TROIS PAPAS POULES, UNE INFIRMIERE IRANIENNE ET UN FLIC DÉTRAQUÉ

Trois Hommes Couffin3 HOMMES ET UN COUFFIN
Jacques, Pierre et Michel, trois célibataires, vivent ensemble dans un très grand appartement au centre de Paris. Un soir, Jacques, steward de profession, accepte de servir de transitaire à un paquet qu’un ami va lui livrer le lendemain. Ayant à peine eu le temps de prévenir ses amis, il part en Extrême-Orient pour plusieurs semaines. Quand arrive le « paquet », il se trouve que c’est un bébé, apparemment la fille de Jacques, que sa mère, Sylvia, lui envoie sous prétexte que son travail l’empêche de s’occuper d’elle. Les deux amis, très attachés à leur vie de célibataires sans enfants, se trouvent contraints de s’en occuper avec beaucoup de réticence. Totalement inexpérimentés, ils se retrouvent vite débordés par le travail que nécessite un nourrisson, avec son lot de biberons, de couches et de nuits d’insomnie. Un matin, deux individus viennent réclamer le « paquet ». Soulagés, ils leur remettent le couffin, mais se rendent immédiatement compte que le « paquet » que les deux hommes attendaient était un colis de drogue. Pierre et Michel récupèrent in extremis la petite Marie mais doivent désormais rendre au plus vite la drogue à des trafiquants menaçants. Jacques finit par rentrer de voyage. Le bébé est rendu à sa mère et ne tarde pas, à leur propre surprise, à leur manquer cruellement. Finalement la mère de l’enfant le ramène aux colocataires. Ainsi commence à s’organiser la vie nouvelle des trois hommes avec le bébé. Plus de quarante ans après sa sortie, 3 hommes et un couffin conserve toute son efficacité et sa modernité. Immense succès populaire avec plus de dix millions d’entrées en France et près de 37 millions de spectateurs à travers le monde, la comédie de Coline Serreau s’est imposée comme un véritable phénomène de société. Un triomphe qui s’est prolongé bien au-delà des salles obscures, au fil de ses innombrables diffusions télévisées, faisant entrer ses répliques et ses personnages dans le patrimoine de plusieurs générations de spectateurs. Réalisatrice et scénaristes, Coline Serreau signe ici l’un de ses plus grands succès, porté par un trio: André Dussollier (Jacques), Roland Giraud (Pierre) et Michel Boujenah (Michel), dont la complicité irrésistible fait toujours mouche. À leurs côtés, Philippine Leroy-Beaulieu, Dominique Lavanant et Marthe Villalonga contribuent également à la réussite de ce film culte. Si le film est avant tout une efficace comédie aux situations savoureuses, il se distingue aussi par sa remarquable modernité. En plaçant trois célibataires face aux responsabilités de la paternité, la cinéaste détourne avec malice les stéréotypes de genre et esquisse, dès le milieu des années 1980, une réflexion sur la répartition des rôles au sein du foyer, ainsi que sur les modèles familiaux qui s’éloignent des schémas traditionnels. Sous le rire, se dessine ainsi un regard tendre et étonnamment précurseur sur l’évolution de la société. Entre humour, émotion et observation sociale, 3 hommes… (qui sort dans une édition limitée combo Blu-ray/DVD) demeure un film intemporel, frais et pertinent. Pour résumer son film, la cinéaste lancera : « C’est l’histoire de trois crétins qui deviennent intelligents, voilà ». (Rimini éditions)
Woman ChildWOMAN AND CHILD
Mahnaz est une infirmière veuve, de la quarantaine, qui élève, seule, ses deux enfants et se bat avec Aliyar, 13 ans, adolescent en difficulté. Alors qu’elle s’apprête à épouser Hamid, son fiancé, Aliyar est renvoyé de l’école pour avoir coincé une allumette dans le cadenas du portail… Lorsqu’un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation… Le film s’ouvre sur Mahnaz, qui s’apprête à officialiser sa relation avec Hamid, un infirmier divorcé. Pour que le mariage soit accepté par la famille de Hamid, Mahnaz consent à cacher l’existence de ses enfants pendant les présentations familiales. Elle les confie temporairement à son ex-beau-père, le grand-père d’Aliyar, figure autoritaire et irresponsable. Celui-ci enferme le gamin dans une chambre. Croyant que sa mère est en train de jeter ses affaires, il tente de s’échapper par la fenêtre et fait une chute mortelle. Découvert en 2016 avec son premier long-métrage, Life and a Day, Saeed Roustayi a connu le succès public et critique avec La loi de Téhéran (2019), un thriller social sur la lutte anti-drogue, nommé au César du meilleur film étranger en 2022. Son troisième film, Leila et ses frères est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2022. L’année suivante, le cinéaste iranien et son producteur sont condamnés à six mois de prison par un tribunal de Téhéran qui les reconnaît coupables de « contribuer à la propagande de l’opposition contre le système islamique » à la suite de la projection du film à Cannes. Roustayi est de retour sur la Croisette en 2025 avec son quatrième « long », Woman and Child. Il est alors critiqué par une association de cinéastes iraniens pour avoir demandé une autorisation de tournage officielle au régime iranien. Avec Woman and Child, le réalisateur de 36 ans propose le portrait poignant et sans concession d’une femme affrontant un système judiciaire injuste envers les femmes, où les pères, les maris, les grands-pères détiennent tous les droits, y compris celui de garde des enfants, et se placent comme des complices actifs de l’oppression. On suit ainsi au plus près l’effondrement psychologique de Mahnaz (interprétée par la bouleversante Parinaz Izadyar, déjà présente dans La loi de Téhéran) face à un patriarcat omniprésent, manipulateur et égoïste. Marginalisée et progressivement dépossédée de ses biens, de ses souvenirs, de son rôle de mère, Mahnaz doit même affronter la trahison de Mehri, sa sœur cadette enceinte et piégée dans une relation toxique avec Hamid. Mélodrame intense et oppressant sur le patriarcat et ses mécanismes, Woman and Child, sans manichéisme, interroge : Peut-on obtenir réparation dans une société où les règles sont écrites par et pour les hommes ? Mahnaz va trouver la force de se rebeller et de se reconstruire malgré les épreuves. Une marche ardue vers une forme de libération… (Diaphana)
The OffenceTHE OFFENCE
Policier expérimenté à l’oeuvre depuis longtemps dans une banlieue anglaise triste, voire sinistre, le sergent Stephen Johnson est las, après des années de service, et surtout profondément marqué par les crimes violents et les abus qu’il a vus au cours de sa carrière. Une nouvelle fois, un drame s’est déroulé dans cette grise banlieue. Une jeune fille a disparu. Une ménagère, revenant de ses courses, a remarqué un homme au loin, s’éloignant avec une fillette. Pour Johnson, sur qui se posent des regards navrés ou hostiles, c’est une fois de plus, une épouvantable routine. Alors, lorsqu’un homme éméché est arrêté et conduit au poste de police, le sergent va, peu à peu, perdre son sang froid. Convaincu que ce Kenneth Baxter est bien impliqué dans une série d’agressions sexuelles sur des jeunes filles, le flic va mener un interrogatoire musclé qui tourne mal. En 1973, Sidney Lumet est déjà un cinéaste très expérimenté. Après des années au théâtre et surtout à la télévision, il connaît d’emblée le succès public et critique avec Douze hommes en colère (1957). Suivront Le prêteur sur gages (1964) ou La colline des hommes perdus (1965) dans lequel il dirige pour la première fois Sean Connery. C’est d’ailleurs l’acteur écossais, séduit par ce personnage de flic usé par la violence, qui mit tout son poids dans l’aventure pour permettre au film de se faire. Sean Connery négocie avec United Artists et s’engage à tourner son dernier James Bond si le studio finance The Offence. Mais le film sera mal distribué et restera longtemps inédit pour préserver l’image de 007. Pour rendre les états d’âme du sergent Johnson et sa folie grandissante, le cinéaste américain recourt à des effets psychédéliques, à des distorsions de l’image et du son, ainsi qu’à des moments de caméra subjective. Ce huis-clos réaliste et oppressant prend alors d’étranges tours fantastiques. Dans ce film plutôt atypique pour lui et fondé sur une pièce de théâtre, Lumet (1924-2011) joue sur plusieurs tableaux, mêlant les événements qui ont conduit à l’interrogatoire fatal, l’interrogatoire lui-même et la confrontation entre Johnson et Baxter, ainsi que les conséquences immédiates de l’acte de Johnson, y compris son propre interrogatoire par un supérieur… En creusant l’esprit tourmenté du sergent et en explorant la manière dont sa santé mentale vacille, le cinéaste aborde des sujets controversés pour l’époque, notamment la brutalité policière et les abus sexuels sur mineurs. Il interroge aussi sur la nature de la culpabilité et les effets à long terme de l’exposition à la violence sur ceux chargés de faire respecter la loi. Bien accueilli par la critique mais négligé par les spectateurs, The Offence, inédit en France, sort dans une belle édition collector Blu-ray/DVD. Dans les suppléments, on trouve notamment un remarquable documentaire (The Offence dans le cinéma policier des années 70) qui fait des ponts entre l’oeuvre de Lumet et des films comme Dirty Harry avec Clint Eastwood ou French connection, tous deux sortis en 1971, et mettant en scène des flics hantés par toutes les horreurs qu’ils avaient pu voir… (Wild Side)
Nouvelle Vague Cinema IndienNOUVELLE VAGUE DU CINEMA INDIEN
Loin de se réduire au faste de Bollywood, le cinéma indien possède une riche tradition de films d’auteur, profondément ancrés dans les réalités sociales, culturelles et spirituelles de cet immense pays. Issus de différentes régions de l’Inde – du Karnataka au Manipur en passant par le Kerala , les cinq longs-métrages à découvrir pour la première fois en Blu-ray, réunis dans ce coffret 3 disques, illustrent la pluralité et la profondeur de ce cinéma dit « parallèle », et témoignent de décennies d’intense effervescence formelle et politique. Splendidement restaurés à l’initiative de la Film Heritage Foundation, voici une célébration de la mémoire du cinéma indien à travers cinq pépites majeures. Le rituel (Ghatashraddha, 1977 – 115 mn) de Girish Kasaravalli raconte l’histoire du jeune Nani qui fait son entrée dans une école védique dirigée par Udupa. Harcelé par d’autres élèves, il trouve du réconfort auprès de Yamuna, la fille du professeur, mais celle-ci cache un lourd secret… Thampu (Thamp̄, 1978 – 130 mn) de Govindan Aravindan met en scène une troupe de cirque ambulante qui fait étape dans un village côtier du Kerala. Notables et paysans, tous les habitants sont conviés à assister à leurs représentations… La présence de ces artistes va bouleverser la vie de certains habitants, le temps du spectacle ou le temps d’une vie… Kummatty (1979 – 89 mn) de Govindan Aravindan est un personnage issu du folklore malabar qui parcourt les routes de la campagne indienne en chantant et en dansant. Le jeune Chinda et ses amis sont fascinés par ce vieil homme extravagant aux pouvoirs magiques… Un jour, Kummatty jette un sort aux enfants et les transforme en animaux. Le mirage (Maya Miriga, 1984 – 114 mn) de Nirad Mohapatra montre trois générations de la famille Choudhary, appartenant à la classe moyenne, vivant sous le même toit. Une succession d’événements va venir fissurer l’unité et l’harmonie de la maisonnée… Ishanou (1990 – 94 mn) de Aribam Syam Sharma raconte comment Tampha mène une vie heureuse auprès de sa mère, de son mari et de sa petite fille. Sa vie bascule lorsque la jeune femme se voit choisie par la divinité pour devenir prêtresse maibi… Dans les suppléments, on trouve un entretien avec Girish Kasaravalli (15 mn) à propos du Rituel, la restauration de Thampu et un entretien ( 8 mn) avec Ramu Aravindan, un entretien (28 mn) avec Jalaja et Shivendra Singh Dungarpur mené par Anupama Chopra, une présentation (6 mn) de Kummatty par Ramu Aravindan, la restauration du Mirage et, à propos de Ishanou, un entretien (19 mn) avec le réalisateur Aribam Syam Sharma, un entretien (12 mn) avec Kangabam Tomba et Shivendra Singh Dungarpur mené par Anupama Chopra. Enfin, à travers des analyses aussi captivantes qu’érudites, Jérôme Baron, directeur artistique du Festival des Trois Continents, invite à la (re)découverte du merveilleux travail de quatre cinéastes audacieux et visionnaires à travers le livret (44 pages) Les parallèles du cinéma indien : Lumières retrouvées.. (Carlotta)
The BrideTHE BRIDE !
C’est dans le Chicago des années trente, au fond d’un bar, que l’on fait la connaissance de la blonde et tonitruante Ida qui se montre menaçante envers un gros type en costumé rayé. Malheureusement, Lupino est un ponte de la mafia. La blonde finira au bas d’un escalier, la nuque et le corps cassés de partout. C’est aussi à Chicago que surgit un certain Frank, robuste gaillard qui cache son visage sous un large chapeau et une écharpe noire. Rongé par la solitude mais aussi un désir puissant pour une hypothétique compagne, cet homme sollicite le docteur Euphronious, une scientifique visionnaire afin qu’elle lui « fabrique » une compagne. Dans un cimetière, ils récupèrent le corps martyrisé d’Ida et le docteur Euphronious, par un mélange de connections électriques, va ressusciter la jeune femme. Revenue, sans le savoir, d’entre les morts, la fiancée de Frank va goûter une nouvelle existence. Cette seconde vie va la propulser dans un maelström d’événements qui dépassent tout ce que le jeune couple aurait pu imaginer… Maggie Gyllenhaal met ici les petits plats dans les grands. Sur fond de meurtres et d’incessantes cavales façon Bonnie and Clyde, un couple hors-la-loi tente de vivre une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse alors que tout s’oppose à leur idylle, y compris la détermination de la fiancée à faire tomber un mafieux qui a largement abusé (et tué) d’innocentes proies féminines. La cinéaste propose une relecture d’un grand mythe de la littérature puis du grand écran en ciblant plus précisément La fiancée de Frankenstein (1935) de James Whale. Ici, c’est bien la fiancée qui tient le haut du pavé et de… l’affiche. Elle mène le bal et devient l’égérie d’un mouvement social aussi radical que débridé, dans lequel, au cri de « Attaque cérébrale », les femmes se font sa tête. Crinière blonde, sourcils décolorés, teint pâle, lèvres noires et tatouage sombre au coin de la bouche. Miss Gyllenhaal signe une œuvre très foisonnante qui a le mérite de ne jamais ralentir. L’histoire fait la part belle au cinéma d’antan et au musical siglé Busby Berkeley, avec des clins d’oeil aussi à Cabaret ou à L’ange bleu, la fiancée donnant une version personnelle de Falling in Love Again. L’interprétation emporte l’adhésion. Christian Bale est un Frankenstein torturé et couturé de toutes parts, Peter Sarsgaard, un flic paumé et Jake Gyllenhaal apparaît comme un lointain cousin de Fred Astaire. Enfin Maggie Gyllenhaal apporte un soin tout particulier à trois personnages féminins majeurs. Il en va ainsi du docteur Euphronious (Annette Benning) qui rend la vie à la fiancée, de l’inspecteur Myrna Mallow (Penelope Cruz) qui joue une carte très perso dans le dénouement et évidemment de la volcanique fiancée portée par la tonique Jessie Buckley. « Je t’aime jusqu’à la fin des temps, se disent les amants. Parce que nous sommes morts depuis le début ». (Warner)
Maigret Mort AmoureuxMAIGRET ET LE MORT AMOUREUX
Placide, Jules Maigret cure soigneusement sa pipe. Janvier, son adjoint s’inquiète : « Qu’est-ce qui se passe? Je n’aime pas ce faux rythme… » Il n’aura pas le temps de s’inquiéter longtemps. Le Quai d’Orsay réclame une « personne habilitée » pour une affaire sensible. L’ancien ambassadeur Berthier-Lagès a été retrouvé à son domicile parisien avec une balle dans la tête et quatre dans le corps. Mlle Larrieux, dite Jacotte, la domestique du diplomate, n’ est pas du genre causant. Elle va vite agacer Maigret en répondant à ses questions par des questions. Et elle se cabre lorsqu’on relève ses empreintes. Est-elle suspecte ? « Personne n’est suspect. Tout le monde l’est » lâche le commissaire. Et puis une armoire pleine de liasses de lettres achève de donner à cette enquête criminelle un tour étrange. Pascal Bonitzer s’attache, à son tour, au fameux policier imaginé par Georges Simenon et adapte, ici Maigret et les vieillards publié en 1960 au sortir d’une crise existentielle, le livre l’aidant à exorciser la question de l’âge. A son tour, le cinéaste se penche sur des personnages âgés et cependant pleins d’énergie… Denis Polydalès incarne un commissaire attachant aux prises avec les débuts d’internet et du téléphone portable… qu’il s’applique à ne pas n’utiliser. Un type qui mijote, pour sa femme et lui, de bons petits plats et les accompagne d’un Saint-Julien de chez Guigal, ne peut pas être mauvais. Si, comme il le dit au procureur, il va à son rythme, Maigret ne lâche jamais son os. Et il « traque » cette Jacotte qui semble cependant lui échapper. Chapeau, pipe et imperméable, Denis Podalydès, en jouant sur l’intériorité du policier, s’inscrit dans la bonne tradition de Maigret. A ses côtés, on retrouve avec bonheur, dans le rôle de l’énigmatique Jacotte, la magnifique Anne Alvaro. On se souvient toujours de sa prestation en tragédienne/prof d’anglais, en 2000, dans Le goût des autres au côté de Jean-Pierre Bacri ! Autour d’eux, on remarque Dominique Reymond (Izi de Vuynes), Laurent Poitrenaud, Micha Lescot, Julia Faure, Hugues Quester ou Noël Simsolo… Si le film parle beaucoup, ce Maigret et le mort amoureux, certes conventionnel, est pourtant souvent savoureux et se regarde agréablement. (Pyramide)
Victor Tout MondeVICTOR COMME TOUT LE MONDE
Robert Zucchini a tout d’un homme ordinaire. Mais quand il franchit les portes du théâtre, c’est un autre personnage qui naît ! Un comédien habité par l’oeuvre de Victor Hugo. Chaque soir (des séquences ont été tournées lors des représentations de Fabrice Lucchini au Théâtre de la Porte Saint-Martin), il remplit la salle et comble les spectateurs en leur transmettant son amour des mots. Parlant de la perte de Léopoldine, la fille de 19 ans ou évoquant avec fougue Booz endormi et « l’heure tranquille où les lions vont boire. » Pourtant l’acteur semble aussi traîner une douce mélancolie. Un jour, il apprend la disparition de celle qui fut autrefois sa femme et la mère de Lisbeth, cette fille qu’il a complètement perdu de vue. Et si c’était enfin le moment de renouer le lien ? Et si, pour une fois, aimer valait mieux qu’admirer ? Victor comme tout le monde, c’est de l’absolu sur-mesure pour Fabrice Luchini, présent constamment à l’image. Du personnage de Robert Zucchini, le réalisateur Pascal Bonitzer dit : « Ce n’est pas Fabrice. C’est un personnage issu d’un monde parallèle. À la fois complètement lui et pas du tout. » Avec cette histoire écrite par Sophie Fillières avant sa disparition prématurée en 2023, on se glisse dans une agréable fiction. Luchini ou pas Luchini, c’est justement ce jeu qui donne tout son charme à Victor comme tout le monde. Les fans de Fabrice Lucchini trouveront, ici, de quoi satisfaire leur passion et il en va probablement de même pour les amateurs de Victor Hugo. Auquel Zucchini/Lucchini rend un bel hommage quasiment lyrique. Au final, voici un film en trompe-l’œil, un feuilleté temporel et imaginaire où les fictions s’interpénètrent. Entre Hugo et Zucchini, passé et présent, fantasmes et réalité, deux hommes perdus, chacun à leur manière, apparaissent drôles et mélancoliques, tendres et âpres. C’est touchant à souhait. (Blaq Out)
Crime 3e EtageLE CRIME DU 3E ÉTAGE
François Tarnowski est écrivain et, dans son bel appartement parisien, il sort de son pyjama pour endosser les moustaches et les tenues 19e siècle de son personnage principal, le marquis de la Rose, qui croise le fer avec de sombres individus. Sa compagne, Colette Courreau, enseigne le cinéma à la Sorbonne et s’est imposée comme une spécialiste de l’oeuvre d’Alfred Hitchcock. Un jour, un nouveau voisin s’installe en face de chez eux, un étage en-dessous. Yann Kerbec est un acteur qui joue Shakespeare dans un théâtre du 13e arrondissement. Ils invitent ses nouveaux voisins à une représentation de son Hamlet. Colette est ravie. François ronchonne. Les choses vont prendre une inquiétante tournure lorsqu’à sa fenêtre sur cour, Colette voit Kerbec menacer et frapper sa femme… Déclaration d’amour au cinéma, Le crime du 3e étage est un joyeux exercice de style. Avec ses fulgurances bienvenues et, évidemment, ses limites. De fait, le huitième long-métrage de Rémi Bezançon après de jolis moments de cinéma (Ma vie en l’air en 2005, Le premier jour du reste de ma vie en 2008 ou Le mystère Henri Pick en 2019), se veut un jeu de piste qui repose sur le fameux Fenêtre sur cour (1954). Un film-culte dans lequel Sir Alfred (on le voit passer dans le film comme dans ses propres rituelles apparitions) décide de ne jamais déplacer la caméra hors de l’appartement de Jeff (James Stewart), un reporter-photographe immobilisé dans un fauteuil roulant à la suite d’un accident. Tout comme Colette Courreau, Jeff voit ou croit voir un meurtre commis dans un appartement de l’autre côté de la cour. Le crime… est donc l’occasion de multiples hommages et clins d’oeil à Hitch. Gilles Lellouche en écrivain quelque part entre Vidocq et Agatha Christie et Laetitia Casta en enquêtrice amateure se font manifestement plaisir. Hitch disait qu’il fallait filmer les scènes d’amour comme des scènes de meurtre et inversement. Ici, l’enquête menée par François et Colette va leur permettre de sortir de leur routine quotidienne et de donner un nouvel élan à leur couple. Hitch, toujours lui, affirmait que plus le méchant est réussi, plus le film est bon. Guillaume Gallienne se charge donc de faire de son Kerbec un type suffisamment inquiétant. Quant au moment où François s’en va visiter l’appartement de Kerbec, c’est une séquence palpitante en forme de précis sur la manière dont Hitchcock considérait le suspense… Sympa. (M6)
Maison FemmesLA MAISON DES FEMMES
Jeune interne, Inès débute son stage à la Maison des femmes, au grand dam de sa mère, qui aurait préféré pour elle une place de stage plus prestigieuse. Ce n’est que temporaire, Inès a déjà un poste qui l’attend dans une clinique privée du 16e arrondissement de Paris. A la Maison des femmes, Inès est vite confrontée au quotidien d’un service qui se bat pour survivre: des patientes nombreuses, des moyens limités, la faillite menace. En plus, des inspecteurs de l’IGAS débarquent pour auditer la structure et critiquent la gestion administrative du service. Outre les soins médicaux, notamment la reconstruction de clitoris pour les femmes excisées, la Maison des femmes propose également un accompagnement psychologique et des ateliers (maquillage, photographie, fabrication de bijoux, karaté…) destinés à aider les patientes à reprendre confiance en elles. Ces ateliers ne vont-ils pas être considérés comme superflus par les inspecteurs de l’IGAS ? Pour sauver le service, Diane décide de partir à la chasse aux financements et s’efforce d’obtenir de la visibilité dans les médias: elle courtise des responsables de grandes entreprises, organise des spectacles de soutien, lance la vente de tee-shirts portant la mention « merci Simone » au profit de sa structure. Elle décide d’étendre la structure et de créer d’autres Maisons des femmes ailleurs en France. Quant à Manon, c’est une jeune mère qui lutte pour sauver son couple et partager équitablement sa charge mentale avec son compagnon. Le confinement dû à la pandémie de Covid-19 de 2020 arrive, perturbant fondamentalement les activités du service et mettant en danger vital les patientes, cloitrées au domicile familial avec leur agresseur. Par téléphone, Diane, Manon, Inès et Awa s’efforcent de continuer à les soutenir. Pour son premier long-métrage, Mélisa Godet met en lumière La Maison des femmes, structure associative pluridisciplinaire venant en aide aux femmes victimes de violences sexuelles créée en 2016 par la gynécologue Ghada Hatem-Gantzer et qui compte désormais une trentaine de Maisons à travers la France. La réalisatrice y filme avec beaucoup de justesse les femmes accueillies et les équipes qui les reçoivent. Elle peut se reposer sur un casting étincelant avec Karin Viard (Diane), Laetitia Dosch (Manon), Oulaya Amamra (Inès), Eye Haïdira (Awa), Juliette Armanet (Lucie) ou Aure Atika (la mère d’Inès). Autour de la question du soin, de l’écoute et de la solidarité, une œuvre importante, aussi poignante que lumineuse. (Pathé)
ChristyCHRISTY
De tous les sports, la boxe est assurément le plus cinégénique ! Le noble art a donné naissance à de bien beaux films. Que l’on songe à des pépites comme Raging Bull (1980), Plus dure sera la chute (1956), Gentleman Jim (1948), Nous avons gagné ce soir (1949) et, évidemment la saga Rocky (1976). Dans leurs films, Charlie Chaplin et Buster Keaton ont aussi rendu hommage à la boxe mais, ici, c’est plutôt au Million Dollar Baby (2005) de Clint Eastwood que l’on songe. En effet, le film de l’Australien David Michôd, sorti en 2025, est un biopic sur la boxeuse Christy Martin. Née en 1968 en Virginie-Occidentale, surnommée The Coal Miner’s Daughter (la fille du mineur de charbon), elle fut active sur le ring de 1989 à 2012, détenant le titre WBC féminin des super mi-moyens en 2009. Christy Martin n’avait jamais imaginé une vie au-delà de sa petite ville natale et minière, jusqu’à ce qu’elle découvre son talent pour mettre ses adversaires KO. Animée par son courage, sa détermination sans faille et son désir inébranlable de gagner, elle se lance dans le monde de la boxe sous la houlette de Jim, son entraîneur et manager devenu son mari. Mais si Christy affiche une personnalité déchaînée sur le ring, ses combats les plus difficiles (où elle est prise en charge par le fameux Don King, le promoteur de Cassius Clay) se déroulent en dehors : face à sa famille, à son identité sexuelle et à une relation toxique avec un mari violent qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort. Basée sur des faits réels, l’histoire de Christy Martin est celle de la résilience, du courage et de la lutte pour reprendre le contrôle de sa vie. Au début, Christy apparaît un peu gauche, mal dégrossie, silhouette encore incertaine dans sa tenue rose bonbon. Mais la gamine au gentil sourire, façonnée par la rudesse de la vie et par l’absence de tendresse, est une redoutable puncheuse qui se fiche d’être la première grande figure de la boxe féminine. Elle frappe fort pour gagner suffisamment d’argent afin de pouvoir quitter son bled et être un jour reconnue, respectée, voire trouver sa voie. Vue dans Reality (2023) ou La femme de ménage (2025), Sydney Sweeney donne une belle interprétation de cette battante que sait que rien ne lui sera offert sur un plateau. Et qui devra même se battre doublement sur le ring et dans sa vie privée pour survivre. De la boxe comme métaphore de la lutte pour l’égalité et la reconnaissance. (Metropolitan)
The DescentTHE DESCENT
En plein milieu du massif des Appalaches, six jeunes femmes se donnent rendez-vous pour une expédition spéléologique. Soudain, un éboulement bloque le chemin du retour. Alors qu’elles tentent de trouver une autre issue, elles réalisent qu’elles ne sont pas seules. Quelque chose est là, sous terre, avec elles… Quelque chose de terriblement dangereux décidé à les traquer une à une… Film d’horreur culte (au même titre que L’exorciste ou Les dents de la mer) réalisé en 2005 par le cinéaste britannique Neil Marshall, The Descent est aujourd’hui considéré comme un véritable chef-d’œuvre de la terreur absolue, qui a redéfini le genre du survival. Voici donc six amies piégées au milieu de grottes inexplorées. Alors que les tensions montent et que les issues se referment, elles réalisent rapidement que quelque chose d’inhumain chasse dans l’obscurité. Avec The Descent, interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en salles, le réalisateur, fasciné par l’univers des monstres mais aussi par les films de bandes, délivre une vraie vision d’horreur primitive qui aura marqué des générations de spectateurs terrorisés. Marshall joue sur les codes inhérents du genre et sur les références sans jamais copier ses maîtres. Alien, The Thing, Carrie, Delivrance ou encore Massacre à la tronçonneuse, l’histoire du cinéma d’épouvante est présente dans The Descent mais le réalisateur y ajoute audace et nouveauté. Peur du noir, du vide et de l’enfermement, les visions de l’horreur primitives sont bien là, accompagnées par la bande-son féroce de David Juylan. Restauré en 2025 par Pathé, The Descent sort dans une édition Steelbook collector limitée sur support 4K UHD et Blu-ray. Voici, dans une mise en scène nerveuse et oppressante, un film qui joue habilement sur la claustrophobie, la paranoïa et la psychologie de ses personnages. Le résultat est si surprenant qu’on en arrive à avoir du mal à respirer. Une expérience sensorielle terrifiante.… (Pathé)
Police Flash 80POLICE FLASH 80
Johnny Lansky est tombé. Mais ce n’est pas au champ d’honneur de la police nationale. Flic, Lansky l’était assurément mais c’était aussi une parfaite crapule qui en croquait allègrement avec les dealers qu’il devait traquer. Son fidèle copain Yvon Kastendeuch décide de faire payer les auteurs du crime. Car Lansky, comme il est dit dans son oraison funèbre, était un vrai flic. Il buvait, fumait et roulait vite… Pour contrer les méthodes « à l’ancienne » d’Yvon, son supérieur le propulse à la tête de Police Flash 80, une « unité d’élite » où il devra faire équipe avec Guilaine Roblot-Bernard, major de sa promo à l’école de police et… mère surmenée (Audrey Lamy). Ensemble, ils vont tenter de démanteler un trafic de drogue qui se cache derrière les activités culturelles d’une MJC dirigée par le sémillant mais un peu trop charmant Luc Le Timal… Avec Police Flash 80, Jean-Baptiste Saurel signe une comédie policière vintage qui se déroule au mitan des années 80 alors que le trafic de drogue prend une réelle ampleur dans la capitale. Les aventures cette improbable brigade permettent des digressions sur notre époque. « Vous verrez, dit un flic, un jour, il y aura des guetteurs sur le toit des barres pour prévenir les dealers au bas des immeubles de l’arrivée de la police… » Tout cela supposait un gros travail de reconstitution. Les décorateurs, les costumiers, les accessoiristes, le maquillage, les coiffeurs s’en sortent à leur avantage. Evidemment, la bande-son du film est au diapason avec Nuit sauvage (« La nuit est chaude… ») des Avions, Paris Latino de Bandolero, Kolé Séré de Philippe Lavil, Etienne Etienne de Guesch Patti, Pas toi de Jean-Jacques Goldman ou Le lac du Connemara de Michel Sardou, le chanteur préféré d’Yvon Kastendeuch… Le grand plaisir de ce film jubilatoirement rétro, c’est évidemment de voir le brillantissime François Damiens en beauf complet, flic pourri et inconscient qui, à propos de son usage du code de déontologie, affirme qu’il « se torche avec… » Joyeusement ringard et pas mal nostalgique ! (Pathé)
Reviens Jimmy Dean ReviensREVIENS JIMMY DEAN REVIENS
Vingt ans après la mort accidentelle du comédien James Dean (1931-1955), cinq admiratrices se retrouvent dans le bazar d’une petite ville du Texas, non loin de l’endroit où a été tourné son film Géant. Dans ce magasin de souvenirs, c’est l’occasion pour chacune d’entre elles de faire le bilan des années passées, des rêves perdus et des désillusions. Reviens Jimmy Dean Reviens, sorti en 1982, marque une étape singulière dans la carrière de Robert Altman (1925-2006). Au début des années 1980, après plusieurs échecs commerciaux, notamment Popeye (1980) , le réalisateur de M.A.S.H. se tourne vers le théâtre. Fasciné par la pièce d’Ed Graczyk, qu’il met lui-même en scène à Broadway avant de l’adapter au cinéma, le cinéaste américain signe avec ce film une œuvre intime et mélancolique, considéré comme une pépite oubliée de sa filmographie. Sous ses airs de chronique nostalgique autour du mythe James Dean, Reviens… se transforme en un huis clos doux-amer sur la mémoire, les désillusions et l’Amérique des rêves perdus. À travers les confidences, les silences et les faux-semblants de ses personnages, Robert Altman compose, avec une infinie tendresse, un bouleversant portrait de femmes marqué par le passage du temps, la maladie, le changement de sexe et la nostalgie d’une époque révolue. Porté par une mise en scène d’une grande inventivité, jouant avec les miroirs, les reflets et les glissements temporels, le film confirme aussi le talent unique d’Altman pour filmer les femmes. Le cinéaste offre à ses comédiennes quelques-uns de leurs plus beaux rôles, réunissant un casting exceptionnel composé de Sandy Dennis (Qui a peur de Virginia Woolf ?), Karen Black (Easy Rider), Kathy Bates (Misery) et la chanteuse Cher, alors au début de sa carrière d’actrice dramatique. Toutes livrent des performances d’une grande fragilité émotionnelle dans ce récit doux-amer entre nostalgie et humour. Récompensé en 1982 du prix du Meilleur lilm au Festival International de Chicago, Reviens Jimmy Dean Reviens était resté inédit en vidéo en France. Aujourd’hui, le film bénéficie enfin d’une édition en Blu-ray et en DVD permettant de redécouvrir cette œuvre magnifique, avec plus d’1 heure de suppléments sur l’édition Blu-ray. De beaux portraits de femmes ! (Rimini éditions)
Voyages TerezaLES VOYAGES DE TEREZA
Dans le but de stimuler l’économie, le gouvernement crée des colonies lointaines pour les personnes âgées. Teresa, une femme de 77 ans, qui a toujours vécu dans une petite ville industrielle d’Amazonie, se retrouve soudainement incluse dans ce programme en raison d’un abaissement du seuil d’âge. A quelques jours seulement de son déménagement, elle décide de défier son destin et se lance dans un voyage à travers l’Amazonie pour réaliser un dernier souhait : prendre l’avion pour la première fois. Comme elle n’obtient pas l’autorisation, elle embarque secrètement sur un bateau en tant que passagère clandestine et fait de nombreuses rencontres en cours de route. Malgré les revers et les échecs qui menacent de faire échouer son projet, elle parvient à utiliser les économies de toute une vie pour trouver le bonheur. En 2025, le cinéaste brésilien Gabriel Mascaro mêle road-movie, drame et réflexion sociale, avec une touche d’aventure et de rencontres transformatrices pour une oeuvre de science-fiction dans laquelle, au coeur d’une Amazonie déglinguée, une société se débarrasse du troisième âge, envoyé dans des camps afin de libérer le marché du travail et la disponibilité des proches à sa charge.. Avec une belle photographie et un ton à la fois poétique et critique, Les voyages de Tereza (qui a été couronné de l’Ours d’argent à la Berline 2025)… aborde des thèmes comme le vieillissement, la rébellion face à un système oppressif ou encore la quête de sens à un âge avancé. Cinéaste engagé, Mascaro traite de la vieillesse sans stéréotypes et livre une sobre dystopie dans une Amazonie reculée où les vieux, privés de tout droit, finissent dans des cages. Cette fable de la désobéissance prend un tour combatif lorsque les personnes âgées entonnent, à pleins poumons, des chants anarchistes. Peu à peu libérée de ses entraves psychiques et physiques, Tereza (Denise Weinberg) se lance dans une cavale à travers la jungle (on songe parfois au Fitzcarraldo de Herzog) qui prend des allures de voyage initiatique et qui va lui ouvrir de nouveaux horizons… (Blaq Out)
ColossalCOLOSSAL
Gloria n’a plus de travail, plus de fiancé et abuse des soirées trop arrosées. Contrainte de quitter New York, elle retourne dans sa ville natale, où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. En regardant des reportages télé sur un lézard géant qui terrorise et détruit Séoul, elle découvre que, grâce à la puissance de son esprit, elle est reliée mentalement à lui. Pour empêcher d’autres catastrophes provoquées par le gigantesque monstre dans d’autres villes, elle devra comprendre pourquoi sa propre existence, à l’apparence insignifiante et banale, a autant de répercussions colossales sur le monde et son avenir. À la croisée du film de kaijū (les films de monstres nippons), de la comédie romantique et du drame psychologique, Colossal est une œuvre inclassable qui déjoue constamment les attentes. Réalisé par l’Espagnol Nacho Vigalando (Timecrimes en 2007), cinéaste reconnu pour son goût des récits audacieux et des concepts singuliers, le film s’impose comme une véritable curiosité de cinéma, mêlant fantastique et quotidien avec une étonnante maîtrise. Sous les apparences d’un récit fantastique peuplé de créatures gigantesques, cette pépite hors normes explore avec finesse des sujets profondément humains. Derrière son postulat insolite se dessine le portrait d’une héroïne confrontée à ses addictions, à ses blessures et à des rapports de domination toxiques, dans une réflexion aussi surprenante que pertinente sur la reconstruction de soi et l’emprise psychologique. Dans le rôle de Gloria, Anne Hathaway (vue récemment dans Le diable s’habille en Prada 2) livre une prestation tout en nuances dans un rôle atypique. Jamais exploité dans les salles françaises, Colossal sort dans une nouvelle édition Blu-ray/DVD. Dans les suppléments, on trouve un entretien inédit (30 mn) avec Natacha Vas-Deyres, spécialiste de la science-fiction littéraire et cinématographique ainsi que le making of (20 mn) du film. Drôle, déstabilisante et émouvante, une œuvre qui sort résolument des sentiers battus. (Rimini éditions)
Chers ParentsCHERS PARENTS
Pierre, Louise et Jules Gauthier, trois frères et sœur soudés, arrivent ensemble dans la maison de leurs parents au pied des Alpilles après avoir reçu un message inquiétant de leurs géniteurs. Jeanne et Vincent dissipent vite le quiproquo et leur annoncent avoir gagné une très grosse somme à une loterie. Le sourire sur le visage des enfants s’efface vite lorsque leurs parents annoncent qu’ils ont l’intention de tout garder pour s’installer au Cambodge et y ouvrir un orphelinat… Chers parents est d’abord une pièce de théâtre éponyme signée d’Emmanuel et Armelle Patron qui a connu, quatre années durant, entre 2021 et 2025, le succès sur les planches avec 450 000 spectateurs et 900 représentations, avant une nouvelle tournée en 2026. Qu’Emmanuel Patron en fasse, ici, une adaptation au grand écran n’a donc rien de franchement surprenant. Le film qui fit l’ouverture du 29e Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, montre comment vole en éclats une belle unité familiale et comment la place de chacun va en être bouleversée. Autour de l’argent ludiquement gagné, l’idéale famille Gauthier va se retrouver au bord de l’implosion. Si le film, faute d’être subtil, est distrayant, c’est beaucoup dû à l’efficacité d’une bonne distribution avec Miou Miou (Jeanne), André Dussollier (Vincent), Arnaud Ducret (Pierre), Pauline Clément (Louise) et Thomas Solivérès (Jules). (M6)
EraserERASER
US Marshal travaillant dans le programme de protection des témoins, John Kruger est désigné pour protéger Lee Cullen qui travaille pour l’entreprise Cyrez, un fabricant d’armes secrètes et fournisseur du département de la Défense des États-Unis. Le travail de Kruger commence lorsque Cullen découvre une preuve d’un trafic d’armes illégal du FBI. Cyrez veut cacher la création d’un canon électrique secret, qui sera vendu au marché noir. Kruger doit alors protéger la jeune femme en effaçant toutes les traces de son identité et en neutralisant toutes menaces contre elle. C’est au coeur d’une production plutôt secouée que Chuck Russell tourne, en 1996, ce film qui sera distribué en France sous le titre L’effaceur. Le rôle de Kruger devait d’abord être tenu par Sylvester Stallone avant de revenir à Arnold Schwarzenegger qui demanda au réalisateur John Milius (qui l’avait dirigé dans Conan le barbare) de venir jouer les script doctors… Au total, Eraser est un bon film d’action typique des années 90. Le scénario, évidemment, est mince mais on se régale toujours de voir ce bon vieux Schwarzy (entouré de gueules comme James Caan ou James Coburn) passer à l’action et réduire les affreux à la portion congrue. Il y a de l’action, des rebondissements, des courses poursuites, des explosions, des tirs à l’arme futuriste et même des crocodiles voraces ! Eraser ne trompe pas le client sur la marchandise. Chuck Russell (qui venait, deux années auparavant, de lancer la carrière de Jim Carrey avec The Mask) assure le spectacle. (Warner)
Speed RacerSPEED RACER
Jeune prodige de la course automobile, né pour la course au sein d’une famille de pilotes, Speed Racer est un fonceur instinctif et intrépide. Lorsqu’il défie M. Royalton, président-directeur général corrompu des Industries Royalton, le jeune homme va découvrir que tout n’est pas rose dans le sport qu’il adore. Peu de temps après, la famille Racer est contactée par l’Inspecteur Détecteur et l’énigmatique pilote masqué Racer X, qui demandent que Speed collabore avec les autorités afin de piéger Royalton et mettre au jour la corruption du monde automobile. Leur proposition : participer au Crucible, dangereux rallye automobile qui a par ailleurs coûté la vie à Rex, le légendaire frère aîné de Speed… Pur film d’action, adapté du manga homonyme de Tatsuo Yoshida paru dans les années 1960, Speed Racer (qui sort dans une nouvelle restauration 4K UHD) a été tourné en soixante jours, en 2008, principalement aux studios de Babelsberg à Potsdam ainsi que dans le quartier de Berlin-Kreuzberg. Malgré son échec au box-office et l’accueil critique mitigé, Julien Abadie qui a signé, en 2021, Speed Racer : les Wachowski à la lumière de la vitesse, le considère comme le « film charnière » dans l’œuvre du duo de cinéastes. Avec ses courses défiant les lois de la vitesse, de la gravité et du spectacle, Speed Racer s’inscrit dans un univers visuel flamboyant pour célébrer l’action et le divertissement. Avec, aussi, un beau casting : Emile Hirsch, John Goodman, Susan Sarandon et Christina Ricci. (Warner)
Le SiffletLE SIFFLET
Alors qu’elle effectue ses premiers pas dans le lycée de la petite ville où elle vient tout juste d’emménager avec son cousin, Chris découvre un mystérieux objet dans le casier qu’on lui a attribué… C’est une espèce de sifflet aztèque qui avait entraîné la mort violente de son ancien propriétaire. Il n’en faut pas plus pour que toute la bande de lycéens autour de Chris, décide d’essayer le mystérieux objet et son sifflement terrifiant qui invoque leurs morts futures pour les traquer. Les choses tournent au vinaigre, les morts se multiplient et les lycéens vont tenter, tant bien que mal, d’arrêter le déferlement d’événements tragiques… Le cinéma d’épouvante fait souvent la part belle à des objets, au demeurant quelconques, mais qui deviennent épouvantables et source de terreur et d’effroi. Le scénario n’est pas follement original (ah, la romance!) mais les amateurs du genre se laisseront aller à goûter la peur distillée par ce divertissement d’horreur. Autour du thème du mal-être de l’adolescence, le Britannique Corin Hardy (qui avait signé Le sanctuaire en 2015) fait monter la tension et joue sur la noirceur d’une petite ville industrielle en perdition avec son aciérie locale qui semble broyer tous les espoirs des lycéens… (Metropolitan)

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