L’EUPHORIE AU CHATEAU ET DES CAVALES JAPONAISES
LA VIE DE CHÂTEAU
Dans la Manche, en juin 1944, Jérôme vit dans son château normand du bord de mer avec sa mère Charlotte. Marie, l’épouse de Jérôme, est la fille de Dimanche, l’ancien métayer du château. Dimanche est aussi le chef du réseau local de la Résistance. Mourant d’ennui dans sa belle demeure, Marie désire ardemment découvrir Paris. Pire, la jeune femme, qui rêve de grands héros, est exaspérée par Jérôme qu’elle trouve mou, empâté et uniquement préoccupé par la végétation environnante endormie. Un soir, Julien Pontaubert, capitaine résistant français, est parachuté d’Angleterre sur le domaine. Il est chargé de la préparation de l’imminent débarquement de Normandie, en délimitant des zones de largage pour les parachutistes américains. Julien fait une cour assidue à Marie, qui voit en lui le héros dont elle rêve. Les Allemands jettent leur dévolu sur le domaine. Jérôme et Marie sont contraints d’héberger le commandant allemand Siegfried Klopstock avec ses soldats. A son tour, Klopstock tente de séduire Marie. Enfin conscient du danger, Jérôme se décide à réagir. Après avoir été assistant réalisateur et scénariste (pour Louis Malle et Philippe de Broca), Jean-Paul Rappeneau passe, pour la première fois à la réalisation, en 1965, avec La vie de château. Non sans mal d’ailleurs, du point de vue de la production. Mais d’emblée, la critique remarque ce cinéaste qui signera, ensuite, de grands films populaires comme Les mariés de l’an II (1971), Le sauvage (1975), Tout feu tout flamme (1982) et, évidemment, Cyrano de Bergerac (1990), adaptation enlevée d’Edmond Rostand dans laquelle Gérard Depardieu fut un flamboyant bretteur et l’amoureux pathétique de Roxane… Avec La vie de château (qui ressort dans une belle version restaurée en Blu-ray), Jean-Paul Rappeneau donne une comédie à la fois savoureuse et foutraque digne des screwball comedies de l’âge d’or d’Hollywood dont le cinéaste est un grand admirateur. Le château normand devient ainsi le théâtre d’un (improbable) quatuor amoureux sur fond de D-Day. A la comédie romantique, s’ajoutent donc des ingrédients classiques du film de guerre. Mais, bien sûr, au-delà des péripéties du scénario (co-signé par Rappeneau, Daniel Boulanger, Alain Cavalier et Claude Sautet), ce sont, ici, les comédiens qui s’en donnent à coeur-joie. Rappeneau profite d’une belle distribution avec Catherine Deneuve qui venait de connaître le succès successivement avec Les parapluies de Cherbourg (1961) de Demy et Répulsion (1965) de Polanski et Philippe Noiret, découvert chez Varda pour ses débuts dans La pointe courte (1956). Les deux acteurs qui se retrouveront dans L’Africain (1983) et Fort Saganne (1984), forment un couple que tout oppose. Elle, merveilleusement blonde, débordante d’énergie, s’exprimant avec un débit impressionnant. Lui placide, casanier, quasiment morne. Autour d’eux, Pierre Brasseur, Mary Marquet ou Henri Garcin campent de pétillantes silhouettes. Joli succès populaire (1,7 million d’entrées), le film, euphorique et virevoltant, a été récompensé du prix Louis Delluc. C’est aussi bon que du Wilder ou du Lubitsch. Mais c’est du grand Rappeneau ! (Gaumont)
LA TRILOGIE DE LA TRAQUE
Réalisateur de Super Express 109 (1975) qui racontait comment un criminel avait posé une bombe dans le train Shinkansen 109, bombe qui explosera si le train descend en dessous de 80 km/h, Junya Sato devient, à cette époque, la référence absolue dans le domaine du cinéma d’action et de suspense japonais. Dans son travail en profondeur sur le cinéma asiatique, Carlotta Films propose, pour la première fois dans de nouvelles restaurations 4K Ultra HD et en Blu-ray, un coffret Trilogie de la traque. Jonglant tour à tour entre le thriller nerveux et le drame existentiel, Chasse à l’homme : La rivière de la rage (1976) se déroule à Tokyo où de lourdes accusations pèsent sur le procureur Fuyuto Morioka. Arrêté par la police, celui-ci parvient à s’échapper et à quitter la capitale. Au cours de sa cavale, le magistrat découvre que les deux personnes ayant porté plainte contre lui, ont menti sur leur identité. Morioka est désormais persuadé d’être la victime d’un odieux complot tournant autour du suicide douteux d’un politicien. La preuve d’un homme (1977) débute dans le quartier du Bronx. Jeune Afro-américain, Johnny Heyward s’apprête à quitter New York pour se rendre au Japon. Dans un vaste hôtel tokyote, où se déroule un grand défilé de mode, Heyward est retrouvé, mort poignardé, dans un ascenseur. L’enquête va mener l’inspecteur Munesue jusqu’aux États-Unis, où ce dernier va devoir faire équipe avec son homologue new-yorkais, Ken Shuftan. Les deux policiers vont découvrir le lien douloureux qui unissait Heyward au Japon… Enfin Survie en pleine nature (1978) est le troisième volet de cette trilogie informelle autour de la crise de l’homme moderne aux prises avec des systèmes sociaux et politiques défaillants. Officier des Forces spéciales, Ajisawa a provoqué malgré lui la mort de deux personnes au cours d’une expédition. Pris de remords, il décide de quitter l’armée et de changer de vie, non sans avoir juré à ses supérieurs de ne jamais révéler la vérité sur cet incident… Cette trilogie aussi captivante que percutante est accompagnée de nombreux suppléments avec des entretiens inédits avec Fabien Mauro, auteur, essayiste et spécialiste du cinéma japonais et des fictions japonaises à effets spéciaux. A propos du personnage de Morioka dans Chasse à l’homme, il note, dans Traqué (20 mn), qu’il s’éloigne d’un Japon très urbain « pour reconnecter avec cet instinct de survie primaire, naturel. » Avec Origines (26 mn), à propos de La preuve d’un homme, l’auteur explique : « En partant d’un divertissement, d’un récit policier, Junya Sato prouve que l’on peut faire aussi un très grand film politique. » Enfin, Survival (18 mn) montre comment « Survie en pleine nature va lancer la méthode Kadokawa : des grandes stars, des récits longs et épiques, et des gros moyens. » Action et suspense à volonté ! (Carlotta)
L’ÂME IDÉALE
Médecin, Elsa travaille dans un service de soins palliatifs. Elle a un don un peu particulier: elle peut voir et parler avec les morts qui, pour une raison ou pour une autre, n’arrivent pas à rejoindre pleinement l’au-delà. Ce don l’a empêchée d’avoir une relation amoureuse durable. Un soir, alors qu’elle rentre en moto chez elle après son travail, elle percute le bus qui la précède. Elle est un peu sonnée, et le passager d’un taxi, un certain Oscar, s’occupe d’elle. Oscar est musicien et il vient juste d’obtenir de faire la première partie de Nero, un artiste qu’il estime. Il espère que cela permettra de lancer sa carrière. D’emblée, Oscar se sent attiré par Elsa. Le lendemain, Elsa est convoquée par la police pour témoigner à propos de l’accident. Lors de sa conversation avec le policier, elle comprend qu’Oscar est mort mais qu’il ne le sait pas. Elsa ne sait pas comment le faire admettre à Oscar. Elle l’accompagne au concert dont il devait faire la première partie, où il constate qu’il a été remplacé par un autre artiste. L’hommage qui lui est rendu au début du concert, ainsi que le fait que personne à part Elsa, ne lui prête la moindre attention, achève de lui faire comprendre sa situation. Evidemment, on ne peut s’empêcher de songer au Ghost (1990) de Jerry Zucker en regardant le film d’Alice Vial, connue comme co-scénariste des Innocentes (2016) d’Anne Fontaine. Avec son premier long-métrage, elle réussit une attachante comédie sentimentale, romantique et… fantastique autour d’un duo qui se rend compte que son amour, pour fort qu’il soit, n’a aucun avenir. Loin de ses prestations loufoques et comiques, Jonathan Cohen joue des nuances pour cet Oscar qui n’a pas envie de mourir et ressent un sentiment d’injustice alors que sa musique commence à être appréciée. Elsa (la charmante comédienne québécoise Magalie Lépine-Blondeau), va se démener pour qu’Oscar obtienne la reconnaissance dont il rêvait et l’aider ensuite à partir en paix. (Gaumont)
TOUJOURS POSSIBLE
A 55 ans, Gaby perd son emploi et décide de réaliser un rêve longtemps repoussé : avoir un enfant. Avec l’aide de sa mère Rose, fantasque et bienveillante, cette biologiste parcourt un fichier de donneurs pour trouver le « sperme parfait ». Pendant ce temps, Pierre, 56 ans, cherche à rajeunir à tout prix pour séduire, tandis que Maxime, 26 ans, fils de Gaby, est à la recherche d’un père plutôt qu’un copain. Créateur et producteur de la série Maison close sur Canal+, Jacques Ouaniche a réalisé, en 2013, son premier long-métrage, Victor Young Perez, biopic du boxeur juif et tunisien des années 1930 (incarné par Brahim Asloum, ancien champion du monde de boxe) qui a été déporté à Auschwitz, et qui est mort pendant la marche de la mort en 1945. Ici, le cinéaste réunit trois personnages qui se croisent, créant un enchevêtrement de désirs, de tabous et de faux-semblants, pour explorer les secondes chances et les relations intergénérationnelles (mère‑fille, père‑fils) à travers une comédie romantique tendre et piquante, où l’amour et la quête de sens restent toujours possibles. Les comédiens jouent parfaitement le registre de l’émotion. Au côté d’Amanda Lear (Rose), Patrick Ridremont (Pierre) et Jean-Baptiste Maunier (Maxime), c’est Nadia Farès qui incarne Gaby. C’est l’ultime film de cette attachante comédienne disparue, le 11 avril dernier, des suites d’un malaise cardiaque dans une piscine parisienne. Et si l’amour pouvait bien prouver que tout reste… toujours possible.. (Blaq out)
LA FEMME DE MÉNAGE
Sortant d’un séjour en prison et désormais en liberté conditionnelle, Millie Calloway se présente chez les Winchester, une riche famille installée dans une superbe demeure de Great Neck, sur l’île de Long Island, dans l’Etat de New York. Elle cherche du travail et affirme qu’elle adore être au service des gens. Nina Winchester, la mère et épouse de la famille, lui explique qu’elle aura essentiellement à nettoyer, ranger et cuisiner. Elle lui montre sa chambre, située sous les combles. Millie découvrira que la fenêtre est condamnée et que la porte se verrouille de l’extérieur… Par des voisins, la domestique apprend aussi que, des années auparavant, Nina aurait tenté de noyer sa fille Cecelia et de se suicider par overdose. De fait, au fil de son travail, Millie va se rendre compte que sa patronne, sous des dehors bien lisses, présente un comportement étrange et semble souffrir de déséquilibre mental. Lorsque Nina demande à Millie d’organiser un week-end à Broadway pour elle et son mari afin d’assister à une comédie musicale et de passer une nuit à l’hôtel, les choses vont encore se dégrader. Millie s’en charge mais Nina affirme ne lui avoir jamais demandé la chose. Pire, Nina étant indisponible ce week-end là, Andrew Winchester et Millie décident secrètement d’aller voir le spectacle avant d’entamer une liaison… Réalisateur régulier de la série The Office sur NBC, Paul Feig adapte, ici, The Housemaid, le premier roman de la trilogie écrite par Freida McFadden et devenue un immense succès mondial. Avec Sydney Sweeney (Millie) et Amanda Seyfried (Nina), il signe un sombre thriller psychologique qui plonge Millie dans un univers de secrets, de manipulation et de violences au sein d’une famille de solides détraqués. Vu par 3,8 millions de spectateurs dans les salles françaises, La femme de ménage propose quelques séquences bien haletantes. (Metropolitan)
FRANZ K.
Dans la Prague du début du 20e siècle, Franz Kafka, né dans une famille juive de langue allemande, est tiraillé entre les attentes strictes de son père Hermann, un bourgeois autoritaire, son quotidien de cadre supérieur dans une compagnie d’assurance où il est le « Docteur Kafka » et son besoin radical d’écrire et d’exprimer sa sensibilité littéraire. Ses textes finiront par attirer l’attention, notamment lors d’une lecture publique d’un passage de La colonie pénitentiaire. Cet homme à la frêle silhouette, presque maladive, qui affirme « On m’a volé le silence », vit plusieurs relations avec des femmes qui le fascinent au plus haut point, ainsi sa fiancée Felice Bauer, puis sa maîtresse Milena Jesenska. Soutenu par Max Brod, son ami et futur éditeur, Kafka apparaît comme un personnage cherchant sa place dans le monde, entre sens du devoir, trouble intérieur et expression créative… En 1991, l’Américain Steven Soderbergh donnait un Kafka, thriller mystérieux dans lequel l’écrivain était incarné par le Britannique Jeremy Irons. Ici, c’est la cinéaste franco-polonaise Agnieszka Holland qui s’empare de l’auteur du Procès pour brosser un biopic « éclaté » mêlant les thèmes et les époques pour saisir l’essence d’un écrivain complexe et torturé (l’acteur tchèque Idan Weiss), vivant dans une sorte de cauchemar éveillé et qui se demande : « Pourquoi personne ne comprend la valeur des mots ». La réalisatrice du Complot (1988), Europa Europa (1990), L’ombre de Staline (2019) ou Green Border (2023) qui lui valut d’être la victime d’une campagne de haine en ligne, construit un film patchwork qui donne des pistes sur la vie et l’oeuvre de Kafka (1883-1924) mais évoque aussi des événements ultérieurs comme l’exploitation touristique du personnage dans la Prague d’aujourd’hui ou le sort de ses proches confrontés, pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’occupation allemande de la Bohême. Dans un interview, la cinéaste a déclaré : « On sait tout de lui et on ne sait rien. J’ai essayé de le restituer autrement, de presque le toucher, de le rendre vivant sans passer par les figures imposées. » (Blaq Out)
LE JUSTICIER DE LA SIERRA
Depuis qu’il a raccroché ses armes de pistolero, John Sands se consacre à la gestion d’un petit commerce dans un village proche du Mexique. Lorsqu’il fait la connaissance de Jean « Dusty » Stewart, il apprend par celle-ci que son frère a été froidement abattu par un groupe de cow-boys à la solde de Matt Garson, dans la ville de Centennial. Propriétaire du saloon de la ville, Garson contrôle une grande partie de la région et y fait appliquer sa propre loi. Sands décide alors de ressortir son artillerie et de mener l’enquête sur place. Il doit alors faire face à la « loi » de Garson et à ses trois tueurs, tout en étant dans le collimateur des autorités locales… Réalisateur de westerns de série B, Lesley Selander (1900-1979) a mis en scène, entre les années 30 et 60, de multiples films dont beaucoup sont restés inédits sur les écrans français. Tourné en 1948, Panhandle (en v.o.), présenté dans une bonne version restauré, n’est pas un western particulièrement remarquable mais il a cependant des qualités qui méritent qu’on s’y arrête. Ainsi, Selander reçoit, ici, l’aide d’un personnage qui s’imposera, plus tard, comme l’auteur de Diamants sur canapé (1961), The Party (1968), Victor Victoria (1982) et de la série de la Panthère rose (1963-1993). On parle bien sûr de Blake Edwards qui participe, ici, à la production du film, à son scénario et qui présent aussi devant la caméra en incarnant Schofield, le sinistre (mais aussi fantaisiste) bras droit du méchant Garson. Si l’action est conventionnelle, la mise en scène est rythmée et rapide et propose de bonnes séquences qui mettent en valeur l’amitié, organisent un affrontement armé nocturne, un long et violent combat musclé et à poings nus, une course-poursuite à cheval, voire une étreinte amoureuse… Dans le rôle de Sands, on trouve l’acteur canadien Rod Cameron, un habitué du western qui tourna dans plus de cent productions. A ses côtés, incarnant la charmante Dusty, on remarque Cathy Downs qui fut, en 1946, Clementine dans La poursuite infernale (My Darling Clementine en v.o.) de John Ford. Un agréable western ! (Sidonis Calysta)
QUADRILLE
Le jeune acteur américain Carl Erikson est la sensation du moment. De passage à Paris, il est sollicité de toutes parts et donne, un peu par hasard, un autographe à Paulette Nanteuil, elle-même actrice reconnue en France, mais inconnue de lui. Charmé par la jeune femme, Carl espère la retrouver, mais elle lui a donné un faux nom, celui de son amie Claudine André, journaliste. Il se trouve que Carl Erikson a rendez-vous pour une interview avec Philippe de Morannes, rédacteur en chef de Paris Soir et, par ailleurs, amant de Paulette. Pour le remercier de lui avoir accordé un entretien, Philippe se fait, malgré lui, le complice du destin en offrant à Carl une place pour qu’il assiste, le soir même, au spectacle dans lequel joue Paulette. Carl va la voir dans sa loge, et Paulette, séduite, passe une nuit avec lui. Doit-elle quitter Philippe ou rompre avec Carl ? Et Philippe succombera-t-il aux charmes de Claudine, laquelle n’est elle-même pas insensible au charme du jeune acteur ? En 1938, Sacha Guitry adapte sa propre pièce et réussit, après Le nouveau testament et Mon père avait raison, tous deux de 1936, un nouveau fleuron (dans une nouvelle version Blu-ray) de ce qu’il fait le mieux, à savoir le théâtre filmé. C’est l’occasion pour Guitry de monopoliser l’attention, d’étourdir par son esprit et ses bons mots. Avec son personnage de Philippe, il est sur le devant de la scène mais il fait aussi la part belle à ses comédiens comme Jacqueline Delubac ou Pauline Carton. Et, dans ce tourbillon d’élégance, on retrouve avec plaisir, dans un rôle de garce, Gaby Morlay, vive et pétillante à l’inverse des lourds mélos dans lesquels on la vit souvent. Sur la bataille des sexes, un feu d’artifice ! C’est vif, gai, spirituel, légèrement immoral et joyeusement cynique… (Gaumont)
DÉSIRÉ
La belle Odette Cléry, actrice devenue la protégée d’un ministre, engage Désiré, un valet de chambre impeccable et très stylé. La nuit, Désiré et Madame Cléry rêvent l’un de l’autre : situation embarrassante et inavouable. Seulement voilà, ils rêvent tout haut ! En 1937, Sacha Guitry laisse éclater toute sa verve caustique en jonglant avec les situations alors scabreuses du théâtre de boulevard. Il s’offre avec Désiré un beau rôle et en fait de même avec son épouse Jacqueline Delubac, brillante Odette ! De son film (présenté dans une nouvelle version Blu-ray), Guitry a dit, dans une interview à Paris Soir: « S’il me fallait résumer Désiré en quelques lignes et d’un seul trait, je dirais que c’est l’histoire d’un homme dont le physique, l’assurance et la profession, précisément héréditaire, ne sont pas tout à fait en accord avec ses goûts et sa mentalité. Fils, petit-fils, arrière-petit-fils de domestique, il éprouve à obéir une véritable volupté – et d’ailleurs il le dit lui-même : « servir, c’est quelque chose de merveilleux. C’est avoir le droit d’être sans volonté… » Mais, hélas! Toute médaille a son revers et il n’a de goût réel que pour ses patronnes – et ce serait le drame de sa vie si je n’avais pas préféré en faire une comédie qui parfois est une comédie bouffe. » (Gaumont)
LES PERLES DE LA COURONNE
L’historien Jean Martin raconte à sa jeune épouse Françoise, l’histoire fabuleuse d’un collier composé de sept perles fines, jadis offert par le pape Clément VII à sa nièce Catherine de Médicis, quelques mois avant le mariage de cette dernière avec le futur Henri II. Par la suite, elle offre le collier à Mary Stuart, qui veuve de François II, retourne en Ecosse. Déposé dans un coffret, le collier est dérobé par trois voleurs. Seulement quatre perles sont remises à Élisabeth Ière après l’exécution de Marie Stuart, et ornent désormais les arceaux de la couronne royale britannique. Les trois dernières perles ont mystérieusement disparu. Jean Martin décide alors de partir en quête des joyaux manquants, imité en cela par un officier de la maison royale anglaise et un camérier du pape. A l’issue d’une folle cavalcade historique, tous se retrouvent à bord du paquebot Normandie qui fait route vers New York. Après un dîner dans la grande salle à manger de première classe, Jean Martin récupère une perle dans une serviette de table pour un bref instant. Guitry avait décliné une offre de participation au voyage inaugural du Normandie, en mai-juin 1935. Le tournage du film, en 1937, marque ainsi sa rencontre avec le paquebot qui lui fait très forte impression. Pour ne pas déranger le confort des passagers, la Compagnie générale transatlantique accepta le tournage en dehors des voyages. L’ensemble des scènes finales (on y voit le grand escalier du salon fumoir) ont été tournées au Havre, lors d’une immobilisation technique. En 1937, Sacha Guitry donne un divertissement « historique » (dans une nouvelle édition Blu-ray) dans lequel il croque avec délices têtes couronnées et séductrices décaties. (Gaumont)
REMONTONS LES CHAMPS ELYSÉES
De la place de la Concorde en 1617 à la place de l’Etoile en 1938, voici l’histoire des Champs-Élysées, racontée par un instituteur descendant à la fois de Louis XV, de Marat et de Napoléon Ier. Cet enseignant évoque ainsi l’assassinat de Concino Concini, les circonstances qui amenèrent Louis XV, las de la marquise de Pompadour, à faire aménager le Parc-aux-Cerfs, l’établissement des premiers théâtres de marionnettes sur les Champs-Élysées, la mort du Bien-Aimé annoncée par celle, survenue six mois auparavant, du ministre Chauvelin, et son enterrement nocturne, les noires heures de la Terreur, la rencontre, fortuite et improbable, entre Bonaparte et Napoléon, celui-ci reprochant à celui-là d’avoir trahi ses idéaux de jeunesse, l’assassinat nocturne de l’inventeur du gaz d’éclairage, les débuts parisiens de Richard Wagner, le retour des cendres de l’Empereur en 1840, le départ de Louis-Philippe pour l’exil, le succès des chansons de Béranger et le triomphe des valses de Métra, un bal à la cour de Napoléon III… En 1938, Sacha Guitry s’amuse ! Le défilé d’hommes et de femmes illustres mais aussi de parfaits anonymes dans Remontons les Champs-Elysées (dans une nouvelle édition Blu-ray) a de quoi faire froncer le sourcil à l’historien scrupuleux. Mais ce n’est pas le souci de Guitry qui aime à jouer à jongler avec le passé et le patrimoine, tout en faisant défiler une ribambelle de comédiens… (Gaumont)
FREEWAY
Avec une mère, Ramona, qui se prostitue pour payer son crack et un beau-père, Larry, en liberté conditionnelle, qui la pelote, Vanessa Lutz, seize ans, adolescente analphabète, est loin d’avoir une vie de princesse. Après l’arrestation de ses parents, elle ligote l’assistante sociale qui veut la placer une fois de plus dans une famille d’accueil, dit au revoir à son ami Chopper qui lui offre son revolver et décide, tel le Petit chaperon rouge, de partir rejoindre sa grand-mère qui vit dans une caravane à quelques centaines de kilomètres. En chemin, la gamine rencontre Bob Wolverton, psychologue pour enfants le jour… mais surtout Grand méchant loup la nuit ! Au cours du trajet, Bob gagne progressivement la confiance de Vanessa, qui se confie sur sa vie chaotique et les abus sexuels qu’elle a subis de son beau-père et dans ses foyers d’accueil. Prétextant vouloir l’aider au moyen d’une thérapie expérimentale, Bob lui pose des questions de plus en plus perverses et humiliantes… En 1996, l’Américain Matthew Bright revisite Le Petit chaperon rouge et propose un thriller efficace et au ton cynique et grinçant. Le récit est bien rythmé et embarque le spectateur dans les pas de Vanessa qui va passer par la case prison avant de s’évader au cours d’un transfert et de faire éclater la vérité sur l’affreux Wolverton et de lui faire son affaire… Agée de 19 ans, Reese Whitherspoon est au tout début de sa carrière même si on l’a vu, en 1991, en tête d’affiche d’Un été en Louisiane de Robert Mulligan et on sent qu’elle s’amuse résolument avec le personnage de Vanessa. Devenu célèbre avec Jack Bauer, le héros de la série 24 heures chrono, Kiefer Sutherland se régale, lui aussi, de camper un gros psychopathe qui finira dans le lit de Mère-grand ! (Metropolitan).
LE ROI DES CHAMPS ELYSÉES
Surnommé « L’homme qui ne rit jamais », Buster Keaton (1895-1966), orfèvre absolu du gag, est l’une des plus grandes figures du cinéma américain. Célèbre pour son flegme, il réalisa des films comme Sherlock Junior (1924), Le mécano de la « General » (1926), Cadet d’eau douce (1928) ou L’opérateur (1928). Du Mécano…, Orson Welles dit que c’était « la plus grande comédie jamais réalisée (…) et peut-être le plus grand film jamais réalisé ». Charlie Chaplin le considérait comme son modèle tandis que le critique Roger Ebert estima qu’il était « le plus grand acteur-réalisateur de l’histoire du cinéma ». Au début des années trente, Buster Keaton vit la période la plus sombre de sa carrière. Après un divorce qui l’abat moralement, il se dispute avec Louis B. Mayer, grand patron des studios MGM, qui le met à la porte à la fin du tournage du Roi de la bière (1933) d’Edward Sedgwick. Keaton, qui a perdu la liberté de création dont il jouissait à l’époque du muet, noie son chagrin dans l’alcool et doit suivre une cure de désintoxication. Il part alors tourner deux films en Europe dont, en 1934, Le roi des Champs-Elysées mis en scène à Paris par Max Nosseck. Keaton y tient deux rôles, celui de Buster Garner, un aspirant acteur maladroit et celui de Jim le balafré, un gangster américain. Contenant très peu de dialogues (ceux de Keaton sont doublés), Le roi des Champs Elysées, dans lequel joue notamment Paulette Dubost, propose de nombreuses séquences burlesques et des gags visuels qui font clairement référence au muet. Le gag final montre Keaton le pince-sans-rire s’épanouir dans un grand sourire après avoir été embrassé. En 1950, Billy Wilder rendit hommage à Keaton en lui offrant une belle scène dans Sunset Boulevard. Charlie Chaplin en fit de même, en 1952, dans Les feux de la rampe. Jamais sorti en salle aux États-Unis, ce film est une curiosité à découvrir pour tous les fans de Keaton. (Gaumont)
CITY OF FIRE
A la suite d’un assassinat en plein quartier populaire de Hong Kong, l’inspecteur Lau charge un de ses meilleurs flics d’infiltrer un gang de dangereux malfaiteurs. Ko Chow devient ainsi une « taupe », tout à la fois suspectée par les braqueurs et poursuivie par la police qui ignore tout de sa véritable identité. Après un hold-up particulièrement sanglant, Chow se lie d’amitié avec son chef de bande, l’implacable mais loyal Lee Fu… Le réalisateur Ringo Lam (1955-2018) est l’une des hautes figures du cinéma d’action made in Hong Kong. Après ses études de cinéma à Toronto (Canada), il retourne chez lui, signe quelques comédies. Le succès commercial de Mad Mission 4 (1986) va lui permettre d’écrire le scénario, de produire et de mettre en scène City of Fire (1987). Le film obtiendra le prix du meilleur réalisateur lors des Hong Kong Film Awards 1988. Quentin Tarantino a reconnu s’être inspiré de City of Fire pour réaliser Reservoir Dogs (1992). Sec, nerveux, rapide, le film de Lam (qui poursuivra ensuite largement dans la même veine) est devenu un classique du polar hongkongais des années 80. S’il manie l’action et l’humour, l’amour et le drame, il se distingue aussi par son intensité et sa profondeur. Le récit met en avant les dilemmes moraux du héros infiltré, pris entre sa loyauté envers la police et les liens humains, voire d’amitié qu’il développe avec les criminels, une ambivalence qui donne au film une vraie richesse émotionnelle et une tension constante. Enfin City of Fire est porté par une double interprétation de qualité avec Danny Lee (Lee Fu) et Chow Yun-fat (Ko Chow), deux comédiens qui partageront à nouveau l’affiche dans un autre grand film d’action hongkongais, The Killer (1989), cette fois de John Woo. Puissant ! (Metropolitan)
NEW YORK CONNECTION
Sean Boyd est un ex-flic devenu chauffeur routier. Lorsque sa fille, Kathy est kidnappée par le truand Gus Soltic, Boyd se lance à sa poursuite à pied. Commence une course-poursuite haletante dans les ruelles mal famées du Bronx, durant laquelle Boyd devra retrouver sa fille mais aussi échapper à une bande de malfrats portoricains et à ses anciens collègues policiers, notamment un sergent qu’il avait fait condamner pour des manquements à l’éthique… Le réalisateur Richard Butler (1927-2023) a surtout eu une carrière à la télévision, dirigeant de nombreux épisodes de séries cultes comme Star Trek, Batman, Hill Street Blues et Remington Steele. Il était également reconnu pour sa capacité à créer une esthétique visuelle urbaine, privilégiant un rendu réaliste, parfois « poussiéreux » et « rouillé ». C’est le cas, ici, en 1980, dans New York Connection, parfois intitulé Fort Bronx et Night of the Juggler (en v.o.) qui brosse un portrait du New York des années 1970/1980, une ville sale, inquiétante, avec des ruelles sinistres et dangereuses. L’intrigue tient sur une feuille de papier-cigarette avec un type (James Brolin) qui constate que sa fille a été enlevée à la suite d’un malentendu, le méchant (Cliff Gorman) l’ayant confondu avec la fille d’un riche magnat de l’immobilier qu’il tient pour responsable de la décrépitude de son quartier. Commence alors une course-poursuite à pied et en voiture dans les coins les plus pourris du Bronx mais également dans le métro et les égouts de la ville… Il reste que le cinéaste, même s’il fait l’impasse sur un certain nombre d’incohérences, sait donner du rythme à son polar si bien qu’on peut se laisser embarquer… Dans les suppléments, on trouve une présentation du film par Olivier Père (25 mn), 47 ans plus tard, un entretien avec James Brolin (14 mn), La douce Maria, un entretien avec Julie Carmen (14 mn), Pandemonium Reflex, Sydney Furie et NY Connection (14 mn). Le coffret comprend aussi un livret (24 p.) écrit par Marc Toullec. (Sidonis Calysta)
GERALD LE CONQUERANT
Plutôt grande gueule, Gérald s’est donné pour mission de redonner tout son éclat à sa région de coeur, la Normandie. Pour redorer le blason normand, il s’est mis en tête de bâtir le plus grand parc d’attractions du pays, à la gloire de Guillaume le conquérant, duc de Normandie puis roi d’Angleterre du 11e siècle . Mais attention, il a envie de mettre sur pied un parc… identitaire ! « Rien à voir, dit-il, avec Disney ! Mickey est un rat. Comme tous les Américains… » Pour parvenir à ses fins, le gaillard est prêt à aller loin, très loin. Quitte à franchir toutes les limites… Humoriste, metteur en scène, acteur, scénariste et réalisateur français, Fabrice Eboué a commencé sa carrière de metteur en scène (en compagnie de Lionel Steketee et Thomas Ngijol), en 2011, avec Case départ, une comédie bien accueillie par le public. Gérald le conquérant est son cinquième film, derrière et aussi devant la caméra, puisqu’il interprète le tonique et faussement bonhomme Gérald. Présenté comme un faux documentaire, un peu dans la veine du fameux Striptease, le film permet à l’humoriste d’y aller de bon coeur et d’en mettre plein la tête aux minables, aux poseurs, aux cons et aux… Parisiens (dont il se plaît à squatter les résidences secondaires), Gérald avouant qu’il aimerait être une mouette… « pour chier sur la tête des Parisiens ». On l’a compris, Fabrice Eboué tire à l’arme lourde dans ce rendez-vous loufoque avec l’histoire normande. Plutôt barré, le film ne fait pas dans la dentelle mais il nous vaut quelques éclats de rire. (Wild Side)
L’ELUE
Liz et Malcolm partent pour un week-end d’anniversaire romantique dans un chalet loin du monde. Lorsque Malcolm (Rossif Sutherland, second fils du grand Donald) doit retourner précipitamment en ville pour son travail, Liz (Tatiana Maslany) se retrouve isolée dans cet endroit au fond des bois, confrontée à une présence maléfique qui révèle les terrifiants secrets du chalet. Fils du grand Anthony Perkins (Norman Bates dans le Psychose de Hitchock), Osgood Perkins s’est fait une spécialité du folk horror, un sous-genre du cinéma d’horreur qui détourne des éléments folkloriques dans un but horrifique, notamment dans Gretel et Hansel (2020). Il va connaître le succès commercial et critique en 2024 avec Longlegs, interprété par Malika Monroe et Nicolas Cage, qui suit Lee Harker, nouvelle recrue du FBI, qui se voit confier une affaire non-résolue sur un tueur en série surnommé Longlegs. Son enquête va se complexifier avec la découverte de preuves liées à l’occultisme. Avec Keeper (en v.o.), Osgood est, ici, un peu en-dessous même s’il réussit à faire monter la tension au fur et à mesure que la présence surnaturelle s’intensifie et se répand. Pour ce séjour idyllique qui vire au cauchemar, le cinéaste distille l’inconfort et privilégie l’atmosphère et le malaise à l’action dans une mise en scène qui aime à jouer des ruptures de ton. Cette édition Bl-ray de L’élue comprend deux autres films d’Oz Perkins, en l’occurrence Longlegs (2024) et The Monkey (2025). Quand les forces maléfiques s’insinuent partout… (Metropolitan)
LA FABRIQUE DES MONSTRES
Dans le vieux château de Grottegroin, un savant fou fabrique, rafistole et invente sans cesse des monstres farfelus. P’tit Cousu, sa toute première création oubliée avec le temps, sert de guide aux nouveaux monstres. Jusqu’au jour où un cirque arrive en ville. A la recherche d’une nouvelle attraction, son propriétaire Fulbert Montremonstre tente par tous les moyens d’accéder à cette fabrique de monstres. P’tit Cousu pourrait bien être la star de son futur spectacle. L’Anglais Steve Hudson et l’Allemand Toby Genkel signent, ici un film d’horreur qui ne donnera pourtant pas de cauchemar aux plus jeunes spectateurs. Mais ils goûteront cependant, avec ce film d’animation européen, quelques frissons dans les traces de l’affable P’tit Cousu qui donne des clés pour faire face à ses peurs ou à célébrer les différences. Une jolie histoire qui fait parfois songer à l’esthétique du cinéma de Tim Burton, avec des monstres colorés, excentriques et sympathiques. Un bon divertissement joyeusement lugubre… (Wild Side)
