Le détective, les retraités, les aviateurs et la star des plateaux

A COUTEAUX TIRES: Benoît Blanc (Daniel Craig) et Marta Cabrera (Ana de Armas). DR

A COUTEAUX TIRES: Benoît Blanc (Daniel Craig) et Marta Cabrera (Ana de Armas). DR

ENQUETE.- Alors qu’il vient de fêter, en compagnie de sa famille, son 85e anniversaire, Harlan Thrombey, célèbre et riche auteur de polars à succès, est retrouvé mort dans son bureau tout en haut de sa somptueuse propriété. Crime ou suicide ? Qui pourrait bien être responsable de cette mort brutale ? La mine débonnaire mais l’esprit vif, le détective privé Benoît Blanc est engagé par un commanditaire anonyme afin de seconder la police et d’élucider le mystère. Mais l’affaire sera sacrément compliquée entre, d’un côté, la famille d’Harlan qui s’entre-déchire cruellement sur fond d’appât de l’argent du patriarche (Christopher Plummer) et, de l’autre, son personnel très dévoué, l’infirmière Marta Cabrera (Ana de Armas) en tête…

A COUTEAUX TIRES: La famille Thrombey célèbre son patriarche... DR

A COUTEAUX TIRES: La famille Thrombey célèbre son patriarche… DR

Parviendrez-vous à retrouver le coupable ? interroge l’affiche du film. N’essayez même pas ! Ce n’est d’ailleurs le but du jeu. Le jeu consiste en effet à se laisser promener par le bout du nez et à déguster les rebondissements forcément improbables d’une enquête qui dépoussière un peu Agatha Christie et se promène dans les arcanes d’un jeu légendaire de Hasbro. Comme dit un personnage en observant le château Thrombey, « On se dirait dans Cluedo! » Avec A couteaux tirés (USA – 2h11. Dans les salles le 27 novembre), il faut se laisser aller et entrer dans le jeu de Rian Johnson qui a concocté une intrigue criminelle inventive et efficace où chacun des protagonistes y va de sa version comme pour mieux embrouiller le truculent détective incarné par un Daniel Craig qui s’offre des « vacances » avant d’endosser une dernière fois, l’an prochain, la tenue de James Bond. Autour de lui, de bons comédiens (Jamie Lee Curtis, Toni Collette, Don Johnson, Chris Evans, Michael Shannon) s’en donnent à cœur joie pour peaufiner des silhouettes malicieuses ou tordues… Bref, on se laisse prendre au jeu, même si le film est un peu long.

JOYEUSE RETRAITE!: Arnaud (Omar Mebrouk), Marilou (Michèle Laroque) et Philippe (Thierry Lhermitte). DR

JOYEUSE RETRAITE!: Arnaud (Omar Mebrouk), Marilou (Michèle Laroque)
et Philippe (Thierry Lhermitte). DR

CHICOUF.- Pour Marilou Blanchot, la coupe est quasiment pleine. Encore une patiente qui vient de s’asseoir sur son fauteuil de dentiste en se plaignant de maux de dents et qui était partie se faire soigner en Hongrie. Comme Philippe, son mari, employé aux impôts, peut avoir sa retraite à taux plein, le couple décide de prendre sa retraite et surtout de partir vivre au soleil du Portugal. « Mais attention, préviennent les amis, si tu dis oui une fois, c’est mercredi tous les jours ! » Au revoir, la famille, c’est vite dit. Philippe et Marilou vont avoir à gérer leurs gentils petits-enfants mais aussi les états d’âme de leurs enfants et l’état de santé, semble-t-il, précaire de la mère de Philippe…

JOYEUSE RETRAITE!: Cécile (Nicole Ferroni) et Lise (Judith Magre). DR

JOYEUSE RETRAITE!: Cécile (Nicole Ferroni)
et Lise (Judith Magre). DR

Bienvenue donc chez les « Chicouf », expression, pour ceux qui ne sont pas grands-parents, qui signifie, à propos des petits-enfants, : « Chic, ils arrivent ! Ouf, ils s’en vont ! » Autour de ce thème, Fabien Bracq a brodé Joyeuse retraite ! (France – 1h37. Dans les salles le 20 novembre), une comédie qui n’a que l’ambition d’être un feelgood movie. Et d’ailleurs, les salles obscures du dimanche après-midi se remplissent confortablement avec cette histoire portée par une Michèle Laroque survoltée et obsessionnelle et un Thierry Lhermitte qui peut se permettre de la jouer toujours séducteur avec l’œil qui pétille… Pour les Blanchot, partir au Portugal sera donc un parcours du combattant ! Tout faire pour échapper aux séances de poney du mercredi après-midi n’est pas une sinécure… Autour du pétulant tandem Laroque/Lhermitte, on apprécie l’abattage comique de Nicole Ferroni et de Constance Labbé et on retrouve, avec plaisir, la chère Judith Magre, 93 ans, délicieuse et tonique grand-mère qui affirme que la retraite est le plus bel âge de l’existence…

MIDWAY: Bataille dans le Pacifique. DR

MIDWAY: Bataille dans le Pacifique. DR

BATAILLE.- Tout à leur neutralité, les Etats-Unis n’ont rien vu venir lorsque, le 7 décembre 1941, le Japon lance un attaque aérienne surprise contre la base navale de Pearl Harbor sur l’île d’Hawaï. Après cette terrible débâcle de Pearl Harbor qui a laissé la flotte américaine dévastée, la marine impériale japonaise prépare une nouvelle attaque afin d’éliminer définitivement les forces aéronavales restantes de son adversaire. C’est à Midway, un petit atoll isolé du Pacifique nord, que va se jouer, entre le 5 et le 7 juin 1942, la campagne du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale. Pour l’amiral Nimitz, grand patron de la flotte américaine, cette bataille est l’ultime chance de renverser la supériorité japonaise…

MIDWAY: Woody Harrelson incarne l'amiral Nimitz, patron de la marine américaine. DR

MIDWAY: Woody Harrelson incarne l’amiral Nimitz, patron de la marine américaine. DR

Si le film de guerre est un genre à part entière dans le cinéma américain, ce dernier s’est concentré ces dernières années sur les conflits au Moyen-Orient. C’est donc avec curiosité qu’on est allé voir Midway (USA – 2h18. Dans les salles le 6 novembre) qui illustre un fait glorieux de l’armée américaine, tant pour le courage des aviateurs (au premier rang desquels on trouve Dick Best, véritable héros) qui s’envolent des porte-avions pour combattre dans le ciel, la vaillance des marins du porte-avions USS Enterprise que la sagacité de l’officier de renseignement Edwin T. Layton… Après Jack Smight et sa Bataille de Midway (1976), c’est donc au tour de Roland Emmerich de s’y coller. Le cinéaste allemand d’Hollywood où il a notamment signé Independence Day (1996), Godzilla (1998) ou White House Down (2013), livre, ici, un grand et bon spectacle (porté par de nombreux comédiens connus) qui fait la part belle autant aux omniprésents et impressionnants effets spéciaux qu’aux élans patriotiques de combattants lancés dans une terrible course contre la montre…

TOUTE RESSEMBLANCE...: CSG (Frank Dubosc) sur le plateau du 20h.

TOUTE RESSEMBLANCE…: CSG (Frank Dubosc) sur le plateau du 20h.

TELEVISION.- Profitant (bassement) de l’« absence » du présentateur en titre du 20h, Cédric Saint Guérande dit « CSG » s’est installé dans le prestigieux fauteuil du journal télévisé du soir. Depuis son arrivée fracassante à la tête du 20 Heures, il est devenu LE présentateur préféré des Français. 18 ans plus tard, ses audiences insolentes attisent les jalousies même au sein de La Grande Chaîne dont il est la star incontestée. Sa soif de pouvoir est sans limites, ce qui déplaît profondément au nouveau président de la chaîne (Denis Podalydès). La guerre est déclarée entre les deux hommes pour le plus grand plaisir de CSG…

TOUTE RESSEMBLANCE...: CSG en pleine bacchanale... Photos Shanna Besson

TOUTE RESSEMBLANCE…:
CSG en pleine bacchanale…
Photos Shanna Besson

Poursuivi par des motards des médias, Cédric Saint Guérande, à l’arrière de sa grosse limousine qui fonce sur les quais de la Seine, soupire : « Etre poursuivi par des paparazzis et passer sous le pont de l’Alma, ça n’a jamais réussi à personne… » Pour son premier passage derrière une caméra de fiction cinématographique, Michel Denisot, journaliste, animateur, producteur télé, ex-dirigeant de Canal+ et du PSG, cite, en exergue de son film, Boris Vian : « Cette histoire est entièrement vraie puisque je l’ai inventée ». Mais on se demande quand même qui se cache derrière CSG ? Patrick Poivre d’Arvor, Laurent Delahousse, Anne-Sophie Lapix, Laurence Ferrari ?  Denisot leur fait un clin d’œil dans Toute ressemblance… (France – 1h23. Dans les salles le 27 novembre) mais l’objectif, ici, est plus de détailler les jeux de pouvoir, le réseautage, les manipulations, les coups bas, voire les nouveaux concurrents de la télé traditionnelle. Dans le grand cirque médiatique et télévisuel, la lutte est sauvage et sans merci. Le problème, c’est que le cinéaste, tout en s’appuyant sur de vraies anecdotes qu’il a lui-même vécues, en fait des tonnes. Comme de plus Franck Dubosc (CSG) n’est pas spécialement connu pour œuvrer dans la finesse, toute cette aventure apparaît finalement aussi pesante que caricaturale. Tout est un peu trop too much (aïe, la défonce tous azimuts et les soirées gay du ministre de la Culture !) et le film a fait un flop dans les salles. L’audience, toujours l’impitoyable audience…

Aucune réponse.

Laisser une réponse