Juste une image…

Le President

Sur grand écran, la politique trouve aussi sa place… Bien sûr, les films qui abordent le sujet sont le plus souvent américains. On pense évidemment à des films comme Votez McKay (1972), Bob Roberts (1992), Primary Colors (1998) ou l’excellent Des hommes d’influence (1997) dans lequel Barry Levinson, avec le concours de Dustin Hoffman et Robert de Niro, livre une satire mordante du poids des médias dans une campagne présidentielle. Une élection où celui qui fait le plus de spectacle a toutes les chances de l’emporter… Par bonheur, le cinéma français a quand même des perles à offrir dans le domaine. On songe bien sûr au tout récent Chez nous (2017) où Lucas Belvaux décrypte une campagne électorale d’extrême-droite pour une mairie du Nord. En 2011, Xavier Durringer signait, avec La conquête, un remarquable film politique en observant la stratégie électorale qui amena Nicolas Sarkozy (incarné par Denis Podalydès) au pouvoir en 2007. Réalisé par Pierre Schoeller, avec un Olivier Gourmet remarquable, L’Exercice de l’Etat (2011) est une passionnante plongée dans le quotidien d’un ministre de la République… Mais on a un faible pour Jean Gabin prêtant sa silhouette massive au président du conseil Emile Beaufort dans Le président (1961) d’Henri Verneuil. Le tonitruant discours de Beaufort (où il évoque… les Etats-Unis d’Europe !) devant l’assemblée nationale est une séquence culte complètement jubilatoire…

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La critique de film

Aurore se joue du retour d’âge  

Agnès Jaoui ou la grâce d'Aurore. DR

Agnès Jaoui ou la grâce d’Aurore. DR

Ménopause.- Du grec méno, règles, et pause, arrêt, appelée aussi âge climatérique, est l’arrêt des règles. Lors de la ménopause, la femme ne possède plus suffisamment de follicules car ceux-ci ont été soit utilisés pour le cycle ovarien soit les cellules folliculaires ont dégénéré par le phénomène d’atrésie folliculaire. La ménopause est divisée en plusieurs étapes : la péri-ménopause (période d’irrégularités des cycles menstruels précédant la ménopause et l’année qui suit l’arrêt apparent des règles) et la post-ménopause (ménopause confirmée). Elle se produit habituellement vers la fin de la quarantaine ou le début de la cinquantaine de la femme.

Et vous voulez faire un film avec ça? Mais oui, absolument! Et c’est, avec Aurore, une comédie dramatique tout à fait tonique que signe Blandine Lenoir qui avoue qu’elle en a puisé la matière dans son propre vécu. Aurore a des bouffées de chaleur. Alors elle s’évente, avale des litres d’eau, enlève son pull, ouvre les fenêtres. Mais pas grand-chose n’y fait. Aurore se souvient aussi: « Quand j’ai eu mes règles, ma mère m’a dit: maintenant tu es une femme… Maintenant que je n’ai plus mes règles, je suis quoi? » Et son médecin ne l’aide guère entre un « Ca va pas aller en s’arrangeant » et un « Faut être philosophe, alors! »

Mano (Pascale Arbillot) et Aurore. DR

Mano (Pascale Arbillot) et Aurore. DR

La ménopause ou le retour d’âge ne sont pas, à priori, un thème très glamour et, pour tout dire, un peu tabou aussi. Alors, le grand mérite de Blandine Lenoir, c’est d’en tirer la substance d’une comédie, un peu douce-amère certes, qui prend les allures d’un portrait. Aurore Plou, séparée Tabor, a 50 ans, deux grandes filles. Elle est seule et vit dans une certaine précarité. Lorsque son aînée lui annonce qu’elle va être grand’mère, Aurore prend un coup sur la tête. Elle est à deux doigts de craquer. Et il faut toute la souriante énergie de son copine Mano pour l’aider à ne pas céder. Comme Mano travaille dans l’immobilier, Aurore lui sert parfois de piège à clients. Mais, ce jour-là, le client n’est autre que Totoche, le grand amour de jeunesse d’Aurore.

Chamboulée par la cinquantaine et par son prochain état de « mémée », Aurore vit aussi de plein fouet l’humiliation au travail. Le nouveau patron du restaurant dans lequel elle travaille depuis un bout de temps, l’a rebaptisée Samantha et lui ordonne d’exécuter des tâches qu’elle juge imbéciles. De là à claquer la porte, il n’y a qu’un pas. Qui amène Aurore du côté de Pôle Emploi où l’inefficacité est criante et l’ambiance pas des plus stimulantes.

Totoche (Thibault de Montalembert), l'amour de jeunesse. DR

Totoche (Thibault de Montalembert),
l’amour de jeunesse. DR

A coup de notations tendres, souriantes, malicieuses ou plus graves, Blandine Lenoir invite à entrer dans le petit monde d’Aurore. On partage ses coups de blues quand Totoche lui explique qu’il n’a plus envie de souffrir. On sourit avec elle quand elle observe, un rien effarée, la jeune Lucie reproduire des schémas de « femme au foyer » en chouchoutant son petit ami. On s’amuse d’un petit running gag (la porte automatique qui ne s’ouvre pas au passage d’Aurore), des tours pendables de Mano quand il s’agit de coincer un homme supposé infidèle mais plus encore de la conversation d’Aurore, dans son nouveau job de technicienne de surface, avec une collègue qui fut… ingénieur en génie civil et qui lui glisse: « Vous êtes marrants, vous les Blancs, vous découvrez les critères de discrimination. Tu te rends compte, si en plus tu étais noire, lesbienne et musulmane! » Et, quand le quotidien devient trop pesant, Aurore s’évade dans ses rêves (ses filles, alors petites, y tiennent une place considérable) ou danse, seule chez elle, sur le beau Ain’t Go No de Nina Simone… Dans cette mosaïque de moments qui constituent l’ordinaire d’Aurore, la cinéaste glisse aussi de belles scènes comme celle des retrouvailles de la classe du lycée Paul Bert de La Rochelle et plus encore celle du restaurant où Aurore et Totoche se retrouvent pour dîner… Un « resto-opéra » où, entre les plats, les serveurs chantent. C’est charmant en diable sauf qu’entre le Libiamo de la Traviata et la Donna e mobile de Rigoletto en passant par le Duo des fleurs de Lakmé, les deux amoureux potentiels n’arrivent pas à se parler, sinon par le regard…

Aurore avec son amie Mano et ses filles Marina (Sarah Suco) et Lucie (Lou  Roy-Lecollinet). DR

Aurore avec son amie Mano et ses filles Marina (Sarah Suco) et Lucie (Lou Roy-Lecollinet). DR

Bien sûr, Aurore ne serait pas ce film attachant qui souffle constamment le chaud et le froid entre le rire et l’émotion sans la présence lumineuse d’Agnès Jaoui. « Je voulais une comédienne qui assume son âge et en possède les atouts », disait la cinéaste. Et Agnès Jaoui fait de son Aurore, une femme forte, en pleine reconstruction et qui prend sa vie en main tout en avouant avoir peur d’être vieille, pauvre et seule. Cette femme debout n’est pas foncièrement féministe mais assurément solidaire des autres femmes. A cet égard, Blandine Lenoir a fait le choix de glisser dans son film un extrait d’une interview de l’anthropologue et ethnologue Françoise Héritier qui explique qu’il n’y a pas si longtemps, arrivée à la ménopause, l’existence d’une femme s’arrêtait net. Pour cette Aurore féminine et séduisante (Agnès Jaoui est magnifique avec des hanches, des seins et des fesses!), c’est aussi sa dignité retrouvée qui lui permet de (re)tomber amoureuse.

Enfin, soyons précis, Aurore est un film qui ne s’adresse pas exclusivement aux femmes de cinquante ans. Tous les spectateurs y trouveront leur compte. Et Aurore est si belle -ne serait-ce que dans un rêve- lorsqu’en brune Carmen, elle chante « L’amour est enfant de bohème »

AURORE Comédie dramatique (France – 1h29) de Blandine Lenoir avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Suco, Lou Roy-Lecollinet, Marlène Veyriras, Samir Guesmi, Philippe Rebbot, Marc Citti, Eric Viellard, Laure Calamy, Nanou Garcia, Florence Muller. Dans les salles le 26 avril.

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