Juste une image…

The Secret Man

Pendant trente ans, l’identité de « Gorge Profonde », l’informateur anonyme des journalistes du Washington Post Bob Woodward et Carl Bernstein dans l’affaire du Watergate, est restée l’un des plus grands mystères de l’histoire politique américaine. Plusieurs noms ont été avancés, mais en dehors de Woodward et de quelques autres, personne ne savait qui se cachait derrière ce pseudonyme énigmatique avant juillet 2005 : on apprend alors qu’il s’agissait de Mark Felt, ancien numéro 2 du FBI. Alors que le monde pouvait enfin mettre un nom et un visage sur « Gorge Profonde », d’autres questions se sont posées : qui était Mark Felt et quelles étaient ses motivations ? Pourquoi un homme siégeant au sommet d’une institution fondée sur la confidentialité avait-il choisi de révéler ses secrets ? C’étaient là des énigmes complexes dont la clé permettait de comprendre comment les États-Unis ont su rebondir après le cauchemar du Watergate.
Avec The Secret Man Mark Felt (dans les salles le 1er novembre), le réalisateur Peter Landesman, ancien journaliste d’investigation et correspondant de guerre pour le New York Times, s’interroge : « Pour qui ce fouineur s’est-il pris en pensant qu’il pouvait contribuer à changer le cours de l’Histoire ? » Cet officier de police (incarné par Liam Neeson) a découvert une affaire de corruption au plus haut sommet, a tout fait pour mener l’enquête, en a été empêché et implicitement enjoint d’étouffer le scandale, puis, en tant qu’homme attaché à se battre pour la justice et la vérité, s’est retrouvé face à un dilemme : il a fini par choisir de sacrifier toutes ses connaissances et son statut au nom d’une cause plus noble.

Photo Paramount

La critique de film

Le brave docteur Knock  

Le docteur Knock (Omar Sy) s'installe à Saint-Maurice.

Le docteur Knock (Omar Sy)
s’installe à Saint-Maurice.

« Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent! » Vous espérez entendre cette citation très célèbre dans le Knock de Lorraine Lévy? Rassurez-vous, elle y est. Pour le reste, la cinéaste a pris bien des libertés avec la pièce écrite en 1923 par Jules Romains et créée au théâtre la même année par Louis Jouvet. De fait, Knock ou le triomphe de la médecine est, pour l’auteur du cycle romanesque Les hommes de bonne volonté, l’occasion de dénoncer l’asservissement des foules à l’âge scientifique et commercial à travers les agissements d’un escroc de génie qui se délecte de son emprise sur des individus soudain pris de peur…

Ce qui faisait le charme de la pièce puis des deux films éponymes réalisés en 1933 par Roger Goupillières et en 1951 par Guy Lefranc, c’était évidemment la présence de l’immense Jouvet, merveilleux comédien à la belle prestance et à l’élégant phrasé… Evidemment, on serait tenté de se demander comment jouer Knock après Jouvet. Mais la question se pose-t-elle vraiment? Car alors comment incarner Norman Bates après Anthony Perkins, Sarface après Paul Muni, Hanibal Lecter après Anthony Hopkins ou encore Han Solo après Harrison Ford ? En choisissant de confier le rôle du singulier toubib à Omar Sy, la réalisatrice de Mes amis, mes amours (2008) ou Le fils de l’autre (2012) pourrait être suspectée de jouer une carte bien  bankable. Sans doute que les portes de la production s’ouvrent (un peu) plus facilement quand la tête d’affiche est confiée à la star d’Intouchables… D’ailleurs Lorraine Lévy, qui a porté son projet pendant huit ans, a longtemps attendu que l’agenda très chargé d’Omar Sy se libère pour que l’aventure prenne tournure.

Knock et le facteur, un futur patient (Christian Hecq).

Knock et le facteur,
un futur patient (Christian Hecq).

Dans les années 50, Knock qui a perdu au jeu, tente d’échapper à deux redoutables individus qui entendent lui faire un mauvais sort. Il réussit à embarquer à bord d’un paquebot en partance dont le capitaine a besoin d’urgence d’un médecin de bord. Knock l’avoue: il n’est pas disciple d’Esculape mais le capitaine a besoin de quelqu’un. Knock apprendra sur le tas l’art médical avant d’aller faire des études à Marseille… Cinq années plus tard, l’ex-filou repenti devenu médecin diplômé débarque dans le charmant petit village de Saint-Maurice. Il est attendu par le docteur Parpalaid qui lui a vendu sa clientèle.

Constatant que les habitants du bourg semblaient très bien se passer de médecin, Knock va appliquer une « méthode » destinée à faire sa fortune. Il offre une consultation gratuite à tous les habitants et va trouver à chacun la maladie réelle ou imaginaire dont il souffre. Et ce n’est pas le curé qui doute autant des compétences que de la sincérité de Knock qui va empêcher ce séducteur manipulateur de parvenir à ses fins… Non, Knock sera foudroyé par le doux regard d’Adèle, la fille de ferme à la toux hélas bien suspecte. De plus, son passé lui revient comme un boomerang en la personne du sombre Lansky venu le faire chanter…

Le curé (Alex Lutz) et Lansky (Pascal Elbé).

Le curé (Alex Lutz) et Lansky (Pascal Elbé).

Si le Knock de Jules Romains était un quidam peu recommandable, dur, cassant et vil, celui de la libre adaptation de Lorraine Lévy est plutôt un type qui veut se faire une place au soleil. Ce qui, est après tout, l’envie de tout un chacun. Elle va alors le confronter à une galerie de personnages tous plus pittoresques les uns que les autres. Passent ainsi, outre notre curé suspicieux, une fermière proche de ses sous, un facteur alcoolique au vélo digne de Tati, un pharmacien morose car en panne de clients, l’épouse du pharmacien que le nouveau médecin émoustille gravement, une veuve richissime, un instituteur tétanisé, un maire serein et un adjoint bafouilleur sans oublier l’autoritaire patronne de l’hôtel du bourg qui porte la croix de guerre de son résistant de mari… Tous finiront sous le charme d’un médecin prêt à (presque) tout pour faire fortune  mais qui finira par se révéler être bon et généreux…

Knock et Adèle (Ana Girardot). Photos Christine Tamalet

Knock et Adèle (Ana Girardot).
Photos Christine Tamalet

Comme, autour d’Omar Sy, une ribambelle de comédiens connus et souvent attachants se chargent de donner à cette galerie un charme de carte postale rurale et vintage, on regarde gentiment ce Knock qui n’a sans doute pas la prétention de laisser une trace dans l’histoire du 7e art.

Enfin, sachez que le fameux « Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça gratouille? » figure aussi dans ce Knock contemporain. Qui constituera  un excellent rendez-vous et… un divertissement agréable pour un dimanche soir à la télé. Gageons que la présence au générique d’Omar Sy, personnalité préférée des Français, fera de plus un audimat tout à fait digne d’intérêt.

KNOCK Comédie dramatique (France – 1h53) de Lorraine Lévy avec Omar Sy, Alex Lutz, Ana Girardot, Sabine Azéma, Pascal Elbé, Audrey Dana, Michel Vuillermoz, Christian Hecq, Hélène Vincent, Andréa Ferréol, Rufus, Nicolas Marié, Sébastien Castro, Christine Murillo, Yves Pignot. Dans les salles le 18 octobre.

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