Juste une image…

 

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Dans le cadre de Cannes Classics, la Croisette a célébré, en mai dernier, le 50e anniversaire de la sortie de 2001, odyssée de l’espace, le classique de science-fiction de Stanley Kubrick en présentant, par l’entremise de Christopher Nolan, une copie neuve en 70 mm. Et la Warner postait une nouvelle bande-annonce officielle. Le pitch ? « Un mystérieux monolithe noir, présent sur la lune depuis des millénaires, est déterré par une mission scientifique. Cette découverte va profondément modifier le destin des astronautes de la navette Discovery et celui de l’humanité tout entière. »
Depuis, 2001 est sorti dans les salles françaises dans une belle copie neuve tirée à partir d’éléments du négatif original. Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle, sans retouche numérique, effet remasterisé ou modification de montage. C’est la version originale qui est présentée afin de recréer l’expérience cinématographique qu’ont vécue les premiers spectateurs du film il y a 50 ans. Pour sa part, Nolan se souvient de sa première rencontre avec le film : « Je l’ai vu quand j’avais sept ans et le film a fonctionné sur moi comme un spectacle cinématographique à l’état pur. J’étais extrêmement déconcerté par le film, mais également très excité. Le film était ressorti dans la foulée de Star Wars, on est allé le voir avec une bande de copains. On rêvait de vaisseaux, d’espace, de faire l’expérience de quitter la Terre. » Et le réalisateur d’Interstellar et de Dunkerque d’ajouter : « Il faut montrer 2001 aux jeunes enfants. Ils sont capables de le comprendre à un niveau élémentaire, fondamental. C’est ce qui m’est arrivé… Quand les gens s’interrogent sur l’âge qu’il faut avoir pour apprécier ce genre de film, ils se demandent : ‘Comment un enfant de sept ans peut-il analyser le sens de 2001 ?’ Mais ce n’est pas un film beaucoup plus facile à analyser quand on est adulte ! C’est l’expérience qui prime. »
Et puis, après l’immense succès de leur film La La Land, grand vainqueur des Oscars 2017 avec six trophées, le réalisateur Damien Chazelle et l’acteur Ryan Gosling se retrouvent, eux, pour First Man – Le premier homme sur la lune, l’histoire fascinante de la mission NASA qui avait le projet d’envoyer un homme sur la lune. Inspirée du livre de James R. Hansen, l’histoire est centrée sur Neil Armstrong et les années 1961-1969. Elle explore les sacrifices et coûts – d’Armstrong et de la nation – d’une des plus dangereuses missions de l’Histoire. Le film sera dans les salles le 17 octobre prochain.
De Kubrick à Neil Armstrong, il n’y a d’ailleurs qu’un pas. Que la rumeur, depuis longtemps déjà, n’hésite pas à franchir. Une théorie affirme en effet que les images historiques du 21 juillet 1969 où Armstrong et ses confrères d’Apollo 11 posaient le pied sur la lune ont été tournées en studio par Stanley Kubrick lui-même…

Photo Universal

 

La critique de film

Romy sur les rochers bretons  

Romy Schneider (Marie Bäumer) et son amie Hilde (Birgit Minichmayr) sur les rochers de Quiberon. DR

Romy Schneider (Marie Bäumer) et son amie Hilde (Birgit Minichmayr)
sur les rochers de Quiberon. DR

Lorsqu’en 1978, Claude Sautet filme Romy Schneider dans Une histoire simple, il dit de sa comédienne fétiche (avec laquelle il tourna cinq films): « Romy est une actrice qui dépasse le quotidien, qui prend une dimension solaire. Elle est la synthèse de toutes les femmes, leur chant profond qui donne un sens à leur vie. Elle a une sorte de propreté morale qui irradie d’elle-même et la rend absolue ». On peut aisément tomber d’accord sur cette magnifique déclaration tant Romy Schneider fut une comédienne remarquable et une femme tour à tour solide et libre puis fragile et auto-destructive…

C’est donc avec une vraie curiosité qu’on a découvert Trois jours à Quiberon, en avril dernier à Gérardmer où le film était présenté en avant-première dans le cadre des Rencontres du cinéma. Bien plus qu’un classique biopic, genre le récent Dalida de Lisa Azuelos, le film d’Emily Atef s’intéresse à une poignée de journées durant lesquelles, en avril 1981, la star se rend dans un institut de thalassothérapie à Quiberon pour une cure de repos et de régime alors que le tournage de La passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio (qui sera son ultime film) est une nouvelle fois interrompu. Pendant son séjour en Bretagne, Romy Schneider accepte de recevoir des reporters du magazine Stern pour une longue interview-vérité…

Trois jours à Quiberon a été largement applaudi à la dernière Berlinale où il était en compétition et le film a également raflé sept Lola (l’équivalent allemand des César) dont ceux du meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleure comédienne pour Marie Bäumer mais, pour la sortie sur les écrans français, c’est la polémique qui a pris la place du cinéma. Dénonçant un tissu de mensonges, Sarah Biasini, la fille de Romy Schneider, a notamment déclaré, sur France Inter« J’ai trouvé le film assez malsain et opportuniste, il y a une volonté derrière de dégrader son image. » Pour faire bonne mesure, sur France 2, Daniel Biasini, le père de Sarah et époux de la star de décembre 1975 à février 1981, s’est déclaré scandalisé, lui aussi: « A cette période relatée dans le film, Romy n’avait aucune addiction aux médicaments. Comme elle n’en a jamais eue. Voilà ! » On veut bien le croire mais on se souvient aussi d’une visite, en 1973, sur le tournage, à Vittel, d’Un amour de pluie, où Romy Schneider, avant d’être passée par la case maquillage, nous avait paru bien « fatiguée »…

Une nuit dans un café avec un poète (Denis Lavant). DR

Une nuit dans un café
avec un poète (Denis Lavant). DR

Mais la polémique ne doit pas occulter le fait que Trois jours à Quiberon est surtout… un excellent film! La réalisatrice franco-iranienne, installée à Berlin, parvient, en effet, à embarquer le spectateur dans le bouleversant portrait d’une femme clairement au bout du rouleau mais qui lutte, de toutes ses forces, pour donner le change et apparaître, soudain, lumineuse et joyeuse. Dans un centre de thalasso qui sert de décor « moderne » et plutôt impersonnel à cette chronique intime, Romy Schneider est rejointe par Hilde Fritsch, une amie d’enfance autrichienne (le personnage est fictif) venue lui tenir compagnie. Alors qu’elle a très souvent été mise à mal par une presse germanique qui reprochait à son impératrice adorée d’avoir quitté l’Allemagne pour la France, la star accepte pourtant de donner une interview au magazine Stern. Débarquent alors à Quiberon le journaliste Michaël Jürgs et le photographe Robert Lebeck…

Dans un noir et blanc superbe qui, seul, pouvait convenir à ce que la cinéaste nomme l’« humanisme sensuel » de Romy Schneider, Trois jours à Quiberon, un film très écrit, va dérouler un récit où se croisent quatre personnages dont les perspectives sont divergentes. Au centre, il y a bien sûr l’actrice dont on sait qu’elle a connu des hauts et des bas vertigineux. A Quiberon, Romy Schneider est une femme prise entre ses démons intérieurs qu’amplifient l’alcool et les médicaments, et une véritable envie de vivre… A ses côtés, Hilde incarne  une présence qui n’a rien à avoir avec les artifices du show-biz. Avec cette amie qui souffre de la voir s’autodétruire, Romy partage une intimité très féminine mais la comédienne ne l’écoute pas quand elle lui dit qu’elle a tort de parler à une presse hostile. Il est vrai que le journaliste Michaël Jurgs va mener une interview qui tient souvent d’une violente mise en accusation. Et pourtant Romy Schneider relève le gant, parle de son métier mais aussi de sa vie (elle venait de divorcer de Biasini et son fils David ne voulait plus vivre avec elle), de son rôle de mère, d’Alain Delon ou d’argent ou de ses démêlés avec le fisc… Enfin, il y le photographe Robert Lebeck (1929-2014) qui fera, sur les rochers de Quiberon, des photos fameuses, non pas d’un mythe mais d’une femme à nu, sans maquillage, absolument pure dans sa détresse… Et si Michaël Jurgs a constamment l’air d’un glacial procureur, Lebeck entra vite, avec une Romy déployant soudain tout son potentiel de séduction, dans une relation chaleureuse et amicale…

Réveil difficile pour Romy Schneider. DR

Réveil difficile pour Romy Schneider. DR

A la naissance du projet, il y a d’ailleurs ces photos de Robert Lebeck, grande figure du photojournalisme allemand, dont on peut voir quelques exemplaires sur internet. Mais, grâce au reporter (interprété par Charly Hübner) et à sa femme, Emily Atef a pu accéder à plus de 600 images, souvent inédites, réalisées à Quiberon, sur les rochers (où Romy se cassa le pied gauche) mais aussi des autres protagonistes ou des différents lieux…

Avec son beau quatuor, Emily Atef réussit aussi une épatante séquence de nuit dans un bar breton qui n’est pas sans faire penser aux restaurants chers à Claude Sautet. Il est tard, tous boivent beaucoup lorsque les clients reconnaissent Romy Schneider. Tandis que Lebeck dégaîne son appareil, la comédienne se prête, avec aisance et drôlerie, au jeu de la célébrité. Au poète bukovskien (il semble que c’était le barde breton Glenmor) qui lui donne du « Madame Sissi », elle pourrait jeter son verre au visage mais Romy est joyeuse, a envie de s’amuser et, du coup, rayonne de beauté et de grâce…

Dans sa manière de s’emparer d’un moment réel de l’existence d’une célébrité pour en faire la matière d’une fiction, Trois jours à Quiberon était un pari osé. Mais c’est une réussite. Qui n’aurait sans doute pas vu le jour sans la présence de Marie Bäumer dont la ressemblance avec Romy Schneider est étonnante. On a souvent proposé à l’actrice née en 1969 à Düsseldorf d’incarner la vedette de La piscine mais elle s’y était toujours refusée. Pour Emily Atef, elle a donc sauté le pas. Mais, au-delà de la ressemblance, Marie Bäumer a beaucoup travaillé pour éviter l’imitation (elle a cependant « piqué » sa façon de respirer de manière saccadée ou de fumer) afin de restituer l’intense état émotionnel d’une femme de quarante ans dont personne ne sait que la fin est proche. Sa performance est brillante!

Pour les fans (nombreux) de Romy Schneider mais aussi pour les amateurs de bon cinéma, Trois jours à Quiberon est un film à ne pas manquer.

TROIS JOURS A QUIBERON Comédie dramatique (Allemagne – 1h55) d’Emily Atef avec Marie Bäumer, Birgit Minichmayr, Charly Hübner, Robert Gwisdek, Denis Lavant. Dans les salles le 13 juin.

Romy face à l'objectif de Robert Lebeck. DR

Romy face à l’objectif de Robert Lebeck. DR

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