Juste une image…

 

Ozu en couleurs
De Kurosawa à Mizoguchi en passant par Oshima, Kitano, Imamura ou Kore-eda, le Japon compte de grands maîtres du cinéma. Mai s’il fallait désigner le plus… nippon de tous les cinéastes du Pays du soleil levant, le titre reviendrait assurément à Yasujiro Ozu (1903-1963). Aujourd’hui considéré comme une figure tutélaire du cinéma japonais, l’homme du film introspectif, filmé à hauteur de tatami, a été longtemps boudé par la critique occidentale. Et s’il on connaît des titres de ses films comme le fameux Goût du saké ou Voyage à Tokyo, on connaît pourtant mal son œuvre…
Autant dire que Carlotta offre une belle occasion de se plonger, dès le 19 août, dans cette œuvre foisonnante avec un cycle Ozu en couleurs qui réunit Fleur d’équinoxe (1958), Bonjour (1959), Herbes flottantes (1959), Fin d’automne (1960), Dernier caprice (1961) et Le goût du saké (1962), son ultime opus.
« Yasujiro Ozu a tourné six films en couleurs, après avoir longtemps résisté, précise Pascal-Alex Vincent, cinéaste, distributeur et enseignant. Loin d’être un ennemi du progrès, Ozu a simplement préféré prendre son temps, tel l’artisan qu’il était. La couleur n’a pas révolutionné son cinéma, cinéma qu’il mit une vie à inventer, mais l’a tiré vers le haut. Le système patiemment élaboré pendant trente ans s’est totalement épanoui dans sa période couleurs… »
Pour le public japonais de son époque, les films d’Ozu étaient envisagés comme des divertissements familiaux qui ont souvent connu de beaux succès. Avant d’être considéré comme un auteur par le public occidental, plusieurs décennies après sa mort, Ozu était avant tout un employé de studio parmi des centaines d’autres. Evoquant son statut, aujourd’hui, d’incontournable pilier du cinéma nippon, Pascal-Alex Vincent remarque : « Gageons que ce statut l’aurait fait sourire. Ozu aimait lire, il aimait aller au cinéma, il aimait la bonne cuisine, et surtout, il aimait faire la fête. (…) Sa tombe, au pied du temple Engaku-ji à Kamakura, est décorée de bouteilles de saké laissées par les visiteurs. Plus que toutes les exégèses, c’est cet hommage joyeux, parions-le, qui le toucherait au cœur. »

© Photos DR – Carlotta

La critique de film

Footeux, passe ton bac d’abord!  

Christian Ferro (Andrea Carpenzano), une star montante du football. DR

Christian Ferro (Andrea Carpenzano),
une star montante du football. DR

Pour dire le vrai, Christian Ferro est une vraie tête de lard. On fait sa connaissance lorsqu’avec ses copains, il fait des courses vestimentaires dans un centre commercial. Soudain, la petite troupe embarque un tas de vêtements et part au pas de course. Christian réussit, au prix d’un joli passement de jambes, à échapper à un vigile puis à un second mais pas à un troisième qui le plaque au sol. Et qui s’excuse sur le champ… Car le voleur n’est autre que CF24, la talentueuse star montante de l’AS Roma, l’un des deux clubs de série A de la Ville éternelle, avec le rival de toujours, la Lazio…
Sous les couleurs rouge et jaune de la Roma, Christian Ferro, coqueluche des tifosis, marque des buts d’anthologie sur lesquels les médias sportifs italiens, jamais avares de dithyrambes (« Il voit ce que les autres ne voient pas »), se pâment allègrement. Las, à 20 ans, Christian est un garçon parfaitement immature auquel la gloire footballistique et l’argent facile ont fait perdre pied face au réel. Un jour, devant les frasques de sa vedette, Rigoni, le président du club romain, tire la sonnette d’alarme. Halte aux crétineries en tous genres. L’heure est au recadrage. Le deal est simple pour le propriétaire : « Un examen par semaine. Si tu n’as pas la moyenne, tu ne joues pas. Et, en fin d’année, le bac ! »
On ne peut pas dire que les noces du cinéma et du football soient vraiment réussies. Certes, dès 1911, le cinéma des origines évoquait Harry, the Footballer, une fiction britannique de 11 minutes qui fait figure de première œuvre cinématographique consacrée au ballon rond. Mais depuis, que de désillusions. Rien à voir avec la manière dont le 7e art a su s’emparer de la boxe pour en faire carrément un genre cinématographique. Quand on songe que le talentueux John Huston a réuni des comédiens comme Michael Caine, Max von Sydow ou Sylvester Stallone, sans oublier la star Pelé, pour commettre en 1981 le très modeste A nous la victoire

Valerio Fioretti (Stefano Accorsi) et son élève. DR

Valerio Fioretti (Stefano Accorsi) et son élève. DR

Sur le football au grand écran, il faut se résoudre à deux bons films, l’un, français, réalisé en 1979 par Jean-Jacques Annaud, en l’occurrence Coup de tête et l’autre, anglais, trente plus tard, Looking for Eric où Ken Loach utilise l’aura de King Cantona pour traiter, avec beaucoup de finesse, de la relation de l’idole et du supporter…
Avec Il Campione (en v.o.), son premier long-métrage, Leonardo D’Agostini réalise, moins un film sur le football que sur la manière dont l’industrie du ballon rond se met à tourner lorsqu’elle a une pépite comme le jeune Ferro à se mettre sous la dent. Le cinéaste qui, dit-il, s’est inspiré des aventures hors-football de Mario Balotelli, joueur de l’AC Milan et qui pratiqua aussi à Marseille et Nice, a choisi, pour fil conducteur de son récit, une relation maître-élève. Au cinéma, cette rencontre a donné lieu à des films comme Will Hunting (1998), A la rencontre de Forrester (2001), Les choristes (2004) ou Whiplash (2014). Que du bon !
Car, pour passer son bac, Christian a besoin d’un mentor. Le casting de ce prof donne d’ailleurs lieu à une séquence savoureuse où défilent des pointures en philosophie, des maîtres es-QI ou encore un prof fan du club qui, l’œil allumé, est remercié mais lance néanmoins un « Forza Roma ». Le barbu Valerio Fioretti, lui, interroge Ferro : « Comment tu t’appelles ? » On a compris que c’est ce frère en humanité du Robin Williams du Cercle des poètes disparus (1989) qui sera retenu…

CF24 et ses belles voitures... DR

CF24 et ses belles voitures… DR

On l’a deviné, Le défi du champion est quand même assez prévisible. Par exemple, sur la relation entre Christian et Alessia, l’étudiante en médecine qui, le matin, fait le réassort de distributeurs de boissons et qui s’avère être une amie de ses jeunes années. Quant à l’univers dans lequel évolue CF24, il permet à D’Agostini de distiller une cruauté bienvenue. Il brosse ainsi brièvement le portrait d’un agent spécialement cynique, d’une poignée de copains aussi pique-assiette que bas du front, d’une copine qui promène un petit cochon rose et devient hystérique lorsque Ferrro dépasse les 500.000 followers sur Instagram. Et que dire du père de Christian, lamentable personnage qui tentera d’escroquer son propre fils. Même, in fine, l’attachement véritable et honnête du joueur au club romain sera mis à mal par les pratiques, semble-t-il, courantes, du foot-bizness. Transféré à Chelsea avec un salaire annuel de sept millions d’euros, Ferro semble hésiter. Et le bac ? « C’était juste pour les journaux, ça ! » lâche Rigoni.

Valerio découvre la talent de Christian dans les rangs de la Roma. DR

Valerio découvre la talent de Christian
dans les rangs de la Roma. DR

Les rapports, d’abord compliqués, entre un prof désabusé et un élève aussi indiscipliné que rebelle deviendront, peu à peu, empreints d’une certaine tendresse. Car Valerio, qui s’applique à enseigner à Christian les poussées bellicistes dans l’Europe de 1914, partage avec la jeune star une profonde solitude. Tous les deux ont connu la perte d’un être cher et cette douleur les rapproche définitivement. Pour incarner ces deux personnages attachants, D’Agostini peut compter, d’abord, sur Andrea Carpenzano qui se glisse avec aisance dans la peau de CF24 et ensuite sur Stefano Accorsi, véritable vedette du cinéma italien et international, qui a été remarquable dans des œuvres comme Juste un baiser (2002), Romanzo criminale (2006), Tous les soleils (2011) ou Une famille italienne (2018).
Pour un peu, on dirait même que Le défi du champion, avec ses allures de conte, présente des vertus pédagogiques. Voilà un film à montrer à tous les jeunes apprentis footballeurs qui rêvent de marcher dans les pas de Zizou ou de Ronaldo. Et peut-même qu’ils iront le voir sans qu’on les y invite. A cause des tenues mode et de la coupe de cheveux de CF24 ?

LE DEFI DU CHAMPION Comédie dramatique (Italie – 1h45) de Leonardo D’Agostini avec Stefano Accorsi, Andrea Carpenzano, Ludovica Martino, Mario Sgueglia, Semino Favro, Anita Caprioli, Massimo Popolizio. Dans les salles le 5 août.

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