Juste une image…

Printemps du cinéma
C’est vrai qu’on peut sourire à l’idée de s’enfermer dans une salle obscure pour fêter le printemps… Cependant Le Printemps du cinéma appartient à ces actions évidemment sympathiques puisqu’elles existent pour montrer le chemin des cinémas au grand public…
Alors que l’heure est plutôt à la grande bataille entre les plateformes de streaming video comme Netflix ou Disney, il n’est pas vain de rappeler que la magie de la salle obscure opère toujours… Quoi de plus réjouissant que de s’installer devant un grand écran, dans un bon fauteuil et de vivre des émotions en compagnie d’un public au diapason…
Les amateurs de cinéma noteront donc sur leurs tablettes que la 21e édition du Printemps du cinéma se déroulera du dimanche 29 au mardi 31 mars partout en France.
Durant ces trois jours, l’ensemble des spectateurs bénéficieront du tarif exceptionnel de 4 euros la séance pour tous les films et dans toutes les salles*.
Evénement populaire plébiscité par le public, Le Printemps du Cinéma a un véritable impact sur les entrées puisqu’il permet, chaque année, de multiplier par deux la fréquentation des cinémas par rapport à la semaine précédant l’opération. En 2019, l’événement a même enregistré son deuxième meilleur score depuis dix ans avec 3 millions d’entrées réalisées en trois jours !
Pour réaliser le film annonce de l’événement cette année, la Fédération Nationale des Cinémas Français, organisatrice de l’événement, a de nouveau donné carte blanche à un(e) cinéaste. Après Félix Moati, Eric Lartigau, Jean-Paul Salomé, Cédric Klapisch, Lucien Jean-Baptiste et Anne Le Ny, c’est au tour des réalisateurs de Patients et La Vie scolaire, Grand Corps Malade et Mehdi Idir, de concevoir le film annonce de l’opération dans lequel ils entraînent de jeunes talents du cinéma comme Al Hassan Ly (Les Misérables), Liam Perron (La Vie scolaire), Lyna Khoudri (Papicha), Benjamin Lesieur (Hors Normes).
Le film-annonce sera diffusé à partir du 26 février dans toutes les salles de France durant cinq semaines ce qui représente près de 700 000 passages !
*Tarif unique de 4 € la séance pour tous, pour tous les films, dans tous les cinémas participant à l’opération, et à toutes les séances (hors majoration pour les films en 3D, séances spéciales et prestations complémentaires). Offre non cumulable avec d’autres offres tarifaires.

© Photo DR

La critique de film

Le lourd secret de Lara, mère de pianiste  

Lara Jenkins (Corinna Harfouch) dans la ville...

Lara Jenkins (Corinna Harfouch) dans la ville…

Une chambre plongée dans l’obscurité. Une femme dort dans son lit. Elle ouvre un œil, se lève… Dehors, Berlin dans le petit jour. Dans un cadre, une photo d’une jeune femme et d’un enfant. La femme tire une chaise devant la fenêtre ouverte… Alors qu’on se met à craindre le pire, la sonnerie de l’entrée retentit. C’est la police qui vient requérir les services de Lara Jenkins, fonctionnaire municipale retraitée, pour servir de témoin dans une perquisition au domicile d’un voisin…
Cette ouverture –et plus encore la question du voisin : « Que devient Viktor ? »- donne le ton du nouveau film du réalisateur allemand Jan-Ole Gerster qui nous invite, une journée durant, à suivre les déambulations d’une sexagénaire solitaire dans Berlin. Qui est donc cette Lara Jenkins qui, le jour de son 60e anniversaire, s’en va acheter la poignée de billets restants pour le concert de son fils Viktor, pianiste de talent, qui donne, le soir même, son premier grand concert avec notamment, en première, une œuvre de sa composition…
En 2012, le cinéaste avait été remarqué avec Oh Boy, son premier long-métrage, qui racontait les tribulations, une journée et une nuit durant de Niko Fischer, un jeune Berlinois qui a arrêté ses études de droit deux années auparavant et qui se trouve confronté à une série de rencontres tantôt tragiques, tantôt comiques…
A propos de la structure similaire entre son premier et son second film, Jan-Ole Gerster observe : « Je me suis d’ailleurs posé la question : est-ce que c’est un problème ? Mais l’histoire me paraissait si bonne et si différente que cette similarité de structure n’était pas une raison suffisante pour renoncer au projet. Depuis, on m’a même suggéré d’en faire une trilogie : un troisième film sur une personne, un jour, à Berlin ! L’idée me plaît bien ! »
Manifestement, Gerster aime donc cette façon de raconter une vie en une seule journée, en associant une série de petits faits, juste en passant…

Viktor (Tom Schilling) au tournant de sa vie.

Viktor (Tom Schilling) au tournant de sa vie.

D’emblée, on se laisse prendre par ce drame intime qui, au fil des heures, va entraîner Lara Jenkins dans une suite de rencontres qui, tout en gardant souvent un caractère énigmatique ou ambigu, vont finir par révéler la vraie nature de cette femme qui allume cigarette après cigarette et semble toujours porter comme une sorte de deuil…
Au fil d’un scénario subtil et bien écrit (il l’a été, voilà plus de dix ans, par le Slovène Blaz Kutin qui avait, en son temps, attiré l’attention de Jeanne Moreau au Festival Premiers Plans d’Angers), on va apprendre que cette mère n’a plus de nouvelles, ni même de contact, avec Viktor, injoignable depuis des semaines… Pire, Lara ne semble même pas avoir été conviée aux greands débuts sur scène de son fils.
Petit à petit, on découvre donc que cette mère, en devenant la prof de son Viktor, a toujours voulu l’excellence pour son fils, quitte à lui « pourrir » la vie. D’ailleurs, lorsque Lara se sera introduit dans la salle de concert, elle tombe sur son ex-mari et conseiller de Viktor qui lui lance : « Viktor va bien. Son œuvre est magnifique. Laisse-le respirer ! » Consumée par sa passion et dans l’impossibilité de pouvoir l’assumer, Lara Jenkins plonge dans une manière de dépression qui la rend, par moments, quasiment imbuvable mais assurément pathétique.

Mère et fils, une relation toxique?

Mère et fils, une relation toxique?

Pour mettre cette histoire pleine de zones d’ombre et de secrets en scène, le cinéaste et son chef-opérateur Frank Griebe ont opté pour des cadres larges, en plan fixe, qui fixent un univers urbain parfois insolite que Lara Jenkins traverse régulièrement… Et puis le film avance par une succession de rencontres ou de simples instants parfois cocasses, parfois dramatiques. Il en va ainsi du policier qui, lors de la perquisition, se met au piano pour massacrer La lettre à Elise de Beethoven ou encore de la séquence où Lara Jenkins, au conservatoire, approche un gamin qui joue avec sa game boy en attendant le retour de son professeur parti prendre l’air. Elle l’oblige à se remettre au clavier, à reprendre le Frölicher Landmann de Schumann et conclut : « Pas de mordant. Pas d’ambition. Pauvres parents ! » De qui parle-t-elle à cet instant…
Dans la maison de sa mère, Lara Jenkins va enfin croiser Viktor et lui lancer que sa composition lui semble « trop mélodieuse ». Alors qu’il s’agit, pour lui, d’une question de vie ou de mort. Mais, auparavant, Lara se sera déjà cruellement disputée avec une mère, certes, odieuse, allant jusqu’à la gifler… « Il y a un film, dit le réalisateur, que j’ai beaucoup regardé en préparant Lara Jenkins, c’est Sonate d’automne, d’Ingmar Bergman. Un autre personnage de mère narcissique et pianiste. Il y a dans ce film une pureté qui me fascine. Bergman a beaucoup traité la relation parent-enfant, je ne crois pas ce que soit un sujet typiquement allemand ! »

Lara Jenkins face à la salle...  Photos Frank Griebe

Lara Jenkins face à la salle…
Photos Frank Griebe

Heureusement, Gerster a glissé, dans ce drame à l’esprit parfois absurde, de bons moments d’humour et de respiration, notamment incarnés par le modeste voisin de Lara, un chauffeur de taxi dans la voiture duquel on entend France Gall chanter son fameux Il jouait du piano debout. Une amusante, juste et probablement, pour la suite, positive réinterprétation d’un tube puisqu’il y est quand même question de la révolte d’un pianiste…
Pour incarner le fragile « fils à sa maman » qu’est d’abord Viktor, le cinéaste a choisi Tom Schilling (vu récemment dans L’œuvre sans auteur et la série télé The Same Sky) qui était déjà Niko Fischer dans Oh Boy. Quant à Lara Jenkins, c’est Corinna Harfouch, l’une des grandes vedettes de la scène et du cinéma allemand. Elle est tout à fait remarquable dans ce personnage de mère installée dans une relation toxique et qui blesse en voulant prouver qu’elle aime… Lara réalise qu’elle a perdu son fils, que le cordon ombilical entre eux est coupé. Désormais Viktor se réinvente lui-même en cessant d’être une invention de sa propre mère. Lara, qui avait peut-être un talent elle aussi, parviendra-t-elle à se réinventer à son tour ?

LARA JENKINS Drame (Allemagne – 1h38) de Jan-Ole Gerster avec Corinna Harfouch, Tom Schilling, André Jung, Volkmar Kleinert, Rainer Bock. Dans les salles le 26 février.

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