KAFKA CHEZ STALINE ET L’ARGENT DE MADAME FARRÈRE

Deux ProcureursDEUX PROCUREURS
Dans l’Union soviétique de 1937, à l’apogée du stalinisme et des Grandes purges, un homme emprisonné à la prison de Briansk et considéré comme un ESN (élément socialement nuisible) est placé par ses geôliers devant un petit fourneau avec pour mission de détruire des monceaux de lettres. Ce sont des missives écrites par des détenus accusés à tort par le régime d’être des corrompus hostiles au pouvoir en place. Contre toute attente, l’une de ces lettres va arriver à destination, en l’occurrence sur le bureau d’Alexander Kornev, un procureur local fraîchement nommé et dont c’est le premier poste. Résolu à faire son travail, Kornev entend bien rencontrer le prisonnier Stepniak, détenu dans la cellule 84 de la « section spéciale » du pénitencier. Du côté des responsables de la prison, on va tout mettre en œuvre pour convaincre le magistrat de ne pas insister. Il attend des heures dans un bureau que le directeur veuille bien le recevoir. Et quand enfin il peut lui parler, ce dernier lui déconseille de voir le prisonnier, souffrant d’une maladie probablement contagieuse. Mais rien n’y fait. Kornev, bolchévique chevronné et intègre, croit à un dysfonctionnement puis va se faire à l’idée que Stepniak est bien une victime de la NKVD, la police secrète du régime. Pas décidé à lâcher le morceau, Kornev va tenter de contacter les services du procureur général à Moscou afin d’évoquer son dossier. Là encore, on tentera d’écoeurer le jeune procureur qui sera pourtant reçu -« trois-quatre minutes, pas plus »- par son grand patron. Convaincu que l’on extermine la fine fleur du Parti, Kornev va plonger dans les terribles profondeurs d’un régime totalitaire. Kornev (Aleksandr Kunetsov, acteur russe désormais exilé en Angleterre) va être aspiré dans un labyrinthe dont il ne sortira plus. Autour d’une quête de justice, le réalisateur ukrainien Sergueï Loznitsa (vivant aujourd’hui en Allemagne) a imaginé, pour son cinquième long-métrage de fiction (après My Joy en 2010, Dans la brume en 2013, Une femme douce en 2017 et Donbass en 2018) une œuvre angoissante mais retenue. Comme si Loznitsa retenait toute émotion pour cerner au plus près le mécanisme de la Terreur. Deux procureurs s’ouvre et se ferme par un gros plan sur une main qui ouvre la serrure d’une cellule de prison comme si le cinéaste avait pour ambition d’ouvrir une porte longtemps refermée sur la mémoire d’un pan oublié de l’Histoire. Deux procureurs fut d’abord une nouvelle, écrite en 1969 par une victime des Grandes purges, le physicien Gueorgui Demidov. Celui-ci a passé de nombreuses années dans la tristement célèbre Kolyma en Sibérie, qu’il définit comme « un Auschwitz sans les chambres à gaz ». Survivant à l’horreur, Demidov ne sera réhabilité qu’en 1958 et se mettra alors à écrire des récits consacrés à son expérience de la répression des années 30 et du Goulag. Ses manuscrits circulent alors sous forme de samizdat, ces textes clandestins diffusés sous le manteau. Deux procureurs, c’est Kafka chez Staline, une histoire simple, implacable et palpitante qui décrit par le menu comment un petit fonctionnaire idéaliste, zélé et honnête va être broyé par une machine impersonnelle. Et on ne peut s’empêcher d’y voir aussi une évocation de la Russie d’aujourd’hui. (Pyramide)
Femme Plus Riche MondeLA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE
L’argent, Marianne Farrère n’en à rien à faire. Elle en a tellement que ça n’a plus d’importance. Lorsqu’elle s’entiche d’un artiste-photographe plus jeune qu’elle, elle décide de lui donner des sommes considérables. Parce que Pierre-Alain Fantin l’amuse considérablement. Avec lui, elle oublie les sinistres séances de conseil d’administration, l’appartement immense et trop conventionnel, les déjeuners de convenance, la classe politique qui gravite autour d’elle et de Guy, son mari. Alors, Marianne sort dans des soirées, déjeune et dîne avec Pierre-Alain. Elle découche même et revient au matin, lançant qu’avec son nouvel ami, « elle vole, elle frise ! » Dans l’existence de Marianne, Fantin devient vite incontournable. La première fois qu’il avait rencontré la richissime Madame Farrère, c’était pour un reportage photo. « Je ne photographie pas les gens, je les emporte » clame le zigoto. Dans Marianne, il veut voir une héroïne. Même si elle n’ignore pas que Fantin a une réputation épouvantable, elle confesse : « Grâce à vous, c’est comme si je revivais ! » Alors Fantin se sent en territoire conquis. Dans l’appartement des Farrère, il débarrasse les « croûtasses », vire la « bonnicherie ». Mais lorsque Marianne lui signe un contrat de dix ans pour ses créations, à raison de deux millions par an, Frédérique Spielman, la fille de Marianne, décide de sonner la fin de la recré. Quitte à se fâcher avec sa mère, elle veut que le bouffon pique-assiette quitte la scène. Et elle décide de lancer une action en justice pour abus de faiblesse… La femme la plus riche du monde, c’est Fantasia chez les ultra-riches ! Thierry Klifa s’inspire ici, librement, de l’affaire Bettencourt-Banier qui, au début des années 2000, avait d’abord défrayé la chronique people avant de devenir un dossier judiciaire à rebondissements. Dans cette affaire, Françoise Bettencourt-Meyers accusait François-Marie Bainier d’avoir profité de la fragilité psychologique de sa mère Liliane Bettencourt, alors âgée de 87 ans, pour obtenir près d’un milliard d’euros de dons sous forme de tableaux de maîtres, de chèques ou de contrats d’assurance-vie. Pour apprécier cette comédie souvent vacharde, il n’est nulle besoin d’avoir une connaissance approfondie de l’affaire Bettencourt-Banier, ni de connaître la vie de Liliane Bettencourt (1922-2017), femme d’affaires, milliardaire française, fille unique et héritière d’Eugène Schueller, fondateur d’une société de teintures inoffensives pour cheveux devenue le groupe L’Oréal. Alors, il y a, ici, de la beauté, du pouvoir, un coup de foudre, de l’ambition, de l’insolence, de l’esbrouffe, de la cruauté, de la méfiance, des secrets de famille, une guerre où tous les coups sont permis ! Tout cela délivré par des acteurs en verve : Isabelle Huppert (Marianne), Marina Foïs (Frédérique), Raphaël Personnaz (un mystérieux majordome), André Marcon (Guy) et évidemment Laurent Lafitte formidable en virevoltant, odieux et insupportable Fantin et couronné pour cela meilleur acteur aux récents César. On n’est pas obligé d’être fan des ultra-riches pour bien se divertir des rocambolesques aventures de cette femme très fortunée. (Bmaq Out)
Marcel Monsieur PagnolMARCEL ET MONSIEUR PAGNOL
Marcel Pagnol n’est pas heureux. Pire, il se sent vieux. Alors, enfermé dans son bureau, l’académicien bricole une machine au mouvement perpétuel et ronchonne : « Ici, au moins, les lettres françaises me foutront la paix ! » Un jour de 1956, il rencontre Pierre Lazareff. Le mythique patron de France-Soir est accompagné de son épouse Hélène qui dirige Elle et qui lui propose d’écrire un feuilleton littéraire pour son magazine. Pour raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours. En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, en version plus jeune de lui, apparaît soudain à ses côtés. Marcel Pagnol est alors au faîte de sa gloire et il va s’immerger dans ses riches souvenirs… Depuis le beau succès des Triplettes de Belleville (2003), on connaît le cinéma de Sylvain Chomet. Avec Marcel et Monsieur Pagnol, le cinéaste fait la part belle au plus grand conteur de tous les temps en lui offrant de devenir le héros de sa propre histoire. Cette aventure-là, c’est celle de la littérature, du théâtre et enfin du cinéma. Pour le petit Marcel, le vieil homme va se mettre à explorer sa vie et à revivre les plus belles rencontres et les plus beaux souvenirs. Reviennent ainsi la table familiale, un père pauvre mais honnête, une mère trop tôt disparue et un gamin en colère à qui la pratique de la boxe vaudra un nez cabossé. Voilà Pagnol prof d’anglais muté à Paris, vivant dans un hôtel de passe avec le moral dans les chaussettes. Un ami l’entraînera à une soirée où Pagnol rencontre Orane Demazis et tombe sous son charme… Contacté par deux producteurs pour confectionner quelques parties animées dans un documentaire sur Pagnol, Chomet a constaté que seules les séquences animées suscitaient l’intérêt. De là à écrire un biopic entièrement animé, il n’y a qu’un pas… Réalisée pour la première fois en numérique, voici une aventure humaine dans laquelle on plonge avec un vrai plaisir tant le dessin est plaisant et l’animation élégante. Ensuite, il suffit de se laisser emporter, au gré des pièces de théâtre, des amours du maître ou de l’invention du cinéma parlant dans le sillage de personnages (forcément) truculents. On aime entendre le grondement de Raimu quand il déclare : « Je vais te le faire ton boulanger cocu ! » ou encore qu’avec le Marius de Pierre Fresnay, « un Alsacien peut faire un bon Marseillais… » On aime écouter aussi, avec l’accent, Pagnol (avec la voix de Laurent Lafitte) dire : « Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers… » Voilà du cinéma qui fleure bon le soleil de la garrigue ! (Wild Side)
Valeur SentimentaleVALEUR SENTIMENTALE
Nous sommes dans les coulisses d’un grand théâtre, à quelques instants du lever de rideau. Dans sa loge, Nora Borg craque. Elle refuse d’entrer en scène. Dévorée par le trac, elle tente de quitter les lieux. On la rattrape. Enfin, Nora est dans la lumière. Le spectacle est lancé. Au terme de la représentation, Nora, radieuse, reçoit des ovations… L’art, la quête artistique, les artistes et leurs états d’âme, leurs faiblesses, leurs lâchetés sont au coeur, également, du sixième long-métrage de Joachim Trier, réalisateur dano-norvégien de 51 ans, venu dans la lumière en 2011 avec Oslo, 31 août tiré du Feu follet, le roman de Pierre Drieu la Rochelle. Alors que les amis sont réunis autour de Nora et d’Agnès, à l’heure où leur mère vient de mourir, c’est bien Gustav Borg qui pousse la porte. Les deux sœurs ne le remarquent pas avant de se retrouver face à ce père, disparu depuis très longtemps. Agnès, la plus jeune des deux, serait plutôt heureuse de ce retour. Quant à Nora, elle est excédée par la présence de ce père toujours absent. Les deux sœurs ont pris des chemins de vie différents tout en restant proches l’une de l’autre. Nora a fait passer sa carrière d’actrice de théâtre avant tout le reste. La cadette, même si elle tint, enfant, un rôle dans l’un des films de son père, a opté pour un emploi plus sûr dans le milieu universitaire et a construit une vie de famille avec son mari et Erik, son jeune fils. Si Gustav Borg est de retour, c’est parce que ce cinéaste autrefois réputé mais aujourd’hui quasiment oublié, voudrait revenir sur le devant de la scène en tournant un nouveau film. Borg est décidé à obtenir de Nora qu’elle tienne le premier rôle dans cette production très personnelle mais celle-ci refuse frontalement et catégoriquement. Sur la plage de Deauville, Gustav Borg fait la connaissance de Rachel Kemp, une actrice hollywoodienne à laquelle il offre le rôle initialement destiné à Nora. Lorsque le tournage commence dans son pays natal, la Norvège, le cinéaste saisit l’occasion de se rapprocher de ses filles et de nouer des liens avec Erik, son petit-fils. Dans des décors scandinaves qui font immanquablement songer à l’univers de l’incontournable Ingmar Bergman (auquel il est clairement rendu hommage avec un plan « superposé » directement sorti de Persona), Joachim Trier construit une histoire où la demeure familiale est un microcosme pour observer le travail du temps, le pardon qu’on accorde ou pas, le legs affectif qu’on reçoit ou non de ses parents. D’une manière intense autant que limpide, Trier raconte comment la douleur et le chagrin se transmettent de génération en génération. L’émotion est alors pleinement au rendez-vous. Au-delà d’une mise en scène fluide, Trier excelle à filmer ses acteurs. Renate Reinsve (Nora) est déchirée et fragile. Stellan Skarsgard est un père fiévreux et volontiers égoïste. Inga Ibsdotter Lilleaas est la silencieuse Agnès, la diplomate de la famille et son ciment. Quant à l’Américaine Elle Fanning, elle se glisse avec aisance dans la peau d’une actrice hollywoodienne égarée dans l’univers d’un Borg pour laquelle elle n’était probablement qu’un pis-aller. (Memento)
Hommes PrésidentLES HOMMES DU PRESIDENT
En juin 1972, cinq personnes entrent par effraction dans le quartier général du Parti démocrate, situé dans l’immeuble du Watergate à Washington. Un gardien de la sécurité découvre une porte déverrouillée, refermée avec du ruban adhésif. La police, prévenue, se rend sur les lieux et arrête les cambrioleurs. Le lendemain de leur arrestation, le jeune journaliste Bob Woodward, du Washington Post, découvre que les cinq prévenus, quatre Cubains et James McCord, ancien agent du FBI et de la CIA, avaient un équipement pour placer des micros. Ils ont tous un lien avec la CIA, et ont le même avocat, refusant ceux qui ont été commis d’office. Woodward relie les cambrioleurs à Howard Hunt, membre du Comité pour la réélection du Président et à Charles Colson, conseiller juridique de Richard Nixon, président des États-Unis sortant et candidat à l’élection présidentielle de 1972. Woodward et Carl Bernstein, autre journaliste du Post qui s’intéresse également à cette histoire, s’associent pour enquêter sur cette affaire. Grâce à plusieurs témoignages de personnalités plus ou moins impliquées dans le scandale, ils vont remonter jusqu’aux plus hautes sphères de la politique, dont le président Nixon. Réalisé en 1976 par Alan J. Pakula, All the President’s Men (en v.o.) est sans doute l’archétype du film de presse. A travers l’enquête minutieuse menée par le tandem Woodward-Bernstein (qui aboutira à la démission de Nixon), ce véritable thriller politique illustre le pouvoir de la presse comme contrôle démocratique. Il montre également comment la rigueur journalistique peut mettre en lumière les abus de pouvoir et protéger les libertés publiques. Robert Redford (Woodward) et Dustin Hoffman (Bernstein) sont au meilleur de leur art dans ce film (présenté dans un steelbook, en édition limitée 4K Ultra HD) qui conserve toute son actualité à l’ère des fake news et de la défiance entre les médias. (Warner)
Tarentule Ventre NoireLA TARENTULE AU VENTRE NOIR
Maria Zani, une ravissante nymphomane, est sauvagement assassinée alors qu’elle se prête à un massage dans un institut spécialisé… Le commissaire Tellini est chargé de l’enquête. Il découvre rapidement que Madame Zani avait une aventure extra-conjugale et qu’elle faisait aussi l’objet d’un chantage. Pour tenter à la fois d’échapper aux soupçons sur son implication dans le meurtre de son épouse et découvrir la vérité, Paolo Zani embauche un détective privé qui découvre l’identité du maître chanteur. Mais une seconde femme est assassinée dans des circonstances similaires et l’enquête s’emballe, mettant Tellini sur la piste d’un tueur en série… Réalisé en 1971 par l’Italien Paolo Cavara, connu pour son documentaire « à scandale » Mondo Cane (1962), La tarantola dal ventre nero (en v.o.) s’inscrit dans la grande tradition du giallo, ces thrillers angoissants tournés en série en Italie suite au succès de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, sorti en 1970. Le cinéaste italien développe largement les aspects érotiques et violents du giallo en plaçant la question du refoulement sexuel au centre du récit. De plus, le modus operandi du tueur a de quoi glacer le sang puisqu’il paralyse ses victimes avec une longue aiguille d’acupuncteur avant de les éventrer… Servi par une belle photographie et la musique délicieusement morbide d’Ennio Morricone, le film repose sur une jolie distribution avec Giancarlo  Giannini qui campe Tellini, un flic fatigué de voir trop d’horreurs, Stefania Sandrelli dans le rôle de son épouse et un trio de belles actrices souvent surnommées « James Bond girls », en l’occurrence Claudine Auger, Barbara Bach et Barbara Bouchet. Dans les suppléments de ce beau coffret qui sort pour la première fois en Blu-ray et 4K Ultra HD, on trouve, avec Paralysie (27 mn), un entretien inédit avec Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française qui explique : « Ce qui singularise le giallo, c’est que le « comment » est plus important que le « pourquoi ». […] Les giallo sont des rituels, on met en scène des mises à mort. » Par ailleurs, dans Le ventre blanc de Barbara (10 mn), l’actrice Barbara Bouchet se souvient de son arrivée en Italie et des difficultés rencontrées à donner la réplique à des acteurs de nationalités différentes, puis évoque son retour sur le devant de la scène en 2002 grâce à Martin Scorsese dans Gangs of New York. (Carlotta)
Disparition Josef MengeleLA DISPARITION DE JOSEF MENGELE
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Josef Mengele, celui que ses victimes au camp d’extermination d’Auschwitz surnommaient l’ « ange de la mort» parvient à s’enfuir en Amérique du Sud pour refaire sa vie dans la clandestinité. De Buenos Aires au Paraguay, en passant par le Brésil, Mengele va organiser sa méthodique disparition pour échapper à toute forme de procès. Dans La disparition de Josef Mengele, le cinéaste russe Kirll Serebrennikov suit au plus ce criminel de guerre notoire, toujours aux aguets, toujours en train de se fabriquer un personnage, persuadé que le Mossad est à ses trousses. Incarné par un August Diehl (Inglorous Basterds et bientôt Les rayons et les ombres) méconnaissable, Mengele est un monstre aux abois pour lequel Serebrennikov ne manifeste aucune compassion même s’il amène le spectateur, dans le dernier tiers du film, à entrer dans sa tête. Un type sinistre qui ne se considère pas du tout comme l’incarnation du Mal absolu. Ce film, adapté du livre éponyme du Strasbourgeois Olivier Guez, tourné dans un noir et blanc (volontairement) crade demande au spectateur de « mettre le masque de Mengele sur lui-même pour comprendre que le chemin qui va de l’homme ordinaire au criminel et au sadique peut être très court. » Il s’applique aussi à montrer que, comme le disait Sartre, l’enfer, c’est les autres, en l’occurrence, ici, tous ceux qui, en connaissance de cause, ont aidé, soutenu, caché Mengele, soit par fidélité aux thèses nazies, soit par l’appât du gain. Le spectateur, notamment avec une insoutenable séquence, à la manière d’un film amateur en couleurs, sur Mengele à l’oeuvre dans sa salle d’expérimentation d’Auschwitz, a le coeur au bord des lèvres. Mais La disparition… est probablement utile aujourd’hui, alors que d’aucuns remettent en cause la réalité de la Shoah. (Blaq Out)
Femme PortraitLA FEMME AU PORTRAIT
Paisible professeur de psychologie, Richard  Wanley, en se rendant, un soir, à son club, remarque le portrait d’une femme dans la vitrine d’un marchand d’art. Cette toile le fascine immédiatement, notamment le joli modèle qui y est peint. Or quelques instants plus tard, Wanley rencontre la jeune femme du tableau. Elle se nomme Alice Reed et elle l’invite à passer la soirée chez elle. Soudain un intrus surgit, agresse violemment Alice puis tente d’étrangler Wanley. Ce dernier, en état de légitime défense, tue l’agresseur avec une paire de ciseaux. Craignant les répercussions judiciaires, songeant que la médiatisation de l’affaire pourrait ruiner sa vie familiale et sa carrière, Wanley décide de dissimuler le corps dans les bois… Commence alors une sorte de chasse à l’homme dans laquelle le petit professeur va s’enfoncer avec un certain cynisme, assistant, grâce à ses relations, à la recherche du meurtrier en compagnie des enquêteurs. Ayant fui l’Allemagne nazie alors même que Goebbels voulait lui confier les rênes de l’industrie cinématographique allemande, Fritz Lang, déjà célèbre pour Metropolis (1926) ou M le maudit (1931), s’installe à Hollywood où il travaillera pas moins de vingt ans (1936-1956), réalisant 22 longs-métrages qui couvrent quasiment tous les genres du cinéma hollywoodien. The Woman in the Window (1944) est le neuvième film de cette période américaine et certainement l’un des grands films noirs des années quarante, reposant sur une forte tension psychologique au service de thèmes comme la culpabilité et le voyeurisme. Au-delà de la solide interprétation d’Edward G. Robinson (Wanley) et Joan Bennett (Alice Reed), le succès de ce film mâtiné d’onirisme doit beaucoup à sa chute. Tout n’était qu’un cauchemar… Lorsque le professeur quitte son club, il est interpellé par une jeune femme. Son dernier mot sera : « Non ! » (Rimini éditions)
La VagueLA VAGUE
Pendant les manifestations féministes du printemps 2018 au Chili, Julia, étudiante en musique, s’engage dans le mouvement au sein de son université. Le groupe de femmes attire ensemble l’attention sur le harcèlement et les mauvais traitements généralisés dont souffrent nombre de leurs camarades étudiantes. Au milieu des manifestations, Julia danse et chante avec ses amies. Alors qu’elle trouve le courage de partager avec les étudiantes un souvenir qui la hante, elle devient de manière inattendue une figure centrale du mouvement. Son témoignage, intime et complexe, devient une vague qui secoue, perturbe et désarme une société polarisée… Titulaire de l’Oscar du meilleur film étranger pour Une femme fantastique (2017) dans lequel il donne le rôle principal à l’actrice transgenre Daniela Vega, Sebastian Lelio est l’une des figures de proue du cinéma chilien et aussi un cinéaste qui place les femmes au centre de son œuvre comme le montra aussi l’excellent Gloria (2013). Avec cette Vague, qu’il ne faut pas confondre avec La Vague (Die Welle), le film allemand (2008) de Dennis Gansel, étude expérimentale sur un régime autocratique, menée par un professeur d’histoire, Lelio donne une manière de film manifeste qui prend les atours d’un musical. En utilisant les sons de la vie quotidienne (tirs de gaz lacrymogène, sirènes, casseroles) comme percussions, créant une ambiance sonore immersive, le cinéaste met en scène une chorégraphie (imaginée par Ryan  Heffington) avec des numéros puissants, dont un haka féminin, pour illustrer la force et la solidarité des femmes… Une œuvre à l’énergie communicative ! (Metropolitan)
Espion Leve ToiESPION LÈVE-TOI
Agent secret français du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), Sébastien Grenier est en sommeil depuis huit ans. Il gère à Zurich une société fiduciaire et partage la vie d’Anna Gretz, une Allemande, professeur de littérature comparée dont les idées d’extrême-gauche sont clairement affichées. Un matin, Grenier apprend par la radio qu’un agent du SDECE avec qui il avait rendez-vous, Alfred Zimmer, vient d’être abattu dans un tramway par un commando des Brigades d’action populaire, officine d’extrême-gauche en activité à Zurich. Il reçoit par la poste l’après-midi même le livre Vingt Ans après d’Alexandre Dumas, marqué à la page 138, code par lequel il comprend qu’il a été « réveillé » par ses supérieurs. Se présentant au rendez-vous convenu, il a la surprise d’être abordé par un certain Jean-Paul Chance, maître des requêtes auprès du Conseil fédéral de Berne, qui se présente aussi comme étant agent des services secrets suisses. Très bien renseigné sur la vie de Grenier, Chance lui demande de remonter la filière « Zimmer » pour savoir par qui sont contrôlées les Brigades d’action populaire, et menace de le faire arrêter pour espionnage en cas d’insuccès. Surpris et inquiet de l’ambiguïté de ce contact, Grenier lance vers sa base le code de procédure d’urgence sous la forme d’une petite annonce dans le Tages-Anzeiger. Là encore, c’est Chance qui se présente au rendez-vous en se disant cette fois son officier traitant du SDECE… et lui faisant comprendre qu’il l’a « réveillé » en raison des contacts d’Anna Gretz avec certains éléments des Brigades d’action populaire. En 1982, Yves Boisset signe un solide thriller paranoïaque typique de la Guerre froide qui s’affirmera comme un exemple marquant du cinéma d’espionnage français des années 80. Dans la peau de Grenier, Lino Ventura, roc massif, incarne un type peu à peu déstabilisé qui ne sait plus si ses interlocuteurs sont des «amis » ou des « ennemis ». A ses côtés, on trouve des pointures comme Michel Piccoli, Bruno Cremer, Bernard Fresson, Heinz Bennent et la comédienne polonaise Krystyna Janda, une habituée du cinéma d’Andrzej Wajda, dans le rôle d’Anna Gretz. Une intrigue froide, tendue et efficace où tous les coups (bas) sont permis. Et Grenier finira mal… (Studiocanal)
Les BraisesLES BRAISES
Karine et Jimmy forment un couple de la quarantaine uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine de conditionnement alimentaire, souvent soumise à des cadences infernales. Lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand, à l’occasion d’une nouvelle hausse du prix des carburants routiers en France, surgit le mouvement des Gilets jaunes, Karine est emportée par la colère et l’espoir d’un changement. Ecoutant sa conscience sociale, Karine découvre la vie et la force du collectif. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille. Remarqué en 2021 avec Les promesses qui mettait en scène Isabelle Huppert et Reda Kateb dans le rôle d’une maire de banlieue en fin de mandat et son directeur de cabinet, Thomas Kruithof se plonge, ici, dans une histoire sociale récente (et qui trouve, ces jours-ci, une actualité nouvelle!) qui tient à la fois un propos politique mais aussi romanesque dans la mesure où l’engagement total de Karine se confronte à la désagrégation de son couple. Ce qui intéresse le cinéaste, c’est d’explorer comment le militantisme peut perturber la vie amoureuse et familiale tout en montrant la tension entre convictions personnelles et responsabilités familiales. Certainement l’un des premiers films de fiction à mettre les mouvement des Gilets jaunes au coeur de son propos, Les braises, malgré une mise en scène manquant de puissance, soulève de bonnes questions sur l’engagement citoyen, la politisation de l’intime ou la justice sociale, la répression policière et la montée de l’extrême droite. Avec beaucoup de conviction, Virginie Efira, incontournable dans le cinéma français, habite le personnage de Karine. A ses côtés, le comédien belge Arieh Worthalter, vu naguère dans Le procès Goldman pour lequel il a obtenu le César du meilleur acteur en 2024, est impeccable. (Wild Side)
Bonne EtoileLA BONNE ÉTOILE
En 1940, en France, Jean Chevalin vit avec sa famille dans une grande précarité après avoir déserté de l’armée. La situation n’est plus tenable. Convaincu que « certains » s’en sortent mieux, Chevalin a la brillante idée de se faire passer pour juif afin de bénéficier de la bienveillance (intéressée) des passeurs pour atteindre la zone libre. De malentendus en révélations, ce stratagème va entrainer sa famille dans ce grand périple qui déconstruira ses préjugés un à un… Comédien et réalisateur (on lui doit déjà Tête de Turc en 2010, Je compte sur vous en 2015 et On est fait pour s’entendre en 2021), le Colmarien de naissance Pascal Elbé a écrit le scénario de ce film après avoir entendu « une conversation dans un café où l’on évoquait une famille juive avec des propos teintés de stéréotypes », puis, plus tard, être tombé sur un livre, Le nazi et le barbier, d’Edgar Hilsenrath, un auteur juif allemand exilé aux États-Unis après la guerre. Film sur une période sombre de l’Histoire de France, La bonne étoile, tourné essentiellement dans les Vosges, montre un pays entre médiocrité humaine, compromissions, petites lâchetés et silences complices. Du coup, Pascal Elbé trouve un ton très humaniste (et émouvant) pour évoquer un type maladroit qui tente de s’arracher, comme il le peut, au chaos. Si la mise en scène est parfois un peu trop appliquée, les comédiens se chargent, ici, de donner de l’âme à cette aventure intime. Il en va ainsi d’Audrey Lamy, de Zabou Breitman, de Pascal Elbé dans le rôle de Sam Goldstein mais c’est évidemment, dans le rôle de Jean Chevalin, Benoît Poelvoorde qui en impose. « Benoît était un peu un fantasme, dit le réalisateur, pas seulement pour ce film, mais par rapport à mon envie de le rencontrer. Je n’écris jamais pour un acteur, par crainte d’être déçu, mais je n’ai pu m’empêcher de penser à lui dès l’écriture et de le mettre tout en haut de ma liste. Il a lu le script en 48 heures, il a adoré le projet et, en plus, il connaissait Edgar Hilsenrath ! (…). C’est un vrai cadeau qu’il m’a fait en rejoignant le projet. » (UGC)
Vie ChateauLA VIE DE CHATEAU – MON ENFANCE A VERSAILLES
Après la mort de ses parents dans un attentat, Violette, huit ans et du caractère à revendre, quitte Paris pour Versailles. Elle y retrouve Régis, son oncle, agent d’entretien au château, qu’elle n’a pas vu depuis bien longtemps et qui s’occupera désormais d’elle. Les premiers contacts sont difficiles entre le géant bourru et la petite orpheline têtue qui refuse de lui parler et fugue dès qu’elle peut… Mais dans les coulisses dorées du Roi Soleil, ces deux solitaires vont peu à peu s’apprivoiser, apprendre à se connaître, et se découvrir une nouvelle famille… Réalisé par Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel Hlimi et sorti en 2025, La vie de château… est une production franco-luxembourgeoise qui reprend leur court-métrage éponyme de 2019 et qui constitue un habile remontage des six épisodes de la série toujours éponyme diffusée en 2024. Adapté d’un roman jeunesse, voici une œuvre d’animation qui, à travers un regard d’enfant, explore avec pudeur les thèmes du deuil, de l’attachement et de la reconstruction. Dans un style sobre, fluide et limpide, avec une ligne noire digne du travail d’un Sempé, ce film distille une véritable émotion sans jamais céder au pathos. Ce récit intime et intense repose aussi sur des dialogues justes et une écriture d’une belle finesse. Une œuvre rare et un moment merveilleux ! (jour2fête)
Femme FeuFEMME DE FEU
En 1870, dans une petite ville de l’Utah. Dave Nash travaille pour Walt Shipley, un éleveur de moutons en guerre contre Ben Dickason et Frank Ivey, deux puissants propriétaires qui n’entendent pas partager leurs pâturages avec le modeste Shipley. La rivalité entre les deux clans est d’autant moins simple à gérer parce que Connie, la fille de Ben, s’est amourachée de Walt, l’ennemi de son père, alors que ce dernier lui destinait son partenaire Frank Ivey pour époux. Un soir, humilié par le camp adverse, Dave préfère renoncer à tout. Blessée dans son amour-propre, la jeune femme décide de tenir tête à son père comme au fiancé qu’on lui destine. Elle demande à Dave de lui prêter main forte. Plutôt enclin à arriver à ses fins sans recourir à la violence, Dave va pourtant se retrouver au coeur d’un combat sans merci… Ramrod (en v.o.) qu’il met en scène en 1947, est le premier western d’André De Toth qui en tournera une douzaine dont six avec le seul Randolph Scott, emblématique acteur de western. Mais, ici, c’est un autre westerner, Joel McCrea (également en tête d’affiche du Juge Thorne fait sa loi, ci-dessous) qui incarne le séduisant Dave Nash. Né en Hongrie en 1912, fils d’un officier des Hussards, De Toth entre dans l’industrie cinématographique dans son pays natal en tournant quelques films à la fin des années trente. Touche-à-tout, il sera tour à tour scénariste, monteur, acteur puis assistant réalisateur. Après un bref passage par l’Angleterre où son compatriote Alexander Korda le fait travailler notamment sur quelques séquences du Livre de la jungle, il part pour les USA où il s’illustrera dans les genres en vigueur dans le cinéma hollywoodien : film d’aventures, film noir, film de guerre, film d’espionnage et bien sûr le western. Avec Femme de feu, De Toth a la chance de pouvoir filmer en décors naturels et aussi de mettre en scène une aventure où une femme est le moteur de l’intrigue. Le cinéaste choisit pour incarner Connie, son épouse de l’époque, Veronica Lake, qui n’aura pas d’autre occasion d’apparaître dans un western. Mais sa beauté et en particulier sa coiffure très caractéristique laissant retomber une mèche blonde sur un œil, feront bientôt d’elle une figure emblématique du cinéma hollywoodien classique. Même si le film -longtemps considéré comme disparu- contient son lot de violences, son scénario est plutôt alambiqué tandis que la mise en scène manque de nerf. Ce qui n’est pas l’avis de Martin Scorsese qui salua « un western cynique et macabre, qui conserve une fraîcheur étonnante. » (Sidonis Calysta)
Rire CouteauLE RIRE ET LE COUTEAU
Ingénieur environnemental portugais, Sergio se rend en Guinée-Bissau pour expertiser l’impact écologique de la construction d’une route forestière. Il conduit un vieux véhicule qui soulève une nuée de sable. Le véhicule tombe en panne. Il continue à pied. À son arrivée, il ressent une certaine pression: ses collègues lui conseillent de boucler rapidement son rapport. Il apprend aussi que son prédécesseur, un ingénieur italien, a mystérieusement disparu. Sur place, Sergio rencontre également Diara qui tente de gagner sa vie avec un resto-buvette, et son ami, Gui, un Brésilien qui s’habille en femme. Ce drôle de couple anime les nuits de Bissau. Bisexuel, Sergio se lie intimement avec Diara (Cleo Diara) et Gui (Jonathan Guilherme)… Le cinéaste portugais Pedro Pinho signe, avec O riso et a faca (en v.o.), son cinquième film qui a, tour à tour, les allures d’un thriller, d’un film de survie, d’une histoire d’amour et même d’un documentaire. Dans cette odyssée postcoloniale de 325 minutes dans sa version originale, on reste dans les pas de Sergio venu pour une mission et qui se plonge surtout au coeur d’une population, qu’elle soit locale ou non, fréquentant des boîtes de nuit, faisant la fête et tentant de coucher avec une fille et/ou un garçon de rencontre… Film sur la solitude de Sergio (Sergio Coragem), sur les désirs, sur les rapports Nord-Sud, sur le sexe, Le rire et le couteau prend parfois des tours étranges, ainsi dans une séquence où des membres blancs d’une ONG viennent visiter les latrines qu’ils ont fait installer dans un village guinéen. Mais il y a aussi, dans ce travail hybride, de beaux moments de respiration lorsque le film s’attache à des gens vivant au bord du fleuve… Sélectionné à la section Un Certain regard au Festival de Cannes 2025, Le rire et le couteau a valu à Cleo Diara le prix d’interprétation féminine. (Blaq Out)
Juge Thorne Fait LoiLE JUGE THORNE FAIT SA LOI
Juge itinérant, Rick Thorne sillonne l’Ouest américain pour rendre la justice. Il arrive dans la petite ville de Bannerman, au pied des Rocheuses et s’installe pour quelques jours afin d’examiner les dossiers du shérif et du procureur. Fils du puissant propriétaire terrien Josiah Bannerman (qui a carrément donné son nom à la ville), Tom Bannerman a tué un homme lors d’une altercation. Sans ouvrir d’enquête, le shérif a immédiatement classé l’affaire comme un cas de légitime défensee. Suspectant une manipulation, Thorne exige que le meurtrier soit traduit en justice. Il constate rapidement que tant le shérif Bell que le procureur Streeter ont décidé de ne lui apporter aucune aide… En 1955, Jacques Tourneur (1904-1977) tourne Stranger on Horseback (en v.o.), l’un des nombreux westerns qui ont jalonné la carrière du réalisateur français longtemps installé aux Etats-Unis. Il y retrouve Joel McCrea qu’il avait déjà dirigé en 1950 dans Stars in my Crown. Dans le rôle de Thorne, McCrea fait ce qu’il faut pour faire éclater la vérité et appliquer la justice dans un environnement où le pouvoir local domine. Au travers du personnage intègre et persévérant d’un juge qui refuse de se laisser influencer par des intérêts privés, le film explore la tension entre la loi impartiale et l’influence des grandes fortunes locales. En évoquant le rôle des juges itinérants au cours de la Conquête de l ‘Ouest, le film met donc aux prises un grand propriétaire terrien (John McIntire) et sa tribu avec un homme solitaire mais droit. Le juge Thorne fait sa loi (un titre français imprécis car Thorne ne fait justement pas sa loi) doit enfin beaucoup à la prestation de l’imposant Joel McCrea, parfait en charismatique magistrat parfois contraint de protéger sa vie… Dans les suppléments, une présentation du film par le critique Noël Simsolo et un livret rédigé pat Jean-François Giré. (Sidonis Calysta)
Chronology WaterTHE CHRONOLOGY OF WATER
Jeune femme marquée par des maltraitances, y compris sexuelles, au sein de sa famille puis par des abus, des excès et des addictions aux drogues et à l’alcool, Lidia Yuknavitch va peu à peu trouver un mode d’expression à travers l’écriture et sa voie en tant que sportive avec la natation. Elle devient finalement enseignante, mère et une écrivaine moderne et singulière. Inspiré (librement) des mémoires de Lidia Yuknavitch publiée en 2011 sous le même titre (La mécanique des fluides), ce premier passage derrière la caméra de Kristen Stewart n’est pas un récit traditionnel avec une succession de scènes, mais une succession de fragments d’images, de phrases, de souvenirs et de sensations, traduisant une difficulté d’être. Avec The Chronology of Water, la comédienne devenue star avec la saga Twilight (2008-2012) et qu’on devrait voir dans le prochain film de Quentin Dupieux, explore comment la littérature devient un moyen de guérison et de reprise de voix face à la violence domestique et à l’inceste. Ce drame autobiographique conçu comme un poème visuel se concentre sur les moments clés de la vie de Lidia (incarnée par la remarquable Imogen Poots), de l’enfance à l’âge adulte, sans montrer explicitement les traumatismes mais en révélant leurs effets… Un maelström d’images qui invite à la réflexion sur la violence domestique et la résilience. (Blaq Out)
Tour GlaceLA TOUR DE GLACE
Dans les années 1970, la star Cristina van der Berg participe au tournage de l’adaptation du conte fantastique La Reine des neiges d’après Hans Christian Andersen dans lequel elle joue le rôle principal. Jeanne, une orpheline adolescente, qui a fui son foyer de haute montagne, n’ayant nulle part où dormir, se réfugie dans ce qu’elle pense être un hangar abandonné. Mais elle découvre qu’il s’agit de studios de tournage. Entre l’énigmatique comédienne et la jeune fille, une relation inattendue se noue. D’autant plus que La reine des neiges est le conte fétiche de Jeanne. Cependant, celle-ci ne se doute pas qu’un piège se referme sur elle. Une relation intense et toxique s’installe entre Jeanne et l’actrice, mêlant fascination, emprise et ambiguïté entre réalité et fiction. Jeanne finit par obtenir un rôle sur le tournage, ce qui renforce son lien avec la reine des neiges, tant dans le film qu’en dehors… Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2025 (où il remporta l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique) La tour de glace est une drame fantastique réalisé par Lucile Hadzihalilovic. La cinéaste française a été remarquée en 2004 avec Innocence dans lequel jouait déjà Marion Cotillard qui incarne, ici, le personne de Cristina puis, une dizaine d’années plus tard, avec Evolution, autre film fantastique. A propos des sources d’inspirations du film, la réalisatrice a noté : « Nous avons beaucoup pensé à L’Esprit de la ruche (1973) de Víctor Erice, qui transfigure la réalité à travers le regard d’une jeune fille. Et nous avons essayé de faire de même : embellir et styliser, découvrir ce monde à travers le regard de la jeune fille en rendant le banal un peu plus enchanté. » De fait, La tour de glace est une œuvre résolument en marge de la production française, jouant sur la frontière floue entre le monde réel et le décor de cinéma, explorant les thèmes de l’emprise adulte sur l’adolescent, la fascination pour les personnages magiques et les dangers de l’adultère. Au côté de Marion Cotillard, Clara Pacini (dans son premier rôle au cinéma) se glisse dans la peau d’une adolescente en quête de repères. Un film beau et très formaliste qui mêle la poésie et le sentiment d’un cauchemar auquel il est impossible d’échapper… (Metropolitan)
 SiegeSIEGE
Lors d’une grève de la police, un groupuscule de dangereux crétins fascistes essaye d’imposer de nouvelles règles aux habitants d’Halifax en Nouvelle-Écosse. Ils tentent d’effrayer des gays et des lesbiennes dans un bar, mais ils tuent accidentellement le propriétaire de l’établissement. Le leader du groupe décide alors d’exécuter tous les témoins du drame. Cependant un homme réussit à échapper à l’hécatombe et se réfugie dans un quartier résidentiel… Sorti en 1983 sous le titre original Self Defense, Siège est un film canadien réalisé par Paul Donovan et Maura O’Connell pour lequel les deux réalisateurs ont puisé dans la réalité. En 1981, Halifax fut frappé par une grève de la police, les fonctionnaires réclamant de meilleurs salaires et des conditions de travail plus acceptables. Des revendications qui conduisirent à un situation de chaos marquée par des pillages. Donovan et O’Connell ont largement mis l’accent sur les débordements de dégénérés massacrant tout le monde dans un bar gay. Daniel, le seul survivant, parvient à se réfugier chez un couple de jeunes aveugles qui vont tenter de lui sauver la mise tandis qu’une troupe de mabouls homophobes et armés jusqu’aux dents met la ville à feu et à sang. Sous la forme d’un thriller de survie, une série B qui tape fort dans l’hécatombe. (Sidonis Calysta)
Creatures CimetiereLA CRÉATURE DU CIMETIÈRE
Dans la petite ville de Gate Falls, près de Castle Rock, le propriétaire d’une vieille usine de textile située à côté d’un cimetière décide d’engager quelques ouvriers pour nettoyer le sous-sol, encombré d’un bric-à-brac et envahi par les rats. Mais l’un des travailleurs, effrayé par quelque chose, trébuche et périt broyé dans une machine. John Hall, nouveau venu dans la ville, est engagé pour remplacer le défunt. Il travaille avec l’équipe de nuit et fait la connaissance d’un singulier dératiseur, Tucker Cleveland, vétéran de la guerre du Viêt Nam. Bientôt, un autre ouvrier est tué dans le sous-sol, après quoi Warwick, un contremaître carrément sadique, crée une unité armée de lances à incendie pour dégager le sous-sol. En plus du nettoyage proprement dit des locaux, Warwick attend des ouvriers qu’il le débarrasse des rats. Il confie cette tâche à Tucker, mais celui-ci est tué. Hall trouve une trappe dans le sous-sol, où il pense que les rats se reproduisent. Les ouvriers et Warwick s’y rendent et trouvent une autre salle remplie de vieux équipements. Un des travailleurs y découvre un avant-bras humain. De peur, il tente de monter l’escalier pourri qui s’effondre sous lui, et il est attaqué par un énorme monstre mutant. Consacré « roi de l’horreur » de la littérature moderne, Stephen King a été fréquemment adapté au grand écran. Souvent avec succès (Carrie, Shining, Misery), parfois moins. En 1990, le producteur Ralph S. Singleton signe, avec Graveyard Shift (en v.o.) son unique réalisation qui sort en version remastérisée. Il adapte une courte nouvelle (Poste de nuit) de King et l’enrichit de quelques personnages pour pouvoir boucler un long-métrage. Dans des décors plutôt réussis, on plonge dans un univers clos où règnent les rats mais aussi une créature bien plus imposante, plus dangereuse et très vorace. La menace est réelle et le film tire ainsi son épingle du jeu en distillant une bonne angoisse… (Sidonis Calysta)

 

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