Les gros sangliers, la figurante pugnace et les ombres de Facebook 
PUNK.- Quelque part, dans la Meuse, les agriculteurs et les chasseurs se font la guerre. Le maire d’un village manque de se faire casser la figure par des paysans en colère. Les sangliers sont trop gros, trop nombreux et ils ravagent les cultures. Pour les chasseurs, ce sont des gibiers très appréciés et qui ont le don de régaler les (riches) viandards souvent venus de la capitale. Des chasseurs qui profitent de ces chasses pour faire aussi des affaires. Brun, un céréalier au bord du gouffre, décide de recourir à la manière forte. En balançant des sangliers morts dans les belles propriétés, en passant carrément, fusil au poing, à l’acte avant de disparaître sans laisser de traces…
Un an plus tard, le maréchal des logis-chef Orsini, un nouveau gendarme venu de Corse rejoint la brigade qui s’occupe du dossier Brun. C’est le moment que choisit la direction de la Gendarmerie nationale pour envoyer Stéphane Danjir, une psy, à la brigade. On case la toubib dans un placard à balais mais cela ne l’empêche pas de faire son boulot et notamment de « confesser » Orsini surnommé Fulda. Car ce type est, lui aussi, au boulot du rouleau. Il ne se remet pas d’avoir été quitté par sa femme et avoue : « On peut compter sur un chien. Pas sur une femme. » Si Orsini a été rétrogradé et muté dans la Meuse, c’est aussi parce qu’il avait bien dérapé en Corse. Pourtant, entre Fulda et Stéphane, quelque chose passe. Peut-être parce qu’ils sont, tous les deux, des enquêteurs avisés et opiniâtres. Sans doute aussi parce que ce qui naît entre eux est d’une folle intensité.
Avec L’espèce explosive (France – 1h35. Dans les salles le 7 octobre), la cinéaste italo-suisse Sarah Arnold signe son premier long-métrage et donne une comédie bien déjantée. « J’ai eu envie, dit la réalisatrice, de partir d’un contexte local pour évoquer une problématique plus globale, qui serait celle du profit d’une minorité privilégiée, au détriment d’une majorité plus modeste. Le projet n’était donc pas de faire un film sur la chasse, mais d’évoquer les mécaniques de pouvoir et de prédation économique qui sous-tendent nos sociétés contemporaines. »
En installant son intrigue au coeur d’une communauté villageoise fracturée et dominée par les hommes, Sarah Arnold embarque le spectateur dans une aventure aussi barrée que burlesque qui questionne la masculinité. Lara, la voisine de Brun est amoureuse de lui, mais Brun aime Alain, son ami agriculteur. Fulda, lui, finit avec des paillettes sur le visage. Stéphane, la psy, porte un nom d’homme, a les cheveux courts et est une jeune femme fragile et forte à la fois, qui s’éloigne du stéréotype de l’homme blanc, âgé, mesuré, voire mutique…
Tour à tour (et tout à la fois) enquête policière, film animalier (ah, le Sus scrofa Attila, gros comme une vache), plongée dans l’inconscient de Fulda, Stéphane et les autres et délire punk, L’espèce explosive, du tragique au grotesque, emballe avec un gendarme poético-trash qui ne supporte pas l’injustice et qui débloque grave, entraînant tous les autres dans son sillage.
Alexis Manenti est épatant en Fulda et Ella Rumpf est la psy qui part en vrille sous l’effet d’une préparation toxique. Autour d’eux, Vincent Dedienne, Jean-Louis Coulloc’h ou Bertrand Belin se mêlent à la fête.
Pour reprendre l’un des dialogues (largement truffés de jeux de mots lacaniens) de L’espèce explosive, on dira que ce film est « beau comme une fissure dans un barrage… » Foutraque et drolatique.
CINEMA.- Partant de la photocopieuse au fond d’un bureau d’avocats, une femme s’avance avec un dossier à la main. Elle croise Sandrine Kiberlain et sort du champ. Nous sommes sur un plateau de cinéma et la femme au dossier est une figurante parmi beaucoup d’autres. Mais Corinne Maclou aime son métier et elle rêve de sortir de ce statut de modeste figurante. Elle enchaîne les tournages et est persuadée de pouvoir faire beaucoup mieux, de tenir un vrai rôle. D’ailleurs, elle l’a bien prouvé au théâtre en incarnant le personnage principal d’une pièce sud-américaine. Certes, peu de spectateurs l’ont vu en scène mais elle conserve au moins une captation.
Profitant d’une pause sur le tournage, Corinne entreprend Sandrine Kiberlain. Elles sont rousses toutes les deux ! Elles pourraient aisément jouer une mère et sa fille, voire deux sœurs ! Sandrine Kiberlain l’écoute à peine mais accepte de prendre le CV de Corinne ainsi que le lien pour la captation. Quelques mois plus tard, Corinne tombe des nues en découvrant que Sandrine Kiberlain tient, sur la scène de l’Odéon, le rôle principal de la pièce sud-américaine… Partie furieuse pour dire son fait à la célèbre actrice, Corinne est émue par le jeu de Sandrine Kiberlain. Cette dernière lui avoue que, si elle a voulu faire cette pièce, c’est parce que Corinne l’avait bouleversée sur la captation…
Cinéma, ton univers impitoyable ! Ce pourrait être le sous-titre de Ni vue, ni connue (France – 1h55. Dans les salles le 7 octobre), le huitième film de Marc Fitoussi qui retrouve, ici, deux comédiennes qu’il avait déjà dirigé dans ses films : Isabelle Huppert dans Copacabana (2010) et La ritournelle (2014) et Sandrine Kiberlain dans La vie d’artiste (2006) et Pauline détective (2012).
Le cinéaste s’empare, ici, d’un personnage de pure anti-héroïne d’autant plus touchante qu’elle ne semble ni amère ni même désespérée en dépit des années qui passent… « C’est une silhouette, dit Fitoussi, qui traverse l’écran, une passante parmi tant d’autres… (…) Il y a parfois du découragement en elle, mais aussi beaucoup d’espoir, de passion et de rêve. Car elle en est certaine : tout est encore possible. J’aime beaucoup ces personnages adultes qui fonctionnent encore comme des adolescents, qui sont dans le fantasme.. »
De Sunset Boulevard (1950) de Billy Wilder à La nuit américaine (1973) de François Truffaut, le « cinéma sur le cinéma » est devenu un sous-genre du 7e art. Marc Fitoussi s’y inscrit en brossant une comédie douce-amère autour d’une sans-grade malicieusement incarné par une star française. Isabelle Huppert se régale de sa Corinne d’autant qu’à partir du moment où on la voit jouer (une jolie séquence avec Emmanuelle Bercot en réalisatrice), on se rend compte qu’elle a du talent. Aux côtés d’Isabelle Hupert, Sandrine Kiberlain est dans son propre rôle en créature forcément un peu déconnectée de la réalité ! Même si le film souffre un peu de chutes de régime, cette histoire de ténacité, de persévérance et d’injustice à réparer est quand même tout à fait plaisante…
MEDIAS.- Au bord d’une route dans la nuit, une jeune femme blonde attend à côté de sa voiture en panne. Des policiers arrivent et commencent à la contrôler… Très vite, le ton monte. La jeune femme proteste contre l’intrusion policière, traite rapidement les flics de « connards » et se révolte de voir comment un duo de policiers, l’une chicanos, l’autre noir, la traitent : « Voilà, arrêtée pour être américaine en Amérique ! » Rapidement aussi, Haylee, la jeune femme, a dégainé son téléphone portable pour filmer la scène en continu… Tout aussi rapidement, la vidéo se retrouve sur les réseaux sociaux. Employée de Facebook, la jeune Frances Haugen a reconnu sur la vidéo la jeune blonde. Elle l’a côtoyé autrefois et elle se souvient d’une fille normale et paisible. Rien à voir avec cette furie. En fouillant un peu, Frances Haugen observe que Haylee s’est radicalisée en intégrant, sur Facebook, trois groupes de discussion extrémistes… Consternée, l’employée de la firme de Mark Zuckerberg décide d’alerter Jeff Horwitz, journaliste d’investigation au Wall Street Journal. Commence alors une difficile enquête qui va mettre au grand jour quelques-uns des secrets les mieux gardés de l’entreprise…
Forcément, en regardant The Social Recockning (USA – 1h52. Dans les salles le 7 octobre), on songe à The Social Network, le film de David Fincher consacré en 2010 à la conception de Facebook et à l’irrésistible ascension de Mark Zuckerberg, son créateur. Sans être réellement une suite du film de Fincher (qui a suivi le projet de prêt), le thriller journalistique mis en scène par Aaron Sorkin, déjà auteur du scénario de The Social Network, se concentre sur la révélation en 2021 de documents sur Facebook par la lanceuse d’alerte Frances Haugen, rapportée par la longue série d’articles nommée The Facebook Files signés par Jeff Horwitz.
Même si le film est parfois bien bavard, on entre avec curiosité dans cette histoire qui met aux prises deux personnages décidés mais souvent assaillis par le doute et un énorme système tentaculaire aux méthodes aussi obscures qu’inquiétantes. Avec la jeune Frances, « gamine » coincée et intolérante au gluten et le journaliste Horwitz, on songe évidemment au duo Woodward/Bernstein (Redford/Hoffman) dans Les hommes du président (1976) faisant chuter le Nixon du Watergate ou encore à Pentagon Papers (2017), grand film sur la liberté de la presse autour de l’étude secrète du ministère américain de la Défense sur l’implication des États-Unis au Vietnam entre 1945 et 1967.
Ici, dans les pas de la lanceuse d’alerte (Mikey Madison, découverte dans Anora en 2024) et de Jeff Horwitz (Jeremy Allen White), on se glisse dans les coulisses de Facebook, boîte dominée par un gourou impassible et cassant (Jeremy Strong, épatant) où il évidemment question de pouvoir, de liberté des médias (« Les journalistes sont des mégalos déguisés en donneurs de leçon »), de censure, de « place publique », d’Instagram et de santé mentale des jeunes, de marchandisation de la crédibilité et de contenus haineux qui sont les plus partagés. De quoi donner le frisson et de se demander s’il est bien raisonnable d’ouvrir son Instagram…
Un rond-de-cuir pétainiste en quête d’efficacité 
« Qu’est-ce ce que vous faites à Vichy ? » Dans le brouhaha d’une soirée animée mais à l’atmosphère délétère, on a posé la question à Henri Marre. Sans attendre la réponse. Qui n ‘intéresse personne. Paumé, il tourne dans les pièces. A l’écart des conversations qu’il écoute et auxquelles il voudrait se joindre. En vain. Ici, un chef de cabinet parle d’idéal à repenser. Un autre parle de Pétain comme d’un vieil homme. Marre se crispe et dit sa ferveur pour le maréchal providentiel. Dans la chaleur de la soirée, d’aucuns chantent Carmen et son « Si tue n’aimes pas, prends garde à toi… » Tout en embarquant, discrètement, quelques victuailles au buffet, Marre affirme que le nazisme est grossier et qu’il y a une « voie française pour retrouver notre grandeur ». Tandis qu’on le traite de « patriote du management », un nommé Henriot lui fait les lignes de la main pour conclure : « Vous êtes à l’abri ! Il ne va rien vous arriver d’exceptionnel. »
De fait, Henri Marre est un anonyme. En forme de petit fonctionnaire. Dont il a les atours. Le petit costume étriqué, le petit chapeau, la serviette en cuir. L ‘homme est amer car il est convaincu qu’on ne le prend pas au sérieux. Bien sûr, on pourrait oublier rapidement ce personnage sans goût, ni grâce. A ceci près que nous sommes en 1940, que Pétain est au pouvoir d’une France qui s’est baissée devant l’Allemagne nazie. Et qu’Henri Marre, après avoir bien galéré dans les couloirs encombrés de l’hôtel du Parc a réussi, en clamant qu’il voulait être utile, à décrocher un poste d’inspecteur provincial au bureau de Limoges du Commissariat à la lutte contre le chômage.
« J’ai une tante férue de généalogie, raconte le cinéaste, qui m’a montré un carton avec les lettres de mes arrière-grands-parents. Je savais que mon arrière-grand-père avait été partie prenante du régime de Vichy, qu’il avait écrit ce livre Notre Salut, un traité politique pétainiste, qu’on voit dans le film. Dans ma famille, on n’a jamais parlé de lui comme une personne ayant participé à des choses horribles, mais plutôt comme un individu à côté de la plaque. On lui aurait presque reproché d’avoir raté sa carrière administrative plutôt que ce dans quoi il s’était engagé. (…) J’ai commencé à lire les lettres qui allaient de 1937 à 1946 et je me suis tenu à la période de l’occupation. En faisant des recherches dans les archives, j’ai découvert que des personnes comme lui, il y en a eu plein… C’est pourquoi, le film n’est pas un biopic d’Henri Marre, mais une interprétation libre de la matière de sa correspondance. »
En écrivant Notre Salut, qui a obtenu le prix du scénario à Cannes et une immense ovation à la projection de gala, le réalisateur va, à partir de ces lettres, s’intéresser à un moment de confusion entre un échec intime et un échec national, l’histoire d’un homme qui a confondu son sort personnel avec celui du pays.
En octobre 1940, le mois où commence l’action de Notre Salut, la dictature pétainiste prend deux décisions lourdes de conséquences. Le 3, est signée la loi excluant les Juifs de la vie publique, intellectuelle et financière. Le 24 à Montoire, symbole de la politique de collaboration, Pétain rencontre Hitler et s’efforce de montrer qu’une nouvelle ère s’ouvre pour la France : de nation vaincue, elle devait, selon lui, accéder à un statut respectable en devenant le partenaire du vainqueur, dans le cadre du nouvel ordre européen dicté par l’Allemagne nazie.
C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Marre, connu pour le décapant Rien à foutre (2021) inscrit l’aventure d’Henri Marre, 49 ans, qui débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Ce petit homme gris voit dans la nouvelle administration une belle opportunité pour sortir de l’ombre. Dans sa valise, il a emporté une petite pile de Notre Salut, son traité politique édité à compte d’auteur. Marre y défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle.
Rond-de-cuir à Vichy, Marre imagine pouvoir « redresser » quelque chose à l’échelle de la France et probablement aussi en lui-même. Car on apprend qu’il a un casier judiciaire, qu’il a commis des malversations, dilapidant les biens de sa famille… Alors, il est venu à Vichy pour trouver une occupation à la hauteur des talents qu’il estime avoir.
Le choix de Notre Salut, c’est de toujours laisser Pétain (sinon un plan de dos), Vichy, la collaboration, la grande Histoire, les Allemands même (hormis une courte séquence) hors champ. En jouant très régulièrement sur les échanges en voix off entre Marre et son épouse restée loin de Vichy, Emmanuel Marre centre son propos sur un temps très troublé vécu au quotidien. Au niveau de ce bureaucrate sinistre emporté dans un engrenage mortifère qu’il feint de ne pas mesurer. Ou comment un régime autoritaire vient contaminer (et abolir) la vie des gens.
Car cet homme est une parfaite et terrible illustration de la fameuse banalité du Mal décrite par Hannah Arendt. Un salaud zélé et méthodique qui fait son job, un point c’est tout. Qui cherche le mot « juste » entre ramassage des Juifs, regroupement ou rassemblement. Ce qui est essentiel, dit-il, c’est de tenir les délais. Et qu’importe si le travail consiste à envoyer des Juifs à la mort.
Au fil du récit, le film prend un tour de plus en plus âpre comme lorsqu’un employé du service évoque la place disponible dans les wagons à bestiaux et observe que ça pourrait aller si les enfants, étant plus petits que les adultes, se « serrent un peu… »
Avec une caméra portée, fluide et très mobile, Notre Salut joue la carte du faux documentaire. On colle ainsi à Marre, à son boulot, à ses brefs instants de détente avec sa famille, à ses sorties à des rassemblements pétainistes où il fait le salut nazi. Au coeur d’une distribution sans visages connus, c’est l’excellent Swann Arlaud qui campe le pathétique et lamentable Henri Marre.
L’une des trouvailles de cette œuvre absolument remarquable, c’est l’audace de l’anachronisme qui apporte quelque chose de désinvolte et de vivant à un récit historique. Un « décalage » dans des dialogues qui sonnent de manière contemporaine mais surtout dans le choix de b.o. comme Sounds Like a Melody d’Alphaville sur la soirée d’ouverture, Popcorn de Gershon Kingsley pour un dîner s’achevant par une danse à la préfecture de Limoges ou encore Live is life d’Opus sur les images d’archives de la foule en liesse accueillant le maréchal à Limoges, en juin 1941.
Un anachronisme qui rappelle sans doute aussi que si Notre Salut est un film historique, il dit bien des choses sur le monde d’aujourd’hui et la société française de ce temps.
Lorsqu’enfin viendra le temps de la débâcle et de la fuite, Marre sera toujours ce pauvre type qui regarde un enfant s’éloigner dans la lumière. Un gamin qui lui demande son âge avant de lui dire : « T’as encore beaucoup de temps à vivre devant toi… » Pour expier sa faute ?
NOTRE SALUT Drame (France – 2h33 d’Emmanuel Marre avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Mathieu Perotto, Harpo Guit, Mathilde Abd-El-Kader, Jean-Baptiste Marre, Emmanuel Salinger, Laurent Poitrenaux, Thierry de Peretti, Raphaël Thiéry. Dans les salles le 30 septembre.
Justin, paysan en terre inconnue 
Ah dieu que la guerre est jolie ! L’antiphrase est grinçante mais dans le cas de Justin Le Juste, misérable paysan dans la France rurale de février 1915, elle ne résonne absolument pas. Car cet homme simple ne sait tout bonnement pas ce qu’est la guerre. Quand le curé de son village, entouré de deux gendarmes, vient lui apprendre qu’il est temps de défendre la mère patrie contre le boche, il ne comprend clairement pas de quoi il est question. Ce qui lui vaudra de prendre des coups, de se retrouver à terre le nez en sang et de partir, menotté et accroché à une carriole, au combat pour aller défendre la France. Lui qui ne connaît que son dur labeur et l’existence des villages alentour qu’en entendant le son lointain des cloches.
Dès l’ouverture du film, c’est cette triste existence que le paysan, désormais sous la capote bleu horizon, raconte par le menu à Marie Baratier, journaliste au Canard enchaîné. Mais 14-18 est passé par là et le paysan paumé a vu l’horreur, la misère et la mort en face : « C’est avec les mots que les riches font crever les pauvres, que les curés et les gendarmes envoient les paysans à la boucherie. »
En s’appuyant librement sur Justin le Juste ou La charrette, l’unique roman de Jean-Marc Pompougnac (1929-2001) publié en 1967 aux éditions de la Table ronde, qu’Eric Barbier a imaginé son huitième film pour le grand écran après notamment La promesse de l’aube (2017) et Petit pays (2020).
« J’ai découvert, dit le cinéaste, l’histoire de Justin, ce paysan qui se retrouve au front, qui ne comprend rien, confond les Allemands et les Français, mélange les grades de ses supérieurs, pense que les tirailleurs sénégalais sont les ennemis parce qu’ils sont noirs, déserte sans aucun état d’âme. Pompougnac prenait à rebours toutes les situations sur la guerre en les traitant par l’absurde. Jamais je n’avais lu de livre qui abordait la grande guerre sous un angle aussi satirique et antimilitariste. »
Dans son travail de documentation, Barbier a aussi plongé dans Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, un récit qui n’a pas été écrit après la guerre mais au jour le jour pendant le conflit et où l’on voit, à travers ces écrits, toute la folie du commandement.
La guerre de 14-18 a fourni au cinéma la matière d’oeuvres majeures. On songe évidemment à La grande illusion (1937) de Jean Renoir, A l’Ouest, rien de nouveau (1930) de Lewis Milestone, Johnny s’en va-t-en guerre (1971) de Dalton Trumbo, La vie et rien d’autre (1989) et Capitaine Conan (1996), tous deux de Bertrand Tavernier et on en oublie certainement…
Mais Eric Barbier, lui, donne un film singulier. D’abord parce que son personnage est un immense « naïf ». Un homme rude, qui connaît les difficultés du travail de la terre, qui sait combien une bonne charrette est indispensable pour ne pas crever à la tâche. Ensuite parce que ce Justin, qui n’a rien demandé à personne, va se retrouver du côté des laissés pour compte, de la « chair à canon », des anonymes jetés dans les tranchées et dont le nom n’existera plus que sur les monuments aux morts. Mais s’il n’est pas au fait des choses de la guerre, Justin est un homme droit qui va se retrouver, presque malgré lui mais ensuite en pleine conscience, du côté d’une poignée de trouffions qui se révoltent contre la hiérarchie militaire et les patriotes de salon qui exhortent l’héroïsme des soldats.
En gardant un temps un regard d’enfant avant que ses yeux ne se décillent, Justin traverse des mondes où se révèlent les inégalités sociales, les rapports de force et de pouvoir. Il va côtoyer la lâcheté de certains, qu’ils soient puissants (le colonel Joyard) ou misérables (les soldats prêts à tirer sur leurs amis), se confronter à des figures de l’autorité, du propriétaire terrien qui l’exploite comme un serf aux gradés de tous poils qui ne valent pas mieux les uns que les autres…
Dans les pas de Justin, c’est un vrai récit picaresque que donne Eric Barbier. Avec son « héros » qui va se retrouver dans les situations les plus périlleuses ou les plus ubuesques et dont il se sortira parce qu’il est malin et intelligent.
La mise en scène est des plus classiques et d’ailleurs on n’attend pas d’Eric Barbier qu’il fasse spécialement les pieds au mur. Il y a trois séquences de combat et lorsque les hommes, exténués et excédés, refusent de sortir des tranchées et d’aller à la boucherie, on songe évidemment à Stanley Kubrick et ses Sentiers de la gloire (1957). Dans les deux films, il est question des fusillés pour l’exemple condamnés en deux minutes par des tribunaux militaires pour avoir refusé de monter au front.
Mais les séquences les plus cocasses sont celles où Justin est fêté comme un héros (il a sauvé de la mort un aviateur abattu) par les troupes allemandes pour un « acte de haute portée humaine », avant de se retrouver accusé d’être un espion du Deuxième bureau !
Dans ses pérégrinations, Justin fera deux rencontres capitales : Marie, la journaliste du Canard enchaîné, animée par sa volonté d’informer le public des exactions commises par l’armée et de dénoncer le « bourrage de crâne » et Basile, le tirailleur africain, instituteur dans son pays, patriote, amoureux de la France et révolté par l’injustice de la hiérarchie militaire.
Ce film qui parle aussi de fraternisation, est porté par des comédiens qui se glissent avec aisance dans leurs personnages. Alexandra Lamy est Marie, la journaliste du Canard, Birane Ba, pensionnaire de la Comédie française, est Basile, le tirailleur lettré et l’humoriste Alban Ivanov Justin le soldat perdu puis révolté. Enfin on est ravi de retrouver, ici, dans un petit rôle d’espion allemand, l’excellent David Bennent qui fut, en 1979, Oskar le tambour du film de Schlöndorff.
« Mais qu’est-ce que je foutais dans ce merdier ! » Justin se l’est demandé très longtemps.
JUSTIN LE JUSTE Drame (France – 1h54) d’Eric Barbier avec Alban Ivanov, Alexandra Lamy, Birane Ba, Thierry Hancisse, Nicolas Avinée, David Bennett, Andreas Schröders, Ferdinand Dörfler, Jean-Edouard Bodziak, Yann Lesvenan. Dans les salles le 23 septembre.
Le secret de Rose et l’autre vie de Nora 
LIBERTÉ.- Le vent souffle fort sur des terres grises, soulevant des fumeroles blanches. Des crânes fracassés et des ossements gisent sur le sol… Rose, un soldat revient des violents combats de la guerre de Trente Ans. Il porte sur la joue une grande balafre ramenée du Brabant. D’ailleurs, autour de son cou, il porte la balle qui l’a défiguré et qu’il prend de temps en temps dans sa bouche. Cet homme est venu réclamer son héritage dans un village isolé d’Allemagne. Si ce mystérieux personnage inquiète la communauté villageoise protestante, on lui montre pourtant une grande masure bien décrépie. Comme pour se débarrasser de cet intrus, un propriétaire lui propose de racheter ce bien. Mais l’homme entend bien oublier ici les affres de la guerre en redonnant vie à sa ferme. Et il a tous les documents qui attestent qu’il a bien hérité de cette ferme.
A force de labeur et de services rendus, Rose va gagner la confiance des habitants, pensant par là-même enterrer son secret. Un fermier influent lui propose alors d’épouser l’aînée de ses filles. Suzanna est une robuste jeune femme et Rose accepte le mariage, quitte à se tenir à distance de sa jeune épouse. « Par égard, dit-il, pour sa pureté et pour la préserver longtemps ». Piqué par des abeilles, Rose fait un malaise. On s’empresse de lui retirer ses vêtements pour enlever les dards. Dans l’intimité, Suzanna va découvrir le secret de Rose. Alors même que les villageois commencent à considérer Rose comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de son genre sexuel.
L’Autrichien Markus Schleinzer, 54 ans, est un cinéaste rare (il a réalisé trois films en quinze ans) mais qu’on remarque ! Michael, son premier long-métrage en 2011, avait pétrifié le festival de Cannes en brossant de façon très clinique le portrait d’un pédophile de trente-cinq ans qui tient séquestré un enfant de dix ans dans sa cave…
Pour réaliser Rose (Allemagne – 1h34. Dans les salles le 9 septembre), couronné de l’Ours d’argent à la dernière Berlinale, le réalisateur s’est appuyé sur le récit d’une amie historienne qui lui souhaita son anniversaire en lui rapportant une affaire judiciaire allemande. 250 ans, jour pour jour, avant la naissance de Schleinzer, une femme avait été exécutée à Halberstadt pour s’être fait passer pour un homme et avoir été reconnue coupable de sodomie. « Elle est aujourd’hui, dit le metteur en scène, considérée comme la dernière femme à avoir été condamnée à mort pour ce crime, qui englobait alors les relations entre hommes, la bestialité et certains actes de pénétration. »
Autour du personnage de Rose, que les villageois désignent, tour à tour comme le soldat, l’original ou l’étrange héritier, le cinéaste a imaginé le récit, raconté par une voix off, d’une quête de soi. Pour Rose, le désir de vivre en tant qu’homme naît de la liberté concrète que cette position lui offre. En décidant d’écrire sa propre histoire, en étant contrainte au mensonge et donc à une constante vigilance, Rose se heurte aux normes rigides de son époque. Sans être pour autant une révolutionnaire, Rose est une femme qui choisit sa voie, refusant le destin social qui lui est assigné. Et qui, évidemment, lui coûtera extrêmement cher.
Dans un noir et blanc grumeleux qui fait penser à l’oeuvre d’un Bela Tarr, Rose s’impose comme un conte fantastique autour d’un personnage profondément ambivalent, à la fois fragile et problématique qui décide de franchir les barrières de sa condition, quitte à en payer les conséquences.
En se souvenant de la peinture hollandaise du 16e au 18e siècles mais probablement aussi de la Passion de Jeanne d’Arc (1927) de Dreyer, Schleinzer et son directeur de la photo Gerald Kerkletz réussissent une œuvre aussi contemplative que contemporaine qui fait de Rose une anti-héroïne queer.
Avec un masque marmoréen traversé parfois de fulgurances angoissées, Sandra Hüller est remarquable en femme quêtant une impossible liberté. L’interprète d’Anatomie d’une chute (2023) qu’on verra, début décembre, en fille de Thomas Mann dans l’excellent Fatherland de Pawel Pawlikowski incarne cette Rose qui dira, in fine, « Je suis arrivée jusqu’ici et j’ai fait comme j’ai pu. »
HUIS-CLOS.- L’air triste, Cristina, une artiste italienne, regarde des hommes emballer ses toiles dans de grande caisses. Dans son vaste atelier, reste un grand tableau abstrait qu’elle n’arrive pas à achever. Sortant de son école, Ida, une gamine pétillante au regard noir, passe voir sa grande amie.
Elle est accueillie par Radia, une chienne malinoise que la fillette câline joyeusement avant de rentrer chez elle, juste en face, dans la ferme de ses parents. Elle traverse une grande étable où Tom Bergogne, son père, s’occupe d’un imposant troupeau de bovins…
Plus tard dans la soirée, Nora, la maman, revient elle aussi à la maison. Pour son boulot, elle a passé un entretien dont elle n’est pas satisfaite. Elle s’emporte en voyant Ida jouer avec son téléphone et regarder une vidéo où la fillette danse avec ses parents. « Supprime ça tout de suite ! dit Nora. Je ne veux pas être sur les réseaux… » Ida râle : « Des fois, je voudrais être comme toi. Orpheline ! » Le lendemain, Nora doit fêter son anniversaire. Tom lui prépare une surprise. Au petit jour, Tom emmène ses vaches au pré. Il passe chez Cristina qui lui demande ce qu’il va offrir à Nora. Un voyage ? Cristina : « Elle ne te mérite pas… »
Une voiture sombre s’arrête dans la ferme isolée. Cristina s’inquiète : « Qu’est-ce que vous voulez ? » Le type s’incruste. Rejoint par son frère, ils font Cristina et Ida prisonnières. Plus tard, Franck, le frère aîné débarque à son tour. Suave, il s’adresse à la fillette : « Tu dois être Ida ! » et lorsque Nora, à son tour, retrouve la ferme, Franck, qui a vu la vidéo sur les réseaux, la salue en l’appelant Leila. « Vous vous trompez ! Je vous dis que c’est pas moi… »
Troisième long-métrage de Léa Mysius après Ava (2017) et Les cinq diables (2026), Histoires de la nuit (France – 1h54. Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Dans les salles le 16 septembre) est une adaptation du roman éponyme de Laurent Mauvignier paru en 2020 aux Editions de minuit. La réalisatrice a imaginé cette adaptation comme une version féministe de A History of Violence de David Cronenberg dans la campagne française.
Présenté en compétition et en sélection officielle à Cannes en mai dernier, Histoires… se présente comme une sorte de home invasion movie dont l’archétype reste le fameux Funny Games (1997) de Michael Haneke.
Tout en allant d’un espace à l’autre (la maison-atelier de Cristina et la salle à manger des Bergogne), la cinéaste installe sobrement un huis-clos sous haute tension où le spectateur est invité à débusquer le mystère des personnages dans les interstices et les silences. Car ce qui retient, ici, l’attention, plus qu’une action qui se dilate lentement, ce sont les secrets des adultes et le vertige qui s’empare d’une presqu’adolescente dont les repères s’évanouissent. Qui est Cristina, cette peintre qui ne vend plus de toiles depuis longtemps ? Pourquoi Tom tourne-t-il du côté des prostituées qui tapinent à côté de leurs camping-cars ? Et surtout qu’a donc à dissimuler Nora ? En débarquant, avec ses deux frères, dans la paisible ferme, Franck va faire surgir un passé bien glauque.
Ici, ce sont trois femmes qui sont au coeur de l’intrigue. Dans son strict tailleur-pantalon, Nora, qui vient d’être nommée responsable de pôle, donne le change en s’étant construit une autre existence. Constamment surveillée par Bègue, un garçon fragile et inquiétant qui parle du soir où il est devenu fou, Cristina va se lancer dans une dangereuse tentative de manipulation. Quant à Ida, elle est bouleversée par la « douceur » de Franck qui voudrait qu’elle vienne vivre avec lui.
Un temps, on se dit que tout cela pourrait bien finir. Mais est-ce seulement possible… Monica Bellucci (Cristina), Hafsia Herzi (Nora/Leila) et la brillante Tawba El Gharchi (Ida) donnent la réplique à Benoît Magimel (Franck), Bastien Bouillon (Tom), Paul Hamy (Flo) et Alane Delhaye (Bègue). Une belle affiche !
L’abandon de Gabrielle, la question du colonel Stagg et le voyage de Babi 
LIBERTÉ.- Chirurgienne spécialisée dans le domaine des greffes, notamment maxillo-faciales et cheffe de service dans un hôpital public, Gabrielle Conti est une femme active qui se dévoue corps et âme à son métier et qui court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Alors, quand le soir venu, elle rentre à la maison, il lui arrive de craquer devant la désinvolture des grands enfants de son mari. Lasse, dit-elle de la tension qui parasite son couple avec Henri, elle se demande si elle ne va pas retourner vivre dans son appartement d’avant.
Un jour, une romancière demande à venir quelques semaines dans le service du docteur Conti pour les besoins d’un livre. Gabrielle Conti apprécie le contact de cette Frida qui lui envoie un gros bouquet de fleurs et lui dira : « J’aimerais vous revoir ». Elle accepte aussi d’aller assister à un spectacle de danse en appartement avec Frida. Dans l’obscurité, Frida lui glisse qu’elle lui plaît, qu’elle a envie de l’embrasser. Mais Gabrielle dit non. Pourtant son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?
C’est par de lumineuses et d’abord indéchiffrables images d’étreinte physique filmées en très gros plan que s’ouvre La vie d’une femme (France – 1h38. Dans les salles le 9 septembre), le deuxième long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet après Les amours d’Anaïs (2021) qui mettait déjà aux prises deux femmes (Anaïs Demoustier et Valeria Bruni-Tedeschi) autour d’un sentiment amoureux.
Faisons fi d’entrée des accusations de stéréotypes bourgeois que le film a provoqué, pour dire que voilà un beau portrait de femme. C’est à la fois sensible, dense, tonique et bouleversant dans le sens où l’on assiste à une rupture, un abandon même, dans le parcours d’une femme toujours sur la brèche, toujours à l’écoute des autres et qui, soudainement, va un peu plus fortement penser à elle-même.
« Il était très important, dit la cinéaste, qu’émane de Gabrielle quelque chose d’exaltant pour les spectatrices et les spectateurs. À son âge, elle n’est pas « sur la pente descendante », bien au contraire : elle est épanouie, active, en mouvement, capable d’aller vers son plaisir comme d’affronter l’adversité. C’est une femme libre, qui a choisi sa vie et ne se pose jamais en victime. »
Dans un récit construit en chapitres (Je veux tout, Alter ego, Reconstruction, D’où l’on vient, Non, La pitié, Encore, Dérapages, La fin d’un couple, L’abandon, Colloque sentimental), Charline Bourgeois-Tacquet articule, avec des respirations différentes, des temps dans la vie de Gabrielle. Il en va ainsi de son travail à l’hôpital et de sa dimension quasi-documentaire (le dialogue du médecin avec un patient souffrant d’une tumeur à la langue est impressionnant de souffrance tue et d’empathie) mais aussi des relations avec sa mère (Marie-Christine Barrault, émouvante) atteinte de la maladie d’Alzheimer. La vie d’une femme prend un tour plus romanesque et sentimental lorsque la réalisatrice scrute les moments privés en compagnie de Frida que Mélanie Thierry porte avec douceur et même une pointe de virilité.
Le récit est traversé, en son centre, par une sortie en montagne où Gabrielle se retrouve dans la nature, dans un décor exceptionnel (avec Erri De Luca en écrivain ermite dans le chalet où elle séjourne), totalement en rupture avec son environnement habituel très urbain, très enfermé. C’est là que, pour la première fois, avec Frida, elle se retrouve dans une situation où elle ne maîtrise rien.
Traitée tour à tour de Robocop, de guerrière (Gabrielle évolue dans un univers hospitalier en tension dont le film se fait le rude écho) ou de moine-soldat, l’héroïne de La vie… est une femme accomplie, qui s’est déployée sans renoncer à rien et sans rien devoir à personne.
Avec une puissante sensualité et une grâce permanente, Léa Drucker en impose, une fois de plus, dans un personnage très touchant qui affirme « Je ne suis pas une victime parce que je suis une femme ».
MÉTÉO.- Dans une mer couleur de sang, un soldat flotte, les yeux dans le vide… Nous sommes en avril 1944 et l’Opération Tigre, dernière répétition (ultra-secrète) dans le sud de l’Angleterre avant le débarquement de Normandie, est un fiasco. Le général Dwight D. Eisenhower, chef du Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force, en gardera toujours un goût amer dans la bouche. A cause de nombreuses erreurs, défaillances et accidents et d’une attaque surprise de vedettes lance-torpilles allemandes, 749 soldats américains seront tués…
Afin de mettre toutes les chances de son côté dans ce qui sera le plus grand débarquement de tous les temps, le haut commandement allié exige d’avoir les informations météorologiques les plus précises. Chef météorologue de la Royal Air Force, le group captain James Stagg est convoqué auprès d’Ike Eisenhower. A l’heure du petit déjeuner, il quitte sa femme enceinte, proche de l’accouchement. Immédiatement, dans une atmosphère loin d’être sereine, commencent des heures difficiles. La météo n’est pas une science exacte et Stagg se retrouve confronté à son homologue américain Irving Kirk dont il estime que les méthodes de travail sont obsolètes.
Quant à Ike, il se moque de la rivalité entre l’Anglais et l’Américain. Il met Stagg face à un choix impossible : attaquer malgré l’incertitude liée à une météo très mauvaise ou risquer de perdre la guerre.
Pressure (USA – 1h40. Dans les salles le 9 septembre), c’est une sorte de préambule, version météo, au Jour le plus long (1962). Connu pour Attaque à Mumbaï (2018) sur les attaques terroristes de novembre 2008 en Inde, le cinéaste australien Anthony Maras a trouvé le point de départ de son film dans une pièce de théâtre écrite, en 2012, par David Haig pour le Lyceum Theatre d’Edimbourg autour d’un véritable héros écossais pourtant inconnu du grand public.
Eminent météorologue connu des seuls spécialistes, James Stagg eut la lourde tâche de décider de la date du Débarquement. Tandis qu’Eisenhower avait choisi le 4 juin pour l’attaque en Normandie, Stagg, seul contre tous, refusa cette date, considérant que la météo du jour vouait l’opération à la catastrophe. Pourtant le 4 juin au matin, il fait un superbe soleil sur le sud de l’Angleterre…
Malgré son titre original un peu abscons (pour le coup, le film aurait mérité un titre français), Pressure est un bon moment de cinéma qui sait utiliser aussi bien les éléments historiques réels que mettre en scène les questionnements et les troubles de personnages pris dans une tempête… A la manière du cinéma classique hollywoodien (on pense au principal personnage féminin, celui de Kay Summersby, la proche assistante d’Eisenhower, femme discrète et indispensable incarnée par Kerry Condon), Pressure (on a saisi évidemment la symbolique de la pression) réussit à nous embarquer dans une histoire qui devient palpitante sur fond de nuages, de vent et de pluie !
Les comédiens sont au diapason avec un Stagg (Andrew Scott), taiseux mais bouillonnant à l’intérieur, un Kirk (Chris Messina) ironique et très sûr de lui et un Eisenhower (Brendan Fraser) massif et seul face à des décisions cruciales.
Grâce à Stagg, le D-Day aura lieu le 6 juin 1944. Ike dira : « Nous n’accepterons rien de moi que la victoire totale ». Plus sobre, le météorologue constatera : « Le temps ne sera pas parfait mais ça suffira. » Ensuite, il fallut aller sur les plages de Sword, Utah, Juno, Gold et Omaha.
FAMILLE.- Sur son lit parisien, dans les années 70, un vieil homme entouré des siens, se souvient des années où la France cessait, sous la double menace de Pétain et des nazis, d’être la terre des libertés. Dans le Paris de 1939, cet homme, Babi Maklouf Benhamou, exerce le plus beau métier du monde. Amoureux des arts, il est gardien de nuit au musée du Louvre. Cela lui permet de dialoguer à loisir avec Napoléon et Joséphine lorsqu’ils sortent du tableau de David ou de saluer avec respect Diane chasseresse.
Mais la Seconde Guerre mondiale éclate et les Allemands avancent sur Paris. Jacques Jaujard, le conservateur du musée, décide d’organiser le sauvetage secret des œuvres d’art pour éviter qu’elles ne tombent aux mains des nazis. Babi se voit confier un vieil autobus dans lequel il charge des œuvres d’art et notamment la très fameuse Joconde mais aussi toute sa bruyante tribu qu’il n’entend pas un instant laisser derrière lui. Et voilà Babi, derrière son volant, sur les routes de l’exode. Mission : emporter les œuvres très loin, du côté de Pau, pour les y mettre à l’abri…
C’est en songeant à Babi, son grand-père qu’Elie Chouraqui a mis en chantier Les héros du Louvre (France – 1h44. Dans les salles le 9 septembre) pour raconter une aventure familiale épique et dangereuse à travers la France occupée.
« Il y a quelques années, dit le cinéaste, j’ai écrit un abécédaire pour Calmann-Lévy dans la collection Le dictionnaire de ma vie. À la lettre H, le mot héros s’est imposé à moi. J’ai immédiatement pensé à Babi, mon grand-père. Parce qu’il incarne le genre de héros qui me fascine le plus : celui qui accomplit son devoir dans l’ombre et dans l’anonymat, au moment où il estime qu’il est indispensable de le faire, même s’il doit mettre sa vie et celle de ses proches en danger… »
Les héros… raconte donc une odyssée placée sous le signe du courage, de l’amour de l’art et… des siens, de la générosité mais aussi d’une peur incommensurable qui fut celle des Juifs dans la France de 39-45. Dans la nuit, sur des routes sans lumière, Babi et sa famille chantent Frou-frou pour ne pas sombrer.
En s’appuyant sur une grosse distribution avec Kad Merad et Marie Gillain en tête d’affiche, Les héros du Louvre est une plongée dans la France de l’Occupation. On y trouve des séquences savoureuses comme la fausse délirante colère de Madame Benhamou contre son mari pour tenter d’échapper au contrôle nazi au passage de la Zone libre, d’autres tragiques comme celle des enfants obligés de se recroqueviller sans bruit derrière un lit pour ne pas se faire repérer ou encore ahurissante comme la jeune fille, obligée de se soumettre à un examen médical pour prouver sa virginité à ceux qui la soupçonnaient, à tort, d’avoir couché avec un Boche.
Las, au final, Les héros du Louvre a des allures de téléfilm avec toujours un peu quelque chose d’un peu trop appuyé, à l’instar de Kad Merad qui semble forcer le trait avec son Babi…
Les vies très pleines de Marta et Judith 
COUPLE.- Au sortir d’une fête, Antonio et Marta se prennent la tête. « Pourquoi tu as fait la tête toute la soirée ? » ou « Pourquoi tout tourne autour de ton travail ? » ou « Comment tu fais pour éviter les choses qui te soûlent ? » et un « T’es normale et moi, je suis un connard » qui achève de convaincre Antonio qu’il est peut-être temps de faire un break dans leur couple.
Antonio est restaurateur et tient un établissement nommé Senzafine où ce chef en pleine ascension s’applique à revisiter la cuisine classique romaine. Forcément, il a toujours l’oeil sur les réseaux sociaux et les avis qui vantent ou non ses plats. Marta est prof de sport dans un lycée de la ville. Tandis que ses élèves s’en vont après un match de volley, elle craque et balance, de colère, des ballons à travers le gymnase.
Alors qu’Antonio se réfugie derrière ses fourneaux, Marta, d’abord rétive aux autres, va tenter de s’ouvrir à sa sœur Elisa, actrice ratée, qui tente de se faire une place dans la gestion d’un Rb&B mais elle craque : « Ne viens pas me dire comment vivre ma vie ! » Finalement, c’est à une effigie en carton ramassée à côté d’une poubelle, qu’elle parle le plus. Et Jicko, l’un des rois de la k-pop coréenne, lui sourit en permanence.
Peut-être parce qu’elle se nourrit mal, Marta vomit régulièrement et souffre de troubles gastro-intestinaux. Des examens médicaux montrent qu’elle est atteinte d’un mal incurable. Mais Marta pense qu’il lui reste du temps, de la marge, pour savourer encore, et de plus en plus, l’existence. Parce qu’il entend vivre la vie qu’elle a envie de vivre.
Seizième long-métrage d’Isabel Coixet, Trois adieux (Italie/Espagne – 2h. Dans les salles le 2 septembre) s’ouvre et s’achève sur la murmuration des étourneaux. Pour ce vol magique des oiseaux, Marta connaît la théorie courante. Ils volent ainsi en nuée pour se protéger des prédateurs. Mais Marta croit que c’est plutôt parce que, tout simplement, ils aiment danser et vivre.
La cinéaste barcelonaise adapte, ici, Tre ciotole, le roman, paru en 2023, de l’écrivaine sarde Michela Murgia (1972-2023), figure iconique de la culture italienne, capable de trouver de la beauté dans le quotidien et dans la vulnérabilité.
« Le film, dit sa réalisatrice, parle de l’être humain et de notre difficulté à communiquer, de l’amour et de la mort, de la douleur et de notre obsession à vouloir l’effacer quand, en réalité, on ne peut pas l’éliminer, seulement apprendre à vivre avec. Nous vivons dans une société centrée sur le matériel, où l’immatériel semble n’avoir aucune valeur jusqu’à ce que la souffrance, la maladie ou la séparation déchirent le décor. »
A travers les parcours de Marta et d’Antonio, qu’Isabel Coixet croise régulièrement en usant d’images anciennes de leur couple, c’est un film plein de vitalité qui s’impose sous nos yeux. Après une rupture qui l’a plongée dans la souffrance, Marta se met à apprécier la vie autrement et comprend qu’elle est courte et qu’elle ne mérite pas d’être perdue en angoisses inutiles. Qu’il ne faut pas mourir avant l’heure mais bien vivre jusqu’au bout.
Isabel Coixet fait de Rome (le film a été tourné pour l’essentiel dans le quartier du Pigneto qui servit de décor à deux films de Pasolini) un vrai personnage et une cité fascinante et humaine mais elle met aussi, au coeur de son propos, la… gastronomie. Agostini, le collègue amoureux transi de Marta, cite le philosophe Feuerbach : « Nous sommes ce que nous mangeons ». Or Marta mange mal. La cuisine apparaît comme un fil invisible qui traverse tout et dit qui nous sommes. Manger peut être une façon de prendre soin de soi, mais aussi de se faire du mal. Et l’une des plus belles scènes du film nous montre Marta dégustant une glace chocolat noir-fraise et vivant, enfin !, un pur plaisir quotidien. Comme si c’était la première glace de sa vie. Ou la dernière. Entourée d’Elio Germano (Antonio), Galatéa Bellugi (Silvia) ou Francesco Carril (Agostini), l’actrice italienne Alba Rohrwacher, vue récemment dans Hors-saison de Stéphane Brisé, est une Marta bouleversante qui s’en va, presque sur la pointe des pieds tandis que Nina Simone chante I Get Along Without You Very Well où un coeur se brise en deux…
QUOTIDIEN.- Dans une lumière triste, la brume matinale s’étire sur une grande barre d’immeubles du côté de Nancy. Judith Schneider se lève, enfile un pull, va à la fenêtre et regarde un paysage qu’elle connaît depuis fort longtemps. Judith range des dossiers lorsqu’on sonne à l’interphone de son cabinet médical contigu à son appartement. Une jeune femme demande de l’aide. Elle est à son huitième mois de grossesse et elle a perdu du sang. « Je peux monter ? » La médecin refuse. Le cabinet est fermé et même définitivement fermé. Le docteur Schneider arrête son activité. De surcroît, elle doit quitter sous peu son appartement, promis, comme l’immeuble, à la pelle des démolisseurs.
En allant acheter des cigarettes à un « marchand » à la sauvette, Judith aperçoit la jeune mère marchant au bord de la route. Elle fait monter cette jeune Aïda à bord et la conduit jusqu’aux urgences. « Je me souviens de vous ! Vous n’êtes pas allée voir le gynécologue ? » mais le praticien ne prend plus de nouvelles clientes.
A l’hôpital, Judith ronge son frein. Ce n’est pas possible de faire une échographie à cette jeune femme ? Pendant ce temps, Aïda s’en va. Elle a son copain au téléphone mais il ne peut pas venir tout de suite. « Je vous emmène ailleurs… » Ce sera une chic clinique privée où exerce Thomas, le fils de Judith. Là encore, on l’accueille par un « Sans rendez-vous, je ne peux rien faire ». Mais Thomas fera ce qu’il faut tandis qu’Aïda demande à Judith d’être à ses côtés. Thomas prévient : « Tu te tais… » Maël, le petit ami, viendra finalement récupérer sa compagne. En quittant la clinique, Judith suit le véhicule du jeune couple et remarque qu’ils s’engueulent. Soudain, Aïda s’échappe de la voiture. Judith tente de la retrouver dans la ville, au milieu d’une manifestation syndicale. Prise d’une crise d’asthme, Judith manque de s’effondrer. Aïda la retrouve et réussit à lui injecter le produit qui la soulage… Les deux femmes retournent dans l’appartement de la médecin. « Vous ne savez pas ce que vous voulez faire avec votre copain ? »
Avec La dernière patiente (France – 1h20. Dans les salles le 2 septembre), Rémi Bassaler signe son premier long-métrage et brosse le portrait de deux femmes étrangères l’une à l’autre et qui vont devenir essentielles l’une pour l’autre. D’un côté, un médecin de quartier qui va s’arrêter après trente ans de carrière, de l’autre, une jeune femme, d’origine albanaise, en couple avec un jeune type apparemment sympathique (Félix Lefebvre) mais qui ne cesse de la malmener. Deux femmes, chacune à leur manière, au bout de quelque chose. En utilisant bien un décor de grands immeubles promis à la destruction (le film a été tourné dans le quartier du Haut-du-Lièvre à Nancy et notamment à la Tour Panoramique) qui raconte une autre forme de violence, celle de la perte d’une mémoire collective partagée, Bassaler imagine un échange, une amitié inattendue qui vient réchauffer l’âme de l’une et ressusciter des désirs vitaux chez l’autre. Pour ce faire, le réalisateur a bâti deux personnages qui échappent aux stéréotypes. Avec sa silhouette de cow-boy féminine, Judith Schneider s’est construit, comme probablement, beaucoup de médecins de quartier, une carapace, une dureté qui la coupe des autres. Le cinéaste réussit de belles scènes avec les échanges de regards entre Judith et son fils. Quant à Aïda, elle n’est pas une victime passive. Elle est même dans la dissimulation, aux autres et sans doute à elle-même.
Sur une période de 24 heures, La dernière patiente développe d’abord une intrigue en forme de drame social avec des services hospitaliers publics à bout de souffle avant de basculer dans le thriller avec une soignante qui, pour protéger sa patiente, va jusqu’à dépasser toutes les limites…
Anouk Grinberg (Judith) est d’une sobriété parfaite et Luana Bajrami (Aïda) mêle avec complexité quelque chose de juvénile et de mature.
Une société de rivaux, un monde en ruines, le corps de l’autre et des dinos dans le quartier 
FAMILLE.- Couple roumano-norvégien très pieux, les Gheorghiu sont venus s’installer, avec leurs cinq enfants, dans un village perdu au bout d’un fjord. Tandis que les quatre grands s’apprêtent à rejoindre le collège, la famille se lie d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Malgré des éducations différentes, les enfants des deux familles deviennent très proches, notamment Elia pour laquelle Noora Halberg éprouve une forte affection.
Alors que Mihai, le père de famille, trouve un emploi d’informaticien dans une entreprise locale, Lisbet, sa femme, donne un coup de main à l’hôpital où elle s’occupe notamment de préparer les défunts avant les obsèques.
La tranquille vie de famille des Gheorghiu se déroule au rythme des chants et des prières et s’il y a, ici ou là, une punition, c’est pour le bien des enfants : « Ils seront heureux, une fois adultes ».
Dans la petite communauté, tout se détraque lorsque des enseignants remarquent des ecchymoses sur le visage et le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu. Très rapidement, une procédure est lancée pour suspicion de châtiments corporels. L’Aide à l’enfance se charge d’enquêter. Vite, la question de l’éducation traditionnelle que les jeunes Gheorghiu reçoivent de leurs parents vient au coeur des discussions…
Quoi de mieux pour marquer la rentrée dans les salles obscures que de découvrir la Palme d’or cannoise ! Fjord (Roumanie – 2h26. Dans les salles le 19 août) a permis au metteur en scène roumain Cristian Mungiu d’entrer dans le club fermé (ils ne sont que dix) des doubles détenteurs de la récompense suprême festivalière. En 2007, sa première apparition sur la Croisette avait été tonitruante. Tant le calvaire de la malheureuse étudiante tentant de se faire avorter pendant les dernières années du pouvoir de Ceausescu, était bouleversant. La palme à Quatre mois, trois semaines, deux jours ne souffrait d’aucun débat.
Mungiu est ensuite revenu au festival avec Au-delà des collines (2012) couronné du prix du scénario et du double prix d’interprétation pour ses comédiennes, puis, en 2016, avec Baccalauréat qui lui vaut le prix de la mise en scène et encore avec R.M.N. en 2022.
Loin de sa Roumanie natale, Cristian Mungiu installe son récit dans une Norvège dont le froid vous transperce. Et cela doublement. Parce que la neige est omniprésente sur ce coin tapi sous une falaise dont se détache, de temps en temps, une avalanche qui menace l’école. Parce qu’évidemment tout dans l’aventure de cette famille Gheorghiu a quelque chose de glaçant.
A propos du thème de Fjord, le cinéaste dit : « Nos sociétés sont de plus en plus polarisées, provoquant une forme de radicalisation qui divise les gens en groupes rivaux. Ces individus se méprisent, s’ignorent et, souvent, se haïssent les uns les autres. Nous sommes convaincus d’avoir raison alors que les autres, à nos yeux, sont forcément manipulés, radicalisés, stupides, endoctrinés. Nous doutons très peu, voire pas du tout. »
Le film réussit ainsi à démonter un processus d’enquête mais aussi de suspicions qui vont perturber cette micro-société. C’est le temps des interrogatoires, des avocats qui interviennent, des groupes de pression aussi qui avancent que l’affaire relève de la persécution religieuse, du procès enfin dont personne ne sortira indemne, laissant au bord du fjord où s’éloigne le bateau du retour des Gheorghiu, une Noora éperdue, murmurant : « Je t’aime ».
Même s’il repose sur une atmosphère impressionnante par sa pesanteur et sur une forte interprétation (Sebastian Stan, vu dans The Apprentice en jeune Trump et Renate Reisve, superbe dans Valeur sentimentale), Fjord est moins émotionnellement puissant que Quatre mois… mais le film, tout en s’ingéniant à ne pas prendre partie pour un camp ou l’autre, réussit cependant à nous questionner. Né dans une Roumanie qui savait ce qu’oppression et dictature veulent dire, le cinéaste nous fait souvenir que les sociétés, progressistes ou non, peuvent aisément mettre à mal l’individu.
FUTUR.- Aux commandes de son petit Cessna rouge et jaune, Hig survole les splendides paysages du Colorado. La nature sauvage est magnifique mais lorsque le pilote arrive au-dessus d’Erie, c’est un spectacle de désolation. Toute cette petite ville où il vécut autrefois avec sa jeune femme alors enceinte, ressemble à un champ de bataille, vide et en ruines, parcourue par des chiens errants. Après été passé par Denver et avoir récupéré des vivres et du kérosène dans des cachettes, Hig retourne à la base aérienne abandonnée qu’il partage désormais avec Bangley, un ex-marine plutôt mal embouché et chatouilleux de la gâchette… Toujours flanqué de son chien Jared, Hig veille aussi sur une grande famille mennonite à laquelle il apporte régulièrement de quoi survivre… Un jour, alors qu’il pilote son petit avion, Hig entend un grésillement dans sa radio et quelques mots presque inaudibles. Cette voix fait naître au plus profond de lui-même l’espoir qu’une vie meilleure existe en dehors de leur périmètre étroitement contrôlé… Alors Hig s’envole à nouveau. Une avarie de moteur le contraint à se poser à proximité du ranch de Pops et de sa fille Cima. Si Pops veut le voir tourner les talons, Cima n’est pas insensible à la présence du pilote…
C’est dans un futur proche (Hig note 2035 sur un message d’adieu à Jared) que Ridley Scott situe l’action de The Dog Stars (USA – 1h59. Dans les salles le 26 août) qu’il adapte du roman éponyme (en français La constellation du chien) de l’Américain Peter Heller paru en 2012. Le cinéaste britannique qui a aligné les blockbusters (Alien, Blade Runner, Thelma et Louise, Gladiator, Hannibal ou Napoléon) donne, ici, une aventure presque intimiste autour de quatre personnages qui sont autant de rescapés d’un désastre qui a vu l’humanité détruite par les maladies et les pandémies.
A mi-chemin entre le western pour les grands espaces et le « survival », The Dog Stars évoque un univers post-apocalyptique à travers la lutte de quatre survivants, constamment sur leurs gardes. Le chaos est pratiquement toujours hors-champ, à l’exception d’un paumé hurlant à Hig « Tu es mort mais tu ne le sais pas encore », du passage furtif de quelques ombres inquiétantes et d’une attaque plus massive de « zombies » sur la base abandonnée qui vaudra à Bangley de presque laisser sa peau dans son camp retranché.
Si Hig a des allures de doux rêveur, ses acolytes, même s’ils tentent de donner le change, ont peur de lendemains infernaux. Alors Ridley Scott, qui aime l’action, peut même se laisser aller à un cinéma (presque) contemplatif. D’ailleurs, Hig et Cima finiront, la tête dans les étoiles…
Plaisante épopée sur un monde qui a perdu ses repères, The Dog Stars repose sur les épaules de Jacob Elordi (Hig) et James Brolin (Bangley), deux potes à la virilité bourrue et à l’interdépendance pudique. A leurs côtés, Guy Pearce est Pops et Margaret Qualley (The Substance) la douce Cima qui partage le même drame que Hig…
ÂME.- De Chaville à Courbevoie en passant par Bobigny, David Zimmermann, Nikon au poing, arpente la banlieue parisienne pour photographier comment la ville change. Chez lui, cet homme de la quarantaine, solitaire et effacé, stocke de nombreux albums qui mêlent à des cartes postales d’époque et des photos anciennes, ses propres images. Mais personne ne sait vraiment que David est photographe car il n’entend pas montrer ses images. « Il ne donne même pas ses négatifs au laboratoire ! » se moque un ami. Un soir, lors d’une fête où le public fracasse des pinatas à l’effigie de Trump, David croise le regard d’une femme dans la foule. Il décide de la suivre, s’enfonce dans des couloirs, descend dans une cave. Sans un mot, la femme l’entraîne dans une sauvage copulation. Quand il reprend ses esprits, l’impensable s’est produit : David se retrouve prisonnier du corps de l’inconnue. Scrutant son visage et son corps dans des miroirs, David constate, entre effarement et peur, qu’il a désormais les traits d’une autre dont les papiers d’identité disent qu’elle est Eva Helsinger…
Présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes, L’inconnue (France – 2h20. Dans les salles le 26 août) est le troisième long-métrage d’Arthur Harari après Diamant noir (2015) et Onoda, 10 000 nuits dans la jungle (2021). Après s’être frotté au thriller et au drame de guerre, le cinéaste français, ici, adapte librement la bande dessinée Le cas David Zimmerman, coécrite avec son frère Lucas et parue en 2024.
Illustrant la doctrine de la métempsychose, selon laquelle une même âme peut animer successivement plusieurs corps, le projet du film est ambitieux dans la mesure où il entend ancrer le fantastique dans le plus pur réalisme. « Je voulais, dit le réalisateur, que ce soit par le concret le plus extrême qu’on parvienne à une forme d’abstraction, de méditation existentielle voire métaphysique… mais sans verbalisation. C’est au spectateur de faire ce chemin, avec les personnages, dans le silence. Généralement, la rareté des dialogues est associée à la contemplation, rarement à des récits complexes, au thriller ou au fantastique… »
Harari représente quelque chose de complètement invisible mais qui constitue une expérience du déplacement, de l’altérité autour du motif de la disparition, mettant en scène une succession de situations inimaginables, rendues tangibles : habiter un autre corps, se voir de l’extérieur, faire l’amour avec soi-même, être enceinte alors qu’on est un homme, se voir mourir !
L’inconnue, qui souffre hélas d’une durée beaucoup trop longue, offre à ses deux comédiens principaux la possibilité de jouer autour de la question du corps qui habite le film. Léa Seydoux a accouché trois mois avant le tournage et impressionne en faisant ressentir un homme qui habite le corps d’une femme. Niels Schneider incarne un David perdu, asocial et quasiment décharné.
On reste hélas sur sa faim même si, au générique de fin, Bob Dylan nous berce avec sa superbe It’s all over now Baby Blue.
LUMIERE.- Les Platt sont une famille bien sympathique. D’ailleurs, on les aime bien, Denise, Greg, leurs deux enfants Audrey et Brian et même leur chien Starbuck, dans leur paisible rue d’Oak Street. Ils participent volontiers aux fêtes entre voisins et donnent la main pour le barbecue. Mais les apparences sont peut-être trompeuses. Denise rêve de devenir romancière et rédige en cachette un récit semi-autobiographique sur une femme souhaitant quitter sa famille. Greg n’a dit à personne qu’il a perdu son boulot et affirme qu’il livre des pizzas pour arrondir les fins de mois.
Passionnée de cosmologie, Audrey est une élève surdouée tandis que Brian s’intéresse de près à Jeannette, sa nouvelle voisine. Très proche d’une vieille dame à qui elle confie ses secrets, Denise remarque, dans le jardin de son amie, une belle plante qui pousse vite. Elle en prend un polaroid et le montre à la bibliothécaire du quartier qui l’identifie comme une pleuromeia, une espèce disparue depuis des millions d’années…
Par ailleurs, d’énormes tas d’excréments apparaissent dans les jardins. Et le pauvre Starbuck n’y est pour rien. La radio fait état, elle, d’une activité solaire intense… Durant une tempête, alors que Greg rentre d’une livraison, une immense lumière blanche engloutit soudainement Oak Street, plongeant le quartier dans le noir. Les ennuis commencent pour les Platt et tout leur quartier.
Passionné depuis l’enfance par les dinosaures, le cinéaste américain David Robert Mitchell, connu pour son film film d’horreur It Follows (2014), a accompli son rêve en tournant La fin d’Oak Street (USA – 1h40. Tout public avec avertissement. Dans les salles le 12 août), une aventure dans la lignée du cinéma populaire des années 70 et 80
« On tournait, dit le réalisateur, des films axés sur des personnages très forts dans lesquels on se projetait facilement et qui touchaient le spectateur. Il s’agissait ensuite de plonger ces personnages dans des situations aussi périlleuses que captivantes, et de faire en sorte qu’ils trouvent le moyen de s’en sortir… »
Ici, on plonge allègrement et avec un plaisir presque enfantin dans cette histoire, bien improbable, légèrement « écolo » et qui renvoie évidemment aux grosses bêtes de Spielberg. Dans le quartier de la famille Platt, les dinosaures sont partout et particulièrement voraces. Mais, au-delà des grosses bestioles qui sèment la terreur, le scénario s’ingénie aussi à imaginer comment les éclairs de lumière, en l’occurence des trous de ver, ont transporté l’ensemble du quartier des millions d’années en arrière. Bientôt pour les Platt, il va s’agir d’attendre l’apparition d’un nouveau trou de ver pour rentrer à leur époque.
Anne Hathaway, très présente sur les écrans ces temps-ci avec Prada 2, L’Odyssée et bientôt Verity, partage l’écran avec Ewan McGregor en personnages humains et faillibles qui vont faire face. Car, in fine, la famille, soumise à rude épreuve, redeviendra unie comme aux premiers jours.
Dans les coulisses du Français et dans les pas de Micha 
BERLIN.- Dans le quartier (alternatif) de Prenzlauer Berg à Berlin, Micha Hartung est le propriétaire du Last Tycoon, un vidéoclub qui n’attire plus guère de clients. Autant dire que Micha tire clairement le diable par la queue. Bien sûr, sa fille Nathalie garde un œil sur lui mais quand elle a besoin d’un coup de main pour garder ses enfants, Micha fait défaut.
La vie de Micha bascule à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du Mur. Alexander Landmann, modeste reporter au magazine Fakt, déboule dans le vidéoclub. Le 22 juin 1984, à la gare de Friederichstrasse, le seul point de passage (ferroviaire) entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, un train de banlieue transportant quelque 127 passagers, est passé de la RDA à l’Allemagne de l’Ouest. Tout cela à cause d’un aiguillage qui n’était pas placé dans le bon sens.
Or c’était bien Micha Hartung qui, ce soir-là, travaillait à la gare. Landmann, qui a plongé dans les archives de la Stasi, est persuadé de tenir sa grande story. Il offre une poignée de gros billets à Micha afin que celui-ci entre dans son jeu. Mais oui, c’est certain, Micha Hartung est un héros. Le cerveau d’une évasion massive historique de la RDA.
Devenu un héros malgré lui, Micha va vite comprendre qu’il est perdu. Autour de lui, s’organise un engrenage de semi-vérités et de mensonges éhontés. On l’invite dans un talk-show à la télévision où il est contraint de broder sur son « fait d’armes » en parlant d’un irrépressible besoin de liberté. Pire, le président allemand sollicite Micha pour tenir un discours au Bundestag. Marre des vieilles barbes spécialistes de la résistance en RDA, vive un vrai Berlinois, un citoyen sorti de nulle part et qui va porter un message de vérité sur cette période sombre de l’histoire de l’Allemagne, un individu courageux capable de surmonter des obstacles qui semblent insurmontables…
Lauréat en 1988, avec Schmetterlinge, son film de fin d’études à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin, de l’Oscar du meilleur film d’étudiant à Hollywood, le cinéaste allemand Wolfgang Becker n’a tourné qu’une toute petite poignée de longs-métrages dans sa carrière. Cependant il a très largement attiré tous les regards sur lui lorsqu’il donne, en 2003, le fameux Good Bye Lenin !, immense succès et « film de l’année » en Allemagne.
Disparu en décembre 2024 alors qu’il venait de superviser le premier montage de son film (sorti en salles en Allemagne en décembre 2025), Wolfgang Becker renoue donc avec les références à l’histoire est-allemande à travers un soi-disant héros et une épopée fabriquée pour devenir un phénomène médiatique.
A l’époque de Good Byle Lenin !, Becker citait le fameux trait d’esprit : « Un film n’est rien d’autre qu’un enchainement de 24 mensonges par seconde ». Et, de fait, Le héros de Berlin (Allemagne – 1h53. Dans les salles le 15 juillet) fonctionne également autour de la thématique du mensonge. Lorsque Micha est poussé dans ses retranchements, il se défend en expliquant que personne, en réalité, n’a vraiment envie d’entendre la vérité…
Si Der Held vom Bahnhof Friedrichstraße (en v.o.) s’offre une love story avec la rencontre de Micha et de Paula, une passagère du fameux train devenue procureure, le film, agréable sans être emballant, vaut essentiellement pour la manière dont Becker développe un thème qui lui est cher : le combat d’un perdant, d’un type tout à fait ordinaire et malchanceux, contre la folie du monde.
Avec son côté « paumé », Charly Hübner incarne parfaitement Micha Hartung, citoyen lambda, qui a eu la bêtise de mettre le doigt dans un engrenage infernal. Commence alors un grand barnum qui ne s’arrêtera que lorsque les projecteurs se tourneront rapidement vers une prochaine victime…
THEATRE.- Nina Cardi est en retard. Et ce n’est pas le moment de l’être. Car le soir même, c’est la première du Macbeth de Shakespeare, sa première mise en scène sur la prestigieuse scène de la Comédie française. Pire, alors qu’il lui reste quatre ou cinq heures pour peaufiner tous les détails, Nina a oublié son badge d’accès à l’illustre maison de Molière. Et Stéphane, le préposé à l’accueil, est intraitable. Pas de badge, pas d’entrée dans les lieux. « Et si tu commettais un attentat, hein ! »
Heureusement Nina retrouve son badge au fond de sa poche. Poussant son vélo, elle peut enfin entrer dans les lieux. Mais elle n’est pas au bout de ses peines. Prise entre les exigences techniques de Jacques, le régisseur, qui lui explique en détail le fonctionnement des projecteurs et les états d’âme de ses partenaires, Nina a le sentiment que son Shakespeare va être une catastrophe. C’est le moment que choisit l’administrateur général de la vénérable institution pour annoncer à Nina que la ministre de la Culture sera dans la salle… Mais Nina a encore d’autres soucis encore. Son ex s’apprête à partir dans une lointaine tournée musicale et, alors qu’il devait s’occuper de lui, lui laisse leur bébé sur les bras…
En évoquant la genèse du film qu’il a co-réalisé avec Bertrand Usclat, Martin Darondeau précise : « Il y avait une vraie envie d’ouvrir les portes d’une institution qui peut apparaître secrète pour les gens, et casser cette image sérieuse que peut avoir la Comédie-Française. Car si cette maison a une vraie mission de conservation et de rayonnement de la culture théâtrale française, ceux qui la représentent n’en restent pas moins des hommes et des femmes d’aujourd’hui, avec leurs soucis, leurs joies, leurs problèmes. C’est un axe de comédie extrêmement efficace surtout si on l’applique à une jeune maman qui a des difficultés à allier sa vie privée et son travail… »

« De la Comédie… »: Pauline Clément,
Danièle Lebrun, Julien Frison, Adeline d’Hermy
et Marina Hands. DR
Spécialistes des programmes courts (comme la shortcom Broute) , les deux réalisateurs de De la Comédie française (France – 1h15. Dans les salles le 22 juillet) avaient d’abord eu un projet de format court autour de la « maison de Molière » avant de modifier leur scénario et de se tourner vers le grand écran. Et c’est ainsi que, sous la forme d’une amusante chronique fantaisiste, on plonge dans les coulisses d’un illustre théâtre, fondé en 1680, à l’heure d’une première plutôt mal partie. Alors, le film aligne de savoureuses vignettes autour du régisseur, de l’habilleuse, de la maquilleuse (de télévision) venue pour remplacer une amie et bien entendu de tous les acteurs de ce Macbeth qui, disons-le sans spolier, ira à son terme. Mais au prix de quelques péripéties! L’idée des deux cinéastes est, ici, de dire que, quelque soient les problèmes (tromperie conjugale, lendemain de cuite ou pétard un peu trop costaud), il faut jouer. Le tout dans une microsociété d’artistes où s’exacerbent égos, faiblesses, peurs, désirs, jalousies ou superstitions…
Enfin De la Comédie française offre aussi le plaisir de voir nombre de membres de la troupe du Français faire le job sous nos yeux ravis. Autour de Pauline Clément (Nina), on remarque Laurent Stocker, Marina Hands, Julien Frison, Danièle Lebrun, Christian Heck, Guillaume Galienne et même Molière lui-même (Benjamin Laverhne) vouant le grand Will aux gémonies !
Un adolescent sur la plage et un jeune roi chez Molière 
ÉTÉ.- Dans les vagues qui reviennent sans cesse, des adolescents se baignent et rigolent. C’est l’été dans les Landes. Il fait chaud sur la plage. Parmi ces grands gamins qui rient et crient, Marouane, 17 ans, semble toujours sur la réserve. D’ailleurs, il ne retire jamais son tee-shirt. Son copain Noé, un gaillard rond et joufflu, lui rebat les oreilles de ses envies de sexe et de surf, pratique idéale pour « sauter les meufs ». Mais, en attendant, Noé n’a encore rien « serré ». Marouane, lui, s’applique à éluder les questions. Et il se cabre quand ses parents lui parlent de petite amie.
Après la plage, en cette nuit la plus chaude de l’année, direction la piscine où les filles en bikini se jettent à l’eau sous le regard plutôt envieux des garçons. Marouane décide de retourner au camping. Sous sa tente, il se masturbe en regardant des images sur son téléphone. Le départ de la famille est prévu pour le lendemain. Marouane retourne vers la piscine. Dans les coursives désertes, il croise Oscar qui lui emprunte sa puff parfum myrtille et s’amuse à ne pas la lui rendre. Les deux s’embrouillent et Oscar fait une chute accidentelle et mortelle. Marouane traîne le corps jusqu’à la plage et l’ensevelit dans le sable… Par ailleurs, il se demande s’il n’est pas en train de tomber amoureux de la charmante Giulia.
La chaleur (France – 1h33. Dans les salles le 8 juillet) est le sixième long-métrage de Stéphane Demoustier. Une fois de plus, le cinéaste nous déroute. Après La fille au bracelet (2019), un film de procès puis Borgo (2023), un film de prison et enfin L’inconnu de la Grande arche (2025), biopic de Johann Otto von Spreckelsen, l’architecte de la Grande arche parisienne, voici un film qui a des allures de chronique adolescente sur fond de camping. On songe d’emblée à l’univers de François Ozon et, pour l’effervescence des scènes d’ouverture, au Kechiche de Mektoub, my Love. Mais ces références s’estompent assez rapidement pour laisser la place à une œuvre stylisée, jouant d’éléments sensoriels qui expriment un état second et mental, celui de Marouane qui vit 36 heures presque irréelles.
Demoustier (qui adapte, ici, le roman éponyme de Victor Jestin paru chez Flammarion en 2019) pourrait faire sienne la citation de Paul Nizan, « J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge » dans la mesure où La chaleur réussit, sans tourner le dos au film de genre et au suspense (partout, on cherche Oscar), à montrer l’angoisse de devoir rentrer dans l’âge adulte ou à devoir s’arracher définitivement à l’enfance. Surtout dans une époque anxiogène où ces adolescents n’ont plus le même droit à l’insouciance que leurs prédécesseurs.
De la même manière que, métaphoriquement, les adolescents se jettent à l’eau et courent au-devant de vagues inhospitalières et brutales, Marouane (le nouveau-venu Hadrien Hussein) va se heurter à sa famille comme à la saturation de représentation sexuée des corps. Replié sur lui-même, il aspire à une forme de douceur et de sincérité. Il faudra que Giulia (Martina La Manna) pose le regard sur lui pour qu’il s’ouvre enfin. Il tombe le tee-shirt, fait écouter à la mince Italienne le prélude de Lohengrin de Wagner et passera la nuit avec elle dans une cabane…
La fin -comme une sorte de rédemption- est forte car Marouane, lorsque sa culpabilité n’est plus en mesure d’être établie, prend la mesure du fait qu’il ne pourra pas vivre avec le poids de son secret.

« Les caprices… »: Molière (Nemo Schiffman), Savinien (Artus) et Madeleine Béjart (Julia Piaton) avec Louis (Niels Hamel-Brochen).
CAPE ET EPEE.- Louis, futur roi de France, n’a que 13 ans mais la vie de ce gamin est pourtant en grand danger. Des frondeurs entendent bien le faire passer de vie à trépas. Sa mère, Anne d’Autriche, est consciente qu’il faut le mettre à l’abri. Elle en appelle à D’Artagnan qui va confier le jeune Louis à l’un de ses amis, le robuste Savinien de Cyrano de Bergerac. « Tu peux tout me demander, précise Savinien, sauf m’occuper d’un enfant ou d’un roi… » Mais Cyrano est un homme de devoir. Faisant passer le futur roi pour son fils, il va le cacher dans la troupe de théâtre de Madeleine Béjart et de Jean-Baptiste Poquelin. Si Louis se montre bien capricieux (il n’entend pas dormir sur le sol) ou bien insolent vis-à-vis de son protecteur au nez proéminent (« Je ne suis pas habitué à tant de laideur ! »), il finira par goûter la vie et ses plaisirs, l’art et le travail, le courage et la stratégie, tout ce qui fera de lui le Roi Soleil.
En tournant Les caprices de l’enfant roi (France – 1h55. Dans les salles le 24 juin), Michel Leclerc a probablement réalisé un rêve d’enfant, mettre en scène un film de cape et d’épée. Le cinéaste avoue : « C’est un vieux fantasme, j’ai toujours adoré les films de Jean-Paul Rappeneau : Les Mariés de l’an 2, Cyrano de Bergerac, ceux de De Broca, La folie des grandeurs de Gérard Oury, qui mêlent Histoire et fantaisie, des films « enlevés » comme on disait alors. »
Disons-le d’emblée, cette fantaisie (qui repose sur un scénario original de Michel Leclerc en collaboration avec sa complice Baya Kasmi) tourne le dos aux films historiques récents frappés d’un certain esprit de sérieux pour choisir la veine de la comédie rebondissante d’aventures.

« Les caprices… » D’Artagnan (Franck Dubosc),
la reine (Doria Tillier) et le jeune roi.
Photos Michel Crotto
Il ne reste alors qu’à se laisser séduire par Louis et Savinien emportés dans le tourbillon d’une troupe de théâtre en tournée à travers la province française. On y voit le jeune Molière tourner le dos aux masques de la commedia dell’arte et se trouver une passion amoureuse pour Madeleine. Sous le regard d’un Savinien qui vante le panache : « C’est la médaille du perdant. Ca ne sert à rien. C’est cela qui est beau ». Mais Savinien est aussi un être blessé. Quand Molière lui lance « Ton sujet, c’est l’amour », il répond, à mi-voix, « le manque surtout… »
Les caprices… va donc à un bon train tandis que se montent des machinations et un complot mené par La grande demoiselle. Les protagonistes trouvent toujours le moyen de croiser le fer. Michel Leclerc (qui nous avait régalé en 2010 avec Le nom des gens) ne se prive pas de quelques mots d’esprit : « Un bon petit avec une couronne sur la tête, ça peut devenir un monstre » ou cet autre, à propos de l’amour que Louis éprouve pour Madeleine : « Un petit roi épouser sa prof de théâtre de 20 ans de plus que lui… » Non vraiment.
Comme Artus est très crédible en Cyrano, comme Frank Dubosc est un D’Artagnan aux prises avec sa légende et comme le jeune et joufflu Niels Hamel Brochen est un petit roi de caractère qui avouera in fine : « Je ne suis pas ton fils, Savinien, mais j’aurai tant aimé ! », on sort de là avec un bon sourire aux lèvres.
De Gaulle, Robin des Bois, Ahmed le pianiste cairote, Selma la Syrienne et Corry au Japon 
FRANCE.- Colonel inconnu, Charles de Gaulle s’est fait remarquer, en pleine déroute des armées françaises, en affrontant, à la mi-mai 1940, les troupes et les chars de la Wehrmacht à Montcornet dans l’Aisne. Ce fait d’armes vaudra à De Gaulle de devenir général deux étoiles. Mais il reste cependant un parfait inconnu. C’est pourtant cet homme de haute stature qui, en rejoignant Londres, incarnera la France libre et résistante… En juin 1940, seul contre tous, De Gaulle veut sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
C’est une grande production, une sacrée aventure et un film plein de souffle épique que constituent les deux volets du diptyque La bataille de Gaulle : L’âge de fer, sorti sur les écrans le 3 juin dernier (la critique sur ce site) et La bataille de Gaulle : J’écris ton nom (France – 2h40. Dans les salles le 26 juin). Dans ce second volet qui fait référence au fameux poème de Paul Eluard, écrit en 1942, et qui s’achève sur le mot Liberté, le réalisateur Antonin Baudry se penche sur les années 1943 et 1944.
Désormais, la France Libre n’est plus contestée, mais De Gaulle doit encore convaincre les Alliés, notamment les États-Unis du président Roosevelt. De Gaulle se révèle un négociateur avisé, voire roué, un fin stratège dans ses relations régulièrement tendues avec les Américains mais aussi avec Winston Churchill et les Britanniques pour faire reconnaître la France comme une puissance majeure dans la victoire alliée.
En s’appuyant pour ce drame biographique et historique sur l’ouvrage De Gaulle : une certaine idée de la France de l’Américain Julian T. Jackson, le cinéaste fait évidemment la part belle à De Gaulle mais il met aussi en lumière le rôle clé de Jean Moulin dans l’unification des mouvements de Résistance, y compris en « manipulant » (pour la bonne cause !) les gaullistes et communistes. Tandis que Jean Moulin tombe sous les coups de Barbie, De Gaulle va réussir à imposer la France comme un acteur incontournable de la Libération.
Si on découvre, ici, le rôle tenu par le général Giraud (étonnant Thierry Lhermitte), on est épaté par ce chef de guerre que fut Leclerc (Niels Schneider), courageux et téméraire général « jamais vaincu par les boches ». Enfin, Simon Abkarian est un fameux De Gaulle. Dans le premier volet, il était presque burlesque dans sa raideur londonienne. Dans le second, il s’affirme comme une magnifique incarnation d’une France debout.
LEGENDE.- En l’an de grâce 1247, dans une froide tourmente qui balaye une lande inhospitalière, une jeune fille se nourrit de rares baies recueilles sur des ronces. Au loin, elle aperçoit un feu et s’approche d’un homme hirsute auquel elle demande de quoi se nourrir. Il en coûtera sa vie à cette presque gamine… Cet homme au regard las affirme qu’il n’a rien d’un héros et que nul ne protège les humbles. Tout n’est que mensonges sur l’héroïsme et la bonté de Robin des Bois. Il a perdu tous ses amis et Marianne n’est qu’un lointain souvenir effacé d’un revers de la main. Une dernière fois, Robin va se lancer dans un combat, aspirant à une mort juste. L’assaut est d’une folle violence. Robin en sort mal en point. Il aura la chance de rejoindre, sur une île au large, le prieuré de Saint-Clément où sœur Brigid, au prix de régulières saignées, tentera de le remettre sur pied…
En plongeant dans On l’appelait Robin des Bois (USA – 2h01. Dans les salles le 1er juillet), il ne faut guère de temps pour oublier le flamboyant Errol Flynn, épée au poing dans les très cultes aventures en technicolor filmées en 1938 par Michael Curtiz. Exit aussi le sage et chenu Robin incarné par Sean Connery dans La rose et la flèche (1976) de Richard Lester… Le Robin imaginé par le cinéaste américain Michael Sarnoski est un être à la dérive, un homme amer qui rumine sur un passé où, dit-il, il tuait et volait pour le plaisir. Se faisant passer pour un autre, Robin des Bois va tenter de trouver une forme de repos de l’âme, bien hypothétique tant ses noires frasques de hors-la-loi viennent constamment le hanter.
Loin de la vision sucrée du Robin des Bois selon Walt Disney, il apparaît que le Robin historique et populaire était capable d’une grande violence. Après avoir affronté Guy de Gisborne, par exemple, Robin le décapite, plante sa tête au bout de son bâton d’arc et mutile son visage afin que personne ne puisse l’identifier. C’est ce personnage qu’a choisi de raconter Sarnoski : « On a tous en tête l’image d’un Robin des Bois dansant dans la forêt avec ses joyeux compagnons, mais sa vie n’avait rien à voir avec ça. Les paysans s’entretuaient à coup de pelle. Je me suis demandé comment raconter une version de l’histoire du personnage qui soit plus fidèle à la dureté de la vie au 13e siècle. »
The Death of Robin Hood (en v.o.) est une relecture iconoclaste du héros de la forêt de Sherwood qu’on regarde avec une certaine curiosité. Comment Robin peut-il se pardonner les fautes qu’il a commises autrefois et regarder en face les mythes trompeurs qu’il a lui-même bâtis ?
Sur les notes folk sombres et lancinantes de The Lamentations of Round Oak Waters chanté par Jim Ghedi, Sarnoski a composé une fresque fantastique et funèbre mais aussi très dépouillée où une sauvagerie absurde surgit fréquemment.
Au côté de Jodie Comer (Brigid) et dans des paysages aux teintes grises, Hugh Jackman, le fameux Wolverine de la saga X-men, campe un dangereux ermite, qui prend parfois des allures christiques et regrette ses crimes passés autant que les mensonges racontés « pour que des fous me suivent dans les ténèbres… »
FAMILLE.- Dans l’Egypte de 1967, le raïs Gamal Abdel Nasser chante la Grande nation arabe mais, dans l’appartement encombré de sa famille cairote, Ahmed Ragheb, pianiste obstiné, ne rêve que de grande musique. Mais difficile de s’imposer entre un père, des parents, des voisins qui ne jurent que par le football et qui se désolent de voir leur club favori de Zamalek passer à côté de tous ses matches. Alors qu’Hassan, son frère jumeau, s’apprête à partir faire son service militaire, Ahmed reçoit une lettre en provenance d’Autriche : Liz a répondu à son annonce pour devenir sa correspondante. Autour de lui, Farouz, sa mère en tête, lui conseille de se méfier de cette… espionne. Mais Ahmed n’en a cure. Son rêve, maintenant, c’est de partir en Autriche pour rencontrer cette correspondante et découvrir Vienne, la capitale de la musique classique. Qui sait, le pianiste du Caire pourrait bien y faire carrière.
Troisième long-métrage du réalisateur austro-égyptien Abu Bakr Shawky, Notre histoire – Chroniques du Caire (Egypte/France/Autriche – 2h. Dans les salles le 1er juillet) est une allègre tragi-comédie qui plonge dans l’Egypte de Nasser au moment de la Guerre des six jours (qui connut une victoire éclatante d’Israël) pour se poursuivre à l’ère d’Anouar el-Sadate, père de la Nouvelle nation et s’achever au temps de Moubarak. Le tout à travers le prisme d’une trépidante famille au coeur de laquelle Ahmed soupire et rêve d’être « juste une fois du côté des gagnants ».
Même si le cinéaste s’amuse à grossir parfois le trait, on prend plaisir à côtoyer ces gens qui gueulent, s’engueulent mais s’aiment plus que tout. Loin des vacances all inclusive à Hurghada, voici une évocation sensible et chaleureuse de la société égyptienne. On y mesure les rêves contrariés, les conflits, la passion dévorante du football, le chaos familial et les petites victoires arrachées au destin. Pour inscrire son film dans l’Histoire, le cinéaste, qui a puisé dans des souvenirs familiaux, utilise nombre d’images d’archives de télévision et de radio, ainsi l’assassinat de Sadate.
« Il existe, dit Shawky, un décalage entre les fortunes de cette famille. Lorsqu’un événement heureux se produit dans le pays, une tragédie frappe la famille, et inversement. Ils sont constamment confrontés à cette situation et tentent d’aligner leur destin sur celui du pays. »
Aux accents d’Oum Kalthoum (qui chantait « Prends ma vie entière mais aujourd’hui laisse-moi vivre ») ou du chant patriotique el Watan el Akbar composé par Mohamed Abdel Wahab, Notre histoire déroule un flux constant de vie et de joyeux chaos, bien rendu par le mouvement incessant de la caméra. Dans un look qui renvoie au cinéma populaire égyptien des années 50/60, l’utilisation des gros plans permet de montrer l’exiguïté des lieux et le nombre des personnages qui s’y tiennent.
Dans le chaos, les cris, les voix fortes, l’énergie débordante, Liz et Ahmed construiront leur vie. Et ce dernier pourra dire : « Tout s’est bien passé finalement ».
EXIL.- A l’arrière d’une brasserie de Bordeaux, Selma s’active dans une cuisine étroite et encombrée. Tout en faisant la plonge, elle décharge de ses verres un lave-vaisselle brûlant. Selma a constamment l’air sur ses gardes. Et lorsqu’elle s’aventure en terrasse, son patron a vite fait de lui ordonner de retourner là où on ne peut la voir. Selma Nassar a fui la Syrie, laissant derrière elle Rami, un fils de six ans auquel elle parle régulièrement au téléphone et un mari disparu dans les geôles du régime de Bachar dont elle est sans nouvelles.
Surveillée (ou « protégée ») par un vague cousin, elle vit dans un appartement exigu qu’elle partage avec une amie. Selma enchaîne les heures de travail au noir avec l’espoir de pouvoir obtenir le droit d’asile en France et de faire venir son fils. Un jour, elle fait la connaissance de Jérôme Delaunay, un avocat, client du café et dont le cabinet est juste de l’autre côté de la rue. Selma lui demande de l’aider dans ses démarches. Avocat d’affaires, Jérôme explique qu’il ne connaît rien au droit des migrants. Bientôt une relation amoureuse réunit Selma et Jérôme.
Avec L’étrangère (France – 1h41. Dans les salles le 24 juin), la cinéaste franco-syrienne Gaya Jiji réalise son quatrième long-métrage après avoir été révélée, en 2016, avec Une histoire syrienne qui racontait le parcours d’une famille syrienne en France. Ici, c’est une femme seule qui se lance dans un long et difficile combat pour tenter d’accéder à une vie meilleure. Selma a connu un long périple à travers l’Europe et elle a abouti à Bordeaux, une ville où son exil et sa solitude lui paraissent de plus en plus pesant.
En s’inspirant de sa propre histoire d’exil, Gaya Jiji a écrit une récit intime qui s’éloigne, agréablement, des films « sociaux » sur les migrants en France. Car, tout en montrant les problèmes liés à la « loi Dublin » (qui oblige les migrants à faire leur demande d’asile dans le premier pays européen où ils ont été enregistrés) ou les longues démarches auprès de l’OFPRA pour faire avancer son dossier, la cinéaste développe aussi une romance amoureuse dans laquelle deux solitudes vont se croiser. L’amour vient bouleverser un homme malheureux dans son couple et Selma, une femme qui a d’autres urgences.
Alors, on se laisse entraîner dans cette aventure sentimentale dans laquelle le statut migratoire est cependant toujours présent. C’est beau de voir Selma, dont le visage est toujours grave, se laisser aller à des émotions qu’elle avait « oubliées ».
Le film doit beaucoup, dans le rôle de l’avocat, à Alexis Manenti, César du meilleur espoir 2020 pour Les misérables et à la comédienne franco-iranienne Zar Amir, vue dans Lire Lolita à Téhéran (2024), Tatami (2023) et évidemment aux Nuits de Mashhad (2022) qui lui valut le prix d’interprétation à Cannes. Intense et touchant.
GREFFES.- Corry est française et vit au Japon. Médecin spécialiste des transplantations cardiaques pédiatriques, elle partage sa vie avec Jin et suit des enfants en attente de greffe cardiaque à l’hôpital de Kobé. Alors que la culture japonaise a du mal à accepter le don d’organe, Corry se bat au quotidien pour faire évoluer les mentalités et trouver plus de donneurs. Quand Jin disparait un jour sans laisser de trace, elle tente de le retrouver, mais doit aussi mener une course contre la montre pour que la greffe d’un de ses jeunes patients, âgé de douze ans, aboutisse.…
Avec L’illusion de Yakushima (Japon/France – 1h52. Dans les salles le 17 juin), on retrouve avec plaisir Naomi Kawase, l’une des plus intéressantes réalisatrices japonaises contemporaines. Sa recherche d’une « réalité » qui transcende les frontières entre documentaire et fiction lui a valut une reconnaissance internationale. En 1997, elle fait ses débuts au cinéma avec Suzaku, qui remporte la Caméra d’or au Festival de Cannes, faisant d’elle la plus jeune lauréate de l’histoire.
La cinéaste reviendra souvent sur la Croisette, ainsi en 2007 où La forêt de Mogari reçoit le Grand Prix. A Cannes, on verra d’elle Hanezu, l’esprit des montagnes (2011), Still the Water (2014), Les délices de Tokyo (2015), Vers la lumière (2017) ou True Mothers (2020).
Dans L’illusion…, Naomi Kawase développe deux intrigues au centre desquelles on trouve le personnage de Cory. D’une part, il y a l’aspect professionnel avec la présence au Japon de cette spécialiste des greffes, de l’autre, c’est l’aspect privé avec la quête que mène la jeune femme pour trouver son compagnon, mystérieusement disparu.
Tandis que les deux intrigues s’entre-mêlent, c’est celle de l’hôpital qui retient le plus l’attention puisqu’il en va, avec la question des greffes, d’un sujet tabou. Si en France, la greffe est perçue comme une transmission de la vie. C’est tout le contraire au Japon… Alors Corry doit se battre pour tenter de faire avancer les choses.
Autour des thèmes de la renaissance et de la passation mais aussi du choc des cultures, la cinéaste nippone distille une œuvre souvent tendre et attachante mais aussi particulièrement bavarde. Si la recherche de Jin permet de belles et oniriques séquences de nature, au total ce mélodrame finit par devenir pesant. Vicky Krieps (vue dans Phantom Thread ou en Anne d’Autriche dans Les trois mousquetaires) donne toute la mesure de son talent pour nous faire entrer dans les pas de Corry. Mais on reste sur sa faim.

















































