Juste une image…

Becassine

Si l’on en croit les dictionnaires, Bécassine désignerait, de façon péjorative, une « femme stupide ou ridicule ». Le personnage de bande dessinée inventé par l’écrivaine Jacqueline Rivière et le dessinateur Joseph Pinchon est, lui, plutôt une jeune fille ronde et naïve. Elle est apparue pour la première fois dans le premier numéro de l’hebdomadaire pour fillettes La Semaine de Suzette daté du 2 février 1905. L’histoire, initialement prévue pour boucher une page blanche de la revue datée du 2 février 1905 en raison de la défection d’un auteur malade (ou selon une autre version d’un annonceur publicitaire) relate une bévue réellement commise par la servante bretonne de l’auteur. Le nom de Bécassine fut choisi par élimination pour faire référence à cette bévue : Bêtise, Bécasse puis Bécassine…
Bécassine rencontre un tel succès que le personnage réapparaît en première page du n°23 pour Le livre d’or de Bécassine en juillet 1905 puis dans de nouvelles planches qui paraissent régulièrement, toujours en guise de remplissage ponctuel… La célébrité de Bécassine (dont les scénarios sont écrits à partir de 1913 par Caumery) lui a déjà valu deux adaptations cinématographiques. En 1940, sur un scénario de Jean Nohain, Pierre Caron confie le rôle à la pétulante Paulette Dubost. Plus près de nous, Philippe Vidal signa, en 2001, un film d’animation intitulé Bécassine et le trésor viking où Bécassine avait la voix de Muriel Robin et la petite Loulotte, celle de Zabou Breitman.
Sur les écrans, le 20 juin prochain, on découvrira, cette fois, la Bécassine ! de Bruno Podalydès qui raconte l’aventure d’une fille née dans une modeste ferme bretonne, un jour où des bécasses survolaient le village. Devenue adulte, sa naïveté d’enfant reste intacte. Elle rêve de rejoindre Paris mais sa  rencontre avec Loulotte, petit bébé adopté par la Marquise de Grand‐Air, va bouleverser sa vie. Elle en devient la nourrice et une grande complicité s’installe entre elles. Un souffle joyeux règne dans le château. Mais pour combien de temps? Les dettes s’accumulent et l’arrivée d’un escroc grec ne va rien arranger. Mais c’est sans compter sur notre héroïne. Pour incarner sa Bécassine, le cinéaste a choisi Emeline Bayart qu’il avait déjà dirigée dans Bancs publics et Adieu Berthe. « C’est une actrice très expressive, très généreuse. Emeline, dit le cinéaste, possède à la fois une forme de candeur et une force terrienne qui me touchent… » Gageons qu’elle touchera aussi tous les anciens gamins qui vont au cinéma !

Photo Anne-Françoise Brillot – Why Not Productions

 

La critique de film

Romy sur les rochers bretons  

Romy Schneider (Marie Bäumer) et son amie Hilde (Birgit Minichmayr) sur les rochers de Quiberon. DR

Romy Schneider (Marie Bäumer) et son amie Hilde (Birgit Minichmayr)
sur les rochers de Quiberon. DR

Lorsqu’en 1978, Claude Sautet filme Romy Schneider dans Une histoire simple, il dit de sa comédienne fétiche (avec laquelle il tourna cinq films): « Romy est une actrice qui dépasse le quotidien, qui prend une dimension solaire. Elle est la synthèse de toutes les femmes, leur chant profond qui donne un sens à leur vie. Elle a une sorte de propreté morale qui irradie d’elle-même et la rend absolue ». On peut aisément tomber d’accord sur cette magnifique déclaration tant Romy Schneider fut une comédienne remarquable et une femme tour à tour solide et libre puis fragile et auto-destructive…

C’est donc avec une vraie curiosité qu’on a découvert Trois jours à Quiberon, en avril dernier à Gérardmer où le film était présenté en avant-première dans le cadre des Rencontres du cinéma. Bien plus qu’un classique biopic, genre le récent Dalida de Lisa Azuelos, le film d’Emily Atef s’intéresse à une poignée de journées durant lesquelles, en avril 1981, la star se rend dans un institut de thalassothérapie à Quiberon pour une cure de repos et de régime alors que le tournage de La passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio (qui sera son ultime film) est une nouvelle fois interrompu. Pendant son séjour en Bretagne, Romy Schneider accepte de recevoir des reporters du magazine Stern pour une longue interview-vérité…

Trois jours à Quiberon a été largement applaudi à la dernière Berlinale où il était en compétition et le film a également raflé sept Lola (l’équivalent allemand des César) dont ceux du meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleure comédienne pour Marie Bäumer mais, pour la sortie sur les écrans français, c’est la polémique qui a pris la place du cinéma. Dénonçant un tissu de mensonges, Sarah Biasini, la fille de Romy Schneider, a notamment déclaré, sur France Inter« J’ai trouvé le film assez malsain et opportuniste, il y a une volonté derrière de dégrader son image. » Pour faire bonne mesure, sur France 2, Daniel Biasini, le père de Sarah et époux de la star de décembre 1975 à février 1981, s’est déclaré scandalisé, lui aussi: « A cette période relatée dans le film, Romy n’avait aucune addiction aux médicaments. Comme elle n’en a jamais eue. Voilà ! » On veut bien le croire mais on se souvient aussi d’une visite, en 1973, sur le tournage, à Vittel, d’Un amour de pluie, où Romy Schneider, avant d’être passée par la case maquillage, nous avait paru bien « fatiguée »…

Une nuit dans un café avec un poète (Denis Lavant). DR

Une nuit dans un café
avec un poète (Denis Lavant). DR

Mais la polémique ne doit pas occulter le fait que Trois jours à Quiberon est surtout… un excellent film! La réalisatrice franco-iranienne, installée à Berlin, parvient, en effet, à embarquer le spectateur dans le bouleversant portrait d’une femme clairement au bout du rouleau mais qui lutte, de toutes ses forces, pour donner le change et apparaître, soudain, lumineuse et joyeuse. Dans un centre de thalasso qui sert de décor « moderne » et plutôt impersonnel à cette chronique intime, Romy Schneider est rejointe par Hilde Fritsch, une amie d’enfance autrichienne (le personnage est fictif) venue lui tenir compagnie. Alors qu’elle a très souvent été mise à mal par une presse germanique qui reprochait à son impératrice adorée d’avoir quitté l’Allemagne pour la France, la star accepte pourtant de donner une interview au magazine Stern. Débarquent alors à Quiberon le journaliste Michaël Jürgs et le photographe Robert Lebeck…

Dans un noir et blanc superbe qui, seul, pouvait convenir à ce que la cinéaste nomme l’« humanisme sensuel » de Romy Schneider, Trois jours à Quiberon, un film très écrit, va dérouler un récit où se croisent quatre personnages dont les perspectives sont divergentes. Au centre, il y a bien sûr l’actrice dont on sait qu’elle a connu des hauts et des bas vertigineux. A Quiberon, Romy Schneider est une femme prise entre ses démons intérieurs qu’amplifient l’alcool et les médicaments, et une véritable envie de vivre… A ses côtés, Hilde incarne  une présence qui n’a rien à avoir avec les artifices du show-biz. Avec cette amie qui souffre de la voir s’autodétruire, Romy partage une intimité très féminine mais la comédienne ne l’écoute pas quand elle lui dit qu’elle a tort de parler à une presse hostile. Il est vrai que le journaliste Michaël Jurgs va mener une interview qui tient souvent d’une violente mise en accusation. Et pourtant Romy Schneider relève le gant, parle de son métier mais aussi de sa vie (elle venait de divorcer de Biasini et son fils David ne voulait plus vivre avec elle), de son rôle de mère, d’Alain Delon ou d’argent ou de ses démêlés avec le fisc… Enfin, il y le photographe Robert Lebeck (1929-2014) qui fera, sur les rochers de Quiberon, des photos fameuses, non pas d’un mythe mais d’une femme à nu, sans maquillage, absolument pure dans sa détresse… Et si Michaël Jurgs a constamment l’air d’un glacial procureur, Lebeck entra vite, avec une Romy déployant soudain tout son potentiel de séduction, dans une relation chaleureuse et amicale…

Réveil difficile pour Romy Schneider. DR

Réveil difficile pour Romy Schneider. DR

A la naissance du projet, il y a d’ailleurs ces photos de Robert Lebeck, grande figure du photojournalisme allemand, dont on peut voir quelques exemplaires sur internet. Mais, grâce au reporter (interprété par Charly Hübner) et à sa femme, Emily Atef a pu accéder à plus de 600 images, souvent inédites, réalisées à Quiberon, sur les rochers (où Romy se cassa le pied gauche) mais aussi des autres protagonistes ou des différents lieux…

Avec son beau quatuor, Emily Atef réussit aussi une épatante séquence de nuit dans un bar breton qui n’est pas sans faire penser aux restaurants chers à Claude Sautet. Il est tard, tous boivent beaucoup lorsque les clients reconnaissent Romy Schneider. Tandis que Lebeck dégaîne son appareil, la comédienne se prête, avec aisance et drôlerie, au jeu de la célébrité. Au poète bukovskien (il semble que c’était le barde breton Glenmor) qui lui donne du « Madame Sissi », elle pourrait jeter son verre au visage mais Romy est joyeuse, a envie de s’amuser et, du coup, rayonne de beauté et de grâce…

Dans sa manière de s’emparer d’un moment réel de l’existence d’une célébrité pour en faire la matière d’une fiction, Trois jours à Quiberon était un pari osé. Mais c’est une réussite. Qui n’aurait sans doute pas vu le jour sans la présence de Marie Bäumer dont la ressemblance avec Romy Schneider est étonnante. On a souvent proposé à l’actrice née en 1969 à Düsseldorf d’incarner la vedette de La piscine mais elle s’y était toujours refusée. Pour Emily Atef, elle a donc sauté le pas. Mais, au-delà de la ressemblance, Marie Bäumer a beaucoup travaillé pour éviter l’imitation (elle a cependant « piqué » sa façon de respirer de manière saccadée ou de fumer) afin de restituer l’intense état émotionnel d’une femme de quarante ans dont personne ne sait que la fin est proche. Sa performance est brillante!

Pour les fans (nombreux) de Romy Schneider mais aussi pour les amateurs de bon cinéma, Trois jours à Quiberon est un film à ne pas manquer.

TROIS JOURS A QUIBERON Comédie dramatique (Allemagne – 1h55) d’Emily Atef avec Marie Bäumer, Birgit Minichmayr, Charly Hübner, Robert Gwisdek, Denis Lavant. Dans les salles le 13 juin.

Romy face à l'objectif de Robert Lebeck. DR

Romy face à l’objectif de Robert Lebeck. DR

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