COFFRETS DE NOEL  

Si j’en crois mes petits-enfants (qui sont de vrais experts!), le père Noël ne devrait plus tarder… Il est à parier que sa hotte sera riche en excellents coffrets, en belles images et en fortes histoires…

Rencontres 3e type

RENCONTRES DU TROISIEME TYPE.- Un 40e anniversaire, ça se fête! Et, ici, c’est carrément en grandes pompes. Il faut dire que Rencontres du troisième type n’est pas tout à fait un blockbuster  comme les autres… Classique de référence pour Steven Spielberg, Close Encounters of the Third Kind arrive dans l’oeuvre du wonderboy après Sugarland Express (1974) et Les dents de la mer (75), son premier succès critique et commercial mondial. Même s’il réalise de confortables entrées, Rencontres… s’imposera surtout comme un oeuvre légendaire dans l’approche sur grand écran des aliens et de leur forme d’intelligence. On retrouve donc avec plaisir aussi bien Roy Neary, le réparateur de câbles (Richard Dreyfuss) qui, après avoir croisé pratiquement nez à nez un ovni, se sentira irrésistiblement appelé vers un coin de nature sauvage où la rencontre « magique » se produira que le scientifique français Claude Lacombe auquel François Truffaut apporte un magnifique regard d’enfant. Dans une toute nouvelle restauration 4K à partir des négatifs 35mm originaux, Rencontres du troisième type sort dans de belles éditions (ah, le coffret avec le discret petit bouton sur le côté qui diffuse les fameuses notes extraterrestres!) qui proposent les trois versions du film (la version originelle de 1977, l’édition spéciale de 1980 et le director’s cut de 1997) ainsi que de tout nouveaux bonus exclusifs, dont des vidéos personnelles du réalisateur lui-même et autres bêtisiers de plateau jusqu’alors jamais vus, ainsi que le tout nouveau documentaire Trois types de rencontres qui comprend une toute nouvelle interview de Spielberg sur l’héritage du film, ainsi que des entretiens avec les réalisateurs J.J. Abrams (Star Wars : Le Réveil de la Force) et Denis Villeneuve (Premier Contact) à propos de l’incroyable impact de Rencontres… sur leur propre travail. Prêt à embarquer! (Sony)

Tarkovski

TARKOVSKI.- « La fonction de l’art, disait Tarkovski, n’est pas, comme le croient même certains artistes, d’imposer des idées ou de servir d’exemple. Elle est de préparer l’homme à sa mort, de labourer et d’irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien ». Propos plein de sagesse d’un artiste dont la carrière fut fulgurante et la vie courte. Avec le coffret Andreï Tarkovski – L’intégrale DVD (pour la première fois en blu-ray), on a une remarquable vue d’ensemble sur une oeuvre brève (seulement sept long-métrages entre 1962 et 1986, date de la disparition du maître russe) mais d’une richesse visuelle et spirituelle absolument remarquable où le mystère et la poésie font bon ménage. Considéré comme le plus grand cinéaste russe de tous les temps avec Serguei Eisenstein, Tarkovski signa d’abord trois courts-métrages (disponibles dans le coffret) avant de passer, en 1962, au « long » avec L’enfance d’Ivan qui décroche d’emblée le Lion d’or à la Mostra de Venise. Après cette histoire de guerre qui amorce le renouveau du cinéma soviétique, le cinéaste enchaîne avec l’admirable Andreï Roublev, portrait d’un moine peintre d’icônes mais surtout réflexion sur l’essence de l’art et le sens de la foi.  Viendront ensuite Solaris, sublime méditation sur la condition humaine, puis Le miroir, oeuvre énigmatique et autobiographique, où Aliocha mourant revit ses souvenirs dans un désordre apparent. Cinq ans plus tard, Tarkovski met en scène un monde dévasté dans l’intemporel Stalker. En conflit avec les censeurs soviétiques, Tarkovski s’exile. Installé en Italie, il tourne Nostalghia, errance magnifique dans une Italie embrumée. Enfin, il se rend en Suède à l’invitation d’Ingmar Bergman pour tourner Le sacrifice dont les longs plans et les travellings imperceptibles firent frissonner les festivaliers cannois… Parmi les nombreux bonus du coffret, on trouve Une journée d’Andreï Arsenevitch (2000 – 55 mn) où Chris Marker évoque notamment le difficile tournage du Sacrifice… Remarquable! (Potemkine & Agnès b)

PRESTON STURGES

PRESTON STURGES.- « De qui parle-t-on ? D’un Américain, d’un flambeur, d’un désinvolte. Du Mark Twain du septième art. Du traducteur de Marcel Pagnol. De l’inventeur de l’avion à décollage vertical. Du troisième salarié le mieux payé des États-Unis. D’un pochetron connu comme le loup blanc dans les bars du quartier des Champs-Élysées. Du propriétaire d’un restaurant sur Sunset Boulevard. De l’enfant de Mary qui donna l’écharpe fatale à Isadora Duncan.D’un célèbre inconnu. D’un dilettante de génie, digne de Stendhal et de Savinio. D’un fervent du mariage ― à la façon d’un Sacha Guitry (qu’il admirait). Du scénariste le plus cultivé d’Hollywood qui affectait de mépriser le« culturel ». D’un orgueilleux. Du premier véritable auteur d’un cinéma américain parlant. »  Voilà qui est dit!  Injustement oublié du grand public, l’Américain Preston Sturges (1898-1959) fut à la fois un personnage haut en couleurs et un remarquable auteur de comédies. Hommage est donc rendu à ce King of Comedy avec un bel objet/coffret qui réunit six films (bien restaurés) des années 40. Autour d’un employé modèle qui croit avoir gagné à un concours, Le gros lot est une satire grinçante de la société. Portrait d’un cinéaste las de faire des films légers, Les voyages de Sullivan est le film le plus célèbre de Sturges qui s’offre une rafale de dialogues brillants. Un cœur pris au piège mêle gags burlesques et humour sophistiqué autour de la guerre des sexes. Madame et ses flirts est une petite merveille de rythme, d’élégance et de truculence. En pleine guerre, Héros d’occasion ose une critique féroce des valeurs américaines, y compris la frénésie patriotique. Enfin Infidèlement vôtre met en scène un chef d’orchestre qui, persuadé que sa femme le trompe, échafaude trois plans… Avec, en prime, des vedettes ravissantes comme Claudette Colbert, Veronika Lake, Linda Darnell ou Barbara Stanwick! Outre de bons compléments, le coffret est accompagné d’un beau livre (188 p.) qui raconte Sturges (la citation de Marc Cerisuelo ci-dessus en est extraite) et présente de rares archives. Un must. (Wild Side)

 

Friedkin

POLICE FEDERALE LOS ANGELES.- Flic tête brûlée, Richard Chance est obsédé par la traque du faux-monnayeur Rick Masters. Le jour où Jim Hart, son coéquipier qui n’est plus qu’à trois jours de la retraite, est abattu de sang froid alors qu’il menait une opération en solo, Chance (William L. Petersen) décide de monter un coup tordu des plus illégaux en braquant un convoyeur de fonds… qui s’avère être un agent du FBI infiltré, et qui est abattu accidentellement. Obstiné, Chance continue à tendre son piège autour de Masters (Willem Dafoe, à ses grands débuts), malgré le déluge de violence qui s’abat autour de lui… Remarqué en 1971 pour French Connection (qui lui vaudra un Oscar du meilleur réalisateur), William Friedkin enchaînera avec L’exorciste (1973), très gros succès commercial aujourd’hui considéré comme un classique du cinéma américain. Même s’il signe des réussites artistiques comme Le convoi de la peur (1977), remake du Salaire de la peur de Clouzot, Friedkin ne renouera avec le succès commercial (et critique) qu’en 1985 avec Police fédérale Los Angeles. Dans sa remarquable collection Coffret Ultra Collector lancée en décembre 2015 avec Body Double de Brian de Palma, Carlotta Films édite donc un n°8 avec ce To Live and Die in L.A. (en v.o.) qui se présente comme une descente aux enfers hallucinante dans une Cité des anges plus babylonienne que jamais. Quatorze ans donc après French Connection, Friedkin se joue une nouvelle fois des frontières entre le bien et le mal, entre la raison et la folie… Un chef d’oeuvre emblématique des années 80, notamment pour son casting, son rythme, son esthétique ou sa musique signée Wang Chung, groupe britannique proche de la new wave… Le coffret contient le film dans une nouvelle restauration ainsi que plus de quatre heures de suppléments dont le making of avec une interview de Friedkin et des acteurs. Enfin, on trouve ici Eloge du faux-semblant (160 p.), un livre inédit réalisé en association avec La septième obsession dont le directeur de la rédaction, Thomas Aïdan constate que ce film de transe est « une sorte de magma qui entraîne le spectateur dans sa lave… »  Puissant! (Carlotta)

Valerian

SPACE OPERA.- Sorti sur les grands écrans français en juillet dernier, Valérian et la cité des mille planètes était certainement l’un des films les plus attendus de Luc Besson. Dès mai 2015, l’auteur du Cinquième élément (1997) et de Lucy (2014) annonçait en effet son retour au space opera avec un film inspiré de la série de BD Valérian et Laureline, publiée à partir de 1967, scénarisée par Pierre Christin et dessinée par Jean-Claude Mézières. En 2740, Valérian (l’acteur américain Dane DeHaan) et Laureline (la comédienne et mannequin anglaise Cara Delevingne), agents spatio-temporels sont en mission dans la cité intergalactique Alpha où se cache une mystérieuse force obscure. On devine qu’ils vont connaître des aventures échevelées… Pour Valérian et la cité des mille planètes, son 17e long-métrage, Luc Besson a construit son plus gros budget, atteignant la somme considérable de 197 millions d’euros. Si, aux Etats-Unis, l’accueil critique a été plutôt mitigé; en France, où le film a réuni plus de quatre millions de spectateurs (loin quand même des 9 millions du Grand bleu en 1988), l’accueil de la presse a été plus enthousiaste, soulignant notammet un spectacle hors du commun… Une édition collector permet de se plonger dans cette foisonnante aventure à travers le film dans tous ses formats, des bonus (un documentaire sur le tournage), un double vinyle de la b.0. d’Alexandre Desplat, une litho exclusive dessinée par Jean-Claude Mézières, un guide des personnages et huit cartes postales collector… Pour le fun, outre les prestations de Clive Owen, Rihanna ou Ethan Hawke, on peut enfin s’amuser à repérer et à lister tous ceux qui sont venus faire un coucou à leur ami Besson. Citons ainsi les réalisateurs Alain Chabat, Xavier Giannoli, Mathieu Kassovitz, Benoît Jacquot, Louis Leterrier, Olivier Mégaton, Gérard Krawczyk ou Eric Rochant… Du Besson, puissance grand V ! (EuropaCorp)

Hitch

HITCH ET SELZNICK.- Si Alfred Hitchcock a connu une carrière britannique tout à fait intéressante avec des films comme L’homme qui en savait trop (1934) dont il fera lui-même un remake aux USA, Les 39 marches (1935) ou Une femme disparaît (1938), l’année 1939 va marquer un tournant dans la carrière d’Hitch. Le 6 mars, le maître du suspense et sa famille arrivent à New York et partent s’installer à Los Angeles. Le cinéaste entame alors une collaboration de près de dix avec le producteur David O. Selznick (Autant en emporte le vent, Duel au soleil) qui donnera naissance à quatre films majeurs.  Adapté d’un roman de Daphné du Maurier, Rebecca (1940) est un conte de fées cruel et vénéneux qui explore les peurs d’une jeune mariée naïve (Joan Fontaine) qui vient s’installer dans une vaste demeure de la campagne anglaise… Rebecca obtiendra l’Oscar du meilleur film qui ira à Selznick, son producteur, générant l’amertume d’un metteur en scène désormais stimulé dans sa volonté d’indépendance. Avec La maison du docteur Edwards (45), Hitch peut satisfaire sa passion (qu’il partage avec Selznick) pour la psychanalyse. Mais les deux hommes s’accrocheront souvent, notamment sur le coût de la séquence du fantasme que le cinéaste commande à Salvador Dali… L’année suivante, Hitchcock tourne un de ses chefs d’oeuvre avec Les enchaînés où la fille d’un espion nazi (Ingrid Bergman) est contactée par un agent du FBI (Cary Grant) pour piéger les amis de son père au Brésil. Ces deux-là partageront le baiser le plus long de l’histoire du cinéma. Enfin Le procès Parradine (47) est une histoire de meurtre et de déchéance qui mit un peu plus encore en lumière les rapports exécrables du cinéaste et de son producteur. On retrouve ces oeuvres bien restaurées dans Alfred Hitchcock – Les années Selznick, le coffret n°7 de la collection Ultra collector. Cette belle édition propose plus de 5h30 de passionnants suppléments dont le documentaire Daphné du Maurier sur les traces de Rebecca. Enfin, on apprécie aussi La conquête de l’indépendance, un gros livre bien illustré qui décortique la relation Hitch/Selznick… Les fans du Sir Alfred vont adorer… (Carlotta)

Bunuel

BUNUEL.- Né au tournant du siècle d’avant dans la province espagnole d’Aragon, Luis Bunuel se fit connaître, dans les dernières années du muet, comme metteur en scène surréaliste d’avant-garde, travaillant avec Salvador Dali et le groupe parisien d’André Breton. Tourné en 1929, Un chien andalou (avec son fameux oeil tranché au rasoir) fit scandale. Cinéaste iconoclaste, subversif, inclassable, avec un goût appuyé pour la mise à mal d’une bourgeoisie figée et hypocrite, Don Luis a écrit de grandes pages du 7e art mondial. Comme le soulignait Jean Collet, il fut « le peintre des contrastes violents, de l’ombre et de la lumière, de la nuit et du jour, du rêve et de la lucidité ». On retrouve le maître espagnol, mort en 1983 à Mexico, dans un séduisant coffret avec ses grands films des années 60-70. Adaptation du roman éponyme d’Octave Mirbeau, Le journal d’une femme de chambre (1964) est un réquisitoire cruel où Jeanne Moreau en Célestine avide d’ascension sociale, est convoitée par tous les hommes. Peut-être le rôle le plus torride de Catherine Deneuve, Belle de jour (67) confond le réel et le fantasme jusqu’au vertige. La voie lactée (69) est une fable picaresque où, entre Paris et Saint Jacques de Compostelle, deux voyageurs croisent les hérétiques et les dogmatiques de tous les sicècles. Seconde collaboration de Bunuel et Deneuve, Tristana (70) est une oeuvre mystérieuse sur la relation d’attraction/répulsion entre un vieil homme et sa pupille. Oscar du meilleur film étranger à Hollywood, Le charme discret de la bourgeoisie (72) met la bourgeoisie à nu et fait exploser les conventions sociales. Le fantôme de la liberté (74) est une variation sur l’illogisme du monde. Quant à Cet obscur objet du désir, ultime film du maître en 1977, il rassemble, avec toujours un vrai humour corrosif, toutes les obsessions de Bunuel dans une adaptation de La femme et le pantin de Pierre Louÿs. Pour mieux souligner l’aveuglement que génère le désir, le cinéaste confie le rôle principal à deux actrices: Angela Molina et Carole Bouquet . Indispensable. (Studiocanal)

COFFRETS EN FETE !  

Si l’envie devait vous prendre d’offrir à ceux que vous aimez et que vous savez cinéphiles des DVD ou des Blu-ray, voici une sélection de coffrets tout à fait tentants qui font la part belle à de grands cinéastes ou à des films fameux…

Anthologie Melville

MELVILLE.- Melville, c’est une signature ! Posée sur une œuvre très reconnaissable dominée par la solitude, l’échec et la mort et où se croisent les hommes c’est-à-dire les gangsters, les policiers ou les héros de la Résistance. Né Jean-Pierre Grumbach en 1917 à Paris dans une famille juive d’origine alsacienne, Melville, disparu en 1973, fait l’objet d’une très belle anthologie qui regroupe douze de ses longs-métrages: Le silence de la mer (1947), Les enfants terribles (1950), Quand tu liras cette lettre (1953), Bob le flambeur (1955), Deux hommes dans Manhattan (1959), Léon Morin, prêtre (1961), Le doulos (1962), Le samouraï (1967), L’armée des ombres (1969), Le cercle rouge (1970), Un flic (1972), son court-métrage de 1946 (24 heures de la vie d’un clown) ainsi qu’un livret (76 p.) du critique Antoine de Baecque. Enfin, le coffret (12 DVD) propose plus de 7 heures de bonus dont L’armée des ombres… le dessous des cartes, le documentaire de Dominique Maillet. Idéal pour aller à la (re)découverte d’un cinéaste qui associait, écrit Philippe Labro, « la méticulosité maniaque d’un artisan et la vision orgueilleuse d’un auteur ». Un personnage parfois dépressif et volontiers insupportable sur les tournages mais qui a laissé une marque profonde dans le 7e art, jusque dans les oeuvres des cinéastes asiatiques contemporains. (Studiocanal)

Clouzot

CLOUZOT.- Considéré au sortir de la Seconde Guerre mondiale comme un homme de peu parce qu’il avait travaillé, notamment pour Le Corbeau, avec la Continental, la société de production allemande, Henri-Georges Clouzot  (1907-1977) a depuis largement été reconsidéré. A l’occasion du 110e anniversaire de sa naissance, l’hommage à ce maître du cinéma français se traduit par un coffret Clouzot – L’essentiel, belle anthologie qui réunit douze films restaurés, en l’occurrence L’assassin habite au 21 (1942), Le corbeau (1943), Quai des orfèvres (1947), Manon (1949), Retour à la vie (Segment Le retour de jean – 1949), Miquette et sa mère (1950), Le salaire de la peur (1953), Les diaboliques (1955), Le mystère Picasso (1956), Les espions (1957), L’enfer (1964) et La prisonnière (1968). Dans les bonus, on trouve notamment le documentaire Le scandale Clouzot réalisé par Pierre-Henri Gibert Basil et aussi une sélection de courts-métrages réalisés en hommage à HGC par des étudiants de cinéma… Outre la possibilité de se plonger dans ce film inachevé qu’est L’enfer, quel bonheur d’entendre Louis Jouvet, en vieux flic fatigué  dans Quai… lancer à Simone Renant, amoureuse désespérée de Suzy Delair, « Vous êtes un type dans mon genre. Avec les femmes, vous n’aurez jamais de chance » (TF1)

Brian De Palma

BRIAN DE PALMA.- Wonderboy du Nouvel Hollywood au même titre que Spielberg, Lucas, Scorsese, Coppola ou Cimino, souvent considéré comme le digne héritier d’Hitchcock, Brian de Palma s’est imposé, au fil d’une trentaine de films, dans des genres aussi différents que le thriller, le film d’action (Les incorruptibles ou évidemment Mission impossible en sont de bons exemples) ou encore le fantastique, le film de guerre, la science-fiction ou la comédie… Un beau coffret regroupe six de ses grands succès : Phantom of the Paradise (1974) l’une de ses premières réussites commerciales, Furie (1978), Pulsions (1980) avec Michael Caine et une Angie Dickinson torride, Blow Out (1981) inspiré par Blow-up d’Antonioni et Conversation secrète de Coppola, Scarface (1983) avec un grand Al Pacino qui fera de son Tony Montana totalement speedé un personnage-culte jusque dans les banlieues françaises et Body Double (1984), remarquable réflexion sur le voyeurisme. Enfin le coffret comprend le remarquable livre d’entretiens (édité en 2001, très vite épuisé et maintenant mis à jour) que le cinéaste, réputé discret et avare d’interviews comme de confidences sur son oeuvre et sa vie, a accordé à Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud. (Carlotta)

Abel & Gordon

ABEL & GORDON.- Si l’on dit que le Belge Dominique Abel et Fiona Gordon, Canadienne née en Australie, détonnent dans le paysage de la comédie, notamment cinématographique, on ne se trompe pas! Dans l’esprit des clowns, du cinéma muet ou de Buster Keaton, Abel & Gordon ont en effet développé un univers magique où la poésie et l’humour font très bon ménage. Dans un coffret, on trouve quatre de leurs plus grands succès : L’iceberg (2005) ou la folle envie de Fiona de tout plaquer pour partir dans le Grand Nord, Rumba (2007) qui raconte l’histoire de deux instituteurs passionnés par la danse et qu’un accident de la circulation va complètement chambouler, La fée (2011) ou la rencontre, autour de trois voeux, de Dom, gardien de nuit dans un hôtel et de la fée Fiona et enfin le récent Paris pieds nus (2017), déambulation drolatique dans un Paris rêvé sur les pas d’une bibliothécaire canadienne appelée à l’aide par une tante Martha, 88 ans (l’ultime rôle d’Emmanuelle Riva), qui refuse d’être placée dans une maison de retraite… Sur des scénarios loufoques ou tendres, Abel & Gordon jouent d’un comique visuel et burlesque très physique servi par deux personnages toujours en rupture avec le monde ordinaire. Le coffret comprend aussi trois courts-métrages de cet indissociable et attachant duo. (MK2/Potemkine)

Louis Feuillade

LOUIS FEUILLADE.-Figure majeure du cinéma français des années dix et vingt, Louis Feuillade (1873-1925) s’est distingué avec les fameux serials noirs réunis, ici, dans un coffret prestige. En 1913, il adapte le roman d’Allain et Souvestre et réalise cinq épisodes de Fantômas où l’empereur du crime, le journaliste Fandor et l’inspecteur Juve connaîtront un succès phénoménal. La guerre interrompt le cinéaste en plein tournage. Réformé en 1915, Feuillade se remet aussitôt au travail et va signer Les Vampires qui se décline en douze films (1915-1916). C’est Musidora qui sera Irma Vep, séduisante et troublante incarnation des forces du mal et égérie de la mystérieuse bande de brigands combattue par le journaliste Guérande. Dans les bonus, on trouve trois films interprétés par Musidora (de son vrai nom Jeanne Roques) au temps des Vampires: Le grand souffle (1915) de Gaston Ravel, Le pied qui étreint (1916) de Jacques Feyder et enfin Lagourdette gentleman cambrioleur (1916) de Louis Feuillade. On déguste aussi le grand portrait consacré en 1973 à Musidora, beauté fatale et muse des surréalistes, par Jean-Christophe Averty. Jacques Champeux signe, lui, Louis Feuillade, poète de la réalité. Enfin, un riche livret de 84 pages largement illustré dit tout ce qu’il faut savoir sur la saga des sérials noirs. (Gaumont)

Michel Ocelot

MICHEL OCELOT.- Père du malicieux petit Kirikou et auteur du remarquable Azur et Asmar (2006), Michel Ocelot est l’un des maîtres français du cinéma d’animation. On le retrouve, dans ce coffret, avec deux longs-métrages tirés d’une suite de dix contes pour la télé. En 2011, Les contes de la nuit, autour d’une fille, d’un garçon et d’un vieux projectionniste ensemble dans une petite salle pour s’inventer des histoires, réunit cinq aventures où il est question de loup garou dans l’Occident médiéval, de Tijean, gamin des Antilles qui descend si loin sous la terre qu’il se retrouve au pays des morts ou encore du garçon tam-tam, de la fille-biche et d’un jeune Tibétain qui ne mentait jamais. Dans Ivan Tsarevitch et la princesse changeante (2016), on retrouve à nouveau les trois amis qui laissent parler leur malicieuse imagination à travers cinq autres contes, s’imaginant, des profondeurs de la terre aux confins de l’Orient avec ses magnifiques arabesques, en héros du merveilleux aux côtés de la Maîtresse des monstres, d’un enfant qui devient apprenti magicien ou d’un jeune marin qui veut retourner vivre sur la terre ferme… Un pur émerveillement fourni par deux bijoux de poésie visuelle ! (Studiocanal)

Hou Hsiao Hsien

HOU HSIAO HSIEN.- Figure emblématique de la Nouvelle Vague taïwanaise dès les années 1980, Hou Hsiao Hsien est devenu un modèle pour les jeunes cinéastes chinois marqués par ses œuvres majeures que sont notamment Les fleurs de Shanghai (1998), Le maître de marionnettes (1993) ou Millenium Mambo (2001), ces deux derniers films étant couronnés du prix du jury à Cannes. Un beau travail cinéphile permet de découvrir six œuvres de jeunesse de HHH dans de nouvelles restaurations inédites. Cute Girl (1980) comme Green Green Gras of Home (82) furent de grands succès populaires mais sont encore de sympathiques essais manquant un peu de caractère. Avec Les garçons de Fengkuei (83), HHH ouvre un cycle autobiographique à travers le récit d’initiation de trois amis venus s’installer dans la grande ville. Le cycle se poursuit avec Un temps pour vivre, un temps pour mourir (85) et Poussières dans le vent (86) sur l’amour de deux jeunes gens séparés par le service militaire. Enfin La fille du Nil (87) est le film de la transition entre sa série autobiographique et le cycle historique qui suivra. Après avoir beaucoup filmé la campagne, HHH s’installe, ici, dans la capitale où la jeunesse rêve d’avoir sa part du gâteau de la soudaine prospérité économique… (Carlotta)

Coluche

COLUCHE.- Homme de scène (il fut de l’aventure du Café de la gare) et redoutable humoriste qui pratiquait volontiers, selon ses dires, la grossièreté mais sans vulgarité, Coluche (1944-1986) a fait, sur le grand écran, une belle carrière mais moins décapante que ses spectacles. Dans un coffret avec cinq films bien restaurés, tous datés du début des années 80, c’est un rire tendre ou déjanté qui préside à Banzaï (1983), Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (82) où Jean Yanne lui confie le rôle de Ben-Hur Marcel, La femme de mon pote (83) où il partage l’affiche avec Isabelle Huppert et Thierry Lhermitte, Inspecteur la bavure (1980) où il est un flic gaffeur et incompétent aux prises avec un ennemi n°1 incarné par Depardieu. En 1983, Claude Berri lui offre le rôle de Lambert, pompiste de nuit dans le 18e arrondissement de Paris dans Tchao pantin. Ce personnage d’ancien flic hanté jusqu’à l’alcoolisme par la mort de son fils, révéla un comédien grave et profond. Et Coluche décrocha le César du meilleur acteur. Avec une bonne série de suppléments, une belle occasion de retrouver un artiste aussi à l’aise dans les comédies que dans le sombre thriller. (Pathé)

DEUX ROUQUINES DANS LA BAGARRE  

Deux Rouquines dans la BagarreLa ville de Bay City est sous la coupe du gangster Solly Casper. Soutenu par l’influent propriétaire du journal local, le riche et intègre Frank Jansen mène une croisade anti-corruption et brigue le poste de maire. Casper a chargé Ben Grace, un petit escroc, d’enquêter sur la vie privée de Jansen afin d’y trouver matière à le discréditer publiquement. Grace apprend que le futur maire est follement épris de sa secrétaire June Lyons, dont Dorothy, la soeur cadette, vient d’être libérée de prison où elle purgeait une peine pour vol. Mais il préfère ne rien révéler à son patron, dont il espère le faux pas qui lui permettrait de l’évincer à la tête du gang…
En 1956, Allan Dwan a 71 ans et une solide filmographie derrière lui quand il met en scène Slighty Scarlett. Le film est passablement ignoré à sa sortie dans les salles avant d’être encensé par la critique et même promu au rang de film-culte par certains. Jacques Lourcelles est de ceux-là qui écrit, dans son Dictionnaire du cinéma: « C’est un film d’auteur à cent pour cent, où l’auteur en question, le vénérable Allan Dwan, chargé d’ans et de merveilles, hollywoodien jusqu’au bout des ongles, ne suit aucune règle, ignore superbement le genre où il travaille, ne respecte que son bon plaisir et marque, en dépit de tout, son territoire dans l’espace de sa mise en scène… »
De fait, Deux rouquines dans la bagarre (un titre français plutôt amusant) est un film noir qui donne assez rapidement le sentiment de ne prêter qu’une attention très relative à son intrigue criminelle pour  se focaliser sur deux personnages féminins spécialement enlevés, nés primitivement dans Love’s Lovely Counterfeit (Le bluffeur), un roman de James M. Cain paru en 1942 et adapté pour le cinéma par le scénariste Robert Blees qui donnera au film une ligne dramatique simple et directe. June est incarnée par Rhonda Fleming et Dorothy par Arlène Dahl. Agées de 33 et 31 ans au moment du tournage, ces deux superbes rousses, la première d’origine irlandaise, la seconde d’origine norvégienne, confèrent au film sa qualité première, en l’occurrence d’embarquer le spectateur dans une aventure placée sous le sceau de la sensualité et de l’érotisme. Dans une interview donnée à Peter Bogdanovich, Allan Dwan raconte qu’il avait tout le temps la censure sur le dos… Il est vrai que lorsque l’on observe la scène où Solly Casper (Ted de Corsia) entre dans la pièce où Dorothy, dont on aperçoit d’abord une jambe dressée vers le plafond, s’étire assez lascivement sur un canapé, on convient que Dwan jouait volontiers à cache-cache avec le code Hays.
Même si elles sur-jouent parfois leurs émotions, ce sont bien les deux rousses du titre français qui valent à Slighty Scarlett d’être un film audacieux pour son temps. La « gentille » Rhonda Fleming se promène dans des shorts moulants ou des robes de chambre affriolantes tandis que la « méchante » Arlène Dahl, harponneuse d’hommes (au sens figuré comme au sens propre) débordante de vitalité sexuelle, est tout à la fois kleptomane et nymphomane!
Deux rouquines dans la bagarre est aussi un travail d’équipe puisqu’Allan Dwan travaille, ici, avec le producteur Benedict Bogeaus ou avec le directeur de la photo John Alton. Et pourtant ce film noir… en éclatantes couleurs est plutôt fauché. Le cinéaste a expliqué qu’il agissait en « pirates » avec son chef-décorateur. Ils fouinaient dans les studios à la recherche d’éléments de décor qu’ils arrangeaient ensuite pour leur propre film. Et pour le reste, Dwan masquait les manques avec des… plantes vertes ou des bouquets de fleurs qui apportaient un supplément de couleurs à ces plans. Lorsque, dans le premier plan du film, Dorothy sort de prison, Dwan a simplement tourné sa scène devant la sortie arrière des studios RKO sur la grille desquels il avait fait poser un simple panneau State prison for women!
Dans les suppléments du dvd, Bertrand Tavernier et François Guérif reviennent longuement sur la genèse du film, sur son réalisateur et ses comédiens. On convient, avec eux, que Slighty Scarlett est une somptueuse réussite baroque.

(Sidonis/Calysta)

CHEZ NOUS  

AAAAAChezNousQuelques mois avant l’élection présidentielle, Lucas Belvaux avait fait le buzz lorsqu’il fut question d’un film sur le Front national… Les cadors du FN étaient montés d’emblée au créneau pour vouer aux gémonies une oeuvre de fiction dont ils n’avaient évidemment pas vu une image, sinon celles de la bande-annonce… Depuis Marine Le Pen s’est sabordée dans un débat du second tour pas vraiment maîtrisé et Emmanuel Macron est devenu président. C’est donc avec un peu de recul qu’on peut visionner le dvd de ce Chez nous qui s’inscrit pleinement dans le parcours du Belge de 55 ans qui nourrit ses films de fiction de la réalité d’aujourd’hui. De petites histoires de cinéma pour raconter la grande, une société de personnages pour raconter, un peu, l’Humanité.
Film engagé mais pas militant, Chez nous décrit une situation, un parti, une nébuleuse et décortique son discours pour comprendre son impact, son efficacité, son pouvoir de séduction. Pour montrer aussi la désagrégation progressive du surmoi qu’il provoque et qui libère une parole, jusqu’alors indicible. Belvaux expose enfin la confusion que ce discours entretient, les peurs qu’il suscite, celles qu’il instrumentalise…
Evoluant entre Lens et Lille, Pauline Duhez est une jeune femme, infirmière à domicile, qui s’occupe seule de ses deux enfants et de son père, ancien métallurgiste et militant communiste. Dévouée et généreuse, Pauline se décarcasse pour ses patients, souvent âgés, qui l’apprécient et savent qu’ils peuvent compter sur elle. Parce qu’à sa manière, Pauline est populaire, un parti extrémiste, le Rassemblement national populaire, va lui proposer d’être leur candidate aux prochaines élections municipales. Et c’est ainsi que Pauline est contactée par le docteur Berthier, un médecin apprécié de la place, qui va « vendre » aux instances nationales du RNP et à sa patronne, Agnès Dorgelle, cette « fille simple, courageuse, intelligente, sympathique ». D’abord réticente face à la politique (à laquelle, dit-elle, « elle ne comprend rien »), Pauline se laisse séduire par l’idée que la politique n’est pas un métier mais une question d’engagement, d’honneur et de service des autres. Le souci, c’est que Pauline a rencontré, par hasard, Stéphane, un béguin de jeunesse et qu’elle n’est pas du tout insensible à ces retrouvailles amoureuses. Pour Berthier, dont le sombre passé d’extrême-droite, va soudain affleurer, les amours de Pauline et de Stéphane sont un mauvais coup d’autant qu’Agnès Dorgelle a déjà annoncé publiquement la candidature de Pauline. Alors, entre Berthier et Stéphane qui se connaissent bien et en savent trop l’un sur l’autre, commence un jeu dangereux et possiblement violent…
Contrairement à ce que l’on nomme les « fictions de gauche », Chez nous n’est pas un dossier à charge. Lucas Belvaux ne dénonce pas. Il essaye de comprendre comment fonctionne le parti d’extrême-droite, comment il polit son discours pour qu’il soit « acceptable » tout en emboîtant le pas de Pauline qui tente de suivre son propre cheminement au sein de cette pensée stratégiquement très au point. Pour cela, au risque même d’une certaine empathie, le cinéaste se garde de montrer des « bons » et des « méchants ». Il agit « démocratiquement » (sans pour autant masquer son point de vue) en laissant au spectateur la liberté de se construire sa propre opinion.
Enfin Belvaux, en s’appuyant sur la riche documentation disponible sur internet à propos de la « fachosphère », réussit de beaux portraits autour d’une Pauline (excellente Emilie Dequenne) qui se blondit pour entrer dans le moule de la parfaite candidate propre sur elle. On savoure rapidement le personnage incarné par Anne Marivin, enseignante qui, soudain, se lâche et lance un « On va tous les niquer » lourd de sens même si elle sait pas clairement qui elle veut niquer. Avec les personnages d’André Dussollier et de Guillaume Gouix, on mesure les problèmes de respectabilité de l’extrême-droite. Berthier, figure de la vieille droite maurassienne qui estime que le parti « n’a jamais été aussi proche du pouvoir » tout comme Stéphane, nervi néo-nazi, ne représentent pas un problème idéologique mais font simplement tache sur la photo. Mais ils peuvent y revenir à condition de « changer de costume ». L’un l’a fait, l’autre pas. Catherine Jacob, elle, incarne moins une caricature qu’un écho de Marine Le Pen mais on imagine volontiers que cette représentation fasse grincer les dents au FN.
Chez nous est un film qui mérite assurément le détour. C’est du cinéma solide et un objet politique qui entend dévoiler la supercherie qu’est le populisme.

(Le Pacte)

LOVING  

LovingAvec Loving, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes (mais resté bredouille au palmarès), Jeff Nichols s’attache à une affaire judiciaire qui a marqué l’Amérique. Le 12 juin 1967, les sages de la Cour Suprême des Etats-Unis, à l’unanimité, ont en effet rendu une décision historique en déclarant l’intégralité des lois interdisant les unions mixtes anticonstitutionnelles et en violation du 14e amendement (garantissant que la liberté de choix de se marier ne soit pas resteinte par des discriminations raciales). Le président de la Cour, Earl Warren, rédigea l’arrêt suivant: « En vertu de notre constitution, la liberté d’épouser ou de ne pas épouser une personne d’une autre race relève du choix individuel et ne peut donc être limitée par l’Etat ».
Mais le cinéaste de Take Shelter (2011) et de Mud (2013) a choisi de ne pas faire le « film de prétoire » auquel aurait parfaitement pu se prêter le dossier « Loving contre l’Etat de Virginie ». Ce qui intéresse Nichols, c’est la sérénité tranquille d’un couple qui doit faire face au racisme et à la ségrégation. Or si Richard et Mildred sont sereins, c’est parce qu’ils s’aiment d’un amour extraordinaire et magnifique. C’est la pureté de cet amour qui est au coeur de Loving. Le cinéaste va alors détailler les obstacles qui se dressent sur le parcours du couple dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. Face aux embûches, aux vexations, à une loi inique, les Loving montrent une impressionnante détermination. Parce qu’ils sont habités d’une double certitude: la force de leur amour et le droit de vivre à l’endroit où ils sont nés.
A cet instant, Loving prend les allures d’une pastorale. Nichols filme, en plans larges, une nature verte, paisible, lumineuse, personnage à part entière d’un récit intimiste qui montre aussi une communauté où Noirs et Blancs, réunis par la même pauvreté, cohabitent sans heurts. Ainsi, Richard entraîne Mildred, à bord de sa grosse Ford Victoria, sur un chemin de campagne et s’arrête pour lui montrer un champ. Il vient de l’acheter pour construire leur maison… Mais, pour cela, il faudra aux Loving franchir bien des étapes. Car il est dur d’entendre un juge proclamer: « Dieu tout-puissant a créé les races blanche, noire et jaune et rouge, et les a placées sur des continents séparés. Et si l’on ne vient pas perturber Son ordonnancement, il n’y a aucune raison pour que ce type de mariage existe. Car s’Il a ainsi séparé les races, c’est parce qu’il n’avait pas l’intention qu’elles se mélangent ». Mais Richard et Mildred n’ont rien à faire que « le moineau et le rouge-gorge ne se mélangent pas ».
Pour la première fois avec Loving, Jeff Nichols travaille sur une intrigue dont il n’est pas l’auteur. Il trouve pourtant, notamment lorsqu’il évoque la nature et les relations entre les personnages, le ton élégant et la mise en scène limpide qui faisait le charme du sudiste Mud. Surtout, il a pu s’appuyer sur une paire d’acteurs épatants. L’Australien Joel Edgerton incarne un maçon taiseux dont le visage, sous des cheveux blonds en brosse, peut se fermer complètement puis s’éclairer d’un mince sourire plein de tendresse. Pour interpréter Mildred surnommée Brindille, Nichols a découvert Ruth Negga, une comédienne éthiopienne par son père et irlandaise par sa mère. D’abord timide et fermée, sa Mildred va peu à peu se transformer, sinon en militante, du moins en femme décidée à faire entendre sa voix et son droit.
Il y a comme une évidence dans le cinéma de Jeff Nichols. Son Loving pourrait être un film militant. C’est un mélodrame superbe.

(Studiocanal)

TUEZ CHARLEY VARRICK!  

Tuez Charley VarrickSi Walther Matthau est étonnant dans Tuez Charley Varrick!, ce n’était pourtant pas le premier comédien auquel Donald Siegel avait pensé pour tenir le rôle de ce braqueur mutique et mal embouché. Le cinéaste avait songé à Donald Sutherland et, avant lui, à Clint Eastwood, son comédien de Sierra torride (1970), des Proies (1971) et évidemment de l’emblématique Inspecteur Harry (1971). Mais le grand Clint refusa, ne voyant « aucune qualité rédemptrice » dans le personnage… Universal songe alors à Matthau, acteur très populaire (ses duos avec Jack Lemmon sont mémorables), mais celui-ci tenta vite de se défiler. L’astucieux Donald Siegel -qui devait connaître le goût de Matthau pour le jeu et les paris- lui aurait dit: « Walter, je vois que tu as l’air d’un très bon joueur de ping-pong. Faisons une partie! Si tu me bats, tu n’auras pas besoin de faire le film et je te paierai quand même ton salaire. » Matthau qui savait jouer au ping-pong, se sentait sûr de gagner. Il ignorait que Siegel était un champion de tennis de table capable de jouer des compétitions de haut niveau. Le score (21-2) fut sans appel et Matthau dut se résigner à être Charley Varrick. Bien lui en a d’ailleurs pris car sa composition, pour une fois très noire, est remarquable.
Avec sa jeune femme et deux complices, Charley Varrick braque une petite banque perdue du Nouveau-Mexique. Le coup presque banal tourne pourtant à la déroute. La jeune femme est mortellement blessée et un complice est abattu. Surtout, en mesurant l’importance du magot, Varrick comprend qu’il a touché à l’argent que la mafia planquait dans cette banque. Encombré de son dernier complice, un gamin buveur qui n’entend pas faire profil bas le temps nécessaire, Charley Varrick va se retrouver à la fois avec la police mais aussi la mafia aux trousses. Et il faudra à cet ancien pilote d’avion, beaucoup de malice et d’astuce pour déjouer l’entreprise du tueur à gages sadique (Joe Don Baker) chargé de l’éliminer.
Moins connu que des films comme L’invasion des profanateurs de sépultures (1956), A bout portant (1964), Le dernier des géants (1976) ou Le prisonnier d’Alcatraz (1979), Tuez Charley Varrick ! (1973) est un solide polar, qui fait référence dans le genre, reposant sur une mise en scène tendue et construite avec la précision d’une bombe à retardement. Walther Matthau incarne un truand fatigué surnommé « le dernier des indépendants ». Un type qui ne fait confiance qu’à lui-même et qui s’oppose autant à l’ordre établi qu’aux règles du crime organisé. Un personnage qui ressemble singulièrement, côté 7e art, à un Don Siegel qui occupa une place à part dans le cinéma américain. Comme le rapporte Doug Headline, dans l’ouvrage (180 pages et des photos d’archives rares) intitulé Le premier des indépendants qui accompagne le coffret DVD, Don Siegel sut toujours composer avec le système hollywoodien, voguant d’un studio à l’autre tout en demeurant un véritable individualiste soucieux de sa liberté d’action. Un bijou du polar des années 70 qui est aussi un pur plaisir de spectateur!

(Wild Side)

ROCK’N ROLL  

RocknRollIl y a des choses qu’il ne faudrait jamais entendre, surtout quand on se sent plutôt bien dans sa peau jusque là… Guillaume Canet est sur un tournage lorsqu’il surprend sa jeune partenaire Camille Rowe lancer que, l’autre soir, avec des copines, elles ont dressé la liste des acteurs français qu’on aimerait bien niquer. Et, de fait, Guillaume n’y était pas. « Difficile de fantasmer, assène encore Camille, sur un mec qui rentre tous les soirs à la même heure ». Et si elle savait que, chez lui, il y a, sur les murs, une magnifique collection de coucous spécialement kitsch…
On pourrait quasiment dire que l’histoire de Rock’n roll commence alors que Guillaume Canet est en pleine promotion de La prochaine fois, je viserai le coeur de Cédric Anger. Lors d’une interview, une journaliste dit à Canet qu’il n’était pas très rock à ses yeux, avec ses chevaux, sa femme, son fils. Bref, que tout cela n’était pas très sexy…  A l’époque, le comédien et réalisateur sort d’une période difficile marquée par le gros échec de Blood Ties. Canet avait entrepris de mettre en scène le remake des Liens du sang (2008), histoire de deux frères, l’un truand, l’autre flic qu’il interprétait. Transposée dans le New York des années 80, cette aventure, pourtant portée par un beau casting et mis dans la lumière par le Festival de Cannes 2013, ne rencontra pas le public. D’où une solide déprime du cinéaste, une envie de tout larguer, de renoncer au cinéma…
Avec Rock’n roll, Guillaume Canet met en scène une entreprise qui a le mérite d’être originale. Et démontre qu’on peut, après tout, imaginer un film avec n’importe quel sujet. Le tout étant, évidemment, d’avoir le talent de transcender une douleur en oeuvre d’art. Car, qu’on le veuille ou non, il y a bien une douleur, ici, qui mêle le questionnement sur la notoriété avec la crise de la quarantaine. Mais le film reste quand même une comédie savoureuse et volontiers déjantée. Avec un bel humour et un fort sens de l’autodérision, Guillaume Canet s’amuse donc à passer son image à la moulinette et à se moquer de la notoriété. Que ce soit sur un plateau de cinéma où il vit de plus en plus mal de jouer les pères de famille face à une gamine pimpante, dans les bars où il prend des vents, dans sa famille même où il semble avoir du mal à trouver sa place face à une Marion Cotillard sur son nuage de star. Point d’autre solution: Guillaume Canet doit devenir rock’n roll. Mais le perfecto et les chaînes, ni même une petite ligne de coke n’y suffiront pas.
En se mettant en scène dans son propre rôle, en embarquant Marion Cotillard, ses amis et ses parents dans son gros délire, Canet s’amuse joyeusement de la crise de la quarantaine, de son look de gendre idéal ou des dérives de la presse à scandales comme des manieurs de selfies. Ses producteurs, les frères Attal, aimeraient beaucoup qu’il songe à une sorte de docu-fiction sur… Marion Cotillard. Alors, Guillaume Canet va commettre l’irréparable. Dont on ne dira rien ici pour préserver le plaisir du spectateur qui découvre Rock’n roll en dvd. Tout le monde, autour de lui, est médusé, catastrophé, effondré: « Tu n’as pas fait ça! » Et Guillaume Canet de répondre: « Je me sens mieux! » Et tant pis si les séquences américaines de la fin ne sont pas au même niveau que le reste du film… Un bon moment de cinéma!

(Pathé)

LA 9e VIE DE LOUIS DRAX  

9e Vie Louis DraxVoici l’incroyable histoire du garçon qui collectionne les accidents! Louis Drax va fêter son 9e anniversaire et il a déjà frôlé huit fois la mort au cours d’une vie particulièrement malchanceuse… Avec ses parents, Louis (Aiden Longworth) fête son anniversaire au bord d’une haute falaise. On s’en doute un peu: le gamin va chuter du haut de la falaise… La police ouvre une enquête sur les circonstances de cet accident presque mortel (Louis a été déclaré cliniquement mort avant de se réveiller) et va tenter de vérifier l’alibi de Peter, le père de Louis connu par sa violence (Aaron Pascal, interprète de Jesse Pinkman dans la série Breaking Bad)… Pendant ce temps, Louis, plongé dans un coma profond, est placé dans l’unité de soins neuro-végétatifs du docteur Allan Pascal, un neurologue réputé pour ses méthodes peu orthodoxes d’accéder au subconscient de ses patients…
Fils du réalisateur Alexandre Arcady, Alexandre Aja a véritablement démarré sa carrière avec Haute tension (2003), un film d’horreur produit par Luc Besson. Le succès du film vaut à Aja et à son fidèle complice Grégory Levasseur des propositions des studios d’Hollywood pour des projets de remake. C’est ainsi qu’Aja signera en 2006 le remake de La colline a des yeux que Wes Craven signa en 1977. Le succès est encore au rendez-vous. Ce sera aussi le cas pour Piranha 3D (2010) dont une première version avait été tourné par Joe Dante en 1978. Outre ses projets comme scénariste ou producteur, Alexandre Aja a donc réalisé, en 2016, La 9e vie de Louis Drax. Le scénario de Max Minghella est une adaptation du roman éponyme de Liz Jensen. La romancière britannique décrit son livre comme une sorte d’histoire de fantômes dans laquelle Louis -à moitié vivant, à moitié mort- tient ce rôle. « C’est un fantôme, dit-elle, qui veut désespérément vivre à nouveau. Mais, en même temps, il a peur de redevenir vivant pour des raisons qu’on finit par comprendre ».
Alexandre Aja joue, ici, sur différents tableaux, mêlant le fantastique et le drame, le thriller et le conte. Tandis que le docteur Pascal (Jamie Dornan, vu dans Cinquante nuances de Grey) plonge dans une enquête périlleuse qui va l’amener aux frontières du réel et du fantastique. Dans son périple, il croise aussi bien une flic qui veut en finir qu’un avenant psychiatre (Oliver Platt) auquel Louis avait dit: « Etre dans le coma, ça ne craint pas tant que ça » sans oublier une grand’mère (Barbara Hershey) et Natalie (Sarah Gadon), la mère de Louis, une femme charmante mais mystérieuse et troublante… Un film parfois déroutant mais captivant.

(Carlotta)

SILENCE  

SilenceCes dernières années, Martin Scorsese, 74 ans, évoluait dans des exercices assez disparates. Le fantastico-thriller avec Shutter Island (2010), l’hommage à Méliès avec Hugo Cabret (2011) ou les frasques d’un courtier en bourse sous acide dans Le loup de Wall Street… Avec Silence, Scorsese revient à d’anciens mais ardents questionnements. De Mean Streets à Raging Bull, tout le cinéma de l’ancien séminariste new-yorkais est en effet traversé par des interrogations sur sa foi chrétienne. Le cinéaste devait donc tenir à ce projet puisqu’il a mis près de trente années pour parvenir à adapter le roman éponyme du Japonais Shusaku Endo. L’Américain avait découvert l’ouvrage à la fin des années 90 au Japon alors qu’il interprétait le personnage de Van Gogh dans Rêves d’Akira Kurosawa. « Ce livre, confiait Scorsese, m’a mis au défi d’aller plus au coeur du mystère du christianisme qui est, pour moi, le mystère de la vie ».
Chinmoku (Silence), livre le plus célèbre d’Endo, écrit en 1966, raconte l’histoire du père Ferreira, un missionnaire portugais, dans le Japon du début du XVIIe siècle, qui apostasie, mais uniquement aux yeux des autres, le protagoniste gardant en fait en secret sa foi chrétienne.
Rodrigues et Garupe sont deux jeunes jésuites portugais convoqués chez leur supérieur qui leur lit une lettre, parvenue longtemps après son envoi, entre ses mains. Elle est l’oeuvre du père Ferreira… Les deux jeunes hommes ne peuvent admettre que Ferreira a renié sa foi et demandent instamment à pouvoir se rendre au Japon: « Comment négliger l’homme qui a forgé notre foi? » Pour Rodrigues et Garupe, « pas question d’abandonner nos chrétiens clandestins qui vivent dans la peur… » Et lorsqu’on dit la peur, on est en dessous de la vérité. Car Silence, qui s’ouvre sur un plan de deux têtes décapitées posées sur un portique, va faire le catalogue des tortures subies par les chrétiens nippons. Crucifixions, corps nus ébouillantés, malheureux enveloppés dans des nattes de paille pour être brûlés ou noyés, on en passe et des pires. Pour les chrétiens du XVIIe siècle, l’Empire du soleil levant n’était pas une terre hospitalière…
Partis de Chine et cornaqués par un pêcheur nommé Kichijiro, les deux jésuites posent le pied au Japon et vont être cachés dans une hutte à l’écart de leur village par des « kirishitan » terrorisés à l’idée d’être découvert par les nervis du souriant mais redoutable Inoue-sama. Tandis que Rodrigues dit la messe, la nuit, comme à l’époque des premiers chrétiens dans les catacombes, le danger se fait toujours plus pressant. Bientôt Rodrigues (Andrew Garfield) et Garupe (Adam Driver) seront séparés avant que, chacun de son côté, ils ne soient arrêtés.
Avec, en voix off, les permanentes interrogations de Rodrigues, Martin Scorsese filme, dans un décor qui rappelle les films de samouraïs, une aventure intime. Prisonnier, Rodrigues assiste, impuissant, au martyr de villageois anonymes déterminés à rester fidèles à leur foi. Intervient alors la récurrente expérience du silence de Dieu. « L’expérience du silence de Dieu est fondamentale et fondatrice »notait, naguère, un jésuite qui cite le Journal de Julien Green: « Je ne veux pas me parler à moi-même et croire que c’est Dieu qui me parle… » Alors que Garupe a disparu, Rodrigues ira jusqu’au bout des épreuves, non sans croiser régulièrement le pêcheur Kichijiro qui, tel Judas, reniera à plusieurs reprises sa foi. « Dieu a entendu leurs prières, dira Rodrigues en parlant des villageois, mais a-t-il entendu leurs cris? »
En chrétien qui doute, Martin Scorsese signe, avec Silence, une fresque ample et longue qui paraît parfois bien bavarde. Il n’en reste pas moins que le film comporte des moments fascinants, sinon bouleversants. A la fin, Rodrigues qui se reproche de n’être qu’un étranger qui a provoqué un désastre, aura enfin retrouvé son mentor, en la personne de l’apostat Ferreira. Ce sera alors, sous la contrainte, au tour de l’élève de fouler au pied l’image du Christ. Devenu Okada San’emon, l’apostat Rodrigues restera « le dernier prêtre ». Un homme perdu pour Dieu? Ainsi que le dit Silence, « seul Dieu peut répondre. »

(Metropolitan)

JACKIE  

JackieNous sommes à Hyannis Port, dans le Massachussetts en 1963. Jackie Kennedy marche vers la caméra. Tout y est: la coupe de cheveux, le foulard, le manteau… L’illusion est quasiment parfaite. Mais est-ce bien cette Jackie Kennedy que le réalisateur chilien Pablo Larrain veut nous donner à voir? Et si c’était, plus probablement, celle d’un autre plan, toujours au début du film, où elle se dessine, de dos, comme une ombre dans la baie vitrée de la grande résidence des Kennedy?
Le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy est assassiné à Dallas dans des circonstances dont on ne connaît toujours pas aujourd’hui avec certitude les tenants et les aboutissants. A travers le personnage de la première dame, Jackie est une évocation des quelques jours qui entourent cette tragédie américaine. Fort heureusement, le réalisateur du tout récent Neruda (en dvd chez Wild Side depuis le 31 mai) n’a pas choisi l’option du biopic. Même si le personnage de Jackie ne quitte pratiquement jamais l’écran, il est beaucoup question, ici, de vérité (« Toute chose écrite est-elle vraie? »), d’identité mais aussi de différence entre la réalité des puissants et l’image, souvent fantasmée, qu’en a le public. Au journaliste (anonyme) qui a obtenu de pouvoir faire son interview, Jackie confie que JFK est à peine mort qu’on fait déjà de lui « une relique poussiéreuse »… Evidemment, le reporter a envie d’obtenir de ce témoin privilégié le récit circonstancié des événements de Dallas. « J’ai cru que le moteur avait des ratés » confie l’épouse qui ajoute: « Dieu merci, j’étais avec lui… » Elle rapporte aussi qu’il y avait partout des panneaux Wanted avec la tête du président et souligne: « Jack m’avait prévenu qu’on allait chez les dingues ».
Construit dans un jeu permanent d’allers et retours entre les jours qui tournent autour de la mort de JFK et d’autres instants représentatifs de la vie de la première dame, le film cerne la personnalité d’une femme qui glisse: « Ils pensent que je suis stupide » tout en se prêtant, par exemple, à une émission de télévision où elle ouvre les portes de la Maison Blanche aux téléspectateurs américains. Timide, presque coincée, celle qui fut la troisième plus jeune épouse à vivre à la Maison Blanche, sillonne les enfilades de salons et raconte un quotidien, évidemment, irréel…
Et puis le film saute à nouveau au drame de Dallas… « Vous êtes là pour que je vous raconte le bruit qu’a fait la balle en frappant le crâne de mon mari… » dit Jackie avec une voix blanche. On est alors dans l’avion présidentiel qui va se poser à Dallas. Jackie ajuste son petit chapeau rose et s’apprête à sortir sur la passerelle. « J’ai vu, dit-elle, le haut de son crâne se détacher. Son visage était beau. Sa bouche était belle… Je voulais que tout reste dedans… J’ai su qu’il était mort ». Et de conclure à l’attention du journaliste: « Ne croyez pas une seconde que vous publierez ça… »
Avec Jackie, Pablo Larrain décale le projecteur. Chacun connaît -notamment, grâce aux fameuses images filmées par Zapruder- l’histoire de l’assassinat de JFK. Mais qu’en est-il si l’on se concentre uniquement sur Jacqueline Bouvier Kennedy? Le cinéaste détaille alors une femme noyée dans le chagrin, s’occupant tant bien que mal de ses jeunes enfants tout en organisant des obsèques impressionnantes tandis que les yeux du monde entier sont tournés vers cette reine sans couronne, brutalement descendue de son trône…
En réalisant un film kaléidoscopique souvent brillant (le scénario a été primé, l’an dernier, à la Mostra de Venise) où se mêlent des fragments d’images d’archives, des bouts de souvenirs, des lieux (le cimetière d’Arlington qu’elle arpente, les pieds dans la boue, pour trouver le meilleur emplacement pour la sépulture de JFK), des idées, des gens, le cinéaste s’approche au plus près d’une parfaite icône (« La célébrité ne m’intéresse pas mais je suis devenue une Kennedy ») mais aussi d’une épouse immédiatement consciente, dans la confusion même de son propre traumatisme, de devoir finir l’histoire commencée par son mari de président. Pas question, comme lui suggère un conseiller, de se bâtir une forteresse à Boston et d’oublier le passé. Pourtant Jackie Kennedy avoue: « J’ai perdu le fil entre le réalité et la représentation ». Enfin, dans le rôle-titre, Natalie Portman, en un mot comme en mille, est parfaite!

(France Télévisions)