LA COLLECTION GODARD

GodardC’est une collection que propose Studiocanal… Pas un mausolée! Certes, la Nouvelle vague, dont il fut l’emblématique figure de proue, ne dit sans doute plus grand’chose aux gamins qui vont dans les salles aujourd’hui mais Jean-Luc Godard demeure l’un des cinéastes les plus brillants et les plus iconoclastes du 7e art mondial. Plus que tout autre, le cinéaste suisse a fait exploser les formes et la manière de raconter une histoire sur le grand écran. Et s’il y avait besoin de démontrer que JLG est toujours d’actualité, il suffirait de se tourner vers Cannes et son Festival. Certes Godard, parfois attendu, a volontiers boudé la Croisette. En 2010, il n’était pas venu pour Film socialisme, prétextant un « problème de type grec » et, en 2014, il avait encore posé un lapin alors que Adieu au langage était en compétition. Cette fois, Godard sera bien là et compétition… sous les traits de Louis Garrel dans Le redoutable de Michel Hazananicius.
Et puis les méchantes langues prétendent qu’aujourd’hui, le cinéaste, enfant terrible de 86 ans, est meilleur quand il produit des aphorismes (le fameux « Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image ») que lorsqu’il commet des films… Comme disent les footballeurs, il est bon alors de revenir aux fondamentaux. C’est précisément ce que propose ce beau coffret qui réunit sept films qui méritent tous le détour.
Réalisés respectivement en 1960 et en 1965, A bout de souffle et Pierrot le fou sont des œuvres fondatrices toutes deux interprétées par Jean-Paul Belmondo. Dans le premier, Bebel incarne Michel, demi-sel en cavale car  coupable du meurtre d’un gendarme motocycliste. A Paris, Michel retrouve Patricia, jeune Américaine (Jean Seberg) qui vend, en pull marin, le New York Herald Tribune sur les Champs. Pour Pierrot, film où les couleurs sont fondamentales, on a parlé de road-movie mais surtout de rejet de la société de consommation et de droit au bonheur et au rêve.  A sa sortie en salles, le film fut interdit aux moins de 18 ans pour « anarchisme intellectuel et moral »!
Tous les cinéphiles ont encore en mémoire le dialogue entre Piccoli et Brigitte Bardot, l’érotique « Tu aimes mes fesses? » dans Le mépris (1963). On y croise Fritz Lang et Jack Palance, la villa Malaparte à Capri, la sublime musique de Georges Delerue. Le regretté Jean-Louis Bory dira « Le véritable Et Dieu créa la femme, c’est Godard qui l’a tourné et cela s’appelle Le mépris ». Délicieuse variation sur l’amour et… la maternité, Une femme est une femme (1961) offre un rôle plein de fraîcheur et de grâce à Anna Karina, alors égérie de JLG.. Avec Alphaville (1965), Godard revisite le personnage de l’agent secret Lemmy Caution et offre un rôle décalé à Eddie Constantine. Entre thriller et SF, le film permet au cinéaste de satisfaire son goût des citations et des hommages à Borges, Pascal, Eluard, Bergson, La Fontaine, Baudelaire ou Céline. Enfin le coffret contient aussi deux inédits en Blu-ray: Made in USA (1966) qui évoque l’impéralisme américain, la guerre du Vietnam, le tiers monde et l’affaire Ben Barka et Le petit soldat. Tourné en 1960 et sorti en 1963 en raison d’une interdiction de la censure, le film évoque la guerre d’Algérie et un déserteur, réfugié en Suisse, qui travaille pour un groupuscule d’extrême-droite. C’est dans ce film que le personnage principal (Bruno Cremer) donne une définition du cinéma: « La photographie, c’est la vérité. Et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde ».
Le coffret est accompagné d’un livret de 84 pages avec des photos rares et des essais sur chacun des films. Enfin, l’ensemble est riche de plus de quatre heures de bonus. Citons, par exemple, le remarquable Chambre 12, Hôtel de Suède, le documentaire de 1993 consacré par Claude Ventura et Xavier Villetard aux conditions de tournage de A bout de souffle.

(Studiocanal)

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