûr, l’intrigue n’est pas bien épaisse mais le personnage de la daronne est souvent savoureux dans sa capacité à jongler entre la drogue et son job à la police… (Le Pacte)
LES HEROS NE MEURENT JAMAIS
Heros Meurent JamaisDans une rue de Paris, un SDF croit reconnaitre en Joachim un soldat mort en Bosnie le 21 août 1983. Or, cette date est justement celle de la naissance de Joachim… En partant sur les pas de Joachim (Jonathan Couzinié, remarquable) à Sarajevo, la cinéaste Aude Léa Rapin signe un premier long-métrage original puisqu’elle filme de l’intérieur la quête de Joachim qui pense être la réincarnation du soldat disparu. Avec ses amies Alice (Adèle Haenel) et Virginie (Antonia Buresi), Joachim déambule dans un pays hanté par les fantômes de la guerre. Une œuvre forte à l’esthétique brute qui associe une touche d’humour au fantastique… (Le Pacte)
CANCION SIN NOMBRE
Cancion Sin NombreJeune femme enceinte, originaire des Andes, Georgina Condori, récemment arrivée à Lima avec son mari, se rend dans une clinique offrant une assistance médicale « gratuite » pour la naissance de leur enfant. Mais l’offre est trop belle pour être vraie et l’accouchement est une torture. Pour son premier long-métrage, Melina Leon évoque, dans le Pérou de 1988, un drame récurrent dans le pays, celui du vol des bébés des Indiens Quechua pauvres qui sont vendus à l’étranger. Avec une sobre esthétique de film noir, la cinéaste décrit l’enquête kafkaïenne sur le drame du couple menée par un journaliste indépendant dans une période noire de l’histoire d’un pays en crise politique, sociale et économique… (Blaq Out)
LE BONHEUR DES UNS…
Bonheur Des UnsLéa, Marc, Karine et Francis sont deux couples d’amis de longue date… Le mari macho, la copine un peu grande gueule, chacun occupe sa place dans le groupe. L’harmonie vole en éclats lorsque Léa, vendeuse de prêt-à-porter, leur apprend qu’elle écrit un roman. Qui va devenir un best-seller. Petites jalousies et grandes vacheries commencent à fuser. En s’appuyant sur un joli quatuor (Vincent Cassel, Bérénice Béjo, Florence Foresti, François Damiens) Daniel Cohen organise une comédie qui, au départ, fait un peu boulevard. Mais le film, autour de l’axiome « C’est face au succès que l’on reconnaît ses vrais amis », va trouver son rythme et distiller une vraie tendresse pour le personnage de Léa et à sa légitimité… (M6)
EMMANUELLE
EmmanuelleEn ce temps-là, Emmanuelle se balançait voluptueusement dans son fauteuil en osier… Ce temps-là, c’étaient les seventies et plus précisément cette fin de mois de juin 1974 où un puissant tourbillon érotique, véritable phénomène de société, allait balayer durablement la France. Portée par la silhouette gracile de la Batave Sylvia Kristel (1952-2012), voici les aventures d’une jeune bourgeoise qui, partie en Thaïlande, retrouver son mari, y explorera à loisir les facettes du plaisir. Tiré d’un roman d’Emmanuelle Arsan, le film est devenu culte. Dix ans ans à l’affiche des cinémas, il y réunit 9 millions de spectateurs. On le retrouve dans une version blu-ray restaurée inédite supervisée par son réalisateur, Just Jaeckin. En bonus, un document inédit intitulé « La révolution du désir féminin à l’écran, comment aborder le film avec le regard d’aujourd’hui ? » (Studiocanal)

LE PSYCHOPATHE, LES PAIENS, LE PROTAGONISTE ET UN GENOCIDE AFRICAIN  

JOKER
JokerEmacié, les flancs creux (l’extraordinaire Joaquin Phoenix, qui a été couronné de l’Oscar du meilleur acteur, a perdu 25 kilos pour le rôle), le regard tourmenté, Arthur Fleck est un frère en désespérance violente du Travis Bickle de Taxi Driver. En racontant la naissance du pire ennemi de Bruce Wayne, alias Batman, Todd Philipps, plutôt connu pour des comédies potaches comme la trilogie Very Bad Trip, réussit un vrai film d’auteur tout en voguant aux marges de l’industrie super-héroïque. Il embarque le spectateur dans la lancinante folie de ce Fleck qui dit « Je ne veux plus me sentir aussi mal ! » alors même que Penny, sa mère lui avait assigné de donner le sourire aux autres parce que le monde est trop sombre. Lorsque ce type solitaire se retrouve avec un revolver dans les mains, la pente devient dangereuse et le chaos guette. Remarquable ! (Warner)
THE WICKER MAN
Wicker ManSur l’île écossaise reculée de Summerisle, le sergent de police Neil Howie enquête sur la disparition de la jeune Rowan Morrison. Chrétien intégriste, Howie est vite choqué par les mœurs libres des îliens, adeptes du paganisme celtique. De plus, les insulaires affirment que Rowan n’a jamais existé. Avec un ton libertaire et jubilatoire, voici une œuvre à la fois amusante et angoissante dans laquelle Christopher Lee, en seigneur de Summerisle, tient l’un de ses meilleurs rôles. Parce qu’elle fut vite invisible, cette (en)quête est devenue culte. Provocateur pour son époque (1973), ce film, le premier réalisé par Robin Hardy, est considéré par le British Film Institute comme l’une des meilleurs ce l’histoire du cinéma britannique. La collection Make my Day le remet fort à propos dans la lumière… (Studiocanal)
TENET
TenetMême sans être titulaire d’un master de philosophie, on peut clairement prendre plaisir au nouvel opus du talentueux Christopher Nolan, réalisateur notamment d’Inception, Interstellar ou Dunkerque. Blockbuster chargé de dynamiser les salles obscures après le premier confinement, ce thriller est d’une virtuosité impressionnante tant en ce qui concerne le scénario qu’une mise en scène qui n’hésite pas à jouer la carte des effets spéciaux. Le cinéaste anglo-américain a concocté un mix d’action et de science-fiction. Où l’on part, dans un monde clair-obscur, sur les traces du « Protagoniste » (John David Washington), un agent de la CIA, chargé d’empêcher, avec pour maigre viatique le mot Tenet, une troisième Guerre mondiale. Une brillante intrigue à base d’entropie et d’inversion du temps. (Warner)
PETIT PAYS
Petit PaysDans son livre éponyme paru en 2016 chez Grasset, Gaël Faye raconte, en 1993, la vie de Gabriel dans son pays natal, le Burundi, avec sa petite sœur Ana, sa mère tutsie rwandaise et son père, entrepreneur français expatrié. Eric Barbier (connu pour Les promesses de l’aube) s’est emparé de ce drame placé sous le signe de l’identité et de la folie guerrière entre les Hutus et les Tutsis. On passe, ici, d’une enfance rêvée (Gabriel, qui a une dizaine d’années en 1993, et ses copains font les 400 coups) dans un pays merveilleux à l’explosion sauvage d’un génocide sans précédent. Jean-Paul Rouve incarne avec conviction un père qui tente d’arracher sa famille à la tragédie. Un film fort et bouleversant sur un enfant face à l’atrocité… (Pathé)
SOCIETE ANONYME ANTI-CRIME
Société Anonyme AntiCrimeFace aux voyous impunis, aux truands récidivistes qui échappent à la justice et à la presse qui s’ingénie à dénoncer les méthodes de la police, le commissaire Bertone refuse de baisser les bras. A Rome, il est pourtant bien seul face à une société italienne où les institutions sont gangrenées par la corruption. Stefano Vanzina (1917-1988), plus connu sous le pseudonyme de Steno, était un spécialiste de la comédie italienne où il dirigea notamment Toto, Alberto Sordi mais aussi Bud Spencer. Ici, en 1972, il signe un solide « polizziottesco » où le flic intègre et solitaire (Enrico Maria Salerno) va affronter des collègues réunis dans un escadron de la mort, soutenu au plus niveau, qui abat froidement ceux qui dérangent l’« ordre ». Bertone le payera cher mais un procureur reprendra (peut-être) le flambeau. Un polar italien efficace ! (Artus Films)
MYSTERY ROAD – SAISON 2
Mystery RoadDu côté de Gideon, dans les terres du Nord, un corps décapité a été découvert, flottant entre deux eaux, par un pêcheur de crabes… Une nouvelle enquête commence pour Jay Swan, le flic aborigène teigneux et taiseux incarné par Aaron Pedersen, à la fois puissant et mélancolique. Pour une deuxième saison, Mystery Road plonge à nouveau, grâce à une photographie superbe, dans les grands espaces de l’Outback australien. Entre thriller et western du bush, cette saison 2 (six épisodes de 55 mn) entraîne, entre loi et traditions aborigènes ancestrales, l’enquêteur secondé par Fran Davis, une flic locale (Jada Alberts), sur la trace de vrais affreux liés à un considérable trafic de drogue. A l’œuvre sur un chantier de fouilles, une archéologue va être mêlée à l’enquête. Captivant… (Arte)
PRODIGAL SON
Prodigal SonNul n’est responsable de ses parents et Malcolm Bright, expert criminel au sein du NYPD, en sait quelque chose, lui dont le père, Martin Whitly n’est autre que « Le chirurgien », un redoutable serial killer ! Ancien du FBI, Bright œuvre comme consultant auprès de la police de New York. Un tueur en série qui imite les méthodes du « Chirurgien » va contraindre le fils à se confronter à un père longtemps perdu de vue. S’imposant comme un profiler hors du commun, Malcolm Bright (Tom Payne) excelle dans ses enquêtes au point que ses coéquipiers, les détectives Powell et Tarmel ou le docteur Tanaka, finissent par se demander si Bright n’est pas lui-même un psychopathe. La saison 1 de la série créée par Chris Fedak et Sam Sklaver, c’est de la belle ouvrage, idéale pour s’offrir des sueurs froides. (Warner)
ENRAGÉ
EnragéCoincée dans un bouchon sur une rocade de La Nouvelle Orléans alors qu’elle doit conduire son fils Kyle à l’école, Rachel Hunter apprend qu’elle vient de perdre sa meilleure cliente.  A un feu tricolore, elle klaxonne énergiquement parce que le conducteur qui la précède, ne démarre pas. Las, le type est au bout du rouleau. Enervé, il exige des excuses et veut en obtenir coûte que coûte. Pour Rachel (Caren Pistorius) traquée en compagnie de son jeune adolescent de fils, c’est un véritable cauchemar qui commence. Massif et angoissant, Russell Crowe n’est pas vraiment dans la nuance avec son personnage d’automobiliste enragé virant au fou furieux. Mais, même s’il ne fait pas dans la dentelle, ce thriller routier est bien efficace tout en proposant une bonne réflexion sur la violence urbaine… (M6)
SUR LA ROUTE DE COMPOSTELLE
Route Compostelle
Six « pèlerins » sur le fameux chemin de Compostelle, long de 900 kilomètres entre la France et l’Espagne sont les héros du documentaire imaginé par le cinéaste australien Noel Smyth et le producteur néo-zélandais Fergus Grady. Les deux jeunes auteurs se penchent, de manière à la fois réconfortante et méditative, sur les motivations de quatre femmes et deux hommes engagés sur le « Camino » au rythme quotidien de 25 kilomètres. « Nous cherchions à saisir les événements tels qu’ils survenaient et à construire la narration au gré des réflexions de nos compagnons marcheurs. Nous voulions que l’image, le son et la musique emportent les spectateurs dans ce voyage. » Sans être spécialement en quête d’élévation religieuse ou spirituelle, ils manifestent tous un beau courage et affirment une foi dans la vie. Une traversée intérieure sur un chemin de fraternité. (L’Atelier d’images)
L’INFIRMIERE
Infirmière
« A-t-on droit au bonheur quand on a détruit une famille ? » Infirmière à domicile, Ichiko s’occupe d’une vieille dame au sein d’une famille qui la considère depuis toujours comme une des leurs. Mais lorsque la cadette de la famille disparaît, Ichiko se trouve suspectée de complicité d’enlèvement. Le cinéaste japonais Kôji Fukada, remarqué naguère pour l’angoissant Harmonium, réussit, au coeur d’un thriller bien construit et glaçant, l’impressionnant portrait d’une femme (Mariko Tsutsui parfaite) emportée dans un redoutable engrenage sur fond de dérive des médias contemporains. Au-delà de la réflexion sur individu et médias, ce polar minimaliste se teinte de fantastique sur fond de vacillement mental. Le trouble envahit enfin le spectateur : Ichiko est-elle coupable ? Et, surtout, qui est-elle vraiment ? (Blaq Out)
NARCOS: MEXICO
Narcos Mexico S2
Si la saison originale de la série se penchait sur la traque du fameux baron colombien Pablo Escobar, Narcos : Mexico se concentre sur un nouvel univers avec le narcotrafic au Mexique et notamment l’ascension fulgurante de Miguel Angel Gallardo à la tête du cartel de Guadalajara ainsi que le combat de l’opiniâtre agent de la DEA Kiki Camarena (Michael Pena) qui finira tragiquement… Avec la saison 2, on suit la guerre menée par Walt Breslin dans le cadre de l’opération Leyenda. Il s’agit de capturer ou de tuer ceux qui sont mêlés à la mort de Camarena tout en démantelant le cartel de Guadalajara. Mais, au fil de sa mission, Breslin s’avisera que le Bien et le Mal sont des notions bien complexes. En dix épisodes, un thriller efficace, intense et (très) violent… (Gaumont)
LES BLAGUES DE TOTO
Blagues Toto
« Je fais rien que des bêtises » disait une chanson déjà ancienne que Toto pourrait évidemment reprendre à son compte. Car le blond petit mariole les enchaîne, les bêtises… Changer la température de l’eau de la douche, faire tomber toutes les pommes à l’étal de l’épicier… Toto (Gavril Dartevelle entouré de Guillaume de Tonquédec, Anne Marivin ou Ramzy Bédia) ne sait pas résister à une blague, quitte à pourrir la vie de ses parents, de ses profs ou du boss de son père. Mais, pour l’impertinent, le séjour à la pension guette. En adaptant la bande dessinée de Thierry Coppée, Pascal Bourdiaux signe une comédie allègre et bien troussée même si elle ne révolutionne pas le genre. Dans les salles, le film a passé la barre du million d’entrées. A déguster désormais en dvd… (M6)

CHABROL, HUSTON, ULMER, ROBERT ET LA CATASTROPHE NUCLEAIRE  

SUSPENSE AU FEMININ
Chabrol Suspense FémininGrand portraitiste de la bourgeoisie française, Claude Chabrol s’y entendait pour peaufiner de beaux personnages féminins, souvent criminels et il savait trouver les comédiennes idéales pour se glisser dans ces rôles… Un beau coffret contient les versions restaurées (pour la première fois en blu-ray) de L’enfer (1994), La cérémonie (1995), Rien ne va plus (1997), Merci pour le chocolat (2000) et La fleur du mal (2002) qui surfent avec virtuosité dans le thriller, le drame cauchemardesque ou la comédie policière. On y croise évidemment de grandes comédiennes comme Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Emmanuelle Béart, Suzanne Flon mais aussi les excellents Michel Serrault ou Jacques Dutronc. Le plaisir est d’autant grand que, parmi de riches suppléments, Chabrol analyse, avec précision et malice, différentes scènes remarquables de ses réalisations… Remarquable ! (Carlotta)
L’HOMME QUI VOULUT ETRE ROI
Homme Voulu tRoiBien sûr, il y a eu l’incontournable 007 mais, pour saluer la mémoire de Sir Sean, se plonger dans les aventures, aux Indes, de Daniel Dravot et Peachy Carnehan, deux amis britanniques, anciens militaires, francs-maçons et aventuriers aussi déterminés que peu scrupuleux, est un vrai régal. Ces deux-là, toujours en mal d’action et de sensations fortes, cultivent un rêve fou : devenir roi du Kafiristan. Autour du film richement mis en scène (1975) et adapté par John Huston d’une nouvelle de Rudyard Kipling (dont le personnage apparaît dans le film), voici un beau coffret collector riche en bonus dont un ouvrage (200 p.) de Samuel Blumenfeld avec des photos et des archives rares. L’unique rencontre entre Sean Connery et Michael Caine dont le duo fonctionne à merveille. Un sommet ! (Wild Side)
LE DEMON DE LA CHAIR
Demon ChairConsidérée à son époque comme « la plus belle femme du monde », Hedy Lamarr, fameuse pour être apparue entièrement nue en 1933 dans Extase de Gustav Machaty, incarne ici la machiavélique Jenny Hager dans The Strange woman (1946), l’une des réussites d’Edgar G. Ulmer. A mi-chemin entre le fantastique et le « film noir à costume », Ulmer (1904-1972), admiré pour son fameux Chat noir (1934) met en scène, avec une intense expressivité visuelle, une petite ville étriquée de Nouvelle-Angleterre pourrie par la violence, le vice et l’alcool. Dans cette ambiance délétère où le suspense est constant, le sadomasochisme présent et l’érotisme avoué, Jenny Hager manipule les hommes avec une morgue et un aplomb cachés sous un sourire angélique. A découvrir sans attendre ! (Artus Films)
100 ANS YVES ROBERT
Yves RobertYves Robert (1920-2002) fut un maître de la comédie française. Acteur, scénariste et producteur, le cinéaste moustachu mérite assurément le bel hommage rendu par cette intégrale de ses longs-métrages réunis dans un beau coffret. Dans ces 21 films réalisés entre 1954 et 1993, on trouve de jolies perles comme Alexandre le bienheureux (1967) mais aussi le savoureux diptyque Un éléphant, ça trompe énormément (1976) et Nous irons tous au paradis (1977) où le quatuor Rochefort, Brasseur, Bedos et Lanoux donnait toute sa mesure. Et puis, en 1990-91, Yves Robert salua Pagnol avec La gloire de mon père et Le château de ma mère. Une œuvre où le rire franc le dispute toujours à une robuste tendresse. Pour le plaisir ! (Gaumont)
CHERNOBYL
ChernobylLe 26 avril 1986, le cœur de la centrale nucléaire Lénine, dans l’actuelle Ukraine, explose et tue avant de provoquer une contamination radioactive à grande échelle. Sur la plus grande catastrophe nucléaire du 20e siècle, Craig Mazin a imaginé, pour HBO, une mini-série (5 épisodes d’une heure) qui tient tout à la fois du drame historique et du film d’horreur. En faisant se succéder autour du personnage-pivot du physicien russe Legassov, des séquences toutes plus palpitantes et angoissantes les unes que les autres, les auteurs plongent au cœur d’un désastre sur « quelque chose qui n’est jamais arrivé sur cette planète ». On mesure aussi largement le poids du politique dans cette tragédie avec une propagande largement à l’œuvre… Terrifiant ! (Warner)
FAUDA – L’INTEGRALE
Fauda S3Au cœur du conflit israélo-palestinien, Doron Kabilio, chef d’une unité des forces spéciales de l’armée de défense d’Israël, agissant sous couverture, traque les têtes pensantes du mouvement terroriste Hamas. Dans la troisième saison, Doron, infiltré comme entraîneur de boxe, prend sous son aile Bashar, le jeune cousin d’un responsable du Hamas. Créée par Lio Raz (qui incarne Doron) et Avi Issacharoff, Fauda (chaos en arabe) s’est imposée comme l’une des toutes meilleures séries de ces dernières années. Avec cette intégrale (trois saisons), on plonge dans un inextricable affrontement où les auteurs s’attachent à croiser les points de vue des deux camps opposés. Le suspense est permanent, l’action aussi et cette série israélienne magnifiquement mise en scène est haletante ! (Wild Side)
LES CONTES MERVEILLEUX DE RAY HARRYHAUSEN
Contes HarryhausenCréateur d’effets spéciaux légendaires – ainsi ceux de Jason et les argonautes ou du Voyage fantastique de Sinbad- l’Américain Ray Harryhausen (1920-2013) entreprend, à partir de 1949, un programme de cinq courts-métrages qu’il va achever en 2002. Il réalise ainsi d’étonnants « contes merveilleux » à l’aide de marionnettes articulées selon les principes de la stop-motion dont il deviendra le maître absolu. Optant pour une narration en voix off, Harryhausen propose une relecture très attachante de contes et légendes de notre enfance comme Le petit chaperon rouge, Hansel et Gretel, Raiponce, Le roi Midas ou Le lièvre et la tortue. Magique ! (Carlotta)
THE PERFECT CANDIDATE
The Perfect CandidateRévélée par l’excellent Wadjda (2012), la Saoudienne Haifaa Al Mansour, première femme cinéaste d’Arabie saoudite, consacre, après deux réalisations américaines (Mary Shelley et Une femme de tête), son quatrième long-métrage à l’aventure de Mariam (Mila Al Zahrani), médecin très impliquée dans un petit dispensaire de province. Lorsqu’elle doit candidater pour un poste de chirurgien à Ryad, on lui refuse le droit de prendre l’avion parce qu’elle est célibataire et dépourvue d’une autorisation signée par son père. Révoltée, elle décide de se présenter aux élections municipales avec pour objectif d’obtenir une route goudronnée menant à son hôpital. Avec intelligence et humour, le film décrit le quotidien de Mariam, de ses jeunes sœurs, de son père musicien veuf et dépressif.  Son combat électoral va bousculer les mœurs d’un pays très traditionnaliste… (Le Pacte)
GAME OF THRONES – L’INTEGRALE
Games ThronesOn ne présente plus la série probablement la plus emblématique de HBO ! Car les aventures de Jon Snow ou de Daenerys Targaryen et ses dragons sur les continents de Westeros et d’Essos cartonnent depuis une dizaine d’années déjà. L’intégrale (saisons 1 à 8) est en qualité 4K UHD, donc du jamais vu pour cette série médiévale à grand budget, façon Dark Fantasy et inspirée d’événements ou de personnages historiques réels, qui explore aussi bien le changement climatique que le pouvoir politique en passant par la guerre civile, la religion, le tout agrémenté largement de sexe et de violence. Avec une abondance de personnages, le casting est remarquable et l’on constate que ce sont, ici, les femmes qui mènent le bal… Incontournable ! (Warner)
FORBIDDEN HOLLYWOOD
Forbidden HollywoodPendant une brève parenthèse de 1929 à 1934, Hollywood vit à l’heure du Pré-Code qui voit fleurir nombre de films présentant plus de sexualité et de violence que par le passé et qui reflètent aussi de manière réaliste et crue la misère sociale mais aussi une certaine licence morale. Dix de ces films Pré-Code, notamment L’ange blanc avec Barbara Stanwyck et Joan Blondell ou Man Wanted avec Kay Francis, sont réunis dans un coffret (exclusivité Fnac) et offre un bon aperçu de la liberté des mœurs qui régnait alors dans la Cité des rêves. Mais bientôt le Code Hays s’abattra sur l’industrie du cinéma et, avec lui pour une longue période, une lourde censure…  Il faut dire qu’une mangeuse d’hommes comme celle incarnée par Jean Harlow dans Red-headed Woman de Jack Conway (1932) avait de quoi faire se dresser les cheveux des censeurs… (Warner)
CLINT EASTWOOD – L’INTEGRALE
EastwoodTout bonnement une somme ! Voici, en effet, un coffret qui réunit les 63 longs-métrages avec et/ou mis en scène par Clint Eastwood entre 1958 et 2019. Pour remonter le temps et mesurer combien le cinéaste, aujourd’hui âgé de 90 ans, est bien l’ultime géant d’Hollywood. En 1958, il débute dans Escadrille Lafayette et en 1971, il passe pour la première fois derrière la caméra pour Un frisson dans la nuit. En six décennies, Eastwood s’est imposé comme un maître dans une suite de films qui, de L’inspecteur Harry à Sur la route de Madison en passant par Million Dollar Baby ou Gran Torino, ont marqué le thriller, le western mais aussi le pur cinéma romantisme. Avec, en prime, une foule de suppléments. Magistral ! (Warner)
COFFRET GUERRE
Coffret GuerreAvec des comédiens de talent (Peter O’Toole, Omar Sharif, Alain Delon, Maurice Ronet, Claudia Cardinale et Anthony Quinn dans deux personnages), trois réalisateurs reconnus illustrent un genre marquant du cinéma. Avec La nuit des généraux (1967), Anatole Litvak décrit la traque par un officier déterminé (Omar Sharif) de trois généraux nazis soupçonnés de meurtres. Dans Passeurs d’hommes (1979), Lee J. Thompson plonge dans la Résistance française à travers la mission d’un rude passeur basque chargé de faire passer la frontière au professeur Bergson (James Mason) et à sa famille. Mais c’est sans compter avec un SS sadique (Malcolm McDowell). Enfin Mark Robson, dans Les centurions (1966), adapte le roman éponyme de Jean Lartéguy et brosse le portrait d’un colonel de parachutistes (inspiré par le général Marcel Bigeard) traquant un chef rebelle pendant la Guerre d’Algérie… (Sidonis Calysta)

LA MERE, LE SHERIF, LA BERGERE, LE SHOMER ET L’HOMME DANS LE MONDE  

MADRE
MadreDix ans après la perte de son jeune fils, Elena s’est installée de l’autre côté de la frontière espagnole, à proximité de la plage landaise où le gamin a disparu. Serveuse dans un restaurant de plage, elle semble avoir refait sa vie avec Joseba, un chauffeur routier. Un jour, elle croise un surfeur blond qui aurait très bien pu être son fils… Auteur des remarquables thrillers Que dios nos perdone (2016) et El Reino (2018), Rodrigo Sorogoyen signe, cette fois, un récit intimiste et douloureux autour d’une femme brisée (Marta Nieto, parfaite) qui se raccroche à un fantôme à travers un bel adolescent. Entre Elena et Jean, va s’instaurer une relation trouble que les parents de Jean voient d’un mauvais œil. Dans cette tragédie romanesque, le cinéaste capte avec brio les fragments d’une relation impossible à qualifier… (Le Pacte)
LE PAYS DE LA VIOLENCE
Pays ViolenceShérif d’une petite ville du Tennessee, Henry Tawes s’ennuie avec sa femme Ellen. Au hasard d’un contrôle routier, il tombe sous le charme de la belle et jeune Alma McCain. Désormais amoureux éperdu, Tawes est prêt à sacrifier sa famille et à transgresser la loi en couvrant le père d’Alma qui fabrique de l’alcool de contrebande. En 1970, John Frankenheimer signe la chronique d’un amour impossible dans l’atmosphère automnale et délétère du sud profond. Gregory Peck et Tuesday Weld, entourés d’Estelle Parsons ou Charles Durning, sont au cœur d’un drame superbement rythmé par les chansons de Johnny Cash dont le I Walk the Line donne son titre original au film… Dans les suppléments, Thierry Frémaux évoque l’ambiance rurale  de cette chronique desenchantée. (Sidonis Calysta)
LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF
Femme SteppesDans la steppe mongole, la police a trouvé le cadavre dénudé d’une femme. Un flic novice est chargé de veiller sur la scène de crime. Une bergère vient l’aider à se protéger du froid, à se nourrir tandis que des loups rôdent dans la nuit. Le cinéaste chinois Wang Quan’an (connu pour Le mariage de Tuya en 2006) met en scène une œuvre aussi minimaliste qu’envoûtante. L’histoire est mince comme un fil mais c’est la manière de capter l’espace immense, la lumière changeante, le froid vif, la nuit noire qui intéresse Quan’an. Les humains vivent avec leurs animaux entre sexualité, souffrance, grossesse, naissance, mort. Dans les suppléments, le Français Aymerick Pilarski, directeur de la photo, évoque avec passion son travail avec le cinéaste. (Diaphana)
THE VIGIL
The VigilYakov Ronen (Dave Davis), la trentaine, s’est éloigné depuis un moment de la communauté juive orthodoxe de Brooklyn. Contre son gré, il accepte d’être shomer, celui qui, dans le rite hébraïque, veille un défunt la nuit précédant les funérailles. Seul avec la veuve et le corps du défunt dans une maison délabrée, il se retrouve confronté à d’étranges phénomènes de plus en plus inquiétants. Les films d’horreur qui se déroulent dans la communauté juive traditionnelle sont rarissimes. Peut-être parce que l’enfer, au sens du concept chrétien, n’existe pas pour les Juifs. Mais Keith Thomas a trouvé, dans les récits talmudiques, la trace du « mazik », un démon destructeur qui fera connaître l’angoisse, une nuit durant, à un Yakov traumatisé. Terrifiant ! (Wild Side)
SANS SOLEIL
Sans SoleilVoici une belle occasion de se replonger dans l’œuvre de Chris Marker (1921-2012) avec ce documentaire expérimental (1983) doublé d’un essai poétique où se croisent, à travers le regard d’un caméraman, Sandor Krasna, des pensées et des images qui questionne son rapport aux images qu’il filme, qui met en parallèle les civilisations et interroge la place de l’homme dans le monde. Le coffret avec la version restaurée est accompagné de riches suppléments dont Le Dépays, un livre de Marker (édité en 1982 et épuisé) contenant ses propres photos sur le Japon. Avec « Lettre à Theresa de Chris Marker », on trouve une traduction inédite d’une lettre envoyée par Chris Marker pour répondre aux questions d’un ciné club sur son film, alors qu’il a toujours refusé de parler et d’expliquer son oeuvre. Un second beau coffret propose la version restaurée de La jetée (1963), autre titre-phare dans l’œuvre de Marker. (Potemkine)
VOIR LE JOUR
Voir Le JourAu bout d’une nuit agitée à l’hôpital, une mère qui attendait des jumeaux, perd l’un de ses bébés… Un drame qui va bouleverser l’équipe soignante. Adapté du roman Chambre 2 de Julie Bonnie, le troisième long-métrage de Marion Laine plonge dans le quotidien surmené du personnel d’une maternité. Malgré le sous-effectif et des conditions de travail dégradées, les sages-femmes et les professionnels ne rechignent pas à la tâche. Si le côté romanesque peut parfois paraître un peu appuyé, la dimension documentaire du film est tout à fait intéressante avec de solides et attachants personnages comme la secrète Jeanne (Sandrine Bonnaire) dont le passé revient la hanter ou Francesca (Brigitte Roüan) qui rêve d’ouvrir une maternité alternative… (Pyramide)
LE DEFI DU CHAMPION
Defi ChampionJeune star de l’AS Roma, Christian Ferro est aussi talentueux que rebelle et indiscipliné. Au soir d’un nouveau dérapage de sa vedette, le président du club décide de lui faire passer son bac. Et si Ferro n’obtient pas les (bonnes) notes qu’il faut, il restera sur la touche. En quête d’un prof pour faire entrer sa vedette dans le rang, la Roma trouve Valerio Fioretti, un enseignant pas très sensible au ballon rond. « Je suis débile, voilà le problème », constate Christian. Ce n’est pas l’avis de Fioretti (Stefano Accorsi) qui va apprendre à cette tête à claques (Andrea Carpenzano) à devenir un type bien et attachant. Pour son premier long-métrage, Leonardo d’Agostini signe un pur feelgood movie autour de l’univers du foot-business. Et il frappe dans la lucarne… (Destiny ESC)
THE WRETCHED
The WretchedPour cause de covid, le film de Brett et Drew Pierce est sorti, en mai dernier, uniquement dans les drive-in américains. Et il est vite devenu un vrai phénomène du cinéma d’horreur… Adolescent rebelle, Ben est envoyé chez son père pour devenir plus raisonnable. Bientôt, il découvre qu’Abbie, la mère de famille voisine, est habitée par un esprit malveillant. Avec de bons acteurs, des effets spéciaux nourris et bien frissonnants (le look de la sorcière est remarquable), un scénario qui ménage des surprises jusqu’à la fin, les frères Drew inscrivent l’épouvante dans un style fantastique qui rappelle celui des meilleurs auteurs de la fin des années 80. Inédit en France, voici une bonne réussite horrifique bien flippante. (Koba Films)
LUCKY STRIKE
Lucky StrikeBien mal acquis… Quand un sac bourré de gros billets de banque passe des mains d’un employé de sauna à un agent de l’immigration douteux sans oublier un dangereux prêteur sur gages, une femme battue ou une redoutable patronne de bar, véritable femme fatale… En s’appuyant sur d’excellents comédiens tous traités avec une lumière particulière, le cinéaste sud-coréen Kim Yong-hoon s’empare, pour son premier long-métrage, des codes du thriller et s’ingénie, avec une belle aisance, à composer un solide puzzle où tous les coups, surtout les plus pendables, sont permis. Même si le sang coule, ce sont bien les accents de la comédie grinçante qui dominent dans cette succession d’arnaques, de trahisons et de meurtres. (Wild Side)
LES CAHIERS D’ESTHER
Cahiers EstherFin explorateur du monde de l’adolescence, Riad Sattouf (Les beaux gosses au cinéma avec un César 2010 du meilleur premier film) a raconté, dans les pages de L’Obs avant de les reprendre en bande dessinée, les états d’âme d’Esther, une gamine qui, à la manière d’un journal intime, raconte à hauteur d’enfant sa vie, son école, ses amis, sa famille et évidemment son époque. On retrouve Esther et sa petite voix dans la seconde saison (Histoires de mes onze ans) d’une série d’animation composée de 52 épisodes d’environ deux minutes. Où il est question d’un petit frère, des garçons de la classe, de l’existence de Dieu, de la différence entre crevettes et cafards, du mariage des grands, de la tarte aux fraises ou de l’acné. C’est drôle, tendre, émouvant et cruel. (Studiocanal)
L’INCROYABLE HULK
Incroyable HulkCaché dans une favela brésilienne, Bruce Banner tente de percer le secret du mal qui l’afflige. Chaque fois que son pouls s’élève, en raison du stress ou de la colère, ce scientifique réputé, exposé naguère à une forte dose de rayons gamma, se transforme en géant vert invincible, impulsif et parfois même meurtrier. Un général (William Hurt) songe à utiliser cette force à des fins militaires. Assez loin du Marvel Comics d’origine, le film réalisé en 2008 par Louis Leterrier (reboot du Hulk d’Ang Lee en 2003) fait la part belle à Banner (le toujours excellent Edward Norton) plus qu’à Hulk. Si le scénario manque de surprises, on s’attache à un quasi-vagabond aux prises avec la solitude et la peur. Efficace… (M6)
T’AS PECHO ?
T'as PechoAh, Arthur et ses copains sont sacrément travaillés par leurs hormones ! Collégien de 3e, Arthur est amoureux d’Ouassima mais pour être invité à la fête organisée par une amie de la belle, il faut savoir pécho. Les puceaux décident alors de demander à Ouassima (Inès d’Assomption, tonique) de leur donner, moyennant finances, des cours dans l’art si délicat de la drague. Histoire de devenir cool ! Sur le ton de la comédie ado d’après #MeToo, Adeline Picault revisite le teen movie, genre revanche du puceau, en imaginant une manière d’entraide amicale et bienveillante entre filles et garçons. Peut-être pas un précis de la séduction mais un bon petit moment de cinoche… (Pathé)
DIVORCE CLUB
Divorce ClubAprès cinq ans de mariage, Ben est toujours très amoureux… Mais tout s’effondre lorsqu’il découvre, en public, que sa femme le trompe sauvagement… A à la ramasse, le désespéré croise Patrick, un ancien ami (François-Xavier Demaison) lui aussi divorcé, qui l’invite à emménager dans sa belle villa pour profiter à fond de son célibat retrouvé… Michaël Youn n’a pas toujours l’humour léger et son étude « sociologique » du divorcé de la quarantaine le prouve. Mais, en s’emparant de bons gros clichés (les femmes sont sacrément mises à mal mais les hommes ne s’en tirent pas mieux) qui deviennent des gags potaches, il concocte une farce légère et barrée qu’Arnaud Ducret emporte vers un joyeux délire… (M6)