Dans les coulisses du Français et dans les pas de Micha
BERLIN.- Dans le quartier (alternatif) de Prenzlauer Berg à Berlin, Micha Hartung est le propriétaire du Last Tycoon, un vidéoclub qui n’attire plus guère de clients. Autant dire que Micha tire clairement le diable par la queue. Bien sûr, sa fille Nathalie garde un œil sur lui mais quand elle a besoin d’un coup de main pour garder ses enfants, Micha fait défaut.
La vie de Micha bascule à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du Mur. Alexander Landmann, modeste reporter au magazine Fakt, déboule dans le vidéoclub. Le 22 juin 1984, à la gare de Friederichstrasse, le seul point de passage (ferroviaire) entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, un train de banlieue transportant quelque 127 passagers, est passé de la RDA à l’Allemagne de l’Ouest. Tout cela à cause d’un aiguillage qui n’était pas placé dans le bon sens.
Or c’était bien Micha Hartung qui, ce soir-là, travaillait à la gare. Landmann, qui a plongé dans les archives de la Stasi, est persuadé de tenir sa grande story. Il offre une poignée de gros billets à Micha afin que celui-ci entre dans son jeu. Mais oui, c’est certain, Micha Hartung est un héros. Le cerveau d’une évasion massive historique de la RDA.
Devenu un héros malgré lui, Micha va vite comprendre qu’il est perdu. Autour de lui, s’organise un engrenage de semi-vérités et de mensonges éhontés. On l’invite dans un talk-show à la télévision où il est contraint de broder sur son « fait d’armes » en parlant d’un irrépressible besoin de liberté. Pire, le président allemand sollicite Micha pour tenir un discours au Bundestag. Marre des vieilles barbes spécialistes de la résistance en RDA, vive un vrai Berlinois, un citoyen sorti de nulle part et qui va porter un message de vérité sur cette période sombre de l’histoire de l’Allemagne, un individu courageux capable de surmonter des obstacles qui semblent insurmontables…
Lauréat en 1988, avec Schmetterlinge, son film de fin d’études à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin, de l’Oscar du meilleur film d’étudiant à Hollywood, le cinéaste allemand Wolfgang Becker n’a tourné qu’une toute petite poignée de longs-métrages dans sa carrière. Cependant il a très largement attiré tous les regards sur lui lorsqu’il donne, en 2003, le fameux Good Bye Lenin !, immense succès et « film de l’année » en Allemagne.
Disparu en décembre 2024 alors qu’il venait de superviser le premier montage de son film (sorti en salles en Allemagne en décembre 2025), Wolfgang Becker renoue donc avec les références à l’histoire est-allemande à travers un soi-disant héros et une épopée fabriquée pour devenir un phénomène médiatique.
A l’époque de Good Byle Lenin !, Becker citait le fameux trait d’esprit : « Un film n’est rien d’autre qu’un enchainement de 24 mensonges par seconde ». Et, de fait, Le héros de Berlin (Allemagne – 1h53. Dans les salles le 15 juillet) fonctionne également autour de la thématique du mensonge. Lorsque Micha est poussé dans ses retranchements, il se défend en expliquant que personne, en réalité, n’a vraiment envie d’entendre la vérité…
Si Der Held vom Bahnhof Friedrichstraße (en v.o.) s’offre une love story avec la rencontre de Micha et de Paula, une passagère du fameux train devenue procureure, le film, agréable sans être emballant, vaut essentiellement pour la manière dont Becker développe un thème qui lui est cher : le combat d’un perdant, d’un type tout à fait ordinaire et malchanceux, contre la folie du monde.
Avec son côté « paumé », Charly Hübner incarne parfaitement Micha Hartung, citoyen lambda, qui a eu la bêtise de mettre le doigt dans un engrenage infernal. Commence alors un grand barnum qui ne s’arrêtera que lorsque les projecteurs se tourneront rapidement vers une prochaine victime…
THEATRE.- Nina Cardi est en retard. Et ce n’est pas le moment de l’être. Car le soir même, c’est la première du Macbeth de Shakespeare, sa première mise en scène sur la prestigieuse scène de la Comédie française. Pire, alors qu’il lui reste quatre ou cinq heures pour peaufiner tous les détails, Nina a oublié son badge d’accès à l’illustre maison de Molière. Et Stéphane, le préposé à l’accueil, est intraitable. Pas de badge, pas d’entrée dans les lieux. « Et si tu commettais un attentat, hein ! »
Heureusement Nina retrouve son badge au fond de sa poche. Poussant son vélo, elle peut enfin entrer dans les lieux. Mais elle n’est pas au bout de ses peines. Prise entre les exigences techniques de Jacques, le régisseur, qui lui explique en détail le fonctionnement des projecteurs et les états d’âme de ses partenaires, Nina a le sentiment que son Shakespeare va être une catastrophe. C’est le moment que choisit l’administrateur général de la vénérable institution pour annoncer à Nina que la ministre de la Culture sera dans la salle… Mais Nina a encore d’autres soucis encore. Son ex s’apprête à partir dans une lointaine tournée musicale et, alors qu’il devait s’occuper de lui, lui laisse leur bébé sur les bras…
En évoquant la genèse du film qu’il a co-réalisé avec Bertrand Usclat, Martin Darondeau précise : « Il y avait une vraie envie d’ouvrir les portes d’une institution qui peut apparaître secrète pour les gens, et casser cette image sérieuse que peut avoir la Comédie-Française. Car si cette maison a une vraie mission de conservation et de rayonnement de la culture théâtrale française, ceux qui la représentent n’en restent pas moins des hommes et des femmes d’aujourd’hui, avec leurs soucis, leurs joies, leurs problèmes. C’est un axe de comédie extrêmement efficace surtout si on l’applique à une jeune maman qui a des difficultés à allier sa vie privée et son travail… »

« De la Comédie… »: Pauline Clément,
Danièle Lebrun, Julien Frison, Adeline d’Hermy
et Marina Hands. DR
Spécialistes des programmes courts (comme la shortcom Broute) , les deux réalisateurs de De la Comédie française (France – 1h15. Dans les salles le 22 juillet) avaient d’abord eu un projet de format court autour de la « maison de Molière » avant de modifier leur scénario et de se tourner vers le grand écran. Et c’est ainsi que, sous la forme d’une amusante chronique fantaisiste, on plonge dans les coulisses d’un illustre théâtre, fondé en 1680, à l’heure d’une première plutôt mal partie. Alors, le film aligne de savoureuses vignettes autour du régisseur, de l’habilleuse, de la maquilleuse (de télévision) venue pour remplacer une amie et bien entendu de tous les acteurs de ce Macbeth qui, disons-le sans spolier, ira à son terme. Mais au prix de quelques péripéties! L’idée des deux cinéastes est, ici, de dire que, quelque soient les problèmes (tromperie conjugale, lendemain de cuite ou pétard un peu trop costaud), il faut jouer. Le tout dans une microsociété d’artistes où s’exacerbent égos, faiblesses, peurs, désirs, jalousies ou superstitions…
Enfin De la Comédie française offre aussi le plaisir de voir nombre de membres de la troupe du Français faire le job sous nos yeux ravis. Autour de Pauline Clément (Nina), on remarque Laurent Stocker, Marina Hands, Julien Frison, Danièle Lebrun, Christian Heck, Guillaume Galienne et même Molière lui-même (Benjamin Laverhne) vouant le grand Will aux gémonies !



