Un adolescent sur la plage et un jeune roi chez Molière

"La chaleur": Marouane (Hadrien Hussein) sur le sable. DR

« La chaleur »: Marouane (Hadrien Hussein)
sur le sable. DR

ÉTÉ.- Dans les vagues qui reviennent sans cesse, des adolescents se baignent et rigolent. C’est l’été dans les Landes. Il fait chaud sur la plage. Parmi ces grands gamins qui rient et crient, Marouane, 17 ans, semble toujours sur la réserve. D’ailleurs, il ne retire jamais son tee-shirt. Son copain Noé, un gaillard rond et joufflu, lui rebat les oreilles de ses envies de sexe et de surf, pratique idéale pour « sauter les meufs ». Mais, en attendant, Noé n’a encore rien « serré ». Marouane, lui, s’applique à éluder les questions. Et il se cabre quand ses parents lui parlent de petite amie.
Après la plage, en cette nuit la plus chaude de l’année, direction la piscine où les filles en bikini se jettent à l’eau sous le regard plutôt envieux des garçons. Marouane décide de retourner au camping. Sous sa tente, il se masturbe en regardant des images sur son téléphone. Le départ de la famille est prévu pour le lendemain. Marouane retourne vers la piscine. Dans les coursives désertes, il croise Oscar qui lui emprunte sa puff parfum myrtille et s’amuse à ne pas la lui rendre. Les deux s’embrouillent et Oscar fait une chute accidentelle et mortelle. Marouane traîne le corps jusqu’à la plage et l’ensevelit dans le sable… Par ailleurs, il se demande s’il n’est pas en train de tomber amoureux de la charmante Giulia.
La chaleur (France – 1h33. Dans les salles le 8 juillet) est le sixième long-métrage de Stéphane Demoustier. Une fois de plus, le cinéaste nous déroute. Après La fille au bracelet (2019), un film de procès puis Borgo (2023), un film de prison et enfin L’inconnu de la Grande arche (2025), biopic de Johann Otto von Spreckelsen, l’architecte de la Grande arche parisienne, voici un film qui a des allures de chronique adolescente sur fond de camping. On songe d’emblée à l’univers de François Ozon et, pour l’effervescence des scènes d’ouverture, au Kechiche de Mektoub, my Love. Mais ces références s’estompent assez rapidement pour laisser la place à une œuvre stylisée, jouant d’éléments sensoriels qui expriment un état second et mental, celui de Marouane qui vit 36 heures presque irréelles.

"La chaleur": Giulia (Martina La Manna). DR

« La chaleur »: Giulia (Martina La Manna). DR

Demoustier (qui adapte, ici, le roman éponyme de Victor Jestin paru chez Flammarion en 2019) pourrait faire sienne la citation de Paul Nizan, « J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge » dans la mesure où La chaleur réussit, sans tourner le dos au film de genre et au suspense (partout, on cherche Oscar), à montrer l’angoisse de devoir rentrer dans l’âge adulte ou à devoir s’arracher définitivement à l’enfance. Surtout dans une époque anxiogène où ces adolescents n’ont plus le même droit à l’insouciance que leurs prédécesseurs.
De la même manière que, métaphoriquement, les adolescents se jettent à l’eau et courent au-devant de vagues inhospitalières et brutales, Marouane (le nouveau-venu Hadrien Hussein) va se heurter à sa famille comme à la saturation de représentation sexuée des corps. Replié sur lui-même, il aspire à une forme de douceur et de sincérité. Il faudra que Giulia (Martina La Manna) pose le regard sur lui pour qu’il s’ouvre enfin. Il tombe le tee-shirt, fait écouter à la mince Italienne le prélude de Lohengrin de Wagner et passera la nuit avec elle dans une cabane…
La fin -comme une sorte de rédemption- est forte car Marouane, lorsque sa culpabilité n’est plus en mesure d’être établie, prend la mesure du fait qu’il ne pourra pas vivre avec le poids de son secret.

"Les caprices...": Molière (Nemo Schiffman), Savinien (Artus) et Madeleine Béjart (Julia Piaton) avec Louis (Niels Hamel-Brochen).

« Les caprices… »: Molière (Nemo Schiffman), Savinien (Artus) et Madeleine Béjart (Julia Piaton) avec Louis (Niels Hamel-Brochen).

CAPE ET EPEE.- Louis, futur roi de France, n’a que 13 ans mais la vie de ce gamin est pourtant en grand danger. Des frondeurs entendent bien le faire passer de vie à trépas. Sa mère, Anne d’Autriche, est consciente qu’il faut le mettre à l’abri. Elle en appelle à D’Artagnan qui va confier le jeune Louis à l’un de ses amis, le robuste Savinien de Cyrano de Bergerac. « Tu peux tout me demander, précise Savinien, sauf m’occuper d’un enfant ou d’un roi… » Mais Cyrano est un homme de devoir. Faisant passer le futur roi pour son fils, il va le cacher dans la troupe de théâtre de Madeleine Béjart et de Jean-Baptiste Poquelin. Si Louis se montre bien capricieux (il n’entend pas dormir sur le sol) ou bien insolent vis-à-vis de son protecteur au nez proéminent (« Je ne suis pas habitué à tant de laideur ! »), il finira par goûter la vie et ses plaisirs, l’art et le travail, le courage et la stratégie, tout ce qui fera de lui le Roi Soleil.
En tournant Les caprices de l’enfant roi (France – 1h55. Dans les salles le 24 juin), Michel Leclerc a probablement réalisé un rêve d’enfant, mettre en scène un film de cape et d’épée. Le cinéaste avoue : « C’est un vieux fantasme, j’ai toujours adoré les films de Jean-Paul Rappeneau : Les Mariés de l’an 2, Cyrano de Bergerac, ceux de De Broca, La folie des grandeurs de Gérard Oury, qui mêlent Histoire et fantaisie, des films « enlevés » comme on disait alors. »
Disons-le d’emblée, cette fantaisie (qui repose sur un scénario original de Michel Leclerc en collaboration avec sa complice Baya Kasmi) tourne le dos aux films historiques récents frappés d’un certain esprit de sérieux pour choisir la veine de la comédie rebondissante d’aventures.

"Les caprices..." D'Artagnan (Franck Dubosc), la reine (Doria Tillier) et le jeune roi. Photos Michel Crotto

« Les caprices… » D’Artagnan (Franck Dubosc),
la reine (Doria Tillier) et le jeune roi.
Photos Michel Crotto

Il ne reste alors qu’à se laisser séduire par Louis et Savinien emportés dans le tourbillon d’une troupe de théâtre en tournée à travers la province française. On y voit le jeune Molière tourner le dos aux masques de la commedia dell’arte et se trouver une passion amoureuse pour Madeleine. Sous le regard d’un Savinien qui vante le panache : « C’est la médaille du perdant. Ca ne sert à rien. C’est cela qui est beau ». Mais Savinien est aussi un être blessé. Quand Molière lui lance « Ton sujet, c’est l’amour », il répond, à mi-voix, « le manque surtout… »
Les caprices… va donc à un bon train tandis que se montent des machinations et un complot mené par La grande demoiselle. Les protagonistes trouvent toujours le moyen de croiser le fer. Michel Leclerc (qui nous avait régalé en 2010 avec Le nom des gens) ne se prive pas de quelques mots d’esprit : « Un bon petit avec une couronne sur la tête, ça peut devenir un monstre » ou cet autre, à propos de l’amour que Louis éprouve pour Madeleine : « Un petit roi épouser sa prof de théâtre de 20 ans de plus que lui… » Non vraiment.
Comme Artus est très crédible en Cyrano, comme Frank Dubosc est un D’Artagnan aux prises avec sa légende et comme le jeune et joufflu Niels Hamel Brochen est un petit roi de caractère qui avouera in fine : « Je ne suis pas ton fils, Savinien, mais j’aurai tant aimé ! », on sort de là avec un bon sourire aux lèvres.

Aucune réponse.

Laisser une réponse