Alice, Madeleine, Rakel, des vies bouleversées  

"Don't Worry...": Alice (Florence Pugh) et Jack (Harry Styles). DR

« Don’t Worry… »: Alice (Florence Pugh)
et Jack (Harry Styles). DR

PARANOIA.- Elle est parfaite, Alice Chambers ! Tous les matins, elle prépare le breakfast de son mari… Toasts grillés et beurrés, bacon et œufs sur le plat. Il ne reste plus alors à Jack (Harry Styles) qu’à grimper dans sa rutilante Cadillac pour filer au travail comme tous ses voisins, tous tirés à quatre épingles comme lui… Nous sommes dans les années 50, quelque part, aux confins du désert californien. Là s’élève un grand compound avec de belles villas aux façades ripolinées et aux pelouse parfaitement vertes sous un soleil permanent. Après le départ des hommes, les femmes -très dans le look Desperate Housewifes- rangent la maison, préparent les repas et surtout papotent entre elles. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Las, Alice n’arrive pas à partager totalement l’optimisme franchement béat du Victory Project. Elle a du mal à adhérer au discours de Frank, le patron-gourou (Chris Pine), qui interroge : « Ce monde est à qui ? » Question à laquelle la communauté répond, dans un même cri, « A nous ! » Pire, Alice est sujette à des hallucinations (aux allures des films de Busby Berkeley) et son existence bascule lorsqu’au cours d’un voyage en tram, elle aperçoit un avion rouge qui s’écrase dans les collines désertes. Elle s’en va en courant pour tenter de retrouver le zinc. Mal lui en prend, elle finit aux portes du mystérieux centre expérimental où travaillent tous les hommes du Victory Project…

"Don't Worry...":  Frank (Chris Pine), un séduisant gourou et Bunny (Olivia Wilde). DR

« Don’t Worry… »: Frank (Chris Pine),
un séduisant gourou et Bunny (Olivia Wilde). DR

Avec Don’t Worry Darling (USA – 2h03. Dans les salles le 21 septembre), la comédienne Olivia Wilde passe pour la seconde fois derrière la caméra (après Booksmart en 2019, sorti en France sur Netflix) pour signer un thriller psychologique qui emprunte aussi au film d’horreur comme au cinéma d’anticipation. Bien sûr, on est vite tenté de faire des références à une multitude d’oeuvres comme The Truman Show ou Shining mais la comédienne (vue dans Time Out, Rush, Her ou Le cas Richard Jewell) cite plus volontiers Rosemary’s Baby, Sueurs froides ou Black Swan
Appelant à la rescousse Polanski, Hitchcock ou Aronofsky, Miss Wilde semble mettre la barre bien haut. Mais, en soignant notamment son imagerie fifties, elle tire néanmoins bien son épingle du jeu en embarquant le spectateur dans l’aventure intime et paranoïaque de la pauvre Alice qui voit une fausse société utopique s’effondrer sous ses yeux. Elle a beau hurler : « Ils nous mentent sur toute la ligne ! », elle passe, au mieux, pour une petite égoïste, au pire pour une névrosée qui représente un danger majeur pour le projet Victory. Car le gourou mielleux et séducteur qui tient cette petite communauté sous sa coupe, tient un inquiétant discours aussi fascisant que menaçant .
Avec une Florence Pugh parfaite dans le rôle de cette Alice bien nommée qui se heurte à des miroirs, Olivia Wilde distille un récit attrayant mais grinçant sur une société « idéale » qui n’a pas que l’amour et la réussite sociale pour but ultime, où la beauté est dans le contrôle et la grâce dans la symétrie… Lorsque Frank entend « sauver le monde de lui-même », Alice sait qu’il ne lui reste plus qu’à prendre la porte du « paradis ». Mais y arrivera-t-elle ?

"Une belle course": Madeleine Keller aujourd'hui et dans sa jeunesse (Alice Isaaz). DR

« Une belle course »: Madeleine Keller aujourd’hui et dans sa jeunesse (Alice Isaaz). DR

VOYAGE.- Charles Hoffman est taxi à Paris et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas vraiment le moral, pris dans des soucis financiers qui l’épuisent. Madeleine Keller, elle, a décidé, malgré elle, de quitter sa maison de Brie-sur-Marne. Elle demande qu’un taxi vienne la prendre pour la déposer à Courbevoie dans la résidence où elle est promise à finir ses jours. C’est Charles qui viendra la récupérer. Mais, dans ce voyage d’est en ouest à travers la capitale, ces deux êtres qui n’ont rien de commun, vont apprendre à se connaître, à partager un peu d’intimité, à fraterniser finalement…
Réalisé par Christian Carion, Une belle course (France – 1h31. Dans les salles le 21 septembre) est une comédie dramatique agréablement enlevée (qui ne révolutionne évidemment pas l’écriture cinématographique) et surtout très généreuse. Car il est bien, ici, question d’un sujet dont le cinéma a longtemps pris soin de garder ses distances, en l’occurrence la vieillesse. Car Madeleine Keller a 92 ans et elle sait que cette course en taxi est, bien paradoxalement, sa dernière bouffée d’air pur. Bientôt, comme elle le dit, ce sera la chambre, la purée et la compote. Alors, en compagnie d’un chauffeur bougon qui va s’éclairer peu à peu, Madeleine Keller va musarder dans Paris et plus encore dans une existence dont elle fait, par bribes, le récit à Charles… Et la vie de Madeleine, entre son premier béguin fou au lendemain de la guerre pour un GI prénommé Matt et son coup de coeur pour Ray, n’a pas été une sinécure. Car Matt est rentré aux Etats-Unis en lui laissant un cadeau « genre 3 kilos cinq » et Ray, le métallo costaud, s’est révélé être une brute épaisse de la pire espèce…

"Une belle course": Line Renaud et Dany Boon. DR

« Une belle course »: Line Renaud
et Dany Boon. DR

Au gré des rues de Paris, là devant une plaque commémorative sur un mur, plus loin en cherchant un théâtre disparu ou un immeuble remplacé par un commissariat, la vieille dame se souvient de ses jeunes années (Alice Isaaz incarne joliment Hélène jeune) et, mieux encore, elle peut partager ce vécu longtemps tu avec Charles… Alors, cette ultime course n’est plus un chemin vers la fin mais une parenthèse enchantée.
Véritablement fait sur mesure pour Line Renaud, le personnage de cette alerte nonagénaire est porté avec grâce par une comédienne dont les yeux bleus s’embrument volontiers mais dont le petit rire illumine ce taxi dans lequel Madeleine et Charles passent l’essentiel du film. Pour le chauffeur, le réalisateur de Joyeux Noël (2005) ou L’affaire Farewell (2009) peut s’appuyer sur Dany Boon « capable, dit le cinéaste, de faire rire et d’émouvoir comme Bourvil ».

"Ninjababy": Rakel (Kristine Kujath Thorp) désemparée. DR

« Ninjababy »: Rakel (Kristine Kujath Thorp) désemparée. DR

GROSSESSE.- Astronaute, garde-forestière ou dessinatrice… A 23 ans, Rakel a tous les projets du monde mais vraiment pas celui de devenir mère. Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte de six mois suite à un coup d’un soir, c’est tout bonnement la catastrophe… L’avortement n’est plus une option même si Rakel crie son désir d’avorter… De plus elle n’est pas très sûre de savoir qui est le père. Il faut dire, comme le remarque sa copine, qu’elle a du mal à savoir : « Tu t’es tapé un paquet de mecs ? C’est comme Mamma Mia ! » Alors, c’est décidé : l’adoption est la seule solution ! Apparaît alors Ninjababy, un personnage animé sorti du carnet de notes de Rakel qui va s’appliquer à faire de sa vie un enfer ! Ce « putain de saleté de ninjababy pourri », selon la formule de Rakel, ne lui fait pas de cadeau. Lorsque Rakel pense enfin savoir qui est le géniteur du bébé à venir, Ninjababy grince : « Tu as laissé ce gars-là te baiser ?! »
Présenté à la Berlinale 2022 et découvert lors des Rencontres du cinéma de Gérardmer en avril dernier, Ninjababy (Norvège – 1h43. Dans les salles le 21 septembre) est une comédie dramatique spécialement caustique et même carrément rentre-dedans par son ton, dans laquelle la cinéaste norvégienne Yngvild Sve Flikke aborde, de manière plus globale, la peur de la maternité des jeunes Norvégiennes. « Nous sommes à une époque, dit la réalisatrice, où tomber enceinte avant 30 ans est inhabituel. Le film traite également de la prise de responsabilités, de la maturité et de notre capacité à surmonter toutes les situations. Je crois que beaucoup de femmes ont ressenti la peur de devenir mère, même celles qui l’avaient prévu. Et en retour il y a le sentiment de soin et d’amour qui se développe au cours d’une grossesse, de différentes manières. »

"Ninjababy":  Mos (Nader Khademi) et Rakel. DR

« Ninjababy »: Mos (Nader Khademi)
et Rakel. DR

En s’appuyant sur le roman graphique Fallternikk, de l’auteure de bandes dessinées Inga Saetre (qui signe toutes les animations du film), la cinéaste mêle donc images réelles et animation pour raconter l’aventure d’une jeune femme qui ne veut pas d’entrave, qui a des choses à faire, des désirs autres que celui d’avoir un enfant. La pression sociale qui s’exerce sur elle est énorme et elle est confrontée à des sentiments ambivalents tandis que ses émotions ressemblent à des montagnes russes…
En compagnie de ce Ninjababy qui lui rappelle les différents états par lesquelles elle passe (colère, déni, rejet, doutes), Rakel (joliment incarnée par Kristine Kujath Thorp) traverse un gros moment de galère : «Je ne veux pas d’enfant. Eh ouais – c’est une chose tordue à dire, et certainement égoïste, mais… Il faut s’y attendre. Parce que c’est ce que je suis. Une égoïste de merde. »
Rakel est forte en gueule, odieuse, entourée de types zarbis, et elle n’a rien à faire de l’amour maternel mais le jubilatoire et foutraque Ninjababy la montre néanmoins en train de se demander ce qui serait le mieux pour l’enfant à venir… Alors Rakel n’est pas vraiment sympathique mais assurément attachante…

Scènes de la vie (extra)conjugale  

Charlotte (Sandrine Kiberlain) et Simon (Vincent Macaigne). DR

Charlotte (Sandrine Kiberlain)
et Simon (Vincent Macaigne). DR

J’avoue j’en ai bavé pas vous
Mon amour
Avant d’avoir eu vent de vous
Mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson…
Ecrite un jour d’été 1962, la fameuse Javanaise de Serge Gainsbourg, chanson offerte à Juliette Gréco, son tout nouvel amour, ouvre le nouveau film d’Emmanuel Mouret. Le temps d’une chanson, c’est presque le temps de cette histoire d’amour éphémère qui a saisi Charlotte et Simon. Elle est mère célibataire, lui est un homme marié. Ils deviennent amants en s’engageant à ne se voir que pour le plaisir et à connaître une relation sans engagement où ils n’éprouveraient aucun sentiment amoureux, sans projection dans le temps. Las, au fil des rencontres que le film scande à la manière d’un journal intime, ils sont de plus en plus surpris par leur complicité… Alors cette belle femme pétulante et « open » qui lance « J’ai une envie irrésistible de faire l’amour avec vous » et cet homme « du genre pudique » qui trouve que « ça va vite, là » mais aussi que « te voir, c’est déjà sexuel » vont être entrainés dans une histoire qui pourrait ne pas être aussi éphémère que cela…

Une histoire promise à n'être qu'éphémère. DR

Une histoire promise à n’être qu’éphémère. DR

Avec Chronique d’une liaison passagère (présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes), Emmanuel Mouret signe son onzième long-métrage et poursuit dans une veine qui n’appartient qu’à lui, mêlant avec brio des dialogues élégants et ciselés et des situations volontiers loufoques mais le plus souvent tendres et toujours traversées de mélancolie  (Hugo disait que « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste »), le tout porté par des comédiens dont on ressent clairement le plaisir de jouer du Mouret.
« L’idée d’une chronique, dit le cinéaste, me séduisait parce qu’elle propose une progression dramatique par sauts, par ellipses, où à chaque nouveau rendez-vous des amants, le spectateur doit être attentif à une somme de petites choses qui évoluent au fur et à mesure, où il lui faut en quelque sorte recréer par l’imagination l’entre-deux de ces moments. » Car Chronique… ne s’intéresse qu’aux moments où les amants se retrouvent… En s’excluant d’une certaine manière du reste du monde, ils peuvent ainsi n’être qu’à eux-mêmes. Pour savourer d’autant plus pleinement des moments heureux qu’ils sont promis à une fin annoncée.
Chronique… est née d’un atelier d’écriture où Mouret -qui avoue beaucoup aimer le mot liaison- croisa Pierre Giraud avec lequel il allait écrire le scénario de ce film dont la narration procède par sauts et par ellipses tandis que le spectateur doit être attentif à une somme de petites choses qui évoluent au fur et à mesure alors même que le « suspense » est donné dès le titre…
Emmanuel Mouret ordonne son récit autour d’un élément central dans son cinéma, le langage. « J’aime, dit-il, l’idée que mes personnages aiment autant parler que faire l’amour. Parler, c’est se raconter, se chercher, se découvrir dans le regard de l’autre. Quand on s’aime, on a envie de découvrir l’autre et de se dévoiler. C’est une façon de se mettre à nu et de s’entrelacer… » Mais, comme Charlotte et Simon se retiennent de s’avouer qu’ils s’aiment, ils tournent autour de ce qu’ils essayent d’exprimer, veillant sans cesse à ne pas livrer l’essentiel que seraient les mots d’amour. Il est alors question d’une relation d’intelligence ne tombant pas dans le passionnel, de la date de péremption des préservatifs ou encore d’un aveu: « Nous étions bien ensemble car nous n’étions pas ensemble ».

Louise (Georgia Scalliet) en quête d'aventure. DR

Louise (Georgia Scalliet) en quête d’aventure. DR

Autant que le langage, la musique tient une place prépondérante dans le cinéma de Mouret. Outre Juliette Gréco chantant Gainsbourg, les accents de Ravi Shankar, on entend aussi Haendel, Chostakovich, Poulenc mais surtout Mozart. « Ce qui est beau, observe le réalisateur, dans cette légèreté mozartienne, c’est qu’elle est profonde. J’aime le fait que ces sonates sont sentimentales sans trop en dire, qu’elles sont douces sans être sirupeuses. Elles apportent une subtilité encore plus grande aux sentiments des personnages. »
Enfin Chronique… est un exercice de funambule, côté interprétation. Car Simon et Charlotte, dont Mouret réalise les portraits à la manière d’un maître ancien, sont constamment à l’image. Et cette omniprésence implique des comédiens brillants capables de porter une fantaisie à la fois fois drôle et grave, légère et sentimentale, sincère et profonde. C’est le cas de Vincent Macaigne, déjà présent, en 2020, dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait. Son Simon est un amoureux transi qui n’arrive jamais vraiment à croire à sa chance. « Pour coucher avec un type comme moi, il faut être charitable… » Quant à Sandrine Kiberlain, elle est une Charlotte vive et radieuse qui prend sa vie en main, qui profite de l’existence, qui monte aux arbres pour en cueillir les fruits… A ce beau duo, on peut ajouter Georgia Scalliet, qui fut sociétaire de la Comédie française et qu’on a vu, naguère dans Robuste de Constance Meyer. Elle apporte une émouvante intensité à Louise, tout à la fois dans la réserve et dans l’audace, qui se lance dans une aventure sexuelle.

Savourer les moments heureux. DR

Savourer les moments heureux. DR

Alors Chronique d’une liaison passagère évolue, souvent avec des plans filmés en contre-jour, une lumière printanière et un goût évident pour le hors-champ, au gré d’une relation d’entente et de légèreté dont on se demande si elle va durer. En attendant, on suit le couple de l’hôtel au musée en passant par un week-end à la campagne ou à une séance de cinéma. Simon et Charlotte vont voir Scènes de la vie conjugale et c’est le seul moment où l’on entend des cris avec le couple sans retenue filmé par Bergman et qui se dit des choses terribles. Enfin, les amants rendront  visite à Louise, jeune enseignante, rencontrée sur le net, et curieuse d’un plan à trois… Pour le plaisir de faire plaisir.
Tendre et sensuel, le cinéma d’Emmanuel Mouret, entre ce qu’il dissimule et ce qu’il dévoile, semble toujours cultiver un petit côté « l’air de rien » qui joue avec l’attente du spectateur et active son imaginaire… Et c’est bien agréable de se laisser emporter.

CHRONIQUE D’UNE LIAISON PASSAGERE Comédie dramatique (France – 1h40) d’Emmanuel Mouret avec Sandrine Kiberlain, Vincent Macaigne, Georgia Scalliet, Maxence Tual, Stéphane Merciyrol. Dans les salles le 14 septembre.

Un perdant magnifique en avance sur son temps  

Paul Deschanel (Jacques Gamblin) affronte Georges Clemenceau (André Dussollier). DR

Paul Deschanel (Jacques Gamblin) affronte Georges Clemenceau (André Dussollier). DR

« Il faut que tout change pour que rien ne change… » écrivait Tomasi di Lampedusa dans Le guépard. C’est peut-être ce qu’inconsciemment, se disait aussi Paul Deschanel. Le 11e président de la République française, ne fut chef de l’Etat que huit mois, du 18 février au 21 septembre 1920. Et il n’a pas laissé une trace mémorable dans l’Histoire de France…
C’est à cet homme politique, figure des Républicains modérés, demeuré dans la mémoire des gazettes, comme « le président tombé du train », que Jean-Marc Peyrefitte, qui a dû batailler pour faire aboutir son projet, consacre son premier long-métrage. Un film qui a l’excellente idée de prendre ses distances avec la reconstitution souvent académique des fictions historiques…
Le cinéaste fait le choix d’ouvrir Le tigre et le président par l’épisode le plus célèbre et sans doute le plus malheureux de l’existence de Paul Deschanel. Cette nuit du 23 mai 1920, il est dans le train qui l’emmène à Montbrison dans la Loire où il doit inaugurer un monument à la gloire d’une figure de la Première Guerre mondiale. A hauteur de Montargis, le président tombe du train. Plus secoué que vraiment blessé, en robe de chambre de soie et pieds nus, il avance sur la voie. Il aperçoit alors le garde-barrière Radeau auquel il se présente : « Bonsoir Monsieur, je suis Paul Deschanel, président de la République ». A quoi, le cheminot suspicieux, répond : « Bonsoir Monsieur, je suis la reine d’Angleterre ». Mais les Radeau sont des braves gens et ils offrent l’hospitalité à cet inconnu qui doit être un monsieur bien parce qu’il a les pieds propres…
Quelques mois plus tôt, Paul Deschanel va devenir président de la République. Les élections législatives de novembre 1919 avaient été marquées par la large victoire du Bloc national, la coalition conduite par Georges Clemenceau, alias Le tigre, à laquelle appartient aussi l’Alliance républicaine démocratique de Paul Deschanel. Dans la foulée, celui-ci est réélu à la présidence de la Chambre. Convaincu d’avoir un destin national, Deschanel décide de se présenter à l’élection présidentielle de janvier 1920. Face à lui, de manière inattendue, se dresse Georges Clemenceau. Encore auréolé par la victoire de 1918 et donné grand favori, le fameux « Père la Victoire » ne fait pas campagne. A l’assemblée, Deschanel lui lance : « Laissez-nous gagner la paix » et assène un rude « Vous êtes comme la guerre. Vous êtes fini… »

Paul Deschanel chez la famille Radeau après sa chute du train. DR

Paul Deschanel chez la famille Radeau
après sa chute du train. DR

Le 16 janvier 1920, à la surprise générale, Paul Deschanel arrive en tête du vote préparatoire des républicains, avec 408 voix contre 389 pour le président du Conseil, qui retire aussitôt à ses partisans l’autorisation de présenter sa candidature à Versailles. Le lendemain, l’Assemblée nationale élit Paul Deschanel, seul candidat déclaré, par 734 voix (84,6 % des bulletins exprimés). Il s’agit du plus grand nombre de suffrages de parlementaires jamais obtenu par un candidat à la présidence sous la Troisième République.
Fort heureusement, Jean-Marc Peyrefitte se dispense de nous donner un cours d’histoire. Et si le titre de son film réunit les deux personnalités, c’est bien à Paul Deschanel que le réalisateur va essentiellement s’intéresser. Cela dans la tradition du roman historique « qui prend pour toile de fond un épisode (parfois majeur) de l’Histoire, auquel il mêle généralement des événements et des personnages réels et fictifs ». Le plus bel exemple étant pour le cinéaste l’Amadeus de Milos Forman.
Dans une écriture à quatre mains avec le scénariste Marc Syrigas, Peyrefitte a accompli un imposant travail de documentation, se plongeant dans l’intégrale des discours de Deschanel, écoutant à la BNF les enregistrements numérisés de ses discours et lisant les trois biographies consacrées au président et plus spécialement à celle de Thierry Billard, parue dans les années 80 car elle valorisait Deschanel, contrairement à celle des années 30 qui le fustigeait.

Paul Deschanel s'apprête à prononcer son grand discours... DR

Paul Deschanel s’apprête à prononcer
son grand discours… DR

Quant aux raisons de la chute du train, Peyrefitte retient, parmi les théories les plus folles, la thèse du psychiatre Gérard Milleret qui soutient ce qu’aucune biographie n’a jamais suggéré sur Paul Deschanel. Il aurait pris, pour lutter contre son anxiété et ses angoisses, du Véronal, première molécule de barbiturique, qu’on lui a conseillé après son élection, mais qui a été interdit six mois plus tard. « D’après le Dr. Milleret, précise le cinéaste, le médicament lui procurait des « réveils confuso-oniriques » – autrement dit somnambuliques – et il aurait donc été dans un état de somnambulisme avancé lorsqu’il s’est éjecté du train. D’autres parlent d’un accident, voire d’une tentative de suicide. »
Sans aucunement être une hagiographie, Le tigre et le président est bien le portrait, parfois franchement savoureux, d’un perdant magnifique. Un homme qui a tout raté alors qu’il était plein de belles promesses… Deschanel rêvait d’une « humanité plus haute », souhaitait abolir la peine de mort, créer un code du travail, instaurer le suffrage universel, donner le droit de vote aux femmes, lutter, par l’école, contre « le péril mortel de l’ignorance », estimant que « chaque citoyen doit s’élever au-dessus de lui-même »… Tout cela alors que son prédécesseur, Poincaré, lui expliquait que le principal boulot du président était de choisir la couleur des chrysanthèmes…

Ariane (Anna Mouglalis), patronne de maison close. DR

Ariane (Anna Mouglalis), patronne
de maison close. DR

Peyrefitte fait le choix juste de confier Deschanel à Jacques Gamblin qui apporte à son personnage quelque chose de doux, de lunaire, presque éthéré. Impression renforcée par des choix de mise en scène –fort éloignés du champ-contre-champ des téléfilms- qui font la part belle à des optiques originales et de beaux mouvements d’appareil. Ainsi, dans le ballet burlesque, portée par les accents de la Danse macabre de Saint-Saëns, où Deschanel répète son grand discours ou encore dans celle, tournée dans les jardins de l’Elysée, où le président poursuit les feuillets de son discours emportés par le vent.
Par opposition, Georges Clemenceau (on se souvient de sa phrase « Il y a deux organes inutiles : la prostate et le président de la République ») apparaît comme un politique fort en gueule, matois, manipulateur (c’est lui qui suggère le Véronal à Madame Deschanel, ce qui est historiquement faux) ou cassant avec le « ravi de la crèche » lorsqu’il lance : « Il ne laisse à personne d’autre le soin d’être son pire ennemi ». Cela dit, selon le film, les deux hommes avaient un point commun : la fréquentation d’une luxueuse maison close où ils partageaient les ablutions coquines de la belle Ariane (Anna Mouglalis).
Lorsque Paul Deschanel, épuisé, annonce par surprise sa démission, Clemenceau (dont André Dussollier s’empare avec gourmandise) est aux USA, la terre natale de son épouse. Il apprend la nouvelle bien trop tard. Alexandre Millerand sera élu président. Il n’est pas dit qu’on lui consacrera un film…

LE TIGRE ET LE PRESIDENT Comédie dramatique (France – 1h38) de Jean-Marc Peyrefitte avec Jacques Gamblin, André Dussollier, Christian Hecq, Anna Mouglalis, Cyril Couton, Astrid Whettnall, Lola Naymark, Laura Benson, Patrick d’Assumçao, Marie Elisabeth Cornet, Olivier Claverie. Dans les salles le 8 septembre.

La mémoire de Mia, le spleen de Jeanne et Mathieu dans le piège  

"Revoir Paris":  Mia (Virginie Efira) dans la nuit... Photo Stéphanie Branchu

« Revoir Paris »: Mia (Virginie Efira) dans la nuit…
Photo Stéphanie Branchu

ATTENTAT.- C’est une atmosphère de sinistre mémoire qu’évoque le nouveau film d’Alice Winocour puisqu’il y est question d’un attentat terroriste à Paris et qu’on songe, évidemment, aux événements tragiques qui ont endeuillé la capitale, en janvier 2015 puis, le 13 novembre 2015 avec l’attaque, notamment contre le Bataclan où se trouvait le frère de la cinéaste… « Pendant qu’il était caché, explique Alice Winocour, je suis restée en lien sms avec lui une partie de la nuit. Eh oui , le film s’est construit à partir des souvenirs de cet événement traumatique, puis à partir du récit de mon frère dans les jours suivant l’attaque. J’ai expérimenté sur moi- même comment la mémoire déconstruisait, et bien souvent reconstruisait les évènements… »
Dans Revoir Paris (France – 1h43. Dans les salles le 7 septembre), on suit Mia qui a été prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’événement que par bribes, cette femme de la quarantaine décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible. Le chemin vers la résilience sera long et douloureux.

"Revoir Paris": Mia et Thomas (Benoît Magimel). DR

« Revoir Paris »: Mia
et Thomas (Benoît Magimel). DR

Alice Winocour a construit son récit à la manière d’un puzzle dont les morceaux qui doivent finir par s’emboîter sont ceux d’une mémoire à reconstituer. Mia y parvient difficilement avec son compagnon (Grégoire Colin), peut-être parce qu’elle lui reproche inconsciemment de ne pas avoir été là à l’instant du drame. C’est pour cela aussi qu’elle se tourne vers Thomas, un rescapé qui croisa son regard dans la brasserie. Claustrophobe et grièvement blessé à une jambe, Thomas (Benoît Magimel) cultive cependant une légèreté presque séduisante. Mais, surtout, pour comprendre, cette survivante cherche dans Paris (véritable personnage du film que la cinéaste entend filmer autrement, avec quelque chose de brut et d’hynotique) la main qui l’a sauvée et l’a maintenue dans le monde des vivants. Cette main qui représente le lien émotionnel pur, c’est celle d’Assane (Amadou Mbow), un cuisinier noir et sans papiers… On a beaucoup vu Virginie Efira au cinéma ces temps derniers (Benedetta, Madeleine Collins, Lui, En attendant Bojangles, Don Juan) mais elle s’impose, ici, toute en retenue et en souffrance secrète…

"Tout le monde..." Jeanne incarnée par Blanche Gardin.

« Tout le monde… » Jeanne
incarnée par Blanche Gardin.

DEPRESSIVE.- Elle a tout pour être au top ! Jeanne Mayer est à deux doigts d’être considérée comme la femme de l’année. Les médias s’enflamment et les journalistes se pâment. Quand tout s’effondre. Magnifique projet écologiste destiné à débarrasser les océans de la pollution des plastiques, Nausicaa s’enfonce tristement dans les flots. Il n’en reste, tournant en boucle sur les chaînes d’info continue, que le plongeon pathétique de Jeanne Mayer dans l’océan, tentant de rattraper sa machine… Désormais à deux doigts de la faillite personnelle, Jeanne Mayer ne sait plus que faire. Et si elle vendait l’appartement de Lisbonne que sa mère, récemment disparue, lui a légué, à elle et à son frère ?
Tout le monde aime Jeanne (France – 1h35. Dans les salles le 7 septembre) est le premier long-métrage de Céline Devaux. Remarquée dans les festivals pour ses trois premiers courts-métrages, la cinéaste et illustratrice se penche sur une jeune femme dont toute l’existence va être mise en désordre par un échec. « Je voulais aussi, dit Céline Devaux, parler de l’inquiétude individuelle qui nous concerne tous (comment je me comporte, suis-je une bonne personne, comment me libérer de toutes les réflexions toxiques qui m’habitent) dans un monde d’inquiétude universelle (comment vivrons-nous dans vingt ans, quelle capacité d’action ai-je dans ce monde en déréliction). (…)  Le pire c’est qu’on s’habitue presque à ça. En fait, si on analyse la situation, c’est quasiment la définition clinique de la dépression : se lever, savoir que tout est merdique et n’avoir aucune possibilité d’agir. »

"Toute le monde..." Jeanne et Jean (Vincent Lafitte). Photos Jérôme Prébois

« Toute le monde… » Jeanne
et Jean (Vincent Lafitte).
Photos Jérôme Prébois

Avec Blanche Gardin, l’une des reines françaises du stand-up en tête d’affiche, cette comédie embarque le spectateur dans les pas de Jeanne dont les angoisses existentielles l’empêchent désormais de voir le beau et de sentir la joie. Dans cette Lisbonne qu’elle a connue adolescente, elle traîne son spleen… Heureusement que Jean, un ancien copain de lycée croisé dans l’avion vers le Portugal (Vincent Lafitte), vient enrayer les mécanismes dépressifs de Jeanne… Car Jean est libre et parle sans complexe de ses problèmes mentaux. Jean n’a pas peur alors que Jeanne a peur de tout.
Enfin, on croise régulièrement, dans le film, un petit fantôme animé, une créature chevelue ni homme ni femme, qui raconte ce qui se passe vraiment dans la tête de Jeanne. La trouvaille est amusante même si elle s’épuise au fil du film…

"Kompromat": Mathieu Roussel (Gilles Lellouche) en mauvaise posture. DR

« Kompromat »: Mathieu Roussel
(Gilles Lellouche) en mauvaise posture. DR

RUSSIE.- Expatrié français, Mathieu Roussel (Gilles Lellouche) travaille en Russie comme directeur de L’Alliance française à Irkoutsk. Sa vie se partage entre son travail dans cette organisation chargée de faire rayonner la langue et la culture française à l’extérieur de nos frontières et sa famille, en l’occurrence son épouse et sa petite fille Rose. Certes, son mariage bat de l’aile mais Roussel s’occupe parfaitement de sa fillette… Un jour de 2017, des hommes du FSB, le service successeur du KGB, investissent brutalement la petite maison de Roussel, le jette à terre, le menotte avant de l’embarquer. Le voilà, ébahi, devant un juge d’instruction qui le met en examen pour diffusion de matériel pédophile sur internet. Le Français a beau hurlé qu’il est innocent, le voici derrière les barreaux dans un univers carcéral surpeuplé où il ne fait pas bon être poursuivi pour pédocriminalité.
Abrégé de « dossier compromettant », Kompromat est un terme russe désignant des documents compromettants, authentiques ou, le plus souvent, fabriqués et utilisés pour nuire à une personnalité politique, un journaliste, un homme d’affaires etc. Un mot comme un procédé inventé par le KGB. Le scénario de Kompromat (France – 2h07. Dans les salles le 7 septembre) s’appuie librement sur l’affaire Yoann Barbereau, écrivain français nommé en 2011, directeur de l’Alliance française à Irkoursk et victime, en 2015, d’un Kompromat qui l’amènera à entreprendre une longue cavale pour rejoindre la France.

"Kompromat": Svetlana (Joanna Kulig) soutient Mathieu. DR

« Kompromat »: Svetlana (Joanna Kulig)
soutient Mathieu. DR

Après L’Odyssée (2016), biopic sur le commandant Cousteau, le réalisateur Jérôme Salle revient, ici, au thriller, un genre dans lequel il avait brillamment réussi avec Zulu (2013), puissante descente aux enfers du meurtre et du crack en Afrique du Sud. C’est dans une Russie glauque (la photographie de Matias Boucard joue sur les gris et une lumière toujours terne) que Salle transpose cette fois son aventure. Kompromat (filmé à Vilnius en Lituanie) appartient au sous-genre « film de fugitif ». Sorti de prison grâce au « meilleur avocat d’Irkoutsk » (Aleksey Gorbounov, vu dans Möbius d’Eric Rochant), Mathieu Roussel est assigné à résidence avec un bracelet électronique. Il comprend vite que ce Kompromat, dont les raisons ne seront jamais expliquées, va l’envoyer en prison pour de longues années. Il décide donc de prendre la fuite… Commence alors une rude cavale dans laquelle Roussel ne peut compter sur presque personne. La belle Svetlana (la Polonaise Joanna Kulig, héroïne des films de Pawel Pawlikowki Ida et Cold War), belle-fille du patron du FSB à Irkoutsk, va cependant lui apporter une aide précieuse…

Quand un monstre sacré tire sa révérence…  

Même si la météo conserve des passages encore bien chauds, l’été –au moins, celui des salles obscures- tire à sa fin. Et il est vrai qu’on a parfois pris ses distances du grand écran pour vaquer à des activités estivales. Mais le cinéma de l’été a néanmoins été riche d’excellents moments. Ce fut le cas pour Ad Bestas (dans les salles le 20 juillet), le thriller agricole et espagnol de Rodrigo Sorogoyen avec Marina Foïs et Denis Ménochet rapidement en mauvaise posture dans la campagne galicienne…
Mis en scène par le Mexicain Michel Franco, Sundown (dans les salles le 27 juillet) est un drame déroutant dans la torpeur d’Acapulco. Qui est Neil Bennett, ce type (Tim Roth, remarquable) qui décide de ne pas rentrer à Londres quand Alice (Charlotte Gainsbourg) apprend que sa mère est morte. Neil s’installe dans un hôtel miteux, se lie avec la belle Berenice et ne répond plus à Alice qui lui enjoint de rentrer en Angleterre…
Dominik Moll, dont on avait beaucoup aimé Seules les bêtes en 2019, réussit, avec La nuit du 12 (dans les salles le 13 juillet) un thriller qui suit Yohan Vivès, un flic de la Crim en poste à Grenoble. C’est là que, dans la nuit du 12 octobre 2016, Clara Royer, 21 ans, a été tuée par un homme qui l’asperge d’essence et met le feu… Le crime restera impuni et le cinéaste, à travers une galerie de solides personnages, s’attache à un enquêteur qui fait face à un crime qu’il n’arrive pas à résoudre et qui le hante…

Jules Mangin (Gérard Depardieu), un monstre sacré des années soixante-dix. DR

Jules Mangin (Gérard Depardieu),
un monstre sacré des années soixante-dix. DR

Ce mercredi marque une manière de rentrée pour les salles… Parmi d’autres, Les volets verts est à l’affiche. Justement, il ne faut pas prêter trop d’attention à ce placard un peu trop doux et pastel qui ne rend pas justice au seizième long-métrage de Jean Becker. Car ce vétéran du cinéma national livre, du haut de ses 89 ans, une comédie dramatique pleine de verve, de tendresse, de charme mais aussi de mélancolie. Car voici l’histoire de Jules Maugin, immense figure du théâtre et du cinéma français, au sommet de sa gloire à l’orée des années soixante-dix. Maugin, qui triomphe tous les soirs sur les planches dans L’illusionniste, est ce qu’il est convenu d’appeler un monstre sacré. Un frère en théâtre de Saturnin Fabre, Jules Berry, Pierre Brasseur, Raimu ou Sacha Guitry. Un personnage tonitruant, râleur, ouvertement explosif mais aussi discrètement généreux et éperdument amoureux… Elle se nomme Jeanne Swann. Elle joue à ses côtés tous les soirs. Il lui écrit tous les jours, pas, dit-il, pour évoquer des souvenirs mais pour parler du ciel, de la lumière, d’elle qu’il a vu acheter une paire d’escarpins et lui qui a fondu de bonheur désespéré devant la vitrine… Mais Maugin a consulté son cardiologue. Il sait son cœur fragile et il sait aussi qu’il ne devrait pas boire. Mais l’artiste n’aime rien tant que son existence survoltée, allant de la scène aux plateaux de cinéma où, dit Becker, « on lui demande d’être un autre tout en essayant de garder sa personnalité, obligé d’aller chercher des émotions tout au fond de lui-même, quitte à se faire mal. Souvent, ils ont besoin de s’aider pour arriver à le supporter soit avec l’alcool soit avec la drogue : pour Maugin c’est l’alcool. »

Jeanne Swann (Fanny Ardant) et Jules Mangin en scène. DR

Jeanne Swann (Fanny Ardant)
et Jules Mangin en scène. DR

Les volets verts, c’est un film de… vieux. Le terme, dans ma bouche, n’a rien de méchant. Au contraire, il est baigné d’émotion. Becker a 89 ans et Jean-Louis Dabadie, scénariste et dialoguiste, est parti en mai 2020, en plein covid, laissant comme un viatique, cet ultime film où l’on retrouve l’intelligence du scénario et le brio des dialogues de l’un des plus prolifiques scénaristes-dialoguistes (et académicien) du cinéma français. Un matériau de qualité que Dabadie a puisé, en l’adaptant, dans le roman éponyme de Georges Simenon, paru en 1950, et qui fait partie des 117 « romans durs » écrits par le romancier belge dans lesquels il s’affranchit du commissaire Maigret et des codes du polar. C’est Depardieu qui avait lu le livre, en avait parler aux producteurs Michèle et Laurent Pétin qui prennent une option sur les droits du roman, font appel à Dabadie et enfin, alors que Dabadie disparaît, à Jean Becker qui s’empare du projet et complexifie le personnage de Maugin…
Les volets verts est donc un film « à l’ancienne » (ce qui lui vaudra sans doute de se faire laminer par d’aucuns) qui ne cherche jamais à faire les pieds au mur et qui, évidemment, n’a pas l’ambition de bouleverser le 7e art. Jean Becker, le fils du grand Jacques (dont il fut, à quatre reprises l’assistant, la dernière fois pour Le trou en 1960) sait construire une scène, placer sa caméra, capter les bonnes vibrations, imaginer des temps forts, émouvants ou drôles, diriger des comédiens tous au diapason qui font parfois penser à ceux qui peuplent, en nombre, les films de Claude Sautet.

Jules et Félix (Benoît Poelvoorde) en sortie de pêche. DR

Jules et Félix (Benoît Poelvoorde)
en sortie de pêche. DR

Bien sûr, on pourrait dire que la scène où Maugin, qui vient d’installer chez lui la douce Alice, jeune femme un peu paumée, et lui conseille, en partant, d’écouter la cassette laissée sur le lecteur, est un peu « téléphonée » car s’élève Il suffirait de presque rien, la chanson de Serge Reggiani.
Il suffirait de presque rien,
Peut-être dix années de moins,
Pour que je te dise « Je t’aime ».
Que je te prenne par la main
Pour t’emmener à Saint-Germain,
Et prendre un autre café-crème.
Mais ça « fonctionne » pourtant tellement bien. Exactement comme ce bref instant de comédie où Maugin attrape par le colbac le minus qui fit un enfant à Alice et la laissa en plan. Exactement comme le tournage pour une bière sans alcool où Maugin tord le nez. Et il y en a d’autres…
Tout cela porté par un… monstre sacré. Gérard Depardieu majuscule, majestueux, excessif, massif, monumental, éclatant, tonitruant ou muet et apeuré comme lorsque, chez lui, le soir, alors que montent les accents du Concerto pour clarinette (K.622) de Mozart, un spasme violent lui déchire la poitrine… On pourrait dire, après le récent Robuste où il était déjà un acteur célèbre en mauvaise posture, que Depardieu ne joue plus qu’un autre… lui-même. C’est évidemment oublier qu’il fut, très récemment, un Maigret immense chez Patrice Leconte et qu’on va le voir en chef étoilé dans l’encore inédit Umami de Slony Sow.

Jules, la petite Baba et Alice (Stéfi Celma) ou un moment de bonheur... DR

Jules, la petite Baba et Alice (Stéfi Celma)
ou un moment de bonheur… DR

Quant aux comédiens qui entourent Depardieu, on l’a dit, ils sont justes et bons. C’est le cas de Fanny Ardant, constamment sensible et bouleversante en Jeanne Swann, de Stéfi Celma, la charmante Alice pour laquelle Maugin aurait peut-être fini par devenir raisonnable, de Fred Testot en sympathique chauffeur tout dévoué à Maugin ou d’Anouk Grinberg en habilleuse au bord du gouffre de la désespérance. Et on a une affection particulière pour Benoît Poelvoorde. L’histrion belge est, ici, dans l’exacte demi-teinte en comédien de second plan mais en ami parfaitement dévoué. Pour l’anecdote, l’Alfa-Roméo que conduit le personnage de Félix est exactement celle de Michel Piccoli dans Les choses de la vie (1970). De Sautet, forcément.
On souhaite à Jean Becker de rencontrer avec ses chaleureux Volets verts le succès qu’il a connu avec L’été meurtrier (1983) ou Les enfants du marais (1999). Cette chronique d’un monstre sacré qui tire sa révérence le mérite. Tandis que le générique de fin se déroule, la chanson de Barbara Une petite cantate ne cesse déjà de nous trotter dans la tête. Et l’entendre chanter par Depardieu (qui, en 2016, l’interpréta dans l’album Depardieu chante Barbara) est plus poignant encore…
Une petite cantate du bout des doigts
Obsédante et maladroite monte vers toi
Une petite cantate que nous jouions autrefois
Seule je la joue maladroite
Si mi la ré sol do fa

LES VOLETS VERTS Comédie dramatique (France – 1h37) de Jean Becker avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Benoît Poelvoorde, Stéfi Celma, Anouk Grinberg, Fred Testot, Philippe Brigaud, Marc Andréoni, Loïc Armel Colin. Dans les salles le 24 août.

La journaliste et le tueur « divin »  

Arezoo Rahimi (Zar Amir-Ebrahimi), une journaliste pugnace. DR

Arezoo Rahimi (Zar Amir-Ebrahimi),
une journaliste pugnace. DR

Une fille au regard triste se regarde dans un miroir. Elle a les cheveux noirs et dénoués, libres. Sur ses épaules, on remarque des traces sombres de coups. Elle se penche sur un lit et murmure : « Ma chérie, je serai de retour avant ton réveil… » Dans la rue, un foulard sur sa tête, elle marche, droite. Un peu plus loin, dans des toilettes, elle enfile des escarpins et range ses lourdes chaussures dans un sac… Avant de sortir, elle arrange une longue mèche sur l’œil. Un client lui promet : « Je vais te défoncer, te déchirer… » Frappée au visage, elle est ensuite virée comme une malpropre. La fille est en manque. Une vieille femme, assise à même le sol, lui permet de fumer du crack. Dans une voiture, elle pratique une fellation sur un type qui la force soudain à se baisser. La police est passée. Le type refuse de lui donner son argent : « Dégage ! Je n’ai pas joui ». Dans la nuit, les voitures passent, s’arrêtent, repartent. Un motard : « Viens ! » Elle : « Fais-moi voir ton fric… » Le client l’amène dans un immeuble, lui ordonne de passer un tchador. « Pas de bruit. Il y a des voisins… » Pressentiment ? La fille : « Je ne le sens pas ce soir… » Trop tard, le tueur l’étrangle avec son foulard. Ses derniers mots, dans un souffle : « J’ai un gosse »
La séquence d’ouverture des Nuits de Mashhad est digne des meilleurs thrillers américains. Angoissante, brutale à couper le souffle, terrible de violence. « Tout homme finit par rencontrer ce qu’il cherche à fuir ». Une sagesse persane qui ouvre le troisième long-métrage d’Ali Abassi, présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes.

Quand les prostituées sont tuées dans la ville. DR

Quand les prostituées sont tuées dans la ville. DR

Nous sommes à plus de 900 km de Téhéran, dans le nord-est de l’Iran, en 2001. Les tours du World Trade Center viennent de partir en poussière mais à Mashhad, ce n’est pas vraiment une préoccupation. Ce qui inquiète les habitants de la deuxième ville la plus peuplée d’Iran et l’une des cités les plus saintes du chiisme, ce sont les agissements du tueur-araignée, un serial-killer qui, depuis des jours, en toute impunité, étrangle des prostituées, la nuit venue, dans les faubourgs mal famés…
C’est dans cette ville sous tension (devant un kiosque, un passant constate : « On n’ose plus sortir de chez soi. On ne comprend rien à cette violence ») que débarque, d’un bus, Arezoo Rahimi, reporter au journal Khorasan de Téhéran. Elle est venue enquêter sur ce tueur qui tient la police met en échec. De là à penser que l’individu est couvert par les autorités, il n’y a qu’un pas que la journaliste n’hésite pas à franchir. Après tout, l’homme, qui en est déjà à seize meurtres, doit bien laisser des indices. Et puis sa « mission » peut ne pas déplaire au pouvoir. Puisque l’homme, dans des coups de téléphone qu’il passe à Sharifi, un collègue de Rahimi, affirme qu’il entend débarrasser Mashhad des femmes corrompues qui racolent à deux pas du mausolée élevé à la gloire de l’imam Reza (766-818), au nom duquel le tueur revendique ses crimes…
Pour mener à bien la production (qui réunit le Danemark, l’Allemagne, la France et la Suède) de Holy Spider (titre original), le cinéaste danois d’origine iranienne (il est né en 1981 à Téhéran) a bataillé ferme. Le tournage s’est déroulé à Ammam en Jordanie et les protestations de l’Organisation du cinéma iranien, à l’occasion de la sélection du film à Cannes, donnent sans doute la mesure des choses. Le ministre de la Culture s’est insurgé contre une sélection « complètement politique » visant à « montrer une mauvaise image de la société iranienne ». A l’évidence, l’attribution du prix d’interprétation féminine à Zar Amir-Ebrahimi, magnifique en journaliste pugnace, n’a rien arrangé…

Saeed (Medhi Bajestani), un tueur illuminé. DR

Saeed (Medhi Bajestani), un tueur illuminé. DR

De fait, Les nuits de Mashhad dépasse, et de loin, le thriller et, plus globalement, le film de genre. Car c’est bien une réflexion politique qu’Abassi pose à travers les investigations de la journaliste et les actes d’un tueur dont on sait assez rapidement qui il est. Point d’inutile suspense ici. On découvre vite que le tueur-araignée est un certain Saeed, maçon quinquagénaire, père de famille de trois enfants et ancien combattant qui regrette de ne pas être tombé en martyr au combat. Un homme torturé qui n’assassine pas, selon lui, des prostituées mais accomplit « le djihad contre le vice ».
En s’appuyant sur des faits réels (un fait-divers qui s’est déroulé en 2000-2001 et qui a abouti à la condamnation à mort du tueur), Ali Abassi mêle donc deux portraits. Avec Arezoo Rahimi, on mesure d’emblée combien il est difficile d’être une femme en Iran aujourd’hui. Dès son arrivée à l’hôtel de Mashhad où elle a réservé une chambre, la journaliste est éconduite. Elle est seule, pas de mari. Donc pas de chambre. Il lui faudra exhiber sa carte de presse pour obtenir satisfaction. Et que dire du juge enturbanné qu’elle rencontre (sous la tutelle de son confrère Sharifi) qui lui assène qu’elle est « une femme à scandale » et menace : « Surveillez votre comportement ».

Arezoo Rahimi enquête dans la nuit de Mashhad. DR

Arezoo Rahimi enquête
dans la nuit de Mashhad. DR

Couronnée meilleure actrice sur la Croisette, Zar Amir-Ebrahimi connaît, ici, une belle consécration avec son Arezoo Rahimi. Présente sur le projet depuis longtemps, la jeune femme de 41 ans y oeuvrait comme directrice du casting avant d’endosser le rôle principal à la suite de la défection d’une actrice. Réfugiée en France depuis 2008, « Zar », grande star de la télévision en Iran, a fui son pays à la suite d’une affaire de sextape où elle est mise en cause malgré ses dénégations…
Si le cinéaste montre bien le délicat travail de la journaliste, ses sorties de nuit, ses tentatives pour obtenir des témoignages chez les prostituées ou leurs proches, sa manière de carrément se mettre en danger en approchant le tueur, il va ensuite s’en éloigner pour se concentrer sur un assassin (« Dieu ne m’a pas fait pour être simple maçon ») dont la complexité impressionne tant il paraît charismatique et naïf puis fruste et « innocent ». Après être passé par la case film de procès (où Saeed apparaît presque comme un héros célébré par de multiples fans), cette rude exploration de la société iranienne s’achève sur une séquence à couper le souffle. Dans le bus qui la ramène à Téhéran, la journaliste visionne les images qu’elle a filmées au cours de son enquête. Elle y revoit le fils aîné de Saeed reproduisant, avec une précision satisfaite, la geste meurtrière de son père, notant la faiblesse des victimes et leur fin rapide…

LES NUITS DE MASHHAD Drame (Iran – 1h55) d’Ali Abbasi avec Zar Amir-Ebrahimi, Medhi Bajestani, Arash Ashtiani, Forouzan Jamshidnejah, Sina Parvaneh, Nima Akbarpour, Meshab Taleb, Firouz Agheli, Sara Fazilat, Alice Rahimi. Interdit aux moins de 12 ans. Dans les salles le 13 juillet.

Le cinéaste amoureux et la légende du rock  

"Peter von Kant": Von Kant (Denis Ménochet) et Amir (Khalil Gharbia).

« Peter von Kant »: Von Kant (Denis Ménochet) et Amir (Khalil Gharbia).

FASSBINDER.- On connaissait, depuis Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, l’intérêt de François Ozon pour Rainer Werner Fassbinder. En 1999, pour son troisième long-métrage, il adaptait, avec une certaine distance ironique, Tropfen aus heisse Steine, le huis clos écrit à l’âge de 19 ans pour le théâtre par Fassbinder mais qu’il ne monta jamais. Plus de vingt ans après, l’auteur de Grâce à Dieu (2018) revient donc à l’enfant terrible du cinéma allemand. Cette fois, Ozon adapte (librement) Les larmes amères de Petra von Kant, d’abord une pièce de théâtre puis un film (1972) qui compte parmi les œuvres-culte de RWF.
En 1972 à Cologne, Peter Von Kant, réalisateur à succès, habite un grand appartement avec son assistant Karl, qu’il se plaît à maltraiter. Un jour, Sidonie, une grande actrice qu’il fit largement tourner, lui présente Amir Ben Salem, un jeune homme d’origine modeste. Peter von Kant tombe instantanément sous le charme de ce presqu’adolescent à la large chevelure sombre et bouclée. Sous le regard noir de Karl, le cinéaste lui propose de partager son appartement et lui promet de l’aider à se lancer dans le cinéma…

"Peter von Kant": Sidonie (Isabelle Adjani), Mutti (Hanna Schygulla) et Gaby (Aminthe Audiard). Photos Carole Bethuel

« Peter von Kant »: Sidonie (Isabelle Adjani), Mutti (Hanna Schygulla)
et Gaby (Aminthe Audiard).
Photos Carole Bethuel

Evoquant la genèse de ce 21e long-métrage qu’il a produit lui-même, François Ozon explique : « Fassbinder est un cinéaste dont l’œuvre, la pensée et la vision du monde me hantent depuis toujours. Quant à son incroyable énergie créatrice, elle me fascine et il reste un exemple à suivre dans ma manière de travailler. (…) Mon désir d’oser adapter un texte, devenu un classique du théâtre contemporain, a été conforté par le travail de metteurs en scène de théâtre actuels, comme Thomas Ostermeier, Krzysztof Warlykowski ou Christophe Honoré, qui ont mis en scène des textes classiques avec une grande liberté, en les réinventant, les désacralisant, leur réinjectant de la modernité et leur vision personnelle. »
Si, pour Gouttes d’eau…, le cinéaste avait adopté une distanciation ironique (le personnage incarné alors par Bernard Giraudeau porte les mêmes tenues que Karl, ici), dans Peter von Kant (France – 1h25. Dans les salles le 6 juillet), Ozon est davantage dans l’empathie… Plus en phase avec un artiste dont il comprend la manière de voir la vie, la création et l’amour jusque dans ses aspects les plus monstrueux. D’ailleurs, le personnage de Sidonie résume : « Un artiste de génie, un humain de merde »
Pas plus que Fassbinder n’était un cinéaste aimable, le cinéaste entend, ici, que le spectateur soit traversé par une diversité de sentiments à l’égard de Peter von Kant (Denis Ménochet). De fait, on ressent presque du dégoût pour cet homme ventru et implorant, en pleurs, son jeune amant de rester avec lui avant d’éprouver de la pitié pour un être soudain pathétique, à la fois grotesque et attachant. Ozon enferme cinq personnages dans un huis-clos dans lequel Peter von Kant apparaît comme un « bouddha » alcoolisé et cocaïmomane qui peine à créer. La séquence où il filme Amir, à la manière d’un casting, est moins un moment de cinéma qu’une scène d’amour…
Remarquablement porté par cinq comédiens en verve (on retrouve avec plaisir Isabelle Adjani et le retour d’Hanna Schygulla, qui était dans la distribution des Larmes amères, est émouvant) Peter von Kant est une variation-hommage à RWF. Même si le film d’Ozon a quelque chose de dérangeant, tous ceux qui aiment le cinéma de Fassbinder, y débusqueront de multiples références, qu’elles soient musicales (on entend Barbara Valentin, actrice dans Effi Briest (1974) ou Lili Marleen (1980), chanter Alle Männer Sind Teddybären), cinématographiques ou personnelles, ainsi Ben Salem est le nom de l’un des amants de Fassbinder qui lui donna le rôle principal de Tous les autres s’appellent Ali

"Elvis": Austin Butler incarne Elvis Presley. DR

« Elvis »: Austin Butler incarne Elvis Presley. DR

KING.- Si le film d’Ozon a fait l’ouverture de la Berlinale de cette année, Elvis a fait le buzz sur la Croisette où il était présenté hors compétition dans la sélection officielle. S’il n’est pas véritablement « fils de Cannes », Baz Luhrmann a déjà connu l’exposition festivalière avec Moulin rouge (2001) avant de faire l’ouverture de la sélection officielle avec Gatsby le Magnifique en 2013. Cette année, avec son Elvis, le cinéaste australien a imprimé un rythme rock à l’auditorium Lumière et a réveillé les souvenirs des plus anciens avec les déhanchements suggestifs, voire provocants du King, ceux-là même qui affolaient les adolescentes américaines des années 50 et donnaient, dans le même temps, des sueurs froides aux censeurs et aux tenants des bonnes mœurs.
Avec Elvis (USA – 2h39. Dans les salles le 22 juin), le cinéaste s’avance sur un territoire balisé car on sait tout de la carrière, de la personnalité, de l’œuvre et de la mort même du célèbre chanteur. Tout en traitant tous ces aspects, Luhrmann saute l’obstacle avec brio. Parce qu’à travers une figure mythique, il dépasse le simple biopic pour raconter un rêve américain, celui de la réussite d’une légende du rock’n roll. Ensuite, Luhrmann a trouvé, avec Austin Butler, 30 ans (connu pour son rôle de Sebastian Kydd dans la série The Carrie Diairies), l’interprète idéal pour incarner Elvis et il lui oppose un « monstre sacré » d’Hollywood en la personne de Tom Hanks. L’interprète de Forrest Gump s’est totalement métamorphosé pour incarner l’ambivalent colonel Parker, mentor et impresario exclusif du King à la silhouette alourdie, à la fois génie de la communication et… escroc.

"Elvis": Tom Hanks est le colonel Parker. DR

« Elvis »: Tom Hanks est le colonel Parker. DR

Le film repose d’ailleurs sur les rapports complexes entre le chanteur et cet homme, que le film représente à plusieurs époques de son existence : de 45 à 50 ans, à la soixantaine et à 87 ans lorsqu’il s’éteint en 1997 à Las Vegas. Elvis, lui, avait déjà rejoint le paradis des rockers vingt ans auparavant, emporté, à 42 ans, par la maladie et l’abus de médicaments…
Austin Butler (qui a, lui aussi, longuement fréquenté l’atelier des effets spéciaux maquillage pour être le King de 17 à 42 ans) mène donc le bal d’Elvis dans une allègre mise en scène d’un Luhrmann inspiré qui manie avec aisance le split screen et réussit à faire entrer le spectateur dans les affres du jeune Elvis comme dans les concerts gigantesques qu’il a donné à l’International Hotel de Las Vegas…
Les chansons de la période antérieure aux années 60 sont interprétées par Austin Butler et parfois par un mélange entre sa voix et celle d’Elvis. Pour la deuxième partie de la carrière d’Elvis, avec ses concerts gigantesques, l’équipe a utilisé les propres enregistrements de King. Et on n’en finit toujours pas de vibrer à Heartbreak Hotel !

Alma et le partenaire idéal  

Dans un club, Alma (Maren Eggert) découvre Tom (Dan Stevens). Photo Benedict Neuenfels

Dans un club, Alma (Maren Eggert)
découvre Tom (Dan Stevens).
Photo Benedict Neuenfels

« Mais qu’est-ce que je suis venue faire dans ce bar ? » L’air septique, Alma regarde les danseurs tourner sur la piste… En fait, cette brillante scientifique est en mission. Parce que son département au prestigieux Pergamon Museum a besoin de fonds pour lui permettre de poursuivre ses recherches sur les écritures cunéiformes sumériennes, Alma a accepté de participer, pendant quelques semaines, à un essai d’évaluation, en l’occurrence tester un robot humanoïde mis au point par l’entreprise Terrareca. Dans ce dancing au look d’un autre temps, une employée de cette société lui présente Tom. Regard bleu perçant, d’une élégance un peu désuète dans son costume sombre, l’androïde a été programmé en fonction du caractère d’Alma et de ses besoins. Mais qu’importe, Tom embarque Alma dans un tour sur la piste de danse. Où Alma constate aussi, que, pour correctement garnir les lieux, Terrareca n’a pas hésité à glisser des hologrammes dans le décor…
Avec I’m Your Man, Maria Schrader signe, après Stefan Zweig, adieu l’Europe (2016), son second long-métrage comme réalisatrice et propose au spectateur, du côté de Berlin, une plaisante et surprenante comédie romantique de science-fiction.
On connaît Maria Schrader comme comédienne, notamment au côté de Dani Lévy avec lequel elle a tourné une demi-douzaine de films et notamment Robby, Kalle et Paul (1989) dans lequel elle a fait ses débuts. On l’a vu aussi dans Aimée et Jaguar (1999), Rosenstrasse (2003) ou Le club des crocodiles (2009) mais Maria Schrader s’est surtout fait remarquer, en 2020 avec l’excellente mini-série (diffusée sur Netflix) Unorthodox qui raconte l’aventure tragique d’Esty, 19 ans, issue d’une famille juive ultra-orthodoxe de Williamsburg, dans le quartier de Brooklyn, qui décide de fuir sa communauté un an après son mariage arrangé avec Yanky Shapiro. Elle part secrètement pour Berlin où vit sa mère depuis qu’elle a elle-même quitté la communauté. Mais Esty est enceinte…

Alma et un robot prêt à satisfaire tous ses souhaits... DR

Alma et un robot prêt
à satisfaire tous ses souhaits… DR

Présenté à la Berlinale, Ich bin dein Mensch, qui se déroule dans un futur proche, est une délectable fable d’anticipation (sans aucun effet spécial) qui, à travers les relations, forcément étranges, d’Alma et de Tom, questionne les rapports amoureux, la finalité du couple et aussi la possession. Car Alma, contrainte « par contrat », d’installer l’androïde dans son existence, n’est pas plus ravie que cela de cette présence. A la différence, par exemple, d’un vieux monsieur qu’Alma croise, en ville, et qui se réjouit, lui, de sa charmante androïde…
Pourtant, Tom a tout de l’homme idéal et son existence ne doit servir qu’un seul but : rendre Alma heureuse. La scientifique l’interroge sur le sens de la vie. « Rendre le monde meilleur », répond Tom. Et la chose la plus triste ? « Mourir seul » pense le robot.
Au retour d’une soirée arrosée et alors que le robot, dont l’intelligence artificielle s’est adaptée à Alma, lui refuse les rapports sexuels qu’elle exige, Alma croit devoir s’excuser. Elle glisse à Tom que « ce soir, je n’ai pas fait honneur à mon espèce ».
Dans un film dynamique où l’humour et la mélancolie cohabitent, la cinéaste montre une Alma qui défend les principes de l’amour romantique, de l’indépendance et du soi-disant libre arbitre. À ses yeux, Tom –qui lui lance pourtant « Du bist ein Schatz »- n’est rien de plus qu’une machine à satisfaire ses besoins. Loin d’être un véritable homologue, elle n’y voit qu’une illusion creuse. Cherchez la perfection chez l’être aimé, est-ce, après tout, possible ?

Tom a préparé une soirée champagne autour d'un bain... DR

Tom a préparé une soirée champagne
autour d’un bain… DR

Maria Schrader interroge : « Alma expose les paradoxes du désir humain. Est-il inhérent à l’expérience humaine de ne jamais atteindre ce que l’on désire ? Est-ce là une condition préalable au désir, en particulier lorsqu’il s’agit d’amour ? » L’androïde-partenaire qui analyse besoins, souhaits et désirs avec une telle précision qu’il pourrait les satisfaire avant même qu’ils soient formulés, est-ce de l’amour ou simplement de la programmation ?
Lorsqu’Alma finit par tomber amoureuse de Tom, elle se retrouve face à un problème insoluble. Qu’est-ce qui est « réel » dans une relation et quelle est la part d’apprentissage, d’adaptation et donc de… programmation ?
Avec malice, la cinéaste suggère que cette programmation ne fonctionne pas toujours, ainsi dans la savoureuse séquence où Tom, plus gendre idéal que jamais, a préparé un bain aux chandelles (avec champagne, fraises et musique douce) dans une salle de bain parsemée de pétales de roses. Las, Alma n’appartient pas aux 93% des femmes allemandes qui fondent statistiquement pour cette mise en scène amoureuse…

Alma et Tom ou une certaine idée du couple? Photo Christine Fenzl

Alma et Tom ou une certaine idée du couple?
Photo Christine Fenzl

La réussite de I’m Your Man repose aussi sur un attachant duo d’acteurs. Maren Eggert (couronnée à la Berlinale d’un Ours d’argent pour son interprétation) est une Alma complètement humaine, c’est-à-dire intelligente et désemparée, drôle et stricte, instable et disciplinée, insouciante et perspicace, aimable et complexe, belle et imparfaite. Devant son « Traumpartner », elle finit par se lasser : « Tu peux t’arrêter d’être irréprochable ? »
Pour Tom, la cinéaste a trouvé, avec le Britannique Dan Stevens (vu dans la série Downton Abbey) un comédien capable d’être à la fois androïde et « humain ». Maria Schrader a imaginé que les algorithmes utilisés pour programmer le robot ont été nourris de films classiques hollywoodiens. De fait, Tom a une allure de Cary Grant ou de James Stewart…
De la science-fiction romantique ! On en redemande !

I’M YOUR MAN Comédie dramatique (Allemagne – 1H45) de Maria Schrader avvec Maren Eggert, Dan Stevens, Sandra Hüller, Hans Löw, Wolfgang Hübsch, Annika Meier, Falilou Seck, Jürgen Tarrach, Henriette Richter-Röhl, Monika Oschek. Dans les salles le 22 juin.

Le patron et la balance qui penche mal  

Julio Blanco (Javier Bardem), un patron charismatique.

Julio Blanco (Javier Bardem),
un patron charismatique.

Au cœur de cette tragicomédie, tel un marionnettiste tirant toutes les ficelles du spectacle, Julio Blanco est un patron habile, charmant et… manipulateur qui s’implique sans vergogne dans la vie personnelle de ses employés pour améliorer la productivité de l’entreprise mais, à force de vouloir régler, bille en tête et contre la montre, tous les problèmes, Blanco est aussi amené à franchir toutes les lignes…
Révélé à l’international en 2002 avec Les lundis au soleil, un drame social sur des chômeurs qui, cinq ans après la fermeture de leur chantier naval de Vigo, en Galice, vivent au jour le jour, partageant angoisses et humiliations mais aussi plaisanteries et illusions, Fernando Leon de Aranoa est généralement considéré comme le chef de file de la veine sociale du cinéma espagnol contemporain…
Gros succès dans les salles espagnoles, El buen patron s’est imposé comme le grand triomphateur des Goyas 2022 (l’équivalent de nos César) avec six récompenses (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur) et pas moins de onze nominations.
En une poignée de jours ouvrables –tandis que la commission doit arriver d’un instant à l’autre- Fernando Leon orchestre la descente aux enfers de Julio Blanco. Le bon patron paternaliste pour lequel tous les employés sont ses enfants, constate que tous les leviers de commande lui échappent.

Blanco dans son usine...

Blanco dans son usine…

Un ex-employé qui a été récemment licencié s’est installé sur le terre-plein qui fait face à l’entrée de l’usine. Aussi désespéré que bruyant, il agite des banderoles et clame des slogans approximatifs. « Elles disent quoi, ces banderoles ? » interroge un cadre. « Rien de bon » grimace Blanco qui rumine de malsaines idées pour faire dégager le manifestant. Quant à Miralles, le contremaître et ami de toujours de Blanco, il met carrément la production en danger parce qu’il est convaincu que sa femme le trompe. Quant à la ravissante Liliana (la Madrilène Almudena Amor, 28 ans, dans son premier film), embauchée comme stagiaire, elle fait vite chavirer les sens de Blanco… Il l’entraîne même dans une boîte de nuit où il lui parle de la justice qui a les yeux bandés. L’irrésistible Liliana : « J’adore qu’on me bande les yeux… » Forcément, l’échange finira sous l’édredon avec des soucis supplémentaires pour le patron…
Dans le décor froid d’un milieu industriel, le cinéaste dépeint, avec élégance, des personnages chaleureux ou… toxiques. L’humour grinçant se teinte parfois de tendresse comme dans la relation qui s’installe entre l’ex-employé et l’agent de sécurité qui surveille l’entrée de l’usine. Ensemble, ils partagent quelques mots, un café, le plus discrètement possible dans la crainte de sanctions pour le gardien…

Blanco et l'irrésistible Liliana (Almudena Amor). Photos The Mediapro Studio

Blanco et l’irrésistible Liliana (Almudena Amor).
Photos The Mediapro Studio

Pour incarner le séduisant Blanco, le cinéaste a –forcément ?- choisi le grand Javier Bardem. Déjà présent dans Les lundis au soleil puis dans Escobar (2017) où Leon racontait la liaison du narcotrafiquant colombien avec Virginia Vallejo, une célèbre présentatrice télé, Bardem s’empare avec bonheur d’un personnage de comédie –fines lunettes cerclées et tempes argentées-  pas si fréquent dans sa carrière. Excessif, amoral, embarqué dans ses manigances et ses combines, Julio Blanco ne sortira pas indemne d’une aventure qui devient un thriller puis une tragédie…
Comédie sur les relations personnelles et professionnelles au sein d’une société familiale, El buen patron est joyeusement mordant avant de virer au gris foncé puis au noir.
Grâce au rire, Fernando Leon de Aranoa se livre à un caustique jeu de massacre sur les mécanismes peu éthiques du néolibéralisme. C’est savoureux et cruel en diable !

EL BUEN PATRON Comédie dramatique (Espagne – 2h) de Fernando Leon de Aranoa avec Javier Bardem, Manolo Solo, Almudena Amor, Oscar de la Fuente, Sonia Almarcha, Fernando Albizu, Tarik Rmili, Rafa Castejon, Celso Bugallo. Dans les salles le 22 juin.

La galeriste et l’homme aux diamants  

Monika Albrecht dans sa galerie. DR

Monika Albrecht dans sa galerie. DR

« Mon dernier cache-cache avec la police, j’avais 17 ans, les cheveux verts et je militais contre le nucléaire… » Ce soir-là, dans le quartier de la gare à Francfort, Monika Albrecht est en panne de cigarettes. Devant un café, des Africains l’invitent à entrer pour boire un verre et écouter de la bonne musique. Et, par ailleurs, disent-ils, il y a un distributeur de cigarettes à l’intérieur. C’est ainsi que cette galeriste va croiser la route de Joseph. « Nice to meet you, Joseph ! » lorsque la police déboule dans le bar pour une descente. « Contrôle des passeports ! Montrez vos mains ! » Monika et Joseph ont juste le temps de se cacher, dans une arrière-cour, derrière des poubelles.
Evoquant l’origine de son premier long-métrage, la réalisatrice Lisa Bierwirth explique : « Le point de départ a été la relation entre ma mère et son mari de l’époque, originaire de Kinshasa, au Congo. Malgré toutes leurs difficultés, ils formaient un couple incroyable. Un couple lumineux, non seulement par leurs différences, mais aussi par leur résilience, leur humour et par l’énergie qu’il y avait entre eux. À partir de cette histoire intime, j’ai commencé un véritable travail de fouilles, j’ai interrogé beaucoup de gens pour découvrir ce qu’on pourrait bien raconter, et surtout comment on pourrait raconter les difficultés qu’une telle relation rencontre… »
Celui que ses amis surnomment le Prince et qui dit se nommer Joseph Badibanga, vient du Congo. Il était, dit-il, en route pour Madrid et se retrouve à Francfort par accident. Avec des problèmes de titre de séjour et en attente de régularisation. Alors même que Monika se demande quelles sont les combines plus ou moins légales de son nouvel ami, cela n’empêche pas Joseph de faire des affaires, notamment de vendre des diamants qui lui viennent d’un lopin de terre qu’il dit possèder dans sa terre natale…

Monika (Ursula Strauss), une femme entre deux mondes. DR

Monika (Ursula Strauss), une femme
entre deux mondes. DR

Avec ce couple, on songe parfois, même si l’âge des protagonistes et leur milieu social n’est pas le même, à Fassbinder et à Tous les autres s’appellent Ali (1974). Mais, à l’époque, le rejet de cette veuve allemande éprise d’un ouvrier marocain, était beaucoup plus violente. Monika et Joseph pensent qu’ils sont différents, qu’ils ne sont pas le produit de leur environnement et qu’ils vont pouvoir surmonter les obstacles. Choisissant le camp du mélodrame pour éviter le réalisme social, le film remet en question l’idée romantique que l’amour peut abattre tous les murs et neutraliser les conventions sociales. On se demande alors si la possibilité de vivre son amour au grand jour n’est pas une forme de luxe. Par contre, l’amour que Monika et Joseph ont l’un pour l’autre semble une évidence, comme un coup de foudre.
Avec Le Prince (nommé pour le prix du meilleur scénario allemand par la Commission fédérale gouvernementale pour la Culture et les médias), la cinéaste allemande de 39 ans fait s’entrecroiser deux univers pas franchement appelés à se rencontrer. D’un côté, les « winners » de la bourgeoisie allemande, de l’autre les « losers » de la ville cosmopolite. Tandis que Joseph apparaît, disparaît, revient d’un séjour en prison, reprend son business avec des amis plus ou moins louches, Monika fait le pont entre ces mondes. Elle travaille dans sa galerie, s’occupe de commissariats d’exposition et se retrouve à un tournant de sa vie professionnelle où elle doit décider de postuler à la direction de la Kunsthalle de Francfort. Et puis, elle retourne vers les lieux de la diaspora congolaise, le restaurant et le bar où se rencontrent Joseph et ses amis. Elle s’y sent sans doute plus à l’aise que dans les dîners et réceptions mondaines entre artistes, curateurs et collectionneurs où Joseph semble, de fait, sinon exclu du moins marginalisé…

Le mystérieux Joseph incarné par Passi Balende, un grand du rap français. DR

Le mystérieux Joseph incarné par Passi Balende, un grand du rap français. DR

Pour incarner ces « loups solitaires » audacieux face à des environnements respectifs rigides et inflexibles, la cinéaste a trouvé deux beaux acteurs. L’Autrichienne Ursula Strauss (connue pour la série à succès Mörderrisches Tal-Pregau) incarne une Monika qui porte l’esprit de son temps, la volonté et l’humour avec force et nonchalance. Elle réussit à merveille à faire, en un regard, affleurer la vulnérabilité de la galeriste. Pour l’insaisissable et mystérieux Joseph, la réalisatrice a fait appel à Passi Balende, 49 ans, rappeur, chanteur compositeur et producteur franco-congolais, considéré, par la presse spécialisée, comme l’un des pères fondateurs du rap français, à l’instar de NTM, IAM ou MC Solaar.
L’un des atouts du film repose sur la manière dont Lisa Bierwirth filme Francfort, lieu de nombreux contraires. Siège de la Banque Centrale Européenne, de l’une des plus grandes bourses du monde et de très nombreuses entreprises internationales , Francfort est un lieu de rencontre pour ceux qui font et défont le monde. Pour Joseph, c’est un fantasme : l’argent y est à la fois très palpable et exclusif. « Le quartier des affaires, dit la cinéaste, côtoie le quartier de la gare, où se croisent chaque jour les prostituées, les artistes, les touristes, les cadres supérieurs et toute une foule de gens du monde entier. C’est une sorte de New York à toute petite échelle. »
Lisa Bierwirth achève Le Prince sur une image qui ouvre sans doute sur un monde meilleur. Monika et Joseph, après s’être perdus de vue, se retrouvent et s’embrassent. Egaux dans leur fragilité mais également dans l’affection sincère qu’ils se portent.

Egaux dans leur fragilité et leur affection... DR

Egaux dans leur fragilité et leur affection… DR

LE PRINCE Comédie dramatique (Allemagne – 2h05) de Lisa Bierwirth avec Ursula Strauss, Passi Balende, Nsumbo Tango Samuel, Victoria Trauttmansdorff, Denis Mpunga, Alex Brendemühl, Hanns Zischler, Agnieszka Piwowarska. Dans les salles le 15 juin.