Juste une image…

Personnage introverti, taciturne et un brin misanthrope, Harry Caul est un grand spécialiste de la filature. Il est engagé pour une mission qui consiste à enregistrer la conversation d’un jeune couple dans la foule sur la voie publique à San Francisco.
Sa mission accomplie, il découvre, en retravaillant ses enregistrements de manière à éliminer le maximum de bruits parasites, que ce couple est en danger de mort. Pris de remords au regard d’une mission précédente qui s’était soldée par la mort d’une famille entière, Caul se retrouve en proie à un dilemme moral qui l’obsède et va croissant.
En 1966, Francis Ford Coppola, fasciné par les inventions dans le domaine de l’espionnage et en particulier la surveillance dans la foule à l’aide d’un micro longue distance, commence à écrire un scénario sur un homme écoutant les conversations dans le public, en plein San Francisco, jusqu’au moment où il surprend la discussion d’un couple parlant d’un complot meurtrier.
Le réalisateur se base essentiellement sur Blow-up, le film de Michelangelo Antonioni sorti en 1966, lui-même fondé sur une nouvelle de Julio Cortazar, Les fils de la vierge dans lequel un photographe capturait involontairement un meurtre sans s’en apercevoir.
Coppola a avoué qu’une conversation avec son confrère Irvin Kershner sur le domaine de la surveillance l’a aussi beaucoup influencé. Alors qu’il voulait faire ce film juste après La Vallée du bonheur (1968), il peine à le faire financer. Mais, en 1972, fort du succès du Parrain qu’il considère pourtant comme une simple commande commerciale, il parvient à lancer The Conversation (en v.o.) avec le soutien de la Paramount.
Emballé par le scénario, Gene Hackman est choisi pour jouer le rôle de Harry Caul. Pour bien entrer dans son personnage, l’acteur apprend à maîtriser divers appareils d’écoutes et même à jouer un peu de saxophone.
Francis Ford Coppola confie la composition de la musique à David Shire, son beau-frère à l’époque. Le réalisateur exige du compositeur d’écrire une partition non pas pour un orchestre, comme Shire l’espérait, mais pour un seul instrument : le piano. La plupart de la musique est composée avant le tournage et jouée aux acteurs sur le plateau.
Sitôt le tournage achevé, le réalisateur décide de commencer Le Parrain, 2e partie et donne carte blanche à son collaborateur Walter Murch pour se charger du montage et du mixage.
Le film est souvent mis en rapport avec le délabrement de la vie politique américaine, de l’assassinat de John F. Kennedy à Dallas en 1963 au scandale des écoutes du Watergate en 1972. Or, Francis Ford Coppola affirme se souvenir davantage des faits présentés dans la presse que des faits réels. Par conséquent, il ne retient aucune implication politique, simplement des faits techniques, comme si la vraie révolution de ces années-là était plus d’ordre esthétique.
Certains critiques observent qu’intermède entre les deux Parrain, le film révèle par voisinage la soif de vanité des membres de la famille Corleone. La mélancolie est l’affect profond de ce cinéma qui semble souvent désaffecté. Harry Caul, assis dans son canapé, entame un énième air de jazz au saxophone, définitivement seul, comme c’est le cas de Michael Corleone à la fin du second Parrain. De fait, pendant la décennie 70, Coppola a, en quatre films, brossé le portrait de trois hommes (Michael Corleone, Harry Caul et le colonel Kurtz d’Apocalypse now), tous rongés par la mélancolie et par la solitude…
Conversation secrète, le mardi 13 janvier 2026 à 19h30 au Palace, avenue de Colmar à Mulhouse. La séance est présentée et animée par Pierre-Louis Cereja.
© DR





