Juste une image…

 

Claudine Auger
Sur le sable blanc d’une plage à cocotiers de Nassau, James Bond lui retire une épine d’oursin du talon avant de lui annoncer la (mauvaise) nouvelle de la mort de son frère François. En ravalant ses larmes, la belle entend 007 lui proposer de l’aider à vaincre l’immonde Largo pour contrecarrer les plans du SPECTRE…
En 1965, dans Opération Tonnerre réalisé par Terence Young, Claudine Auger devient la première James Bond Girl française de l’une des plus fameuses sagas du cinéma. Elle ouvrira ainsi la voie à Denise Perrier, Corinne Cléry, Carole Bouquet, Sophie Marceau, Eva Green, Olga Kurylenko, Bérénice Marlohe et Léa Seydoux.
Née le 26 avril 1941 à Paris, Claudine Auger a été mannequin et a appris le théâtre au cours Simon avant d’obtenir, en 1958, son premier rôle au cinéma dans l’ombre de Romy Schneider et Alain Delon pour Christine de Pierre Gaspard-Huit. Cette même année, elle est élue première dauphine au concours de Miss Monde. C’est en 1962 en jouant Isabelle de Saint Marc au côté de Jean Marais qu’elle obtient son premier grand rôle sur le grand écran dans Le masque de fer d’Henri Decoin. L’année suivante, on la retrouve à deux reprises devant la caméra de Mario Camerini dans Kali Yug, déesse de la vengeance et Le Mystère du temple hindou. En 1965, pour Pierre Etaix, elle incarne la belle Isolina dans Yoyo… Dans le même temps, Claudine Auger joue Molière au théâtre, notamment dans des mises en scène de Jean Meyer au Palais-Royal mais aussi avec Jean Vilar au TNP et au Festival d’Avignon…
Mais c’est évidemment le personnage de Domino qui lui vaudra une réputation internationale d’autant que la saga 007 passe définitivement, avec Thunderball, de la (bonne) série B d’espionnage à la production à grand spectacle. Même si, avec le recul, les dix minutes de combat sous-marin parmi les requins qui devaient être le clou du spectacle, s’avèrent être la partie la moins enthousiasmante d’Opération Tonnerre.
La sexy frenchy Claudine Auger, 1,72m et deux tenues qui restent dans les mémoires (un bikini noir et blanc et un sobre une-pièces noir marqué d’une double découpe sur la poitrine et la hanche), incarne donc cette beauté nommée Dominique Derval, couramment surnommée Domino. Dotée d’une grâce irrésistible mais également intelligente, drôle et courageuse, Domino a un (charmant) signe distinctif : deux grains de beauté sur la cuisse gauche…
Jeune sœur de François Derval, « un garçon merveilleux » qui deviendra commandant dans les forces aériennes de l’OTAN, elle rencontrera, en sa présence, Emilio Largo qui en fera sa maîtresse. Malheureusement, Domino ignore que Largo est haut placé dans l’organisation criminelle SPECTRE. Mais Sean Connery (qui estimait qu’Opération Tonnerre est son meilleur Bond) mettra, in fine, les choses au point.
Même si sa voix fut doublée au montage dans la version originale, Claude Auger, avec son petit air mutin de Natalie Wood, demeure, comme l’a écrit un magazine de cinéma, l’une des girls les plus « bondantes » de la série.
Après cette incursion dans le grand show 007, on revit Claudine Auger sur les écrans italiens avec, par exemple, La baie sanglante (1971) de Mario Bava mais aussi dans plusieurs films de Jacques Deray comme L’homme de Marrakech (1966), Un peu de soleil dans l’eau froide (1971), Flic Story (1975) ou Un papillon sur l’épaule (1978). Bon anniversaire, Domino !

© Photo DR

La critique de film

Un couple contaminé par l’angoisse du doute  

Roman (Pio Marmaï) à son travail. DR

Roman (Pio Marmaï) à son travail. DR

Prise de convulsions, une nuit, une petite fille est emmenée d’urgence par ses parents à l’hôpital. Quelques heures plus tard, la fillette sauvée se repose… Face à un médecin, son père et sa mère tombent, eux, des nues quand ils l’entendent dire que des traces de cocaïne ont été trouvées dans l’organisme de l’enfant…
Tandis que les faits font l’objet d’un signalement à la police, Romain, le père, craque. Dans un souffle, il lâche : « C’est moi ». Et confie que son addiction dure depuis longtemps, des années : « Au début, c’était quand on sortait, ensuite je suis tombé dedans ». Depuis, Roman, qui travaille comme chirurgien-dentiste, consomme tous les jours. D’ailleurs, dans la séquence pré-générique, on découvre comment Roman flippe lorsqu’il n’arrive pas à joindre son dealer. Le manque, soudain, devient criant, douloureux, une véritable plaie qui le martyrise… Dès le départ du film, on se retrouve dans un système qui déraille où Roman évolue sur le fil, au bord du précipice.
En s’appuyant sur une histoire vraie (voir ci-dessous), Audrey Diwan, pour sa première réalisation, met en scène -sinon avec ses ressorts, du moins, avec ses ressources- un thriller intime. En même temps, au-delà du suspense, Mais vous êtes fous repose sur un triangle amoureux où la drogue intervient comme une maîtresse…

Camille (Céline Sallette), une femme taraudée par le soupçon. DR

Camille (Céline Sallette), une femme
taraudée par le soupçon. DR

Parce qu’elle a été nourrie au bon lait d’auteurs comme Robert Bresson, Ken Loach ou Hirokazu Kore-eda, la cinéaste s’applique, ici, à dire beaucoup de choses en usant d’une belle économie de moyens. Dans le même temps, Audrey Diwan partage aussi le goût de son compagnon Cédric Jimenez (pour lequel elle a signé trois scénarios dont ceux de La French en 2012 et HHhH en 2015) pour le film noir et le cinéma américain.
Autour de ces deux approches, Mais vous êtes fous se concentre d’abord sur le personnage de Roman, de ses relations avec Camille, sa femme mais aussi Bianca et Lucie qu’il aime, toutes, réellement. C’est autour de Roman que vont s’organiser les « éléments extérieurs » que sont l’intervention de la médecine (pour le sevrage de Roman), de la police (ah, l’appartement ravagé par la perquisition, véritable métaphore d’une existence saccagée), des services de la DDASS pour le placement des fillettes ou encore de l’avocate de Roman sans oublier le court coup de projecteur sur les parents de Camille : « On lui avait ouvert les bras. Maintenant, on fait comme s’il était mort… »

Roman et Camille, un couple qui s'aime toujours. DR

Roman et Camille, un couple
qui s’aime toujours. DR

Le second et le troisième actes du film vont, eux, se focaliser d’abord sur Camille puis sur le couple tandis que le thriller cède le pas, cette fois, au drame conjugal. Passant de la colère à l’amour et réciproquement, Camille est prise dans la spirale vertigineuse du doute. Sitôt que Roman se rend dans la salle de bains, c’est une sourde et contagieuse angoisse qui s’empare de Camille. Tout est pareil et plus rien n’est pareil. Plus rien ne semble possible et pourtant Camille et Roman s’aiment toujours, même contre le reste du monde. Désormais l’inquiétude et le soupçon appartiennent inévitablement à leur quotidien.
Avec un jeu volontairement rentré, Pio Marmaï est un père paumé qui aime profondément ses filles et qui a profondément peur de les perdre. Roman est un père très présent, très tactile et qui, par là même, paradoxalement, contamine ses filles… Quant à Céline Sallette qui s’impose de plus en plus comme l’une des meilleures comédiennes de sa génération, elle est une Camille prise entre la raison qui doit la mener à la séparation et la passion qui la force au recommencement. D’un seul regard dans un visage défait, dans un état d’abandon proche du somnambulisme, Céline Sallette réussit à faire affleurer toutes les questions, tous les doutes, toutes les affres d’une Camille en état de sidération… Sans poser de jugement moral sur l’addiction de Roman et sur le drame qu’elle provoque, Audrey Diwan pose la question : « L’amour a-t-il une chance quand la confiance est rompue ?». Et cela nous vaut une œuvre dense et prenante. Une réussite !

MAIS VOUS ETES FOUS Drame (France – 1h35) d’Audrey Diwan avec Pio Marmaï, Céline Sallette, Carole Franck, Jean-Marie Winling, Lola Rosa Lavielle, Keren-Ann Zajtelbach, Maxence Tual, Valérie Donzelli, Jeanne Rosa, Anne Loiret, Laurent Bateau. Dans les salles le 24 avril.

Roman et ses filles… DR

Roman et ses filles… DR

RENCONTRE Audrey Diwan : « Une impression de puissance qui ne dure pas »

« Par l’entremise d’une amie, j’ai rencontré, en 2012, une jeune femme à la sensibilité très particulière. Nous étions dans un parc où j’étais venue avec mes enfants. En les regardant, elle a soufflé : tu as de la chance de les avoir, toi… » Venue aux Rencontres du cinéma de Gérardmer, Audrey Diwan a évoqué ainsi la naissance de son premier long-métrage comme réalisatrice. Car la jeune femme lui raconte alors une vie « normale », un mari présent qui s’occupait beaucoup de leurs deux enfants. Et puis, un jour, la révélation qui explose comme une bombe… « Il y avait un état de sidération chez cette femme quand elle parlait. Il y avait de la colère mais aussi de l’amour ».
Après avoir été journaliste, éditrice, écrivaine et scénariste, Audrey Diwan passe donc derrière la caméra pour un thriller intime où elle voulait traiter la drogue comme une maîtresse qui s’immisce dans le couple mais sans jamais poser de jugement moral. « J’ai fait pas mal de recherches. J’ai discuté avec des labos pour comprendre ce phénomène invasif souvent lié à la pénibilité. Aujourd’hui, il faut pouvoir tenir et souvent on a le sentiment qu’on ne va pas y arriver. Alors la drogue donne une impression de puissance qui ne dure pas. Et puis, j’ignorais l’aspect contagion… » Pour Mais vous êtes fous, la cinéaste peut s’appuyer sur deux beaux comédiens. « J’avais rencontré Céline Sallette il y a dix ans, pour une interview. Nous sommes devenues amies et j’ai écrit le personnage de Camille en pensant à elle. Elle a une concentration extraordinaire, un jeu total et un abandon complet ». Quant à Pio Marmaï, il sortait du tournage de En liberté ! de Pierre Salvadori où il était dans le burlesque complet : « Et moi, je lui ai demandé tout le contraire ! D’en faire toujours moins, de rentrer constamment ses émotions. Et il l’a fait avec une facilité déconcertante ! »

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