Juste une image…

Jumpers
Jeune femme passionnée par les animaux et la nature, Mabel saute (littéralement !) sur l’occasion d’essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de transférer la conscience humaine dans le corps de robots-animaux plus vrais que nature et de communiquer ainsi directement avec eux. Grâce à cette technologie, Mabel se lance alors dans une aventure unique et riche en découvertes, au cœur du règne animal.
L’annonce de la sortie de Jumpers sur les écrans français le 4 mars prochain, a eu le don de mettre les amateurs de cinéma d’animation en émoi et en joie. Car Jumpers, réalisé par l’Américain Daniel Chong (connu pour la série animée We Bare Bears en 2015-2019 sur trois ours anthropomorphes, un grizzly, un panda et un koala, cherchant à s’intégrer dans la société humaine) sera l’occasion de voir où en est Pixar après le semi-échec, en tout cas le peu d’engouement pour Elio (2025).
Avec ce trentième film signé Pixar, filiale de The Walt Disney Company, les studios entendent renouer, en jouant sur la créativité et l’innovation, avec les grands moments de l’animation que furent Toy Story, Monstres et Cie, Cars, Les indestructibles, Ratatouille, Vice-versa et on en passe…
En suivant la jeune et tonique Mabel qui va transférer son esprit dans un castor robot et ainsi mesurer combien la coexistence harmonieuse entre les animaux et les êtres humains est compromise par l’égoïsme des hommes, Jumpers se distingue par un scénario original. Cette invitation à réfléchir sur le rapport de l’humanité à la nature se veut aussi le reflet des problématiques environnementales contemporaines… Le tout dans une animation aux couleurs et aux visuels éclatants.
Le casting original réunit les voix prestigieuses de Meryl Streep (la reine des insectes), Dave Franco (Titus), Kathy Najimy (Dr Sam), Eduardo Franco (Michel), Melissa Villaseñor (Ellen), Ego Nwodim (la reine des poissons), Vanessa Bayer (Diane), Sam Richardson (Conner), Aparna Nancherla (Nisha), Nichole Sakura (les reines des reptiles), Isiah Whitlock Jr. (le roi des oiseaux), Steve Purcell (le roi des amphibiens), Karen Huie (Grand-mère Tanaka) et Tom Law (Tom le lézard), aux côtés de Piper Curda (Mabel), Bobby Moynihan (le roi Georges) et Jon Hamm (le maire Jerry).
Le nouveau Pixar est attendu comme un grand souffle d’air frais dans l’univers de l’animation !

© Disney – PIXAR

 

La critique de film

De la singulière beauté du doute  

Mariano de Santis (Toni Servillo), un président en fin de mandat.

Mariano de Santis (Toni Servillo), un président
en fin de mandat.

Tandis qu’une escadrille de l’aviation italienne met du vert, du blanc et du rouge dans un ciel clair, le générique du nouveau film de Paolo Sorrentino déroule, en partant de l’unité nationale, la liste des prérogatives du chef de l’État transalpin. On a pourtant l’impression que quelque chose relève de l’ironie dans cette kyrielle… Impression cependant démentie par les premières images du président Mariano de Santis. Sur une galerie ouverte surplombant la ville, le n°1 regarde, l’air las, les toits en tirant sur sa cigarette. L’homme soupire : « Aurora, tu me manques… »
Avec La Grazia, le réalisateur de La grande bellezza (2013), Youth (2015), Silvio et les autres (2018) ou Parthenope (2024) livre une œuvre marquée par une certaine gravité, un film d’où la fantaisie semble absente, à l’inverse des réalisations d’avant. Mais le cinéaste napolitain de 55 ans parvient pourtant à bousculer l’austérité ambiante par des fulgurances aussi surprenantes que bienvenues.
Mais il est vrai que l’univers dans lequel évolue le président De Santis n’est pas des plus trépidants. Car cet homme veuf, juriste de grande réputation, profondément catholique, n’est pas ce qu’il est convenu d’appeler un joyeux drille. Mais demande-t-on nécessairement à un chef d’État d’être un boute-en-train ? Ou alors, il faut aller voir du côté de la Maison blanche. Mais ceci est une autre histoire.
Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2025, La Grazia est donc moins une plongée dans les arcanes du pouvoir qu’une descente dans la psyché d’un homme à la bascule de sa vie publique. Car De Santis, désormais âgé, arrive au terme de son mandat. Dans six mois, ce sera fini. Le président s’en trouve-t-il bien ou l’exercice du pouvoir qu’il s’apprête à quitter lui laisse-t-il un sentiment d’abandon…

Le président et Dorotea, sa fille...

Le président et Dorotea, sa fille…

Pour l’heure, sa fille Dorotea, qui œuvre en permanence dans son ombre, a posé trois dossiers sur le bureau présidentiel. Deux portent sur la grâce demandée par une femme et un homme qui ont commis des crimes dans des circonstances pouvant être considérées comme atténuantes. Le troisième, un projet de loi sur l’euthanasie, amène De Santis à faire face à une décision cruciale qui l’oblige à affronter ses propres dilemmes moraux.
Dans de vastes décors au faste pesant, au coeur de bibliothèques, de bureaux ou de salles de travail éclairés d’une lumière rare, le président passe tel une ombre grise. On se met alors à penser à cet autre film -épatant au demeurant- de Sorrentino intitulé Il divo. Portrait sans fard de Giulio Andreotti, personnalité influente et sulfureuse de la Démocratie chrétienne et de la vie politique italienne pendant plusieurs décennies, ce film de 2008 comprenait une longue séquence où celui qui fut notamment surnommé Belzébuth ou l’Inoxydable, marchait dans une ville, la nuit. En projetant sur les façades une ombre digne de celle de Nosferatu, le vampire de Murnau.
Le président a aussi un surnom. Il l’apprend de la bouche d’un de ses proches qui le lui a longtemps tu. De Santis, c’est… Béton armé. Parce que cet homme-là ne laisse rien voir de ses pensées et de ses émotions. Justement La Grazia va quasiment décrypter comment ce politique souffre d’avoir perdu la femme qu’il aimait, cette Aurora qui le subjugua tout jeune et dont il n’arrive toujours à surmonter la perte. Même si cet amoureux connaît le doute et la jalousie. Car il est convaincu qu’Aurora l’a trompé. Et il ne supporte toujours pas de ne pas savoir qui est responsable de son infortune. Même sa vieille amie Coco Vallori le prévient : elle ne dira jamais rien.

Un homme politique qui doute...

Un homme politique qui doute…

Si La Grazia est un film sur l’amour (De Santis aime sa fille et son fils, tout comme il accepte le fossé générationnel qui les sépare. Il aime le droit pénal, qu’il a étudié toute sa vie), c’est aussi fondamentalement une réflexion sur la solitude, le doute et la nécessité de l’accepter, sur aussi la responsabilité, un devoir qui devrait définir celles et ceux qui nous gouvernent.
Entièrement fictif mais très réaliste, cet hôte du Quirinal auquel sa fille reproche de tout garder à l’intérieur, va « monter au front ». Sur les deux dossiers de grâce et sur la loi sur l’euthanasie. Un cheval agonisant dans une carrière fendra la rigide armure de ce juriste austère qui se dit dit « seul, vieux, fatigué et inutile ». Tout comme une visite en prison lui fera dire : « J’ai vu la vérité de près. Le droit ne nous l’a montrée que de loin. »
Si La Grazia se présente d’abord sous des dehors sévères (De Santis est un homme sage, prudent et responsable), la fantaisie, on l’a dit, va se glisser dans les plis de cette aventure intime. Il en va ainsi de la visite du président portugais sous une pluie battante ou celle, fascinante, d’une ravissante présidente balte en passant par la confession à un souverain pontife noir et… motocycliste ou la soirée avec des vétérans de l’armée de montagne chantant la bravoure alpine. Et que dire de la nouvelle appétance du président pour le rap !

Dorotea (Anna Ferzetti) dans les allées du Quirinal. Photos Andrea Pirrello

Dorotea (Anna Ferzetti)
dans les allées du Quirinal.
Photos Andrea Pirrello

« A qui appartiennent nos jours ? Tâchons de le savoir » interroge volontiers De Santis qui avoue s’endormir quand il prie et qui se navre de ne jamais rêver…
C’est un grand Toni Servillo qui se glisse dans la peau de ce type faussement ennuyeux et brillamment intelligent. Complice au long cours de Sorrentino (Andreotti dans Il divo, c’était déjà lui), le comédien italien parvient remarquablement à rendre proche ce personnage qui vit en apnée, dans un calme sous lequel tout s’agite.
Evoquant le pouvoir, Victor Hugo disait : « Pouvoir, vouloir, savoir, trois mots qui mènent le monde. » C’est aussi de cela dont parle Sorrentino.

LA GRAZIA Comédie dramatique (Italie – 2h12) de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massomi Venturiello, Milva Marigliano, Giuseppe Gaiani, Giovanna Guida, Alessia Giuliani, Roberto Zibetti, Vasco Mirandola, Linda Messerklinger, Rufin Doh Zeyenouin. Dans les salles le 28 janvier.

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