LES COUPS DE FOUDRE DE SUZANNE ET DE CECILIA

Venus ElectriqueLA VENUS ÉLECTRIQUE
Entrez, entrez, Mesdames et messieurs, venez voir à l’oeuvre l’impressionnante Vénus électrificata, celle qui, lorsque vous partagez un baiser avec elle, vous fait passer de l’électricité dans tout le corps ! Titus, patron du stand forain, se charge de faire la retape en promettant des vibrations, du vertige, de l’extase. Le coup de foudre, en somme… Dans le Paris de 1928, Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort d’Irène, son épouse. Armand, son galeriste, désespère. Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il va se retrouver à parler à Suzanne qui venait de se glisser dans la roulotte de la spirite pour y voler de la nourriture. Très vite, Suzanne montre de vrais dons pour l’imposture. Antoine est bouleversé et ravi de s’entretenir avec le fantôme d’Irène. Onzième long-métrage de Pierre Salvadori. La Vénus électrique, présenté en ouverture de Cannes 2026, est une charmante comédie dont on admire d’entrée l’élégante écriture et la belle maîtrise dans la mise en scène des états d’âme du malheureux Antoine et de la maligne Suzanne qui va doucement tomber amoureuse de l’homme qu’elle manipule, tout en devenant la porte-parole de sa propre rivale ! Au-delà des péripéties qui se succèdent à un rythme soutenu, La Vénus électrique séduit par ses décors colorés et dynamiques. On passe, dans la représentation très réussie d’une époque stylisée, de la fête foraine aux séances de voyance ou de la galerie d’art d’Armand à l’atelier d’Antoine. Par moments, comme tout cela se passe dans un Paris revisité par la magie du cinéma, on songe à l’univers d’Amélie Poulain. Ensuite il suffit de se laisser porter par la beauté des dialogues qui font la part belle aux sentiments amoureux, à l’extase et à la brûlure, à la culpabilité comme un contrepoison à l’égoïsme, à la porosité́ entre les morts et les vivants, le passé et le présent… La Vénus… est un remarquable récit visuel porté par de singuliers et parfois extravagants personnages. Suzanne est lasse d’être offerte au public et aspire à une autre vie. Antoine est rongé par la culpabilité. Il n’a plus de désir. Ni de courage. Ni celui de vivre, ni celui de mourir. Il végète et il boit. C’est un vivant-mort qui incarne aussi l’innocence au cœur du récit. Armand est un marchand sentimental et un traître pas très doué. Quant à Irène, l’épouse disparue, elle déjoue tous les stéréotypes et s’avère plus pygmalion que muse… Anaïs Demoustier (Suzanne), Pio Marmaï (Antoine), Vimala Pons (Irène) et Gilles Lellouche (Armand) sont tous excellents. Comme le lance, d’entrée, Titus aux badauds de la foire de Saint-Ouen : « Ici ni magie, ni illusion, point de monstre, ni de colosse ! Ici, juste de l’émotion, juste des sensations. » C’est effectivement ce que propose, avec grâce, La Vénus électrique. (Diaphana)
Vivaldi Et MoiVIVALDI ET MOI
Dans la Venise de 1716, Cecilia est une jeune enfant trouvée, recueillie à l’Ospedale della Pietà. Elle a environ 16 ou 17 ans et supporte de plus en plus mal la discipline très stricte de l’institution, dans laquelle elle vit quasiment cloîtrée. Violoniste avertie, elle est membre de l’orchestre de jeunes filles de l’Ospedale. Ces dernières apprennent en effet à jouer d’un instrument et elles donnent, le dimanche, dans l’église de l’institution, dans la tribune, masquées aux yeux du public, un concert devant un public composé de familles nobles de la ville. Les concerts doivent être de la meilleure qualité car il importe que les riches Vénitiens poursuivent le financement des activités de l’Ospedale… La nuit, Cecilia écrit, en secret, des lettres à sa mère, qu’elle n’a pas connue, dans lesquelles elle exprime son ressentiment et son désarroi face à l’abandon dont elle a été l’objet, et son désir que celle-ci vienne la chercher. Les jeunes filles de l’institution sont fréquemment destinées à un mariage avec une personne de condition, mais cela implique qu’elles abandonnent la musique, une fois mariées. Violoniste talentueuse, Cecilia est promise en mariage avec le comte de Sanfermo, qu’elle doit épouser dès son retour de la guerre contre les Turcs de 1714-1718. Cependant, la concurrence d’autres ensembles musicaux vénitiens se fait plus pressante. Les donations à l’Ospedale della Pietà diminuant, l’institution engage le maestro Antonio Vivaldi pour diriger les jeunes musiciennes. Compositeur de génie (la bande son du film fait évidemment largement appel à son œuvre, notamment Les quatre saisons), Vivaldi est prêtre, de santé fragile et déchu après une expérience ratée comme impresario. Dès les premières auditions, Vivaldi remarque le talent de Cecilia. « Nous avons notre premier violon ! » lance-t-il rapidement. A la jeune femme, le « prêtre roux » explique qu’elle a quelque chose de plus. Elle n’est peut-être pas la violoniste la plus douée mais, dit-il, « tu ne joues pas pour les louanges ! ». Metteur en scène d’opéra acclamé, l’Italien Damiano Michieletto aborde le cinéma pour la première fois avec ce Primavera (en v.o.) inspiré du roman de Tiziano Scarpa Stabat mater, (2008), dont l’approche est centrée sur la relation intime de l’orpheline avec la musique. Avec la chanteuse Tecla Insolia en tête d’affiche et Michele Riondino en Vivaldi, le film, reposant sur une belle reconstitution, s’impose comme un drame historique et musical qui scrute la relation faite d’une confiance mutuelle mais distante, entre une jeune musicienne et un maître du baroque. Sous forme de plongée dans la Venise du 18e siècle, le film narre aussi le drame personnel de Cécilia face au brutal Sanfermo auquel elle est promise et qui ruinera son existence. Un belle évocation de Vivaldi qui oeuvra quarante années durant à l’Ospedale della Pietà et qui disait : « Là où est la musique, il n’y a pas de place pour le Mal ». (Diaphana)
Les FillesLES FILLES
Kusum est une jeune fille issue d’une famille pauvre du Sri Lanka rural. Travailleuse et obéissante, elle passe ses vacances au service de madame Kamalawathi et de ses garçons, dans un climat d’affection mutuelle. Brillant élève, l’aîné, Nimal, l’initie aux études et Kusum entre bientôt à l’internat pour parfaire son éducation. Quelques années passent et Nimal est de retour de l’université. Lorsqu’il revoit Kusum, c’est le coup de foudre. Mais la jeune fille se promet de ne pas céder à cet amour, estimant ne pas en être socialement digne… Réalisé en 1978, Les filles marque un tournant majeur dans le cinéma sri-lankais. Il s’agit en effet du premier film réalisé par une femme, la surdouée Sumitra Peries. Surnommée la « poétesse du cinéma cinghalais », Sumitra Gunawardena-Peries (1935-2023) sort diplômée de la London School of Film Technique en 1959 et rejoint, comme assistante-réalisatrice, l’équipe du prolifique cinéaste Lester James Peries, l’une des grandes figures du cinéma au Sri Lanka, sur Le message, le second film de ce dernier. Elle épousera Lester James Peries quatre ans plus tard. Coup sur coup, elle connaîtra d’énormes succès avec Les filles et Au bord de la rivière en 1980. A la fin des années 1990, la cinéaste a occupé le poste d’ambassadrice du Sri Lanka en France et en Espagne ainsi qu’auprès de l’UNESCO. Optant pour une mise en scène tout en délicatesse, au noir et blanc empreint de poésie et de sensualité, la cinéaste dresse un portrait sensible de la condition féminine dans son pays. Dans le rôle de Kusum, la débutante Wasanthi Chathurani crève l’écran de sa beauté gracile et incarne à merveille la voix réduite au silence des jeunes femmes contraintes au renoncement. Les filles sort pour la première fois en Blu-ray dans sa nouvelle restauration 4K menée par la Film Heritage Foundation. Dans les suppléments, on trouve deux entretiens avec Ajith Jinadasa, l’interprète de Nimal, qui évoque la méthode de la réalisatrice, axée sur le naturel et la spontanéité des jeunes acteurs. Pour sa part, Wasanthi Chathurani, l’interprète de Kusum, se dit fière de la postérité du film de Sumitra Peries, quarante-sept ans après sa sortie. (Carlotta)
The EyeTHE EYE 1 & 2
Travaillant ensemble ou séparément, les frères jumeaux Oxide et Danny Pang, nés le 11 novembre 1965 à Hong Kong, signent en 1999 leur premier film en commun avec Bangkok Dangerous, un hommage aux polars hongkongais des années 1990 se déroulant à Bangkok. C’est le producteur thaïlandais Nonzee Nimibutr, meneur de la nouvelle vague thaïlandaise, qui finance le film après avoir remarqué le travail d’Oxide Pang sur Who is Running (1997), film que son réalisateur qualifie de divertissement expérimental. Bangkok Dangerous connaîtra un succès international. Les deux frères rencontreront à nouveau la réussite internationale avec leur second film en commun The Eye, un thriller d’horreur hongkongais-singapourien sorti en 2002. Aveugle depuis l’âge de deux ans, Mun retrouve la vue grâce à une transplantation de la cornée. Après un court moment de bonheur, engendré par ce sens retrouvé, Mun se rend compte que les formes qu’elle avait du mal à distinguer et qui l’entourent sont des morts qui hantent les vivants… Après ce premier Eye, les frères prodiges du cinéma asiatique des années 2000 récidivent, en 2004, avec The Eye 2 : Renaissances, toujours dans le registre de l’horreur et du fantastique. Joey Cheng fait une tentative de suicide lorsque Sam, son amant, refuse de quitter son épouse pour elle. Sauvée in-extremis, la jeune femme découvre bientôt qu’elle est enceinte. D’étranges phénomènes commencent à survenir de plus en plus fréquemment : miroirs brisés, apparitions d’étranges personnes et en particulier une femme. Cherchant de l’aide auprès d’un bonze, Joey apprend que le fait d’avoir frôlé la mort et d’être enceinte ont ouvert une porte vers la dimension des spectres. Mais que veulent réellement ces fantômes qui la hantent ? Ces deux pépites de l’horreur sont disponibles pour la première fois en Blu-ray et dans une restauration 4K UHD dans un beau coffret. Loin de se limiter aux codes de l’horreur, ces longs-métrages privilégient une approche atmosphérique où l’épouvante naît autant de l’émotion que du surnaturel. The Eye et The Eye 2 : Renaissances attestent du style singulier des frères Pang, au service d’un fantastique subtil, élégant et profondément humain. Dans les suppléments, on trouve, outre deux making-of (17 et 13 mn), Réflexions sur The Eye (22 mn), un entretien avec Peter Ho-Sun Chan, le producteur du film qui revient sur sa rencontre avec les frères Pang et sur le tournage de cette production panasiatique. Enfin Voir et ressentir : la vision, l’empathie et le récit du fantôme au féminin dans The Eye (15 mn) est un essai visuel écrit et lu par la critique et spécialiste de l’horreur, l’Américaine Heather Wixson. (Carlotta)
Symphonie PastoraleLA SYMPHONIE PASTORALE
A Rossinière, village reculé des montagnes suisses, au début du 20e siècle, le pasteur Jean Martens a recueilli Gertrude, une fillette aveugle, à demi-sauvage, qui parle et marche avec difficulté. Pour lui offrir une vie remplie de musique, de poésie et de beauté, il prend en charge son instruction et l’élève chez lui avec son fils et sa fille. Il en fait la sœur de ses enfants malgré les réactions ombrageuses d’Amélie, son épouse. Homme pieux et bienveillant, le pasteur voit en Gertrude, qui l’appelle « mon père », une âme pure à protéger. Grandie, Gertrude est toujours aveugle, la femme du pasteur toujours acariâtre, le pasteur toujours attentif. Jacques, son fils, aime Gertrude et veut l’épouser. Confusément jaloux, le pasteur refuse. L’affection qu’il peut ressentir pour elle se rapproche de plus en plus de l’amour. Après une opération, la jeune fille retrouve la vue mais, déchirée entre son amour pour le jeune homme et sa reconnaissance pour le pasteur, elle choisit de s’enfuir… Lorsqu’en 1945, Jean Delannoy (1908-2008) s’attèle à l’adaptation du roman éponyme d’André Gide, écrit en 1919, il est déjà un cinéaste largement reconnu auteur de films comme Macao, l’enfer du jeu (1942) avec Erich von Stroheim, Pontcarral, colonel d’Empire (1942) avec Pierre Blanchar ou L’éternel retour (1943) avec Jean Marais et Madeleine Sologne. Même si l’oeuvre est d’un classicisme un peu raide, La symphonie pastorale est entrée dans la légende du 7e art en devenant le film qui remporta le Grand prix (l’équivalent, aujourd’hui, de la Palme d’or) du premier Festival de Cannes en 1946. Une récompense partagée avec pas moins de dix films dont Rome ville ouverte de Roberto Rossellini, Le poison de Billy Wilder ou Brève rencontre de David Lean. Pour sa part, Michèle Morgan, avec le personnage de Gertrude, obtient le premier prix d’interprétation féminine. Elle estimera plus tard que La symphonie… fut l’un des nombreux films centrés sur son regard si particulier, souligné, dès 1938, par la réplique de Jean Gabin dans Quai des brumes. Autour de la question : peut-on aimer sans posséder ?, Delannoy a construit un film volontiers poétique et envoûtant qui sort en Blu-ray dans une version restaurée 4K Ultra HD. Autour de Michèle Morgan (Gertrude) et de Pierre Blanchar, un habitué du cinéma de Delannoy (il venait d’être Lagardère dans Le bossu) qui incarne le pasteur Martens, on trouve Lino Noro (Amélie) et le jeune Jean Dessailly dans le rôle de Jacques, le fils du pasteur. (Studiocanal)
L'ArnaqueuseL’ARNAQUEUSE
Tout juste enceinte, Fanny, trentenaire, n’en peut plus de vivre avec son petit ami Virgil dans l’appartement surpeuplé de sa famille. Et elle se voit mal élever son futur enfant dans cet appartement. Bref, elle veut un appartement à eux, et plutôt à Paris que dans leur banlieue. Après quelques temps de galère, elle découvre le principe du viager, et après deux visites, tombe sur une vieille dame atteinte d’un cancer en phase 4 et hospitalisée à domicile, avec perfusions et respirateur. C’est, pense-t-elle, la bonne affaire d’autant que l’appartement, avec ses parquets et ses moulures, a beaucoup de charme. Elle décide alors de signer rapidement, persuadée que la vieille dame va bientôt mourir et qu’ils pourront rapidement profiter de l’appartement. Las, Fanny et Virgil découvrent qu’en réalité l’élégante Madame Masséna est non seulement en pleine forme mais aussi pleine aux as. Pour le jeune couple, il va falloir s’extirper d’un solide piège… Co-réalisateur en 2022 avec Olivier Ducray, de la comédie Jumeaux mais pas trop, Wilfried Méance s’empare, ici, d’un sujet qui avait été traité, en 1972, par Pierre Tchernia derrière la caméra et Michel Serrault en tête d’affiche sous le titre Le viager. Ici, nous avons aux prises un jeune couple avec Fanny, une femme dynamique (l’humoriste Fadily Camara) et Virgil, un compagnon plutôt velléitaire (Jean-Pascal Zadi, également co-scénariste du film) face à une arnaqueuse de haut vol, personnage qui permet à Josiane Balasko de donner toute la mesure de son énergie et de son talent. Même si le film a quelques chutes de rythme, ce divertissement tient agréablement la route. Après l’avoir vu, on fait plus attention quand on lit les petites annonces immobilières… (Wild Side)
Die My LoveDIE MY LOVE
Au plus profond de la campagne américaine, Jackson, sa femme Grace et leur tout jeune bébé s’installent dans une maison en plutôt mauvais état. L’endroit a le mérite d’être calme. Il y a même un bureau qui permettra à Grace d’enfin écrire son grand roman américain. Alors, dans ce no man’s land aussi réel que rêvé, Grace et Jackson ont tout le temps de danser sur une musique à fond et aussi de copuler tout leur saoul. Dans le pré alentour, Jackson a installé un téléscope. « Les étoiles, considère-t-il, me donnent l’impression de n’être rien ». A quoi, Grace répond : « L’univers, on s’en tape… » Clairement, Grace ne va pas bien. Elle traverse son salon à quatre pattes, joue de l’harmonica, grogne, lèche la vitre d’une fenêtre et, assise dans le frigo, crache de l’eau alentour. Avant de s’allonger sur son lit et de se masturber longuement… Die my Love est le cinquième long-métrage de la cinéaste britannique Lynne Ramsay, aujourd’hui considérée comme l’une des réalisatrices majeures du cinéma d’auteur contemporain. Elle adapte, ici, Crève, mon amour, le premier roman de l’écrivaine argentine Ariana Harwicz, paru en 2012, et qui évoquait, dans un long monologue intime, les affres et les douleurs de la maternité vécus par une jeune mère en plein doute. « Ce qui m’intéresse surtout, dit la cinéaste, c’est ce que la maternité vient changer dans la vie de ces femmes, justement. Grace est créative, c’est une écrivaine. Mais après avoir accouché, elle souffre du syndrome de la page blanche. Son compagnon est absent. Elle se sent coincée et très seule. Elle s’ennuie beaucoup, aussi. À partir de là, son esprit commence à se détraquer. » Die my Love prend fréquemment des allures de conte fantastique en suivant au plus près cette Grace presque animale qui fonctionne à l’impulsion, dit des choses déplacées, se promène en sous-vêtements, tout cela pour tenter de ressentir quelque chose et se débarrasser d’une insupportable sensation d’engourdissement liée à l’isolement. Tout passe, ici, par la perception. Die my Love est une œuvre très musicale dans laquelle on entend , in fine, Love Will Tear us Apart qui suggère que l’amour existe encore, mais qu’il est devenu toxique, presque impossible. Pour incarner son couple bouleversé, la cinéaste met en scène deux stars. Robert Pattinson est un Jackson paumé qui ira jusqu’à placer sa femme dans une institution spécialisée. Jennifer Lawrence est une Grace anarchiste dans un maelstrom permanent d’isolement, de destruction, de perte, de douleur et de désir. Inconfortable mais fascinant. (Studiocanal)
Plus Belle ToutesHSI SHIH : LA PLUS BELLE DE TOUTES
Depuis la défaite de son pays face au royaume de Wu, Goujian, le roi de Yue, prépare sa vengeance. Il décide de confier une mission bien particulière à Hsi Shih. La belle jeune femme est envoyée à la cour ennemie dans le but de séduire Fucha, le roi de Wu, et devenir sa concubine. Grâce à son charme et sa ruse, Hsi Shih (la belle Chiang Ching) parvient à détourner l’attention du monarque. Pendant ce temps, le roi Goujian convoque secrètement ses alliés et son peuple afin de reconquérir ses terres… Mêlant intrigue politique, romance tragique et spectacle visuel, Hsi Shih : La plus belle de toutes illustre le talent du réalisateur hongkongais Li Han-hsiang (1926-1996) pour les reconstitutions historiques d’envergure. Portée par des décors somptueux, des costumes raffinés et une mise en scène ambitieuse, cette œuvre emblématique du cinéma taïwanais, lauréate de cinq Golden Horse Awards en 1965, interroge les rapports entre beauté, pouvoir et sacrifice, tout en donnant vie à l’une des figures les plus célèbres de l’imaginaire historique chinois. Signée d’un des plus importants réalisateurs du cinéma de Hong Kong, cette grande fresque, véritable superproduction du cinéma taïwanais, sort pour la première fois en blu-ray dans une belle restauration 4K. Dans les suppléments, avec Li Han-hsiang, cinéaste retrouvé (35 mn), le documentariste et spécialiste du cinéma asiatique Frédéric Ambroisine revient sur la carrière de Li Han-hsiang, grand maître oublié dont la superproduction Hsi Shih : La plus belle de toutes transmet la fascination de son réalisateur pour la culture chinoise classique. (Carlotta)
Britannia HospitalBRITANNIA HOSPITAL
Une nouvelle aile de l’hôpital Britannia doit être ouverte par la reine lors d’une visite officielle. Malheureusement, Potter, l’administrateur de l’hôpital, est confronté à une série de problèmes. Des manifestants protestent contre la présence d’un dictateur africain, venu comme patient VIP, des auxiliaires en grève s’opposent aux exigences gastronomiques exotiques des patients privés de l’hôpital sans parler des exigences protocolaires de l’entourage royal et du peu coopératif professeur Millar, le chef de la nouvelle aile. Plutôt que d’annuler la visite royale, Potter décide de discuter avec les manifestants et il conclut un accord avec le leader de la manifestation. Les patients privés de l’hôpital Britannia ainsi que le dictateur doivent être expulsés et, en retour, les manifestants autorisent l’entrée d’un certain nombre d’ambulances dans l’hôpital. Cependant, à l’insu des manifestants, ces ambulances transportent en fait la souveraine et son entourage. Pendant ce temps, le journaliste Mick Travis s’infiltre discrètement dans l’hôpital pour tourner un documentaire clandestin sur la nouvelle aile et ses pratiques douteuses. Il parvient à pénétrer à l’intérieur d’un laboratoire avec la complicité d’une jeune infirmière sympathique et commence à enquêter sur une sinistre expérimentation scientifique de Millar. Ce dernier présente son projet Genesis et prétendant avoir perfectionné le genre humain, il révèle au public ce qu’est Genesis, une Intelligence artificielle qui ressemble à un cerveau spongieux baignant dans du formol et câblé à des machines. Sorti sur les écrans en 1982, Britannia Hospital, réalisé par Lindsay Anderson, est le film dernier d’une trilogie ayant pour protagoniste Michael Travis, interprété par Malcolm McDowell, et qui se compose de If… (1968) puis du Meilleur des mondes possible (1973). Grand animateur du mouvement Free Cinema, le cinéaste britannique (1923-1994) plante son décor dans une Angleterre en plein conflit social et économique avec des émeutes et des attentats sanglants et signe une comédie noire en forme de satire sociale teintée de cynisme sur fond d’absurdité bureaucratique et de critique du système de santé britannique. Dans la collection Studiocanal Classics, Britannia Hospital est l’un des premiers titres de la nouvelle collection blu-ray dans laquelle Studiocanal s’associe avec le magazine Première. Dans les bonus, on trouve une analyse du film et un livret de 12 pages signé par la rédaction de Première. (Studiocanal)
Sauvons MeublesSAUVONS LES MEUBLES
Photographe professionnelle indépendante et reconnue, Lucile Langlois va de shooting en shooting. Elle réalise un portrait de Benoît Hamon, avant de partir rendre visite à ses parents dans la maison de son enfance où elle retrouve également son frère Paul. Lucile croise Nadège, l’infirmière à domicile et comprend que Colette, sa mère, est en bien plus mauvaise santé que ne le lui laissaient entendre les propos lénifiants d’un père discret, lunaire et résigné. Elle découvre aussi que sa mère n’a pas que des problèmes de santé. Autrefois dynamique et entrepreneuse, leur mère a caché à ses enfants de secrets lourds: non seulement sa santé décline, mais elle a aussi usurpé l’identité de Lucile pour s’endetter massivement. Dans l’urgence de ses derniers jours, la fratrie doit affronter cette réalité et tenter de sauver bien plus que des meubles, leur famille, leur dignité et leur propre avenir. Cheffe décoratrice, cheffe costumière et scénariste belge, Catherine Cosme a obtenu le César du meilleur décor en 2025 pour L’inconnu de la Grande arche de Stéphane Demoustier. Avec Sauvons les meubles, elle réalise son premier long-métrage pour lequel elle a puisé dans des souvenirs personnels. En s’appuyant sur une belle distribution, la cinéaste explore, entre drames familiaux et moments de tendresse, les non-dits, les héritages toxiques et la complexité des liens mère-enfant. D’abord submergée par la colère et la trahison, Lucile doit cheminer vers le pardon pour sauver ce qui peut encore l’être. Mêlant drôlerie, nostalgie et tendresse, Sauvons les meubles est une forte chronique familiale autour d’un thème rarement abordé dans le cinéma : le surendettement. Vue récemment dans La Vénus électrique (voir ci-dessus), Vimala Pons incarne une Lucile pugnace mais fragile face à Guilaine Londez, une Colette au bout de son parcours. Autour d’elles, on remarque Yoann Zimmer (Paul) ou encore, dans des apparitions, Ophélie Bau, Bruno Podalydès ou Dominique Reymond. (Blaq Out)
Les ImmortellesLES IMMORTELLES
1992. Sud de la France. Charlotte et Liza, 17 ans, sont inséparables depuis l’enfance. Elles partagent leur adolescence rebelle, leur passion pour la musique pop, particulièrement Rita Mitsouko, et leur désir de vivre à Paris pour y réaliser leurs ambitions artistiques. Elles composent des chansons, rêvent de gloire et se promettent de ne jamais se quitter. Leur complicité semble indestructible, comme si elles formaient une seule entité, presque immortelle. Mais un drame soudain vient briser cette harmonie. Charlotte se retrouve seule, un pied tendu vers la vie adulte, portant des rêves pour deux, contrainte de faire face à l’avenir sans sa meilleure amie… Après une série de courts-métrages, Caroline Deruas passe, en 2016, au « long » avec L’indomptée, un drame qui se déroule dans le cadre de la villa Médicis à Rome, un lieu que la cinéaste connaît bien puisqu’elle y séjourna en 2016 et qui lui inspira ce premier long-métrage. Avec Les immortelles, ode à l’amitié féminine, la réalisatrice puise à nouveau dans son histoire personnelle et avoue qu’elle a été influencée par sa propre fille Léna Garrel, déjà présente dans Les indomptés et qui incarne, ici le personnage de Charlotte. Explorant le deuil de Charlotte, son impossibilité d’accepter cette perte, et sa difficulté à avancer, le film repose sur un récit qui mêle mélancolie et nostalgie pour dépeindre l’adolescence comme une période de rêves immenses, mais aussi de vulnérabilité face aux épreuves de la vie. L’action se situe au début des années 90 sur fond de montée du Front national et le personnage de Michèle, la mère de Charlotte, incarnée par Emmanuelle Béart, ne se prive pas de critiquer Le Pen. Du point de vue de l’écriture, le film (présenté en compétition à la Mostra de Venise en 2025) joue, de manière parfois déroutante, entre réalisme (les tensions familiales, les conflits adolescents) et onirisme avec des moments où Charlotte dialogue avec Liza (Louiza Aura), comme si elle était encore là… (Blaq Out)
Dead To RightsDEAD TO RIGHTS
Jeune apprenti facteur de 15 ans, Chang se réfugie, en 1937, au milieu du chaos de la guerre, dans un studio photo abandonné. Menacé par Wang Guanghai, interprète des forces d’invasion japonaises, il prétend, pour survivre, savoir développer des photos. Il est contraint de développer des photographies pour le photographe militaire japonais Ito, notamment des « photos d’amitié » mises en scène, obtenues de force auprès de civils chinois. Le jeune homme va découvrir que ces pellicules contiennent des preuves des exactions commises par les soldats japonais. Avec l’aide du propriétaire du studio et d’autres civils cachés, il risque sa vie pour sauver des familles et documenter les crimes, transformant ainsi le studio en un lieu de résistance et de mémoire. Le cinéaste chinois Shen Ao, en explorant les tensions politiques et l’horreur de l’occupation japonaise, montre la photographie comme outil de résistance, les images devenant un moyen de témoigner et de lutter contre l’oubli. S’appuyant sur des épreuves photographiques authentiques des crimes de guerre japonais, Le studio photo de Nankin (Dead to Rights en version anglaise), se déroule pendant le massacre de Nankin (décembre 1937), un épisode tragique de la Seconde Guerre sino-japonaise où l’armée impériale japonaise a perpétré des atrocités contre la population civile, faisant près de 300 000 morts. Le massacre a renforcé la résistance chinoise, unifiant temporairement les factions rivales (nationalistes de Tchiang Kaï-chek et communistes de Mao) contre l’envahisseur japonais. En Chine, le massacre est un symbole de la souffrance nationale et un élément central de l’identité historique moderne. Au Japon, le sujet demeure controversé. Certains négationnistes ont minimisé les faits, les qualifiant de rumeurs ou de « comportements isolés » de soldats indisciplinés. Les manuels scolaires japonais ont longtemps omis ou édulcoré ces événements. Depuis les années 1990, des excuses officielles et des reconnaissances progressives ont eu lieu, mais les tensions persistent, notamment avec la Chine. En interrogeant le rôle de l’art et de la documentation dans la préservation de la vérité face à l’oppression, Ao Shen mêle des scènes intimistes à des moments de tension historique, avec une attention particulière portée à l’esthétique visuelle, en écho au travail des photographes de l’époque. (Blaq Out)
PlanetesPLANÈTES
Une comète s’écrase sur Terre, déclenchant des explosions nucléaires qui détruisent tout sur leur passage. Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa, quatre akènes de pissenlit rescapés des explosions, se trouvent projetés dans le cosmos avant de s’échouer sur une planète inconnue, glacée et hostile, couverte de forêts, de lacs et de montagnes. Bien que stérile à première vue, la planète abrite une faune et une flore microscopiques qui, à l’échelle de Dendelion et de ses amis, deviennent des géants ou des monstres terrifiants. Ils partent à la quête d’un sol propice à la survie de leur espèce. Mais les éléments, la faune, la flore, le climat, sont autant d’embûches qu’ils devront surmonter. En adaptant le manga éponyme de Makoto Yukimura, la cinéaste japonaise Momoko Seto raconte les aventures d’une équipe de « débris collectors », des éboueurs de l’espace chargés de le débarrasser des débris spatiaux qui constituent une menace majeure pour les satellites et les stations spatiales. Car ces débris, en orbite autour de la Terre, peuvent entrer en collision avec des engins spatiaux et causer des catastrophes. La cinéaste aborde des thèmes comme la gestion des déchets spatiaux, une problématique réelle et croissante dans l’industrie spatiale mais aussi l’éthique et la responsabilité. Jusqu’où l’humanité peut-elle aller dans l’exploitation de l’espace ? Le film met aussi en lumière les enjeux géopolitiques et la collaboration entre pays pour résoudre les problèmes spatiaux. Née au Japon où elle a passé son enfance et sa jeunesse, Momoko Seto s’installe, à 19 ans, en France et fait des études artistiques, notamment au Fresnoy avant de rejoindre le CNRS comme ingénieure d’étude et réalisatrice scientifique. Elle a tourné une dizaine de courts-métrages qui explorent notamment des mondes invisibles, trois documentaires. Planètes, coécrit avec Alain Layrac, est son premier long-métrage qui a été présenté à la Semaine de la critique de Cannes 2025. Mêlant des images réelles (animaux et paysages filmés en time-lapse) et d’animation (pour les akènes), Planètes se distingue, outre son caractère poétique, par son réalisme scientifique, son attention aux détails techniques et son approche mature des enjeux spatiaux. (Blaq Out)
Good Luck Have FunGOOD LUCK HAVE FUN DON’T DIE
Un homme étrange et débraillé, affirmant venir du futur, fait irruption dans un diner minable de Los Angeles avec un détonateur à la main. Il explique qu’il a déjà tenté 117 fois de remonter le temps pour empêcher l’apocalypse causée par une intelligence artificielle malveillante qui a asservi l’humanité, lobotomisée par les écrans. Sa dernière chance ? Recruter les clients du restaurant Norm’s, un groupe improbable et mal préparé, pour former une équipe capable de sauver le monde. Si cette mission échoue, l’humanité n’aura plus d’espoir. Principalement connu pour avoir réalisé les trois premiers films de la saga Pirates des Caraïbes, qui constituent un véritable triomphe critique et commercial durant les années 2000, l’Américain Gore Verbinski connut ensuite un gros passage à vide, jalonné de projets non aboutis et d’échecs commerciaux. Il reste ainsi huit ans sans tourner entre A Cure for Life (2017), un film d’horreur psychologique sur fond de promesse de vie éternelle, et Good Luck, sorti en 2025. Le cinéaste américain mêle, ici, la science-fiction, la comédie, l’action et l’aventure autour d’un voyage dans le temps avec l’intelligence artificielle comme menace principale. Lorgnant du côté de Terminator comme des films de zombies, il signe une comédie inventive et volontiers déjantée maniant l’humour absurde. Verbinski peut se reposer sur une jolie distribution avec Sam Rockwell, Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz et Juno Temple. Une satire des réseaux sociaux et de l’IA, où l’apocalypse est moins une question de machines que de dépendance technologique. (Metropolitan)
SlugsSLUGS
Dans une petite ville des États-Unis, des habitants disparaissent de manière inquiétante. Face à ces morts pourtant plus que suspectes, Mike Brady, un responsable des services sanitaires venu épauler le shérif local, doit se battre contre le scepticisme des autorités locales afin d’éradiquer le fléau. Mais ce qui ne devait être qu’une enquête de routine tourne au cauchemar, les victimes ayant été partiellement dévorées. Au vu des analyses, Brady émet une hypothèse jugée farfelue: les victimes auraient été tuées par des limaces géantes et mangeuses de chair humaine… En 1988, le cinéaste espagnol Juan Piquer Simon (1935-2011) tourne Slugs qui sera distribué, en version française, sous le titre Mutations. Spécialiste du cinéma d’exploitation, un domaine dans lequel il a oeuvré pendant plus de vingt ans, le réalisateur écrit aussi le scénario en adaptant un roman de Shawn Hutson et donne un film d’épouvante qui ne lésine pas sur les giclées de sang. Si on aime le cinéma bis et spécialement le gore, alors on est à la fête avec ce Slugs qui fait la part belle à des limaces, bestioles qui ne viennent quand même pas en numéro un dans la listes des animaux les plus effrayants du grand écran. Comme Piquer Simon s’est fait, dans sa carrière, une spécialité des effets… spéciaux, on est bien servi, ici, avec des masses impressionnantes de grosses limaces sombres et mutantes que le réalisateur a eu la bonne idée de faire se déplacer à une vitesse « normale », ce qui ne les empêche de dévorer des malheureux immobiles ou bloqués dans un lieu clos. Quand l’une des créatures les plus paisibles du jardin, devient un parfait monstre tueur. Divertissant ! (Rimini éditions)

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