LES « IMAGES INTERDITES » DE SPIELBERG ET LA SORTIE DE BOURVIL
DISCLOSURE DAY
Dans les travées d’un combat de catch, on se bat pour un sac à dos qui contient un gros paquet de clés informatiques. Des cartes qui mettent manifestement en émoi une discrète organisation para-gouvernementale ! Disclosure Day, 36e long-métrage de Steven Spielberg marque son retour au cinéma, près de quatre ans après The Fabelmans (2022). Steven Spielberg est indéniablement un maître du divertissement cinématographique, Spielberg retrouve, ici, la mémoire de E.T. et de Rencontres du troisième type. Le cinéaste de 79 ans revient à la science-fiction et ce n’est pas sans une certaine émotion que l’on voit, presque furtivement, de longs et fins doigts bruns aux articulations bien marquées venir caresser des visages humains. En 1977, le cinéaste de Rencontres du troisième type s’emparait de l’imaginaire collectif en insufflant de l’émerveillement dans ce qu’un contact avec une forme de vie extraterrestre pourrait engendrer. C’est une manière de pendant plutôt inquiétant que propose Disclosure Day en questionnant les mystères qui entourent notre existence mais aussi le prix que l’humanité pourrait avoir à payer si les clés de tels mystères ne nous étaient pas révélées. Eh oui, et s’il y avait quelque part, une forme de civilisation suffisamment développée pour voyager jusqu’à nous? On part donc dans les pas de Daniel Kellner, une pointure en cybersécurité qui travaillait pour Wardex, une agence opaque au sein d’un complexe militaro-industriel qui dissimule les indices sur la venue d’extraterrestres sur Terre depuis l’affaire Roswell de 1947. Kellner a craqué, filant avec les preuves en images, convaincu que les images dérobées « appartiennent au monde entier »… De son côté, Margaret Fairchild, présentatrice de la météo sur une chaîne de télé locale de Kansas City, voit un petit oiseau rouge venir se poser sur la table de sa salle de séjour. Elle reconnaît un cardinal. Peu de temps après, en direct, Margaret se met à parler une langue incompréhensible. Sauf pour Daniel Kellner qui y comprend un message composé d’éléments mathématiques… On devine assez vite que Margaret et Daniel ont, dans leur enfance, vécu une rencontre. Ce qui vaut à ces « passagers » entre deux mondes, d’être désormais traqués par la Wardex, décidée à laisser l’humanité dans l’ignorance de cette autre réalité, le tout sur fond de crise géopolitique, de débat entre transparence et dissimulation, d’autocratie et de démocratie, d’idéologies et d’empathie, de religion et de science… Disclosure Day est un film mené tambour battant avec de beaux moments de bravoure comme la séquence de la voiture accrochée à un train lancé à vive allure. Margaret, quasiment « extralucide », embarque le spectateur dans l’ aventure tout en prévenant « Je ne veux être la religion de personne » mais elle pose bien la question : « Et si nous n’étions pas seuls ? » C’est dans l’univers des médias que s’achève cette histoire. Margaret et Daniel en sont convaincus : « On a tous besoin de croire et d’être crus ». Et aussi de savoir. Alors le duo (les Britanniques Josh O’Connor et Emily Blunt, très convaincants) se fait lanceurs d’alerte en diffusant des images « interdites ». Le pouvoir des images, toujours et encore. Le dernier mot appartient à Margaret : « Ecoutez ! » Plus une invitation qu’un avertissement. (Universal)
LE MUR DE L’ATLANTIQUE
Durant la Seconde Guerre mondiale, sous l’Occupation, en 1944, peu avant la bataille de Normandie, Léon Duchemin, un paisible restaurateur que sa femme a quitté vingt ans auparavant, vit en compagnie de Maria, sa sœur farfelue, et de sa fille Juliette, devenue une jeune femme. Les clients du bistrot représentent toute la société du village, allant du lieutenant allemand Friedrich, le propre chauffeur du maréchal Rommel, aux résistants et aux trafiquants du marché noir. Un soir, durant un raid aérien, Jeff, un aviateur britannique (Peter McEnery) dont l’avion a été abattu dans le ciel normand, tombe quasiment dans la chambre de Juliette. Le lendemain, Léon est pris pour le peintre Charlus et emmené à la Kommandantur pour un travail de peinture. Il emporte par inadvertance un plan secret concernant les fortifications du Mur de l’Atlantique. Jeff comprend l’intérêt de la découverte faite par Léon et les deux hommes passent en Angleterre. Léon se retrouve alors dans un camp d’entraînement de l’armée britannique, sous les ordres de Jeff lui-même. Tandis qu’il en bave avec la formation militaire, il ne sait pas encore que sa fille Juliette est enceinte et que l’aviateur va devenir son gendre… Le Mur de l’Atlantique est entré dans l’histoire du cinéma français parce que c’est le dernier film tourné par Bourvil. On sait que le comédien était, et demeure même, l’un des acteurs préférés des amateurs de cinéma. Il est vrai que la tendre bonhomie du personnage y est pour beaucoup, sans doute autant que ses triomphes que furent Le corniaud (1965) ou La grande vadrouille (1066). Connu pour avoir gagné la Palme d’or cannoise en 1959 avec Orfeu Negro, film qui remporta aussi en 1960, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, Marcel Camus dirige, ici, un Bourvil complètement dans son élément avec cette aventure normando-guerrière inspirée d’une idée du colonel Rémy (l’histoire du plan secret concernant les fameux V1 est véridique) et adaptée par Marcel Jullian. Avec Melville, entre janvier et avril 1970, Bourvil tourne Le cercle rouge puis il enchaîne, début juin, avec Le Mur… Le tournage est éprouvant. L’acteur souffre énormément et le réalisateur fait tout pour le ménager, notamment en le faisant jouer le plus souvent assis. Il est entouré, ici, de nombreuses figures connues du cinéma français comme Jean Poiret, Sophie Desmarets, Jacques Balutin ou Roland Lesaffre sans oublier Terry-Thomas, le « Big moustache » de La grande vadrouille. Bourvil meurt le 23 septembre 1970 juste avant les sorties en salles du Cercle rouge (20 octobre) et du Mur de l’Atlantique (14 octobre). Le film sort dans une belle version restaurée 4K Ultra HD avec, dans les suppléments, une série (16 mn) d’interviews issues d’archives inédites de l’INA. Enfin, sur un Blu-ray supplémentaire, on trouve une pépite, en l’occurrence la rare version intégrale et anglophone et quasiment inédite (il y a eu quelques rares projections au moment de la sortie du film) retrouvée dans des archives. Cette version a été tournée en anglais au moment du tournage de la version française. Il ne s’agit donc pas d’un doublage réalisé après coup. Bourvil y interprète lui-même Duchemin en anglais, donnant à découvrir une facette méconnue de son jeu. (M6)
SANGRE DEL TORO
Né à Guadalajara au Mexique en octobre 1964, Guillermo del Toro emprunte, à l’âge de 8 ans, la caméra Super 8 de son père et réalise ses premiers courts-métrages en mettant en scène ses jouets de La planète des singes… Au terme de ses études, il devient l’élève de Dick Smith, créateur des maquillages de Little Big Man et L’exorciste notamment. Il travaille comme maquilleur et spécialiste en effets spéciaux pendant environ dix ans. En 1993, il sort son premier long-métrage comme réalisateur, Cronos, un film d’horreur avec Ron Perlman qui remporte de nombreux prix, notamment au Festival de Cannes 1993. C’est le début d’une carrière qui passera par Hollywood (il est parti vivre aux Etats-Unis après l’enlèvement de son père au Mexique en 1997) et par l’Espagne. Dans un univers très reconnaissable, Del Toro mêle souvent fantastique, horreur, contes et récits historiques en donnant souvent une place centrale aux créatures, aux monstres et aux personnages marginalisés. Chez Del Toro, les monstres ne sont pas toujours les véritables méchants : ils peuvent être vulnérables, incompris ou plus humains que les personnages qui les craignent. Guillermo del Toro s’est imposé avec des films comme L’échine du diable (2001), Hellboy (2004) et Hellboy II : Les Légions d’or maudites (2008), Le labyrinthe de Pan (2006), Pacific Rim (2013), La forme de l’eau (2017), superbe romance fantastique qui lui a valu les Oscars du meilleur film et de la meilleure réalisation ou encore Pinocchio (2022), film d’animation en stop motion. En 2019, Guillermo del Toro a fait l’objet d’une exposition dans sa ville natale, dévoilant une impressionnante collection d’œuvres et de pièces uniques, emblématiques de son univers. C’est le point de départ de Sangre del Toro, étonnant film documentaire tourné entre sa « casa de monstruos » mexicaine et un Paris muséal insolite, où le cinéaste aux allures de minotaure arpente un labyrinthe peuplé de souvenirs d’enfance, de mythes culturels et de monstres pour dévoiler les origines de ses films visionnaires qui marquèrent l’imaginaire de générations de spectateurs. Réalisateur de nombreux films documentaires sur le cinéma (The 1000 Eyes of Dr. Maddin, Citizen Kitano), Yves Montmayeur plonge avec brio dans la psyché d’un des artistes les plus singuliers du XXIe siècle. Présenté dans une édition prestige limitée et inédite en Blu-ray, Sangre del Toro (86 mn) est complété par de nombreux suppléments comme Filming Guillermo (19 mn). Rencontré en 1993 à Cannes pour la projection de Cronos, Guillermo del Toro a régulièrement été interviewé par Yves Montmayeur durant sa carrière de journaliste, jusqu’à ce que ce dernier décide de consacrer un film au cinéaste mexicain. Retour sur une rencontre décisive. Dans ChatGDT (18 mn), le cinéaste décrypte cinq thématiques de son œuvre : les automates, les couleurs, le surréalisme artificiel, le tarot et le paganisme. Avec, en bonus, son commentaire sur la création de l’affiche de la Semaine de la Critique de 1995 ! Sangre del Toro à la Mostra de Venise 2025 (4 mn – HD) est un extrait de l’émission L’Hebd’Hollywood Cinéma diffusée sur Canal +. Viva la muerte ! Autopsie du cinéma fantastique espagnol (56 mn) est un documentaire de Yves Montmayeur. Avec ses prestigieux festivals de cinéma fantastique, associés à l’émergence d’une nouvelle vague de réalisateurs, l’Espagne est devenue, au tournant des années 2000, le nouvel eldorado pour les aficionados du genre. Retour sur un succès planétaire. Enfin, ce beau coffret contient des memorabilia ! Un jeu de huit cartes collector, une carte phosphorescente, l’affiche de la Semaine de la critique 1995 conçue par le cinéaste et l’affiche de Sangre del Toro. Un superbe et fascinant portrait de Guillermo del Toro ! (Carlotta)
THE PLAGUE
A l’été 2003, Ben rejoint le camp de water-polo Tom Lerner à San Diego dirigé par l’entraîneur Daddy Wags où il fait la connaissance de Jake, un garçon populaire et de son groupe d’amis ainsi que d’Eli, un marginal. Soucieux de s’intégrer au groupe, Ben tente de se lier d’amitié avec Jake et participe volontairement à l’intimidation et à l’exclusion d’Eli, qui souffre d’un eczéma sévère, que les autres affirment être la peste. Lorsqu’un des garçons entre en contact par accident avec Eli, il doit impérativement se nettoyer la partie touchée sous peine soi-disant d’être à jamais infecté. Jake explique ainsi à Ben que ce n’est pas un jeu mais bien la réalité, que cela affecte d’abord les fonctions mentales puis motrices du porteur de cette maladie. Pendant une escapade nocturne, les garçons se rendent dans une rue qu’ils saccagent en faisant la fête et Eli commence à danser de façon hystérique sous les yeux du groupe qui se moque de lui. Au fil du temps, se sentant de plus en plus coupable d’avoir maltraité et de ne même pas avoir pris sa défense, Ben finit par se rapprocher d’Eli en privé, l’aidant notamment à étaler sa crème médicale sur son dos… D’abord remarqué sur le circuit des festivals avec Fuck Me, Richard (2023), un court métrage de comédie noire co-réalisé avec Lucy McKendrick, le cinéaste américain Charlie Polinger connaît la consécration avec son premier long-métrage. Au Festival de Cannes 2025, The Plague est présenté dans la catégorie Un Certain Regard et concourt pour la Caméra d’or. Pour ce thriller psychologique qui tourne autour d’une rumeur selon laquelle un garçon aurait une maladie contagieuse, le réalisateur explique qu’il voulait « capturer une peur sociale et une vulnérabilité de votre corps et quelque chose que vous ne voyez pas autant chez les garçons parce qu’il faut une certaine vulnérabilité pour être un objet de terreur de cette manière. » Ici, la « peste » sert de prétexte à l’exclusion et au harcèlement. Conte horrifique et initiatique, The Plague (porté par les jeunes comédiens Everett Blunck, Kayo Martin et Kenny Rasmussen) emprunte au cinéma d’horreur son ambiance angoissante pour parler du mal-être adolescent et de la cruauté au sein d’un groupe. Un portrait cauchemardesque de la pré-adolescence. (Blaq Out)
SAILOR SUIT AND MACHINE GUN
A la mort de son père, Izumi Hoshi hérite de la direction du clan Medaka, comptant quatre yakuzas aussi fantasques qu’attachants. Contrainte d’abandonner le lycée, l’adolescente découvre alors un univers bien éloigné de sa vie de jeune fille, où la violence et le respect du code d’honneur règnent désormais en maîtres. D’abord décontenancée par cette prise de responsabilités soudaine, Izumi commence à apprécier sa nouvelle vie de cheffe de gang… Venu des studio Nikkatsu avant de travailler comme assistant, Shinji Somai (1948-2001) passe à la réalisation en 1980 en tant que réalisateur indépendant. Caractérisé par l’emploi fréquent du plan-séquence, son style est parfois comparé à celui de Kenji Mizoguchi que ce soit au Japon ou en Occident. Il est surtout connu du grand public japonais pour Sailor Suit and Machine Gun, meilleure recette au box office d’un film japonais en 1982. Emmené par le charme juvénile de son héroïne, la charismatique Hiroko Yakushimaru, Sailor Suit and Machine Gun est en effet l’un des plus grands succès du Japonais Shinji Somai, remarquable portraitiste de la jeunesse et auteur des emblématiques Typhoon Club (1985) et Déménagement (1993). Considéré par le magazine Kinema Junpō comme le cinéaste japonais numéro un des années 1980, Somai transforme ici le film de gangsters en un récit d’apprentissage mélancolique, où l’adolescence se heurte de plein fouet aux violences et aux désillusions du monde adulte. Disponible pour la première fois en France, Sailor Suit and Machine Gun est proposé dans ses deux versions restaurées en 4K. La version cinéma (112 mn) en 4K UHD ou Blu-ray et la version intégrale (130 mn) uniquement en Blu-ray. Dans les suppléments, on trouve Alice au pays des yakuzas (27 mn), entretien inédit avec Stéphane du Mesnildot, chroniqueur à « Mauvais genre » sur France Culture qui note : « Il y a une vision féministe du film. Shinji Somai va prendre cette figure façonnée par les hommes, et cette initiation va être sociale, politique, et certainement émancipatrice ». Dans Des filles, des armes et des gangsters (51 mn), d’anciens collaborateurs et des spécialistes de Shinji Somai reviennent sur la carrière du cinéaste et sur son film culte qui marqua le Japon des années 1980. Une satire déjantée du film de yakuzas ! (Carlotta)
COFFRET DOMINIK MOLL
Découvert en 2000 avec Harry, un ami qui vous veut du bien, Dominik Moll s’est imposé comme l’un des cinéastes français les plus originaux. Voici dans un joli coffret, ses trois derniers films à ce jour. Adaptation du roman noir éponyme de Colin Niel, publié en 2017 aux éditions du Rouergue, Seules les bêtes (2019) est un thriller en forme de labyrinthe autour de différents personnages dont les destins et les secrets vont s’entrecroiser entre Abidjan, le Massif central sous la neige ou Sète. Avec un casting royal (Laure Calamy, Denis Ménochet, Damien Bonnard, Nadia Tereszkiewicz, Bastien Bouillon et Valeria Bruni-Tedseschi), voici un thriller brillant et violent, captivant et jubilatoire. La Nuit du 12 (2022) suit Yohan Vivès, policier de la Police judiciaire de Grenoble qui est obsédé par l’assassinat de Clara Royer, une jeune femme de 21 ans, brûlée vive une nuit alors qu’elle revenait d’une fête entre amies. Présenté dans la catégorie « Cannes Premières » au Festival de Cannes 2022, le film obtiendra, l’année suivante, sept César, dont celui du meilleur film. Avec Bastien Bouillon (Yohan) et Bouli Lanners dans le rôle de Marceau, son collègue policier, La nuit du 12 est un thriller policier très âpre mais pas un film d’action classique. Le cinéaste s’intéresse autant au travail quotidien des enquêteurs et à l’impasse de l’enquête qu’au crime lui-même. Le film aborde aussi les violences faites aux femmes sans se limiter à la recherche d’un coupable… Dossier 137 (2025) raconte une enquête menée par l’IGPN après la grave blessure d’un homme par un tir de flash-ball lors des manifestations liées au mouvement des Gilets jaunes. Stéphanie Bertrand, fonctionnaire à l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), est chargée d’en déterminer les responsabilités. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2025, le film est passionnant alors même qu’il plonge dans les procès-verbaux, dans les détails des procédures ou dans la rigueur des interrogatoires. Mais, à travers l’enquête, on touche aussi du doigt la doctrine du maintien de l’ordre, la question des images (l’enquête s’appuie largement sur des images de vidéo-surveillance) et les relations entre les citoyens et la police… Déjà César 2019 de la meilleure actrice pour le film Jusqu’à la garde, l’excellente Léa Drucker double, ici, la mise avec le César de la meilleure actrice pour son personnage de Stéphanie Bertrand. (Blaq Out)
SEULE CONTRE LA MAFIA
Dans les années 1960 en Sicile, Don Antonino, chef de la mafia locale, doit purger une peine de prison. Il laisse la gestion de ses affaires à son successeur potentiel, Vito Juvara. Il lui conseille d’épouser une jeune fille vertueuse et issue d’une famille pauvre. Le choix de Vito se porte sur Francesca, seulement 15 ans, dont il tombe amoureux. D’abord flattée par la demande, Francesca se rend compte qu’elle n’est que le jouet de l’ambition de Vito. La jeune fille le rejette et refuse de se marier avec lui. Humilié par son refus, il la kidnappe et la viole. Il lui demande de devenir sa femme mais elle refuse toujours. Son comportement se heurte aux conventions traditionnelles du pays selon lesquelles une femme perd son honneur si elle n’épouse pas l’homme avec lequel elle a perdu sa virginité. Francesca dépose plainte contre lui mais ses parents et ses frères ne veulent pas la soutenir face à son bourreau. Un véritable bras de fer commence entre elle et Vito. Seule contre la mafia, elle est prête à tout pour combattre Vito. Réalisateur de près de quarante films, Damiano Damiani (1922-2013) demeure le cinéaste qui a su œuvrer dans les genres populaires auxquels il donna leurs lettres de noblesse tout en conservant sa notoriété d’auteur. Il tourne ainsi des western (Un génie, deux associés, une cloche, 1975), des thrillers (Nous sommes tous en liberté provisoire, 1970), des polars (Confession d’un commissaire de police au procureur de la République, 1971) et, bien sûr, des films sur la mafia comme La mafia fait la loi (1968) qui précède La moglie più bella (titre original) présenté, ici, en version intégrale dans un combo digipack – BluRay/DVD en master 2K restauré. Seule contre la mafia marque les débuts au cinéma d’Ornella Muti, âgée de 14 ans, en 1969, lorsqu’elle est choisie par Damiano Damiani pour incarner un personnage inspiré de celui de Franca Viola, originaire d’Alcamo en Sicile, qui, en 1965, à 17 ans, fut la première femme italienne à refuser un mariage forcé. C’est le cinéaste qui amena la jeune actrice, née Francesca Rivelli, à utiliser Ornella Muti, qui allait devenir son nom de scène tout au long de sa carrière. Sur le tournage, Ornella Muti croise Alessio Orano qui incarne le mafieux Vito et tient aussi son premier rôle au cinéma. Les deux comédiens se marieront et resteront en couple pendant sept ans. La renommée soudaine que lui vaut ce premier film amènera Ornella Muti à jouer dans de nombreux films en Italie et à l’étranger comme Le soleil dans la peau (1971), Meurtre par intérim (1971), Léonor (1975), La dernière femme (1976), La chambre de l’évêque (1977), Mort d’un pourri (1977), Dernier amour (1978), Conte de la folie ordinaire (1981) etc. Dans les suppléments, on trouve une présentation du film par Olivier Père, directeur d’Arte France Cinéma et un entretien avec Antonio Siciliano, le monteur du film. (Artus Films)
MARTYRS
Au début des années 1970 en France, Lucie, une fillette de dix ans est retrouvée seule sur une route de campagne après avoir disparu pendant plusieurs mois. A l’hôpital, elle se lie d’amitié avec Anna, une fillette de son âge. Quinze ans plus tard, dans la maison d’une famille ordinaire, quelqu’un sonne à la porte. C’est Lucie, armée d’un fusil de chasse. Elle est persuadée d’avoir retrouvé les bourreaux qui l’ont enlevée, séquestrée et maltraitée. Elle veut se venger. Anna la rejoint, mais les événements prennent une tournure de plus en plus inquiétante. Est-ce la fin du calvaire, ou le début d’un autre… Piliers des « French Frayeurs », longtemps considéré comme un film traumatisant, voire insoutenable, Martyrs s’est imposé au fil du temps comme l’un des sommets du cinéma d’horreur contemporain avec une violence extrême et ultra-réaliste. Film de beauté et de souffrance, convoquant aussi bien l’héritage du genre que des réflexions philosophiques sur le corps après la mort, le second long-métrage de Pascal Laugier, réalisé en 2008, parvient à trouver de la mélancolie et de la poésie au milieu de la noirceur qu’il dépeint. Le cinéma d’horreur ne s’en est toujours pas remis et la radicalité de cette proposition reste inégalée dans le paysage audiovisuel français. Présenté dans une belle restauration 4K UHD, Martyrs sort dans une double édition collector limitée, illustrée par un dessin original d’Andrea Matei du studio Les Aliens. Avec Morjana Alaoui (Anna) et Mylène Jampanoï (Lucie) en tête de distribution, le film s’ouvre comme un récit de vengeance avant de basculer dans une horreur plus psychologique, éprouvante et dérangeante (les scènes de violence sont très dures) en abordant le traumatisme, la souffrance et la quête de sens. Si l’hémoglobine est (largement) au rendez-vous, Martyrs glisse ensuite vers le gore et le malaise venu d’une brutalité sourde et d’une rare crudité. « Choquer, dit le cinéaste, ne m’intéresse pas en soi mais il fallait vraiment qu’on ait une sensation physique, organique de la douleur infligée, sinon on aurait perdu toute idée de gravité de cette violence, ça l’aurait rendue »gadget » et faisait du film un objet passablement douteux. » Plus de six heures de bonus accompagnent cette édition collector 4K UHD qui a violemment divisé la critique française. On y trouve notamment La chair et la peau, une analyse filmique inédite (30 mn) du film par Frédéric Astruc, auteur de l’ouvrage Martyrs de Pascal Laugier : Mélancolie du chaos, Nos plaies à vif (42 mn), un entretien avec les deux actrices principales ou encore Au gré du chaos, un entretien en version longue inédite (54 mn) avec Pascal Laugier, réalisé en 2008. Un film qui hante longtemps… (Wild Side)
OBSESSION
Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou? Bear, un jeune homme introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Nikki, son amour secret et son crush de toujours, tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. C’est à travers internet (« Notre école de cinéma en dehors de l’école de cinéma » dit-il) que Curry Barker, le réalisateur d’Obsession, se fait d’abord connaître. Avec Cooper Tomlinson, l’un des acteurs d’Obsession, il forme un tandem comique. Sous le nom « That’s a Bad Idea » (« c’est une mauvaise idée »), le duo séduit un public fidèle avec ses sketchs diffusés sur YouTube. Barker tourne ensuite le court métrage The Chair qui cumule plus de neuf millions de vues sur YouTube avant de mettre en scène, en found footage, son premier long-métrage, le thriller d’horreur Milk & Serial (2024). Devenu un phénomène viral, le film fait forte impression à Hollywood, permettant à Barker, 27 ans, de monter son premier long métrage destiné aux salles obscures. « Je voulais raconter, dit le cinéaste, une histoire dans laquelle un personnage fait une fixation sur un autre pour voir jusqu’à quelles extrémités peut conduire une telle obsession. À quel moment ce qu’on considère habituellement comme de l’amour cesse-t-il de l’être ? Et au fond, quel est le sens du mot amour ? » Encore bouleversé par la mort brutale de son chat, Bear cherche à se reprendre en main. Il se dit qu’il va enfin avouer ses sentiments à Nikki. Las, au moment décisif, le courage lui manque et il renonce. Tout bascule : Nikki (Inde Navarrette) se met à se comporter de manière étrange et c’est elle, désormais, qui manifeste son attirance irrépressible pour lui. Si, au départ, il s’agissait d’un fantasme qui se concrétisait, la situation ne tarde pas à dégénérer et à prendre une tournure sombre et profondément troublante. Autour de l’idée d’un vœu qui se voit exaucé, Curry Barker place des personnages courants dans des situations extraordinaires. Bear (Michael Johnston) est un type bien mais il est aussi faillible, complexe, tour à tour vulnérable et cruel. « J’aimerais, dit encore le réalisateur, que les gens, en quittant la projection, continuent de parler du film, qu’ils expriment ce qu’ils en ont pensé, comment ils auraient réagi à la place du protagoniste, et si les sentiments de Nikki relèvent de l’amour ou de l’obsession… » Faites attention à ce que vous souhaitez ! (Le Pacte)
COCOTTE
Née dans un élevage industriel, une poule noire Leghorn est mise de côté par un employé qui estime que son patron ne la voudra pas à cause de son apparence non conforme… Avec, derrière la tête, l’idée de mettre cette poule au pot dans la cuisine familiale. Mais la poule parvient à s’échapper. Elle erre jusqu’à trouver refuge dans le poulailler d’un petit restaurant familial quasiment en faillite où les propriétaires tentent de sauver les meubles et de survivre, y compris en faisant du trafic de migrants. La poule va découvrir, là, l’amour mais aussi la nécessité de se battre pour protéger ses œufs. Tourné en Grèce par le réalisateur hongrois György Pálfi, Cocotte, filmé à hauteur de poule, est un film original à cause de son point de vue. L’histoire détaille une quête, tendre et ironique, de liberté qui résonne avec les combats silencieux et les petits arrangements de la vie humaine. Voici une odyssée aviaire qui mêle aventure, humour, ironie et drame. Le cinéaste évite d’en faire une simple fable moralisatrice. A travers le regard de la poule, on observe autrement les comportements humains. Plutôt que de créer une poule en images de synthèse, György Pálfi a choisi une petite dizaine de vraies poules (on ne sait si elles ont été élevées en plein air, voire en plein Gers) pour incarner ce « personnage » qui pose sur le monde des humains un regard des plus lucides. On connaissait les ânes de Robert Bresson (Au hasard, Balthazar, 1966) et de Jerzy Skolimowski (Eo, 2022), voici donc Cocotte aux prises avec la condition humaine. (Blaq Out)
PINOCCHIO DÉCHAINÉ
Adolescent orphelin, James vient de perdre son meilleur ami. Pour l’aider à faire son deuil, son grand-père Gepetto lui offre une poupée de bois dotée d’une âme, baptisée Pinocchio. Mais très vite, Pinocchio aspire à devenir humain et à prouver qu’il mérite l’amitié de James. Il va alors se lancer dans une croisade sanglante pour éliminer quiconque pourrait nuire au jeune garçon, et se procurer les parties du corps dont il a besoin pour devenir humain. Encouragé dans cette quête par le diabolique Cricket, Pinocchio se retrouve entraîné dans une véritable frénésie meurtrière ! « Il s’agit d’une histoire de passage à l’âge adulte tordue racontée du point de vue de la marionnette : une création qui lutte pour son autonomie tout en étant manipulée par les forces sinistres qui l’entourent. » Le réalisateur Rhys Frake-Waterfield décrit ainsi son film, nouvel opus du Twisted Childhood Universe ou « univers de l’enfance déformée », la franchise britannique de films d’horreur reprenant des personnages emblématiques de l’enfance pour les transformer en monstres sanguinaires comme Winnie l’Ourson, Peter Pan, Bambi et désormais Pinocchio. Dans cette relecture horrifique du célèbre conte de Carlo Collodi, le pantin de bois n’a plus rien de l’innocente créature que l’on connaît. C’est une machine à tuer aussi inquiétante que fascinante, au cœur d’un cauchemar où l’enfance se teinte de sang. Pour donner vie à son personnage, le réalisateur a fait construire une marionnette animatronique entièrement fonctionnelle. Un choix qui confère à Pinocchio une présence particulièrement troublante à l’écran, renforcée par des effets gore aussi inventifs que généreux : le célèbre nez devient ainsi une arme redoutable ! Le film marque une nouvelle montée en puissance dans l’univers des contes horrifiques avec des effets spéciaux très réussis. Ne se résumant pas à un déferlement d’hémoglobine, Pinocchio déchaîné s’intéresse à la quête d’autonomie de sa créature, et à son désir de devenir humaine. Une dimension psychologique qui nourrit une atmosphère de plus en plus oppressante, notamment à travers la relation avec un Gepetto obsessionnel, bien éloigné de la figure paternelle rassurante du conte original. Pour donner corps à cette vision particulièrement sombre, le réalisateur s’est offert un casting impressionnant pour une production de cette envergure, avec deux figures emblématiques du cinéma de genre : Richard Brake est un Gepetto inquiétant, tandis que Robert Englund (Les griffes de la nuit) prête sa voix au sinistre Jiminy Cricket. Disponible en DVD ainsi qu’en Combo Blu-ray + Blu-ray 4K, le film propose plusieurs bonus consacrés notamment à la conception de Pinocchio et de Cricket, permettant de découvrir les coulisses de cette relecture horrifique. (Arcadès éditions)
DEUX MÂLES POUR ALEXA
Jeune Parisienne, Alexa est mariée avec Ronald, un homme très riche mais beaucoup plus âgé qu’elle. Alexa le trompe avec Peter et passe son temps libre avec lui dans une villa normande surplombant la mer. Alors qu’ils sont au lit, Ronald débarque. Il n’était pas en Suède pour un voyage d’affaires comme il l’avait dit. Arme au poing, il se tue sous les yeux des deux amants. Secoués par ce qui s’est passé, ils tentent d’appeler la police, mais se retrouvent dans l’impossibilité de sortir de la chambre quand soudain des volets en fer claquent aux fenêtres et à la porte. Alexa et Peter se retrouvent piégés, et seuls le corps sans vie de Ronald et sa voix enregistrée leur tiennent compagnie. Il a décidé de condamner à mort sa femme et son amant en les emprisonnant dans le manoir en guise de pénitence pour l’avoir humilié par leurs trahisons. Par naïveté et par désespoir, Peter tente tout pour trouver une issue, tirer sur les volets avec l’arme que Ronald a utilisée pour se suicider, mettre le feu ou écrire des messages d’appel à l’aide sur des billets de banque en les laissant tomber par la fenêtre, mais en vain car la chambre est pratiquement blindée et la villa trop isolée. Dès le début, Alexa accepte sa mort imminente avec résignation, et sa mémoire la ramène aux événements qui l’ont conduite à cet épilogue tragique : elle était étudiante à l’université, encline à abandonner ses études au profit d’une vie de plaisirs faciles, d’argent et de mondanités… Genre inventé par le cinéaste italien Mario Bava en 1963 avec La fille qui en savait trop, le giallo a explosé dans les années 70. Mélange de thriller, de polar et d’érotisme, le giallo, avec une mise en scène stylisée magnifiée par la musique, montre des meurtres sanglants perpétrés par des tueurs bien souvent masqués ou gantés, les victimes étant des jeunes femmes très peu vêtues. Enquêtes, machinations, rebondissements… Giallo italo-espagnol réalisé en 1971 par Juan Logar, Deux mâles pour Alexa s’inscrit pleinement dans le genre avec cette ravissante Alexa (Rosalba Neri) qui accepte du vieillissant Ronald (Curd Jürgens), un pacte tacite : il entretient son oisiveté et elle le laisse profiter de sa jeunesse. Dans les suppléments, on trouve une présentation du film par Emmanuel le Gagne et Sébastien Gayraud. (Artus éditions)
