LA SOLITUDE D’ETHAN ET LES FANTASMES DU DOCTEUR HARFORD

 Prisonniere DesertLA PRISONNIERE DU DÉSERT
Dans le Texas de 1868, la guerre de Sécession est terminée depuis quelques temps. Ancien soldat confédéré, Ethan Edwards revient dans la famille de son frère Aaron et de son épouse Martha qui vivent avec leur quatre enfants : deux filles, Lucy et Debbie, et deux fils dont un adoptif, Martin Pawley un gaillard de 18-20 ans qui a un huitième de sang cherokee dans les veines. Le lendemain, les voisins, menés par le révérend et capitaine Samuel Clayton, viennent chercher du renfort pour retrouver du bétail volé par les Comanches. Ethan et Martin se joignent à la petite troupe menée par Clayton. Mais ce vol de bétail n’est qu’une manœuvre de diversion des Comanches pour éloigner les hommes de leurs fermes. Pendant qu’ils le sont, le ranch Edwards est attaqué, les parents et leur jeune fils tués, et les deux filles enlevées. Ethan Edwards part à la recherche de ses nièces ; Martin Pawley, leur frère d’adoption, et Brad Jorgensen, le fiancé de Lucy, l’accompagnent. Ils retrouvent assez rapidement le cadavre de Lucy. Fou de douleur, Brad attaque seul le campement des rebelles comanches et meurt. Pour récupérer la jeune Debbie, Ethan et Martin Pawley se lancent dans une longue quête à travers l’Ouest, qui durera plusieurs années… Pour Ethan, l’instinct familial sera finalement plus fort que son animosité pour les Indiens . Il ne voit plus en Debbie la Comanche qu’elle a été contrainte de devenir mais la nièce qu’il a connue petite fille. Il va donc la ramener chez les siens avant de s’éloigner seul vers le désert et son destin. Sorti en 1956, The Searchers (en v.o.) est généralement considéré comme le chef d’oeuvre de John Ford qui en a pourtant fait de fameux. En 2008, l’American Film Institute l’a désigné comme le « plus grand western de tous les temps ». Visuellement, La prisonnière… représente l’art de Ford à son sommet. Une immense odyssée étalée sur plusieurs années et se déroulant sous la neige ou dans le désert, dans une immense variété de paysages dont Monument Valley, véritable lieu emblématique du cinéma de Ford. Et puis cette épopée grandiose est aussi une quête portée par le personnage amer, énigmatique, violent d’Ethan Edwards, obsédé par un désir de vengeance, avec lequel John Wayne obtient l’un de ses plus beaux rôles. Et lui aussi en a interprété des fameux. Pour le critique Jean-Baptiste Thoret, La prisonnière du désert est l’un des films ayant le plus marqué les réalisateurs du Nouvel Hollywood, voyant ainsi dans Taxi Driver ou dans Voyage au bout de l’enfer des remakes officieux du western de Ford qui reprennent le thème de la quête d’Ethan Edwards. Parmi les suppléments du Blu-ray qui sort en Steelbox 4K Ultra HD, on trouve différents documentaires sur le film, le making-of, une introduction par Patrick Wayne, le fils de John Wayne ainsi que les commentaires du réalisateur Peter Bogdanovich, auteur d’une biographie de John Ford. Au bout de l’horizon, une obsession plus vaste que le désert lui-même ! Le dernier plan du film appartient, lui, à l’histoire du 7e art ! (Warner)
 Eyes Wide ShutEYES WIDE SHUT
Couple de la haute bourgeoisie de New York, Bill Harford, médecin brillant, et sa femme Alice se rendent à une réception mondaine pour la fête de Noël donnée par Victor Ziegler, un riche patient de Bill. Celui-ci y croise un vieil ami de fac, Nick Nightingale devenu pianiste professionnel. Pendant qu’Alice se fait draguer par un bellâtre hongrois, le docteur Harford se voit proposer un plan sexuel à trois par deux mannequins pour « aller jusqu’au bout de l’arc-en-ciel ». Mais il est interrompu par Victor. Mandy, l’une de ses petites amies, vient de faire une overdose de speedball. Bill lui sauve la mise. Alice repousse les avances de Sandor. Le couple va faire l’amour devant le miroir de leur chambre. Le lendemain soir, après avoir fumé de la marijuana, Alice et Bill évoquent leurs attentes, leurs tentations, leurs délires, leurs pensées infidèles, leurs fantasmes… Appelé par la fille d’un patient qui vient de mourir, Bill est embrassé par cette Marion. Déstabilisé, il erre dans les rues, croise une prostituée et retrouve, dans un club de jazz, Nick qui lui apprend qu’il se rend parfois dans des soirées « spéciales » dans un lieu tenu secret où il doit jouer, les yeux bandés. Intrigué, Bill trouve un mot de passe, loue une tenue de soirée, réussit à accéder à un manoir où, errant, masqué, de pièces en pièces, il découvre des orgies sexuelles… Non sans peine, le médecin réussira à quitter les lieux tandis qu’on lui intime de ne parler à quiconque de ce qui s’est passé… Mais le couple Harford va encore avoir bien des épreuves à traverser. Sorti en 1999, Eyes Wide Shut est l’ultime film de Stanley Kubrick qui meurt peu après l’achèvement du montage final. Le réalisateur d’Orange mécanique et de Barry Lyndon a fondé son scénario sur une œuvre d’Arthur Schnitzler publiée en 1926 : Traumnovelle (Double rêve). Le film, qui sort dans un beau coffret Steelbook 4K UHD, a retenu l’attention de la critique et du public à cause de son atmosphère onirique et paranoïaque, le cinéaste explorant volontiers les obsessions, la jalousie et les désirs refoulés. Mais le côté « people » du film n’est pas pour rien dans le succès. Têtes d’affiche, Tom Cruise et Nicole Kidman vivaient alors une vie de couple délicate. Nicole Kidman ne supportait plus l’omniprésence de la Scientologie dans la vie de Tom Cruise. Enfin, la musique d’ouverture, en l’occurrence la deuxième valse de la Suite pour orchestre de variété n° 1 de Dmitri Chostakovitch, a aussi contribué à la célébrité du film… Un périple hypnotique et érotique dans les méandres du désir et des rituels interdits. (Warner)
 Guerre PrixLA GUERRE DES PRIX
Chez Derval, un centre commercial de province, Audrey Dumont, cheffe de rayon, travaille aux yaourts… Elle suit aussi de près le travail de son frère Ronan qui, avec les 72 vaches de sa ferme, produit des yaourts bio… Et voilà qu’Audrey se retrouve propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec Bruno Fournier, un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey, forte de ses convictions et prête à se battre pour elles, découvre un système impitoyable. Premier long-métrage d’Anthony Déchaux, La guerre des prix fait songer à la « trilogie » La loi du marché (2015), En guerre (2018) et Un autre monde (2021) de Stéphane Brizé. Dans une veine très réaliste, le film expose les enjeux contemporains de la paysannerie française et, ceux, aussi méconnus que complexes, des grands groupes de l’agro-alimentaire. A la naissance du projet, il y a un séminaire annuel des acheteurs d’une enseigne de grande distribution. Le cinéaste, alors comédien et animateur d’ateliers théâtre, y entend un discours décomplexé : « Si un fournisseur sort content de sa négo, c’est que vous n’avez pas fait votre boulot » ou « Le win-win, ça n’existe pas »… En s’appuyant sur les codes du thriller, ce sont donc ces méthodes que raconte La guerre des prix. Avec, au coeur du propos, cette fille d’agriculteurs passée dans la grande distribution parce qu’elle n’avait pas envie de vivre ce qu’avaient enduré ses parents. Et que son frère vit encore. Mais l’univers de la centrale parisienne n’a rien, non plus, d’un long fleuve tranquille… Loin s’en faut. Anthony Déchaux dit que son film n’est pas « un documentaire mais une fiction documentée ». De fait, même si on saisit pas tout dans ces négociations entre distributeur et fournisseurs, on mesure aisément que tous les coups sont permis. Et qu’il s’agit de frapper fort. Pour dire le vrai, on a parfois l’impression de voir s’affronter des mafieux de la meilleure eau. Quant à la box étanche dans laquelle se mènent les tractations, elle a tout des salles d’interrogatoire du FBI. Mais sans la glace sans tain. Quant au « code noir » (la menace de déréférencement complet), il a de singulières allures de racket. Avec une belle énergie même si son personnage finit par douter, Ana Girardot se glisse aisément dans la peau d’Audrey Dumont. A ses côtés, l’excellent Olivier Gourmet compose, avec Bruno Fournier, un négociateur sans états d’âme qui lâche un « A la fin, c’est toujours une question d’argent » qui résume le fond du problème. Après la vision, on a des frissons à l’idée d’aller dans une grande surface… Remarquable ! (Diaphana)
 MichaelMICHAEL
Dans la petite cité industrielle de Gary, Indiana, le jeune Michael Jackson, huitième d’une famille de dix enfants, apprend rudement ce qu’est l’industrie du show-biz. Joseph, son père, a la manière musclée et joue volontiers du ceinturon pour faire entrer la musique dans la peau du gamin. A six ans, il chante avec ses frères Marlon, Jackie, Randy et Tito et commence, avec eux, une carrière professionnelle à onze ans au sein des Jackson Five. Joseph Jackson clame qu’il faut « être des gagnants ou rien » et s’applique à faire des affaires. Sous le regard tendre de sa mère, Michael se plonge, au milieu de ses peluches, dans les aventures de Peter Pan, s’imagine déambuler dans Neverland et rêve d’être entouré d’animaux… Un jour, une productrice de musique le remarque sur scène. Berry Gordy, le fondateur du mythique label Motown Records : « Il ira loin avec cette voix !» Michael a 10 ans et se retrouve au sommet des charts. « Je ne suis pas comme les autres enfants », dit-il à sa mère qui lui répond : « Tu vas faire briller la lumière ! » Antoine Fuqua (Training Day, Shooter, tireur d’élite, Equalizer) passe, à son tour, par la case biopic et montre bien la manière dont Michael Jackson (1958-2009) travaillait avec une énergie et une quête presque maniaque de la perfection. On mesure aussi l’extraordinaire engouement de ses fans. Michael passe en revue aussi bien les prestations scéniques que la vie privée. On évoque ainsi la dépigmentation de sa peau, son opération du nez (« Je dois être parfait »), ses visites fréquentes à des enfants malades et évidemment des moments prestigieux comme le clip Thriller et ses zombies ou émouvants avec l’adieu aux Jackson 5 au dernier jour du Victory Tour en 1988 à Londres. Tout cela est bien fait, parfaitement huilé, tout à fait rythmé (on entend nombre de titres célèbres) et, pour sa première apparition au grand écran, Jaafar Jackson, 29 ans, le neveu de Michael, est plus que crédible, maniant parfaitement le fameux Moonwalk avec un look très reconnaissable… Pour le reste, tout cela est aussi parfaitement lisse. Sur un post-it, la star a noté « Tes rêves dépassent ta peur ». Ici, le méchant, c’est Joe, le père, que Michael finira par virer de son statut de manager personnel d’un simple fax. On évoque, entre les lignes, le syndrome de Peter Pan dont on peut légitimement penser que Bambi souffrait mais rien sur les accusations de pédophilie. On le comprend bien, ce n’est pas exactement ce que les fans veulent entendre en venant voir l’histoire de celui qui disait : « Je dois faire briller ma lumière pour divertir et guérir… » (Universal)
 Daniel SchmidTROIS FILMS DE DANIEL SCHMID
Avec une filmographie qui comporte onze long-métrages réalisés entre 1972 et 1999 ainsi que trois téléfilms, Daniel Schmid, né à Flims dans les Grisons, s’est imposé comme l’un des grands du Nouveau cinéma suisse au même titre que Michel Soutter, Claude Goretta ou Alain Tanner qui disait de lui : « Daniel Schmid était sans doute le plus baroque d’entre nous ». C’est dans cet univers baroque et fascinant que l’on plonge avec un coffret réunissant, pour la première fois en Blu-ray et dans des restaurations 2K ou 4K, trois films culte. Tourné en 1974, La Paloma (110 mn) raconte l’histoire de Viola, chanteuse de cabaret sous le nom de La Paloma. Se sachant condamnée, elle accepte de suivre le comte Isidor Palewski, un admirateur fou d’elle. Alors que sa santé s’améliore, la jeune femme consent à devenir son épouse… Dans L’ombre des anges (1976 – 102 mn), on suit dans une ville humide et froide, une prostituée malade du nom de Lily Brest qui peine à trouver des clients. Battue par son souteneur et amant Raoul, qui joue au jeu tout ce qu’elle gagne, elle rencontre un jour un riche promoteur qui lui propose un étrange contrat… Présenté dans sa version originale française, Notre-Dame de la Croisette (1981 – 56 mn) met en scène une femme qui se rend au Festival de Cannes de 1981 dans l’espoir de visionner des films. Dépourvue d’accréditation et de billets, elle se fait refouler de tous les événements et déchante rapidement… Le cinéma de Daniel Schmid (1941-2006) se déploie à la frontière du théâtre, du rêve et du simulacre. Avec La Paloma, L’ombre des anges (d’après une pièce de Rainer Werner Fassbinder, qui campe ici l’un des personnages principaux) et Notre-Dame de la Croisette, le Suisse compose un triptyque où dominent artifice, mélancolie et regard critique sur le monde du spectacle, dans lequel brillent deux grandes icônes des années 1970, les actrices Ingrid Caven et Bulle Ogier. Dans les suppléments, on découvre Ballet d’ombres (19 mn), un entretien inédit avec Stéphane du Mesnildot, chroniqueur à « Mauvais genre » (France Culture) qui note : « On a l’impression de voir un ballet d’ombres, des fantômes qui viennent rejouer une histoire qui s’est déjà déroulée […]. À chaque fois qu’il y aura la force de l’imagination, ces figures reviendront, elles sont des archétypes. » L’ordure, la ville et la mort (28 mn) est un autre entretien inédit avec Stéphane du Mesnildot qui dit : « Tous les personnages ont ce rapport de mort, de pouvoir, mais aussi quelque chose qui est lié à leur origine, qui les a détruits dès le départ. » Enfin dans Notre-Dame de la Croisette par Stéphane du Mesnildot (7 mn), on va retrouver l’une des passions de Daniel Schmid pour les artistes déclinantes, un peu hantées […]. Une diva perdue autour de toutes les stars cannoises… (Carlotta)
 SummertimeSUMMERTIME
Américaine célibataire et quadragénaire, Jane Hudson réalise son rêve en allant passer ses vacances à Venise et espère bien y trouver la concrétisation de tous ses idéaux romantiques. Dès son arrivée dans une belle pension avec vue imprenable sur la ville, chaque instant la voit s’extasier face à la beauté de la langue italienne et l’atmosphère magique de la Cité des Doges. Au hasard des rencontres, Jane fait la connaissance de couples de touristes. Mais sa fascination se mue lentement en douce mélancolie et le poids de la solitude grandit en elle. Un matin, en quête d’un vase ancien, Jane entre dans le magasin d’antiquités de Renato de Rossi (Rossano Brazzi), qui lui propose de l’initier à la vie vénitienne… Dix ans après le magnifique Brève Rencontre (1945), David Lean réalise avec Summertime une romance radieuse et mélancolique. Le réalisateur londonien (1908-1991) est célèbre pour ses grandes sagas que furent Le pont de la rivière Kwai (1957), Lawrence d’Arabie (1962), Le docteur Jivago (1965) et, à un degré moindre, La fille de Ryan (1970) et La route des Indes (1984). Mais Lean savait aussi s’emparer de sujets plus « modestes », voire clairement « mélo » dont il tirait le meilleur parti. Tourné au plus fort de la saison estivale dans une Venise rayonnante, le film est un tableau impressionniste aux couleurs flamboyantes, empreint du bleu azur de la lagune et du reflet doré des parures vénitiennes. Mais derrière la carte postale surgit la souffrance d’une femme solitaire, à la fois captivée par le charme romantique de la ville et apeurée par son parfum de frivolité voluptueuse. Drôle et sensible, Katharine Hepburn, fofolle héroïne de L’impossible Monsieur Bébé (1938) trouve ici un rôle inoubliable, faisant de Summertime l’un des plus beaux films jamais réalisés sur les tumultes de l’amour. Un chef d’oeuvre du mélo disponible pour la première fois en Blu-ray dans une belle restauration 4K. Dans les suppléments, l’historien du cinéma Pierre Berthomieu revient sur la genèse et la place du film dans l’oeuvre de David Lean. (Carlotta)
 Grand DuelLE GRAND DUEL
Philip Wermeer est accusé à tort d’avoir tué Saxon, le patriarche d’un clan puissant de Tucson, un homme craint et haï par tous les habitants de l’Arizona. Wermeer est poursuivi par les trois fils de Saxon, qui n’hésitent pas à envoyer des tueurs à sa recherche. Alors qu’il est en danger, surgit Clayton, un shérif mystérieusement déchu, qui vient lui prêter main-forte. Ses raisons restent obscures mais celui-ci semble vouloir le contraindre à subir un procès en bonne et due forme face au clan Saxon, en même temps qu’il semble être le seul à connaître la vérité sur le meurtre de l’ex-tyran. Le Romain Giancarlo Santi (1939-2021) commence sa carrière en tant qu’assistant de production avant de devenir assistant réalisateur de Marco Ferreri (Le Lit conjugal, Le Mari de la femme à barbe, Controsesso, Marcia nuziale). Santi collabore avec Sergio Leone dans Le Bon, la Brute et le Truand et Il était une fois dans l’Ouest. Leone le choisit pour diriger Il était une fois la révolution après que Peter Bogdanovich a été licencié, mais la production américaine rejette cette décision et Leone est obligé de réaliser le film, Santi devenant réalisateur seconde équipe. C’est finalement en 1972 que le cinéaste fait ses débuts de réalisateur avec Le grand duel, l’un des westerns italiens les plus élégants et crépusculaires du début des années 1970, brillamment scénarisé par l’un des grands auteurs de giallo, Ernesto Gastaldi (Torso). Porté par la musique envoûtante de Luis Bacalov (Django) et une mise en scène ample et maîtrisée, le film revisite les thèmes classiques du genre – la justice, la vengeance et la corruption – à travers une traque haletante, où s’impose l’immense Lee Van Cleef (Le Bon, la Brute et le Truand) dans le rôle du shérif Clayton. Cette œuvre incontournable sort pour la première fois en Blu-ray dans une nouvelle restauration 4K. Quentin Tarantino a classé le film 15e dans sa liste des 20 meilleurs westerns spaghetti. Il en utilise la bande originale dans Kill Bill Vol.1, dans la scène décrivant O-Ren Ishii. Dans les suppléments, on trouve Un western atypique (32 mn), un entretien inédit avec le réalisateur Giancarlo Santi, Le dernier des grands westerns (26 mn), un entretien inédit avec le scénariste Ernesto Gastaldi et enfin Sortir des sentiers battus (29 mn), un entretien inédit avec le producteur Ettore Rosboch. (Carlotta)
 Nous OrchestreNOUS L’ORCHESTRE
Une « musique de film », c’est généralement fabriqué après le film, pour soutenir un discours, un scénario, une dramaturgie, pour l’accompagner, l’illustrer. Dans le cas de Nous l’orchestre, c’est la musique qui parle en premier. La dramaturgie de base, c’est celle du discours musical, c’est celle du passage de Mahler ou de Bartók qui est joué, c’est l’émotion ou l’aventure de ce passage en lui-même. Philippe Béziat invite à une immersion dans la vie quotidienne et les répétitions des cent-vingt musiciens de l’Orchestre de Paris, sous la baguette de leur jeune chef prodige Klaus Mäkelä et de chefs invités tels que le presque centenaire Herbert Blomstedt. Comment jouer ensemble sans se sentir disparaître dans la masse ? Comment cohabiter si longtemps sans que le groupe explose ? Quel rôle joue vraiment le chef d’orchestre ? Pour la première fois, caméras et micros se faufilent, dans le cadre de la Philharmonie, parmi les musiciens de l’Orchestre de Paris. A propos de ce film immersif au cœur de la musique en train de se faire, le réalisateur observe : « Mes films étaient pour la plupart construits autour d’opéras, Traviata et nous, Indes Galantes, Pelléas et Mélisande. J’avais presque toujours deux histoires à raconter : celle du livret d’abord, avec la progression de l’intrigue, les dialogues entre les personnages, les situations dramatiques qui faisaient avancer l’action. Et puis celle de la production du spectacle lui-même, que je suivais des premières répétitions aux premières représentations. Il y avait donc un double récit assez naturel, qui soutenait le film. Cela donnait des longs-métrages que j’appelle des documentaires-opéras.» Philippe Béziat s’aventure, cette fois, ailleurs, avec le matériau plus abstrait de la symphonie, de la polyphonie orchestrale, qui ne raconte pas de livret, pas d’histoire pour essayer de faire une sorte de « documentaire-symphonie ». « La vie d’un orchestre, dit le cinéaste, c’est de travailler pendant une semaine une œuvre, et puis la semaine suivante une autre. Il a fallu resserrer sur la dramaturgie de la musique elle-même. C’était un défi, mais c’était aussi une libération. Pour la première fois j’avais l’impression de n’avoir plus besoin d’alibi, je pouvais simplement articuler musique et cinéma. » (Pyramide)
 Derriere PalmiersDERRIÈRE LES PALMIERS
Mehdi a fait des études d’architecte mais, faute de débouchés à Tanger, il doit se contenter d’aider son père sur les chantiers. Il voit son amie Selma discrètement, officiellement seulement pour prendre un café de temps à autre. Sa relation avec Selma sera bouleversée lorsqu’il croise le regard, et plus si affinités, de Marie, une riche Française décomplexée dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la casbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont. Avec Derrière les palmiers, la cinéaste marocaine Meryem Benm’Barek signe son second long-métrage après Sofia (2018), une œuvre présentée dans la section Un certain regard (où il avait obtenu le prix du meilleur scénario) à Cannes 2018 et qui racontait les difficultés d’une jeune femme, enceinte, hors mariage, dans son pays, le Maroc, où les relations sexuelles hors mariage sont interdites par la loi. « Derrière les palmiers, dit la réalisatrice, trouve sa source dans quelque chose de profondément intime : le film est la somme de mes expériences amoureuses, où j’ai pu tour à tour être Selma, Mehdi et Marie. Ces histoires ont façonné mon regard sur le monde et ont donné naissance au récit que je voulais raconter. Mais ce film dépasse le seul plan personnel : il explore comment l’amour révèle les forces sociales, culturelles et historiques qui structurent nos vies. Là où Sofia dressait un constat acide sur la manière dont la fracture sociale gangrène les trajectoires humaines, ce nouveau film cherche un terrain plus romanesque, et tente de faire apparaître les dynamiques invisibles qui orientent nos désirs. À travers ce récit, l’intimité devient un espace politique, un moyen de questionner le monde et de montrer que ce qui semble personnel est toujours traversé par le collectif. » A mi-chemin entre le drame social et le contre cruel, Derrière les palmiers, teinté de mélancolie, montre que le désir de Marie révèle en réalité un mépris immense pour ce que Medhi est réellement. Aveuglé par les attentes sociales de Marie et de sa famille, le jeune amoureux précipite ainsi sa propre chute. La cinéaste peut enfin compter sur une solide distribution avec Driss Ramdi dans le rôle de Medhi, Sara Giraudeau dans celui de la bohême Marie et enfin Carole Bouquet et Dominique Rabourdin en parents de Marie. Une œuvre forte où Meryem Benm’Barek explore les silences et les tensions des sociétés maghrébines, avec une attention particulière portée aux femmes et aux jeunes générations. (Pyramide)
 Syndicat CrimeLE SYNDICAT DU CRIME
Ho et Mark sont truands, et Kit, le petit frère de Ho, est policier. Ce dernier ne sait pas que son frère fait partie de la pègre, et quand celui-ci se fait arrêter et que son père est assassiné, c’est un choc pour lui, qui l’empêchera d’avoir une promotion. Quand, trois ans plus tard, Ho sort de prison, il retrouve Mark devenu infirme et vivant chichement, son frère qui ne veut plus entendre parler de lui, et son ancien assistant -devenu le nouveau chef de la pègre- qui veut le faire replonger. Film d’action hongkongais co-écrit et réalisé par John Woo et sorti en 1986, Le syndicat du crime est considéré comme avoir donné naissance au genre heroic bloodshed, qui a eu une influence considérable dans le cinéma hongkongais et ensuite à Hollywood. Littéralement « carnage héroïque » en français, l’heroic bloodshed tourne autour de scènes d’action stylisées et de thèmes dramatiques tels que la fraternité, l’honneur, le devoir, la rédemption et la violence. Le terme a été inventé par l’éditeur Rick Baker dans le magazine Eastern Heroes à la fin des années 1980, en se référant spécialement aux réalisateurs John Woo ou Ringo Lam. Baker a défini le genre comme étant « un film d’action hongkongais présentant un grand nombre de combats à l’arme à feu et de gangsters plutôt que de kung fu. Beaucoup de sang. Beaucoup d’action ». Le syndicat du crime a grandement popularisé le genre. Woo a ensuite gardé une influence importante sur l’heroic bloodshed, du fait de sa popularité et de l’évolution de ses travaux suivants comme Le syndicat du crime 2, The Killer et À toute épreuve. La violence du genre força le gouvernement de Hong Kong à mettre en place une classification des œuvres cinématographiques, effective dès 1988. Bien que produit avec un budget limité et malgré une absence de promotion pour sa sortie, le film devient le plus grand succès de tous les temps au box-office hongkongais. Sorti sur tous les écrans en Asie, il figure à la seconde place du classement des 100 meilleurs films chinois établi par les Hong Kong Film Awards. Son succès amènera la sortie de deux suites : Le syndicat du crime 2, également réalisé par Woo, et Le syndicat du crime 3, une préquelle réalisée par Tsui Hark. Bien que Ti Lung soit l’acteur principal du film, c’est surtout la performance de Chow Yun-fat qui est restée dans les mémoires, confirmant ainsi son statut de l’un des plus grands acteurs de l’industrie cinématographique de Hong Kong. Son personnage, Mark Gor, est imité par de nombreux amateurs, des décennies même après la sortie du film. Le syndicat du crime est présenté dans un superbe coffret en édition limitée avec cinq disques et onze heures de bonus. (Metropolitan)
 Dust AngelsDUST OF ANGELS
Adolescents rebelles en perte de repères, Guo et Doa traînent leur rage de vivre dans la petite ville de Peikang. Ils tentent d’échapper à leur existence monotone en consommant des amphétamines et soulagent leur mal-être en s’adonnant à des actes de violence contre des bandes rivales. Les deux petites frappes se sont liées d’amitié avec un homme plus âgé qu’eux, devenu leur mentor. Lorsque celui-ci décide de venger son honneur, bafoué suite à son exclusion d’un groupe de gangsters, Guo et Doa vont être entraînés dans une spirale de violence qui les mènera à la capitale, Taipei… Premier long-métrage du cinéaste Hsu Hsiao-ming réalisé en 1992 et produit par le célèbre réalisateur Hou Hsiao-hsien (voir Un été chez Grand-père dans cette rubrique), Dust of Angels use d’une approche à la fois réaliste et stylisée pour décrire la montée de la violence juvénile dans une société taïwanaise en plein boom économique. Entre chronique sociale et film de gangsters, cette œuvre hypnotique et sombre s’inscrit dans la continuité du Nouveau Cinéma taïwanais, tout en adoptant un ton plus brut et contemporain qui la rapproche du néo-polar américain. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 1992, Dust of Angels est disponible pour la première fois en Blu-ray dans une restauration 4K. Dans les suppléments, on trouve Les anges aux figures sales (24 mn), un entretien inédit avec Jean-Michel Frodon, journaliste, critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po qui note : « Le titre international Dust of Angels évoque quelque chose d’aérien, comme de la poussière : les héros sont des anges aux figures sales, aux mains sales et aux ailes brisées. » (Carlotta)
 Seconde Mort Harold PelhamLA SECONDE MORT D’HAROLD PELHAM
Gentleman de la City à l’apparence irréprochable, Harold Pelham est marié et père de famille. Un soir, en sortant de son bureau au volant de sa Rover P5B, il est soudain pris d’une frénésie de vitesse. Il perd le contrôle de son véhicule sur l’autoroute et est victime d’un grave accident. Sur la table d’opération, il semble en état de mort clinique. Soudain, deux rythmes cardiaques apparaissent sur le moniteur à la stupeur des médecins. À son réveil, toute sa vie semble avoir été bouleversée. Il se découvre une maîtresse, semble avoir été dans des lieux où lui prétend ne jamais s’être rendu. Une mystérieuse voiture grise le suit en permanence. Puis, il se trouve confronté à un double de lui-même se demandant s’il s’agit d’un doppelgänger ou s’il est devenu fou. Venu au cinéma au sein des fameux studios Ealing, le cinéaste britannique Basil Dearden (1911-1971) figure, en 1945, parmi les auteurs du classique du cinéma d’épouvante Au cœur de la nuit. Après sa période Ealing, il dirige, avec l’écrivain et producteur Michael Relph, des films aux sujets rarement abordés au début des années 1960, ainsi l’homosexualité (La victime,1961) ou les relations interraciales (Opération Scotland Yard, 1959). The Man Who Haunted Himself (en v.o.), son dernier film, donne la vedette à Roger Moore qui avait été remarqué en Simon Templar dans Le Saint (1962-69) et qui allait incarner James Bond à six reprises entre 1973 à 1985. Ce thriller, qui sort dans l’excellente collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret, est complètement passé inaperçu à sa sortie. Dans son autobiographie, Moore considère pourtant qu’il s’agit du meilleur rôle de sa carrière.A découvrir !  (Studiocanal)
 The DramaTHE DRAMA
Dans un café à Boston, dans le Massachusetts, Charlie Thompson, un conservateur de musée britannique, aborde Emma Harwood, une libraire, en prétextant avoir lu le même livre qu’elle. Emma semble l’ignorer et Charlie se rassoit avant de s’excuser. Emma finit par le remarquer et lui explique qu’elle est sourde de l’oreille droite, ce qui explique qu’elle ne l’ait pas entendu. Elle l’invite à retenter son approche et ils se donnent rendez-vous. Deux ans plus tard, Emma et Charlie préparent leur mariage, qui a lieu une semaine plus tard. Une nuit, ils surprennent Pauline, la DJ qu’ils ont engagée, en train de consommer de l’héroïne dans un parc. Ils décident d’en parler avec Mike et sa femme Rachel, respectivement leur garçon d’honneur et leur demoiselle d’honneur. Alors qu’ils débattent de virer Pauline, Emma la défend en disant que tout le monde a déjà fait une chose mauvaise. Le groupe raconte alors à leur tour la pire chose qu’ils aient faite : Mike a utilisé son ex-petite amie comme bouclier lors d’une attaque de chien, Rachel a enfermé un voisin dans un camping-car abandonné et Charlie a cyberharcelé un camarade de classe jusqu’au déménagement de ce dernier. Emma révèle ensuite avec hésitation qu’à l’âge de 15 ans, elle avait prévu de commettre une fusillade dans son école ; sa surdité partielle lui vient de son entraînement avec le fusil de son père. La révélation choque tout le groupe et énerve particulièrement Rachel, dont la cousine s’est retrouvée paralysée suite à une fusillade. Cette révélation, faite dans un contexte de jeu et d’alcool, provoque un séisme dans le couple. Charlie, déjà en proie au doute, se demande s’il peut vraiment connaître la personne avec qui il s’apprête à s’engager pour la vie… Comédie romantique basculant dans le thriller psychologique, The Drama, réalisé par le Norvégien Kristoffer Borgli, explore les tensions d’un couple à quelques jours de leur mariage, lorsque la révélation d’un secret inavouable bouleverse leur relation et remet en cause leur engagement. Porté par Zendaya (Emma Harwood) et Robert Pattinson (Charlie Thompson), The Drama interroge la possibilité de connaître vraiment l’autre avant un engagement à vie, le jeu des apparences et la performance sociale, enfin la violence latente dans la société américaine et ses répercussions sur les relations personnelles. Salué pour son audace et son humour noir, le film a été un vrai succès au box-office. (Metropolitan)
Eté Grand PereUN ÉTÉ CHEZ GRAND-PÈRE
Les grandes vacances ont enfin sonné pour le jeune Tung-tung, qui vient de terminer l’école primaire. Sa petite sœur Ting-ting et lui ont prévu de quitter la capitale Taipei pour passer l’été chez leurs grands-parents, dans la campagne taïwanaise. Sur le chemin de la gare, les enfants passent dire au revoir à leur mère à l’hôpital, avant que celle-ci ne subisse une opération. À leur arrivée au village, Tung-tung se lie rapidement d’amitié avec les enfants des environs. Les relations entre adultes, orchestrées autour de la figure autoritaire du grand-père, sont plus compliquées… Chef de file du cinéma d’auteur taïwanais, Hou Hsiao-hsien, né en 1947 en Chine, est une haute figure du cinéma asiatique qui raconte ses histoires de manière oblique, réduit l’intrigue au strict minimum et privilégie la suspension du temps. Son style se compose de très longs plan-séquences avec peu de mouvements de caméra mais une chorégraphie complexe des acteurs dans l’espace. Il improvise beaucoup pour arriver à la forme finale de ses scènes avec le jeu dépouillé et naturel de ses acteurs. Il n’effectue généralement qu’une seule prise des séquences qu’il tourne, ne procède pas à des répétitions avec les acteurs. Il déclare : « Je fonctionne à l’instant. Si je sens que ça ne prend pas, on arrête assez vite. Si je sens que ça prend, là… Après, des contraintes influent. » HHH a été sélectionné à sept reprises en compétition au Festival de Cannes où il a reçu le prix du jury en 1993 pour Le maître de marionnettes et le prix de la mise en scène en 2015 pour The Assassin. Tourné un an après Les garçons de Fengkuei (1983), inoubliable portrait d’une jeunesse désœuvrée, considéré comme le premier film majeur du cinéaste, Un été chez grand-père confirme l’orientation de Hou Hsiao-hsien vers un cinéma d’auteur, personnel et poétique. Inspiré par ses propres souvenirs, mêlés à ceux de sa coscénariste Chu Tien-wen, le film adopte le point de vue de ses deux jeunes héros et porte un regard d’enfant empreint de pudeur sur la fragilité du monde adulte. Source d’inspiration majeure pour Hayao Miyazaki et son célèbre Mon voisin Totoro, ce splendide récit d’apprentissage est disponible pour la première fois dans sa restauration 2K. Dans les suppléments, on trouve Un monde sans douceur (23 mn), un entretien inédit avec Jean-Michel Frodon, journaliste, critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po qui observe : « Il y a cette brusquerie des rapports humains qui trouve un écho dans la brusquerie des enchaînements des scènes ou des situations […], comme une mémoire qui fonctionnerait par flash ou événement. » (Carlotta)
AAAEnfantDesertL’ENFANT DU DESERT
Jeune fille de 12 ans, Sun découvre que l’histoire que lui raconte son grand-père depuis toujours — celle d’un enfant perdu dans le désert et élevé par des autruches — n’est pas un simple conte, mais une histoire vraie. Troublée par cette révélation, elle part en quête de vérité dans le Sahara pour comprendre l’origine de ce récit et qui était vraiment son grand-père. Elle y découvre l’incroyable destin d’Hadara, un enfant nomade perdu par sa famille à deux ans lors d’une tempête de sable et recueilli par des autruches, qui lui permettent de survivre pendant près de dix ans dans le désert. Lorsque Sun est invitée à visiter le Sahara, elle se rend compte qu’Hadara est peut-être plus qu’une simple histoire pour s’endormir. On connaît Gilles de Maistre, journaliste, réalisateur, auteur, documentariste et producteur de cinéma français, pour Mia et le lion blanc (2018), une fiction qui raconte l’amitié entre une petite fille et un lion. Mia va jusqu’à s’enfuir avec lui et traverser l’Afrique du Sud pour le sauver des chasseurs. Ce film international en anglais, a nécessité trois ans de tournage sans trucages pour s’appuyer sur la vraie relation entre l’actrice et le fauve. Le film a réalisé un million et demi d’entrées en France, et est devenu le plus gros succès français à l’étranger de 2019 avec plus de 6 millions d’entrées. Le cinéaste français connaîtra encore un beau succès avec Le lion et le jaguar (2024), vu par un million de spectateurs dans les salles françaises. Ici, il adapte le roman Hadara, l’enfant autruche de Monica Zak, lui-même inspiré d’une histoire vraie pour signer une aventure mêlant émotion et réflexion sur la transmission, la mémoire et la frontière entre mythe et réalité. (Studiocanal)
Ceux Qui ComptentCEUX QUI COMPTENT
Rose, pleine de vie et optimiste, vit avec ses trois enfants dans un hôtel familial qu’ils ne possèdent plus. Jean, solitaire et réservé, entre malgré lui dans leur vie. Ensemble, ils vont découvrir que tout devient possible, malgré leurs différences. Rose et Jean n’ont rien en commun. Rose est une force de la nature qui affronte tous ses problèmes avec une désarmante joie de vivre. Veuve, elle campe, dans la banlieue parisienne, avec ses trois enfants à l’étage de l’hôtel qui fut à eux. Ils ne sont pas pauvres, ils sont fauchés… mais c’est temporaire. Jean est un homme solitaire et taciturne qui a fini par enfouir son grand cœur sous des couches de pudeur et de résignation. Quand il arrive malgré lui dans cette famille hors norme, il va vite devenir indispensable. Qu’attendaient-ils avant de se rencontrer ? Sans doute plus rien. Il va très vite devenir indispensable. Le film s’ouvre dans un supermarché où Rose fait ses courses. Avec l’objectif avéré de ne pas passer en caisse. Si sa technique semble au point, elle va quand même se faire prendre par les surveillants. Elle proteste à grands cris et la situation va se retourner grâce à Jean qui passait par là. C’est le genre de type auquel il ne faut pas chercher noise, sous peine de se faire très mal. Jean veut juste qu’on le laisse en paix, quitte à vivre dans un camping-car en bordure d’autoroute et à se nourrir de raviolis en boîte. Venu du monde de la publicité, Jean-Baptiste Leonetti signe, ici, son premier long-métrage et s’empare, d’abord sur le ton de la comédie puis avec une certaine gravité dans la chronique sociale, de deux personnages que tout semble opposer. Mais ce qui les oppose est finalement beaucoup moins important que ce qui les rapproche, en l’occurrence une manière de vivre en marge de la société. Sandrine Kiberlain est une Rose magnifique et Pierre Lottin -qui devient de plus en plus incontournable dans le cinéma français- un homme qui dissimule autant qu’il peut, sa nature généreuse. Le duo des deux comédiens fonctionne bien et emporte l’adhésion du spectateur. (UGC)
 Cri GardesLE CRI DES GARDES
En Afrique de l’ouest, un vaste chantier de travaux publics est dirigé par deux expatriés : Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur. Les deux hommes partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte qui est réservée aux Blancs. Leonie, la future épouse de Horn, arrive d’Europe. Un soir, un homme nommé Alboury s’introduit par effraction et exige qu’on lui rende le corps de son frère, mort sur le chantier… Née à Paris parce que sa mère voulait accoucher en France, Claire Denis, aujourd’hui âgée de 80 ans, retourne à l’âge de deux mois en Afrique. Elle y grandit et fait sa scolarité primaire dans les écoles mixtes, notamment au Cameroun, en Somalie, en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), et à Djibouti. Son père, administrateur civil travaillant dans les colonies françaises d’Afrique, présentait à ses enfants l’indépendance comme une chose positive pour les pays africains. L’Afrique a souvent été au centre du cinéma de Claire Denis. Encouragée par Wim Wenders, elle signe ainsi, en 1988, Chocolat, son premier long-métrage, œuvre autobiographique et marquée notamment par son enfance au Cameroun. Viendront encore Beau travail ou White Material. Pour son retour en Afrique, Claire Denis a fondé son scénario sur la pièce de théâtre Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, histoire d’une vengeance et d’une cérémonie sacrificielle, qui emprunte beaucoup à la tragédie classique. « Alboury est le moteur de la tragédie , dit la cinéaste. En venant réclamer le corps de son frère comme dans la tragédie grecque, il remet en question les relations des trois Blancs de l’autre côté de la barrière. Pas parce qu’il est noir, mais parce qu’il réclame justice. Je savais que c’était une tragédie et l’important pour moi était de trouver une base abandonnée pour inventer un chantier, y construire une forteresse de grillages et de barbelés. Je savais qu’il fallait absolument que ce dispositif soit respecté, comme il l’est au théâtre. Il fallait que je m’impose les limites d’un espace clos. » Une œuvre d’une grande sobriété esthétique à travers l’épure des décors ou le travail sur la lumière ou l’absence de lumière, dans laquelle on remarque d’excellents comédiens comme Matt Dillon (Horn), Tom Blyth (Cal), Mia McKenna-Bruce (Léonie) et Isaach de Bankolé, l’ami et le frère de Koltès, dans le rôle d’Alboury. Un film sur la rencontre faite de désir, de haine et de frustration entre des hommes et une femme que tout oppose. Le film est construit autour de cette ligne de partage, cette petite zone de combat coupée en deux où se joue une tragédie millénaire. (Blaq Out)
 Mi AmorMI AMOR
Romy, une DJ, se rend aux îles Canaries pour mixer dans une boîte locale, accompagné de son amie Chloé. Le lendemain de la soirée, elle découvre que son amie n’est pas rentrée et ne répond pas au téléphone. Aidée de Vincent, le patron de la boîte de nuit, Romy se lance à sa recherche. Mais l’existence de Romy va virer au cauchemar. Sa solitude forcée s’intensifie au fil des minutes, cherchant sans relâche sa meilleure amie évaporée dans la nuit… C’est en visitant le Cocodrilo Park sur l’île espagnole de Gran Canaria et en découvrant les fosses à crocodiles que le cinéaste français Guillaume Nicloux a eu l’idée de son 18e long-métrage, affirmant que Le crocodile de la mort réalisé en 1977 par Tobe Hooper a rejailli d’un coup dans ses souvenirs… Touche-à-tout du cinéma (Le poulpe, comédie très décalée, Une affaire privée, Cette femme-là et La clef (2007), une trilogie noire, La religieuse d’après Diderot, L’Enlèvement de Michel Houellebecq, Valley of Love et The End autour de Depardieu ou Sarah Bernhardt, La divine sur la grande dame du théâtre), Guillaume Nicloux donne, entre angoisse et malaise, un thriller riche en émotions et en sons. « Tout héros doit à un moment prendre la ou les mauvaises décisions, dit Nicloux. Romy ne devrait pas aller dans cette direction pourtant elle s’y engage sans faillir. J’ai toujours été frappé par les personnages des romans de Patricia Highsmith, cette volonté chez eux de vouloir s’en sortir en se jetant dans les abysses. » Au coeur de l’enfer, Pom Klementieff, découverte en 2012 dans Les Kaïra de Franck Gastambide et vue dans Old Boy, le remake du film coréen du même nom par Spike Lee, est convaincante en Romy. A ses côté, Benoît Magimel est un Vincent ambigu. Une fable délicieusement tordue ! (Le Pacte)
 Pour MeilleurPOUR LE MEILLEUR
Une incroyable histoire d’amour entre Philippe Croizon, un homme privé de ses quatre membres (à la suite d’un accident d’électrocution), et Suzana, une femme qui va lui redonner l’énergie et la possibilité d’avoir encore des rêves, dont celui de traverser la Manche à la nage, ce qui sera chose faite le 18 septembre 2010… Remarqué avec des films comme Les héritiers (2014), Le ciel attendra (2016) sur la radicalisation des jeunes, A Good Man (2019) ou encore Divertimento (2021) sur la jeunesse et la formation de la chef d’orchestre Zahia Ziouani qui, avec sa sœur jumelle Fettouma, vivant en Seine Saint-Denis, rêvaient de faire de la musique classique leur métier, Marie-Castille Mention-Schaar s’attache, ici, à l’histoire vraie de Philippe Croizon, une aventure sur le le dépassement de soi. Car cet homme s’apprête donc à traverser la Manche à la nage alors qu’il n’a ni bras ni jambes. En s’appuyant sur Pierre Rabine dans le rôle de Philippe Croizon et sur la chanteuse Lilly-Fleur Pointeaux (Suzana), la réalisatrice livre une œuvre pleine de tension physique, d’endurance mentale où la Manche n’est pas un décor mais une force maritime à dompter et à vaincre. Comme la cinéaste évite les clichés et les pudeurs, le film prend un tour sobre et touchant à la fois. Autour des deux protagonistes principaux, on remarque nombre de visages connus dans le cinéma français comme Sandrine Bonnaire, Corine Masiero, Pierre Deladonchamps, Lolita Chammah ou Zinedine Soualem. Une sacrée traversée ! (Le Pacte)
Sukkwan IslandSUKKWAN ISLAND
Tom emmène son fils de treize ans vivre une année sur une île isolée dans le Grand Nord. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse leur permet de se retrouver. Mais les conditions extrêmes et l’isolement mettent leur relation à l’épreuve… En adaptant le roman éponyme de l’Américain David Vann, récompensé du prix Médicis étranger en 2010, Vladimir de Fontenay signe son second long-métrage après Mobil Homes, présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2017. « J’ai vu, dit le cinéaste, une promesse de récit propice au cinéma dans cette tragédie familiale qui prend place au cœur de grands espaces, sous les aurores boréales. Il y a comme une contradiction entre ces lignes d’horizon presque infinies et, en même temps, ce combat psychologique qui finit par enfermer les personnages. Je crois que j’ai été très sensible à cette idée de la recherche d’un nouveau territoire pour reconstruire une relation père-fils, pour tenter de refaire famille. » Dans cette chronique d’une année passée sur une île isolée de l’Alaska, le cinéaste fait apparaître le déracinement, la quête d’identité, les relations de parentalité. Il évoque aussi quelque chose de l’ordre de l’ « inadaptation » du parent face à son propre enfant, et l’idée d’une deuxième chance, aussi. Le père veut bien faire, mais il n’y parvient pas, il finit par faire peser quelque chose de très malsain sur son fils, qui doit trouver son propre chemin pour survivre. Et de poser la question : Est-ce qu’on peut réparer ses propres parents, avec quelles dettes naissons-nous, jusqu’où peut-on pardonner, de quoi doit-on s’émanciper pour construire sa propre histoire ? Le film est porté, au côté de Woddy Norman dans le rôle du jeune fils, par un Swann Arlaud au meilleur de son art en père qui ne sait pas comment aimer son fils simplement. Sur la maladresse des sentiments, entre tendresse naïve et chantage affectif. (Blaq Out)
BagarreBAGARRE
Gaillard doté d’un physique hors norme, Naim est cependant un homme pacifique et très doux dans la vraie vie. Lorsque Chipie, sa chienne, tombe malade et qu’il se retrouve incapable de payer les frais de vétérinaire, il décide de rejoindre « Allô bagarre », un service de combattants de rue qui règlent les embrouilles à coups de poings. Pourtant , au fur et à mesure des missions, Naim commence à vouloir une vie plus paisible.. Au-delà du fait qu’il est le fils de François Hollande et de Ségolène Royal, Julien Royal est diplômé de l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle de Paris. Il a commencé sa carrière avec le court métrage Nuit (2008) avant de créer la websérie En passant pécho (2012-2015) qui sera adaptée en long métrage et diffusée sur Netflix. Avant de tourner Bagarre, il signe, en 2023, la comédie d’action Nouveaux riches. Avec Bagarre, dont le coscénariste est Nassim Lyes, également interprète de Naim et champion de kick-boxing dans ses jeunes années, Julien Royal donne une comédie mêlant humour et action, avec une touche de satire sociale, qui explore les thèmes de la débrouillardise, de la solidarité et des limites de la violence. Avec de beaux combats stylisées… (Studiocanal)
 Cocorico2COCORICO 2
Les familles Bouvier-Sauvage et Martin pensent enfin pouvoir tourner la page après les révélations apportées par leurs tests ADN. Convaincues d’avoir découvert leurs véritables origines, elles mettent fin à leurs conflits et commencent les préparatifs du mariage de leurs enfants. Mais leur tranquillité est de courte durée. L’apparition d’un cousin de Frédéric, retrouvé grâce à une nouvelle analyse, remet tout en question en prouvant que les premiers résultats étaient inexacts. Les deux familles se retrouvent alors face à une histoire familiale bien plus compliquée qu’elles ne l’imaginaient, avec encore de nombreux secrets à découvrir… Deux ans après un premier Cocorico qui avait réuni près de deux millions de spectateurs dans les salles françaises, Julien Hervé remet donc le couvert et retrouve l’essentiel du casting du premier film avec, en tête, le tandem Christian Clavier (Bouvier-Sauvage) et Didier Bourdon (Martin) qui va avoir l’occasion de se balancer des vannes. Une comédie populaire qui joue la carte d’un cynisme léger tout en trouvant un rythme humoristique plus enlevé que dans le premier film. (M6)
The StuffTHE STUFF
Un nouveau produit fait fureur dans les familles américaines : The Stuff, une sorte de yaourt dont le succès touche tout le pays. Mais cette substance, à l’origine inconnue, provoque chez ceux qui la consomment une violente addiction. Un enquêteur, mandaté par des industriels de l’alimentation, va tenter d’en savoir plus. « Une des origines du film, explique le cinéaste Larry Cohen, est le volume considérable de malbouffe que nous consommons chaque jour. Nous continuons à consommer ces aliments malgré le fait que certains d’entre eux sont en train de nous tuer. » Plus de quarante ans après sa sortie, le point de départ de The Stuff n’a rien perdu de son actualité. Fidèle à son goût pour les récits fantastiques ancrés dans les dérives de la société américaine, le cinéaste imagine une substance irrésistiblement addictive. Derrière cette idée aussi absurde que géniale se cache une satire mordante du consumérisme, de la publicité, des fast-foods. Figure incontournable du cinéma de genre américain, le réalisateur s’est toujours distingué par son audace et sa capacité à détourner les codes du fantastique pour porter un regard critique sur son époque. Avec humour, il revisite ici, autour d’un banal pot de yaourt, L’Invasion des profanateurs de sépulture et signe une œuvre inclassable, où l’horreur côtoie en permanence la comédie. Devenu culte, le film n’était jamais sorti en HD en France. Voici une édition Combo Blu-ray + DVD accompagnée d’un livret inédit avec plus d’une heure de suppléments vidéo. Une sorte de Blob sucré à déguster ! (Rimini éditions)

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