KUROSAWA L’HUMANISTE ET LE GÉNIE D’EISENSTEIN

VivreVIVRE
Fonctionnaire veuf, vieillissant et apathique, Kanji Watanabe apprend qu’il est atteint d’un cancer de l’estomac en phase terminale. Cet homme en fin de carrière est responsable du service municipal des Affaires publiques dans un arrondissement de Tokyo. Sa fonction se résume à écrire ou tamponner des formulaires, sans la moindre utilité concrète. Watanabe a abandonné depuis longtemps toute initiative. Un jour, un comité de mères de famille vient déposer une requête auprès du service concernant un problème d’eau polluée sur un terrain vague où vont jouer leurs enfants. Comme la santé des gamins est en danger, elles demandent que la zone soit assainie, et suggèrent que celle-ci serait idéale pour la construction d’un parc de jeux. Mais M. Watanabe ne prend même pas la peine d’étudier leur requête, par habitude de la lourdeur de toute démarche au sein de l’administration, et rechignant à s’impliquer davantage en prenant une quelconque responsabilité. Les mères sont donc renvoyées au bureau des Travaux publics, où on les renvoie pareillement au bureau des Parcs, puis à la Santé publique, puis à la Planification urbaine, puis à l’Instruction publique, et ainsi de suite… Excédées, elles se mettent à fulminer contre ces « tueurs de temps » que sont les fonctionnaires municipaux. Pris au piège d’une routine morne et sans but, Watanabe décide de consacrer ses derniers mois à un projet communautaire : la construction d’un parc pour enfants, dans l’espoir de laisser une trace positive avant de mourir. Avec Vivre qu’il réalise en 1952, Akira Kurosawa (1910-1998) délaisse le film noir et la grande fresque historique pour revenir à l’un de ses genres de prédilection : le mélodrame social à la Frank Capra. Dans cette fable profondément humaniste, le cinéaste japonais dresse le portrait bouleversant d’un homme qui s’ouvre au monde une fois confronté à sa mort imminente, auquel l’immense comédien Takashi Shimura vient prêter ses traits. D’une grande virtuosité narrative et visuelle avec sa structure découpée en deux parties (la première suit la transformation intérieure de Watanabe, tandis que la seconde montre l’impact de son acte sur ceux qui l’entourent, notamment ses collègues de travail et sa famille, après sa mort), Vivre est une réflexion profonde sur la mort et le sens à donner à la vie. Disponible pour la première fois en Blu-ray et dans une restauration 4K UHD, ce chef-d’œuvre humaniste est accompagné de deux intéressants suppléments. Un homme avec 75 jours à vivre (42 mn) réunit des souvenirs du tournage de Vivre par les membres de l’équipe du film, illustrés de nombreuses archives. Enfin, en 2016, le critique et historien du cinéma Charles Tesson livrait une analyse (36 mn) de Vivre, qu’il considère comme l’aboutissement du Kurosawa d’après-guerre, mêlant brillamment différents genres cinématographiques. (Carlotta)
Cuirassé PotemkineLE CUIRASSÉ POTEMKINE
« Pour les historiens et la plupart des cinéphiles, note Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma chez Robert Laffont, 1992, c’est le film le plus célèbre du monde, toujours cité et souvent en première place dans les palmarès internationaux des meilleurs films de l’histoire du cinéma. » Cette « tragédie en cinq actes », selon les propres termes d’Eisenstein, fut à l’origine une commande destinée à commémorer le 20e anniversaire de la révolution en relatant un grand nombre d’événements de l’année 1905. Mais l’épisode de la mutinerie du Potemkine sera seul conservé comme base du scénario. Le film se compose de cinq parties. « Les hommes et les vers »: les marins du cuirassé russe protestent contre le fait de manger de la viande pourrie ; « Drame dans la baie »: les marins et leur chef Vakoulintchouk se révoltent, ce dernier meurt assassiné, abattu par un officier ; « La mort demande justice » : le corps de Vakoulintchouk est porté par le peuple d’Odessa venue acclamer les marins comme des héros ; « L’escalier d’Odessa »: les soldats de la garde impériale massacrent la population d’Odessa dans un escalier qui semble interminable ; « La rencontre avec l’escadre »: l’escadron qui a pour tâche d’arrêter la révolte du Potemkine refuse les ordres et se rallie aux mutins. Cette évocation de la révolte de l’équipage du cuirassé au mouillage devant le port d’Odessa en 1905, de l’insurrection et de la répression qui s’ensuivirent dans la ville, fut très longtemps interdit dans de nombreux pays occidentaux pour cause de « propagande bolchevique » et « incitation à la violence de classe ». Cette insurrection est présentée comme précurseur de la révolution d’Octobre (1917) et le cuirassé reproduit, dans le microcosme de son équipage, les clivages de la société russe et ses inégalités. La scène la plus célèbre du film est le massacre de civils sur les marches de l’escalier monumental d’Odessa. Le plan d’une mère, qui meurt sur le sol, lâchant un landau qui dévale les marches, utilise un travelling avant en plongée, façon de filmer révolutionnaire pour l’époque. Cette édition anniversaire pour les 100 ans du film contient le Blu-ray et le DVD du film dans une version restaurée ainsi que la bande-son originale réorchestré de Edmund Meisel, deux bandes sons modernes : Del Rey & The Sun king et Zombie Zombie. Le cuirassé Potemkine version sonore allemande de 1930 (49 mn), L’utopie des images de la révolution russe (88 mn), Sur les traces du Cuirassé Potemkine (42 mn), un documentaire à propos de l’histoire du film et sa restauration, Naissance d’un cinéma révolutionnaire (19 mn), un documentaire de Luc Lagier, Survivances et antécédents du Cuirassé Potemkine (10 mn) enfin un entretien avec François Albera, professeur d’histoire et esthétique du cinéma (56 mn). (Potemkine)
Anglaise DucL’ANGLAISE ET LE DUC
Pendant la Révolution française à Paris, Grace Elliott (1760-1823), une jeune comtesse écossaise vit les évènements sous la protection de son ancien amant, le duc d’Orléans, cousin du roi et révolutionnaire influent. Adapté des Mémoires de Grace Elliot, L’Anglaise et le Duc retrace son parcours au cœur des heures les plus sombres de la Terreur consignées dans son journal. Né du désir d’Eric Rohmer de renouer avec le film historique en costumes, L’Anglaise et le Duc est une œuvre audacieuse et pionnière à la croisée de l’innovation numérique et d’une exigence de reconstitution historique inédite. En suivant le destin de deux figures singulières, Rohmer explore la grande Histoire à travers l’intime et signe une oeuvre d’une beauté plastique remarquable. Contrairement à la plupart des mémorialistes, Grace Elliott (Lucy Russell) se met en scène avec une pudeur singulière, restant en retrait tout en laissant vivre pleinement les autres protagonistes, comme le duc d’Orléans (Jean-Claude Dreyfus), dont on possède assez peu de témoignages directs. Pour retranscrire ce Paris disparu, Rohmer s’est heurté à un obstacle de taille : la capitale révolutionnaire n’existait plus à l’état pré-haussmannien. Il a donc fait appel au peintre Jean-Baptiste Marot pour reconstituer, à partir de tableaux, de gravures et de plans d’époque, trente-sept décors fidèles à la topographie du 18e siècle, dans lesquels les comédiens seraient ensuite incrustés en post-production. Sur le plateau, les comédiens évoluaient sur fond vert, leurs déplacements guidés par des repères matérialisant au sol, grâce à un rayon laser, l’espace même des tableaux avant que ne soient tournées séparément les scènes en intérieur. Menée en étroite collaboration avec Diane Baratier, directrice de la photographie du film, la restauration 4K de L’Anglaise et le Duc répondait avant tout à une urgence d’ordre patrimonial : les éléments originaux du film, datant de 2000, correspondaient à des technologies numériques devenues obsolètes, et nombre de laboratoires ne disposent plus aujourd’hui des machines nécessaires à leur utilisation. A sa sortie en salles, le film a suscité une polémique inattendue, certains lui reprochant une orientation réactionnaire. Or, avec ce film, le cinéaste ne s’interroge-t-il pas plutôt sur notre mémoire de la Révolution, en proposant une perspective renouvelée sur ces événements ? Fidèle en cela à l’héritage de la Nouvelle Vague, dont il fut l’une des figures majeures, Eric Rohmer (1920-2010) n’a cessé de défendre une conception du cinéma comme transposition fidèle du réel. Une exigence dont L’Anglaise et le Duc (qui sort dans une belle édition accompagnée d’un livret exclusif de 64 p.) demeure l’une des expressions les plus abouties et les plus singulières. (Pathé)
Caprices enfant RoiLES CAPRICES DE L’ENFANT ROI
Louis, futur roi de France, n’a que 13 ans mais la vie de ce gamin est pourtant en grand danger. Des frondeurs entendent bien le faire passer de vie à trépas. Consciente qu’il faut le mettre à l’abri, sa mère, Anne d’Autriche en appelle à D’Artagnan qui va confier le jeune Louis à l’un de ses amis, le robuste Savinien de Cyrano de Bergerac. « Tu peux tout me demander, précise Savinien, sauf m’occuper d’un enfant ou d’un roi… » Mais Cyrano est un homme de devoir. Faisant passer le futur roi pour son fils, il va le cacher dans la troupe de théâtre de Madeleine Béjart et de Jean-Baptiste Poquelin. Si Louis se montre bien capricieux ou bien insolent, il finira par goûter la vie et ses plaisirs, l’art et le travail, le courage et la stratégie, tout ce qui fera de lui le Roi Soleil. En tournant Les caprices de l’enfant roi, Michel Leclerc a probablement réalisé un rêve d’enfant, mettre en scène un film de cape et d’épée. Disons-le d’emblée, cette fantaisie (qui repose sur un scénario original de Michel Leclerc en collaboration avec sa complice Baya Kasmi) tourne le dos aux films historiques récents frappés d’un certain esprit de sérieux pour choisir la veine de la comédie rebondissante d’aventures. Il est très simple de se laisser séduire par Louis et Savinien emportés dans le tourbillon d’une troupe de théâtre en tournée à travers la province française. On y voit le jeune Molière tourner le dos aux masques de la commedia dell’arte et se trouver une passion amoureuse pour Madeleine. Sous le regard d’un Savinien qui vante le panache : « C’est la médaille du perdant. Ca ne sert à rien. C’est cela qui est beau ». Mais Savinien est aussi un être blessé. Quand Molière lui lance « Ton sujet, c’est l’amour », il répond, à mi-voix, « le manque surtout… » Les caprices… va à un bon train tandis que se montent des machinations et un complot mené par La grande demoiselle. Les protagonistes trouvent toujours le moyen de croiser le fer. Michel Leclerc (Le nom des gens en 2010) ne se prive pas de quelques mots d’esprit : « Un bon petit avec une couronne sur la tête, ça peut devenir un monstre » ou cet autre, à propos de l’amour que Louis éprouve pour Madeleine : « Un petit roi épouser sa prof de théâtre de 20 ans de plus que lui… » Non vraiment. Comme Artus est très crédible en Cyrano, comme Frank Dubosc est un D’Artagnan aux prises avec sa légende et comme le jeune et joufflu Niels Hamel Brochen est un petit roi de caractère qui avouera in fine : « Je ne suis pas ton fils, Savinien, mais j’aurai tant aimé ! », on achève ce voyage dans l’Histoire avec un bon sourire aux lèvres. (Le Pacte)
Homme FemmeUN HOMME ET UNE FEMME
C’est à Deauville, où leurs enfants sont pensionnaires, qu’Anne Gauthier et Jean-Louis Duroc se rencontrent. Veufs inconsolables l’un comme l’autre, ils se rapprochent peu à peu et découvrent, entre tendresse et hésitations, la possibilité d’un nouvel amour fulgurant et passionné. Alors qu’il commence sa carrière au début de la Nouvelle Vague et s’il en épouse certains principes (tournages légers, improvisation, recherche d’une certaine véracité), le nom de Claude Lelouch reste rarement associé à ce mouvement. Après plusieurs films passés plutôt inaperçus, il rencontre le succès en 1965 avec Une fille et des fusils, puis enchaîne l’année suivante avec Un homme et une femme, qui lui apporte la reconnaissance tant en France qu’à l’étranger. Au Festival de Cannes 1966, il obtient la Palme d’or ex-æquo avec Ces messieurs dames de Pietro Germi. A Hollywood, il décroche l’Oscar du meilleur film étranger en 1967 et l’Oscar du meilleur scénario original en compagnie du scénariste Pierre Uytterhoeven. « Chabadabada… » ! Le thème musical de Francis Lai revient comme un motif amoureux. Il suffit souvent de ces notes pour évoquer ce film devenu culte parce qu’il a donné à une histoire d’amour très simple une forme immédiatement reconnaissable et une grande force émotionnelle. Pour cette romance adulte, faite de retenue, Lelouch a imaginé, avec un budget modeste, une petite équipe et un tournage en trois semaines, une mise en scène qui épouse les émotions, mêlant couleurs et noir et blanc, images prises sur le vif, montage souple et scènes parfois improvisées. Le rapprochement d’Anne et de Jean-Louis se construit par petites touches — silences, hésitations, souvenirs — plutôt que par de grandes déclarations. Cette pudeur rend leur histoire à la fois mélancolique et crédible tandis qu’Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant jouent beaucoup dans les regards et les silences. Au-delà du fait que Lelouch laisse une grande marge de manœuvre à ses acteurs, l’alchimie entre eux fonctionne magnifiquement. Dans ce film d’atmosphère, le cinéaste, amateur de voitures, a aussi inclus des scènes de rallye, filmées à Monte-Carlo en janvier 1966 pendant le déroulement de l’épreuve. Jean-Louis Trintignant et Henri Chemin étaient vraiment engagés dans la compétition avec la Ford Mustang n° 145. A l’occasion du 60e anniversaire du film, sort une édition supervisée par Claude Lelouch, pour la première fois en version restaurée 4K. Dans les suppléments, on trouve notamment le making of d’époque, Portrait d’un lauréat, un reportage sur le cinéaste à Cannes en 1966, une rencontre entre Claude Lelouch, Olivier Nakache et Eric Toledano ainsi qu’un court-métrage inédit : 24 heures d’amants (1964). (Metropolitan)
NadjaNADJA
Après que le comte Dracula ait été tué d’un pieu dans le cœur, sa fille Nadja récupère et incinère son corps, espérant ainsi se libérer de son emprise. Avant de partir pour Brooklyn rendre visite à Edgar, son frère jumeau malade, elle séduit Lucy, une jeune femme perdue et mélancolique… Pendant ce temps, le meurtrier de Dracula, Van Helsing, est libéré sous caution par son neveu Jim, qui s’avère être le mari de Lucy. Découvrant que le corps du vampire a disparu de la morgue, Van Helsing persuade Jim de l’aider à le retrouver pour s’assurer qu’il ne revienne jamais. De son côté, Nadja persuade Cassandra, l’infirmière et compagne d’Edgar, de le transférer dans son appartement. Sur place, Nadja revitalise son frère grâce à son propre sang et à des transfusions expérimentales. Totalement sous l’emprise de Nadja, Lucy conduit Jim et Van Helsing jusqu’à la cachette de la vampire. Edgar parvient à avertir Cassandra du danger qu’elle court. Une course-poursuite chaotique s’engage et s’achève dans une station-service, où Nadja tue un mécanicien avant d’être grièvement blessée par balle par un policier. Désormais rétabli, Edgar s’allie aux Van Helsing pour arrêter sa sœur. Nadja fuit vers la Transylvanie en kidnappant Cassandra. Alors que la vampire tente de transférer son esprit dans le corps de sa captive endormie, Edgar et Van Helsing la rattrapent et lui plantent un pieu dans le cœur… Produit et financé par David Lynch, Nadja, mis en scène par Michael Almereyda, transcende le récit vampirique en mêlant surréalisme dandy et clins d’œil horrifiques. Réunissant Elina Löwensohn et Peter Fonda, le film s’impose comme un jalon du cinéma indépendant des années 1990, préfigurant The Addiction d’Abel Ferrara ou Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch. Présenté en versions Director’s Cut (1994) et Cinéma (1995), Nadja, disponible pour la première fois en Blu-ray restauré 4K, offre une expérience sensitive et émotionnelle unique. Le film est accompagné de multiples suppléments dont une série d’entretiens avec l’actrice Elina Löwensohn dans L’ultime possession (43 mn), avec la productrice Mary Sweeney dans Entrer dans une zone d’ombre (10 mn), avec la productrice Amy Hobby dans Un groupe d’outsiders (28 mn), avec le directeur de la photographie Jim Denault dans La plus belle image (23 mn), avec le compositeur Simon Fisher Turner dans Sous la peau (24 mn) et avec le réalisateur et scénariste Bertrand Mandico (Les Garçons sauvages, Roma Elastica) dans Expérimentation (25 mn). Enfin on découvre Another Girl Another Planet (1992 – 55 mn), Aliens (1993 – 13 mn), The Rocking Horse Winner (1997 – 22 mn) et What is Cinema? (2012 – 5 mn), quatre films de Michael Almereyda en Pixelvision. (Carlotta)
NakedNAKED
Dans une ruelle de Manchester, Johnny Fletcher agresse sexuellement une femme. La famille de celle-ci arrive et le chasse. Il vole alors une voiture et part pour Londres. Il se réfugie chez son ex petite-amie Louise. Elle l’accueille sans joie dans son appartement, qu’elle partage avec Sophie, une jeune femme désœuvrée. Rapidement Johnny séduit Sophie, tout en restant froid et agressif envers Louise. Mais il ne s’attache pas pour autant à Sophie. Quittant bientôt l’appartement, il erre, de nuit, dans Londres. Il parle sans cesse à des inconnus, développe des théories sur la fin du monde et provoque ceux qu’il rencontre. Dans un immeuble de bureaux, il discute avec Brian, un veilleur de nuit qui rêve d’une vie plus paisible. Johnny raille ses espoirs, mais leurs échanges révèlent aussi sa solitude et son désarroi. Au fil de sa déambulation, Johnny s’approche de plusieurs personnes, souvent pour les dominer ou les blesser par ses paroles. Une jeune employée de café le laisse la suivre chez elle, puis le met à la porte lorsqu’il devient inquiétant. Plus tard, un homme qui colle des affiches, excédé par ses provocations, le frappe et lui vole son sac. Johnny est ensuite tabassé pour le plaisir par un groupe de jeunes. Blessé et épuisé, il revient finalement chez Louise. Pendant son absence, l’appartement a été le théâtre d’un autre abus de pouvoir. Jeremy, le riche et arrogant compagnon de Sandra, l’autre colocataire, partie à l’étranger, s’est introduit chez les femmes. Il a violé Sophie, puis lui a jeté de l’argent. Louise tente de la soutenir et de faire partir Jeremy, mais celui-ci se comporte en maître des lieux… En 1993, Mike Leigh signe, avec Naked, l’une de ses œuvres les plus âpres. Loin du cinéma social anglais dont il est l’un des grands représentants, Leigh suit une errance d’une sorte de clochard zombie doublé d’un prophète imprécateur dans une capitale anglaise très no future où il sent comme un permanent laissé-pour-compte. Avec cette peinture sombre et désabusé d’un absolu antihéros, Mike Leigh obtient sa première reconnaissance publique. Le Festival de Cannes lui attribue le prix de la mise en scène et David Thewlis est récompensé du prix d’interprétation masculine. Pour le comédien britannique, s’ouvre alors une carrière internationale. Il est vrai que sa composition dans Naked est absolument impressionnante. Solitaire, désemparé et violent, son Johnny est un zonard céleste perdu dans une société tchatchérienne qui fout le camp. Bien plus tard, David Thewlis se fera plaisir en incarnant, dans la saga Harry Potter, Remus Lupin, le professeur de défense contre les forces du mal… (Potemkine)
Secrets MensongesSECRETS EN MENSONGES
A la mort de sa mère adoptive, Hortense, une jeune femme noire, part à la recherche de sa mère biologique. Elle est bouleversée lorsqu’elle découvre qu’il s’agit de Cynthia, une femme blanche qui vit seule avec sa fille Roxanne dans un quartier modeste de Londres. Tandis que Cynthia et Hortense doivent apprendre à se connaître, dans cette famille déjà fragilisée par le passé, cette découverte fait remonter à la surface des secrets longtemps enfouis… Réalisé trois ans après le très sombre Naked (voir c-dessus), Secrets et mensonges remporte la Palme d’or cannoise en 1996 et reste aujourd’hui le film le plus connu du Britannique Mike Leigh. Porté par les performances remarquables de Brenda Blethyn (Prix d’interprétation féminine à Cannes) dans le rôle de Cynthia et de Marianne Jean-Baptiste (Hortense), ce condensé d’émotions et d’authenticité montre une fois encore la diversité du monde cinématographique créé par le cinéaste, où se dessinent des personnages déchirés en quête de liens, même les plus ténus. Entre humour et gravité, le cinéma de Mike Leigh s’attache à mettre en scène les drames intimes de personnes ordinaires, issues, ici, de la classe moyenne. De fait, le cinéaste s’ancre dans la tradition britannique du Free cinema dans la manière d’explorer le quotidien sans fard de la classe ouvrière ou de gens simples, gardant avec eux une distance certaine en dépit des situations souvent difficiles qu’ils traversent. Avec son compatriote Ken Loach, Leigh est considéré comme celui qui a renouvelé, sur le plan thématique, narratif et esthétique, le cinéma social européen dans les années 1990. « Secrets et mensonges, dit Mike Leigh, parle de racines et d’identité, des images, changeantes à l’infini que l’on a de nous-mêmes et des autres et de notre besoin irrépressible de constamment réaffirmer qui nous sommes, ce que nous sommes et d’où nous venons. Il y est question d’amour et d’affection, d’aspirations profondes et de l’inexorabilité angoissante du passage du temps. » Une œuvre lucide et pleine de tendresse mais aussi d’humour sur la famille, les tensions entre les proches, la question de l’identité, les blessures et les non-dits. (Potemkine)
Anna EnfantsANNA ET LES ENFANTS
En prenant un vélo en libre-service, Anna Blanchet croise Alexandre Menin, zoologue de son état, qu’elle avait quitté il y a des années. Elle ne voulait pas de progéniture, ayant une peur bleue de tous les enfants depuis la naissance de sa nièce. Betty, sa mère, l’incite à renouer avec Alexandre quand il l’invite à dîner. Les retrouvailles sont romantiques, d’autant qu’il est de nouveau célibataire. Tout va pour le mieux, elle s’installe chez lui et alors qu’il est parti étudier les singes en oubliant son planning de garde alternée, ses deux enfants, Margaux et le petit Léo, débarquent avec leur mère qui doit prendre l’avion. Anna n’a pas le choix ! Elle est contrainte de les garder. Une pure horreur pour elle. Avec Margaux et Léo, elle exige une distance de sécurité de trois mètres. Elle les conduit à l’école en deux taxis et leur raconte une histoire de pirates le soir par smartphone. Mais Betty ne cesse de l’encourager. C’est l’occasion parfaite de surmonter sa phobie des enfants en se confrontant à ses peurs. Scénariste de séries télévisées comme Fais pas ci, fais pas ça, Drôle de famille, Merci les enfants vont bien ou Joséphine, ange gardien, Diane Clavier signe, ici, son premier long-métrage en brossant l’amusant portrait d’une femme souffrant de pédophobie, la peur maladive des enfants. Ainsi Anna préfère le vélo au métro, afin d’éviter de croiser les têtes blondes qui la paniquent, et peine à trouver un emploi stable. Elle retombe dans les bras de son amour d’antan avant de réaliser qu’il est désormais père de deux enfants. Au côté d’Alban Lenoir (Alexandre), Olivia Côte, Mariama Gueye, Fred Testot et Estéban, Camille Chamoux, découverte au cinéma dans Larguées (2018) d’Eloïse Lang, incarne cette Anna qui a si peur des enfants qu’ils apparaissent parfois comme des créatures de film d’horreur. (Blaq Out)
OSS 117COFFRET OSS 117
Avantageux agent secret par son physique comme par son pouvoir de séduction, Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, est né en 1949 sous la plume de Jean Bruce. Il est apparu dans l’ensemble de la saga littéraire du même nom avant de connaître différentes adaptations en films, bandes dessinées, pièce de théâtre ou feuilleton radiophonique… Sur le grand écran, OSS 117 a été incarné, notamment, par Ivan Desny, Michel Piccoli, Frederick Stafford, Kerwin Mathews ou John Gavin. C’est en 2006 que l’agent secret de l’OSS puis de la CIA connut une nouvelle jeunesse. Hubert rejoignit en effet les services secrets français des présidents René Coty, Charles de Gaulle et Valéry Giscard d’Estaing. Ceci devant la caméra de Michel Hazanavicius et avec Jean Dujardin dans le rôle-titre… Le réalisateur célébré de The Artist (2010) qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure réalisation et plus tard du magnifique film d’animation La plus précieuse des marchandises (2024) est contacté en 2005 par les frères producteurs Altmayer pour la réalisation du diptyque OSS 117. Avec OSS 117 : Le Caire, nid d’espions (2006), le réalisateur obtient un immense succès critique et public (plus de deux millions d’entrées). Le deuxième long métrage, OSS 117 : Rio ne répond plus (2009) totalise deux millions et demi d’entrées. En s’inspirant librement du célèbre personnage des romans de Jean Bruce et en pastichant notamment les premiers James Bond, avec Sean Connery (OSS 117 a été créé quatre ans avant 007), Michel Hazanavicius réussit un délicieux film humoristique, tournant en dérision le personnage principal qui se révèle orgueilleux, prétentieux et surtout bourré de préjugés machistes, homophobes, coloniaux, racistes et xénophobes. Jean Dujardin s’empare goulument de ce rôle de parodie et promène, dans des situations loufoques, un personnage attendrissant mais plein de failles. En un mot comme en mille, cet OSS 117 est un fameux crétin ! OSS 117 : Le Caire, nid d’espions et OSS 117 : Rio ne répond plus sont présentés dans un joli coffret avec deux Blu-ray en version 4K Ultra HD et en édition limitée. Et aussi plus de quatre heures de suppléments dont un documentaire inédit (58 mn) avec Michel Hazanavicius, le scénariste Jean-François Halin et le producteur Nicolas Altmayer. (Gaumont)
The ChristophersTHE CHRISTOPHERS
Vieil artiste peintre bi-sexuel, Julian Sklar a connu le succès dans les années 1960-1970 et il était alors une figure emblématique du pop art à Londres. Mais aujourd’hui, Julian ne peint plus du tout. L’homme est ruiné et vit dans ses souvenirs. Pour vivre, il participe à des émissions de téléréalité où il se comporte en juré sarcastique et méprisant. Sklar est par ailleurs en froid avec ses deux enfants, Barnaby et Sallie, qui espèrent tout de même toucher un confortable héritage. Barnaby et Sallie font alors appel à Lori Butler, une restauratrice d’art, ancienne faussaire et ex-candidate malheureuse du show-télé, éliminée et humiliée par Julian. Ils veulent qu’elle se fasse passer pour une assistante auprès de leur père vieillissant et misanthrope. Leur but est de retrouver et achever les huit toiles que Julian n’a jamais terminé et qui représentent Christopher, son amant et assistant décédé. L’idée des deux enfants est ensuite de faire croire, après la mort de leur père, que les œuvres ont été « retrouvées » pour les vendre à prix d’or. Réalisateur prolifique et éclectique, l’Américain Steven Soderbergh a tourné une variété de films qui alternent les thèmes et des genres ainsi que les projets commerciaux ou plus intimistes. En 1989, il devient, à 25 ans, le deuxième plus jeune réalisateur, après Louis Malle, à recevoir la Palme d’or, pour Sexe, mensonges et vidéo. Il obtiendra aussi l’Oscar du meilleur réalisateur pour Traffic (2001). Ici, il met en scène une plaisante (bien que bavarde) comédie noire en orchestrant le duel entre Sklar, peintre grincheux et vulnérable, et une restauratrice d’art (Michaela Coel) plus réservée mais tout aussi mordante. Leurs échanges sont drôles, tendus et pleins de sous-entendus. Sous l’intrigue de faux tableaux, Soderbergh explore aussi des questions intéressantes sur l’art, l’authenticité et l’héritage. Entouré de James Corden et Jessica Gunning qui incarnent ses enfants, Ian McKellen, 86 ans, est excellent. Connu du grand public pour les rôles de Gandalf dans les trilogies Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit et de Magnéto dans la franchise X-Men, il est, avec son Julian Sklar, plus proche de l’acteur shakespearien qu’il a toujours été. Dans les suppléments, on trouve deux entretiens, l’un avec l’historien d’art Fabrice Conan, l’autre avec Frédéric Mercier, spécialiste du cinéma de Steven Soderbergh. (Blaq Out)
GigoloLE GIGOLO
Riche veuve quadragénaire, Agathe entretient depuis plusieurs années une passion ardente avec Jacky, jeune peintre de vingt ans au talent prometteur. Peu à peu gagnée par la lassitude, elle s’éloigne, brisant la fougue du jeune homme après de multiples disputes. Désespéré et aveuglé par la jalousie, Jacky disparaît un temps avant de refaire surface, impliqué dans une affaire criminelle… Jacques Deray s’en était fait la promesse : « À trente ans, je ferai mon premier film ! » Assistant-réalisateur de Gilles Grangier, il travaille aussi avec Henri Verneuil, Luis Buñuel et Jules Dassin. Le jour de ses 30 ans, il envoie ce télégramme resté célèbre : « Ai trente ans. Stop. Je termine mon premier film. Stop. Titre : Le Gigolo. Baisers ironiques. Deray. » Le gigolo est l’adaptation d’un roman de Jacques Robert mais Deray, convaincu qu’un regard féminin sur le film et ses personnages est indispensable, fait aussi appel à la romancière Françoise Mallet-Jorris pour l’écriture des dialogues. D’emblée, Jacques Deray affirme une manière singulière de filmer. Certains le considèrent comme un artiste de la « monstration » qui refuse toute psychologie appuyée, laissant les motivations des personnages se révéler dans leurs actes plutôt que dans leurs paroles. Discrète, sa caméra se contente d’observer la vie des personnages, leurs combats, leurs triomphes ou leur chute. Dans sa petite ville, on surnomme Jacky « le gigolo » parce qu’il vit avec une femme plus riche et plus âgée que lui alors qu’il l’aime sincèrement. Au-delà du triangle amoureux, ce sont les sentiments des personnages, et leurs relations à leur milieu social, qui intéressent Deray. C’est après l’avoir découvert dans Les cousins (1959) de Chabrol que Deray choisit Jean-Claude Brialy pour incarner Jacky, jeune type en apparence passionné et capricieux, mais aussi introspectif et songeur, gagnant peu à peu en gravité. Face à lui, Alida Valli incarne Agathe, la veuve quadragénaire à l’apparence austère mais à la froide incandescence, tout en passion contenue. Une passion à laquelle elle décide de renoncer, la raison la poussant à trouver la tranquillité auprès d’un respectable médecin. Sorti au moment où La Nouvelle Vague entre dans sa période la plus florissante, Le gigolo reste empreint d’une certaine modernité qui rappelle la nostalgie du cinéma de Visconti. (Pathé)
L'Etre AimeL’ÊTRE AIMÉ
Esteban Martínez est un réalisateur de cinéma renommé, connu tant pour ses œuvres que pour son passé marqué par la violence et les excès. Il revient en Espagne pour tourner son nouveau film, en l’occurrence un drame romantique situé au Sahara occidental dans les années 1930, intitulé Desierto et qui sera tourné aux îles Canaries. Il en offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue : sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. La jeune femme accepte cette incroyable opportunité, mais sait qu’à l’occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu’elle n’a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures. Déjà dans des films comme Stockholm, El Reino, Que dios nos perdone ou As Bestas, le cinéaste espagnol Rodrigo Sorigoyen abordait la question de la masculinité. Et L’être aimé s’y inscrit aussi même si le cinéaste a voulu, à travers l’histoire d’un père et de sa fille, parler de rapports de pouvoir, de hiérarchie, du monde du cinéma, mais aussi de comment les temps changent. Ce qui était accepté dans certains comportements, ne l’est plus, heureusement, aujourd’hui. Par ailleurs, le réalisateur voulait que son histoire se passe dans le monde du cinéma. « Pour autant, dit-il, on s’est longtemps interrogé. Après tout, ces personnages pourraient être des architectes, ça n’aurait rien changé à leur relation.(…) Le déclic a été de se rendre compte qu’être réalisateur ou scénariste, ça consiste à créer des histoires en en faisant son métier. Mais en fait, dans la vie tout le monde s’en invente et se fait une idée de sa propre vie. Superposer des personnes comme Esteban et Emilia qui se sont construits sur les histoires qu’ils se sont racontés à chacun. En effet, nous avons tous notre propre vérité sur ce que l’on vit ; ce que se raconte inconsciemment Esteban, ne rejoint pas la réalité d’Emilia et vice versa. Un univers professionnel où l’on doit faire croire à de la fiction était le prétexte parfait pour amener le cinéma dans cette histoire. » Septième long métrage de Sorogoyen et sa plus grande production à ce jour, L’être aimé réunit dans un duo père-fille en rupture, Javier Bardem et Victoria Luengo. Pour Bardem, c’est sa première apparition chez Sorogoyen. Il est entouré de comédiens déjà vus chez le cinéaste espagnol comme Marina Foïs, Raul Prieto, Melina Matthews ou Núria Prims. (Le Pacte)
ShanaSHANA
Jeune trentenaire précaire, Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère juive marocaine décède, elle hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s’accumulent ! Réalisatrice et scénariste française, Lila Pinell a fait des études de philosophie avant d’intégrer le Master de réalisation documentaire de Lussas. Son premier documentaire, Nous arrivons (2009) abordait le quotidien d’une communauté d’enfants dans une colonie de vacances autogérée. C’est sur ce tournage que Lina Pinell rencontre Eva Huault. La cinéaste se souvient : « Eva avait dix ans et demi. Je filmais tous les enfants, mais elle et ses deux copines, Emma et Salomé, formaient une bande que je ne pouvais pas lâcher. (…) Ensuite, on a continué à se voir toutes les quatre dans le cadre d’un projet un peu informel : elles venaient chez moi, je les filmais en train de cuisiner, de faire comme si elles vivaient seules dans mon appartement. Je n’en ai rien fait hélas, mais elles dégageaient une vitalité dingue que j’adorais… » La réalisatrice et la comédienne se sont ensuite un peu perdues de vue… Les deux se retrouveront pour Shana dans lequel Eva Huault incarne une jeune femme qui met tout en mouvement autour d’elle et empêche d’une certaine façon que ces mondes restent fermés sur eux-mêmes. Elle met des pieds dans les portes, elle déteste les clôtures. Le personnage de Shana était née dans Le roi David, un moyen-métrage réalisé en 2021 par Lila Pinell. Ici, la cinéaste approfondit ce personnage, sa place compliquée au sein de sa famille, juive non pratiquante, mais qui respecte certaines traditions. Lila Pinell interroge sur la place que Shana veut vraiment occuper. Elle est fille de, sœur de, compagne de, etc., mais aucun rôle ne lui convient vraiment. En se penchant sur la manière dont la transmission dans une famille se fait toujours de façon tordue, Shana dessine une transmission qui fonctionne à l’envers : on hérite non pas d’une identité mais d’une façon de la fuir. (Blaq Out)
VirtuoseLE VIRTUOSE
Si le jeune Stetson Tate, dit Stet, est un enfant spécialement colérique, il est aussi extrêmement doué pour le chant. Ce gamin de 12 ans vit avec sa mère alcoolique dans une petite ville du Texas. Lorsque celle-ci meurt dans un accident de la circulation, son père qui ne l’a pas reconnu l’envoie dans une école d’élite de musique chorale, la National Boychoir Academy (de son vrai nom l’American Boychoir School), installée à New York et réputée dans tous les Etats-Unis et dans le monde. Hors de son milieu, le petit Stet a du mal à trouver ses repères avec un maître de chœur exigeant, des condisciples intrigants et son naturel tempétueux. Il y a un petit côté Les choristes dans ce Boychoir (en v.o.) mais ce n’est pas le Français Barratier qui est à la manœuvre mais bien le Québécois François Girard qui est de retour derrière la caméra seize après Le violon rouge, son plus gros succès, récompensé par un Oscar de la meilleure musique de film décernée au compositeur américain John Corigliano. Artiste accompli qui voyage aisément entre l’opéra, les arts visuels, le théâtre et le cinéma, Girard se penche, ici, sur le parcours d’un enfant en difficulté à peine rebelle mais jamais apprivoisé, malgré les efforts d’une professeur qui remarque ses talents vocaux. L’arrivée de Stet dans la plus prestigieuse école de chant d’Amérique n’a rien d’idyllique car ce gamin qui ne fait rien pour s’intégrer, traîne une sacrée solitude et il ne correspond pas à l’image du prestigieux établissement, ce que les autres choristes, autour de lui, ne se privent pas de lui faire sentir. Mais Stet (Garett Wareing, découvert à 13 ans, dans ce personnage) parviendra à se grandir grâce à la muette bienveillance d’Anton Carvelle, le chef des choeurs. Dans la b.o., on entend Britten, Wagner, Haendel, Howe, Tallis ou encore Fauré et son émouvant Pie Jesu. Autour de Dustin Hoffman, totalement en retenue dans le rôle de Carvelle, on remarque deux autres figures de l’écran américain, Kathy Bates et Debra Winger… (Metropolitan)
Les ParfaitsLES PARFAIT(S) : ARNAQUES EN FAMILLE
Dans la famille Toussaint, du grand-père au petit dernier, tout le monde pratique l’escroquerie. Si l’arnaque est un art qui rapporte, elle comporte néanmoins des risques. Poursuivis, les membres de cette famille loufoque doivent fuir. Ils se retrouvent en Ecosse. Ils endossent alors de nouvelles identités en empruntant celles d’une famille sans histoire, les Parfait. Pourtant, entre des collègues trop curieux et une mystérieuse voisine, leur double vie se complique et les faux Parfait se retrouvent face au coup d’une vie. Plans démentiels, déguisements fous, gadgets étonnants… Pour réussir, cette famille pas comme les autres devra prouver qu’elle est plus que parfaite. Longtemps assistant réalisateur de Luc Besson ou Barry Sonnenfeld, Ludovic Bernard est passé à la réalisation en 2017 avec L’ascension, un road movie d’escalade qui dépassa le million d’entrées en France. Le cinéaste s’imposa ensuite dans le registre de la comédie populaire feel-good avec 10 jours sans maman (2020) puis 10 jours encore sans maman (2023) avec Franck Dubosc et Aure Atika. Ici, il signe une comédie familiale qui joue à loisir sur les situations improbables, les déguisements extravagants et les escroqueries rocambolesques, le tout servi par un duo inattendu (et inédit) composé d’Audrey Fleurot et Ramzy Bedia dans le rôle des parents Toussaint. Découverte en secrétaire pète-sec dans Intouchables (2011), Audrey Fleurot est devenue une star de TF1 en incarnant Morgane Alvaro, la femme de ménage à très haut potentiel intellectuel recrutée par la DIPJ de Lille, dans la série HPI. Remarqué naguère dans un registre dramatique au cinéma avec Les tourmentés de Lucas Belvaux, Ramzy Bedia a, lui aussi, acquis la célébrité avec la télévision, sur M6, en compagnie d’Eric Judor, dans Les mots d’Eric et Ramzy puis, sur Canal, avec la série « hospitalière » H. Une comédie énergique et sympathique. (UGC)
BackroomsBACKROOMS
En 1990, des chercheurs de l’institut Async visionnent une cassette VHS filmée par Naren Warne, un membre d’une expédition s’étant perdu dans les Backrooms, une dimension labyrinthique composée entièrement d’espaces liminaires agencés de manière aléatoire. Séparé de son groupe, Warne tente désespérément de retrouver une issue, mais il est traqué puis tué par une mystérieuse créature humanoïde. A San José en Californie, Clark est un architecte raté, récemment divorcé et alcoolique, qui lutte pour maintenir à flot son magasin de meubles au bord de la faillite. Il consulte régulièrement sa psychologue, Mary Kline, elle-même marquée par des traumatismes d’enfance liés à l’agoraphobie de sa mère et à la destruction de sa maison familiale. Alors que Clark enquête sur des coupures de courant répétées et une facture d’électricité anormalement élevée, son électricien découvre trois disjoncteurs sur le tableau électrique dont la fonction demeure inconnue. Installé temporairement dans son magasin, Clark est témoin de phénomènes électriques inhabituels qui le conduisent au sous-sol. Il y découvre une étrange fissure dans un mur et, en le traversant, se retrouve dans les Backrooms. Au cours de son exploration, il retrouve les effets personnels de Warne avant de prendre la fuite en entendant les déplacements d’une présence dans les environs. En janvier 2022, l’Américain Kane Parsons publie la vidéo The Backrooms sur sa chaîne YouTube. Ce court-métrage horrifique de type found footage est devenu viral. La vidéo a, par la suite, donné naissance à la web-série éponyme The Backrooms. Enfin le cinéaste en a tiré son premier long-métrage en s’appuyant sur une légende urbaine née sur internet : l’idée qu’on pourrait « sortir » du monde réel par accident et tomber dans des espaces ordinaires, mais vides, répétitifs et angoissants. Le film a été un imposant succès, amenant, à seulement 20 ans, Kane Parsons à devenir le plus jeune réalisateur à atteindre la première place du box-office américain. (Metropolitan)
MadSMADS
Le jour de son 18e anniversaire, Romain, jeune homme plein de vie, sniffe une substance rouge inconnue que son dealer lui a fourni. La soirée d’anniversaire est censée être aussi une célébration du récent diplôme de Romain mais sur le chemin du retour, il jette une cigarette allumée dans la voiture de son père et se gare sur le bas-côté. Une femme au visage lourdement bandé apparaît soudainement et tente de voler la voiture, mais Romain la calme et propose de l’emmener à l’hôpital, préférant ne pas appeler la police à cause de son état. La femme diffuse un enregistrement audio où un médecin explique qu’elle est porteuse d’une maladie infectieuse et qu’on lui a retiré les dents et la langue, puis elle se poignarde à plusieurs reprises au cou. Croyant faire un mauvais trip, Romain (Milton Riche, vu dans Others, 2025, également de David Moreau) rentre chez lui avec le corps de la femme sur le siège passager. Après avoir pris une douche, il est pris de convulsions incontrôlables et constate lorsqu’il retourne au garage que la femme a disparu… Le cinéaste français David Moreau a réalisé, en 2006, son premier long-métrage Ils, un thriller d’horreur interprété par Olivia Bonanmy et Michaël Cohen. En 2008, il met en scène The Eye, remake du film hongkongais éponyme, sorti en 2002. Ici, il embarque le spectateur dans un cauchemar qui avance à un rythme éffrené. Le personnage de Romain, de plus en plus excité par les lumières et la musique forte, dévoré par des tics de plus en plus fréquents, dégringole dans la folie. Surréaliste ! (Blaq Out)

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