TROIS PAPAS POULES, UNE INFIRMIERE IRANIENNE ET UN FLIC DÉTRAQUÉ 
3 HOMMES ET UN COUFFIN
Jacques, Pierre et Michel, trois célibataires, vivent ensemble dans un très grand appartement au centre de Paris. Un soir, Jacques, steward de profession, accepte de servir de transitaire à un paquet qu’un ami va lui livrer le lendemain. Ayant à peine eu le temps de prévenir ses amis, il part en Extrême-Orient pour plusieurs semaines. Quand arrive le « paquet », il se trouve que c’est un bébé, apparemment la fille de Jacques, que sa mère, Sylvia, lui envoie sous prétexte que son travail l’empêche de s’occuper d’elle. Les deux amis, très attachés à leur vie de célibataires sans enfants, se trouvent contraints de s’en occuper avec beaucoup de réticence. Totalement inexpérimentés, ils se retrouvent vite débordés par le travail que nécessite un nourrisson, avec son lot de biberons, de couches et de nuits d’insomnie. Un matin, deux individus viennent réclamer le « paquet ». Soulagés, ils leur remettent le couffin, mais se rendent immédiatement compte que le « paquet » que les deux hommes attendaient était un colis de drogue. Pierre et Michel récupèrent in extremis la petite Marie mais doivent désormais rendre au plus vite la drogue à des trafiquants menaçants. Jacques finit par rentrer de voyage. Le bébé est rendu à sa mère et ne tarde pas, à leur propre surprise, à leur manquer cruellement. Finalement la mère de l’enfant le ramène aux colocataires. Ainsi commence à s’organiser la vie nouvelle des trois hommes avec le bébé. Plus de quarante ans après sa sortie, 3 hommes et un couffin conserve toute son efficacité et sa modernité. Immense succès populaire avec plus de dix millions d’entrées en France et près de 37 millions de spectateurs à travers le monde, la comédie de Coline Serreau s’est imposée comme un véritable phénomène de société. Un triomphe qui s’est prolongé bien au-delà des salles obscures, au fil de ses innombrables diffusions télévisées, faisant entrer ses répliques et ses personnages dans le patrimoine de plusieurs générations de spectateurs. Réalisatrice et scénaristes, Coline Serreau signe ici l’un de ses plus grands succès, porté par un trio: André Dussollier (Jacques), Roland Giraud (Pierre) et Michel Boujenah (Michel), dont la complicité irrésistible fait toujours mouche. À leurs côtés, Philippine Leroy-Beaulieu, Dominique Lavanant et Marthe Villalonga contribuent également à la réussite de ce film culte. Si le film est avant tout une efficace comédie aux situations savoureuses, il se distingue aussi par sa remarquable modernité. En plaçant trois célibataires face aux responsabilités de la paternité, la cinéaste détourne avec malice les stéréotypes de genre et esquisse, dès le milieu des années 1980, une réflexion sur la répartition des rôles au sein du foyer, ainsi que sur les modèles familiaux qui s’éloignent des schémas traditionnels. Sous le rire, se dessine ainsi un regard tendre et étonnamment précurseur sur l’évolution de la société. Entre humour, émotion et observation sociale, 3 hommes… (qui sort dans une édition limitée combo Blu-ray/DVD) demeure un film intemporel, frais et pertinent. Pour résumer son film, la cinéaste lancera : « C’est l’histoire de trois crétins qui deviennent intelligents, voilà ». (Rimini éditions)
WOMAN AND CHILD
Mahnaz est une infirmière veuve, de la quarantaine, qui élève, seule, ses deux enfants et se bat avec Aliyar, 13 ans, adolescent en difficulté. Alors qu’elle s’apprête à épouser Hamid, son fiancé, Aliyar est renvoyé de l’école pour avoir coincé une allumette dans le cadenas du portail… Lorsqu’un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation… Le film s’ouvre sur Mahnaz, qui s’apprête à officialiser sa relation avec Hamid, un infirmier divorcé. Pour que le mariage soit accepté par la famille de Hamid, Mahnaz consent à cacher l’existence de ses enfants pendant les présentations familiales. Elle les confie temporairement à son ex-beau-père, le grand-père d’Aliyar, figure autoritaire et irresponsable. Celui-ci enferme le gamin dans une chambre. Croyant que sa mère est en train de jeter ses affaires, il tente de s’échapper par la fenêtre et fait une chute mortelle. Découvert en 2016 avec son premier long-métrage, Life and a Day, Saeed Roustayi a connu le succès public et critique avec La loi de Téhéran (2019), un thriller social sur la lutte anti-drogue, nommé au César du meilleur film étranger en 2022. Son troisième film, Leila et ses frères est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2022. L’année suivante, le cinéaste iranien et son producteur sont condamnés à six mois de prison par un tribunal de Téhéran qui les reconnaît coupables de « contribuer à la propagande de l’opposition contre le système islamique » à la suite de la projection du film à Cannes. Roustayi est de retour sur la Croisette en 2025 avec son quatrième « long », Woman and Child. Il est alors critiqué par une association de cinéastes iraniens pour avoir demandé une autorisation de tournage officielle au régime iranien. Avec Woman and Child, le réalisateur de 36 ans propose le portrait poignant et sans concession d’une femme affrontant un système judiciaire injuste envers les femmes, où les pères, les maris, les grands-pères détiennent tous les droits, y compris celui de garde des enfants, et se placent comme des complices actifs de l’oppression. On suit ainsi au plus près l’effondrement psychologique de Mahnaz (interprétée par la bouleversante Parinaz Izadyar, déjà présente dans La loi de Téhéran) face à un patriarcat omniprésent, manipulateur et égoïste. Marginalisée et progressivement dépossédée de ses biens, de ses souvenirs, de son rôle de mère, Mahnaz doit même affronter la trahison de Mehri, sa sœur cadette enceinte et piégée dans une relation toxique avec Hamid. Mélodrame intense et oppressant sur le patriarcat et ses mécanismes, Woman and Child, sans manichéisme, interroge : Peut-on obtenir réparation dans une société où les règles sont écrites par et pour les hommes ? Mahnaz va trouver la force de se rebeller et de se reconstruire malgré les épreuves. Une marche ardue vers une forme de libération… (Diaphana)
THE OFFENCE
Policier expérimenté à l’oeuvre depuis longtemps dans une banlieue anglaise triste, voire sinistre, le sergent Stephen Johnson est las, après des années de service, et surtout profondément marqué par les crimes violents et les abus qu’il a vus au cours de sa carrière. Une nouvelle fois, un drame s’est déroulé dans cette grise banlieue. Une jeune fille a disparu. Une ménagère, revenant de ses courses, a remarqué un homme au loin, s’éloignant avec une fillette. Pour Johnson, sur qui se posent des regards navrés ou hostiles, c’est une fois de plus, une épouvantable routine. Alors, lorsqu’un homme éméché est arrêté et conduit au poste de police, le sergent va, peu à peu, perdre son sang froid. Convaincu que ce Kenneth Baxter est bien impliqué dans une série d’agressions sexuelles sur des jeunes filles, le flic va mener un interrogatoire musclé qui tourne mal. En 1973, Sidney Lumet est déjà un cinéaste très expérimenté. Après des années au théâtre et surtout à la télévision, il connaît d’emblée le succès public et critique avec Douze hommes en colère (1957). Suivront Le prêteur sur gages (1964) ou La colline des hommes perdus (1965) dans lequel il dirige pour la première fois Sean Connery. C’est d’ailleurs l’acteur écossais, séduit par ce personnage de flic usé par la violence, qui mit tout son poids dans l’aventure pour permettre au film de se faire. Sean Connery négocie avec United Artists et s’engage à tourner son dernier James Bond si le studio finance The Offence. Mais le film sera mal distribué et restera longtemps inédit pour préserver l’image de 007. Pour rendre les états d’âme du sergent Johnson et sa folie grandissante, le cinéaste américain recourt à des effets psychédéliques, à des distorsions de l’image et du son, ainsi qu’à des moments de caméra subjective. Ce huis-clos réaliste et oppressant prend alors d’étranges tours fantastiques. Dans ce film plutôt atypique pour lui et fondé sur une pièce de théâtre, Lumet (1924-2011) joue sur plusieurs tableaux, mêlant les événements qui ont conduit à l’interrogatoire fatal, l’interrogatoire lui-même et la confrontation entre Johnson et Baxter, ainsi que les conséquences immédiates de l’acte de Johnson, y compris son propre interrogatoire par un supérieur… En creusant l’esprit tourmenté du sergent et en explorant la manière dont sa santé mentale vacille, le cinéaste aborde des sujets controversés pour l’époque, notamment la brutalité policière et les abus sexuels sur mineurs. Il interroge aussi sur la nature de la culpabilité et les effets à long terme de l’exposition à la violence sur ceux chargés de faire respecter la loi. Bien accueilli par la critique mais négligé par les spectateurs, The Offence, inédit en France, sort dans une belle édition collector Blu-ray/DVD. Dans les suppléments, on trouve notamment un remarquable documentaire (The Offence dans le cinéma policier des années 70) qui fait des ponts entre l’oeuvre de Lumet et des films comme Dirty Harry avec Clint Eastwood ou French connection, tous deux sortis en 1971, et mettant en scène des flics hantés par toutes les horreurs qu’ils avaient pu voir… (Wild Side)
NOUVELLE VAGUE DU CINEMA INDIEN
Loin de se réduire au faste de Bollywood, le cinéma indien possède une riche tradition de films d’auteur, profondément ancrés dans les réalités sociales, culturelles et spirituelles de cet immense pays. Issus de différentes régions de l’Inde – du Karnataka au Manipur en passant par le Kerala , les cinq longs-métrages à découvrir pour la première fois en Blu-ray, réunis dans ce coffret 3 disques, illustrent la pluralité et la profondeur de ce cinéma dit « parallèle », et témoignent de décennies d’intense effervescence formelle et politique. Splendidement restaurés à l’initiative de la Film Heritage Foundation, voici une célébration de la mémoire du cinéma indien à travers cinq pépites majeures. Le rituel (Ghatashraddha, 1977 – 115 mn) de Girish Kasaravalli raconte l’histoire du jeune Nani qui fait son entrée dans une école védique dirigée par Udupa. Harcelé par d’autres élèves, il trouve du réconfort auprès de Yamuna, la fille du professeur, mais celle-ci cache un lourd secret… Thampu (Thamp̄, 1978 – 130 mn) de Govindan Aravindan met en scène une troupe de cirque ambulante qui fait étape dans un village côtier du Kerala. Notables et paysans, tous les habitants sont conviés à assister à leurs représentations… La présence de ces artistes va bouleverser la vie de certains habitants, le temps du spectacle ou le temps d’une vie… Kummatty (1979 – 89 mn) de Govindan Aravindan est un personnage issu du folklore malabar qui parcourt les routes de la campagne indienne en chantant et en dansant. Le jeune Chinda et ses amis sont fascinés par ce vieil homme extravagant aux pouvoirs magiques… Un jour, Kummatty jette un sort aux enfants et les transforme en animaux. Le mirage (Maya Miriga, 1984 – 114 mn) de Nirad Mohapatra montre trois générations de la famille Choudhary, appartenant à la classe moyenne, vivant sous le même toit. Une succession d’événements va venir fissurer l’unité et l’harmonie de la maisonnée… Ishanou (1990 – 94 mn) de Aribam Syam Sharma raconte comment Tampha mène une vie heureuse auprès de sa mère, de son mari et de sa petite fille. Sa vie bascule lorsque la jeune femme se voit choisie par la divinité pour devenir prêtresse maibi… Dans les suppléments, on trouve un entretien avec Girish Kasaravalli (15 mn) à propos du Rituel, la restauration de Thampu et un entretien ( 8 mn) avec Ramu Aravindan, un entretien (28 mn) avec Jalaja et Shivendra Singh Dungarpur mené par Anupama Chopra, une présentation (6 mn) de Kummatty par Ramu Aravindan, la restauration du Mirage et, à propos de Ishanou, un entretien (19 mn) avec le réalisateur Aribam Syam Sharma, un entretien (12 mn) avec Kangabam Tomba et Shivendra Singh Dungarpur mené par Anupama Chopra. Enfin, à travers des analyses aussi captivantes qu’érudites, Jérôme Baron, directeur artistique du Festival des Trois Continents, invite à la (re)découverte du merveilleux travail de quatre cinéastes audacieux et visionnaires à travers le livret (44 pages) Les parallèles du cinéma indien : Lumières retrouvées.. (Carlotta)
THE BRIDE !
C’est dans le Chicago des années trente, au fond d’un bar, que l’on fait la connaissance de la blonde et tonitruante Ida qui se montre menaçante envers un gros type en costumé rayé. Malheureusement, Lupino est un ponte de la mafia. La blonde finira au bas d’un escalier, la nuque et le corps cassés de partout. C’est aussi à Chicago que surgit un certain Frank, robuste gaillard qui cache son visage sous un large chapeau et une écharpe noire. Rongé par la solitude mais aussi un désir puissant pour une hypothétique compagne, cet homme sollicite le docteur Euphronious, une scientifique visionnaire afin qu’elle lui « fabrique » une compagne. Dans un cimetière, ils récupèrent le corps martyrisé d’Ida et le docteur Euphronious, par un mélange de connections électriques, va ressusciter la jeune femme. Revenue, sans le savoir, d’entre les morts, la fiancée de Frank va goûter une nouvelle existence. Cette seconde vie va la propulser dans un maelström d’événements qui dépassent tout ce que le jeune couple aurait pu imaginer… Maggie Gyllenhaal met ici les petits plats dans les grands. Sur fond de meurtres et d’incessantes cavales façon Bonnie and Clyde, un couple hors-la-loi tente de vivre une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse alors que tout s’oppose à leur idylle, y compris la détermination de la fiancée à faire tomber un mafieux qui a largement abusé (et tué) d’innocentes proies féminines. La cinéaste propose une relecture d’un grand mythe de la littérature puis du grand écran en ciblant plus précisément La fiancée de Frankenstein (1935) de James Whale. Ici, c’est bien la fiancée qui tient le haut du pavé et de… l’affiche. Elle mène le bal et devient l’égérie d’un mouvement social aussi radical que débridé, dans lequel, au cri de « Attaque cérébrale », les femmes se font sa tête. Crinière blonde, sourcils décolorés, teint pâle, lèvres noires et tatouage sombre au coin de la bouche. Miss Gyllenhaal signe une œuvre très foisonnante qui a le mérite de ne jamais ralentir. L’histoire fait la part belle au cinéma d’antan et au musical siglé Busby Berkeley, avec des clins d’oeil aussi à Cabaret ou à L’ange bleu, la fiancée donnant une version personnelle de Falling in Love Again. L’interprétation emporte l’adhésion. Christian Bale est un Frankenstein torturé et couturé de toutes parts, Peter Sarsgaard, un flic paumé et Jake Gyllenhaal apparaît comme un lointain cousin de Fred Astaire. Enfin Maggie Gyllenhaal apporte un soin tout particulier à trois personnages féminins majeurs. Il en va ainsi du docteur Euphronious (Annette Benning) qui rend la vie à la fiancée, de l’inspecteur Myrna Mallow (Penelope Cruz) qui joue une carte très perso dans le dénouement et évidemment de la volcanique fiancée portée par la tonique Jessie Buckley. « Je t’aime jusqu’à la fin des temps, se disent les amants. Parce que nous sommes morts depuis le début ». (Warner)
MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX
Placide, Jules Maigret cure soigneusement sa pipe. Janvier, son adjoint s’inquiète : « Qu’est-ce qui se passe? Je n’aime pas ce faux rythme… » Il n’aura pas le temps de s’inquiéter longtemps. Le Quai d’Orsay réclame une « personne habilitée » pour une affaire sensible. L’ancien ambassadeur Berthier-Lagès a été retrouvé à son domicile parisien avec une balle dans la tête et quatre dans le corps. Mlle Larrieux, dite Jacotte, la domestique du diplomate, n’ est pas du genre causant. Elle va vite agacer Maigret en répondant à ses questions par des questions. Et elle se cabre lorsqu’on relève ses empreintes. Est-elle suspecte ? « Personne n’est suspect. Tout le monde l’est » lâche le commissaire. Et puis une armoire pleine de liasses de lettres achève de donner à cette enquête criminelle un tour étrange. Pascal Bonitzer s’attache, à son tour, au fameux policier imaginé par Georges Simenon et adapte, ici Maigret et les vieillards publié en 1960 au sortir d’une crise existentielle, le livre l’aidant à exorciser la question de l’âge. A son tour, le cinéaste se penche sur des personnages âgés et cependant pleins d’énergie… Denis Polydalès incarne un commissaire attachant aux prises avec les débuts d’internet et du téléphone portable… qu’il s’applique à ne pas n’utiliser. Un type qui mijote, pour sa femme et lui, de bons petits plats et les accompagne d’un Saint-Julien de chez Guigal, ne peut pas être mauvais. Si, comme il le dit au procureur, il va à son rythme, Maigret ne lâche jamais son os. Et il « traque » cette Jacotte qui semble cependant lui échapper. Chapeau, pipe et imperméable, Denis Podalydès, en jouant sur l’intériorité du policier, s’inscrit dans la bonne tradition de Maigret. A ses côtés, on retrouve avec bonheur, dans le rôle de l’énigmatique Jacotte, la magnifique Anne Alvaro. On se souvient toujours de sa prestation en tragédienne/prof d’anglais, en 2000, dans Le goût des autres au côté de Jean-Pierre Bacri ! Autour d’eux, on remarque Dominique Reymond (Izi de Vuynes), Laurent Poitrenaud, Micha Lescot, Julia Faure, Hugues Quester ou Noël Simsolo… Si le film parle beaucoup, ce Maigret et le mort amoureux, certes conventionnel, est pourtant souvent savoureux et se regarde agréablement. (Pyramide)
VICTOR COMME TOUT LE MONDE
Robert Zucchini a tout d’un homme ordinaire. Mais quand il franchit les portes du théâtre, c’est un autre personnage qui naît ! Un comédien habité par l’oeuvre de Victor Hugo. Chaque soir (des séquences ont été tournées lors des représentations de Fabrice Lucchini au Théâtre de la Porte Saint-Martin), il remplit la salle et comble les spectateurs en leur transmettant son amour des mots. Parlant de la perte de Léopoldine, la fille de 19 ans ou évoquant avec fougue Booz endormi et « l’heure tranquille où les lions vont boire. » Pourtant l’acteur semble aussi traîner une douce mélancolie. Un jour, il apprend la disparition de celle qui fut autrefois sa femme et la mère de Lisbeth, cette fille qu’il a complètement perdu de vue. Et si c’était enfin le moment de renouer le lien ? Et si, pour une fois, aimer valait mieux qu’admirer ? Victor comme tout le monde, c’est de l’absolu sur-mesure pour Fabrice Luchini, présent constamment à l’image. Du personnage de Robert Zucchini, le réalisateur Pascal Bonitzer dit : « Ce n’est pas Fabrice. C’est un personnage issu d’un monde parallèle. À la fois complètement lui et pas du tout. » Avec cette histoire écrite par Sophie Fillières avant sa disparition prématurée en 2023, on se glisse dans une agréable fiction. Luchini ou pas Luchini, c’est justement ce jeu qui donne tout son charme à Victor comme tout le monde. Les fans de Fabrice Lucchini trouveront, ici, de quoi satisfaire leur passion et il en va probablement de même pour les amateurs de Victor Hugo. Auquel Zucchini/Lucchini rend un bel hommage quasiment lyrique. Au final, voici un film en trompe-l’œil, un feuilleté temporel et imaginaire où les fictions s’interpénètrent. Entre Hugo et Zucchini, passé et présent, fantasmes et réalité, deux hommes perdus, chacun à leur manière, apparaissent drôles et mélancoliques, tendres et âpres. C’est touchant à souhait. (Blaq Out)
LE CRIME DU 3E ÉTAGE
François Tarnowski est écrivain et, dans son bel appartement parisien, il sort de son pyjama pour endosser les moustaches et les tenues 19e siècle de son personnage principal, le marquis de la Rose, qui croise le fer avec de sombres individus. Sa compagne, Colette Courreau, enseigne le cinéma à la Sorbonne et s’est imposée comme une spécialiste de l’oeuvre d’Alfred Hitchcock. Un jour, un nouveau voisin s’installe en face de chez eux, un étage en-dessous. Yann Kerbec est un acteur qui joue Shakespeare dans un théâtre du 13e arrondissement. Ils invitent ses nouveaux voisins à une représentation de son Hamlet. Colette est ravie. François ronchonne. Les choses vont prendre une inquiétante tournure lorsqu’à sa fenêtre sur cour, Colette voit Kerbec menacer et frapper sa femme… Déclaration d’amour au cinéma, Le crime du 3e étage est un joyeux exercice de style. Avec ses fulgurances bienvenues et, évidemment, ses limites. De fait, le huitième long-métrage de Rémi Bezançon après de jolis moments de cinéma (Ma vie en l’air en 2005, Le premier jour du reste de ma vie en 2008 ou Le mystère Henri Pick en 2019), se veut un jeu de piste qui repose sur le fameux Fenêtre sur cour (1954). Un film-culte dans lequel Sir Alfred (on le voit passer dans le film comme dans ses propres rituelles apparitions) décide de ne jamais déplacer la caméra hors de l’appartement de Jeff (James Stewart), un reporter-photographe immobilisé dans un fauteuil roulant à la suite d’un accident. Tout comme Colette Courreau, Jeff voit ou croit voir un meurtre commis dans un appartement de l’autre côté de la cour. Le crime… est donc l’occasion de multiples hommages et clins d’oeil à Hitch. Gilles Lellouche en écrivain quelque part entre Vidocq et Agatha Christie et Laetitia Casta en enquêtrice amateure se font manifestement plaisir. Hitch disait qu’il fallait filmer les scènes d’amour comme des scènes de meurtre et inversement. Ici, l’enquête menée par François et Colette va leur permettre de sortir de leur routine quotidienne et de donner un nouvel élan à leur couple. Hitch, toujours lui, affirmait que plus le méchant est réussi, plus le film est bon. Guillaume Gallienne se charge donc de faire de son Kerbec un type suffisamment inquiétant. Quant au moment où François s’en va visiter l’appartement de Kerbec, c’est une séquence palpitante en forme de précis sur la manière dont Hitchcock considérait le suspense… Sympa. (M6)
LA MAISON DES FEMMES
Jeune interne, Inès débute son stage à la Maison des femmes, au grand dam de sa mère, qui aurait préféré pour elle une place de stage plus prestigieuse. Ce n’est que temporaire, Inès a déjà un poste qui l’attend dans une clinique privée du 16e arrondissement de Paris. A la Maison des femmes, Inès est vite confrontée au quotidien d’un service qui se bat pour survivre: des patientes nombreuses, des moyens limités, la faillite menace. En plus, des inspecteurs de l’IGAS débarquent pour auditer la structure et critiquent la gestion administrative du service. Outre les soins médicaux, notamment la reconstruction de clitoris pour les femmes excisées, la Maison des femmes propose également un accompagnement psychologique et des ateliers (maquillage, photographie, fabrication de bijoux, karaté…) destinés à aider les patientes à reprendre confiance en elles. Ces ateliers ne vont-ils pas être considérés comme superflus par les inspecteurs de l’IGAS ? Pour sauver le service, Diane décide de partir à la chasse aux financements et s’efforce d’obtenir de la visibilité dans les médias: elle courtise des responsables de grandes entreprises, organise des spectacles de soutien, lance la vente de tee-shirts portant la mention « merci Simone » au profit de sa structure. Elle décide d’étendre la structure et de créer d’autres Maisons des femmes ailleurs en France. Quant à Manon, c’est une jeune mère qui lutte pour sauver son couple et partager équitablement sa charge mentale avec son compagnon. Le confinement dû à la pandémie de Covid-19 de 2020 arrive, perturbant fondamentalement les activités du service et mettant en danger vital les patientes, cloitrées au domicile familial avec leur agresseur. Par téléphone, Diane, Manon, Inès et Awa s’efforcent de continuer à les soutenir. Pour son premier long-métrage, Mélisa Godet met en lumière La Maison des femmes, structure associative pluridisciplinaire venant en aide aux femmes victimes de violences sexuelles créée en 2016 par la gynécologue Ghada Hatem-Gantzer et qui compte désormais une trentaine de Maisons à travers la France. La réalisatrice y filme avec beaucoup de justesse les femmes accueillies et les équipes qui les reçoivent. Elle peut se reposer sur un casting étincelant avec Karin Viard (Diane), Laetitia Dosch (Manon), Oulaya Amamra (Inès), Eye Haïdira (Awa), Juliette Armanet (Lucie) ou Aure Atika (la mère d’Inès). Autour de la question du soin, de l’écoute et de la solidarité, une œuvre importante, aussi poignante que lumineuse. (Pathé)
CHRISTY
De tous les sports, la boxe est assurément le plus cinégénique ! Le noble art a donné naissance à de bien beaux films. Que l’on songe à des pépites comme Raging Bull (1980), Plus dure sera la chute (1956), Gentleman Jim (1948), Nous avons gagné ce soir (1949) et, évidemment la saga Rocky (1976). Dans leurs films, Charlie Chaplin et Buster Keaton ont aussi rendu hommage à la boxe mais, ici, c’est plutôt au Million Dollar Baby (2005) de Clint Eastwood que l’on songe. En effet, le film de l’Australien David Michôd, sorti en 2025, est un biopic sur la boxeuse Christy Martin. Née en 1968 en Virginie-Occidentale, surnommée The Coal Miner’s Daughter (la fille du mineur de charbon), elle fut active sur le ring de 1989 à 2012, détenant le titre WBC féminin des super mi-moyens en 2009. Christy Martin n’avait jamais imaginé une vie au-delà de sa petite ville natale et minière, jusqu’à ce qu’elle découvre son talent pour mettre ses adversaires KO. Animée par son courage, sa détermination sans faille et son désir inébranlable de gagner, elle se lance dans le monde de la boxe sous la houlette de Jim, son entraîneur et manager devenu son mari. Mais si Christy affiche une personnalité déchaînée sur le ring, ses combats les plus difficiles (où elle est prise en charge par le fameux Don King, le promoteur de Cassius Clay) se déroulent en dehors : face à sa famille, à son identité sexuelle et à une relation toxique avec un mari violent qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort. Basée sur des faits réels, l’histoire de Christy Martin est celle de la résilience, du courage et de la lutte pour reprendre le contrôle de sa vie. Au début, Christy apparaît un peu gauche, mal dégrossie, silhouette encore incertaine dans sa tenue rose bonbon. Mais la gamine au gentil sourire, façonnée par la rudesse de la vie et par l’absence de tendresse, est une redoutable puncheuse qui se fiche d’être la première grande figure de la boxe féminine. Elle frappe fort pour gagner suffisamment d’argent afin de pouvoir quitter son bled et être un jour reconnue, respectée, voire trouver sa voie. Vue dans Reality (2023) ou La femme de ménage (2025), Sydney Sweeney donne une belle interprétation de cette battante que sait que rien ne lui sera offert sur un plateau. Et qui devra même se battre doublement sur le ring et dans sa vie privée pour survivre. De la boxe comme métaphore de la lutte pour l’égalité et la reconnaissance. (Metropolitan)
THE DESCENT
En plein milieu du massif des Appalaches, six jeunes femmes se donnent rendez-vous pour une expédition spéléologique. Soudain, un éboulement bloque le chemin du retour. Alors qu’elles tentent de trouver une autre issue, elles réalisent qu’elles ne sont pas seules. Quelque chose est là, sous terre, avec elles… Quelque chose de terriblement dangereux décidé à les traquer une à une… Film d’horreur culte (au même titre que L’exorciste ou Les dents de la mer) réalisé en 2005 par le cinéaste britannique Neil Marshall, The Descent est aujourd’hui considéré comme un véritable chef-d’œuvre de la terreur absolue, qui a redéfini le genre du survival. Voici donc six amies piégées au milieu de grottes inexplorées. Alors que les tensions montent et que les issues se referment, elles réalisent rapidement que quelque chose d’inhumain chasse dans l’obscurité. Avec The Descent, interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en salles, le réalisateur, fasciné par l’univers des monstres mais aussi par les films de bandes, délivre une vraie vision d’horreur primitive qui aura marqué des générations de spectateurs terrorisés. Marshall joue sur les codes inhérents du genre et sur les références sans jamais copier ses maîtres. Alien, The Thing, Carrie, Delivrance ou encore Massacre à la tronçonneuse, l’histoire du cinéma d’épouvante est présente dans The Descent mais le réalisateur y ajoute audace et nouveauté. Peur du noir, du vide et de l’enfermement, les visions de l’horreur primitives sont bien là, accompagnées par la bande-son féroce de David Juylan. Restauré en 2025 par Pathé, The Descent sort dans une édition Steelbook collector limitée sur support 4K UHD et Blu-ray. Voici, dans une mise en scène nerveuse et oppressante, un film qui joue habilement sur la claustrophobie, la paranoïa et la psychologie de ses personnages. Le résultat est si surprenant qu’on en arrive à avoir du mal à respirer. Une expérience sensorielle terrifiante.… (Pathé)
POLICE FLASH 80
Johnny Lansky est tombé. Mais ce n’est pas au champ d’honneur de la police nationale. Flic, Lansky l’était assurément mais c’était aussi une parfaite crapule qui en croquait allègrement avec les dealers qu’il devait traquer. Son fidèle copain Yvon Kastendeuch décide de faire payer les auteurs du crime. Car Lansky, comme il est dit dans son oraison funèbre, était un vrai flic. Il buvait, fumait et roulait vite… Pour contrer les méthodes « à l’ancienne » d’Yvon, son supérieur le propulse à la tête de Police Flash 80, une « unité d’élite » où il devra faire équipe avec Guilaine Roblot-Bernard, major de sa promo à l’école de police et… mère surmenée (Audrey Lamy). Ensemble, ils vont tenter de démanteler un trafic de drogue qui se cache derrière les activités culturelles d’une MJC dirigée par le sémillant mais un peu trop charmant Luc Le Timal… Avec Police Flash 80, Jean-Baptiste Saurel signe une comédie policière vintage qui se déroule au mitan des années 80 alors que le trafic de drogue prend une réelle ampleur dans la capitale. Les aventures cette improbable brigade permettent des digressions sur notre époque. « Vous verrez, dit un flic, un jour, il y aura des guetteurs sur le toit des barres pour prévenir les dealers au bas des immeubles de l’arrivée de la police… » Tout cela supposait un gros travail de reconstitution. Les décorateurs, les costumiers, les accessoiristes, le maquillage, les coiffeurs s’en sortent à leur avantage. Evidemment, la bande-son du film est au diapason avec Nuit sauvage (« La nuit est chaude… ») des Avions, Paris Latino de Bandolero, Kolé Séré de Philippe Lavil, Etienne Etienne de Guesch Patti, Pas toi de Jean-Jacques Goldman ou Le lac du Connemara de Michel Sardou, le chanteur préféré d’Yvon Kastendeuch… Le grand plaisir de ce film jubilatoirement rétro, c’est évidemment de voir le brillantissime François Damiens en beauf complet, flic pourri et inconscient qui, à propos de son usage du code de déontologie, affirme qu’il « se torche avec… » Joyeusement ringard et pas mal nostalgique ! (Pathé)
REVIENS JIMMY DEAN REVIENS
Vingt ans après la mort accidentelle du comédien James Dean (1931-1955), cinq admiratrices se retrouvent dans le bazar d’une petite ville du Texas, non loin de l’endroit où a été tourné son film Géant. Dans ce magasin de souvenirs, c’est l’occasion pour chacune d’entre elles de faire le bilan des années passées, des rêves perdus et des désillusions. Reviens Jimmy Dean Reviens, sorti en 1982, marque une étape singulière dans la carrière de Robert Altman (1925-2006). Au début des années 1980, après plusieurs échecs commerciaux, notamment Popeye (1980) , le réalisateur de M.A.S.H. se tourne vers le théâtre. Fasciné par la pièce d’Ed Graczyk, qu’il met lui-même en scène à Broadway avant de l’adapter au cinéma, le cinéaste américain signe avec ce film une œuvre intime et mélancolique, considéré comme une pépite oubliée de sa filmographie. Sous ses airs de chronique nostalgique autour du mythe James Dean, Reviens… se transforme en un huis clos doux-amer sur la mémoire, les désillusions et l’Amérique des rêves perdus. À travers les confidences, les silences et les faux-semblants de ses personnages, Robert Altman compose, avec une infinie tendresse, un bouleversant portrait de femmes marqué par le passage du temps, la maladie, le changement de sexe et la nostalgie d’une époque révolue. Porté par une mise en scène d’une grande inventivité, jouant avec les miroirs, les reflets et les glissements temporels, le film confirme aussi le talent unique d’Altman pour filmer les femmes. Le cinéaste offre à ses comédiennes quelques-uns de leurs plus beaux rôles, réunissant un casting exceptionnel composé de Sandy Dennis (Qui a peur de Virginia Woolf ?), Karen Black (Easy Rider), Kathy Bates (Misery) et la chanteuse Cher, alors au début de sa carrière d’actrice dramatique. Toutes livrent des performances d’une grande fragilité émotionnelle dans ce récit doux-amer entre nostalgie et humour. Récompensé en 1982 du prix du Meilleur lilm au Festival International de Chicago, Reviens Jimmy Dean Reviens était resté inédit en vidéo en France. Aujourd’hui, le film bénéficie enfin d’une édition en Blu-ray et en DVD permettant de redécouvrir cette œuvre magnifique, avec plus d’1 heure de suppléments sur l’édition Blu-ray. De beaux portraits de femmes ! (Rimini éditions)
LES VOYAGES DE TEREZA
Dans le but de stimuler l’économie, le gouvernement crée des colonies lointaines pour les personnes âgées. Teresa, une femme de 77 ans, qui a toujours vécu dans une petite ville industrielle d’Amazonie, se retrouve soudainement incluse dans ce programme en raison d’un abaissement du seuil d’âge. A quelques jours seulement de son déménagement, elle décide de défier son destin et se lance dans un voyage à travers l’Amazonie pour réaliser un dernier souhait : prendre l’avion pour la première fois. Comme elle n’obtient pas l’autorisation, elle embarque secrètement sur un bateau en tant que passagère clandestine et fait de nombreuses rencontres en cours de route. Malgré les revers et les échecs qui menacent de faire échouer son projet, elle parvient à utiliser les économies de toute une vie pour trouver le bonheur. En 2025, le cinéaste brésilien Gabriel Mascaro mêle road-movie, drame et réflexion sociale, avec une touche d’aventure et de rencontres transformatrices pour une oeuvre de science-fiction dans laquelle, au coeur d’une Amazonie déglinguée, une société se débarrasse du troisième âge, envoyé dans des camps afin de libérer le marché du travail et la disponibilité des proches à sa charge.. Avec une belle photographie et un ton à la fois poétique et critique, Les voyages de Tereza (qui a été couronné de l’Ours d’argent à la Berline 2025)… aborde des thèmes comme le vieillissement, la rébellion face à un système oppressif ou encore la quête de sens à un âge avancé. Cinéaste engagé, Mascaro traite de la vieillesse sans stéréotypes et livre une sobre dystopie dans une Amazonie reculée où les vieux, privés de tout droit, finissent dans des cages. Cette fable de la désobéissance prend un tour combatif lorsque les personnes âgées entonnent, à pleins poumons, des chants anarchistes. Peu à peu libérée de ses entraves psychiques et physiques, Tereza (Denise Weinberg) se lance dans une cavale à travers la jungle (on songe parfois au Fitzcarraldo de Herzog) qui prend des allures de voyage initiatique et qui va lui ouvrir de nouveaux horizons… (Blaq Out)
COLOSSAL
Gloria n’a plus de travail, plus de fiancé et abuse des soirées trop arrosées. Contrainte de quitter New York, elle retourne dans sa ville natale, où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. En regardant des reportages télé sur un lézard géant qui terrorise et détruit Séoul, elle découvre que, grâce à la puissance de son esprit, elle est reliée mentalement à lui. Pour empêcher d’autres catastrophes provoquées par le gigantesque monstre dans d’autres villes, elle devra comprendre pourquoi sa propre existence, à l’apparence insignifiante et banale, a autant de répercussions colossales sur le monde et son avenir. À la croisée du film de kaijū (les films de monstres nippons), de la comédie romantique et du drame psychologique, Colossal est une œuvre inclassable qui déjoue constamment les attentes. Réalisé par l’Espagnol Nacho Vigalando (Timecrimes en 2007), cinéaste reconnu pour son goût des récits audacieux et des concepts singuliers, le film s’impose comme une véritable curiosité de cinéma, mêlant fantastique et quotidien avec une étonnante maîtrise. Sous les apparences d’un récit fantastique peuplé de créatures gigantesques, cette pépite hors normes explore avec finesse des sujets profondément humains. Derrière son postulat insolite se dessine le portrait d’une héroïne confrontée à ses addictions, à ses blessures et à des rapports de domination toxiques, dans une réflexion aussi surprenante que pertinente sur la reconstruction de soi et l’emprise psychologique. Dans le rôle de Gloria, Anne Hathaway (vue récemment dans Le diable s’habille en Prada 2) livre une prestation tout en nuances dans un rôle atypique. Jamais exploité dans les salles françaises, Colossal sort dans une nouvelle édition Blu-ray/DVD. Dans les suppléments, on trouve un entretien inédit (30 mn) avec Natacha Vas-Deyres, spécialiste de la science-fiction littéraire et cinématographique ainsi que le making of (20 mn) du film. Drôle, déstabilisante et émouvante, une œuvre qui sort résolument des sentiers battus. (Rimini éditions)
CHERS PARENTS
Pierre, Louise et Jules Gauthier, trois frères et sœur soudés, arrivent ensemble dans la maison de leurs parents au pied des Alpilles après avoir reçu un message inquiétant de leurs géniteurs. Jeanne et Vincent dissipent vite le quiproquo et leur annoncent avoir gagné une très grosse somme à une loterie. Le sourire sur le visage des enfants s’efface vite lorsque leurs parents annoncent qu’ils ont l’intention de tout garder pour s’installer au Cambodge et y ouvrir un orphelinat… Chers parents est d’abord une pièce de théâtre éponyme signée d’Emmanuel et Armelle Patron qui a connu, quatre années durant, entre 2021 et 2025, le succès sur les planches avec 450 000 spectateurs et 900 représentations, avant une nouvelle tournée en 2026. Qu’Emmanuel Patron en fasse, ici, une adaptation au grand écran n’a donc rien de franchement surprenant. Le film qui fit l’ouverture du 29e Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, montre comment vole en éclats une belle unité familiale et comment la place de chacun va en être bouleversée. Autour de l’argent ludiquement gagné, l’idéale famille Gauthier va se retrouver au bord de l’implosion. Si le film, faute d’être subtil, est distrayant, c’est beaucoup dû à l’efficacité d’une bonne distribution avec Miou Miou (Jeanne), André Dussollier (Vincent), Arnaud Ducret (Pierre), Pauline Clément (Louise) et Thomas Solivérès (Jules). (M6)
ERASER
US Marshal travaillant dans le programme de protection des témoins, John Kruger est désigné pour protéger Lee Cullen qui travaille pour l’entreprise Cyrez, un fabricant d’armes secrètes et fournisseur du département de la Défense des États-Unis. Le travail de Kruger commence lorsque Cullen découvre une preuve d’un trafic d’armes illégal du FBI. Cyrez veut cacher la création d’un canon électrique secret, qui sera vendu au marché noir. Kruger doit alors protéger la jeune femme en effaçant toutes les traces de son identité et en neutralisant toutes menaces contre elle. C’est au coeur d’une production plutôt secouée que Chuck Russell tourne, en 1996, ce film qui sera distribué en France sous le titre L’effaceur. Le rôle de Kruger devait d’abord être tenu par Sylvester Stallone avant de revenir à Arnold Schwarzenegger qui demanda au réalisateur John Milius (qui l’avait dirigé dans Conan le barbare) de venir jouer les script doctors… Au total, Eraser est un bon film d’action typique des années 90. Le scénario, évidemment, est mince mais on se régale toujours de voir ce bon vieux Schwarzy (entouré de gueules comme James Caan ou James Coburn) passer à l’action et réduire les affreux à la portion congrue. Il y a de l’action, des rebondissements, des courses poursuites, des explosions, des tirs à l’arme futuriste et même des crocodiles voraces ! Eraser ne trompe pas le client sur la marchandise. Chuck Russell (qui venait, deux années auparavant, de lancer la carrière de Jim Carrey avec The Mask) assure le spectacle. (Warner)
SPEED RACER
Jeune prodige de la course automobile, né pour la course au sein d’une famille de pilotes, Speed Racer est un fonceur instinctif et intrépide. Lorsqu’il défie M. Royalton, président-directeur général corrompu des Industries Royalton, le jeune homme va découvrir que tout n’est pas rose dans le sport qu’il adore. Peu de temps après, la famille Racer est contactée par l’Inspecteur Détecteur et l’énigmatique pilote masqué Racer X, qui demandent que Speed collabore avec les autorités afin de piéger Royalton et mettre au jour la corruption du monde automobile. Leur proposition : participer au Crucible, dangereux rallye automobile qui a par ailleurs coûté la vie à Rex, le légendaire frère aîné de Speed… Pur film d’action, adapté du manga homonyme de Tatsuo Yoshida paru dans les années 1960, Speed Racer (qui sort dans une nouvelle restauration 4K UHD) a été tourné en soixante jours, en 2008, principalement aux studios de Babelsberg à Potsdam ainsi que dans le quartier de Berlin-Kreuzberg. Malgré son échec au box-office et l’accueil critique mitigé, Julien Abadie qui a signé, en 2021, Speed Racer : les Wachowski à la lumière de la vitesse, le considère comme le « film charnière » dans l’œuvre du duo de cinéastes. Avec ses courses défiant les lois de la vitesse, de la gravité et du spectacle, Speed Racer s’inscrit dans un univers visuel flamboyant pour célébrer l’action et le divertissement. Avec, aussi, un beau casting : Emile Hirsch, John Goodman, Susan Sarandon et Christina Ricci. (Warner)
LE SIFFLET
Alors qu’elle effectue ses premiers pas dans le lycée de la petite ville où elle vient tout juste d’emménager avec son cousin, Chris découvre un mystérieux objet dans le casier qu’on lui a attribué… C’est une espèce de sifflet aztèque qui avait entraîné la mort violente de son ancien propriétaire. Il n’en faut pas plus pour que toute la bande de lycéens autour de Chris, décide d’essayer le mystérieux objet et son sifflement terrifiant qui invoque leurs morts futures pour les traquer. Les choses tournent au vinaigre, les morts se multiplient et les lycéens vont tenter, tant bien que mal, d’arrêter le déferlement d’événements tragiques… Le cinéma d’épouvante fait souvent la part belle à des objets, au demeurant quelconques, mais qui deviennent épouvantables et source de terreur et d’effroi. Le scénario n’est pas follement original (ah, la romance!) mais les amateurs du genre se laisseront aller à goûter la peur distillée par ce divertissement d’horreur. Autour du thème du mal-être de l’adolescence, le Britannique Corin Hardy (qui avait signé Le sanctuaire en 2015) fait monter la tension et joue sur la noirceur d’une petite ville industrielle en perdition avec son aciérie locale qui semble broyer tous les espoirs des lycéens… (Metropolitan)
L’AMÉRIQUE DU CAPITAINE LOCKJAW ET DE MARTY SUPREME 
UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE
En Californie, les French 75, un groupe révolutionnaire d’extrême gauche, libèrent des migrants retenus dans un centre de détention. Pendant l’action violente, la sculpturale Perfidia, responsable de l’opération, humilie le capitaine Lockjaw, le responsable du camp. Perfidia et son complice Pat Calhoun multiplient les actions mais, en face, la police ne demeure pas les bras croisés. Paul Thomas Anderson ne craint pas de se confronter au cinéma de genre. C’est à nouveau le cas avec One Battle After Another qu’il adapte librement de Vineland de l’Américain Thomas Pynchon, publié en 1990 au Etats-Unis. L’écrivain y contait la relation d’un agent du FBI, impliqué dans le projet COINTELPRO et d’une cinéaste radicale, experte en arts martiaux, le tout pour illustrer, entre humour et mélancolie, l’opposition entre résistance et réaction. Anderson ne cite pas ce projet (illégal) du FBI mais son dixième long-métrage évoque bien une « guerre » entre des révolutionnaires d’extrême gauche et une police déterminée à perturber, discréditer les activités des mouvements dissidents, y compris à « neutraliser » leurs meneurs. Le film, qui se déroule entre les années soixante et les années quatre-vingts, mêle l’uchronie, l’utopie, la satire politique, le polar, voire le western, avec en toile de fond, la lutte entre le bien et le mal. C’est l’image d’une Amérique étrange et « malade » que présente Une bataille… Un pays en perte de repères devenu un champ de bataille où tous les coups sont permis entre les petits frères de la lointaine Bande à Baader et une armée qui a les coudées franches pour mettre à mal un ennemi qui la tétanise. Film-fleuve qui n’a du blockbuster que l’apparence, Une bataille après l’autre, avec un impressionnant brio dans l’écriture comme dans la mise en scène, va développer un matériau foisonnant. Paul Thomas Anderson (Boogie Nights, Magnolia, There Will Be Blood) orchestre cette aventure sans laisser souffler le spectateur. Mieux, il lui offre d’intenses moments de bravoure comme une course-poursuite sur de longues routes droites en montées et en descentes. Enfin, Une bataille… réunit de remarquables comédiens avec Leonardo DiCaprio, Benicio del Toro, Teyana Taylor et le formidable Sean Penn en angoissant Lockjaw. Une fable politique qui a l’énergie d’un cartoon ! Du sacré cinéma couronné par l’Oscar du meilleur film et l’Oscar du meilleur réalisateur! (Warner)
MARTY SUPREME
En 1952, Marty Mauser vend des chaussures dans la boutique new-yorkaise de son oncle dans le Lower East Side. Vendeur habile, il n’a aucune intention de végéter au milieu des cartons. Car Marty Mauser a un rêve, notamment incarner le tennis de table aux Etats-Unis. A Londres, il dispute un championnat international, passe les tours avec aisance avant de tomber sur un gros bec nommé Koto Endo, une pointure japonaise… Mais ce n’est là que le début des aventures, parfois ubuesques, d’un grand frimeur doublé d’une jolie fripouille. Très tôt passionné par le tennis de table, Josh Safdie a lu un ouvrage écrit par un certain Marty Reisman, prodige du tennis de table juif new-yorkais et découvert un univers étrange et exaltant. De fait, dans le New York des années 1950, le tennis de table a fait naître une véritable sous-culture peuplée de magouilleurs, de génies, de marginaux et de types sans scrupules. Reposant sur une mise en images inventive, nerveuse, spectaculaire et efficace qui laisse, au bout de 2h30, le spectateur complètement épuisé (mais ravi!), Marty Supreme réussit, tout à la fois, à rendre compte de l’air du temps et d’une réalité sociale tout en brossant le portrait enlevé d’un sacré loustic. Ce qui impressionne dans Marty Supreme, c’est l’abondance des histoires qui s’entremêlent et le nombre de personnages qui s’y croisent. Timothée Chalamet tient, ici, un personnage en or qu’il habite avec une fièvre permanente. On se promène d’une salle enfumée new-yorkaise à un match-exhibition de ping-pong au Japon en passant par l’appartement modeste de la bruyante famille de Marty, Auschwitz (une séquence du miel inattendue), les suites royales d’hôtels de luxe ou la salle de bain instable d’un hôtel pourri, les tractations commerciales d’un patron d’une entreprise de stylos sans oublier des démêlés avec un mafieux qui a perdu Moïse, son chien… Toujours fauché, Marty est prêt à partir à la recherche du chien, moyennant une poignée de dollars ou encore à barboter un collier à la star Kay Stone (Gwyneth Paltrow). La recherche du chien finit par un bain de sang chez un fermier… Il faut ensuite à Marty amener d’urgence Rachel Mizler à la maternité avant de s’envoler pour le pays du Soleil levant où l’attend Koto Endo… Comme le lui a soufflé Ezra Mishkin, le propriétaire de Moïse : « T’es un Mensch, fils ! » Malgré tous ses défauts, Marty va peut-être arriver à être ce Mensch. Brillant! (Metropolitan)
COUTURES
A l’heure de la Fashion Week, Maxine Walker, réalisatrice américaine indépendante, débarque à Paris. On l’attend pour mettre en scène un spectacle vidéo, sur fond de femme vampire, qui sera diffusé lors de l’ouverture d’un défilé. La cinéaste reçoit l’appel de son médecin qui l’informe que les résultats de sa biopsie ne sont pas bons et lui demande de passer rapidement à son cabinet. Maxine étant à Paris, le praticien lui trouve d’urgence un rendez-vous chez un confrère parisien. Mais Maxine tient à se concentrer sur son film d’autant que le directeur d’image de la maison de couture trouve qu’il y a beaucoup de sang, que les dents de la femme sont trop pointues et que le cri final est un peu trop violent. Maxine va croiser le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud-soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant, à travers l’écriture, à une autre vie. Avec Coutures, Alice Winocour suit les trajectoires de trois femmes aux horizons bien différents entre lesquelles va se tisser une solidarité insoupçonnée. Car, sous le vernis très glamour de la Fashion Week, Maxine, Ada et Angèle portent, toutes les trois, une révolte silencieuse, celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire. Autour du thème de la solidarité féminine, la cinéaste mêle les histoires de Maxine, d’Ada, jeune mannequin débutante, qui entre dans ce métier parce qu’elle est une « Risk-taker », d’Angèle, maquilleuse et précaire intermittente du spectacle qui prend des notes sur son vécu pour écrire un livre… Mais Alice Winocour, découverte avec Augustine (2012) suit, quand même, le plus souvent, la réalisatrice américaine contrainte de revoir sa vie de fond en comble. Car le professeur Hansen, convaincu qu’il peut la sauver de son cancer du sein, lui demande de mettre sa vie professionnelle de côté pour se concentre sur elle-même. Bouleversée et loin de ses bases, Maxine va devoir trouver les ressources pour faire face à sa maladie et trouver aussi la force d’en parler. Allant avec aisance d’un plateau de cinéma à un atelier de couture en passant par des couloirs d’hôtel, Coutures raconte une effervescence qui contraste singulièrement avec les doutes et les angoisses de trois femmes qui tentent de survivre dans une tourmente intime. La cinéaste peut compter sur des comédiens de talent comme Anyer Anei (Ada), Ella Rumpf (Angèle), Garance Marillier (Christine), Vincent Lindon (Hansen), Louis Garrel (Anton) et évidemment Angelina Jolie qui a trouvé un lien fort avec Coutures puisqu’elle-même avait connu cette histoire dans sa chair. Une belle séquence de tornade clôt Coutures. Une mini-apocalypse qui bouscule l’ordre établi, une destruction finale qui évoque la mutation vers une vie nouvelle. (Pathé)
LE RÊVE AMÉRICAIN
Personne n’aurait parié un sou sur Jérémy Medjana, coincé derrière le comptoir d’un vidéo club à Amiens, ou sur Bouna Ndiaye, lorsqu’il faisait des ménages à l’aéroport d’Orly. Sans contacts, sans argent et avec un niveau d’anglais plutôt approximatif, rien ne les prédestinait à devenir des agents qui comptent dans la NBA, la prestigieuse ligue américaine de basket-ball professionnel. Et pourtant ! Les deux amis croient à leur bonne étoile et plus encore à leur rêve américain. Malgré les obstacles, multiples et de taille, ces deux-là s’accrochent. Bien sûr, personne ne les attend outre-Atlantique. Et les agents de joueurs du cru sont plus enclins à les arnaquer qu’à leur faciliter la tâche. Mais le tandem a des atouts dans ses manches, y compris des joueurs français de talent. Reste maintenant à leur faire passer les fameuses « Drafts », ces moments annuels tant attendus où les franchises NBA sélectionnent des jeunes joueurs universitaires ou étrangers pour renforcer leurs effectifs… Le rêve américain raconte une histoire vraie, celle de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana, deux agents de basket partis de rien et devenus en une quinzaine d’années, avec leur société Comsport, les premiers pourvoyeurs de talents français pour la NBA. Anthony Marciano s’est emparé de cette belle histoire de réussite pour donner ce qui est, de toute évidence, un pur feel good movie doublé d’un joyeux buddie movie. Le film fait en effet la part belle à deux personnages qui passent par tous les stades de la dépression (ils installent leur « bureau » à l’arrière d’un pressing chinois) comme de l’optimisme dans la poursuite d’un plan qui consiste tout bonnement à « exister » dans le business de la NBA. Pour cela, le cinéaste s’appuie sur deux comédiens qui se donnent comme… des basketteurs sur un plateau de NBA : Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard portent Bouna et Jérémy avec verve tant dans leurs moments de grande naïveté que de belle exaltation. Les films sur ou autour du sport ne sont pas toujours de longs fleuves tranquilles. On prend plaisir à suivre cette histoire dans laquelle on croise Nicolas Batum ou Rudy Gobert (enfin, les acteurs qui les incarnent) et où l’on aperçoit in fine l’ombre d’une star surnommée Wenby passée récemment à un doigt du titre NBA avec les Spurs de San Antonio. Un success-story française ! (Gaumont)
LA COLLINE A DES YEUX 1 – 2
Famille d’Américains moyens, les Carter décident de partir en voyage en Californie afin de pouvoir mieux resserrer les liens. Le père, Big Bob, est un ancien policier de Cleveland qui a été mis à la retraite pour des problèmes de cœur. Sa famille est composée d’Ethel, son épouse, de Lynn, leur fille aînée, du mari de celle-ci, Doug, de leur bébé, Catherine et aussi de Brenda, la seconde fille de Bob, enfin de Bobby, le fils de Bob. Alors qu’ils cherchent un raccourci sur une route du désert du Nouveau-Mexique (une zone d’essais nucléaires dans les années 1950 reconvertie en base pour l’aviation) et que Big Bob insiste pour visiter une mine de fer abandonnée, ils ont un accident dans lequel les pneus sont crevés. C’est le début d’une longue descente aux enfers puisque la famille devient la proie d’un groupe de cannibales vivant cachés dans les collines voisines. Huit ans après le massacre de sa famille, Bobby Carter est toujours traumatisé. La colline n°2 montre qu’il a cependant réussi à s’en sortir en créant un groupe de motards avec Ruby, la fille de Jupiter, qui se fait désormais appeler Rachel. Le groupe souhaite alors participer à une course dans le désert, non loin de l’endroit où les Carter ont eu leur accident. Bobby a alors un très mauvais pressentiment et malgré le conseil de son psychiatre, refuse d’y aller. Ruby s’y rend alors avec Cass, Roy, Harry, Hulk, Foster, Sue et Jane. En retard, la bande décide de prendre un raccourci par le désert, mais leur bus tombe en panne en plein milieu du désert. Les cannibales défigurés refont surface… Considéré, avec John Carpenter, comme l’un des « maîtres de l’horreur », Wes Craven (1939-2015) est l’homme des Griffes de la nuit (1984) et des quatre premiers volets de la saga Scream (1997-2011). Avec son mélange unique de terreur et d’humour noir, le cinéaste américain a révolutionné le cinéma d’épouvante. Bien plus qu’un simple survival, son diptyque La colline a des yeux (réalisé en 1977 puis en 1985) est une fable sauvage où le vernis de l’Amérique civilisée est dynamité. La colline a des yeux 1 et 2 livrent une réflexion saisissante sur l’instinct de survie et la métamorphose d’individus ordinaires confrontés à l’horreur. Cette saga cultissime de l’horreur selon Wes Craven est disponible pour la première fois dans de nouvelles restaurations en 4K UHD (pour le n°1) et en 2K (pour le n°2) et présentée dans une belle édition Prestige Limitée Blu-ray. Dans les suppléments, on trouve une série de commentaires audio (VOSTF) de Wes Craven et Peter Locke, de Michael Berryman, Janus Blythe, Susan Lanier et Martin Speer, enfin de Mikel J. Koven. Une histoire de famille (16 mn) est un entretien mené en 2016 avec l’acteur Martin Speer. Sessions dans le désert (11 mn) est un entretien mené en 2016 avec le compositeur Don Peake. Du sang, du sable et du feu (31 mn) est un documentaire réalisé en 2019 en forme de making-of de la La colline 2. Pour sa part, Stéphane de Mesnildot analyse les films (17 mn). Enfin, on découvre une fin alternative (13 mn), un bêtisier et les coulisses du tournage (19 mn). Le coffret contient de nombreux memorabilia et l’ouvrage (100 pages) de Marc Toullec, Wes Craven, le droit à l’horreur. (Carlotta)
TORA SAN
Attachant marchand ambulant, Tora-san ne tient pas en place. Avec son chapeau en feutre et son costume à carreaux marron, Tora parcourt le Japon au fil des années. Mieux, il rencontre, dans ses pérégrinations, de nombreuses personnes dont il changera le destin. Cela fait bientôt soixante ans que les Japonais sont tombés amoureux d’un vagabond du nom de Torajiro, dit «Tora-san». Un personnage touchant, incarné par le comédien Kiyoshi Atsumi, qui sera présent sur les grands écrans nippons japonais pendant plusieurs décennies grâce à la production d’une série de cinquante films, sous le titre générique C’est dur d’être un homme, faisant de cette saga la plus longue série cinématographique du monde, inscrite dans le Guinness des records ! A l’exception de deux d’entre eux, ces films seront réalisés par Yoji Yamada, aujourd’hui âgé de 94 ans, connu aussi pour une trilogie Samouraï mise en scène au début des années 2000. Au Pays du soleil levant, l’empreinte de Tora-san reste toujours forte avec des rediffusions des films sur le petit écran toutes les semaines et aussi un «Tora-san summit» qui a lieu tous les ans à Shibamata. Si Tora-san est donc une star au Japon, le public français a pu le découvrir, en 2022, dans le cadre de la Maison de la Culture du Japon à Paris lors du cycle « Un an avec Tora-san ». Près de soixante ans après le film fondateur, voici un coffret collector (3 Blu-ray ou cinq DVD), qui présente les cinq premiers de la série, en l’occurrence C’est dur d’être un homme, Maman chérie, Le grand amour, Le millionnaire et La nostalgie, tous datés de 1969. Entre humour, quiproquos et mélancolie, chaque film est marqué par une romance impossible et donne l’occasion de découvrir une nouvelle ville de l’archipel. Le coffret contient de nombreux bonus élaborés par Claude Leblanc, expert et amoureux de Tora-san, dont une interview du cinéaste et le livret (48 pages) Il était une fois Tora-san. (Roboto Films)
LES DIMANCHES
Dans une chambre plongée dans une semi-obscurité, des jeunes filles jouent, bavardent et rient en se racontant des vannes sur l’une de leurs enseignantes, une religieuse tellement aigrie qu’elle a un besoin impérieux de faire l’amour… Parmi ces grandes adolescentes, se trouve Ainara qui pouffe, elle aussi. Elève dans un lycée catholique, elle a 17 ans, s’apprête à passer son bac et s’interroge sur son futur parcours universitaire. On la retrouve dans un cloître où elle assiste, derrière une clôture, à un office où des sœurs prient et chantent. L’une d’elles adresse un petit sourire à Ainara. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Inaki, le père d’Ainara, est surpris mais semble vouloir se laisser convaincre par les aspirations de son aînée. Par contre, Maité, la tante de la jeune fille, s’insurge contre cette vocation inattendue. Lors d’un déjeuner en famille après la communion solennelle de sa petite sœur, Ainara montre à Maité, la médaille qu’elle porte au cou. Elle lui a été offerte par sa mère trop tôt disparue qui lui expliqua que la Vierge lui tiendrait ainsi toujours compagnie… Avec Les dimanches, la réalisatrice basque espagnole Alauda Ruiz de Azua s’appuie sur l’histoire d’une jeune fille qui voulait entrer dans les ordres, entendue lorsqu’elle avait l’âge de son personnage. La cinéaste interroge le rôle de l’humain dans la construction d’une vocation, que ce soit la famille, l’éducation, les figures de référence, l’adolescence… Car, si la vocation d’Ainara est le point de départ du récit, le film se concentre sur la parcours de la famille et sur la fragilité de cette institution. Ou comment prendre en compte des manques affectifs, de la négligence, un manque de communication, la vulnérabilité aussi de l’adolescente qui peut ainsi être poussée vers un endroit aussi extrême qu’un couvent… Mais Ainara, sans être illuminée, dit : « Au couvent, je suis heureuse ». Les dimanches observe, avec acuité, sobriété et une retenue bienvenue, la manière dont une famille va réagir à une vocation précoce en tentant d’imposer à Ainara (Blanca Soroa) leurs propres opinions. Qui vont, chez son père, d’un respect (hypocrite?) de son libre arbitre aux mises en garde, par sa tante, contre une éventuelle manipulation par un mielleux directeur spirituel ou une sœur supérieure qui lui suggère de « ne plus être contente de soi mais de contenter Dieu ». Foi ou endoctrinement ? (Le Pacte)
ORPHELIN
Apparu sur le devant de la scène internationale en 2015 avec son premier long-métrage Le fils de Saul qui raconte deux jours dans la vie, au début d’octobre 1944, de Saul Ausländer, prisonnier juif hongrois à Auschwitz, le cinéaste hongrois Lazlo Nemes a successivement obtenu pour ce drame, le Grand prix de Cannes 2015 puis l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2016. Après Sunset (2018), un drame virtuose et formaliste dans le Budapest de la Belle époque, le cinéaste, né à Budapest en 1977 mais qui a fait ses études à Sciences Po Paris, a réalisé Orphelin. A Budapest, en 1957, encore sous le choc de la répression de l’insurrection de 1956, un adolescent juif découvre qu’il n’est pas le fils de son père disparu, présumé mort dans un camp d’extermination, mais celui d’un goy qui avait caché sa mère pendant l’Holocauste. En s’inspirant librement de fragments de son histoire personnelle, Nemes explore les conséquences d’une révélation bouleversante sur plusieurs générations dans un récit qui alterne entre le passé et le présent, révélant peu à peu les secrets enfouis d’une famille juive hongroise. Des révélations qui plongent les personnages dans une quête identitaire et familiale, remontant aux traumatismes de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah en Hongrie. A nouveau, le cinéaste utilise le plan-séquence et une mise en scène immersive pour plonger le spectateur dans l’intimité des personnages en abordant les questions de l’identité et de la filiation mais aussi de la mémoire et de l’Histoire. (Le Pacte)

L’HOMME INVISIBLE : LES FILMS DAEI – GUERRE DES GANGS A OKINAWA
En 1897, H.G. Wells publie The Invisible Man (en v.o.), un roman de science-fiction, œuvre fondatrice du genre, explorant des thèmes comme la science, l’éthique, l’isolement et les dérives du pouvoir. L’histoire suit Griffin, un scientifique brillant mais asocial, qui découvre comment rendre invisible un corps humain grâce à une formule chimique et à des manipulations de la lumière. Après avoir testé sa découverte sur lui-même, il devient invisible, mais se heurte à des problèmes insurmontables : son invisibilité le coupe du monde, il ne peut pas manger, dormir ou interagir normalement sans être vu et sa santé mentale se dégrade, le poussant vers la paranoïa et la violence. Fable morale sur les dangers de la science sans limites et exploration de la folie et de l’isolement, L’homme invisible donnera lieu à de multiples adaptations au cinéma. Dès 1909, Ferdinand Zecca ouvre le bal avec un Voleur invisible. James Whale, le cinéaste de Frankenstein, signera un fameux Homme invisible en 1933. En 1960, Edgar G. Ulmer donnera un Incroyable homme invisible. John Carpenter en 1992 et Paul Verhoeven en 2000 (avec Hollow Man) s’ajoutent à cette imposante liste. Une liste qui s’enrichit de deux œuvres japonaises avec, en 1949, L’homme invisible apparaît de Nobuo Adachi dans lequel un voleur de bijoux apprend qu’un scientifique travaille sur une formule d’invisibilité qui l’aiderait dans ses méfaits. En 1957, c’est Eiji Tsuburaya qui réalise L’homme invisible contre la mouche humaine. Cette fois, un policier enquête sur une série de meurtres inexpliqués : les victimes sont poignardées dans des pièces closes, sans trace de l’agresseur. Seul un bourdonnement de mouche est entendu avant chaque crime. L’enquête révèle que les victimes ont un lien avec des expériences militaires visant à miniaturiser un humain à la taille d’une mouche… Edités pour la première fois en France, ces deux films, produits par les studios Daiei, présentent des effets spéciaux intéressants pour leur époque, supervisés par Eiji Tsuburaya qui plus tard donnera vie à Godzilla. Chez le même éditeur, on trouve, dans le domaine des films de yakuzas, Guerre des gangs à Okinawa mis en scène, en 1971 par Kinji Fukasaku, l’un des spécialistes du genre jitsuroku eiga, des films de gangsters japonais réalistes, souvent anarchisants et portés sur la violence spectaculaire. Ici, le cinéaste, qui connaîtra la célébrité avec Battle Royale en 2000, raconte comment Gunji Sadao, membre du clan Hamamura sort de prison après dix ans de détention. Avec Ozaki, son ancien bras droit, et Samejima, les seuls rescapés de son clan, Gunji décide de quitter la ville de Yokohama et de refonder son clan sur l’île d’Okinawa mais pour cela il va devoir affronter les gangs déjà en place, soutenus par les Américains. Le Blu-ray est présenté dans un joli coffret avec, dans les bonus, un livret de 40 pages et un échange entre Stéphane du Mesnildot, historien spécialiste du cinéma asiatique et Fausto Fasulo, directeur artistique adjoint du Festival d’Angoulême, en charge de la programmation Asie. (Roboto Films)
LES TITANS
Dans la Grèce antique, Cadmus, roi de Crète, s’autoproclame dieu. Crios, le plus agile et intelligent des Titans, est délégué pour faire justice et, en contrepartie, doit obtenir la libération de ses frères emprisonnés dans les Enfers. Capturé par l’armée de Cadmus, Crios gagne sa clémence après avoir vaincu l’imposant Rator lors de leur combat que le roi et son épouse Hermione avaient organisé pour leur bon plaisir. Mais Crios refuse de mettre à mort Rator comme le roi le lui ordonne. De nouveau emprisonné, Crios tombe amoureux d’Antiope, fille de Cadmus, qu’il aperçoit depuis son cachot au moment où celle-ci est bannie par son père. Après avoir été délivré, et grâce au casque de Pluton qui rend invisible et qu’il a dérobé, Crios délivre Antiope en tuant sa terrible gardienne, la Gorgone Méduse. Alors qu’il est sur le point d’être capturé par les soldats de Cadmus, ses frères Titans, qui ont été libérés, viennent à son secours en semant la panique chez les soldats… Dans la grande tradition du péplum italien des années 1960, Les titans s’impose comme une aventure mythologique spectaculaire mêlant combats, humour, créatures fantastiques et décors grandioses. Entre fresque antique et film d’aventure décomplexé, l’italien Duccio Tessari détourne avec malice les codes du genre tout en conservant le souffle épique et le sens du spectacle propres aux grandes productions italiennes de l’époque. Premier long métrage réalisé en 1962 par Tessari, futur grand nom du cinéma de genre italien tant dans le western que le poliziottesco, Les titans révèle déjà le style dynamique du cinéaste, son goût pour l’action et les récits rythmés. Porté par un casting prestigieux du cinéma italien, avec en première ligne l’incontournable Giuliano Gemma, figure majeure du western italien, le film mêle héroïsme, rivalités mythologiques et aventures mouvementées dans un tourbillon d’action et de fantaisie. Tourné dans des décors naturels impressionnants, le film, soutenu par la musique de Carlo Rustichelli, privilégie le mouvement et le divertissement, donnant naissance à un péplum atypique et foisonnant qui conserve aujourd’hui tout son charme. Le film sort, pour la première fois dans une édition Combo Blu-ray + DVD accompagnée de plus d’une heure de bonus consacrés au film et à son histoire. (Rimini éditions)
ORWELL 2+2= 5
Nommé en 2017 pour l’Oscar du meilleur documentaire pour I Am Not Your Negro, Raoul Peck a notamment réalisé Lumumba, un film inspiré de l’histoire de Patrice Lumumba et son rôle dans l’indépendance de la république démocratique du Congo ou encore, dans le domaine de la fiction, Le jeune Karl Marx (2017), un film retraçant la jeunesse de Karl Marx et Friedrich Engels en Allemagne, à Paris et à Londres. Ministre de la Culture de la république d’Haïti de 1995 à 1997, le cinéaste a été président de la Fémis de janvier 2010 à janvier 2019. Après avoir consacré avec Ernest Cole, photographe (2024), un documentaire au photographe sud-africain (1940-1990) qui a fait connaître l’horreur de l’apartheid en Afrique du Sud et à l’étranger, Peck se penche, ici, sur l’oeuvre la plus célèbre de George Orwell, le fameux 1984 publié en juin 1949, neuvième et dernier livre d’Orwell paru de son vivant. 1984 se concentre sur les conséquences du totalitarisme, de la surveillance de masse, et de l’enrégimentement répressif des personnes et des comportements au sein de la société. Fervent partisan du socialisme démocratique et membre de la gauche antistalinienne, Orwell décrit dans son roman une Grande-Bretagne, trente ans après une guerre nucléaire entre l’Est et l’Ouest censée avoir eu lieu dans les années 1950, et où s’est instauré un régime totalitaire fortement inspiré à la fois de certains éléments du stalinisme et du nazisme. Plus largement, le roman examine le rôle de la vérité et des faits au sein des sociétés et les manières dont ils peuvent être manipulés. Le documentaire explore la vie et la carrière d’un écrivain britannique plus visionnaire que dystopique. Il utilise les textes d’Orwell (1903-1950), lettres et romans dont tout particulièrement 1984 et ses version adaptées au cinéma, pour tisser un parallèle entre des événements des cinquante dernières années (en mettant l’accent sur les années récentes) et un monde de dictature où la novlangue est reine. Dans une œuvre aussi fluide que complexe, documenté mais didactique, Peck nous amène à regarder le monde en face. Et il est glaçant. (Le Pacte)
GOAT – RÊVER PLUS HAUT
Dans un monde d’animaux anthropomorphes dans la ville de Vineland, le jeune bouc Will Harris est accompagné par sa mère à son premier match de roarball, une variante du basket où les animaux les plus grands et les plus féroces s’affrontent sur des terrains extrêmes comme une tempête de sable ou un précipice… Will aspire à être comme son idole, la Panthère Jett Fillmore, une joueuse des Vineland Thorns. Dix ans plus tard, Will pratique le roarball dans ses temps libres et travaille comme livreur dans le restaurant où sa mère travaillait avec un salaire maigre qui l’empêche de payer son loyer. Après avoir vendu une paire de baskets rares, Will défie Mane Attraction, le joueur principal des magmas de l’Inferno Lava Coast, en pariant l’argent qu’il vient d’empocher dans un défi à trois points gagnants. Mane le bat et s’empare de son argent. Du coup, Will perd son appartement, ce qui l’amène à cohabiter avec ses amis Hannah et Daryl. La vidéo que publie Hannah montrant Will dribblant Mane de manière hilarante, devient virale. Lorsque Will arrive au restaurant, il est surpris de rencontrer Flo, qui a vu la vidéo et lui propose de rejoindre les Thorns toujours en mauvaise posture. Si Jett Fillmore le tourne en ridicule, Will est cependant présenté à coach Dennis ainsi qu’aux joueurs : Archie Everhardt, un rhinocéros indien père de deux jumelles ; Lenny Williamson, une girafe fan de rap ; Modo Olachenko, un dragon de Komodo à l’esprit dérangé et Olivia Burke, une autruche influenceuse très sensible. Dans les premiers matchs, Will reste sur le banc. Mais, dans une rencontre contre les Shadow, Will, à la suite d’une faute technique sifflée contre Jett, va entrer en jeu, marquer le point qui permet aux Thorns de renouer avec la victoire. Les relations entre Will et Jett sont orageuses mais les deux vont finir par s’allier pour le plus grand bonheur de l’équipe. Mêlant humour et action autour d’une intrigue sportive centrée sur la confiance en soi et la persévérance, Goat, réalisé par Tyree Dillihay, est un film d’animation qui se déroule dans un monde entièrement peuplé d’animaux anthropomorphes, où les humains n’existent pas. Le titre du film joue sur l’homonymie entre le mot anglais pour « chèvre » (goat) et l’acronyme GOAT (Greatest Of All Time, « le meilleur de tous les temps »), reflétant l’ambition du personnage principal. (ESCD)
HURLEVENT
Dans l’Angleterre du 18e siècle, une pendaison publique attire une foule agitée et exaltée. Dans le public, se trouve notamment Catherine Earnshaw… Peu après, M. Earnshaw, propriétaire du domaine gothique de Hurlevent, situé sur les landes du Yorkshire, revient d’un voyage à Liverpool avec un jeune garçon trouvé dans la rue. Il déclare que l’enfant restera au domaine et servira de compagnon à sa fille Catherine. Celle-ci s’attache immédiatement à lui et le baptise « Heathcliff », en mémoire de son frère défunt. Les deux enfants deviennent inséparables. Un soir, après être rentrés tard et trempés le jour de l’anniversaire de M. Earnshaw, Heathcliff prend sur lui la faute et subit une violente flagellation qui lui laisse des cicatrices permanentes dans le dos. Avec les années, Hurlevent se détériore à mesure que M. Earnshaw sombre davantage dans l’alcoolisme et les dettes de jeu. Heathcliff, devenu domestique, adopte une apparence négligée, les cheveux longs et la barbe fournie. Catherine, désireuse d’échapper à la misère du domaine et d’améliorer indirectement la condition de Heathcliff, envisage de séduire leur riche voisin, Edgar Linton, un prospère marchand. Heathcliff, jaloux, désapprouve ce projet. Leur lien se transforme en une passion destructrice, nourrie par l’interdit, la vengeance et un désir brut. Leur amour, à la fois enivrant et toxique, les pousse à défier les conventions sociales et à s’enliser dans une spirale de souffrance, de trahisons et de violence émotionnelle. Wuthering Heights est l’unique roman de la femme de lettres anglaise Emily Brontë, publié pour la première fois en 1847 sous le pseudonyme d’Ellis Bell. Il est souvent cité parmi les dix plus grands romans britanniques. Récit à la fois insolite et atroce, Les hauts de Hurlevent s’impose comme un roman aux personnages cruels dans lequel la mort est obsédante. Le roman a eu de nombreuses adaptations au grand écran et on se souvient de la version de 1939 signée William Wyler avec Laurence Olivier (Heathcliff), Merle Oberon (Cathie), David Niven (Edgar Linton). On connaît des adaptations de Luis Bunuel (1954) ou de Jacques Rivette (1986) dont l’action est transposée en Haute-Provence pendant les années 1930 dans cette adaptation libre dont la sortie fut confidentielle. Avec son Hurlevent, la réalisatrice et comédienne anglaise Emerald Fennell s’inspire librement du roman et propose une relecture moderne, sombre et sensuelle, centrée sur la relation toxique et passionnée entre Catherine Earnshaw (interprétée par Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi). La cinéaste rajoute des scènes intimes qui n’existent pas dans le roman, tirant ce récit vers une dark romance. De quoi faire grincer les dents des amateurs d’Emily Brontë ? (Warner)
L’ÉCRIVAIN PRÉCAIRE ET LES POUVOIRS DU PRÉSIDENT 
A PIED D’OEUVRE
Gros plan sur un papier peint à fleurs qui cède, peu à peu, sous des coups de masse. Derrière le mur, Paul Marquet s’affaire. A dos d’homme, il va falloir descendre de lourds sacs de gravats. Photographe professionnel talentueux, Paul, la quarantaine, a laissé la photo pour devenir écrivain. « Mais rester écrivain a été un autre histoire ». Déjà auteur de trois livres, il s’entend dire par son éditrice, qu’on attend toujours son grand roman… Valérie Donzelli suit, au plus près, le parcours d’un homme qui a abandonné un métier dans lequel il excellait pour se lancer dans l’écriture avant de tomber dans la précarité. Film qui dit la dureté de notre époque, A pied d’oeuvre est une adaptation de l’autobiographie éponyme de Franck Courtès, considéré comme l’un des meilleurs livres de la rentrée littéraire en 2023. Voici donc le récit intimiste, à la première personne et en voix off -une signature du style Donzelli- d’un écrivain confronté, peu à peu, mais d’une manière qui va en s’accélérant, à la pauvreté. Déjà présent dans plusieurs films de la cinéaste, Bastien Bouillon endosse un personnage déclassé, affaibli, isolé mais qui demeure néanmoins très déterminé tout du long. Avec cet homme taiseux, qui dit qu’il n’est plus « quelqu’un de précis socialement », le comédien livre une performance toute en nuances, jouant sur une démarche, une manière de rentrer les épaules, de porter un bonnet ou de petites lunettes rondes, accessoire emblématique pour un ancien photographe et un écrivain qui passe son temps à observer, prendre des notes, écrire… Sans être un vademecum de la précarité, A pied d’œuvre raconte quand même, au plus près, la réalité d’un homme, au corps mis à rude épreuve, qui va sur Jobbing, plateforme qui met aux enchères des petits boulots et les attribue aux moins offrants, qui enchaîne des travaux de jardin, le montage d’une armoire, le démontage d’une (lourde) mezzanine, arrache des buis, fait le taxi, heurte un chevreuil et est frappé par la souffrance de la beauté condamnée tout en disant : « C’est aussi beaucoup de viande ! » En s’appuyant sur des couleurs froides et des lumières plutôt sombres, Valérie Donzelli trace le portrait d’un artiste qui refuse d’être là où on lui demande d’être. À savoir être un homme blanc, père de famille, qui gagne de l’argent. En cela, Paul dérange. Avec lucidité, élégance, voire courtoisie, Paul croise les autres et va son chemin. Dans son livre, Franck Courtès dit que les écrivains sont inaccessibles au découragement. En cela, Paul Marquet est un écrivain. Précaire certes mais qui affirme, dans un ultime plan : « Je ne travaille pas le matin. Le matin j’écris… » (Diaphana)
LA GRAZIA
Sur une galerie ouverte surplombant la ville éternelle, le président De Santis regarde, l’air las, les toits romains en tirant sur sa cigarette. L’homme soupire : « Aurora, tu me manques… » Avec La Grazia, Paolo Sorrentino livre une œuvre marquée par une certaine gravité, un film d’où la fantaisie semble absente, à l’inverse des réalisations d’avant. Mais le cinéaste napolitain parvient pourtant à bousculer l’austérité ambiante par des fulgurances aussi surprenantes que bienvenues. Il est vrai que l’univers dans lequel évolue le président n’est pas des plus trépidants. Car cet homme veuf, juriste de grande réputation, profondément catholique, n’est pas ce qu’il est convenu d’appeler un joyeux drille. La Grazia est donc moins une plongée dans les arcanes du pouvoir qu’une descente dans la psyché d’un homme à la bascule de sa vie publique. Car De Santis, désormais âgé, arrive au terme de son mandat. Dans six mois, ce sera fini. Le président (excellent Toni Servillo) s’en trouve-t-il bien ou l’exercice du pouvoir qu’il s’apprête à quitter lui laisse-t-il un sentiment d’abandon… Pour l’heure, sa fille Dorotea, qui œuvre en permanence dans son ombre, a posé trois dossiers sur le bureau présidentiel. Deux portent sur la grâce demandée par une femme et un homme qui ont commis des crimes dans des circonstances pouvant être considérées comme atténuantes. Le troisième, un projet de loi sur l’euthanasie, amène De Santis à faire face à une décision cruciale qui l’oblige à affronter ses propres dilemmes moraux. Justement La Grazia va quasiment décrypter comment ce politique souffre d’avoir perdu la femme qu’il aimait, cette Aurora qui le subjugua tout jeune et dont il n’arrive toujours à surmonter la perte. Même si cet amoureux connaît le doute et la jalousie. Car il est convaincu qu’Aurora l’a trompé. Et il ne supporte toujours pas de ne pas savoir qui est responsable de son infortune. Entièrement fictif mais très réaliste, cet hôte du Quirinal va « monter au front » sur les deux dossiers de grâce et sur la loi sur l’euthanasie. Si le film se présente d’abord sous des dehors sévères, la fantaisie va se glisser dans les plis de cette aventure intime. Avec une ravissante présidente balte, un pape noir et… motocycliste ou une soirée avec des vétérans de l’armée de montagne chantant la bravoure alpine. Une réflexion sur la solitude, le doute et la nécessité de l’accepter, sur aussi la responsabilité, un devoir qui devrait définir celles et ceux qui nous gouvernent. (Pathé)
STALAG 17
A la fin de 1944, dans le Stalag 17, un camp de prisonniers américains en Allemagne, les hommes sont persuadés, après l’évasion manquée de deux d’entre eux, qu’ils ont été trahis par l’un des leurs. Leurs soupçons se portent sur le sergent J.J. Stefton, un individualiste combinard qui ne se cache pas de faire du troc avec les gardiens. Juste, avant le départ de ses deux camarades, Stefton avait parié sur leur échec et gagné ainsi la provision de cigarettes remise par la Croix-Rouge… Bientôt, Stefton, sérieusement malmené par ses co-détenus, comprend qu’il n’a plus qu’une seule issue : démasquer lui-même le coupable. Déjà, il a découvert l’ingénieux moyen de communication du traître : un pion de jeu d’échecs truqué dans lequel sont glissés les messages… Adapté de la pièce à succès de Donald Bevan et Edmund Trzcinski créée à Broadway en 1951, Stalag 17, sorti en 1953, entraîne le spectateur au cœur d’un camp de prisonniers durant la Seconde Guerre mondiale. Mais loin de donner une fresque héroïque, Billy Wilder a choisi une approche intime et singulière, transformant un décor clos en un fascinant terrain d’observation des comportements humains. Entre suspicion, peur et instinct de survie, les prisonniers comprennent qu’un traître met leur existence en danger. Avec le remarquable Gouffre aux chimères (1951), Stalag 17 est l’une des œuvres les plus pessimistes de Wilder. Le cinéaste de Boulevard du crépuscule livre un brutal constat d’échec sur une société incapable de se régir autrement que dans des rapports mercantiles, égoïstes, dominateurs et meurtriers, une société symbolisée par le microcosme qu’est l’univers carcéral du Stalag. Mêlant tension dramatique, humour noir et regard cynique sur la nature humaine, le film déploie toute la virtuosité du cinéaste. Avec une photographie en noir et blanc d’Ernest Laszlo, la mise en scène joue sur l’enfermement, les mouvements de groupe et les jeux d’ombre pour créer une atmosphère fortement oppressante. Le film permet aussi à William Holden de composer, avec l’ambigu Stefton, un personnage remarquable qui lui vaudra l’Oscar du Meilleur acteur. À ses côtés, le cinéaste dirige d’excellents acteurs et l’on remarque, dans le rôle de Von Scherbach, le commandant du camp, le metteur en scène Otto Preminger. Stalag 17 sort dans une belle édition Blu-ray + DVD restaurée 4K, accompagnée de plusieurs suppléments inédits ainsi que du livret A la guerre comme à la guerre (24 pages) que Marc Toullec consacre à la genèse du film. (Rimini éditions)
LA FEMME QUI CRIE
Alors qu’elle n’est qu’une enfant, Ah-shih assiste au suicide de sa mère, accusée de vendre son corps pour un peu de nourriture. C’est la fillette qui arrache, de ses mains, la lame qui vient d’emporter sa mère… Devenue orpheline, la petite fille est recueillie par son oncle et sa tante. « Elle aura une meilleure vie, désormais » observe son entourage. Mais, à vingt ans, Ah-shih est contrainte de quitter les siens pour épouser le boucher Chiang Shui, un homme aussi fruste que violent qui abuse de sa jeune femme. La relative aisance du couple fait jaser les habitants du village et Ah-shih devient l’objet de ragots abjects… Coup d’éclat cinématographique de l’année 1984, La femme qui crie est, à l’origine, un roman de l’autrice féministe Li Ang, alors figure montante de la scène littéraire taïwanaise, qui aborde avec audace les thèmes de la violence domestique et de la domination patriarcale. Attirés par la puissance transgressive de son écriture, les plus grands talents issus du Nouveau Cinéma taïwanais – du réalisateur Tseng Chuang-hsiang (L’homme-sandwich) au scénariste Wu Nien-jen (Poussières dans le vent), en passant par l’actrice Pat Ha Man-jik (Nomad) – se sont unis pour livrer une adaptation radicale, au style brut et à la narration tout en retenue. Disponible pour la première fois dans une belle restauration 2K et inédit en Blu-ray, La femme qui crie est un film aussi intense que cruel sur la manière dont un homme misérablement mutique se comporte avec sa jeune femme. Le film aligne une suite de moments où le boucher s’empare physiquement d’une proie complètement soumise et pleurante et d’autres où le boucher œuvre dans son abattoir, tue puis débite des porcs tandis que ses employés interrogent, grassement, « Est-ce que ta femme a crié comme ça, hier soir ? » Réduite à des tâches ménagères, régulièrement molestée, Ah-shih est considérée comme une triste potiche par un mari qui lui ordonne de le regarder dîner. Et lorsque la jeune femme s’achète quelques canetons qu’elle compte élever pour les vendre, le boucher les écrase sous ses talons en hurlant : « Je peux t’entretenir… » Un jour, pourtant, Ah-shih cessera de baisser la tête. Tourné dans les paysages maritimes des îles Perscadores, au large de Taïwan, La femme qui crie est un film impressionnant sur le sexe comme monnaie d’échange pour la survie. Dans les suppléments, on trouve Le cri et le silence (26 mn), un entretien inédit avec Wafa Ghermani, spécialiste du cinéma taïwanais, qui note : « Le film suit les tentatives d’Ah-shih pour s’adapter et survivre, et cette violence sur le corps des femmes qui veulent prendre leur revanche peut être vue comme une métaphore politique d’un pays qui ne cesse d’être blessé. » (Carlotta)
LE MAGE DU KREMLIN
« La confiance d’un dirigeant n’est pas un privilège mais une condamnation… » Vadim Baranov sait de quoi il parle. Lui qui, dans la Russie des années 1990, devient le conseiller officieux d’un certain Vladimir Poutine. En partant du roman éponyme de Giuliano da Empoli, paru en 2022 chez Gallimard, Olivier Assayas a mené à bien un projet coûteux (un budget de 23 millions d’euros) auquel certaines voix ont reproché de « brouiller la frontière entre fiction et analyse politique ». Dans un récit ponctué de multiples flash-back et utilisant des images d’archives parfois reconstituées, on se glisse sans peine dans le tumulte d’un pays en reconstruction où Vadim Baranov, artiste, metteur en scène puis producteur de télé, va, au siège de la Loubianka, approcher, par l’entremise de l’oligarque Boris Berezovsky, un ancien agent du KGB devenu lieutenant-colonel du FSB et promis à un pouvoir absolu d’abord comme premier ministre puis comme président de la Fédération de Russie. Dans l’ombre du futur « Tsar », Baranov, devenu un rouage central de la nouvelle Russie, façonne les discours, les images, les perceptions. L’Union soviétique s’est effondrée, provoquant une promesse de liberté mais aussi de chaos, générant une demande d’autorité de la part de la population. « Les Russes avaient grandi dans une patrie et se retrouvaient soudain dans un supermarché », constate Baranov. Poutine, lui, mène sa quête du pouvoir en répondant par la seconde guerre de Tchétchénie ou la gestion du naufrage du sous-marin Koursk. Mise au pas des oligarques (Berezovsky doit partir en exil avant de disparaître dans des circonstances douteuses), combat contre la révolution orange en Ukraine, annexion de la Crimée… Sans états d’âme, Baranov met son talent dans le domaine médiatique au service de l’omnipotent Poutine. Evoquant ce Berezovsky dont il fut le protégé, Baranov dit : « L’intelligence ne protège de rien, même pas de la stupidité ». Quant à la stratégie numérique du Kremlin à l’international, il considère : « Il n’y a rien de plus sage que de miser sur la folie des hommes ». Si Baranov est un personnage fictif, il est entouré de figures bien réelles comme, outre Boris Berezovsky, Igor Setchine, Boris Eltsine, le joueur d’échecs et opposant Garry Kasparov, l’idéologue Édouard Limonov ou le commandant de guerre Evgueni Prigojine. L’autre personnage fictif et unique figure féminine du film, c’est l’ insaisissable Ksenia (Alicia Vikander), possible échappée pour Baranov hors des logiques d’influence et de domination. Si on entre volontiers dans Le mage du Kremlin, c’est évidemment à cause de la vraie actualité qui, quasiment jour après jour, met Poutine sur le devant de la scène. Comme si la fiction allait nous en apprendre plus sur ce « Tsar » dont s’empare avec brio (et retenue) l’excellent Jude Law. Sans jamais jouer l’imitation, le Britannique réinvente un Poutine crédible. Quant à Paul Dano, il est un intrigant Baranov. Jouant de sa bouille ronde de bébé, l’Américain incarne un type aussi lisse que finement manipulateur. « J’avais mauvaise conscience mais je finissais par m’habituer ». Une définition du pouvoir ? (Gaumont)
LA TRILOGIE DU JEU
Polars d’action secs et nerveux situés dans un Japon régi par le complot, la trahison et la corruption, les trois films composant la Trilogie du jeu de Toru Murakawa mettent en vedette l’acteur nippon Yusaku Matsuda (on le voit, à la fin de sa carrière en yakusa, au côté de Michael Douglas et de son compatriote Ken Takakura dans Black Rain de Ridley Scott en 1989), impressionnant dans le rôle de Shohei Narumi, antihéros impassible à la gâchette facile. Somptueusement photographiée dans une palette de bleu aux tons froids qui fera la renommée du chef opérateur Seizo Sengen, portée par une bande originale sensuelle composée par la légende du jazz Yuji Ohno, la Trilogie du jeu sort pour la première fois en France en version restaurée dans un coffret de deux Blu-ray. La trilogie de référence du cinéma d’action japonais qui a influencé des cinéastes comme Takashi Miike ou Kiyoshi Kurosawa… Dans Le jeu le plus dangereux (1978 – 89 mn), Shohei Narumi, tueur à gages sans foi ni loi, est engagé par un puissant homme d’affaires pour sauver le gendre et collaborateur de ce dernier, victime d’un kidnapping. Il s’agirait en réalité d’un complot déguisé visant à éliminer les cadres dirigeants de l’entreprise… Dans Le jeu de la mort (1978 – 92 mn), Shohei Narumi revient à Tokyo après cinq ans d’absence. Ses retrouvailles avec la fille et la maîtresse de sa dernière victime, désormais proches des milieux yakuzas, le renvoient bientôt à son passé trouble et à ses vieux démons… Enfin dans Le jeu de l’exécution (1979 – 100 mn), Shohei Narumi est enlevé, séquestré puis torturé. Cette opération a uniquement pour but de tester l’endurance physique et mentale du jeune homme. Son commanditaire souhaite en effet engager Narumi pour liquider un éminent tueur à gages désirant se retirer du milieu… Le coffret comprend de nombreux suppléments ! L’aventurier (20 mn) est une entretien avec le réalisateur Toru Murakawa qui revient en détail sur sa célèbre trilogie, dont la réussite repose sur les talents conjugués et l’implication de son équipe. Dans Souvenirs de Yusaku Matsuda (18 mn), on retrouve Yutaka Oki, gérant d’un bar à jazz à Tokyo, qui avait pour client le grand acteur Yusaku Matsuda, avec lequel il noua une solide amitié jusqu’à sa disparition, en 1989. Changer la donne (22 mn) est un entretien avec le scénariste Shoichi Maruyama. Engagé pour écrire le scénario du dernier volet de la trilogie, Maruyama évoque les influences de ce film aux dialogues minimalistes. Enfin, Réinventer le cinéma d’action japonais : Mitsuru Kurosawa, Toei Central et la Trilogie du jeu est un livret exclusif (64 pages) rédigé par Dimitri Ianni, chercheur indépendant et spécialiste du cinéma japonais contemporain. (Carlotta)
ZOULOU
En janvier 1879, en Afrique du Sud, dans la province du Natal, les troupes anglaises sont sévèrement vaincues, à Isandhlwana, par une armée de plus de 20.000 Zoulous. Quelques heures plus tard, près de 139 soldats britanniques (dont 35 malades ou blessés) retranchés dans la ferme de Rorke’s Drift (faisant office de mission et d’hôpital au révérend Jack Witt), sont attaqués par près de 4000 guerriers zoulous. Le commandant qui va organiser la défense est un officier du Génie chargé de construire un pont secondé par un jeune officier sans expérience. Les Tuniques rouges repoussent tous les assauts à la suite d’une lutte acharnée qui dure près de douze heures. Alors qu’ils croient la bataille perdue, ils reçoivent un hommage de leurs ennemis saluant leur courage et leur ténacité. En fait, les secours arrivaient. La bataille voit la défaite des Zoulous face aux Britanniques, causant près de 351 morts pour les premiers contre 17 pour les seconds. Elle permet au Royaume-Uni de sauver la face après Isandhlwana et de reprendre la campagne pour ensuite dominer le royaume zoulou et tout le sud de l’Afrique. La bataille de Rorke’s Drift entre dans l’Histoire comme l’un des affrontements les plus déséquilibrés de la guerre anglo-zouloue. De cet épisode bien réel, le cinéma a tiré une fresque inoubliable : Zoulou, reconstitution spectaculaire et tendue d’un combat devenu légendaire. Réalisé en 1964 par l’Américain Cy Enfield, le film s’attache à restituer l’intensité de la bataille avec un souci de réalisme rarement atteint. La production fait ainsi appel à plus de 700 figurants zoulous, dont beaucoup sont les descendants directs des combattants ayant pris part à l’affrontement historique, conférant aux scènes de combat une authenticité saisissante. À l’origine du projet, Stanley Baker, également producteur du film, s’impose dans le rôle du lieutenant John Chard, officier méthodique propulsé à la tête d’une défense désespérée. À ses côtés, Michael Caine, dans l’un de ses premiers grands rôles, incarne un jeune officier aristocrate, apportant au film une tension supplémentaire entre hiérarchie militaire et différences de tempérament. Zoulou déploie ainsi une mise en scène ample, où la rigueur stratégique répond à la puissance organique des assauts. Mais au-delà du spectacle, le film se distingue par son approche étonnamment nuancée, refusant toute lecture manichéenne pour laisser émerger, dans la violence des combats, une forme de respect mutuel entre adversaires. Avec ses séquences devenues emblématiques et son souffle épique, Zoulou s’impose comme un grand classique du film de guerre. En 1979, Cy Endfield a scénarisé un autre film consacré aux événements qui se sont déroulés lors de la bataille d’Isandhlwana: L’ultime attaque avec Burt Lancaster et Peter O’Toole. Dans les suppléments, on trouve une analyse (49’10) du film par Florent Fourcart, spécialiste de l’Histoire du cinéma. Et, en exclusivité Blu-ray, une interview (11’39) de Sheldon Hall, historien du cinéma, le making of de Zoulou, 1ère partie (25’47) et 2e partie (20’04), la musique de Zoulou (6’29) et enfin le livre Zoulou, un récit d’aventure exaltant (92 pages) par Stéphane Chevalier. (Rimini éditions)
CHRISTY AND HIS BROTHER
Expulsé de sa famille d’accueil, Christy, 17 ans, débarque chez Shane, son demi-frère, jeune papa, qu’il connait peu. Ce dernier vit mal cet arrangement qu’il espère temporaire, mais Christy se sent vite chez lui, dans ce quartier populaire de Cork, se faisant des amis et renouant avec la famille de sa mère. Les deux frères vont devoir se confronter à leur passé tumultueux pour envisager un avenir commun. Brendan Canty, le réalisateur du film, et Alan O’ Gorman, le scénariste, ont grandi dans le même quartier populaire de Cork, en Irlande. Canty est devenu photographe et réalisateur et s’est fait connaître très jeune en Irlande, grâce au clip de la chanson Take Me to Church de Hozier (visionné plus de 1,4 milliard de fois sur You Tube et nommé deux fois aux MTV VMA). Alan O’Gorman est devenu enseignant dans le secondaire à Manchester, en Angleterre, tout en s’adonnant à sa passion pour l’écriture de scénarios. Après For You, un court-métrage tourné à Dublin en 2016 et applaudi dans les festivals, ils décident de poursuivre leur collaboration. Brendan Canty a une idée en tête. Au début des années 2010, il s’était rendu à Knocknaheeny, une banlieue ouvrière surplombant Cork, pour y photographier une tradition locale : la « Bonfire Night », événement qui consiste, chaque été, à allumer de grands feux de joie. « Je me suis retrouvé à discuter, dit le cinéaste, avec un groupe d’adolescents autour d’un feu, et j’ai été frappé par leur gentillesse, leur sens de l’accueil et leur amabilité (…) mais j’ai également été surpris par leur manque de confiance en eux : devenir photographe leur semblait tout bonnement inimaginable. C’est ainsi qu’est née l’idée de monter un projet autour de ce quartier et de ces adolescents au grand cœur. » Christy and his Brother dresse, autour du thème des familles défavorisées, un portrait touchant de la difficulté de vivre dans le quartier nord de Cork. Face à une série de choix sur son devenir, Christy (Danny Power), garçon solitaire et triste, choisit de relever la tête, s’impose d’aller de l’avant et trouve le chemin de la rédemption à travers… la coiffure. Avec un petit côté Ken Loach, le film montre aussi comment les hommes, comme les deux frères, ont du mal à exprimer leurs émotions. « Beaucoup de gens, observe le comédien Diarmund Noyes, ne disent jamais à certains membres de leur famille qu’ils les aiment. Et parfois, il est trop tard. Les hommes irlandais, en particulier, ont très peur de se montrer vulnérables. » Dans les suppléments, on trouve un entretien (19 mn) avec le réalisateur Brendan Canty, le clip vidéo : The Sound of the North Side (3 mn) ainsi que deux courts métrages: For you (2017 – 12 mn) et Christy (2019 – 14 mn). (Pyramide)
FATHER MOTHER BROTHER SISTER
Dans une voiture qui traverse un paysage enneigée des Etats-Unis, Jeff et Emily se demandent comment ils vont trouver leur père. Ces frère et sœur ne l’ont pas revu depuis l’enterrement de leur mère. Dans sa maison, le vieil homme hirsute plante le décor pour recevoir sa progéniture. Un plaid négligemment jeté sur un canapé, ici un incongru panier avec une pelote de laine. Les retrouvailles sont plutôt « coincées ». On parle de tout et surtout de rien et on comble les vides en se demandant si on peut trinquer avec de l’eau. Oui, on peut, concluent-ils. Emily se demande si la Rolex au poignet de son père est une vraie…. Du côté de Dublin, cette fois, une mère, romancière de son état, attend ses deux grandes filles pour leur rendez-vous annuel autour d’une tasse de thé et d’un cortège de douceurs soigneusement présentées. Là encore, du côté de Lil et de Tim, on se demande comment ce moment va se passer. Dans la maison cossue, ce sont les silences qui occupent l’espace. Enfin, du côté de Paris, Skye et Billy, deux jumeaux, se retrouvent, pour une dernière visite après la disparition accidentelle de leurs parents, dans le bel appartement haussmanien qu’ils occupèrent… Couronné du prestigieux Lion d’or à la dernière Mostra de Venise, Father Mother Sister Brother s’ouvre et s’achève sur le mélancolique Spooky chanté par Anika puis Dusty Springfield, un titre qui donne son atmosphère au quatorzième long-métrage de Jim Jarmush. Après une curieuse variation sur les zombies (The Dead don’t Die en 2019), l’Américain distille un triptyque qui parle, à travers trois histoires différentes, des relations entre des enfants adultes et des parent(s) avec lesquels une distance -impossible, désormais, à franchir- s’est installée. Plus que de développer une intrigue autour d’un quelconque « Famille, je vous hais », cette chronique de la solitude s’attache, sans poser de jugement, à une suite de personnages auxquels une large brochette de comédiens (Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Indya Moore et Luka Sabbat) apportent une belle émotion. Touchant ! (Blaq Out)
JEANNE D’ARC
Enfant pieuse, dévote, aimée et heureuse à Domrémy en Lorraine, la jeune Jeanne assiste au pillage et à la destruction de son petit village. Alors que des soldats anglais massacre les villageaois, la sœur de Jeanne la cache dans un placard et lui fait un rempart de son corps. Jeanne est alors le témoin horrifié, impuissant et traumatisé à vie du viol et du meutre de cette sœur qu’elle adore. Un dégoût viscéral des Anglais s’installe alors dans son âme. Elle peine à donner un sens et à faire la part des choses entre cette épreuve traumatisante, son imagination fertile, sa conscience, ses discours intérieurs, ses pulsions de vengeance, son amour de Dieu et des hommes, les messages de la Bible et ses visions. Tout la convainc que Dieu la charge de chasser les Anglais hors de France et de faire sacrer le dauphin Charles VII roi de France en la cathédrale de Reims. Sa détermination communicative suffit à galvaniser les armées et les seigneurs vassaux du roi de France et à bouter les Anglais hors de France. La maison capétienne de Valois profite de la notoriété de Jeanne d’Arc pour légitimer de façon divine le sacre du dauphin Charles VII, unifier la France et se débarrasser des Anglais, avant d’abandonner cette héroïne devenue embarrassante. Elle est laissée aux Bourguignons qui la jugent hérétique puis la vendent aux Anglais. Commence alors le procès. Jeanne d’Arc est seule et doute de certains épisodes de sa vie : sont-ils des coïncidences hasardeuses qu’elle a confondues avec des signes de Dieu ? Les Anglais la brûlent vive le 30 mai 1431 en la place publique du Vieux-Marché à Rouen. Lorsqu’il entreprend le tournage de sa Jeanne d’Arc, Luc Besson est le cinéaste fêté qui vient de cartonner avec Léon (1994) et ses 3,5 millions de spectateurs puis avec Le cinquième élément (1997) qui a, lui, réuni 7,7 millions de spectateurs. Après ses personnages de fiction, il s’attaque à un légende et un personnage que le cinéma a souvent abordé. Loin de Falconetti, de Dreyer et du Procès de 1928, Besson trouve, ici, matière à une forte épopée historique, à un grand spectacle guerrier et cruel au coeur duquel se développe la destinée unique de la Pucelle d’Orléans. Le cinéaste du Grand bleu en profite pour donner le portrait d’une adolescente fragile et bouleversée qui se transforme en femme forte, bien décidée à changer le cours du monde dans lequel elle vit. Présenté dans une édition limitée 4K Ultra HD, Jeanne d’Arc fait la part belle tant au questionnement sur le religieux et le divin qu’aux batailles très violentes dans lesquelles Jeanne passe comme un être halluciné. Besson a confié le rôle à Milla Jovovich et la comédienne de 24 ans apparaît complètement habitée par sa Jeanne. Autour d’elle, sur une musique de l’incontournable Eric Serra, gravitent la crème du cinéma international avec John Malkovich (Charles VII), Faye Dunaway (Yolande d’Aragon) ou Dustin Hoffman (la conscience de Jeanne) mais aussi de bons comédiens français comme Tchéky Karyo (Dunois), Vincent Cassel (Gilles de Rais) ou Pascal Greggory (le duc d’Alençon). Dans les suppléments, on trouve Sur les traces de Jeanne, le making of (86 mn) réalisé par Laurent Lufroy et Luc Besson ainsi que des entretiens avec Gérard Krawczyk, directeur de la seconde équipe (25 mn), Thierry Arbogast, directeur de la photographie (8 mn), Sylvie Landra, chef monteuse (16 mn), Catherine Leterrier, chef costumière (28 mn), Hugues Tissandier, chef décorateur (33 mn), Bruno Tarrière, ingénieur son (35 mn) et André Labbouz, directeur technique (5 mn). (Gaumont)
MARSUPILAMI
Pour sauver son emploi, David Ticoule accepte de ramener un mystérieux colis d’Amérique du Sud pour le compte de son patron Jeffrey Malone. Il se retrouve à bord d’une croisière avec son ex-petite amie Tess, leur fils Léo (qui a souffert de la rupture de ses parents) et son collègue Stéphane Buisson, aussi benêt que maladroit, dont David se sert pour transporter le colis à sa place. Entre la récupération du colis et le début de la croisière, l’équipe rencontre Ricky Salsa, ex-membre d’un duo de boys band devenu un chanteur solo has-been, et se retrouve suivie par Pablito Camaron, qui semble vouloir s’approprier le colis. Tout dérape lorsque Stéphane l’ouvre accidentellement… Un bébé marsupilami apparaît ! David cherchera à tout faire pour préserver le secret du colis, mais cela est-il seulement possible lorsque le voyage vire au chaos ? L’animal imaginaire inventé par Franquin en 1952 et devenu une vedette de la bande dessinée franco-belge, avait connu une première adaptation en 2012 avec Sur la piste du Marsupilami. Alain Chabat était à l’écriture, à la production, à la mise en scène sans oublier le jeu puisqu’il incarna le journaliste-reporter Dan Geraldo, ex-vedette de la télévision sur le point d’être licencié… Cette fois, c’est Philippe Lacheau qui est, notamment, à l’écriture du scénario et à la réalisation, tout en jouant également dans ce Marsupilami puisqu’il interprète David Ticoule. C’est Pathé, déjà producteur de Sur la piste…, qui a proposé à Lacheau de reprendre le personnage. Le réalisateur-comédien qui sortait du succès d’Alibi.com 2, a donc embarqué la « bande à Fifi » dans l’aventure. Si on peut préférer la manière dont Chabat a traité le sujet, il faut reconnaître que le style rentre-dedans de cette nouvelle équipe fonctionne plutôt bien. On joue volontiers sur les clins d’oeil, les références (ah, E.T. et Spielberg!) et un côté « comédie débile » qui est la signature de la « bande à Fifi ». Pour faire le lien entre les deux films, on retrouve, ici, Jamel Debbouze qui reprend le personnage de Pablito Camaron. Autour de lui, la « bande à Fifi » est à l’oeuvre avec Philippe Lacheau, Tarek Boudali, Élodie Fontan, Julien Arruti, Alban Ivanov, Reem Kherici… Pour sa sortie en salles, Marsupilami a rassemblé 6,2 millions de spectateurs. (Pathé)
LA CRISE EST FINIE
Une troupe théâtrale rôde en province sa nouvelle revue, Mille jambes nues, mais se retrouve en panne à Périgueux, victime des caprices de la vedette, Lola Garcin, puis abandonnée par le producteur. Marcel, le musicien; Nicole, la débutante-doublure de Lola et Olga, une star sur le retour, prennent les choses en main. Le groupe monte à Paris dans l’espoir de s’y produire, attend tout de la capitale et le chante (« On ne voit ça qu’à Paris »). C’est pourtant la désillusion : l’argent et l’enthousiasme manquent. La crise est générale et il faut avoir recours à diverses combines à la limite de la malhonnêteté. Grâce à Olga et à la complaisance d’une concierge qui se souvient d’elle, on peut vivre dans un théâtre vide et répéter… sans piano. Vendeur d’instruments de musique, M. Bernoullin serait prêt à en céder un si Nicole acceptait de passer une soirée avec lui. Mais Marcel met le holà et Olga achète un instrument avec ses économies. Bernoullin veut se venger et la troupe est obligée de le séquestrer afin de poursuivre, dans la fébrilité, les répétitions de sa nouvelle revue, La crise est finie !, cri de défi lancé à la morosité ambiante. Heureusement, l’obstination et la chance paient. Le public vient en masse à la première. Marcel, Nicole et leurs amis pourront savourer leur succès. Né à Memphis, Tennessee en août 1900 dans une famille juive originaire de Pologne, Robert Siodmak retourne, à l’âge d’un an, vivre en Allemagne avec ses parents. Il y travaille comme metteur en scène et banquier avant de devenir scénariste pour le réalisateur Curtis Bernhardt en 1925. Quatre ans plus tard, il réalise son premier film muet, Les hommes le dimanche, avec l’aide au scénario de son frère Curt et de deux débutants, célèbres par la suite, Billy Wilder et Fred Zinnemann. L’arrivée au pouvoir des nazis en 1933 pousse Siodmak à l’exil. Il se rend tout d’abord à Paris, où il réalise plusieurs films dont La crise est finie (1934) et La vie parisienne (1936), avant de s’envoler vers Hollywood. Où il fera une belle carrière, signant ainsi, en 1946, Les tueurs avec Burt Lancaster et Ava Gardner, considéré comme l’un des fleurons du film noir américain. Avec une belle photographie d’Eugen Schüfftan, le chef-op du Metropolis de Lang, Siodmak signe une comédie musicale « à la française » (musique et chansons de Jean Lenoir et Franz Waxman, le musicien de Rebecca de Hitchcock et de Boulevard du crépuscule de Wilder) qui fait la part belle au duo Danielle Darrieux – Albert Préjean. (Gaumont)
DREAMS
Quelque part aux Etats-Unis, un semi-remorque est arrêté au bord d’une route. La nuit tombe et on entend de faibles cris. « Laissez-nous sortir ! » Un type fuit dans la campagne. En stop, ce jeune homme rejoint San Francisco. Il trouve les clés d’une belle demeure, entre, ouvre le frigo, dévore quelques myrtilles alors que la porte s’ouvre. Une belle jeune femme interroge : « T’es venu comment ? » avant de partager une forte étreinte avec lui… Jennifer McCarthy est décidée à soutenir son jeune amant. Talentueux danseur de ballet originaire du Mexique, Fernando Rodriguez rêve de reconnaissance internationale et aussi d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il a quitté clandestinement son pays. Avec Dreams, son dixième film, le cinéaste mexicain Michel Franco souhaitait proposer une réflexion sur le pouvoir, la violence et la cruauté. Un sujet d’une vibrante actualité dans l’Amérique d’aujourd’hui. Mais Dreams prend la forme d’un drame familial où s’affrontent Fernando et Jennifer. L’arrivée du jeune danseur bouleverse le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu’elle s’est construite. Quant à Fernando, il veut gravir les marches de la notoriété et à sortir de l’ombre dans laquelle Jennifer voudrait le garder… En développant les conflits intérieurs qui agitent ses deux personnages centraux, Michel Franco semble diluer son propos sur les inégalités sociales et le drame d’un immigrant même si, in fine, par un rebondissement qu’on se gardera de révéler ici, le couple sera terriblement secoué… Avec énergie, Jessica Chastain incarne cette Jennifer à laquelle son père lance : « Que tu aides des immigrés, entendu mais il y a des limites ! » Face à la rousse star américaine, c’est le danseur de ballet mexicain, actuellement à l’American Ballet Theatre de New York, Isaac Hernandez qui joue Fernando dont l’existence passe par des motels où il fait le ménage et les scènes où il montre ses talents de soliste dans Le lac des cygnes de Tchaïkovski ou Roméo et Juliette de Prokofiev. (Metropolitan)
LA LIT A COLONNES
Dans les années 1880, dans la province française, Clément Porey-Cave règne sur la maison d’arrêt de Meu. C’est un homme terne et aigri, déplaisant et funèbre. Chez lui, Madeleine sa femme, soumise à son autorité, baisse la tête. C’est une femme désabusée qui ne s’occupe que de ses plantes et de sa fille, Marie-Dorée. Celle-ci craint son père, bien qu’elle trouve grâce à ses yeux. Pour passer le temps et l’ennui, elle joue du piano, ce qui agace son père et tricote des écharpes pour les prisonniers en particulier pour « un jeune homme » qu’elle entend chanter. Par désœuvrement et pour rompre un peu la monotonie de la vie de province, Porey-Cave fréquente mademoiselle Yada, celle qu’il appelle son « aventure » et qui habite la ville voisine dans un appartement de deux pièces meublées en style tunisien. Pour ne pas divulguer son intrigue, il a pris la précaution de se faire appeler monsieur Alfred. Au Grand Café, où se réunissent les notables, et où la belle et insolente Yada passe son temps, Porey-Cave compte un jeune rival : Jacquot, le violoniste chef d’orchestre très apprécié des femmes et dont Yada est amoureuse parce que, lui, est un artiste. Vieux jaloux, Porey-Cave ne cesse de se lamenter de son triste sort, alors qu’il voudrait être aimé et admiré à l’égal de Jacquot : un musicien ! Le directeur convoque Rémi Bonvent, un jeune paysan emprisonné pour vingt ans, pour avoir tué accidentellement un garde-chasse une nuit de braconnage. Porey-Cave l’autorise à s’adonner à son activité favorite, la chanson mais aussi à composer des airs qu’il lui promet de conserver jusqu’à sa sortie de prison, afin, prétend-il, de lui assurer un avenir une fois la liberté retrouvée. De fait, le directeur va s’approprier la musique de Bonvent qui rencontre un vif succès. Sur un scénario de Charles Spaak d’après un roman de Louise de Volmorin, Roland Tual, le producteur de La bête humaine de Renoir et de Remorques de Grémillon, passe à la réalisation en 1942, dans la France de Vichy qui déréalise le cinéma pour privilégier le divertissement. Ici, Tual donne un film assez kitsch qui repose sur une sacrée affiche avec Fernand Ledoux, le directeur de prison voleur de succès musical, entouré d’Odette Joyeux, Jean Marais, Jean Tissier, Pierre Larquey ou Mila Parély… (Gaumont)
TAFITI
Jeune suricate, Tafiti a été élevé dans le respect strict des règles de survie de son clan : ne jamais se lier d’amitié avec des étrangers, car le désert est un environnement dangereux. Pourtant, sa rencontre avec Poilou, un cochon sauvage aussi sympathique qu’attachant, va bouleverser ses certitudes. Quand son grand-père est mordu par un serpent venimeux, Tafiti doit partir seul à la recherche d’une fleur légendaire aux pouvoirs miraculeux, qui pousse au-delà des terres arides qu’il connaît. Cette quête périlleuse l’oblige à quitter son foyer et à affronter un monde inconnu, peuplé de dangers et de rencontres imprévues. Malgré sa détermination, Poilou le suit discrètement et devient son compagnon d’aventure, malgré lui. Première adaptation cinématographique d’une série de livres pour enfants très populaire en Allemagne, Tafiti, réalisé par Nina Wels, aborde des thèmes comme l’amitié et la remise en question des préjugés, le courage et la confiance en soi, l’entraide et la famille ou encore la découverte de l’inconnu et de la diversité des espèces animales. S’adressant à un public familial avec de jeunes enfants (à partir de 3 ans), le film, avec un ton doux et accessible et une animation colorée et fluide, respecte les codes du cinéma d’aventure et distille un message universel sur l’ouverture à l’autre… (Blaq Out)
RETOUR À SILENT HILL
Homme brisé par la perte de Mary, son grand amour, James Sunderland reçoit une mystérieuse lettre de sa part. Cette lettre l’attire vers Silent Hill, une ville autrefois familière mais désormais plongée dans les ténèbres. En cherchant Mary, James affronte des créatures cauchemardesques et découvre une vérité terrifiante qui le pousse au bord de la folie. En 2006, Christophe Gans réalisait Silent Hill, une adaptation du jeu vidéo éponyme, réputé pour avoir révolutionné le jeu d’horreur par son approche psychologique de la peur. Le réalisateur fêté du Pacte des loups (2001) est revenu au survival horror avec une adaptation du jeu vidéo Silent Hill 2, considéré comme l’un des épisodes les plus marquants de la saga. Avec Jeremy Irvine et Hannah Emily Anderson dans les rôles principaux, le film mêle horreur psychologique, cauchemars et atmosphère oppressante, avec des références aux éléments cultes de la saga, comme Pyramid Head. (Metropolitan)
UN FAUSSAIRE DE GENIE ET LES SUPERBES SONS DES VOSGES 
L’AFFAIRE BOJARSKI
Connaissez-vous Czesław Bojarski, contrefacteur de billets de banque surnommé le « Cézanne de la fausse monnaie » ? De fait, cet homme discret était un illustre inconnu pour la plupart des spectateurs de L’affaire Bojarski ! Il y a pourtant, dans la vie de ce faussaire de génie, de quoi alimenter le scénario d’une belle reconstitution d’époque sur la beauté de l’art du faux. Jean-Paul Salomé nous embarque donc dans l’existence d’un type couleur de muraille qui, brillant faussaire, donna, des années durant, la migraine aux responsables de la Banque de France. La vie du singulier Bojarski ne fut pas un long fleuve tranquille même s’il s’appliqua à toujours passer pour un brave père de famille vivant, chichement, dans la région parisienne avec sa femme Suzanne et ses deux enfants. Dans une aventure dense et souvent palpitante, Bojarski va jouer au chat et à la souris avec les autorités, notamment le commissaire Mattei, un flic volontiers « médiatique », pour lequel la traque du faussaire va devenir une redoutable obsession. En suivant les pérégrinations de Bojarski à travers la France où il va, de buraliste en buraliste, acheter le papier à cigarettes OCB indispensable à ses « créations », le cinéaste installe une atmosphère à la Simenon. Le tout en jouant avec les codes du film noir, à l’instar de cette séquence nocturne à Vichy où Bojarski, sans doute poussé par une soif de reconnaissance, va, pendant une conversation au bar d’un hôtel, « défier » le policier qui le traque depuis des mois et des années… L’affaire Bojarski nous entraîne dans une aventure originale autour d’un artiste talentueux taraudé par le désir de voir reconnaître son génie. Au risque évident de se mettre en danger. Bojarski marquait sciemment ses faux billets grâce à de minuscules différences qui sont autant de signatures. Tout en donnant à voir avec précision les étapes du travail de faussaire avec son atelier caché dans un cabanon au fond de son jardin, ses plaques gravées, ses presses, son papier, ses encres, le film s’attache tout autant à la personnalité d’un artiste que l’excellent Reda Kateb fait vibrer avec brio dans ses creux, ses doutes, ses silences et évidemment dans l’immense solitude qui habitait Bojarski. Venu en France pendant la Seconde Guerre mondiale où il aida des Juifs en fabriquant de faux papiers, Bojarski connut le rejet et le mépris. Ce qui explique aussi comment il s’appliqua à « recycler » son génie. « La France ne voulait pas de nous, rigole son ami Dow, alors tu t’en es pris à son pognon ! » Enfin, cette histoire authentique mais au fort potentiel romanesque, repose sur deux couples. Celui, amoureux, de Bojarski et de sa femme Suzanne (Sara Giraudeau) qui tremble toujours à l’idée que son mari puisse se faire prendre et sur celui constitué par le faussaire et le flic qui le traque. Bojarski trouve, dans le « melvillien » Mattei (Bastien Bouillon épatant avec sa diction à la Paul Meurisse), l’écho d’une fascination qui l’inquiète tout en le confortant dans la reconnaissance de son art. Les ultimes minutes du film montrent le vrai Bojarski au travail. On voit un petit homme maigre travailler avec minutie à son grand œuvre. (Le Pacte)
LE CHANT DES FORÊTS
La brume s’accroche, comme des voiles blancs, aux sombres sapins de la forêt vosgienne. Simon Munier, 12 ans, le fils de Vincent, le réalisateur du Chant…, est à l’affût, les, les yeux et les oreilles aux aguets, les sens en éveil pour voir furtivement passer un écureuil ou un cerf. Plus tard, dans une cabane qui ressemble à celles des contes de fées, Simon écoute son grand-père Michel parler d’un monde sauvage et invisible mais qui laisse des traces. Michel Munier se souvient avec émotion de la fin des années soixante quand il avait observé, dans les hautes neiges des Vosges, l’apparition furtive d’un grand tétras. « Mais t’as rêvé ! » L’image de cet oiseau fantôme, désormais disparu des Vosges à cause des changements climatiques, est devenue une obsession : « Me rendre plus invisible, plus fantôme que lui », dit encore le vieil homme barbu. Et d’évoquer ce poète russe qui disait du cri guttural du grand tétras que c’était « l’esprit de la nuit qui appelle le jour ». Second long-métrage de Vincent Munier après La panthère des neiges (2022) qui lui valut un César du meilleur documentaire, Le chant des forêts est un magnifique poème visuel et sonore. Car, si les images sont superbes (ah, les deux biches et le cerf se croisant dans un étang embrumé!), les sons sont remarquables parce qu’ils laissent une grande place à l’imaginaire. A l’âge de son fils Simon, le Spinalien Vincent Munier avait suivi son naturaliste de père dans les affûts et pris le virus de la nature sauvage dont il est dit, au générique de fin, qu’elle n’est pas qu’un spectacle mais avant tout une vie partagée. De fait, ce documentaire immersif qui capte, avec une fulgurante beauté, la vie animale et végétale dans les forêts du massif des Vosges, est aussi une affaire de transmission. Michel, Vincent et Simon Munier observent et célèbrent la nature mais ils attirent aussi, avec force, l’attention sur sa fragilité. Vu par près de 1,3 million de spectateurs dans les salles françaises et également couronné d’un César du meilleur film documentaire et d’un César du meilleur son, Le chant des forêts permet d’approcher, jusqu’au très gros plan, des cerfs en plein brame, des chouettes, des hiboux, des chamois, des rapaces, des oiseaux chanteurs, des renards ou encore un lynx emportant sa proie. Alors, il s’agit de rester là, d’écouter et de voir… peut-être. Et parce que le grand tétras est devenu un animal quasiment mythique, le trio Munier décida d’un voyage en Norvège pour, peut-être l’approcher. Dans les vastes espaces forestiers scandinaves, Simon trouva d’abord une plume de queue. Et puis le légendaire oiseau entra en scène ! Magnifique et puissant bec blanc, œil orange, plumage noir marqué de rouge et grande queue en éventail ! Film animalier et… pictural aux images merveilleuses certes, Le chant des forêts est plus que cela. C’est une célébration humaniste et contemplative d’une nature qui peut se révéler magique pour peu qu’on l’aime et qu’on la respecte. Dans les suppléments du dvd, on trouve un entretien (28 mn) avec Vincent Munier et quinze minutes de scènes inédites. Sur le Blu-ray, s’ajoutent un livret de 24 pages et cinq cartes postales. (Blaq Out)
MARCEL ET MONSIEUR PAGNOL
Marcel Pagnol n’est pas heureux. Pire, il se sent vieux. Alors, enfermé dans son bureau, l’académicien bricole une machine au mouvement perpétuel et ronchonne : « Ici, au moins, les lettres françaises me foutront la paix ! » Un jour de 1956, il rencontre Pierre Lazareff. Le mythique patron de France-Soir est accompagné de son épouse Hélène qui dirige Elle et qui lui propose d’écrire un feuilleton littéraire pour son magazine. Pour raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours. En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, en version plus jeune de lui, apparaît soudain à ses côtés. Marcel Pagnol est alors au faîte de sa gloire et il va s’immerger dans ses riches souvenirs… Depuis le beau succès des Triplettes de Belleville (2003), on connaît le cinéma de Sylvain Chomet. Avec Marcel et Monsieur Pagnol, le cinéaste fait la part belle au plus grand conteur de tous les temps en lui offrant de devenir le héros de sa propre histoire. Cette aventure-là, c’est celle de la littérature, du théâtre et enfin du cinéma. Pour le petit Marcel, le vieil homme va se mettre à explorer sa vie et à revivre les plus belles rencontres et les plus beaux souvenirs. Reviennent ainsi la table familiale, un père pauvre mais honnête, une mère trop tôt disparue et un gamin en colère à qui la pratique de la boxe vaudra un nez cabossé. Voilà Pagnol prof d’anglais muté à Paris, vivant dans un hôtel de passe avec le moral dans les chaussettes. Un ami l’entraînera à une soirée où Pagnol rencontre Orane Demazis et tombe sous son charme… Contacté par deux producteurs pour confectionner quelques parties animées dans un documentaire sur Pagnol, Chomet a constaté que seules les séquences animées suscitaient l’intérêt. De là à écrire un biopic entièrement animé, il n’y a qu’un pas… Réalisée pour la première fois en numérique, voici une aventure humaine dans laquelle on plonge avec un vrai plaisir tant le dessin est plaisant et l’animation élégante. Ensuite, il suffit de se laisser emporter, au gré des pièces de théâtre, des amours du maître ou de l’invention du cinéma parlant dans le sillage de personnages (forcément) truculents. On aime entendre le grondement de Raimu quand il déclare : « Je vais te le faire ton boulanger cocu ! » ou encore qu’avec le Marius de Pierre Fresnay, « un Alsacien peut faire un bon Marseillais… » On aime écouter aussi, avec l’accent, Pagnol (avec la voix de Laurent Lafitte) dire : « Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers… » Voilà du cinéma qui fleure bon le soleil de la garrigue ! (Wild Side)
ENTRE LE CIEL ET L’ENFER
Industriel au sein d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens afin de racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. Il apprend alors que son fils Jun a été enlevé et qu’une rançon est exigée. Se produit alors un véritable coup de théâtre: ce n’est pas Jun mais Shinichi, le fils de son chauffeur, qui a été kidnappé. Gondo est désormais face à un dilemme : doit-il dépenser toute sa fortune pour sauver l’enfant d’un autre ? S’ouvrant dans un huis-clos dans une luxueuse villa qui domine Yokohama, le film s’attarde auprès d’un homme d’affaire qui s’interroge. Et puis l’action se met en branle avec une enquête policière qui parcourt une ville glaçante… Considéré comme l’un des cinéastes les plus célèbres et influents de l’histoire du cinéma, le Japonais Akira Kurosawa (1910-1998) a tourné, en 57 ans de carrière, plus d’une trentaine de films. Essentiellement connu pour ses grandes fresques féodales (Rashômon en 1950, Les sept samouraïs en 1954 ou Kagemusha en 1980 qui lui vaudra la Palme d’or à Cannes), Kurosawa est également l’auteur d’une série de remarquables films noirs, ancrés dans le Japon contemporain. Interprété par les stars Toshiro Mifune (qui sera aussi, en 1965, le héros du Barberousse de Kurosawa) et Tatsuya Nakadai, Entre le ciel et l’enfer, disponible pour la première fois en Blu-ray 4K Ultra HD, est une brillante réflexion sur la morale et le capitalisme, très librement adapté du roman Rançon sur un thème mineur de l’Américain Ed McBain. Dans les suppléments, on trouve Le suspense selon Kurosawa (37 mn) qui présente des souvenirs du tournage d’Entre le ciel et l’enfer par les membres de l’équipe du film, illustrés de nombreuses archives. Entre le ciel et l’enfer selon Jean Douchet (15 mn) permet en 2006, au fameux critique et historien du cinéma (1929-2019) de livrer une analyse du chef-d’œuvre de Kurosawa, l’un des plus beaux polars au monde selon lui. Enfin Tension et grâce (10 mn) est un essai vidéo du film par Nicolas Saada, réalisateur et scénariste (Taj Mahal, Thanksgiving) qui observe : « Entre le ciel et l’enfer est une leçon de cinéma. […] Il y a cet équilibre entre grâce et gravité, entre beauté et noirceur. » (Carlotta)
LES ECHOS DU PASSÉ
Alma grandit dans une famille de propriétaires terriens peu avant la Première Guerre mondiale dans l’Empire allemand. Les parents de la fillette de sept ans sont taciturnes et le quotidien de la famille marqué par la religiosité et les superstitions. Un jour, Alma découvre grâce à une photographie post-mortem qu’elle a été nommée d’après sa sœur décédée. La famille a mis en scène un « accident du travail » pour éviter que Fritz, le frère aîné d’Alma, ne soit envoyé à la guerre. La domestique Trudi, qui, comme beaucoup d’autres servantes, a été stérilisée de force par son employeur, s’occupe avec dévouement de Fritz, qui a été amputé d’une jambe à la suite de l’« accident ». Erika vit à la ferme dans les années 1940 alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage. Elle se perd dans une curiosité et une fascination érotiques pour son oncle Fritz, « invalide de guerre ». Elle réalise d’innombrables dessins de cet homme alité et simule elle-même une amputation. Angelika, avide de vivre, vit à la ferme à l’époque de la RDA dans les années 1980 et est prisonnière d’une excentrique famille d’agriculteurs. Elle est la fille d’Irm, la sœur blonde d’Erika. La sexualité naissante d’Angelika attire l’attention de son oncle Uwe. Mais Rainer, fils d’Uwe et cousin d’Angelika, éprouve également des sentiments pour elle. Dans les années 2020, Nelly, originaire de Berlin, arrive avec sa sœur aînée Lenka et ses parents dans la ferme à présent délabrée et presque vide, que les parents souhaitent rénover eux-mêmes. Lenka se lie d’amitié avec Kaya, une fille du quartier. Un jour, un événement tragique se répète dans la ferme. Les frontières entre le passé et le présent vont s’estompent complètement… Présenté en compétition officielle au festival de Cannes 2025, In die Sonne schauen (en v.o.) a remporté le prix du jury, ex æquo avec Sirāt d’Óliver Laxe. Masha Schilinski signe un puissant drame historique qui suit les destinées de quatre jeunes filles (Alma, Erika, Angelika et Lenka) qui vivent à des époques différentes sur la même ferme isolée dans l’Altmark, dans l’Allemagne du Nord. Alors que les générations s’enchaînent, la ferme conserve la mémoire des drames silencieux, des non-dits familiaux et des cicatrices du passé. Dans un cinéma à la fois miroir et portail vers un large univers de sentiments, la cinéaste franco-allemande distille un univers poétique tout en retenue formelle. Sur plus d’un siècle et jusqu’à nous, se développe un récit comme hanté autour d’Alma (Hanna Heckt), Angelika (Lena Urzendowsky), Lenka (Laeni Geiseler) et Erika (Lea Drinda) investissant, tour à tour, une vaste demeure et une terre qui les relie à travers le temps. La cinéaste compose des images quasiment spectrales au service de thèmes comme la douleur fantôme ou le corps des femmes, jeunes ou vieilles. Une œuvre à la fois irréelle, inquiétante et donc fascinante. Dans les suppléments, un entretien avec la réalisatrice Masha Schilinski. (Diaphana)
MACHO DANCER
Après le départ de son riche amant américain, le jeune Pol décide de suivre son ami Greg à Manille, afin de subvenir aux besoins de sa famille. Là-bas, il fait rapidement la connaissance de Noel, un call-boy, adepte du « macho dancing », qui le prend sous son aile et lui trouve une place dans un club gay de la capitale. Alors qu’il découvre le monde interlope du striptease masculin, entre trafic sexuel, drogue et corruption policière, Pol fait la rencontre de Bambi, une prostituée proche de la bande des « macho dancers »… Voici une exclusivité mondiale que l’on doit à Carlotta Films qui s’est fait, entre autres, une spécialité du cinéma asiatique et, pour l’occasion du cinéma philippin. Cela à travers de l’une de ses plus illustres figures. Disparu à l’âge de 52 ans dans un accident de voiture, Lino Brocka (1939-1991) a tourné une soixantaine de longs-métrages dont certains comme Manille (1975) ont eu une sortie internationale. Grâce au Festival de Cannes, on découvrit aussi, en 1978, Insiang, premier film philippin sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. En 1980, Jaguar fut présenté en sélection officielle puis Bona (1980) à la Quinzaine des réalisateurs 1981. Réalisé en 1988 et invisible depuis sa sortie, Macho Dancer (inédit en Blu-ray, dans une version non censurée et présenté dans une nouvelle restauration 4K) est un mélodrame social doublé d’un authentique acte de résistance politique pour ce cinéaste engagé, clamant ouvertement son homosexualité dans une société conservatrice. Macho Dancer s’affirme comme l’un des longs-métrages les plus audacieux et controversés de Lino Brocka qui signe un témoignage brut, qui évoque par moments les premiers films de Martin Scorsese, et demeure un jalon du cinéma queer asiatique. Dans les suppléments, on trouve, avec Corps politiques (35 mn), un entretien inédit avec Nick Deocampo, cinéaste, producteur, historien, écrivain et enseignant à l’Université des Philippines. « Le bar gay, dit-il, n’est pas différent d’une usine. Mais le bien de consommation, c’est le corps humain et non la machine. » Enfin, Oliver (1983, 40 mn) est un film de Nick Deocampo sur le quotidien d’un jeune homme qui subvient aux besoins de sa famille en se travestissant dans les bars gays de Manille. (Carlotta)
LOS TIGRES
Plongeur professionnel, surnommé « le Tigre », Antonio travaille principalement au port de Huelva, en Andalousie, dont une grande partie de l’activité est liée à l’industrie pétrolière. Il vit avec sa sœur cadette Estrella qui, bien qu’elle éprouve beaucoup d’affection pour lui, lui en veut également depuis l’enfance de s’être fait passer comme meilleur plongeur qu’elle, suite à un défi lancé par leur père. Estrella, qui a une formation en biologie marine, et bien qu’elle assiste quotidiennement son frère dans son travail, envisage secrètement de postuler pour un emploi à la réserve naturelle de Vigo. Lors d’une plongée sous le pétrolier Delphos, Antonio découvre dans l’un des conduits d’aération du bâtiment, un petit chargement de cocaïne, information que son supérieur lui demande de passer sous silence. Toutefois, Antonio y voit une opportunité d’améliorer son sort : en effet, il est en grande difficulté dans sa vie personnelle depuis son divorce, son ex-épouse lui reprochant de ne lui verser aucune pension alimentaire pour s’occuper de leurs deux filles. Antonio envisage alors de voler une partie de la drogue découverte et de la revendre afin de reverser une partie de l’argent à ses filles et de garder le reste pour ouvrir une école de plongée. Mise au courant de cette idée, Estrella la rejette dans un premier temps, avant de l’accepter en l’amendant : pour éviter que le vol ne soit découvert, Antonio devra prélever à l’aide d’un dispositif spécial une petite partie de la drogue lors de plusieurs plongées, en veillant à éteindre sa caméra le moment venu afin que son supérieur ne se doute de rien… Révélé à l’international avec La Isla minima (2014), palpitant et remarquable thriller dans l’Espagne post-franquiste, le cinéaste sévillan Roberto Rodriguez plante le décor de son nouveau film policier dans l’impressionnant univers industriel d’Huelva. Avec un petit côté braquage… sous-marin, Los Tigres met en scène un frère et une sœur qui s’aiment autant qu’ils se détestent, autrement dit deux personnages tourmentés aux prises avec leurs traumatismes du passé. D’ailleurs, le film, qui contient cependant nombre de séquences très spectaculaires, s’intéresse essentiellement aux rivalités entre Antonio (l’excellent Antonio de la Toore, déjà présent dans La Isla…) et Estrella (Barbara Lennie), deux êtres qui ont bien du mal à trouver leur place dans le monde… (Le Pacte)
DE L’EAU TIEDE SOUS UN PONT ROUGE
Avant de mourir, un vieux clochard philosophe livre son secret à Yosuke Sasano, un quadragénaire qui vient d’être licencié de son travail. Il a caché un bouddha en or, volée dans un temple de Kyoto, dans une jarre cachée dans une maison située dans un village lointain, et il lui en fait cadeau. Récemment séparé de sa femme, Yosuke est fatigué par la vie citadine. Comme son travail ne le retient plus à Tokyo, il décide de quitter la capitale pour se rendre dans la ville portuaire de Noto et tenter de retrouver le trésor du vieux clochard. Sur place, il croise Saeko Aizawa, une jeune femme qui vit là avec sa grand-mère. Saeko a le pouvoir de faire s’épanouir les fleurs en dehors des saisons et de faire venir les poissons par l’eau qu’elle fait jaillir de son corps lorsqu’elle éprouve le plaisir charnel. Chaude lapine, la sensuelle Saeko saute sur le visiteur et le force à faire l’amour. Au moment de l’orgasme, un geyser jaillit d’elle. Sous le charme de Saeko, Yosuke tombe amoureux et va découvrir peu à peu les secrets de son passé. Cinéaste d’un certain réalisme magique, Shohei Imamura (1926-2006) s’est souvent penché dans un cinéma qui mêle la fantaisie avec un baroque provocant, sur les déclassés de la société, les prostituées et, ici, une femme qui explose littéralement de sensualité. Titulaire de deux Palmes d’or cannoises (La ballade de Narayama en 1983 et, ex-aequo avec Le goût de la cerise de Kiarostami, pour L’anguille en 1997), Imamura signe, en 2001, avec De l’eau tiède…, son ultime long-métrage. Dans une mise en scène de belle facture, l’impertinent maître japonais donne le portrait poétique, doucement subversif, surréaliste et parodique d’une femme fontaine aux pouvoirs miraculeux. Présenté en compétition officielle à Cannes 2001, De l’eau tiède… est une superbe fable ! « Si d’aucuns disent que le XXIe siècle sera celui de la science et de la technologie, je pense qu’il sera aussi celui de la femme », professe Imamura à la sortie de son dernier film. Ode malicieuse à la femme et au plaisir sexuel, cette histoire d’eau, où l’on croise aussi une grand-mère liseuse d’avenir et un marathonien sénégalais parlant japonais, mêle délires poétiques, érotiques, et péripéties rocambolesques. D’une vitalité lumineuse et insolente ! (Roboto Films)
UNE ENFANCE ALLEMANDE : ILE D’AMRUN, 1945
En 1945, durant les dernières semaines de la Seconde Guerre mondiale, dans un petit village de l’île d’Amrum, au large des côtes allemandes de la mer du Nord, Nanning Bohm, douze ans, l’aîné de sa famille, travaille dans les champs de pommes de terre ou ramasse du bois flotté pour se chauffer et aider sa mère à nourrir les siens. Fervente nazie, elle est largement enceinte. Le gamin, sa tante Ena et ses deux jeunes frères et sœurs ont dû fuir Hambourg, ville bombardée, pour se réfugier sur l’île. Le père de Nanning est un lieutenant-colonel de la SS et est à la guerre. Son épouse est laissée à elle-même sur Amrum, tandis que les villageois écoutent en secret du jazz interdit à la radio. Alors que la guerre touche à sa fin, Nanning doit faire face à de nouveaux défis. Depuis la naissance de sa sœur et la mort d’Adolf Hitler, sa mère a sombré dans une profonde dépression et refuse de s’alimenter. Nanning cherche des solutions ingénieuses pour satisfaire son envie de pain blanc beurré et tartiné de miel. Las, la guerre a plongé l’île dans une grave pénurie de toutes sortes de ressources. Il tente, par le troc, d’obtenir les ingrédients convoités comme le beurre et le sucre. Voyant arriver des réfugiés de l’est de l’Allemagne puis vivant la fin du conflit, Nanning commence à réaliser que tous les adultes n’ont pas les mêmes valeurs et que l’idéal nazi de ses parents ne va pas de soi. Il découvre que son oncle Théo a été contraint de rester en Amérique à cause des nazis, et que ces derniers ont assassiné sa fiancée, Ruth. Théo lui apparaît en rêve et le confronte : « Tu n’es pas coupable, mais tu es quand même impliqué ». Présenté dans la section Cannes Première au Festival de Cannes 2025, Une enfance allemande… est un récit initiatique qui repose sur les souvenirs d’enfance du comédien et scénariste Hark Bohm, disparu en novembre 2025 peu après la sortie du film. Compagnon de cinéma de Rainer Werner Fassbinder avec lequel il joua dans Le marchand de quatre saisons (1972), Tous les autres s’appellent Ali (1974), Le droit du plus fort (1975), Le mariage de Maria Braun (1979), Lili Marleen (1981) ou Lola, une femme allemande (1981), Böhm croise, ici, la route de Fatih Akin, le réalisateur germano-turc de Head-On (2004), Soul Kitchen (2009) ou In the Fade (2017) qui valut à Diane Kruger, le prix d’interprétation à Cannes. La comédienne fait, ici, une courte apparition en paysanne rebelle. Filmé à hauteur du regard d’un enfant au bord de l’adolescence et dans des lumières froides, cette forte mais néanmoins poétique chronique mêle la beauté rude de paysages balayés par le vent marin et le drame d’un gamin jeté dans un monde façonné par la nécessité de se battre pour survivre et la vague promesse d’une liberté nouvelle. Dans les bonus, un entretien (28 mn) avec Fatih Akin. (Blaq Out)
LE VAURIEN – L’INTÉGRALE
Après avoir passé trois années en prison, Goro, jeune yakuza respectueux d’un code d’honneur en désuétude, cherche à prendre un nouveau départ. Sa rencontre avec la belle Yukiko renforcera sa volonté, mais les liens avec la pègre, le crime et la violence ne se coupent pas si facilement… Pour exorciser ses actes et accéder à une forme de rédemption, il décide de les raconter dans les moindres détails. En adaptant Burai: Aru bōryokudan kanbu no dokyumento, le roman autobiographique, paru en 1967, de Gorō Fujita, ex‑membre des yakuza devenu écrivain, le réalisateur Toshio Masuda donne le coup d’envoi d’un saga culte à l’énergie brute dans laquelle Tetsuya Watari joue un vaurien au grand coeur en compagne de la grande Chieko Matsubara. Célèbre pour avoir co-réalisé en 1970 avec Richard Fleischer et Kinji Fukasaku Tora ! Tora ! Tora ! consacré à l’attaque japonaise contre Pearl Harbour en décembre 1941, Masuda passera ensuite la main à ses confrères Mio Ezaki et surtout Keiichi Ozawa, metteur en scène de quatre des six volets. Totalement invisible en France depuis des décennies, la franchise Burai est composée du Vaurien (1968), Le retour du vaurien (1968), Le vaurien se déchaîne (1968), Mélodie pour un vaurien (1968), La vengeance du vaurien (1968) et Tue, vaurien, tue ! (1969). Cette intégrale est présentée, pour la première fois en France, en édition collector, dans un coffret trois Blu-ray. Dans les suppléments, on trouve un livret avec des essais de Pauline Martyn, Mohamed Bouaouina et Stéphane du Mesnildot sur la saga ainsi que des photos d’exploitation. Pour se plonger (ou se replonger) dans un cinéma d’action nippon qui a largement influencé le cinéma de Quentin Tarantino (notamment pour son Kill Bill) et les films de yakuzas en général… (Roboto Films)
LES CRACKS
Au tout début du 20e siècle en région parisienne, Jules-Auguste Duroc, artisan de formation et bricoleur à ses heures perdues, met toutes ses économies dans l’invention d’un vélo révolutionnaire, doté de plusieurs fonctionnalités jusqu’alors inédites, comme la roue libre permettant de cesser de pédaler notamment dans les descentes. Malgré ses multiples efforts pour trouver un investisseur ou une banque pour financer son brevet et la production industrielle de ses cycles, il se retrouve dans une situation personnelle critique. Criblé de dettes et harcelé par un féroce huissier (Robert Hirsch) qui veut saisir son invention, Duroc n’a plus qu’un espoir, faire remarquer son vélo dans une compétition cycliste internationale. Il songe à la prochaine course reliant par étapes, Paris à San Remo en Italie. Son beau-frère, le trentenaire Lucien Médard, est choisi pour tester la nouvelle bicyclette. Mais sans autre issue pour fuir l’huissier tenace, Duroc se retrouve sous la tour Eiffel, lieu du départ de l’épreuve. Au milieu du peloton, l’inventeur est propulsé dans la course, malgré sa cinquantaine passée. Heureusement, son invention se révèle extrêmement efficace et il commence à remporter des succès au cours de plusieurs étapes. En 1968, Alex Joffé met en scène Bourvil après l’avoir déjà dirigé dans Les hussards (1955), Fortunat 1960), Le tracassin (1961), Les culottes rouges (1962) ou La grosse caisse (1965), des films qui furent tous, à cause de leur interprète principal, de gros succès populaires. Une fois de plus, Bourvil s’empare ici d’un personnage bon comme le pain qui met les rieurs de son côté. Sur le tournage, l’acteur fut victime d’une violente chute qui l’obligea à subir des examens médicaux. A cette occasion, les médecins découvrirent que Bourvil souffrait de la maladie de Kahler qui allait l’emporter en septembre 1970. Dans les suppléments, on trouve Histoire fiction ?, un documentaire sur le cyclisme en 1900. (M6)
QUEERPANORAMA
Un homme enchaine les aventures d’un soir avec des hommes. À chaque nouveau rendez-vous, il se glisse dans la peau de chacun de ses amants, s’appropriant leur personnalité au gré de ses rencontres. Ce n’est qu’en devenant un autre qu’il parvient à être pleinement lui-même… Présenté à la Berlinale 2025, le film du cinéaste hongkongais Li Jun raconte les errances d’un jeune homme homosexuel, crédité sous le simple nom de « Je », au fil de ses rencontres sexuelles et affectives dans un cité de Hong Kong en pleine mutation. Comme un miroir tendu à ce personnage flou et en quête de soi, cette métamorphose identitaire lui permet de se sentir pleinement lui‑même, tout en explorant la solitude des jeunes gays. A travers des fragments d’aventures non chronologiques où la sexualité devient pratique exploratoire et où le désir remplace le dialogue, Li Jun (couronné du prix du meilleur réalisateur aux Golden Horse Film Awards de Taiwan) présente des instants purement physiques et anonymes alors que d’autres sont construits comme des échanges qui raconte l’exil, le deuil, les viols scolaires. Porté par le comédien hongkongais Jayden Cheung (vu dans Moments Fleeting en 2021 et The Moon, Sky and you en 2023), Queerpanorama, en évitant le racolage, est un drame sur l’identité queer mais qui évoque aussi l’impact des applications de rencontres avec ses protagonistes qui se retrouvent via des algorithmes, reflétant la réalité post‑Covid. Par ailleurs, dans une réflexion politique, le film sert d’allégorie à la situation de Hong Kong sous la loi de sécurité nationale, illustrant la tension entre identité personnelle et contexte sociopolitique. Dans les bonus, on trouve des scènes coupées (21 mn). (Blaq Out)
UNE BALLE DANS LA TÊTE
A Hong Kong en 1967, Paul, Ben et Frank sont amis d’enfance. Le jour du mariage de Ben, Frank est agressé par une bande de malfrats. Pour venger son ami, Ben attaque le chef de cette bande et le tue accidentellement. Forcés de fuir Hong Kong, ils partent au Vietnam travailler pour un parrain local. Ils y rencontrent Luke, un tueur eurasien travaillant pour ce dernier, qui leur propose d’organiser le casse d’une réserve d’or que possède son patron. Pour les trois amis, va commencer une descente aux enfers dans les horreurs du crime et de la guerre du Vietnam… En 1989, après une bonne quinzaine de longs-métrages depuis 1974, John Woo va signer The Killer qui sera plus tard considéré, y compris par le cinéaste lui-même, comme son chef-d’œuvre. Dans la foulée de ce succès international applaudi par Martin Scorsese comme Quentin Tarantino, Woo sort, en 1990, ce que beaucoup considèrent comme son chef-d’œuvre maudit, Une balle dans la tête, film très personnel qui est un échec retentissant au box-office (on murmure qu’une allusion au massacre de la place Tien An Men en est responsable) et un gouffre financier pour les studios. Si le film commence de manière assez surprenante, il va rapidement mêler scènes d’action explosives avec des moments de mélancolie sur fond de chaos, d’apocalypse guerrière, d’exactions de gangsters, de fureur inhumaine et de destructions. Ca tire dans tous les coins, ça hurle de tous les côtés et le sang gicle à foison, les bagarres de petits voyous laissant le champ à d’énormes batailles… Une balle dans la tête a, plus tard, été considéré par nombre d’inconditionnels de John Woo comme son œuvre la plus aboutie et la plus violente. (Metropolitan)
GREENLAND : MIGRATION
Après avoir survécu à la collision entre une comète interstellaire et la Terre, la famille Garrity doit quitter le bunker de survivants du Groenland. John, Allison et leur fils Nathan vont alors se lancer dans un périlleux voyage à travers les terres désolées et décimées de l’Europe, pour trouver un nouveau foyer. Sorti en 2026, Greenland : Migration, réalisé par Ric Roman Waugh, est la suite de Greenland : Le dernier refuge, du même réalisateur, sorti en 2020. Déjà, il y a Gerald Butler, révélé au grand public mondial en roi Léonidas dans 300 (2006) et devenu célèbre en incarnant l’indestructible agent Mike Banning dans la trilogie d »action composée de La chute de la Maison Blanche (2013), La chute de Londres (2016) et La chute du Président (2019). Mais le comédien écossais a aussi un côté gros nounours (bien costaud) qui va bien pour le personnage du père de la famille Garrity. Bien sûr, le scénario est sans prétention et n’envisage à aucun moment de revisiter le genre survival. Mais il tient quand même la rampe en étant tout à fait efficace. De plus, la mise en scène ne manque pas de qualité d’écriture. Pour passer un bon moment devant son écran avec cette famille qui bataille pour survivre. (Metropolitan)
LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS
Patron de la brigade des stupéfiants de la police de Hambourg, l’inspecteur Franz Bulon est sous la pression de sa hiérarchie. Enquêtant sur un vaste trafic de drogue, il voit tous ses témoins potentiels assassinés par un mystérieux tueur, qu’il ne parvient pas à arrêter. Mais Franz a d’autres soucis. D’une jalousie maladive, il soupçonne sa femme Lisa, une ex-voleuse, de le tromper et de poursuivre ses activités criminelles. Incapable de la confondre, Bulon propose un marché à Max Lindt, un tueur à gages qu’il vient d’arrêter. Contre sa remise en liberté, il doit supprimer Lisa. À la croisée du giallo italien et du krimi allemand, La morte non ha sesso (en v.o.) occupe une place singulière dans le thriller européen de la fin des années 1960. Réalisé en 1968 par l’Italien Massimo Dallamano, ancien directeur de la photo de Sergio Leone, alors que le giallo cherche encore sa forme définitive, le film mêle enquête criminelle, jalousie, manipulations et meurtres dans une atmosphère tendue et élégante. On y retrouve déjà plusieurs éléments qui feront le succès du genre : sensualité, violence, faux-semblants et suspense omniprésent. Polar noir mêlant trahisons, soupçons et machinations entre bars enfumés, ruelles désertes, jeux d’ombres, ce suspense (inédit en vidéo en France) met en scène des personnages qui semblent tous cacher quelque chose. L’inspecteur est rongé par la jalousie et l’obsession, tandis son épouse, trouble et insaisissable, est au cœur de toutes les ambiguïtés. Les rebondissements s’enchaînent jusqu’au dernier acte, pour un film marqué par l’influence d’Alfred Hitchcock et par une tension psychologique constante. Présenté en haute définition, en combo Blu-ray + DVD, le film est accompagné d’un livret. (Rimini éditions)
L’EUPHORIE AU CHATEAU ET DES CAVALES JAPONAISES 
LA VIE DE CHÂTEAU
Dans la Manche, en juin 1944, Jérôme vit dans son château normand du bord de mer avec sa mère Charlotte. Marie, l’épouse de Jérôme, est la fille de Dimanche, l’ancien métayer du château. Dimanche est aussi le chef du réseau local de la Résistance. Mourant d’ennui dans sa belle demeure, Marie désire ardemment découvrir Paris. Pire, la jeune femme, qui rêve de grands héros, est exaspérée par Jérôme qu’elle trouve mou, empâté et uniquement préoccupé par la végétation environnante endormie. Un soir, Julien Pontaubert, capitaine résistant français, est parachuté d’Angleterre sur le domaine. Il est chargé de la préparation de l’imminent débarquement de Normandie, en délimitant des zones de largage pour les parachutistes américains. Julien fait une cour assidue à Marie, qui voit en lui le héros dont elle rêve. Les Allemands jettent leur dévolu sur le domaine. Jérôme et Marie sont contraints d’héberger le commandant allemand Siegfried Klopstock avec ses soldats. A son tour, Klopstock tente de séduire Marie. Enfin conscient du danger, Jérôme se décide à réagir. Après avoir été assistant réalisateur et scénariste (pour Louis Malle et Philippe de Broca), Jean-Paul Rappeneau passe, pour la première fois à la réalisation, en 1965, avec La vie de château. Non sans mal d’ailleurs, du point de vue de la production. Mais d’emblée, la critique remarque ce cinéaste qui signera, ensuite, de grands films populaires comme Les mariés de l’an II (1971), Le sauvage (1975), Tout feu tout flamme (1982) et, évidemment, Cyrano de Bergerac (1990), adaptation enlevée d’Edmond Rostand dans laquelle Gérard Depardieu fut un flamboyant bretteur et l’amoureux pathétique de Roxane… Avec La vie de château (qui ressort dans une belle version restaurée en Blu-ray), Jean-Paul Rappeneau donne une comédie à la fois savoureuse et foutraque digne des screwball comedies de l’âge d’or d’Hollywood dont le cinéaste est un grand admirateur. Le château normand devient ainsi le théâtre d’un (improbable) quatuor amoureux sur fond de D-Day. A la comédie romantique, s’ajoutent donc des ingrédients classiques du film de guerre. Mais, bien sûr, au-delà des péripéties du scénario (co-signé par Rappeneau, Daniel Boulanger, Alain Cavalier et Claude Sautet), ce sont, ici, les comédiens qui s’en donnent à coeur-joie. Rappeneau profite d’une belle distribution avec Catherine Deneuve qui venait de connaître le succès successivement avec Les parapluies de Cherbourg (1961) de Demy et Répulsion (1965) de Polanski et Philippe Noiret, découvert chez Varda pour ses débuts dans La pointe courte (1956). Les deux acteurs qui se retrouveront dans L’Africain (1983) et Fort Saganne (1984), forment un couple que tout oppose. Elle, merveilleusement blonde, débordante d’énergie, s’exprimant avec un débit impressionnant. Lui placide, casanier, quasiment morne. Autour d’eux, Pierre Brasseur, Mary Marquet ou Henri Garcin campent de pétillantes silhouettes. Joli succès populaire (1,7 million d’entrées), le film, euphorique et virevoltant, a été récompensé du prix Louis Delluc. C’est aussi bon que du Wilder ou du Lubitsch. Mais c’est du grand Rappeneau ! (Gaumont)
LA TRILOGIE DE LA TRAQUE
Réalisateur de Super Express 109 (1975) qui racontait comment un criminel avait posé une bombe dans le train Shinkansen 109, bombe qui explosera si le train descend en dessous de 80 km/h, Junya Sato devient, à cette époque, la référence absolue dans le domaine du cinéma d’action et de suspense japonais. Dans son travail en profondeur sur le cinéma asiatique, Carlotta Films propose, pour la première fois dans de nouvelles restaurations 4K Ultra HD et en Blu-ray, un coffret Trilogie de la traque. Jonglant tour à tour entre le thriller nerveux et le drame existentiel, Chasse à l’homme : La rivière de la rage (1976) se déroule à Tokyo où de lourdes accusations pèsent sur le procureur Fuyuto Morioka. Arrêté par la police, celui-ci parvient à s’échapper et à quitter la capitale. Au cours de sa cavale, le magistrat découvre que les deux personnes ayant porté plainte contre lui, ont menti sur leur identité. Morioka est désormais persuadé d’être la victime d’un odieux complot tournant autour du suicide douteux d’un politicien. La preuve d’un homme (1977) débute dans le quartier du Bronx. Jeune Afro-américain, Johnny Heyward s’apprête à quitter New York pour se rendre au Japon. Dans un vaste hôtel tokyote, où se déroule un grand défilé de mode, Heyward est retrouvé, mort poignardé, dans un ascenseur. L’enquête va mener l’inspecteur Munesue jusqu’aux États-Unis, où ce dernier va devoir faire équipe avec son homologue new-yorkais, Ken Shuftan. Les deux policiers vont découvrir le lien douloureux qui unissait Heyward au Japon… Enfin Survie en pleine nature (1978) est le troisième volet de cette trilogie informelle autour de la crise de l’homme moderne aux prises avec des systèmes sociaux et politiques défaillants. Officier des Forces spéciales, Ajisawa a provoqué malgré lui la mort de deux personnes au cours d’une expédition. Pris de remords, il décide de quitter l’armée et de changer de vie, non sans avoir juré à ses supérieurs de ne jamais révéler la vérité sur cet incident… Cette trilogie aussi captivante que percutante est accompagnée de nombreux suppléments avec des entretiens inédits avec Fabien Mauro, auteur, essayiste et spécialiste du cinéma japonais et des fictions japonaises à effets spéciaux. A propos du personnage de Morioka dans Chasse à l’homme, il note, dans Traqué (20 mn), qu’il s’éloigne d’un Japon très urbain « pour reconnecter avec cet instinct de survie primaire, naturel. » Avec Origines (26 mn), à propos de La preuve d’un homme, l’auteur explique : « En partant d’un divertissement, d’un récit policier, Junya Sato prouve que l’on peut faire aussi un très grand film politique. » Enfin, Survival (18 mn) montre comment « Survie en pleine nature va lancer la méthode Kadokawa : des grandes stars, des récits longs et épiques, et des gros moyens. » Action et suspense à volonté ! (Carlotta)
L’ÂME IDÉALE
Médecin, Elsa travaille dans un service de soins palliatifs. Elle a un don un peu particulier: elle peut voir et parler avec les morts qui, pour une raison ou pour une autre, n’arrivent pas à rejoindre pleinement l’au-delà. Ce don l’a empêchée d’avoir une relation amoureuse durable. Un soir, alors qu’elle rentre en moto chez elle après son travail, elle percute le bus qui la précède. Elle est un peu sonnée, et le passager d’un taxi, un certain Oscar, s’occupe d’elle. Oscar est musicien et il vient juste d’obtenir de faire la première partie de Nero, un artiste qu’il estime. Il espère que cela permettra de lancer sa carrière. D’emblée, Oscar se sent attiré par Elsa. Le lendemain, Elsa est convoquée par la police pour témoigner à propos de l’accident. Lors de sa conversation avec le policier, elle comprend qu’Oscar est mort mais qu’il ne le sait pas. Elsa ne sait pas comment le faire admettre à Oscar. Elle l’accompagne au concert dont il devait faire la première partie, où il constate qu’il a été remplacé par un autre artiste. L’hommage qui lui est rendu au début du concert, ainsi que le fait que personne à part Elsa, ne lui prête la moindre attention, achève de lui faire comprendre sa situation. Evidemment, on ne peut s’empêcher de songer au Ghost (1990) de Jerry Zucker en regardant le film d’Alice Vial, connue comme co-scénariste des Innocentes (2016) d’Anne Fontaine. Avec son premier long-métrage, elle réussit une attachante comédie sentimentale, romantique et… fantastique autour d’un duo qui se rend compte que son amour, pour fort qu’il soit, n’a aucun avenir. Loin de ses prestations loufoques et comiques, Jonathan Cohen joue des nuances pour cet Oscar qui n’a pas envie de mourir et ressent un sentiment d’injustice alors que sa musique commence à être appréciée. Elsa (la charmante comédienne québécoise Magalie Lépine-Blondeau), va se démener pour qu’Oscar obtienne la reconnaissance dont il rêvait et l’aider ensuite à partir en paix. (Gaumont)
TOUJOURS POSSIBLE
A 55 ans, Gaby perd son emploi et décide de réaliser un rêve longtemps repoussé : avoir un enfant. Avec l’aide de sa mère Rose, fantasque et bienveillante, cette biologiste parcourt un fichier de donneurs pour trouver le « sperme parfait ». Pendant ce temps, Pierre, 56 ans, cherche à rajeunir à tout prix pour séduire, tandis que Maxime, 26 ans, fils de Gaby, est à la recherche d’un père plutôt qu’un copain. Créateur et producteur de la série Maison close sur Canal+, Jacques Ouaniche a réalisé, en 2013, son premier long-métrage, Victor Young Perez, biopic du boxeur juif et tunisien des années 1930 (incarné par Brahim Asloum, ancien champion du monde de boxe) qui a été déporté à Auschwitz, et qui est mort pendant la marche de la mort en 1945. Ici, le cinéaste réunit trois personnages qui se croisent, créant un enchevêtrement de désirs, de tabous et de faux-semblants, pour explorer les secondes chances et les relations intergénérationnelles (mère‑fille, père‑fils) à travers une comédie romantique tendre et piquante, où l’amour et la quête de sens restent toujours possibles. Les comédiens jouent parfaitement le registre de l’émotion. Au côté d’Amanda Lear (Rose), Patrick Ridremont (Pierre) et Jean-Baptiste Maunier (Maxime), c’est Nadia Farès qui incarne Gaby. C’est l’ultime film de cette attachante comédienne disparue, le 11 avril dernier, des suites d’un malaise cardiaque dans une piscine parisienne. Et si l’amour pouvait bien prouver que tout reste… toujours possible.. (Blaq out)
LA FEMME DE MÉNAGE
Sortant d’un séjour en prison et désormais en liberté conditionnelle, Millie Calloway se présente chez les Winchester, une riche famille installée dans une superbe demeure de Great Neck, sur l’île de Long Island, dans l’Etat de New York. Elle cherche du travail et affirme qu’elle adore être au service des gens. Nina Winchester, la mère et épouse de la famille, lui explique qu’elle aura essentiellement à nettoyer, ranger et cuisiner. Elle lui montre sa chambre, située sous les combles. Millie découvrira que la fenêtre est condamnée et que la porte se verrouille de l’extérieur… Par des voisins, la domestique apprend aussi que, des années auparavant, Nina aurait tenté de noyer sa fille Cecelia et de se suicider par overdose. De fait, au fil de son travail, Millie va se rendre compte que sa patronne, sous des dehors bien lisses, présente un comportement étrange et semble souffrir de déséquilibre mental. Lorsque Nina demande à Millie d’organiser un week-end à Broadway pour elle et son mari afin d’assister à une comédie musicale et de passer une nuit à l’hôtel, les choses vont encore se dégrader. Millie s’en charge mais Nina affirme ne lui avoir jamais demandé la chose. Pire, Nina étant indisponible ce week-end là, Andrew Winchester et Millie décident secrètement d’aller voir le spectacle avant d’entamer une liaison… Réalisateur régulier de la série The Office sur NBC, Paul Feig adapte, ici, The Housemaid, le premier roman de la trilogie écrite par Freida McFadden et devenue un immense succès mondial. Avec Sydney Sweeney (Millie) et Amanda Seyfried (Nina), il signe un sombre thriller psychologique qui plonge Millie dans un univers de secrets, de manipulation et de violences au sein d’une famille de solides détraqués. Vu par 3,8 millions de spectateurs dans les salles françaises, La femme de ménage propose quelques séquences bien haletantes. (Metropolitan)
FRANZ K.
Dans la Prague du début du 20e siècle, Franz Kafka, né dans une famille juive de langue allemande, est tiraillé entre les attentes strictes de son père Hermann, un bourgeois autoritaire, son quotidien de cadre supérieur dans une compagnie d’assurance où il est le « Docteur Kafka » et son besoin radical d’écrire et d’exprimer sa sensibilité littéraire. Ses textes finiront par attirer l’attention, notamment lors d’une lecture publique d’un passage de La colonie pénitentiaire. Cet homme à la frêle silhouette, presque maladive, qui affirme « On m’a volé le silence », vit plusieurs relations avec des femmes qui le fascinent au plus haut point, ainsi sa fiancée Felice Bauer, puis sa maîtresse Milena Jesenska. Soutenu par Max Brod, son ami et futur éditeur, Kafka apparaît comme un personnage cherchant sa place dans le monde, entre sens du devoir, trouble intérieur et expression créative… En 1991, l’Américain Steven Soderbergh donnait un Kafka, thriller mystérieux dans lequel l’écrivain était incarné par le Britannique Jeremy Irons. Ici, c’est la cinéaste franco-polonaise Agnieszka Holland qui s’empare de l’auteur du Procès pour brosser un biopic « éclaté » mêlant les thèmes et les époques pour saisir l’essence d’un écrivain complexe et torturé (l’acteur tchèque Idan Weiss), vivant dans une sorte de cauchemar éveillé et qui se demande : « Pourquoi personne ne comprend la valeur des mots ». La réalisatrice du Complot (1988), Europa Europa (1990), L’ombre de Staline (2019) ou Green Border (2023) qui lui valut d’être la victime d’une campagne de haine en ligne, construit un film patchwork qui donne des pistes sur la vie et l’oeuvre de Kafka (1883-1924) mais évoque aussi des événements ultérieurs comme l’exploitation touristique du personnage dans la Prague d’aujourd’hui ou le sort de ses proches confrontés, pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’occupation allemande de la Bohême. Dans un interview, la cinéaste a déclaré : « On sait tout de lui et on ne sait rien. J’ai essayé de le restituer autrement, de presque le toucher, de le rendre vivant sans passer par les figures imposées. » (Blaq Out)
LE JUSTICIER DE LA SIERRA
Depuis qu’il a raccroché ses armes de pistolero, John Sands se consacre à la gestion d’un petit commerce dans un village proche du Mexique. Lorsqu’il fait la connaissance de Jean « Dusty » Stewart, il apprend par celle-ci que son frère a été froidement abattu par un groupe de cow-boys à la solde de Matt Garson, dans la ville de Centennial. Propriétaire du saloon de la ville, Garson contrôle une grande partie de la région et y fait appliquer sa propre loi. Sands décide alors de ressortir son artillerie et de mener l’enquête sur place. Il doit alors faire face à la « loi » de Garson et à ses trois tueurs, tout en étant dans le collimateur des autorités locales… Réalisateur de westerns de série B, Lesley Selander (1900-1979) a mis en scène, entre les années 30 et 60, de multiples films dont beaucoup sont restés inédits sur les écrans français. Tourné en 1948, Panhandle (en v.o.), présenté dans une bonne version restauré, n’est pas un western particulièrement remarquable mais il a cependant des qualités qui méritent qu’on s’y arrête. Ainsi, Selander reçoit, ici, l’aide d’un personnage qui s’imposera, plus tard, comme l’auteur de Diamants sur canapé (1961), The Party (1968), Victor Victoria (1982) et de la série de la Panthère rose (1963-1993). On parle bien sûr de Blake Edwards qui participe, ici, à la production du film, à son scénario et qui présent aussi devant la caméra en incarnant Schofield, le sinistre (mais aussi fantaisiste) bras droit du méchant Garson. Si l’action est conventionnelle, la mise en scène est rythmée et rapide et propose de bonnes séquences qui mettent en valeur l’amitié, organisent un affrontement armé nocturne, un long et violent combat musclé et à poings nus, une course-poursuite à cheval, voire une étreinte amoureuse… Dans le rôle de Sands, on trouve l’acteur canadien Rod Cameron, un habitué du western qui tourna dans plus de cent productions. A ses côtés, incarnant la charmante Dusty, on remarque Cathy Downs qui fut, en 1946, Clementine dans La poursuite infernale (My Darling Clementine en v.o.) de John Ford. Un agréable western ! (Sidonis Calysta)
QUADRILLE
Le jeune acteur américain Carl Erikson est la sensation du moment. De passage à Paris, il est sollicité de toutes parts et donne, un peu par hasard, un autographe à Paulette Nanteuil, elle-même actrice reconnue en France, mais inconnue de lui. Charmé par la jeune femme, Carl espère la retrouver, mais elle lui a donné un faux nom, celui de son amie Claudine André, journaliste. Il se trouve que Carl Erikson a rendez-vous pour une interview avec Philippe de Morannes, rédacteur en chef de Paris Soir et, par ailleurs, amant de Paulette. Pour le remercier de lui avoir accordé un entretien, Philippe se fait, malgré lui, le complice du destin en offrant à Carl une place pour qu’il assiste, le soir même, au spectacle dans lequel joue Paulette. Carl va la voir dans sa loge, et Paulette, séduite, passe une nuit avec lui. Doit-elle quitter Philippe ou rompre avec Carl ? Et Philippe succombera-t-il aux charmes de Claudine, laquelle n’est elle-même pas insensible au charme du jeune acteur ? En 1938, Sacha Guitry adapte sa propre pièce et réussit, après Le nouveau testament et Mon père avait raison, tous deux de 1936, un nouveau fleuron (dans une nouvelle version Blu-ray) de ce qu’il fait le mieux, à savoir le théâtre filmé. C’est l’occasion pour Guitry de monopoliser l’attention, d’étourdir par son esprit et ses bons mots. Avec son personnage de Philippe, il est sur le devant de la scène mais il fait aussi la part belle à ses comédiens comme Jacqueline Delubac ou Pauline Carton. Et, dans ce tourbillon d’élégance, on retrouve avec plaisir, dans un rôle de garce, Gaby Morlay, vive et pétillante à l’inverse des lourds mélos dans lesquels on la vit souvent. Sur la bataille des sexes, un feu d’artifice ! C’est vif, gai, spirituel, légèrement immoral et joyeusement cynique… (Gaumont)
DÉSIRÉ
La belle Odette Cléry, actrice devenue la protégée d’un ministre, engage Désiré, un valet de chambre impeccable et très stylé. La nuit, Désiré et Madame Cléry rêvent l’un de l’autre : situation embarrassante et inavouable. Seulement voilà, ils rêvent tout haut ! En 1937, Sacha Guitry laisse éclater toute sa verve caustique en jonglant avec les situations alors scabreuses du théâtre de boulevard. Il s’offre avec Désiré un beau rôle et en fait de même avec son épouse Jacqueline Delubac, brillante Odette ! De son film (présenté dans une nouvelle version Blu-ray), Guitry a dit, dans une interview à Paris Soir: « S’il me fallait résumer Désiré en quelques lignes et d’un seul trait, je dirais que c’est l’histoire d’un homme dont le physique, l’assurance et la profession, précisément héréditaire, ne sont pas tout à fait en accord avec ses goûts et sa mentalité. Fils, petit-fils, arrière-petit-fils de domestique, il éprouve à obéir une véritable volupté – et d’ailleurs il le dit lui-même : « servir, c’est quelque chose de merveilleux. C’est avoir le droit d’être sans volonté… » Mais, hélas! Toute médaille a son revers et il n’a de goût réel que pour ses patronnes – et ce serait le drame de sa vie si je n’avais pas préféré en faire une comédie qui parfois est une comédie bouffe. » (Gaumont)
LES PERLES DE LA COURONNE
L’historien Jean Martin raconte à sa jeune épouse Françoise, l’histoire fabuleuse d’un collier composé de sept perles fines, jadis offert par le pape Clément VII à sa nièce Catherine de Médicis, quelques mois avant le mariage de cette dernière avec le futur Henri II. Par la suite, elle offre le collier à Mary Stuart, qui veuve de François II, retourne en Ecosse. Déposé dans un coffret, le collier est dérobé par trois voleurs. Seulement quatre perles sont remises à Élisabeth Ière après l’exécution de Marie Stuart, et ornent désormais les arceaux de la couronne royale britannique. Les trois dernières perles ont mystérieusement disparu. Jean Martin décide alors de partir en quête des joyaux manquants, imité en cela par un officier de la maison royale anglaise et un camérier du pape. A l’issue d’une folle cavalcade historique, tous se retrouvent à bord du paquebot Normandie qui fait route vers New York. Après un dîner dans la grande salle à manger de première classe, Jean Martin récupère une perle dans une serviette de table pour un bref instant. Guitry avait décliné une offre de participation au voyage inaugural du Normandie, en mai-juin 1935. Le tournage du film, en 1937, marque ainsi sa rencontre avec le paquebot qui lui fait très forte impression. Pour ne pas déranger le confort des passagers, la Compagnie générale transatlantique accepta le tournage en dehors des voyages. L’ensemble des scènes finales (on y voit le grand escalier du salon fumoir) ont été tournées au Havre, lors d’une immobilisation technique. En 1937, Sacha Guitry donne un divertissement « historique » (dans une nouvelle édition Blu-ray) dans lequel il croque avec délices têtes couronnées et séductrices décaties. (Gaumont)
REMONTONS LES CHAMPS ELYSÉES
De la place de la Concorde en 1617 à la place de l’Etoile en 1938, voici l’histoire des Champs-Élysées, racontée par un instituteur descendant à la fois de Louis XV, de Marat et de Napoléon Ier. Cet enseignant évoque ainsi l’assassinat de Concino Concini, les circonstances qui amenèrent Louis XV, las de la marquise de Pompadour, à faire aménager le Parc-aux-Cerfs, l’établissement des premiers théâtres de marionnettes sur les Champs-Élysées, la mort du Bien-Aimé annoncée par celle, survenue six mois auparavant, du ministre Chauvelin, et son enterrement nocturne, les noires heures de la Terreur, la rencontre, fortuite et improbable, entre Bonaparte et Napoléon, celui-ci reprochant à celui-là d’avoir trahi ses idéaux de jeunesse, l’assassinat nocturne de l’inventeur du gaz d’éclairage, les débuts parisiens de Richard Wagner, le retour des cendres de l’Empereur en 1840, le départ de Louis-Philippe pour l’exil, le succès des chansons de Béranger et le triomphe des valses de Métra, un bal à la cour de Napoléon III… En 1938, Sacha Guitry s’amuse ! Le défilé d’hommes et de femmes illustres mais aussi de parfaits anonymes dans Remontons les Champs-Elysées (dans une nouvelle édition Blu-ray) a de quoi faire froncer le sourcil à l’historien scrupuleux. Mais ce n’est pas le souci de Guitry qui aime à jouer à jongler avec le passé et le patrimoine, tout en faisant défiler une ribambelle de comédiens… (Gaumont)
FREEWAY
Avec une mère, Ramona, qui se prostitue pour payer son crack et un beau-père, Larry, en liberté conditionnelle, qui la pelote, Vanessa Lutz, seize ans, adolescente analphabète, est loin d’avoir une vie de princesse. Après l’arrestation de ses parents, elle ligote l’assistante sociale qui veut la placer une fois de plus dans une famille d’accueil, dit au revoir à son ami Chopper qui lui offre son revolver et décide, tel le Petit chaperon rouge, de partir rejoindre sa grand-mère qui vit dans une caravane à quelques centaines de kilomètres. En chemin, la gamine rencontre Bob Wolverton, psychologue pour enfants le jour… mais surtout Grand méchant loup la nuit ! Au cours du trajet, Bob gagne progressivement la confiance de Vanessa, qui se confie sur sa vie chaotique et les abus sexuels qu’elle a subis de son beau-père et dans ses foyers d’accueil. Prétextant vouloir l’aider au moyen d’une thérapie expérimentale, Bob lui pose des questions de plus en plus perverses et humiliantes… En 1996, l’Américain Matthew Bright revisite Le Petit chaperon rouge et propose un thriller efficace et au ton cynique et grinçant. Le récit est bien rythmé et embarque le spectateur dans les pas de Vanessa qui va passer par la case prison avant de s’évader au cours d’un transfert et de faire éclater la vérité sur l’affreux Wolverton et de lui faire son affaire… Agée de 19 ans, Reese Whitherspoon est au tout début de sa carrière même si on l’a vu, en 1991, en tête d’affiche d’Un été en Louisiane de Robert Mulligan et on sent qu’elle s’amuse résolument avec le personnage de Vanessa. Devenu célèbre avec Jack Bauer, le héros de la série 24 heures chrono, Kiefer Sutherland se régale, lui aussi, de camper un gros psychopathe qui finira dans le lit de Mère-grand ! (Metropolitan).
LE ROI DES CHAMPS ELYSÉES
Surnommé « L’homme qui ne rit jamais », Buster Keaton (1895-1966), orfèvre absolu du gag, est l’une des plus grandes figures du cinéma américain. Célèbre pour son flegme, il réalisa des films comme Sherlock Junior (1924), Le mécano de la « General » (1926), Cadet d’eau douce (1928) ou L’opérateur (1928). Du Mécano…, Orson Welles dit que c’était « la plus grande comédie jamais réalisée (…) et peut-être le plus grand film jamais réalisé ». Charlie Chaplin le considérait comme son modèle tandis que le critique Roger Ebert estima qu’il était « le plus grand acteur-réalisateur de l’histoire du cinéma ». Au début des années trente, Buster Keaton vit la période la plus sombre de sa carrière. Après un divorce qui l’abat moralement, il se dispute avec Louis B. Mayer, grand patron des studios MGM, qui le met à la porte à la fin du tournage du Roi de la bière (1933) d’Edward Sedgwick. Keaton, qui a perdu la liberté de création dont il jouissait à l’époque du muet, noie son chagrin dans l’alcool et doit suivre une cure de désintoxication. Il part alors tourner deux films en Europe dont, en 1934, Le roi des Champs-Elysées mis en scène à Paris par Max Nosseck. Keaton y tient deux rôles, celui de Buster Garner, un aspirant acteur maladroit et celui de Jim le balafré, un gangster américain. Contenant très peu de dialogues (ceux de Keaton sont doublés), Le roi des Champs Elysées, dans lequel joue notamment Paulette Dubost, propose de nombreuses séquences burlesques et des gags visuels qui font clairement référence au muet. Le gag final montre Keaton le pince-sans-rire s’épanouir dans un grand sourire après avoir été embrassé. En 1950, Billy Wilder rendit hommage à Keaton en lui offrant une belle scène dans Sunset Boulevard. Charlie Chaplin en fit de même, en 1952, dans Les feux de la rampe. Jamais sorti en salle aux États-Unis, ce film est une curiosité à découvrir pour tous les fans de Keaton. (Gaumont)
CITY OF FIRE
A la suite d’un assassinat en plein quartier populaire de Hong Kong, l’inspecteur Lau charge un de ses meilleurs flics d’infiltrer un gang de dangereux malfaiteurs. Ko Chow devient ainsi une « taupe », tout à la fois suspectée par les braqueurs et poursuivie par la police qui ignore tout de sa véritable identité. Après un hold-up particulièrement sanglant, Chow se lie d’amitié avec son chef de bande, l’implacable mais loyal Lee Fu… Le réalisateur Ringo Lam (1955-2018) est l’une des hautes figures du cinéma d’action made in Hong Kong. Après ses études de cinéma à Toronto (Canada), il retourne chez lui, signe quelques comédies. Le succès commercial de Mad Mission 4 (1986) va lui permettre d’écrire le scénario, de produire et de mettre en scène City of Fire (1987). Le film obtiendra le prix du meilleur réalisateur lors des Hong Kong Film Awards 1988. Quentin Tarantino a reconnu s’être inspiré de City of Fire pour réaliser Reservoir Dogs (1992). Sec, nerveux, rapide, le film de Lam (qui poursuivra ensuite largement dans la même veine) est devenu un classique du polar hongkongais des années 80. S’il manie l’action et l’humour, l’amour et le drame, il se distingue aussi par son intensité et sa profondeur. Le récit met en avant les dilemmes moraux du héros infiltré, pris entre sa loyauté envers la police et les liens humains, voire d’amitié qu’il développe avec les criminels, une ambivalence qui donne au film une vraie richesse émotionnelle et une tension constante. Enfin City of Fire est porté par une double interprétation de qualité avec Danny Lee (Lee Fu) et Chow Yun-fat (Ko Chow), deux comédiens qui partageront à nouveau l’affiche dans un autre grand film d’action hongkongais, The Killer (1989), cette fois de John Woo. Puissant ! (Metropolitan)
NEW YORK CONNECTION
Sean Boyd est un ex-flic devenu chauffeur routier. Lorsque sa fille, Kathy est kidnappée par le truand Gus Soltic, Boyd se lance à sa poursuite à pied. Commence une course-poursuite haletante dans les ruelles mal famées du Bronx, durant laquelle Boyd devra retrouver sa fille mais aussi échapper à une bande de malfrats portoricains et à ses anciens collègues policiers, notamment un sergent qu’il avait fait condamner pour des manquements à l’éthique… Le réalisateur Richard Butler (1927-2023) a surtout eu une carrière à la télévision, dirigeant de nombreux épisodes de séries cultes comme Star Trek, Batman, Hill Street Blues et Remington Steele. Il était également reconnu pour sa capacité à créer une esthétique visuelle urbaine, privilégiant un rendu réaliste, parfois « poussiéreux » et « rouillé ». C’est le cas, ici, en 1980, dans New York Connection, parfois intitulé Fort Bronx et Night of the Juggler (en v.o.) qui brosse un portrait du New York des années 1970/1980, une ville sale, inquiétante, avec des ruelles sinistres et dangereuses. L’intrigue tient sur une feuille de papier-cigarette avec un type (James Brolin) qui constate que sa fille a été enlevée à la suite d’un malentendu, le méchant (Cliff Gorman) l’ayant confondu avec la fille d’un riche magnat de l’immobilier qu’il tient pour responsable de la décrépitude de son quartier. Commence alors une course-poursuite à pied et en voiture dans les coins les plus pourris du Bronx mais également dans le métro et les égouts de la ville… Il reste que le cinéaste, même s’il fait l’impasse sur un certain nombre d’incohérences, sait donner du rythme à son polar si bien qu’on peut se laisser embarquer… Dans les suppléments, on trouve une présentation du film par Olivier Père (25 mn), 47 ans plus tard, un entretien avec James Brolin (14 mn), La douce Maria, un entretien avec Julie Carmen (14 mn), Pandemonium Reflex, Sydney Furie et NY Connection (14 mn). Le coffret comprend aussi un livret (24 p.) écrit par Marc Toullec. (Sidonis Calysta)
GERALD LE CONQUERANT
Plutôt grande gueule, Gérald s’est donné pour mission de redonner tout son éclat à sa région de coeur, la Normandie. Pour redorer le blason normand, il s’est mis en tête de bâtir le plus grand parc d’attractions du pays, à la gloire de Guillaume le conquérant, duc de Normandie puis roi d’Angleterre du 11e siècle . Mais attention, il a envie de mettre sur pied un parc… identitaire ! « Rien à voir, dit-il, avec Disney ! Mickey est un rat. Comme tous les Américains… » Pour parvenir à ses fins, le gaillard est prêt à aller loin, très loin. Quitte à franchir toutes les limites… Humoriste, metteur en scène, acteur, scénariste et réalisateur français, Fabrice Eboué a commencé sa carrière de metteur en scène (en compagnie de Lionel Steketee et Thomas Ngijol), en 2011, avec Case départ, une comédie bien accueillie par le public. Gérald le conquérant est son cinquième film, derrière et aussi devant la caméra, puisqu’il interprète le tonique et faussement bonhomme Gérald. Présenté comme un faux documentaire, un peu dans la veine du fameux Striptease, le film permet à l’humoriste d’y aller de bon coeur et d’en mettre plein la tête aux minables, aux poseurs, aux cons et aux… Parisiens (dont il se plaît à squatter les résidences secondaires), Gérald avouant qu’il aimerait être une mouette… « pour chier sur la tête des Parisiens ». On l’a compris, Fabrice Eboué tire à l’arme lourde dans ce rendez-vous loufoque avec l’histoire normande. Plutôt barré, le film ne fait pas dans la dentelle mais il nous vaut quelques éclats de rire. (Wild Side)
L’ELUE
Liz et Malcolm partent pour un week-end d’anniversaire romantique dans un chalet loin du monde. Lorsque Malcolm (Rossif Sutherland, second fils du grand Donald) doit retourner précipitamment en ville pour son travail, Liz (Tatiana Maslany) se retrouve isolée dans cet endroit au fond des bois, confrontée à une présence maléfique qui révèle les terrifiants secrets du chalet. Fils du grand Anthony Perkins (Norman Bates dans le Psychose de Hitchock), Osgood Perkins s’est fait une spécialité du folk horror, un sous-genre du cinéma d’horreur qui détourne des éléments folkloriques dans un but horrifique, notamment dans Gretel et Hansel (2020). Il va connaître le succès commercial et critique en 2024 avec Longlegs, interprété par Malika Monroe et Nicolas Cage, qui suit Lee Harker, nouvelle recrue du FBI, qui se voit confier une affaire non-résolue sur un tueur en série surnommé Longlegs. Son enquête va se complexifier avec la découverte de preuves liées à l’occultisme. Avec Keeper (en v.o.), Osgood est, ici, un peu en-dessous même s’il réussit à faire monter la tension au fur et à mesure que la présence surnaturelle s’intensifie et se répand. Pour ce séjour idyllique qui vire au cauchemar, le cinéaste distille l’inconfort et privilégie l’atmosphère et le malaise à l’action dans une mise en scène qui aime à jouer des ruptures de ton. Cette édition Bl-ray de L’élue comprend deux autres films d’Oz Perkins, en l’occurrence Longlegs (2024) et The Monkey (2025). Quand les forces maléfiques s’insinuent partout… (Metropolitan)
LA FABRIQUE DES MONSTRES
Dans le vieux château de Grottegroin, un savant fou fabrique, rafistole et invente sans cesse des monstres farfelus. P’tit Cousu, sa toute première création oubliée avec le temps, sert de guide aux nouveaux monstres. Jusqu’au jour où un cirque arrive en ville. A la recherche d’une nouvelle attraction, son propriétaire Fulbert Montremonstre tente par tous les moyens d’accéder à cette fabrique de monstres. P’tit Cousu pourrait bien être la star de son futur spectacle. L’Anglais Steve Hudson et l’Allemand Toby Genkel signent, ici un film d’horreur qui ne donnera pourtant pas de cauchemar aux plus jeunes spectateurs. Mais ils goûteront cependant, avec ce film d’animation européen, quelques frissons dans les traces de l’affable P’tit Cousu qui donne des clés pour faire face à ses peurs ou à célébrer les différences. Une jolie histoire qui fait parfois songer à l’esthétique du cinéma de Tim Burton, avec des monstres colorés, excentriques et sympathiques. Un bon divertissement joyeusement lugubre… (Wild Side)
DEUX FEMMES VERS UN AILLEURS LIBÉRATEUR ET UNE LUMINEUSE CHRONIQUE SÉTOISE 
LA CONDITION
Nous sommes en avril 1908, dans la grande maison de Me André de Boisvaillant, notaire dans le Cher. L’homme est entouré de femmes. La sienne, Victoire, jeune bourgeoise que « rien ne fatigue vraiment ». Sa mère, Mathilde, une femme acariâtre, clouée dans son lit depuis deux accidents vasculaires successifs. Enfin Huguette, l’aînée et Céleste, les deux bonnes chargées de la maisonnée. Huitième long-métrage de Jérôme Bonnell, La condition est adapté du roman Amours, paru en 2015. Léonor de Récondo y brosse un éveil à la sensualité sur fond de douleurs contenues chez deux femmes de classes sociales différentes mais réunies dans une quête de maternité. Bonnell plonge dans un début de 20e siècle avec un récit qui ressemble d’abord à une chronique des mœurs bourgeoises. André est un homme de son époque et sa pratique des femmes fait de lui un macho avant l’heure… Comme Victoire se refuse à lui ou accepte vaguement (« J’aime mieux quand ça ne dure pas trop longtemps ») André a pris l’habitude de trousser une Céleste qui n’a d’autre choix, pour garder son emploi, que de se laisser faire, le regard dans le vague. Las, un jour, en se regardant dans un miroir, la petite bonne comprend son infortune. Son ventre s’est arrondi et Madame, bouleversée, considère que cette grossesse déshonore la maison. Alors que c’est la porte qui guette pour la bonne, André et Victoire décident de garder le bébé pour eux. A condition, dit Victoire, « que tu ne t’approches plus jamais de mon lit »… Comme Céleste reste finalement à leur service, le film va glisser d’une étude d’amours ancillaires, qui aurait pu être de peu d’interêt, à une belle aventure qu’on ose qualifier de féministe ! Tandis qu’André s’enfonce dans un mal-être augmenté par la solitude et l’alcool, Victoire et Céleste vont aller l’une vers l’autre, autour de leur petit Félix. Tous les soirs, porte close, les deux femmes se retrouvent dans le même lit, savourent un bonheur simple et se livrent sans fard. En travaillant de beaux éclairages, le cinéaste sillonne des intérieurs étouffants dans les pas de ses personnages. Voilà des couloirs, des portes, une cuisine, des chambres, des passages que traversent des bonnes furtives, un André qui professe que « l’harmonie, c’est mieux que le bonheur » ou une Victoire oisive qui se sent, à 24 ans, déjà vieille… Swann Arlaud est un André, membre du sexe fort, d’abord sûr de lui puis fiévreux et brisé. Louise Chevillotte est une Victoire fragile, engoncée dans ses robes et qui va connaître un éveil sensuel avec Céleste à laquelle Galatéa Bellugi apporte son charme douloureux. Enfin Emmanuelle Devos est une mère aussi méchante que pathétique. Se retrouvant sur une certaine forme de solitude et d’innocence, Victoire et Céleste vont faire craquer des vies corsetées pour s’imaginer un ailleurs libérateur. Dans les suppléments, on trouve un entretien avec le réalisateur et ses comédiennes ainsi que des scènes coupées commentées par Jérôme Bonnell. (Diaphana)
MEKTOUB, MY LOVE – CANTO DUE
Très actif dans les années 2000, Abdelattif Kechiche donna La faute à Voltaire (2000), L’esquive (2004), La graine et le mulet (2007) qui lui fit rencontrer le grand public. Suivront Vénus noire (2010) et La vie d’Adèle (2013) couronné de la Palme d’or cannoise Le temps passa. Quatre années entre La vie d’Adèle et Mektoub, my Love : canto uno, premier volet de ce qui allait devenir la trilogie sétoise. Le dernier volet de cette trilogie nous ramène à Sète en septembre 1994. Amin a mis un terme à ses études de médecine. Il est décidé à se lancer dans le cinéma. Un soir, débarquant d’une Ferrari rouge, un couple d’Américains se présente à la porte du restaurant tenu par la mère d’Amin. La porte est close, le service est terminé mais le couple insiste pour dîner. Ils sont déjà venus et ils apprécient l’excellent couscous au poisson, spécialité du lieu. Jack est producteur à Hollywood et son épouse Jessica est comédienne. Ils sont dans le coin à cause du tournage d’une série. La famille accepte finalement de les servir, à la condition que Jack lise le dernier scénario d’Amin. Comme Jessica veut absolument manger, Jack se laisse convaincre. Avec ce Canto due, on est en pays de connaissance. On reprend l’histoire d’Amin, d’Ophélie, de Tony et de leurs ami(e)s là où on les avait laissés. En pays de connaissance donc, parce qu’il y la belle lumière du Midi, les pique-nique sur le plage et l’insouciance quasiment intacte des protagonistes de cette chronique sétoise. Bien sûr, le destin (mektoub en arabe) a fait son œuvre. Amin (Shaïn Boumedine) va se frotter aux pratiques managériales d’Hollywood. Car Jack aime beaucoup le scénario d’Amin intitulé Les principes essentiels de l’existence universelle mais il a des exigences. Dans ce solaire Mektoub, my Love, il y a une certaine mélancolie à l’oeuvre comme si le récit se tordait pour laisser s’infiltrer le réel, comme si l’innocence s’évanouissait lentement. Alors la tension affleure pour ouvrir des brèches de liberté. Ce dernier Mektoub n’est pas une œuvre apaisée mais Kechiche, souvent accusé de réduire les femmes à des objets de désir, y a mis moins d’ébats sexuels, moins de corps voluptueux et désormais ce sont les femmes, de Jessica, l’actrice volontiers capricieuse et presque boulimique à la belle Ophélie, qui mènent le jeu. Kechiche laisse même pointer un brin d’humour. Le repas chez le producteur est un jeu de pouvoir mâtiné d’imitations truculentes de Joe Pesci et De Niro dans Raging Bull ou… d’Aldo Maccione sautant dans la piscine. Le film s’achève sur une longue et savoureusement taquine séquence dans une clinique sétoise où Tony et Amin ont conduit le producteur blessé au bas-ventre par un coup de feu malheureux. Jessica est en pleine crise de nerfs et permet aux patients du lieu de s’en donner à coeur-joie sur les mœurs du show-biz. Pendant ce temps, Amin est reparti en ville. Sa voiture est en panne. Personne ne répond au téléphone. Alors il se met à courir dans la nuit. Comme Slimane dans La graine et le mulet. Fondu au noir. (Pathé)
FUORI
Née à Catane en 1924, Goliarda Sapienza grandit dans une famille socialiste anarchiste sicilienne recomposée et comptant de nombreux enfants. Figure importante du socialisme sicilien jusqu’à l’arrivée au pouvoir des fascistes, son père, l’avocat Giuseppe Sapienza, et sa mère Maria, également une personnalité de la gauche italienne, tiennent à la garder éloignée des écoles fascistes et elle reçoit une éducation originale, athée et socialiste. Actrice de théâtre dans ses jeunes années puis au cinéma, compagne, pendant 17 ans, du cinéaste Francesco Maselli, résistante partisane pendant la guerre, Goliarda Sapienza se consacre, à la fin des années soixante, à la littérature. Son grand œuvre, L’art de la joie, écrit entre 1967 et 1976, récit des grands événements qui touchent l’Italie au 20e siècle, sera rejeté par tous les éditeurs. Il faut attendre 1998 et la parution… à compte d’auteur (par son mari) pour que le livre devienne un best-seller… Dans Fuori, présenté en compétition officielle à Cannes 2025, Mario Martone (Mort d’un mathématicien napolitain en 1992 ou Nostalgia en 2022) évoque un épisode de la vie de l’écrivaine. Désespérée par le refus des éditeurs de publier L’art de la joie et à bout de ressources, Sapienza commet, dans une soirée mondaine, un vol de bijoux qui lui coûte sa réputation et sa position sociale. Incarcérée à Rebibbia, la plus grande prison pour femmes d’Italie, elle y rencontre des voleuses, des droguées, des prostituées mais aussi des politiques et racontera son expérience dans L’université de Rebibbia publié en 1983. Alternant entre les séquences de prison et des moments où elle se repose dans son appartement, Fuori décrit une manière d’errance romaine où Goliarda se promène dans la ville avec Roberta et Barbara, ses compagnes de prison, avec lesquelles elle retrouve un désir de vivre et d’écrire. Fortes de ce qu’elles ont vécu derrière les barreaux, ces femmes amies, voire amoureuses, dévorent la vie à pleines dents. Valeria Golino, remarquable de douleur, de fragilité mais aussi avec des moments de forte résistance, campe une écrivaine qui souffre de l’incompréhension des milieux intellectuels qu’elle fréquente. Raison pour laquelle elle va, en toute… liberté, vers ses ex-codétenues. « Avec ces femmes, dit-elle, c’était d’une liberté folle ! » Fuori a un côté frais et enivrant avec ces femmes qui n’entendent pas baisser les bras mais la mélancolie est quand même toujours tapie là. Car Goliarda Sapienza, modèle d’émancipation féministe, demeure, pour toujours, une femme blessée. Qui se demande si c’est mieux dedans ou mieux dehors… (Le Pacte)


TROIS FILMS AVEC LESLIE CHEUNG
Né en septembre 1956 à Kowloon, comme dixième et dernier enfant d’un père tailleur spécialisé dans les costumes qui comptait dans sa clientèle des personnalités comme Alfred Hitchcock ou Marlon Brando, Leslie Cheung, disparu en 2003, s’imposa comme l’un des grands acteurs et chanteurs de Hong Kong. D’abord connu en Asie, il fut remarqué dans le monde entier avec des films remarquables comme Nos années sauvages (1990), Happy Together (1997), tous deux de Wong Kar-wai ou Adieu ma concubine (1993) de Chen Kaige, premier film chinois à obtenir la Palme d’or à Cannes, dans lequel il incarne un chanteur d’opéra de Pékin travesti. En parallèle avec le grand écran, ce pionnier de la Cantopop, signa plus de quarante albums de musique… Toujours attentif aux cinémas d’Asie, Carlotta Films sort, pour la première fois en Blu-ray et dans des restaurations HD, trois films des débuts de Leslie Cheung. On découvre ainsi Jeunes rêveurs (1982), histoire de quatre élèves de seconde qui rejoignent la troupe de théâtre du lycée pour une production de Roméo et Juliette. Portrait délicat d’une génération contemplative et soudée, le film de Clifford Choi marque le passage progressif des films de kung-fu et des mélodrames classiques à des récits plus contemporains, ancrés dans la vie quotidienne urbaine. Histoire d’un jeune mendiant formé au kung-fu mais persécuté par son maître et d’autres élèves avant d’être secouru par la gardienne du Tombeau antique, la séduisante Dragon Girl, La jeune fille au dragon (1982) s’inscrit dans le meilleur du wuxia traditionnel et moderne où les vétérans du kung-fu Chen Kuan-tai et Lo Lieh côtoient la star montante du cinéma hongkongais… Enfin Métro romance (1984) raconte l’histoire de Paul qui, en se rendant à un entretien d’embauche, croise une séduisante inconnue dans les couloirs du métro. Lorsqu’il tombe à nouveau sur elle sur le chemin du retour, le jeune homme se résout à l’aborder. Empêtrée dans une liaison avec son ancien patron, courtisée par son nouveau collègue, Monica ne sait pas vraiment quel avenir envisager avec Paul. Trois ans avant leur performance inoubliable dans Rouge de Stanley Kwan, c’est la première collaboration à l’écran entre les stars de la Cantopop Leslie Cheung et Anita Mui, rejoints ici par la débutante Maggie Cheung. Un triangle amoureux fondé sur le hasard et le destin en forme de charmant conte de fées moderne. Dans les suppléments, Clarence Tsui, critique, professeur et programmateur de festival basé à Hong Kong, évoque les débuts de Leslie Cheung, la place de La jeune fille dragon comme œuvre-pivot dans la carrière de l’acteur ou Métro romance comme une capsule temporelle de la mégalopole au début des années 1980, à une époque où Leslie Cheung consolide son statut d’icône générationnelle. (Carlotta)
LA PETITE CUISINE DE MEDHI
Cuisinier au restaurant Baratin, Medhi et Léa, serveuse dans ce même établissement, sont collègues et amants. Ils vivent ensemble et songent à prendre ensemble la succession du patron bientôt à la retraite. Les parents de Léa sont prêts à leur donner un coup de main. Mais Léa voudrait rencontrer Fatima, la mère de Mehdi. Voilà Medhi dans une redoutable impasse. Soit il dit la vérité à sa mère et il la tue, soit il dit la vérité à Léa et il la perd… Paniquant en effet à l’idée de la réaction de sa mère à la découverte de la fiancée qu’il lui avait cachée, Medhi envisage un plan complètement barré : demander à son amie Souhila de feindre d’être sa mère. Les ennuis ne vont pas tarder à s’accumuler sur la tête du malheureux Medhi. D’autant que Souhila se révèle rapidement imprévisible. En s’inspirant librement d’un épisode de sa vie, le réalisateur Amine Adjina (il avait dissimulé l’existence de sa petite amie à sa mère par crainte de sa réaction) a imaginé cette comédie qui, s’appuyant donc sur une expérience intime, met en scène les complexités de la double culture franco-algérienne. Tourné à Lyon, l’une des capitales de la gastronomie française, La petite cuisine… permet au réalisateur de retrouver un univers familier. Avec un père bistrotier, Amine Adjina a grandi entre les cuisines et les comptoirs. Le personnage de Bernard, incarné par le Grolandais Gustave Kervern, est d’ailleurs inspiré de cette figure paternelle. Pour interpréter Medhi, jeune homme tiraillé entre deux cultures, le cinéaste a choisi Younès Boucif, acteur, réalisateur et rappeur connu pour la série Drôle sur Netflix et il explique : « Pour le rôle de Mehdi, je voulais un acteur capable de susciter une immédiate empathie. Il fallait qu’on puisse entrer dans son mensonge et avoir peur pour lui… » Par ailleurs, l’alchimie fonctionne aussi entre Younès Boucif et Claire Bretheau (Léa). Mais c’est assurément Hiam Abbas qui compose, avec Souhila, le personnage le plus haut en couleurs. La comédienne franco-palestinienne, brillante dans des œuvres dramatiques comme Satin rouge, La fiancée syrienne, Free zone ou Les citronniers, s’amuse, ici, à camper une fausse mère délirante qui amuse tout en questionnant des sujets graves… Un divertissement chaleureux porté par une bonne bande originale élaborée pour « évoquer un ressac mémoriel » et faire ressentir tout ce que Mehdi n’arrive pas à exprimer. Quand la cuisine devient un langage social et un moyen d’affirmer son identité. (Pyramide)
TRENTE MINUTES DE SURSIS
Étudiant en psychologie, Alan Newell est bénévole dans un centre d’appels d’urgence à Seattle. Ce jour-là, au bout du fil, il y a Inga Dyson, une femme désespérée qui vient de prendre une dose mortelle de comprimés et souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Aidé d’un psychiatre et d’un inspecteur de police, Alan n’a que peu de temps pour localiser et sauver sa correspondante. Au milieu des années cinquante, Sydney Pollack est déjà un réalisateur de télévision reconnu qui a fait ses armes avec une série comme Shotgun Slade. Plus tard, il obtiendra un Emmy Award pour pour The Game. Nous sommes en 1965 et Pollack va passer au grand écran avec The Slender Thread (en v.o.) inspiré d’une histoire vraie relatée par Shana Alexander dans un article de Life Magazine. Parfois, la vie ne tient qu’à un fil. L’expression prend tout son sens avec le premier long métrage du réalisateur de On achève bien les chevaux (1969), Jeremiah Johnson (1972), Les trois jours du Condor (1975), Tootsie (1982) ou Out of Africa (1985) où une simple conversation téléphonique devient une course contre la montre aussi tendue que bouleversante. D’un point de départ très simple basé sur un fait divers, Sydney Pollack (1934-2008) déploie un suspense sous haute tension, où chaque seconde compte et où la parole devient une question de vie ou de mort. Dans ce huit clos à distance, le réalisateur installe l’urgence et impose, dès son premier film, un sens du rythme et une grande précision de la mise en scène. Trente minutes… obtiendra deux Oscars pour la meilleure direction artistique et les meilleurs costumes d’un film en noir et blanc ainsi qu’un Golden Globe pour le scénario de Stirling Silliphant. C’est aussi le duo d’acteurs qui donne au film toute son intensité. Sidney Poitier (oscarisé en 1964 pour Le lys des champs) incarne une présence rassurante et déterminée tandis qu’Anne Bancroft (Oscar de la meilleure actrice en 1963 pour Miracle en Alabama) livre une performance saisissante, portée par les fragments d’un passé qui se dévoile peu à peu. De leur confrontation émerge une alchimie rare, à la lisière de la romance, portée aussi par la musique de Quincy Jones. Inédit en vidéo en France, ce thriller est accompagné d’un entretien avec Nathalie Bittinger, maître de conférences en cinéma. (Rimini éditions)
LUMIÈRE PÂLE SUR LES COLLINES
Royaume-Uni, 1982. Une jeune Anglo-japonaise entreprend d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Etsuko, marquée par les années d’après-guerre à Nagasaki et hantée par le suicide de sa fille aînée. Etsuko commence le récit de ses souvenirs trente ans plus tôt, lors de sa première grossesse, quand elle se lia d’amitié avec la plus solitaire de ses voisines, Sachiko, une jeune veuve qui élevait seule sa fille. Au fil des discussions, l’écrivaine remarque une certaine discordance dans les souvenirs de sa mère… Les fantômes de son passé semblent toujours là, silencieux, mais tenaces. Adaptant le roman éponyme de Kazuo Ishiguro, écrit en 1982, le cinéaste japonais Kei Ishikawa se penche sur les souvenirs d’une veuve s’effilochent entre le Japon des années 1950 et l’Angleterre des années 1980. Présenté en avant-première mondiale au Festival de Cannes 2025 dans la section Un certain regard, Lumière pâle… alterne entre deux époques : la Grande-Bretagne des eighties où la jeune Nikki cherche à écrire la biographie de sa mère Etsuko, et les années 1950 à Nagasaki, où celle-ci raconte ses souvenirs d’après‑guerre. C’est l’occasion pour Ishikawa, tout en jouant sur la lumière et la composition pour distinguer les deux temps (des jeux de lumière magnifiques dans les scènes japonaises, des teintes plus ternes et sombres dans le Royaume‑Uni), de mettre en place un récit labyrinthique où le spectateur est invité à reconstituer les pièces du puzzle. On admire une photographie superbe et vibrante dans une histoire sur la cassure et l’incommunicabilité entre générations, un thème récurrent dans l’œuvre du romancier adapté par Ishikawa. Adoptant un rythme lent, presque contemplatif, le film met en valeur des actrices (Suzu Hirose dans le rôle d’Etsuko jeune, Fumi Nikaido en tant que Sachiko, Camilla Aiko comme Nikki et Yoh Yoshida en tant qu’Etsuko âgée) qui permettent, avec grâce, d’entrer dans la complexité des personnages. Une œuvre très esthétique sur le trauma post‑guerre, sur le passé, la mémoire et l’identité. (Metropolitan)
POUR L’ÉTERNITÉ
Larry et Joan se rendent à une fête chez leur fille. Sur place, Larry s’étouffe et se retrouve propulsé dans un endroit étrange. Il apprend qu’il est mort et qu’il se trouve dans un lieu de transition, entre la vie et l’éternité… Après la mort, chacun dispose d’une semaine pour choisir où passer l’éternité. Pour Joan qui se réveille dans le cadre étrange de La Jonction, mélange de gare monumentale et d’hôtel des années cinquante, la véritable question est de savoir avec qui la passer. Joan doit choisir entre Larry, l’homme avec lequel elle a construit sa vie ou Luke, son premier amour, mort à la guerre et qui l’attend depuis des décennies… Connu pour des films comme l’horrifique The Cured (2017) ou Dating Amber (2020), une comédie dramatique dans l’Irlande des années 1990, le Dublinois David Freyne dirige, ici, une comédie romantique qui ose traiter de la mort avec humour et sensibilité. Eternity (en v.o.) explore les regrets et la mémoire comme outils de décision. En se plongeant dans des archives, Joan revient sur les temps forts de son existence, observant que le passé peut être à la fois doux et paralysant. En faisant parfois songer aux comédies romantiques américaines des années 40 et 50, Pour l’éternité fait osciller ses personnages entre l’« amour toujours » et le coup de coeur du premier rendez-vous. Où comment la mort peut être un dilemme amoureux. Entre absurdité et émotion, le scénario fonctionne agréablement et les « coordinateurs de l’au-delà » y apportent des répliques souvent drolatiques. Enfin Elizabeth Olsen (connue pour son rôle de Wanda Maximoff/La Sorcière rouge dans l’univers cinématographique Marvel) donne une vraie présence à Joan, bien entourée par Miles Teller (Larry, jeune) et Callum Turner (Luke). (Metropolitan)
SIX JOURS, CE PRINTEMPS-LÀ
Sana enchaine les boulots, toujours en mouvement, devant un ordinateur le jour, derrière un comptoir le soir, quand elle n’est pas dans sa cuisine pour assurer la logistique ménagère de son foyer de mère célibataire. Quand Jules, son nouvel amoureux, lui suggère de le rejoindre avec ses jeunes jumeaux pour les vacances, elle accepte. Mais la proposition du jeune homme tombe à l’eau à la dernière minute. Désolée à l’idée de priver ses fils de vacances, elle se laisse convaincre par leur idée, aussi fragile soit-elle : s’installer dans la résidence secondaire de leurs grands-parents paternels sur la Côte d’Azur et cela à leur insu. L’alarme qui résonne quand ils entrent dans la maison ne sera que le premier coup de semonce d’une semaine placée sous tension… Découvert avec Ca rend heureux (2007) et remarqué avec des films comme Folie privée (2004), Nue propriété (2006) et Elève libre (2008) qui questionnent la sphère privée et ses limites, le cinéaste belge Joachim Lafosse a aussi signé A perdre la raison (2012) qui valut à Émilie Dequenne le prix d’interprétation féminine à Cannes dans la section Un certain regard. Ici, il réalise un drame délicat qui questionne le retour à la case départ de l’assignation à la classe sociale (la jeune femme a la sensation constante d’être une intruse) quand l’amour prend fin… Le cinéaste peut déployer des thèmes qui lui sont chers comme la cellule familiale comme lieu possible d’aliénation, les rapports de domination au sein du couple. Il montre aussi son goût aussi les scènes de voiture, lieu clos propice aux épanchements… Sans jamais jouer la carte de la crise qui va exploser, Six jours, ce printemps-là est cependant un film sous tension. « On n’a pas le droit d’être là » insiste Sana, qui voudrait interdire l’usage de l’électricité ou de l’eau courante, les sorties à la plage ou encore les tours en Mehari. Mais il est bien difficile de cacher des enfants de dix ans, plein de fougue et d’entrain. Prochaine maîtresse de cérémonie de la 79e édition du Festival de Cannes, Eye Haïdara (nommée au César du meilleur espoir féminin pour Le sens de la fête en 2017) est une remarquable Sana. (Blaq Out)
TKT
Tout commence lorsque Emma, jusqu’alors épanouie et bien dans sa peau, est admise en urgence à l’unité de soins intensifs d’un hôpital. Ses parents, Meredith et Fred, attendent avec angoisse des nouvelles des médecins. Alors qu’ils repensent aux nombreux « T’inquiète » par lesquels leur fille minimisait ses difficultés, ils réalisent trop tard qu’ils auraient dû s’alarmer. A travers une narration originale, la cinéaste belge Solange Cicurel retrace le calvaire d’Emma (Lanna de Palmaert). D’abord discrètes, les moqueries et les humiliations deviennent peu à peu insupportables. Les amitiés se transforment en pièges, l’isolement s’installe, et les messages haineux s’accumulent. Incapable de parler de ce qu’elle subit, la jeune fille de 16 ans s’enfonce dans une spirale de souffrance et de silence. Le harcèlement, d’abord insidieux, prend une ampleur dévastatrice, poussant l’adolescente au bord du gouffre. Le récit (qui s’inspire du livre Tout ira bien d’Elena Tenace) bascule lorsque, après un drame, Emma apparaît sous la forme d’un fantôme, capable de revivre et d’analyser les événements qui l’ont conduite à cette situation extrême. Cette perspective permet de révéler la mécanique implacable du harcèlement, la solitude des victimes, et l’aveuglement parfois involontaire des adultes. Le film explore aussi le rôle des témoins, souvent silencieux, et l’impact des réseaux sociaux dans l’amplification de la violence. Pour son troisième long-métrage après Faut pas lui dire (2017) et Adorables (2020), Solange Cicurel dirige Stéphane De Groodt dans le rôle du père d’Emma et, dans celui de la mère, Emilie Dequenne, décédée en mars 2025, dans ce qui sera sa dernière apparition au cinéma. Une approche poignante des conséquences du harcèlement scolaire et cyber pour aider à réfléchir et agir… (Blaq Out)
LOUISE
Fuyant un drame familial, Marion a adopté une nouvelle identité. L’adolescente est devenue Louise. Quinze ans plus tard, elle retrouve sa sœur cadette Jeanne et sa mère Catherine, tout en luttant pour savoir si elle doit rester sous son alias ou redevenir Marion… Premier long‑métrage de Nicolas Keitel, Louise plonge dans les traumatismes de l’enfance avec un récit qui explore les conséquences de la violence conjugale sur les enfants, en se concentrant sur la perspective de l’enfant plutôt que sur la victime adulte. Dans cette quête d’identité, le dilemme central est de savoir si l’on peut ou doit se réinventer après un traumatisme. Le cinéaste s’applique à éviter le côté « film social » pour privilégier un mélodrame intime, tout en utilisant des éléments de suspense et en alternant le présent et des flashbacks pour reconstituer progressivement le puzzle de la vie de Louise. En jouant sur les couleurs vives de l’enfance qui finissent par se ternir à l’âge adulte, Nicolas Keitel s’inscrit dans une veine romanesque qui n’est pas sans faire penser parfois aux grands mélodrames de l’incontournable Douglas Sirk. Le scénario comme les dialogues de Louise fonctionnent bien et le metteur en scène peut compter sur de jeunes comédiennes comme Diane Rouxel (vue dans La terre des hommes en 2020) qui tient le double rôle de Louise et Marion, Salomé Dewaels (vue dans Illusions perdues en 2021) qui incarne Jeanne ou encore Cécile de France en mère à la fois robuste et troublée. Primé par la fondation Barrière pour le cinéma, voici un récit sensible et nuancé sur les violences familiales… (Blaq Out)
SEPT JOURS EN JUIN
6 Juin 1944. Dans le cadre de l’opération Overlord, les parachutistes américains sont largués en Normandie. Bon nombre d’entre eux vont atterrir très loin de leur cible. C’est le cas pour plusieurs soldats de la 82e division aéroportée, qui se retrouvent aux abords du petit village de Graignes, situé à trente kilomètres de la zone prévue pour leur aterrissage. Aidés par la population locale, ils décident d’y établir une position de défense. Ils sont bientôt assiégés par une division de SS. La situation est rapidement désespérée. Inspiré de faits réels longtemps restés dans l’ombre, Sept jours en juin exhume un moment méconnu mais saisissant de la Seconde Guerre mondiale. Désignée comme « le petit Fort Alamo normand », cette histoire raconte comment une poignée de soldats et de civils ont opposé une résistance héroïque face à une division SS, faisant front pendant plusieurs jours et tenant dans des conditions désespérées. Porté par une volonté de réalisme et de transmission, le réalisateur indépendant David Aboucaya fait revivre la bataille de Graignes, où civils et militaires unissent leurs forces face à l’avancée allemande, dans un combat aussi héroïque que tragique, et dont la violence comme le courage marquent durablement les mémoires. Véritable artisan du 7e Art ayant signé réalisation, scénario, musique et montage de ses six films (dont Winter War qui, en 2017, mettait en scène les combats de Jebsheim, village-clé pour la libération de la poche de Colmar en 1945), David Aboucaya insuffle à son film justesse et sincérité. Loin des grandes fresques du Débarquement, il privilégie une approche immersive et humaine, au plus près des hommes et des femmes engagés pour les combats de Normandie. Pour sa sortie en DVD/Blu-ray, Sept jours… est accompagné d’un making of de plus d’une heure. (Rimini éditions)
THE SHADOW’S EDGE
Manipulant et ridiculisant la police de Macao en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, un mystérieux mafieux surnommé The Shadow et ses sept fils adoptifs ont le projet de récupérer une fortune en crypto-monnaie. Devenue impuissante face à cette menace, la police doit faire appel à Wong Tak-chong, un ancien officier à la retraite. Cet expert en pistage va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échec commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve… Cyber-thriller nerveux et spectaculaire, The Shadow’s Edge marque le retour sur le grand écran du légendaire Jackie Chan dans un rôle à sa mesure. La superstar internationale incarne un vétéran de l’espionnage confronté à des criminels utilisant l’intelligence artificielle. Remake du film Filatures (2007), ce polar se distingue par des scènes d’action impressionnantes, des filatures palpitantes et des combats puissants aux chorégraphies millimétrées, qui prouvent qu’à 71 ans, Jackie Chan -qui a réalisé ses cascades sans doublure- peut toujours assurer le spectacle ! Renouant avec le genre flamboyant du cinéma d’action hongkongais, The Shadow’s Edge est considéré comme son meilleur film depuis vingt ans. Pour affronter Jackie Chan, il fallait un acteur à la hauteur pour jouer le caïd de la pègre. C’est Tony Leung Ka Fai, monstre sacré du cinéma hong-kongais, quatre fois récompensé du Hong Kong Film Award du meilleur acteur. On se souvient que c’est lui qui jouait le rôle de l’amant chinois dans L’amant (1991) de Jean-Jacques Annaud d’après Marguerite Duras. Avec un scénario original et captivant, opposant méthodes traditionnelles et menaces technologies, le film tient, avec sa narration rapide et fébrile, en haleine du premier affrontement jusqu’à la confrontation finale. Véritable triomphe au box-office chinois, ce thriller d’action musclé est une déluge d’adrénaline Et l’occasion pour les fans de retrouver Jackie Chan. (Arcadès)
AFTERBURN
Dans un monde ravagé, une éruption solaire a détruit toutes les formes de technologie dix ans plus tôt. Ancien soldat devenu chasseur de trésor, Jake cherche, pour le compte de clients riches et puissants, des objets datant d’avant l’éruption. Il fait équipe avec Drea, une combattante de la liberté, afin de mettre la main sur la fameuse Joconde, également convoitée par un seigneur de guerre… En se basant sur la série éponyme de comics écrite par Scott Chitwood, Paul Ens et Wayne Nichols, J.J. Perry signe (dans des décors industriels trouvés en Slovaquie) un film post-apocalyptique qui se distingue par ses scènes d’action bien chorégraphiées et son approche originale de la survie, centrée plutôt sur la quête d’artefacts culturels que sur des batailles pour des ressources de base. C’est l’ancien champion américain de catch Dave Bautista qui se glisse dans le personnage du massif Jake. A ses côtés, on remarque la belle Olga Kurylenko (vue en Bond-girl dans Quantum of Solace en 2008) dans le rôle de Dréa et le vétéran Samuel L. Jackson en roi August Valentine. Si le scénario ne brille pas par son originalité et si on a vu mieux en matière d’effets spéciaux, cet Afterburn, sorte d’escape game géant, reste un divertissement qui fait la part belle aux scènes d’action. (Metropolitan)
SHELBY OAKS
Obsédée par la disparition de sa sœur douze ans plus tôt alors qu’elle se trouvait en compagnie d’étranges enquêteurs, Mia (la comédienne canadienne Camille Sullivan) mène une enquête qui va l’amener à découvrir un mal insaisissable… Pour son premier passage derrière la caméra comme réalisateur, l’Américain Chris Stuckmann, qui fut critique cinéma et vidéaste, donne un thriller horrifique qui s’inspire d’une campagne de marketing en ligne sur une équipe fictive d’enquêteurs paranormaux appelée The Paranormal Paranoids. Se présentant comme un faux documentaire façon found footage, le film mêle thriller, fantastique surnaturel et références à la culture YouTube autour de la perte, du deuil et de la quête de vérité. Le film a connu deux phases de production, le distributeur Neon ayant injecté des fonds supplémentaires pour compléter des scènes abandonnées, ajouter du gore et modifier la fin afin de la rendre plus spectaculaire. Malgré son côté « patchwork horrifique », Shelby Oaks distille souvent une bonne tension et une atmosphère flippante. (Metropolitan)
UNE PLONGÉE DANS LES IMAGES ET L’ARCHITECTE DE MITTERRAND 
DOSSIER 137
Dans un bureau anonyme, un homme, le visage fermé, regarde un écran avec des images de manifestation à Paris. Mouvement de foule et intervention des forces de l’ordre. En décembre 2018, le mouvement des gilets jaunes a pris une ampleur considérable. Sur les images, un CRS casqué. On voit bien son visage. « Vous vous reconnaissez ? » demande le commandant Stéphanie Bertrand, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices… Après La nuit du 12 (2022), évocation d’un féminicide épouvantable et non résolu, Dominik Moll se penche sur une facette plutôt méconnue de la police avec l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) qui regroupe des policiers enquêtant sur d’autres policiers. Le cinéaste s’intéresse donc aux tensions autour de ces hommes et ces femmes dans une position inconfortable, mal vus, souvent méprisés et parfois détestés par leurs collègues, tout en étant critiqués par certains médias qui leur reprochent d’être juge et partie. Ce sont encore des images, filmées par des smartphones, par des médias, par des caméras de surveillance qui vont servir de base à une nouvelle enquête ouverte à l’IGPN. Un jeune type de 20 ans a été grièvement blessé par un tir de LBD, un lanceur de balles de défense. Dominik Moll a imaginé une fiction nourrie de plusieurs affaires réelles. Notamment celle d’une famille venue de la Sarthe pour la défense des services publics et dont le plus jeune fils a eu la main mutilée par une grenade de désencerclement. Le commandant Bertrand va plonger dans ces images qui sont souvent la seule manière de faire progresser l’enquête, de retrouver des témoins des faits, d’entendre des policiers, forcément rétifs à reconnaître leurs responsabilités et plaidant l’épuisement tout comme la pression du gouvernement et des autorités, face à un chaos, un chienlit inacceptables. Dossier 137 fonctionne comme un vrai thriller mais c’est presque aussi un « documentaire » avec, par exemple, le poids de la procédure, la rédaction des procès-verbaux, les réquisitions… En rassemblant les pièces du dossier, en confrontant des versions, Stéphanie et son équipe cherchent à découvrir ce qui s’est réellement passé, un soir, à quelques pas des Champs-Élysées. Dans un monde très polarisé et souvent qualifié d’irréconciliable, Dossier 137 pose la question du point de vue. Et interroge la nécessité de se mettre à la place de l’autre, d’envisager son point de vue! Primé du César de la meilleure actrice, Léa Drucker est indiscutablement le remarquable personnage pivot du film. Il faut plonger sans délai dans ce dossier ! (Blaq Out)
L’HOMME DE LA GRANDE ARCHE
En 1982, François Mitterrand lance un concours d’architecture anonyme sans précédent pour la construction, du côté de la Défense, d’un édifice emblématique dans l’axe du Louvre et de l’Arc de Triomphe… A l’Elysée, on lui présente une maquette et le président observe : « C’est très beau !» Lorsque les résultats du concours sont annoncés, la stupéfaction est générale. Mais qui est donc cet architecte danois de 53 ans nommé Johan Otto von Spreckelsen ? C’est ce Spreckelsen, accompagné de son épouse, qui débarque dans la capitale pour s’atteler au plus grand chantier de l’époque. L’architecte entend bien bâtir sa grande arche, qu’il nomme Le cube, telle qu’il l’a imaginée mais ses idées et sa radicalité vont très vite se heurter à la complexité du réel et aux aléas de la politique. L’inconnu de la grande arche raconte une page des années Mitterrand. En adaptant le roman La grande arche de Laurence Cosse, paru en 2016 chez Gallimard, Stéphane Demoustier invite le spectateur à se glisser dans les arcanes d’un chantier pharaonique. Mais il montre surtout un Spreckelsen confronté, à travers Mitterrand, même lorsqu’il est invisible, à un fonctionnement politique et technocratique. De là dire comme l’architecte, qu’il se sent cerné par les gangsters et les menteurs… En s’appuyant sur le décalage de plus en plus grand qui s’instaure entre l’architecte danois et le monde qui l’entoure, depuis Subilon, le haut fonctionnaire en charge du dossier, à l’architecte français Paul Andreu, maître d’oeuvre de réalisation, le cinéaste construit une fable moderne parfois cinglante, parfois ubuesque, toujours palpitante et qui nous maintient agréablement en haleine. Et lorsque la cohabitation s’en mêle (avec le délicieux Juppé en ministre du budget), Spreckelsen finit par rendre son tablier… Devenu enseignant, l’architecte soupire, las, à une étudiante : « Ce n’est plus mon cube… » L’inconnu de la grande arche est aussi réussi sous l’angle de la reconstitution historique des années 80. Par sa démesure, l’arche finit par écraser Spreckelsen. Le film a recours à des effets spéciaux qui ont permis d’animer des photographies et, en somme, à faire rentrer le film dans les images d’archives. Michel Fau est un étonnant Mitterrand volontiers marmoréen. Xavier Dolan est Subilon et Swann Arlaud incarne Andreu. Enfin Sidse Babett Knudsen (la fameuse série Borgen) et Claes Bang (vu dans The square de Ruben Ostlund) forment le couple danois. Quant à la fin, dans un cimetière sous la pluie, elle est émouvante ! (Le Pacte)
LES CHEVAUX DE FEU
Dans un village houtsoule des Carpates ukrainiennes, dans la seconde moitié du 19e siècle, le père du jeune Ivan se bat, après la messe, avec un homme qui le tue. Ivan se lie avec Maritchka, la fille de l’homme qui a tué son père. Devenus adultes, les deux amoureux décident de se marier malgré la haine des deux familles. Mais Ivan doit d’abord aller travailler à l’alpage et demande à Maritchka de l’attendre. Un jour, celle-ci, qui garde des moutons, tente de sauver un agneau. Malheureusement, elle tombe dans un torrent et se noie. Ivan devient très solitaire, bourru et malade. Il décide, après une longue période, de recommencer sa vie en se mariant avec Palagna. Bonheur de courte durée, car Ivan continue à rester obsédé par le souvenir de Maritchka, et Palagna, après avoir prié pour sauver leur mariage et avoir un enfant, se console avec Youra, le sorcier du village. Dans une taverne, les rivaux se rencontrent et se battent, Ivan reçoit un coup de couteau. Il déambule jusque dans la forêt, où il ressent la présence de l’esprit de Maritchka. Il voit son image pâlie, elle touche sa main, et Ivan meurt. Le village lui consacre alors des obsèques traditionnelles. A contre-courant du cinéma soviétique officiel de l’époque, Sergueï Paradjanov signe, en 1965, en adaptant une nouvelle de l’écrivain ukrainien Mykhaïlo Kotsioubynsky, l’une des œuvres cinématographiques majeures du 20e siècle qui s’imprègne du folklore des Carpates et stupéfie toujours par sa modernité. Ce qui fait en effet la force de ce film, ce sont ses mouvements de caméra déjantés, tordus en tous sens, s’enchaînant avec une rapidité folle. Un épatant travail sur l’image à mettre au crédit du chef opérateur Youriï Illienko. Disponible pour la première fois en Blu-ray et présenté dans une nouvelle restauration 4K, voici une sublime variation au lyrisme échevelé sur Roméo et Juliette tournée en Ukraine en langue houtsoule, Le film marque l’avènement d’un cinéma soviétique ouvertement poétique et formaliste, révélant au monde un immense réalisateur en la personne de Sergueï Paradjanov. Sa caméra virevoltante, ses tableaux aux couleurs vives, puisant dans la tradition picturale ukrainienne, font des Chevaux de feu une célébration vivante de la beauté du monde et de l’art. Dans les suppléments, on trouve Caméra émotion (33 mn), un entretien inédit avec Daniel Bird, écrivain, réalisateur et spécialiste du cinéma d’Europe de l’Est qui note : « La caméra émotion est dynamique. Elle bouge, elle occupe des positions qui sont humainement impossibles. Elle est, comme son nom l’indique, expressive. ». Paradjanov, le dernier collage (1995 – 68 mn) est un hommage réalisé par Rouben Kevorkiantz et Krikor Hamel au cinéaste plasticien à travers les réminiscences d’un parcours difficile. L’amour, la mort, l’exil, les amis et les villes où il vécut (Tbilissi, anciennement Tiflis, Kiev, Erevan) constituent sept récits de la vie tumultueuse de Paradjanov, qui lèvent le voile sur de nombreux fragments inédits de son œuvre. Enfin Les mains d’or (1960 – 36 mn), réalisé par Sergueï Paradjanov, Oleksandr Nikolenko et Oleksii Pankratiev évoque les activités des artisans folkloriques ukrainiens, qui créent de véritables chefs-d’œuvre de l’art. (Carlotta)
LES MAUVAIS COUPS
Milan et Roberte sont mariés depuis dix ans. Depuis que Milan s’est retiré de l’univers de la course automobile à la suite du décès de son meilleur ami, rien ne va plus entre eux. Réfugié dans un domaine enfoui dans la campagne bourguignonne, ce couple fusionnel, après avoir vécu sous les feux de la notoriété, s’abîme désormais dans la solitude. Roberte, qui fut la muse dévouée et admirative mais insatiable de reconnaissance de son mari, se noie dans l’alcool pendant que Milan va chasser dans la campagne environnante. Le face-à-face est entré dans un processus de destruction réciproque. Un jour, Hélène, une jeune et jolie institutrice, arrive dans le village. La belle jeune femme va accentuer, malgré elle, le désordre du couple. Elle se lie d’amitié avec Roberte, en exacerbant les sentiments de Milan… Révélé en 1956 à l’écran comme acteur dans Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson, François Leterrier passe à la réalisation en 1961. Pour son premier film, il adapte le roman éponyme de Roger Vailland qu’il co-scénarise avec l’auteur. L’histoire est largement inspirée de la vie conjugale de l’auteur avec sa première épouse. L’amour décrit par Roger Vailland est une passion dévastatrice où la femme qu’il a aimée devient un oiseau de proie redoutable au point de ressentir de la répulsion à son égard. Elle incarne, dans le livre puis dans le film, ce corbeau tué par Milan lors d’une partie de chasse. Lorsque ce dernier le ramène à Roberte, celle-ci comprend, à travers l’image de cet animal de mauvais augure, que c’est elle qu’il a tuée à travers lui. Le changement majeur de l’adaptation vient du choix du personnage principal. Le roman était l’histoire d’un homme. Avec Signoret, le film devient le drame d’une femme. Marquée par l’influence de Bresson, cette histoire de décomposition d’un couple en forme de drame hivernale (les paysages brumeux en noir et blanc sont magnifiques) est portée par un trio tragique. Si l’Américain Reginald Kernan (Milan) comme la jeune Alexandra Stewart (Hélène) sont des inconnus, Simone Signoret, lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 pour Les chemins de la haute ville, domine la distribution et incarne à la perfection cette femme de quarante ans qui sait que sa jeunesse est partie mais qui continue de vivre intensément. Comme le dira Milan : « Roberte est une flamme. Elle flambe. » A la sortie des Mauvais coups (présenté dans une belle édition dvd/Blu-ray restaurée), la critique unanime loua la prestation de Simone Signoret. Les Lettres françaises écrivent : « Sarcastique, ivre, déchirée, elle trouve ici son meilleur rôle depuis bien longtemps. » A (re)découvrir, ne serait-ce que pour Simone Signoret. (Pathé)
L’AUBERGE DU PECHÉ
Serveuse au café Rallier, une auberge tenue par un couple de vieux acariâtres, Gilberte rêve d’une autre vie. Lorsqu’un soir d’orage, un mystérieux voyageur pousse la porte du café (surnommé L’auberge du péché), et lui confie un sac bourré de billets de banque avant de filer et d’être assassiné devant l’établissement, Gilberte n’hésite pas à cacher son magot. Mais des types aux mines patibulaires font leur apparition. Le danger se rapproche et les choses se passent mal pour la pauvre Gilberte. Un policier en vacances, Briquet, décide d’enquêter sur l’affaire lorsque surgit Laura, la sœur jumelle de Gilberte… Sorti en 1949 et méconnu du grand public, L’auberge du péché est le dernier film de Jean de Marguenat (1893-1956) et le seul polar d’un cinéaste, jusqu’alors spécialisé dans les drames et les comédies. L’auberge du péché, qui ressort dans une belle édition dvd/Blu-ray restaurée, est une adaptation du roman policier Café noir (1947) écrit par Georges André-Cuel. Le romancier a collaboré aux dialogues du film mais de grandes différences existent entre le livre et le film. Certains personnages apparaissent tandis que d’autres disparaissent. De Marguenat a tenu à apporter une vraie touche d’originalité à chaque caractère, peignant ainsi une véritable galerie de personnages. L’inspecteur Briquet (Jean-Pierre Kérien), sérieux dans le roman, est ici moqueur et futé. Les sœurs jumelles, Gilberte et Laura, interprétées par Ginette Leclerc, l’inoubliable interprète du Corbeau de Clouzot et de La femme du boulanger de Pagnol, sont des personnages totalement effacés dans le roman. Dans le film de Marguenat, elles sont, au contraire, des femmes fortes et combatives qui décident pour elles-mêmes. Au détour d’une distribution d’une grande qualité, on y rencontre des personnages pittoresques : un juge poète et lunaire, un inspecteur énervé et jaloux, un commissaire sournois et méfiant, un notaire détective et gaffeur qui échafaude des solutions plus abracadabrantes les unes que les autres, une patronne d’hôtel truculente… Tous apportent de la légèreté au film permettant ainsi de le faire naviguer d’un genre à l’autre. À sa sortie, le film connait un beau succès public et critique. Injustement tombée dans l’oubli, L’auberge… mérite une redécouverte. (Pathé)
DANS L’INTERÊT D’ADAM
Dans le service de pédiatrie d’un hôpital public, une blouse blanche s’applique à retirer, le plus délicatement possible, une sonde gastrique à un enfant de quatre ans. Rebecca, sa mère, est à ses côtés mais elle ne peut pas rester. En effet, une ordonnance d’un magistrat ne l’autorise qu’à venir deux fois par jour auprès de son fils, le temps de lui donner à manger. Car il faut qu’Adam se nourrisse au risque de voir son état de santé sérieusement se dégrader. La blouse blanche, c’est Lucie, l’infirmière en chef du service. Elle apaise Adam et s’occupe autant de Rebecca qui dit et répète qu’elle veut rester auprès de son fils, passer la nuit auprès de lui. Autour de Lucie, on estime que Rebecca doit quitter les lieux mais Lucie tente de calmer le jeu. Dans l’intérêt d’Adam. Lorsque Rebecca décide d’enlever Adam et de s’enfuir, dans la nuit avec lui, les choses tournent mal. On avait remarqué la réalisatrice bruxellloise Laura Wandel en 2021 à Cannes avec Un monde, son premier long-métrage, qui se penchait sur le harcèlement scolaire à travers le parcours de deux enfants. Avec Dans l’intérêt d’Adam, elle immerge cette fois le spectateur dans l’univers hospitalier à travers l’existence d’une infirmière qui s’implique, sans doute au-delà de la normale, dans le « sauvetage » d’un gamin. En cela, Lucie va se heurter à sa hiérarchie. Tout bonnement parce qu’elle ne supporte pas de voir la détresse autant d’un gamin dénutri que d’une mère à la fois inquiétante et vulnérable, persuadée qu’on va lui retirer la garde de son petit Adam. Durant quelques heures, on reste au plus près du quotidien de cette infirmière qui voit passer dans son service une fratrie de quatre gamins sous le coup d’une ordonnance de placement ou encore une grande adolescente voilée qui a avorté. Avec une caméra portée, tout en mouvement, le film donne remarquablement à voir le rythme effréné du personnel soignant. Ainsi, on suit les déambulations incessantes d’une Lucie, presque en apnée, superbement incarnée par Léa Drucker dont le visage fatiguée impressionne. A ses côtés, Anamaria Vartolomei, découverte dans L’événement (2021), est Rebecca, une jeune mère à la dérive. (Memento films)
COFFRET ANN HUI
Avec plus de trente longs-métrages à son actif, Ann Hui, née en 1947, est l’une des légendes vivantes du cinéma asiatique. D’une grande diversité de genres, son œuvre porte une attention soutenue à la question de l’exil, à l’histoire et à l’identité hongkongaises, comme en témoignent les trois films réunis pour la première fois dans un beau coffret deux Blu-ray. Si Ann Hui signe un cinéma souvent formellement audacieux, elle apporte une attention particulière aux questions sociales et politiques que l’on retrouve dans presque tous ses films. Le coffret réunit trois œuvres fortes de la plus grande réalisatrice hongkongaise, ainsi son coup d’essai The Secret (1979), un polar mystique à la narration éclatée, ensuite son grand succès Boat People (1982), un drame politique présenté hors compétition au Festival de Cannes 1983 et enfin le romanesque Love in a Fallen City (1984) qui relate un pan méconnu du passé de Hong Kong avec une rare justesse. Boat People raconte, en 1978, l’histoire du photographe japonais Akutagawa qui vient faire un reportage dans la jeune République socialiste du Vietnam. Très vite, il se met à douter de ce qu’il voit : derrière l’enthousiasme de façade se cache en réalité la misère, la famine et la répression policière… Premier long-métrage d’Ann Hui, The Secret se passe dans le Hong Kong de 1970. Les corps mutilés d’un homme et d’une femme sont retrouvés dans une forêt. Les policiers mettent rapidement la main sur un suspect, atteint de déficience mentale. Pendant ce temps, Ah Ming, une amie des disparus, cherche à en savoir plus sur cette tragédie et découvre l’existence d’une mystérieuse femme liée au couple… Love in a Fallen City se déroule à Shanghai en 1941. Divorcée depuis des années, Pai Liu-su part pour Hong Kong où elle se met à fréquenter la haute société de la colonie britannique. Elle fait alors la connaissance du riche et séduisant Fan Liu-yuan… En exclusivité mondiale, le coffret présente le dernier film d’Ann Hui, totalement inédit en France et jamais édité dans le monde. Dans Elégies (2023), la cinéaste revient à ses premières amours avec ce film sur la poésie qui examine l’héritage de la scène littéraire hongkongaise. Les voix de deux poètes aux idéaux et styles de vie très distincts se répondent comme les deux pôles opposés d’une même réalité. Dans les suppléments, on trouve une conversation (27 mn) autour de Boat People entre Ann Hui et Stanley Kwan ainsi qu’un document (8 mn) sur la restauration de The Secret. (Carlotta)
JEAN VALJEAN
Un homme voûté, fatigué, épuisé même, traverse, seul, de vastes espaces de nature. Tiraillé par la faim, il frappe aux portes qui, toutes, se referment. Nous sommes en 1815. Jean Valjean vient de sortir du bagne de Toulon, après 19 ans de travaux forcés. Un homme sans problème dont la vie a été saccagée parce qu’il a volé une miche de pain pour nourrir de pauvres gamins affamés. Dans un bourg perdu, il trouve refuge chez un homme d’Église. Face à Mgr Myriel, surnommé Monseigneur Bienvenu, la sourde et profonde colère du forçat s’effrite lentement. Comment cet homme en soutane peut-il l’appeler Monsieur et l’inviter à partager sa table avant de lui offrir l’hospitalité d’un lit aux draps blancs, lui le bagnard qui « jugea la société et la condamna à sa haine »… C’est donc à une manière d’avant-Jean Valjean qu’Eric Besnard invite le spectateur. En s’inspirant librement de Victor Hugo, le cinéaste signe une monographie du Valjean originel à travers un face-à-face entre deux hommes auxquels la vie n’a pas fait de cadeau. Dans une mise en scène des plus classiques, le cinéaste orchestre un dialogue entre deux âmes blessées. Bienvenu et Valjean vont ainsi faire, à pas comptés, le chemin, l’un vers l’autre. Lorsque, parti dans la nuit avec les fameux couverts en argent, Valjean est ramené par les gendarmes, Mgr Bienvenu le dédouane et, mieux, lui offre deux chandeliers. Traité dans des teintes « ténébreuses » avant que les images ne s’éclairent finalement avec un Valjean qui lève les yeux au ciel, le film fait la part belle à un Gregory Gadebois en massif mais douloureux Jean Valjean. Il marche ainsi dans les pas de nombreux prédécesseurs comme Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura, Liam Neeson, Jean-Paul Belmondo ou Hugh Jackman. Face à lui, Bernard Campan est remarquable aussi en Myriel. Alexandra Lamy incarne Madame Magloire et Isabelle Carré, la souffreteuse et tragique Baptistine. Lorsque le film s’achève, commence l’autre histoire de Valjean, celui qui incarne la rédemption, la résistance morale et la lutte contre l’injustice sociale. (Warner)
LA VOIX D’HIND RAJAB
Le 29 janvier 2024, Hind Rajab a fui la ville de Gaza en voiture avec son oncle, sa tante et leurs enfants. La voiture est prise pour cible par Tsahal. Seule la fillette de six ans survit. Pendant des heures, elle reste coincée dans le véhicule immobilisé et garde le contact par téléphone avec les employés du Croissant-Rouge palestinien, qui tentent de calmer l’enfant effrayée. Des ambulanciers se mettent alors en route pour la sauver, avant de se faire eux-mêmes attaquer et tuer. Après le retrait de l’armée israélienne, les corps de Rajab, des membres de sa famille et des ambulanciers, sont découverts le 10 février. Kaouther Ben Hania, réalisatrice tunisienne largement remarquée pour sa docufiction Les Filles d’Olfa (2023), nommé aux Oscars, est en tournée promotionnelle aux Etats-Unis lorsqu’elle apprend par les médias, le sort de Hind Rajab. Elle écoute les enregistrements audio accessibles au public et, bouleversée, ne peut poursuivre son voyage. Elle contacte le Croissant-Rouge palestinien, qui lui fournit un enregistrement de 70 minutes de la conversation téléphonique. Ben Hania décide alors de traiter cet événement dans un film, alors qu’elle est sur le point de commencer la pré-production d’un autre projet cinématographique préparé depuis plusieurs années. Pour préparer ce qui sera son septième long métrage, la cinéaste a de longues conversations avec la mère de Rajab ainsi qu’avec des personnes avec lesquelles la jeune fille a été en contact téléphonique peu avant sa mort et qui ont tenté de l’aider. Le film se déroule en huis clos dans le centre d’appel du Croissant-Rouge palestinien de Ramallah. La violence n’est perceptible pour le spectateur que par la bande sonore. « Je voulais me concentrer, dit la réalisatrice, sur l’invisible : l’attente, la peur, le bruit insupportable du silence quand aucune aide n’arrive. Parfois, ce que l’on ne voit pas est plus dévastateur que ce que l’on voit ». Pour Ben Hania, la fiction (surtout lorsqu’elle s’appuie sur des événements vérifiés, douloureux et réels) est « l’outil le plus puissant du cinéma ». (jour2fête)
TORSO
Un redoutable psychopathe secoue la ville universitaire italienne de Pérouse en étranglant et en assassinant de préférence de jeunes et séduisantes étudiantes en histoire de l’art avec un foulard noir et rouge. Le tueur inconnu découpe ensuite ses victimes à la scie. La police est dans le noir. Daniela soupçonne bientôt son fervent admirateur Stefano, un étrange camarade d’université, d’être le coupable. Sur les conseils de son oncle, elle déménage avec Jane et deux autres étudiantes étrangères de la faculté dans une villa isolée à la campagne. Elles s’installent ainsi à Tagliacozzo, un petit village des Abruzzes. La grande demeure est sur une falaise surplombant le bourg. Les quatre amies pensent désormais être à l’abri… Un jour, Jane se foule la cheville en tombant dans l’escalier. Un médecin lui prescrit des somnifères pour passer la nuit sans souffrir. Mais lorsqu’elle se réveille le lendemain matin, elle cherche ses amies qui, sans qu’elle s’en aperçoive, ont été victimes du tueur sanguinaire pendant la nuit. Pour Jane, il s’agit désormais de survie… Réalisateur, scénariste et producteur, Sergio Martino, 87 ans, a connu, dans les années 70, une période où il signa une demi-douzaine de giallo comme Toutes les couleurs du vice (1972) ou Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972) et donc ce I corpi presentano tracce di violenza carnale (en v.o.) en 1973, disponible pour la première fois Blu-ray 4K UHD dans un beau coffret avec des memorabilia. Martino réalise, ici, son film le plus macabre et le plus stylisé. Savoureux mélange de suspense, d’érotisme et de violence graphique, Torso, acclamé par Tarantino ou Eli Roth, est considéré comme l’un des premiers ponts vers le cinéma d’horreur moderne. On estime aussi que ce giallo est l’un des premiers exemples de slasher, notamment à cause du jeu du chat et de la souris entre le tueur et la dernière survivante qui marque les trente dernières minutes du film. Le film est accompagné d’une série de suppléments. Dans Le premier slasher (25 mn), Sergio Martino se remémore le tournage du film dans un entretien inédit en France. Avec Giallo mon amour (16 mn), le coscénariste Ernesto Gastaldi évoque la grande époque du giallo et ses spécificités en termes d’écriture. Dans Un Français en Italie (34 mn), le comédien Luc Merenda revient sur sa carrière en Italie et sur ses rencontres avec les gens du milieu. Dans Torso 17 (20 mn), la cinéaste Federica Martino, fille de Sergio Martino, songe à un remake de Torso. Enfin Une violence charnelle entre refoulement et débauche (28 mn) est un entretien avec Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française. (Carlotta)
MONSIEUR TAXI
Jovial chauffeur de taxi toujours flanqué de son chien, Pierre Verger est chamboulé lorsqu’il retrouve un sac rempli de billets oublié dans son véhicule par une riche étrangère. Peinant déjà à joindre les deux bouts, Pierre hésite à garder l’argent pour aider sa famille… Mais pourrait-il se pardonner d’avoir volé une inconnue ? Plutôt que de conserver le magot, Pierre, par honnêteté, décide de retrouver la propriétaire de cet argent. Invisible depuis longtemps et désormais restauré dans une belle édition dvd/Blu-ray, Monsieur Taxi réalisé par André Hunebelle en 1952, est une comédie familiale filmée en décors naturels qui emporte, sur les traces d’un taxi bourru mais au cœur d’or, le spectateur dans le Paris populaire des années cinquante, dans les rues du 18e et du 19e arrondissements de Paris, du quartier Montmartre ou de la place du Tertre… Le chauffeur de taxi parisien a souvent inspiré les cinéastes, ainsi avec Harry Baur dans Paris (1937) de Jean Choux ou Bernard Blier dans Sans laisser d’adresse (1951) de Jean-Paul Le Chanois. Ici, c’est Michel Simon qui déploie tout son art avec un bonhomme tendre et aimant, tout en se questionnant sur sa propre honnêteté. Le comédien s’approprie le texte, improvise, ajoute du dialogue, l’intervertit, le modifie, pousse la chansonnette et assène des vérités bien comprises : « Gardez vos bons sentiments. C’est de la monnaie qui n’a plus cours, mais qui ne change pas de valeur. ». Autour de lui, on trouve une une pléiade de seconds rôles : Jean Brochard, Jane Marken, Pauline Carton, Jeanne Fusier-Gir, André Valmy mais aussi des nouveaux venus comme Louis de Funès ou Jean Carmet. Monsieur Taxi offre une véritable vision de la France populaire des années cinquante avec ses bistrots de quartier, ses cabarets, ses repas de famille dominicaux. Le film met en lumière les petits métiers, les préoccupations du peuple et les gens ordinaires. Le cinéaste nous plonge ainsi dans ce milieu simple, auprès de personnages que l’on voit tous les jours. Le film sera un gros succès, réunissant plus de deux millions de spectateurs dans les salles. (Pathé)
MANTHAN
Vétérinaire idéaliste, le docteur Manohar Rao vient fonder une coopérative laitière dans un village où les producteurs de lait sont en majorité des dalits, c’est-à-dire des intouchables. Il doit faire face à Mishraji, qui achète à bas prix le lait de tous les villageois, mais aussi au chef du village qui souhaite utiliser la coopérative naissante pour renforcer son pouvoir. Rao s’aperçoit vite qu’il a besoin du soutien de la population dalit pour réussir son entreprise. Bindu, une femme de caractère appartenant à cette communauté, sympathise avec lui et accepte d’y participer, entrainant avec elle les autres femmes. Mais Bhola, dont la forte personnalité fait de lui le leader de la communauté, reste sur ses gardes. Sa méfiance s’aggrave lorsqu’il découvre qu’un des associés de Rao a une aventure avec une femme de sa caste. Lorsque Rao finit par convaincre Bhola, l’ensemble du village se rallie à sa cause et des élections sont organisées pour désigner le président de la coopérative. Le vainqueur est un dalit. Mais le chef du village n’accepte pas cette remise en cause de son pouvoir. Il trouve un allié en la personne de Mishraji dont l’entreprise est menacée par le développement de la coopérative. Mishraji parvient à convaincre Bindu, en grande difficulté financière, de prétendre que Rao l’a séduite. Rao et son équipe doivent quitter le village, mais la coopérative ne périclite pas pour autant : les producteurs de lait continuent son œuvre. Inspiré par Verghese Kurien, qui a développé la production de lait dans le pays en s’opposant aux multinationales, Manthan (pour la première fois en Blu-ray dans sa nouvelle restauration 4K) doit son existence à la formidable mobilisation de 500 000 fermiers de la région du Gujarat, lesquels, à hauteur de deux roupies par personne, ont permis de financer le film. Réalisé en 1976 par Shyam Benegal, pionnier du cinéma « parallèle » indien situé à mi-chemin entre films d’auteur et productions commerciales, Manthan jouit d’une popularité inégalée depuis cinquante ans, hautement justifiée par l’incroyable performance de ses acteurs comme par l’impact social qu’il laissa sur son pays. Dans les suppléments, on trouve un retour (10 mn) sur la restauration exceptionnelle, confiée à la Film Heritage Foundation, qui a abouti à la projection du film à Cannes Classics 2024 et à sa ressortie en Inde dans des salles combles. Par ailleurs, une discussion (25 mn) entre l’acteur du film Naseeruddin Shah et Shivendra Singh Dungarpur, directeur de la Film Heritage Foundation, menée par Anupama Chopra pour Film Companion à Cannes 2024. (Carlotta)

ON L’APPELLE TRINITA – ON CONTINUE À L’APPELER TRINITA
L’un est vif, espiègle et séducteur, cherchant souvent la bagarre, l’autre est trapu et bourru, capable d’assommer ses adversaires avec une facilité déconcertante. Qui ne se souvient pas avec nostalgie de ce duo comique culte, formé par Terence Hill et Bud Spencer ? Avec leur approche burlesque de la violence, et des personnages résolument bavards, On l’appelle Trinita (1970) et On cotinue à l’appeler Trinita (1971) ont profondément transformé le western italien de l’époque. L’alchimie naturelle entre les deux acteurs, combinée au jeu nonchalant et ironique de Terence Hill ont injecté une bonne dose d’humour à ces films. Mêlant baston bon enfant à dose de grosses claques, engueulades loufoques et répliques cinglantes entre les deux personnages, le duo est souvent comparé à Laurel et Hardy ou évoque Astérix et Obélix. Tous deux réalisés par Enzo Barboni, les films connurent à leur sortie un succès phénoménal en salles dans de nombreux pays, notamment en Italie où le premier opus fut le plus grand succès du cinéma italien. S’ils avaient déjà partagé l’affiche de quatre films, dont l’un sans se croiser, Terrence Hill, né Mario Girotti en 1939 et Carlo Pedersoli (1929-2016) dit Bud Spencer forment dès lors un duo qui tiendra la vedette de dix-sept autres films. Dans le premier film, Trinita, cow-boy crasseux mais fine gâchette, se dirige vers la ville dont son frère Bambino, voleur de chevaux, est devenu shérif. Au même moment un homme d’affaires malhonnête et sa bande s’emparent de terres appartenant à une communauté de mormons… Dans le second, Trinita et Bambino font une promesse à leur père sur le point de mourir : ils deviendront de vrais bandits et leurs têtes seront mises à prix. Mais ce n’est pas si simple : leur bonne nature va les amener à prendre la défense de moines menacés par des hors-la-loi. Le succès est tel que des distributeurs ressortirent les anciens films du duo en modifiant le titre pour y intégrer le nom Trinita… Pour la première fois, les deux films à l’origine du mythe sortent en version remasterisée HD sous forme de combo Blu-Ray/dvd, incluant des photos des films, ainsi que de nombreux bonus vidéo pour chaque film. Du nanan pour les fans de westerns italiens… (Rimini éditions)
CERVANTÈS AVANT DON QUICHOTTE
Blessé au bras à la bataille de Lépante, puis capturé en haute mer après l’attaque du navire sur lequel il voyageait par des corsaires barbaresques, le jeune soldat Miguel de Cervantes est enlevé et enfermé au bagne d’Alger en 1575 pour servir d’otage. Il va faire plusieurs tentatives d’évasion mais sera repris. Conscient qu’une mort cruelle l’attend si sa famille ne paie pas rapidement sa rançon, il va devenir un conteur, inventer des histoires et en lire d’autres au pacha qui les détient prisonniers, lui et ses compagnons. Et puis Cervantès va rédiger les premiers brouillons de ce qui deviendra plus tard son chef‑d’œuvre… Réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur hispano-chilien, Alejandro Amenabar a été remarqué dès son premier film Tesis (1996) qui avait pour toile de fond l’univers des snuff-movies. Il enchaînera avec Ouvre les yeux (1997), Les autres (2001) avec Nicole Kidman, Mar adentro (2004) et l’ambitieux Agora (2009), drame historique sur la vie de la mathématicienne et philosophe grecque Hypatie… L’histoire et plus spécialement, ici, le Siècle d’or espagnol, cette période de rayonnement culturel du 16e au 17e siècle qui vit une floraison artistique et littéraire avec des auteurs comme Cervantès et Lope de Vega, est au coeur de El cautivo (en v.o.) qui prend soin de s’appuyer sur des événements réels de la vie de l’auteur de Don Quichotte. S’appuyant sur le récit des années de captivité de Cervantès à Alger (de 1575 à 1580), écrit par Antonio de Sosa, Amenabar met en scène avec grâce et fantaisie une aventure pleine de rebondissements qui parle de rapport de pouvoir, d’autorité mais aussi de relations humaines, de fraternité, d’amitié, d’amour, de trahisons, d’humanité en somme… La reconstitution de la citadelle d’Alger est une réussite tout comme les relations que Cervantès (Julio Peña Fernández) entretient avec le pacha d’Alger (Alessandro Borghi). Une belle ode à la culture, l’imagination, l’art de conter, la littérature et la liberté. (Blaq Out)
ARCO
C’est pendant l’épidémie de Covid et donc dans un contexte anxiogène, que germe l’idée d’Arco. Le cinéaste Ugo Bienvenu éprouve un « besoin de légèreté, d’optimisme » qui l’incite à penser un projet pour enfants tourné vers une forme d’espoir : « Je me suis dit que si l’on voulait que le meilleur puisse se produire, il fallait déjà l’imaginer ». Dans ses carnets, le réalisateur esquisse le dessin d’un arc-en-ciel qui se transforme en personnage. C’est le déclic. C’est quand Ugo Bienvenu, nourri de Jumanji, Casper, Bambi ou des films de Miyazaki, expose son idée à Félix de Givry, son associé au sein du studio Remembers, que ce dernier lui fait remarquer qu’arc-en-ciel se dit arcoíris en espagnol (une langue qu’Ugo Bienvenu parle, puisqu’il a grandi au Mexique et au Guatemala). C’est de ce mot que naissent les noms des deux personnages principaux : Arco et Iris. Arco, dix ans, qui vit en l’an 2932, utilise une cape couleur arc-en-ciel pour voyager accidentellement dans le temps jusqu’en l’an 2075, où il rencontre Iris. Arco est un « adolescent aux yeux gris d’avenante physionomie, cheveux noirs et teint mat, vêtu d’une cape arc-en-ciel, d’un bonnet d’aviateur rose poudré incrusté d’une pierre précieuse. Son monde est celui de l’utopie harmonieuse, du respect du vivant, de l’heureuse combinaison entre les êtres et les choses de la nature. » Pour sa part, Iris est une « fillette brune, coupe carrée, traits asiatiques, vivant dans une maison-champignon techno, en compagnie de parents hologrammatiques trop requis par leur travail, et d’un robot à tout faire ». Iris va s’employer à faciliter le retour d’Arco à son époque. Premier long-métrage d’animation d’Ugo Bienvenu, Arco a été présenté au Festival de Cannes 2025 dans la section « Séances spéciales ». Il remporte ensuite le Cristal du long métrage au festival international du film d’animation d’Annecy 2025 et est nommé à l’Oscar du meilleur film d’animation. Arco s’interroge sur la capacité à voir l’autre, de s’ouvrir à la beauté du monde et d’explorer les futurs distincts de 2075 et 2932. (Diaphana)
THE KILLER
Jeff est un tueur à gages. Lors d’un contrat, il rend accidentellement aveugle Jennie, une chanteuse de bar. Hanté par le remords, il décide d’aider Jennie… et tombe progressivement amoureux d’elle. Alors qu’il décide d’accepter un dernier contrat, dont l’argent doit servir à opérer Jennie, il se fait repérer par l’inspecteur Li. Les commanditaires de Jeff décident alors de se retourner contre lui et tentent de l’assassiner. Coincé entre l’inspecteur Li, flic acharné prêt à tout pour l’arrêter, et son ancien boss, Jeff n’a pas d’autre choix que de reprendre les armes. Alors que les amitiés sont trahies, aucun personnage n’apparaît ni tout blanc ni tout noir… Ecrit et réalisé par John Woo et sorti en 1989 à Hong Kong, The Killer, né à la suite de l’énorme succès du Syndicat du crime (1986), repose sur des influences telles que Le samouraï de Melville ou Mean Streets de Scorsese. Si The Killer (présenté en Blu-ray série limitée Ultra HD 4K) n’est pas un succès immédiat à Hong Kong, il est salué par la critique occidentale pour ses remarquables scènes d’action et son style très explosif. Le talent de Woo éclate alors aux yeux du monde avec ce qui sera plus tard considéré, y compris par lui-même, comme son chef-d’œuvre. John Woo désire faire un film sur l’honneur, la loyauté, l’amitié impossible et les relations entre deux personnes apparemment opposées alors que son tueur professionnel (Chow Yun-fat) se découvre une forme d’humanité inattendue après avoir accidentellement blessé une chanteuse innocente (Sally Yeh). Dans The Killer, si l’on remarque la qualité avec laquelle le cinéaste peaufinent les relations entre ses personnages, on observe aussi que chaque scène de violence chorégraphiée devient un flamboyant ballet tandis que les balles giclent dans tous les coins. Indiscutablement lyrique, le film est du pur spectacle ! (Metropolitan)
TIR À VUE
Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service. Sorti en 1984 dans une France où le climat politique est tendu, Tir à vue s’inscrit dans la veine des films noirs français des années 1980, où tension urbaine et désillusion sociale deviennent un véritable décor narratif, reflet d’un pessimisme ambiant à l’opposé des films policiers américains. Autour de petits Bonnie and Clyde à la française, emmené avec fougue par le duo composé de la toute jeune Sandrine Bonnaire (découverte dans A nos amours de Pialat) et de Laurent Malet, le film explore la question de ces jeunes paumés qui trouvent dans la violence contre la société une solution à leur mal-être. Pour sa première incursion au cinéma avant une longue carrière à la télévision, Marc Angelo réalise un film à la mise en scène violente et réaliste, qui privilégie les regards et les silences aux dialogues. La musique de Gabriel Yared donne une tonalité urbaine avec une photographie qui montre un Paris glauque, gris et pluvieux dans lequel se débattent des personnages vite englués dans une spirale d’autodestruction. Un film noir intense. (Arcadès éditions)
IMAGO
Cinéaste vivant en exil entre Bruxelles et Paris, Déni, originaire de Tchétchénie, part en Géorgie, dans la région de Pankissi, invité par son cousin, dans une vallée isolée peuplée de Tchétchènes et proche de la frontière avec la Tchétchénie. Sa mère y a acheté un lopin de terre, pour qu’il y construise une maison. Sur place, son entourage n’a qu’une idée en tête : le marier ! Dans ce film documentaire, le réalisateur d’origine tchétchène Déni Oumar Pitsaev filme son propre voyage en Géorgie, retrouvant sa famille tchétchène, ses amis et rêvant de construire la maison sur pilotis de ses rêves. Avec un ton souvent poignant, le cinéaste raconte le poids de l’exil et le traumatisme de la guerre sur les relations humaines. Au coeur de sa petite communauté, l’auteur montre aussi le poids de la religion et des contraintes sociales, notamment pour le mariage et les enfants. A propos de son film, Pitsaev dit : « C’était un rêve d’enfant. Je n’ai pas eu de maison quand j’étais petit, donc je m’étais promis qu’un jour, j’en construirais une. Et pas n’importe laquelle : une maison qui flotte, construite en verre. Plus jeune, je n’ai pas beaucoup vu le soleil car les bombardements m’obligeaient à descendre régulièrement dans les caves des immeubles pour me protéger. Je voulais donc une maison sans cave, qui laisse entrer la lumière. C’était un moyen pour moi de faire fuir la guerre. » Cette histoire d’un documentaire qui se « fabrique » sous les yeux du spectateur (« Briser le quatrième mur, dit Pitsaev, me permettait d’être transparent vis-à-vis de ceux que je filme et de ceux qui regardent »), contient nombre de moments forts. Ici, une assemblée de femmes échangeant sur la religion et la liberté, là, de douces discussions avec sa mère ou encore une amère mise au point avec son père au fil d’une sortie en forêt. Deni Oumar Pitsaev livre une radiographie sans concession d’une petite communauté dans laquelle il semble avoir du mal à retrouver une place. Présenté lors de la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2025, Imago a valu à son auteur l’Œil d’or du meilleur documentaire. (Blaq Out)
INSAISISSABLES 3
Pour réaliser le braquage le plus impressionnant jamais imaginé, Daniel Atlas recrute un trio de jeunes et talentueux illusionnistes. Il est vrai qu’il s’agit de mettre au point le plus spectaculaire des tours de magie : dérober le Diamant-Coeur, joyau le plus précieux au monde qui appartient à une redoutable organisation criminelle, revendeuse d’armes. Les quatre Cavaliers sont de retour dans le troisième volet d’une franchise qui s’est ouverte avec Insaisissables (2013) de Louis Leterrier puis Insaisissables 2 (2016) de Jon Chu. Cette fois, c’est Ruben Fleischer (auteur de Retour à Zombieland ouVenom) qui est aux manettes d’un n°3 qui tient ses promesses. Accompagnés d’un groupe de jeunes magiciens qui espèrent suivre leur trace, le quatuor va devoir repousser les limites de l’illusion face à des affreux dirigés par la suave et redoutable Veronika Vanderberg. On retrouve, ici Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Dave Franco, Lizzy Caplan, Morgan Freeman, Isla Fischer désormais secondés par des petits nouveaux (Dominic Sessa, Justice Smith et Ariana Greenblatt). Sans oublier l’excellente Rosamund Pike en parfaite méchante. Le choc des générations, les effets spéciaux à gogo et la magie mêlée à l’action font de ce n°3 un spectacle jubilatoire. « On n’arrête pas le diable en lui coupant les mains mais en lui volant son porte-feuille » ! (M6)
URGENCE
A Paris, en 1985, Max Forestier, jeune journaliste infiltré depuis plusieurs mois, dans un groupe terroriste néo-nazi, est surpris par l’un d’eux, Lucas Schroeder, en train de filmer la mise en place d’un attentat raciste. Mortellement blessé, il a juste le temps de remettre à sa sœur, Lysa, un étrange message. D’abord prise en chasse par les poursuivants de Max, Lysa parvient à s’enfuir et arrive jusqu’à l’agence de presse Omega, pour laquelle son frère travaillait dans l’ombre du journaliste Villard. Elle y rencontre Jean-Pierre Mougin, un jeune chroniqueur sportif qui, malgré lui, se trouve embarqué dans une enquête marathon de trente-six heures, pour comprendre où et quand aura lieu cet attentat. En 1985, Gilles Béhat retranscrit les inquiétudes de son époque, liée notamment à la montée de l’extrême droite en France. Entre course-poursuite haletante, atmosphère conspirationniste et groupe néo-nazi, le film plonge dans les zones grises d’une société en proie à l’angoisse et à la peur. Le cinéaste qui avait signé Rue barbare (1983), un solide polar tiré d’un roman de David Goodis, joue à nouveau avec les codes du genre et entraîne le spectateur dans une aventure palpitante : rythme soutenu, violence graphique et course-poursuites dans un Paris nocturne. Si les comédiens Richard Berry, Fanny Bastien, Bernard-Pierre Donnadieu ou Jean-François Balmer constituent un casting de choix, ce film policier engagé (qui sort dans une édition Blu-ray) peine, surtout dans son final, à trouver le ton juste… Cependant, par son propos, Urgence résonne d’une manière très actuelle. (Arcadès éditions)
KAFKA CHEZ STALINE ET L’ARGENT DE MADAME FARRÈRE 
DEUX PROCUREURS
Dans l’Union soviétique de 1937, à l’apogée du stalinisme et des Grandes purges, un homme emprisonné à la prison de Briansk et considéré comme un ESN (élément socialement nuisible) est placé par ses geôliers devant un petit fourneau avec pour mission de détruire des monceaux de lettres. Ce sont des missives écrites par des détenus accusés à tort par le régime d’être des corrompus hostiles au pouvoir en place. Contre toute attente, l’une de ces lettres va arriver à destination, en l’occurrence sur le bureau d’Alexander Kornev, un procureur local fraîchement nommé et dont c’est le premier poste. Résolu à faire son travail, Kornev entend bien rencontrer le prisonnier Stepniak, détenu dans la cellule 84 de la « section spéciale » du pénitencier. Du côté des responsables de la prison, on va tout mettre en œuvre pour convaincre le magistrat de ne pas insister. Il attend des heures dans un bureau que le directeur veuille bien le recevoir. Et quand enfin il peut lui parler, ce dernier lui déconseille de voir le prisonnier, souffrant d’une maladie probablement contagieuse. Mais rien n’y fait. Kornev, bolchévique chevronné et intègre, croit à un dysfonctionnement puis va se faire à l’idée que Stepniak est bien une victime de la NKVD, la police secrète du régime. Pas décidé à lâcher le morceau, Kornev va tenter de contacter les services du procureur général à Moscou afin d’évoquer son dossier. Là encore, on tentera d’écoeurer le jeune procureur qui sera pourtant reçu -« trois-quatre minutes, pas plus »- par son grand patron. Convaincu que l’on extermine la fine fleur du Parti, Kornev va plonger dans les terribles profondeurs d’un régime totalitaire. Kornev (Aleksandr Kunetsov, acteur russe désormais exilé en Angleterre) va être aspiré dans un labyrinthe dont il ne sortira plus. Autour d’une quête de justice, le réalisateur ukrainien Sergueï Loznitsa (vivant aujourd’hui en Allemagne) a imaginé, pour son cinquième long-métrage de fiction (après My Joy en 2010, Dans la brume en 2013, Une femme douce en 2017 et Donbass en 2018) une œuvre angoissante mais retenue. Comme si Loznitsa retenait toute émotion pour cerner au plus près le mécanisme de la Terreur. Deux procureurs s’ouvre et se ferme par un gros plan sur une main qui ouvre la serrure d’une cellule de prison comme si le cinéaste avait pour ambition d’ouvrir une porte longtemps refermée sur la mémoire d’un pan oublié de l’Histoire. Deux procureurs fut d’abord une nouvelle, écrite en 1969 par une victime des Grandes purges, le physicien Gueorgui Demidov. Celui-ci a passé de nombreuses années dans la tristement célèbre Kolyma en Sibérie, qu’il définit comme « un Auschwitz sans les chambres à gaz ». Survivant à l’horreur, Demidov ne sera réhabilité qu’en 1958 et se mettra alors à écrire des récits consacrés à son expérience de la répression des années 30 et du Goulag. Ses manuscrits circulent alors sous forme de samizdat, ces textes clandestins diffusés sous le manteau. Deux procureurs, c’est Kafka chez Staline, une histoire simple, implacable et palpitante qui décrit par le menu comment un petit fonctionnaire idéaliste, zélé et honnête va être broyé par une machine impersonnelle. Et on ne peut s’empêcher d’y voir aussi une évocation de la Russie d’aujourd’hui. (Pyramide)
LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE
L’argent, Marianne Farrère n’en à rien à faire. Elle en a tellement que ça n’a plus d’importance. Lorsqu’elle s’entiche d’un artiste-photographe plus jeune qu’elle, elle décide de lui donner des sommes considérables. Parce que Pierre-Alain Fantin l’amuse considérablement. Avec lui, elle oublie les sinistres séances de conseil d’administration, l’appartement immense et trop conventionnel, les déjeuners de convenance, la classe politique qui gravite autour d’elle et de Guy, son mari. Alors, Marianne sort dans des soirées, déjeune et dîne avec Pierre-Alain. Elle découche même et revient au matin, lançant qu’avec son nouvel ami, « elle vole, elle frise ! » Dans l’existence de Marianne, Fantin devient vite incontournable. La première fois qu’il avait rencontré la richissime Madame Farrère, c’était pour un reportage photo. « Je ne photographie pas les gens, je les emporte » clame le zigoto. Dans Marianne, il veut voir une héroïne. Même si elle n’ignore pas que Fantin a une réputation épouvantable, elle confesse : « Grâce à vous, c’est comme si je revivais ! » Alors Fantin se sent en territoire conquis. Dans l’appartement des Farrère, il débarrasse les « croûtasses », vire la « bonnicherie ». Mais lorsque Marianne lui signe un contrat de dix ans pour ses créations, à raison de deux millions par an, Frédérique Spielman, la fille de Marianne, décide de sonner la fin de la recré. Quitte à se fâcher avec sa mère, elle veut que le bouffon pique-assiette quitte la scène. Et elle décide de lancer une action en justice pour abus de faiblesse… La femme la plus riche du monde, c’est Fantasia chez les ultra-riches ! Thierry Klifa s’inspire ici, librement, de l’affaire Bettencourt-Banier qui, au début des années 2000, avait d’abord défrayé la chronique people avant de devenir un dossier judiciaire à rebondissements. Dans cette affaire, Françoise Bettencourt-Meyers accusait François-Marie Bainier d’avoir profité de la fragilité psychologique de sa mère Liliane Bettencourt, alors âgée de 87 ans, pour obtenir près d’un milliard d’euros de dons sous forme de tableaux de maîtres, de chèques ou de contrats d’assurance-vie. Pour apprécier cette comédie souvent vacharde, il n’est nulle besoin d’avoir une connaissance approfondie de l’affaire Bettencourt-Banier, ni de connaître la vie de Liliane Bettencourt (1922-2017), femme d’affaires, milliardaire française, fille unique et héritière d’Eugène Schueller, fondateur d’une société de teintures inoffensives pour cheveux devenue le groupe L’Oréal. Alors, il y a, ici, de la beauté, du pouvoir, un coup de foudre, de l’ambition, de l’insolence, de l’esbrouffe, de la cruauté, de la méfiance, des secrets de famille, une guerre où tous les coups sont permis ! Tout cela délivré par des acteurs en verve : Isabelle Huppert (Marianne), Marina Foïs (Frédérique), Raphaël Personnaz (un mystérieux majordome), André Marcon (Guy) et évidemment Laurent Lafitte formidable en virevoltant, odieux et insupportable Fantin et couronné pour cela meilleur acteur aux récents César. On n’est pas obligé d’être fan des ultra-riches pour bien se divertir des rocambolesques aventures de cette femme très fortunée. (Bmaq Out)
MARCEL ET MONSIEUR PAGNOL
Marcel Pagnol n’est pas heureux. Pire, il se sent vieux. Alors, enfermé dans son bureau, l’académicien bricole une machine au mouvement perpétuel et ronchonne : « Ici, au moins, les lettres françaises me foutront la paix ! » Un jour de 1956, il rencontre Pierre Lazareff. Le mythique patron de France-Soir est accompagné de son épouse Hélène qui dirige Elle et qui lui propose d’écrire un feuilleton littéraire pour son magazine. Pour raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours. En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, en version plus jeune de lui, apparaît soudain à ses côtés. Marcel Pagnol est alors au faîte de sa gloire et il va s’immerger dans ses riches souvenirs… Depuis le beau succès des Triplettes de Belleville (2003), on connaît le cinéma de Sylvain Chomet. Avec Marcel et Monsieur Pagnol, le cinéaste fait la part belle au plus grand conteur de tous les temps en lui offrant de devenir le héros de sa propre histoire. Cette aventure-là, c’est celle de la littérature, du théâtre et enfin du cinéma. Pour le petit Marcel, le vieil homme va se mettre à explorer sa vie et à revivre les plus belles rencontres et les plus beaux souvenirs. Reviennent ainsi la table familiale, un père pauvre mais honnête, une mère trop tôt disparue et un gamin en colère à qui la pratique de la boxe vaudra un nez cabossé. Voilà Pagnol prof d’anglais muté à Paris, vivant dans un hôtel de passe avec le moral dans les chaussettes. Un ami l’entraînera à une soirée où Pagnol rencontre Orane Demazis et tombe sous son charme… Contacté par deux producteurs pour confectionner quelques parties animées dans un documentaire sur Pagnol, Chomet a constaté que seules les séquences animées suscitaient l’intérêt. De là à écrire un biopic entièrement animé, il n’y a qu’un pas… Réalisée pour la première fois en numérique, voici une aventure humaine dans laquelle on plonge avec un vrai plaisir tant le dessin est plaisant et l’animation élégante. Ensuite, il suffit de se laisser emporter, au gré des pièces de théâtre, des amours du maître ou de l’invention du cinéma parlant dans le sillage de personnages (forcément) truculents. On aime entendre le grondement de Raimu quand il déclare : « Je vais te le faire ton boulanger cocu ! » ou encore qu’avec le Marius de Pierre Fresnay, « un Alsacien peut faire un bon Marseillais… » On aime écouter aussi, avec l’accent, Pagnol (avec la voix de Laurent Lafitte) dire : « Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers… » Voilà du cinéma qui fleure bon le soleil de la garrigue ! (Wild Side)
VALEUR SENTIMENTALE
Nous sommes dans les coulisses d’un grand théâtre, à quelques instants du lever de rideau. Dans sa loge, Nora Borg craque. Elle refuse d’entrer en scène. Dévorée par le trac, elle tente de quitter les lieux. On la rattrape. Enfin, Nora est dans la lumière. Le spectacle est lancé. Au terme de la représentation, Nora, radieuse, reçoit des ovations… L’art, la quête artistique, les artistes et leurs états d’âme, leurs faiblesses, leurs lâchetés sont au coeur, également, du sixième long-métrage de Joachim Trier, réalisateur dano-norvégien de 51 ans, venu dans la lumière en 2011 avec Oslo, 31 août tiré du Feu follet, le roman de Pierre Drieu la Rochelle. Alors que les amis sont réunis autour de Nora et d’Agnès, à l’heure où leur mère vient de mourir, c’est bien Gustav Borg qui pousse la porte. Les deux sœurs ne le remarquent pas avant de se retrouver face à ce père, disparu depuis très longtemps. Agnès, la plus jeune des deux, serait plutôt heureuse de ce retour. Quant à Nora, elle est excédée par la présence de ce père toujours absent. Les deux sœurs ont pris des chemins de vie différents tout en restant proches l’une de l’autre. Nora a fait passer sa carrière d’actrice de théâtre avant tout le reste. La cadette, même si elle tint, enfant, un rôle dans l’un des films de son père, a opté pour un emploi plus sûr dans le milieu universitaire et a construit une vie de famille avec son mari et Erik, son jeune fils. Si Gustav Borg est de retour, c’est parce que ce cinéaste autrefois réputé mais aujourd’hui quasiment oublié, voudrait revenir sur le devant de la scène en tournant un nouveau film. Borg est décidé à obtenir de Nora qu’elle tienne le premier rôle dans cette production très personnelle mais celle-ci refuse frontalement et catégoriquement. Sur la plage de Deauville, Gustav Borg fait la connaissance de Rachel Kemp, une actrice hollywoodienne à laquelle il offre le rôle initialement destiné à Nora. Lorsque le tournage commence dans son pays natal, la Norvège, le cinéaste saisit l’occasion de se rapprocher de ses filles et de nouer des liens avec Erik, son petit-fils. Dans des décors scandinaves qui font immanquablement songer à l’univers de l’incontournable Ingmar Bergman (auquel il est clairement rendu hommage avec un plan « superposé » directement sorti de Persona), Joachim Trier construit une histoire où la demeure familiale est un microcosme pour observer le travail du temps, le pardon qu’on accorde ou pas, le legs affectif qu’on reçoit ou non de ses parents. D’une manière intense autant que limpide, Trier raconte comment la douleur et le chagrin se transmettent de génération en génération. L’émotion est alors pleinement au rendez-vous. Au-delà d’une mise en scène fluide, Trier excelle à filmer ses acteurs. Renate Reinsve (Nora) est déchirée et fragile. Stellan Skarsgard est un père fiévreux et volontiers égoïste. Inga Ibsdotter Lilleaas est la silencieuse Agnès, la diplomate de la famille et son ciment. Quant à l’Américaine Elle Fanning, elle se glisse avec aisance dans la peau d’une actrice hollywoodienne égarée dans l’univers d’un Borg pour laquelle elle n’était probablement qu’un pis-aller. (Memento)
LES HOMMES DU PRESIDENT
En juin 1972, cinq personnes entrent par effraction dans le quartier général du Parti démocrate, situé dans l’immeuble du Watergate à Washington. Un gardien de la sécurité découvre une porte déverrouillée, refermée avec du ruban adhésif. La police, prévenue, se rend sur les lieux et arrête les cambrioleurs. Le lendemain de leur arrestation, le jeune journaliste Bob Woodward, du Washington Post, découvre que les cinq prévenus, quatre Cubains et James McCord, ancien agent du FBI et de la CIA, avaient un équipement pour placer des micros. Ils ont tous un lien avec la CIA, et ont le même avocat, refusant ceux qui ont été commis d’office. Woodward relie les cambrioleurs à Howard Hunt, membre du Comité pour la réélection du Président et à Charles Colson, conseiller juridique de Richard Nixon, président des États-Unis sortant et candidat à l’élection présidentielle de 1972. Woodward et Carl Bernstein, autre journaliste du Post qui s’intéresse également à cette histoire, s’associent pour enquêter sur cette affaire. Grâce à plusieurs témoignages de personnalités plus ou moins impliquées dans le scandale, ils vont remonter jusqu’aux plus hautes sphères de la politique, dont le président Nixon. Réalisé en 1976 par Alan J. Pakula, All the President’s Men (en v.o.) est sans doute l’archétype du film de presse. A travers l’enquête minutieuse menée par le tandem Woodward-Bernstein (qui aboutira à la démission de Nixon), ce véritable thriller politique illustre le pouvoir de la presse comme contrôle démocratique. Il montre également comment la rigueur journalistique peut mettre en lumière les abus de pouvoir et protéger les libertés publiques. Robert Redford (Woodward) et Dustin Hoffman (Bernstein) sont au meilleur de leur art dans ce film (présenté dans un steelbook, en édition limitée 4K Ultra HD) qui conserve toute son actualité à l’ère des fake news et de la défiance entre les médias. (Warner)
LA TARENTULE AU VENTRE NOIR
Maria Zani, une ravissante nymphomane, est sauvagement assassinée alors qu’elle se prête à un massage dans un institut spécialisé… Le commissaire Tellini est chargé de l’enquête. Il découvre rapidement que Madame Zani avait une aventure extra-conjugale et qu’elle faisait aussi l’objet d’un chantage. Pour tenter à la fois d’échapper aux soupçons sur son implication dans le meurtre de son épouse et découvrir la vérité, Paolo Zani embauche un détective privé qui découvre l’identité du maître chanteur. Mais une seconde femme est assassinée dans des circonstances similaires et l’enquête s’emballe, mettant Tellini sur la piste d’un tueur en série… Réalisé en 1971 par l’Italien Paolo Cavara, connu pour son documentaire « à scandale » Mondo Cane (1962), La tarantola dal ventre nero (en v.o.) s’inscrit dans la grande tradition du giallo, ces thrillers angoissants tournés en série en Italie suite au succès de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, sorti en 1970. Le cinéaste italien développe largement les aspects érotiques et violents du giallo en plaçant la question du refoulement sexuel au centre du récit. De plus, le modus operandi du tueur a de quoi glacer le sang puisqu’il paralyse ses victimes avec une longue aiguille d’acupuncteur avant de les éventrer… Servi par une belle photographie et la musique délicieusement morbide d’Ennio Morricone, le film repose sur une jolie distribution avec Giancarlo Giannini qui campe Tellini, un flic fatigué de voir trop d’horreurs, Stefania Sandrelli dans le rôle de son épouse et un trio de belles actrices souvent surnommées « James Bond girls », en l’occurrence Claudine Auger, Barbara Bach et Barbara Bouchet. Dans les suppléments de ce beau coffret qui sort pour la première fois en Blu-ray et 4K Ultra HD, on trouve, avec Paralysie (27 mn), un entretien inédit avec Jean-François Rauger, critique de cinéma et directeur de la programmation à la Cinémathèque française qui explique : « Ce qui singularise le giallo, c’est que le « comment » est plus important que le « pourquoi ». […] Les giallo sont des rituels, on met en scène des mises à mort. » Par ailleurs, dans Le ventre blanc de Barbara (10 mn), l’actrice Barbara Bouchet se souvient de son arrivée en Italie et des difficultés rencontrées à donner la réplique à des acteurs de nationalités différentes, puis évoque son retour sur le devant de la scène en 2002 grâce à Martin Scorsese dans Gangs of New York. (Carlotta)
LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Josef Mengele, celui que ses victimes au camp d’extermination d’Auschwitz surnommaient l’ « ange de la mort» parvient à s’enfuir en Amérique du Sud pour refaire sa vie dans la clandestinité. De Buenos Aires au Paraguay, en passant par le Brésil, Mengele va organiser sa méthodique disparition pour échapper à toute forme de procès. Dans La disparition de Josef Mengele, le cinéaste russe Kirll Serebrennikov suit au plus ce criminel de guerre notoire, toujours aux aguets, toujours en train de se fabriquer un personnage, persuadé que le Mossad est à ses trousses. Incarné par un August Diehl (Inglorous Basterds et bientôt Les rayons et les ombres) méconnaissable, Mengele est un monstre aux abois pour lequel Serebrennikov ne manifeste aucune compassion même s’il amène le spectateur, dans le dernier tiers du film, à entrer dans sa tête. Un type sinistre qui ne se considère pas du tout comme l’incarnation du Mal absolu. Ce film, adapté du livre éponyme du Strasbourgeois Olivier Guez, tourné dans un noir et blanc (volontairement) crade demande au spectateur de « mettre le masque de Mengele sur lui-même pour comprendre que le chemin qui va de l’homme ordinaire au criminel et au sadique peut être très court. » Il s’applique aussi à montrer que, comme le disait Sartre, l’enfer, c’est les autres, en l’occurrence, ici, tous ceux qui, en connaissance de cause, ont aidé, soutenu, caché Mengele, soit par fidélité aux thèses nazies, soit par l’appât du gain. Le spectateur, notamment avec une insoutenable séquence, à la manière d’un film amateur en couleurs, sur Mengele à l’oeuvre dans sa salle d’expérimentation d’Auschwitz, a le coeur au bord des lèvres. Mais La disparition… est probablement utile aujourd’hui, alors que d’aucuns remettent en cause la réalité de la Shoah. (Blaq Out)
LA FEMME AU PORTRAIT
Paisible professeur de psychologie, Richard Wanley, en se rendant, un soir, à son club, remarque le portrait d’une femme dans la vitrine d’un marchand d’art. Cette toile le fascine immédiatement, notamment le joli modèle qui y est peint. Or quelques instants plus tard, Wanley rencontre la jeune femme du tableau. Elle se nomme Alice Reed et elle l’invite à passer la soirée chez elle. Soudain un intrus surgit, agresse violemment Alice puis tente d’étrangler Wanley. Ce dernier, en état de légitime défense, tue l’agresseur avec une paire de ciseaux. Craignant les répercussions judiciaires, songeant que la médiatisation de l’affaire pourrait ruiner sa vie familiale et sa carrière, Wanley décide de dissimuler le corps dans les bois… Commence alors une sorte de chasse à l’homme dans laquelle le petit professeur va s’enfoncer avec un certain cynisme, assistant, grâce à ses relations, à la recherche du meurtrier en compagnie des enquêteurs. Ayant fui l’Allemagne nazie alors même que Goebbels voulait lui confier les rênes de l’industrie cinématographique allemande, Fritz Lang, déjà célèbre pour Metropolis (1926) ou M le maudit (1931), s’installe à Hollywood où il travaillera pas moins de vingt ans (1936-1956), réalisant 22 longs-métrages qui couvrent quasiment tous les genres du cinéma hollywoodien. The Woman in the Window (1944) est le neuvième film de cette période américaine et certainement l’un des grands films noirs des années quarante, reposant sur une forte tension psychologique au service de thèmes comme la culpabilité et le voyeurisme. Au-delà de la solide interprétation d’Edward G. Robinson (Wanley) et Joan Bennett (Alice Reed), le succès de ce film mâtiné d’onirisme doit beaucoup à sa chute. Tout n’était qu’un cauchemar… Lorsque le professeur quitte son club, il est interpellé par une jeune femme. Son dernier mot sera : « Non ! » (Rimini éditions)
LA VAGUE
Pendant les manifestations féministes du printemps 2018 au Chili, Julia, étudiante en musique, s’engage dans le mouvement au sein de son université. Le groupe de femmes attire ensemble l’attention sur le harcèlement et les mauvais traitements généralisés dont souffrent nombre de leurs camarades étudiantes. Au milieu des manifestations, Julia danse et chante avec ses amies. Alors qu’elle trouve le courage de partager avec les étudiantes un souvenir qui la hante, elle devient de manière inattendue une figure centrale du mouvement. Son témoignage, intime et complexe, devient une vague qui secoue, perturbe et désarme une société polarisée… Titulaire de l’Oscar du meilleur film étranger pour Une femme fantastique (2017) dans lequel il donne le rôle principal à l’actrice transgenre Daniela Vega, Sebastian Lelio est l’une des figures de proue du cinéma chilien et aussi un cinéaste qui place les femmes au centre de son œuvre comme le montra aussi l’excellent Gloria (2013). Avec cette Vague, qu’il ne faut pas confondre avec La Vague (Die Welle), le film allemand (2008) de Dennis Gansel, étude expérimentale sur un régime autocratique, menée par un professeur d’histoire, Lelio donne une manière de film manifeste qui prend les atours d’un musical. En utilisant les sons de la vie quotidienne (tirs de gaz lacrymogène, sirènes, casseroles) comme percussions, créant une ambiance sonore immersive, le cinéaste met en scène une chorégraphie (imaginée par Ryan Heffington) avec des numéros puissants, dont un haka féminin, pour illustrer la force et la solidarité des femmes… Une œuvre à l’énergie communicative ! (Metropolitan)
ESPION LÈVE-TOI
Agent secret français du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), Sébastien Grenier est en sommeil depuis huit ans. Il gère à Zurich une société fiduciaire et partage la vie d’Anna Gretz, une Allemande, professeur de littérature comparée dont les idées d’extrême-gauche sont clairement affichées. Un matin, Grenier apprend par la radio qu’un agent du SDECE avec qui il avait rendez-vous, Alfred Zimmer, vient d’être abattu dans un tramway par un commando des Brigades d’action populaire, officine d’extrême-gauche en activité à Zurich. Il reçoit par la poste l’après-midi même le livre Vingt Ans après d’Alexandre Dumas, marqué à la page 138, code par lequel il comprend qu’il a été « réveillé » par ses supérieurs. Se présentant au rendez-vous convenu, il a la surprise d’être abordé par un certain Jean-Paul Chance, maître des requêtes auprès du Conseil fédéral de Berne, qui se présente aussi comme étant agent des services secrets suisses. Très bien renseigné sur la vie de Grenier, Chance lui demande de remonter la filière « Zimmer » pour savoir par qui sont contrôlées les Brigades d’action populaire, et menace de le faire arrêter pour espionnage en cas d’insuccès. Surpris et inquiet de l’ambiguïté de ce contact, Grenier lance vers sa base le code de procédure d’urgence sous la forme d’une petite annonce dans le Tages-Anzeiger. Là encore, c’est Chance qui se présente au rendez-vous en se disant cette fois son officier traitant du SDECE… et lui faisant comprendre qu’il l’a « réveillé » en raison des contacts d’Anna Gretz avec certains éléments des Brigades d’action populaire. En 1982, Yves Boisset signe un solide thriller paranoïaque typique de la Guerre froide qui s’affirmera comme un exemple marquant du cinéma d’espionnage français des années 80. Dans la peau de Grenier, Lino Ventura, roc massif, incarne un type peu à peu déstabilisé qui ne sait plus si ses interlocuteurs sont des «amis » ou des « ennemis ». A ses côtés, on trouve des pointures comme Michel Piccoli, Bruno Cremer, Bernard Fresson, Heinz Bennent et la comédienne polonaise Krystyna Janda, une habituée du cinéma d’Andrzej Wajda, dans le rôle d’Anna Gretz. Une intrigue froide, tendue et efficace où tous les coups (bas) sont permis. Et Grenier finira mal… (Studiocanal)
LES BRAISES
Karine et Jimmy forment un couple de la quarantaine uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine de conditionnement alimentaire, souvent soumise à des cadences infernales. Lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand, à l’occasion d’une nouvelle hausse du prix des carburants routiers en France, surgit le mouvement des Gilets jaunes, Karine est emportée par la colère et l’espoir d’un changement. Ecoutant sa conscience sociale, Karine découvre la vie et la force du collectif. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille. Remarqué en 2021 avec Les promesses qui mettait en scène Isabelle Huppert et Reda Kateb dans le rôle d’une maire de banlieue en fin de mandat et son directeur de cabinet, Thomas Kruithof se plonge, ici, dans une histoire sociale récente (et qui trouve, ces jours-ci, une actualité nouvelle!) qui tient à la fois un propos politique mais aussi romanesque dans la mesure où l’engagement total de Karine se confronte à la désagrégation de son couple. Ce qui intéresse le cinéaste, c’est d’explorer comment le militantisme peut perturber la vie amoureuse et familiale tout en montrant la tension entre convictions personnelles et responsabilités familiales. Certainement l’un des premiers films de fiction à mettre les mouvement des Gilets jaunes au coeur de son propos, Les braises, malgré une mise en scène manquant de puissance, soulève de bonnes questions sur l’engagement citoyen, la politisation de l’intime ou la justice sociale, la répression policière et la montée de l’extrême droite. Avec beaucoup de conviction, Virginie Efira, incontournable dans le cinéma français, habite le personnage de Karine. A ses côtés, le comédien belge Arieh Worthalter, vu naguère dans Le procès Goldman pour lequel il a obtenu le César du meilleur acteur en 2024, est impeccable. (Wild Side)
LA BONNE ÉTOILE
En 1940, en France, Jean Chevalin vit avec sa famille dans une grande précarité après avoir déserté de l’armée. La situation n’est plus tenable. Convaincu que « certains » s’en sortent mieux, Chevalin a la brillante idée de se faire passer pour juif afin de bénéficier de la bienveillance (intéressée) des passeurs pour atteindre la zone libre. De malentendus en révélations, ce stratagème va entrainer sa famille dans ce grand périple qui déconstruira ses préjugés un à un… Comédien et réalisateur (on lui doit déjà Tête de Turc en 2010, Je compte sur vous en 2015 et On est fait pour s’entendre en 2021), le Colmarien de naissance Pascal Elbé a écrit le scénario de ce film après avoir entendu « une conversation dans un café où l’on évoquait une famille juive avec des propos teintés de stéréotypes », puis, plus tard, être tombé sur un livre, Le nazi et le barbier, d’Edgar Hilsenrath, un auteur juif allemand exilé aux États-Unis après la guerre. Film sur une période sombre de l’Histoire de France, La bonne étoile, tourné essentiellement dans les Vosges, montre un pays entre médiocrité humaine, compromissions, petites lâchetés et silences complices. Du coup, Pascal Elbé trouve un ton très humaniste (et émouvant) pour évoquer un type maladroit qui tente de s’arracher, comme il le peut, au chaos. Si la mise en scène est parfois un peu trop appliquée, les comédiens se chargent, ici, de donner de l’âme à cette aventure intime. Il en va ainsi d’Audrey Lamy, de Zabou Breitman, de Pascal Elbé dans le rôle de Sam Goldstein mais c’est évidemment, dans le rôle de Jean Chevalin, Benoît Poelvoorde qui en impose. « Benoît était un peu un fantasme, dit le réalisateur, pas seulement pour ce film, mais par rapport à mon envie de le rencontrer. Je n’écris jamais pour un acteur, par crainte d’être déçu, mais je n’ai pu m’empêcher de penser à lui dès l’écriture et de le mettre tout en haut de ma liste. Il a lu le script en 48 heures, il a adoré le projet et, en plus, il connaissait Edgar Hilsenrath ! (…). C’est un vrai cadeau qu’il m’a fait en rejoignant le projet. » (UGC)
LA VIE DE CHATEAU – MON ENFANCE A VERSAILLES
Après la mort de ses parents dans un attentat, Violette, huit ans et du caractère à revendre, quitte Paris pour Versailles. Elle y retrouve Régis, son oncle, agent d’entretien au château, qu’elle n’a pas vu depuis bien longtemps et qui s’occupera désormais d’elle. Les premiers contacts sont difficiles entre le géant bourru et la petite orpheline têtue qui refuse de lui parler et fugue dès qu’elle peut… Mais dans les coulisses dorées du Roi Soleil, ces deux solitaires vont peu à peu s’apprivoiser, apprendre à se connaître, et se découvrir une nouvelle famille… Réalisé par Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel Hlimi et sorti en 2025, La vie de château… est une production franco-luxembourgeoise qui reprend leur court-métrage éponyme de 2019 et qui constitue un habile remontage des six épisodes de la série toujours éponyme diffusée en 2024. Adapté d’un roman jeunesse, voici une œuvre d’animation qui, à travers un regard d’enfant, explore avec pudeur les thèmes du deuil, de l’attachement et de la reconstruction. Dans un style sobre, fluide et limpide, avec une ligne noire digne du travail d’un Sempé, ce film distille une véritable émotion sans jamais céder au pathos. Ce récit intime et intense repose aussi sur des dialogues justes et une écriture d’une belle finesse. Une œuvre rare et un moment merveilleux ! (jour2fête)
FEMME DE FEU
En 1870, dans une petite ville de l’Utah. Dave Nash travaille pour Walt Shipley, un éleveur de moutons en guerre contre Ben Dickason et Frank Ivey, deux puissants propriétaires qui n’entendent pas partager leurs pâturages avec le modeste Shipley. La rivalité entre les deux clans est d’autant moins simple à gérer parce que Connie, la fille de Ben, s’est amourachée de Walt, l’ennemi de son père, alors que ce dernier lui destinait son partenaire Frank Ivey pour époux. Un soir, humilié par le camp adverse, Dave préfère renoncer à tout. Blessée dans son amour-propre, la jeune femme décide de tenir tête à son père comme au fiancé qu’on lui destine. Elle demande à Dave de lui prêter main forte. Plutôt enclin à arriver à ses fins sans recourir à la violence, Dave va pourtant se retrouver au coeur d’un combat sans merci… Ramrod (en v.o.) qu’il met en scène en 1947, est le premier western d’André De Toth qui en tournera une douzaine dont six avec le seul Randolph Scott, emblématique acteur de western. Mais, ici, c’est un autre westerner, Joel McCrea (également en tête d’affiche du Juge Thorne fait sa loi, ci-dessous) qui incarne le séduisant Dave Nash. Né en Hongrie en 1912, fils d’un officier des Hussards, De Toth entre dans l’industrie cinématographique dans son pays natal en tournant quelques films à la fin des années trente. Touche-à-tout, il sera tour à tour scénariste, monteur, acteur puis assistant réalisateur. Après un bref passage par l’Angleterre où son compatriote Alexander Korda le fait travailler notamment sur quelques séquences du Livre de la jungle, il part pour les USA où il s’illustrera dans les genres en vigueur dans le cinéma hollywoodien : film d’aventures, film noir, film de guerre, film d’espionnage et bien sûr le western. Avec Femme de feu, De Toth a la chance de pouvoir filmer en décors naturels et aussi de mettre en scène une aventure où une femme est le moteur de l’intrigue. Le cinéaste choisit pour incarner Connie, son épouse de l’époque, Veronica Lake, qui n’aura pas d’autre occasion d’apparaître dans un western. Mais sa beauté et en particulier sa coiffure très caractéristique laissant retomber une mèche blonde sur un œil, feront bientôt d’elle une figure emblématique du cinéma hollywoodien classique. Même si le film -longtemps considéré comme disparu- contient son lot de violences, son scénario est plutôt alambiqué tandis que la mise en scène manque de nerf. Ce qui n’est pas l’avis de Martin Scorsese qui salua « un western cynique et macabre, qui conserve une fraîcheur étonnante. » (Sidonis Calysta)
LE RIRE ET LE COUTEAU
Ingénieur environnemental portugais, Sergio se rend en Guinée-Bissau pour expertiser l’impact écologique de la construction d’une route forestière. Il conduit un vieux véhicule qui soulève une nuée de sable. Le véhicule tombe en panne. Il continue à pied. À son arrivée, il ressent une certaine pression: ses collègues lui conseillent de boucler rapidement son rapport. Il apprend aussi que son prédécesseur, un ingénieur italien, a mystérieusement disparu. Sur place, Sergio rencontre également Diara qui tente de gagner sa vie avec un resto-buvette, et son ami, Gui, un Brésilien qui s’habille en femme. Ce drôle de couple anime les nuits de Bissau. Bisexuel, Sergio se lie intimement avec Diara (Cleo Diara) et Gui (Jonathan Guilherme)… Le cinéaste portugais Pedro Pinho signe, avec O riso et a faca (en v.o.), son cinquième film qui a, tour à tour, les allures d’un thriller, d’un film de survie, d’une histoire d’amour et même d’un documentaire. Dans cette odyssée postcoloniale de 325 minutes dans sa version originale, on reste dans les pas de Sergio venu pour une mission et qui se plonge surtout au coeur d’une population, qu’elle soit locale ou non, fréquentant des boîtes de nuit, faisant la fête et tentant de coucher avec une fille et/ou un garçon de rencontre… Film sur la solitude de Sergio (Sergio Coragem), sur les désirs, sur les rapports Nord-Sud, sur le sexe, Le rire et le couteau prend parfois des tours étranges, ainsi dans une séquence où des membres blancs d’une ONG viennent visiter les latrines qu’ils ont fait installer dans un village guinéen. Mais il y a aussi, dans ce travail hybride, de beaux moments de respiration lorsque le film s’attache à des gens vivant au bord du fleuve… Sélectionné à la section Un Certain regard au Festival de Cannes 2025, Le rire et le couteau a valu à Cleo Diara le prix d’interprétation féminine. (Blaq Out)
LE JUGE THORNE FAIT SA LOI
Juge itinérant, Rick Thorne sillonne l’Ouest américain pour rendre la justice. Il arrive dans la petite ville de Bannerman, au pied des Rocheuses et s’installe pour quelques jours afin d’examiner les dossiers du shérif et du procureur. Fils du puissant propriétaire terrien Josiah Bannerman (qui a carrément donné son nom à la ville), Tom Bannerman a tué un homme lors d’une altercation. Sans ouvrir d’enquête, le shérif a immédiatement classé l’affaire comme un cas de légitime défensee. Suspectant une manipulation, Thorne exige que le meurtrier soit traduit en justice. Il constate rapidement que tant le shérif Bell que le procureur Streeter ont décidé de ne lui apporter aucune aide… En 1955, Jacques Tourneur (1904-1977) tourne Stranger on Horseback (en v.o.), l’un des nombreux westerns qui ont jalonné la carrière du réalisateur français longtemps installé aux Etats-Unis. Il y retrouve Joel McCrea qu’il avait déjà dirigé en 1950 dans Stars in my Crown. Dans le rôle de Thorne, McCrea fait ce qu’il faut pour faire éclater la vérité et appliquer la justice dans un environnement où le pouvoir local domine. Au travers du personnage intègre et persévérant d’un juge qui refuse de se laisser influencer par des intérêts privés, le film explore la tension entre la loi impartiale et l’influence des grandes fortunes locales. En évoquant le rôle des juges itinérants au cours de la Conquête de l ‘Ouest, le film met donc aux prises un grand propriétaire terrien (John McIntire) et sa tribu avec un homme solitaire mais droit. Le juge Thorne fait sa loi (un titre français imprécis car Thorne ne fait justement pas sa loi) doit enfin beaucoup à la prestation de l’imposant Joel McCrea, parfait en charismatique magistrat parfois contraint de protéger sa vie… Dans les suppléments, une présentation du film par le critique Noël Simsolo et un livret rédigé pat Jean-François Giré. (Sidonis Calysta)
THE CHRONOLOGY OF WATER
Jeune femme marquée par des maltraitances, y compris sexuelles, au sein de sa famille puis par des abus, des excès et des addictions aux drogues et à l’alcool, Lidia Yuknavitch va peu à peu trouver un mode d’expression à travers l’écriture et sa voie en tant que sportive avec la natation. Elle devient finalement enseignante, mère et une écrivaine moderne et singulière. Inspiré (librement) des mémoires de Lidia Yuknavitch publiée en 2011 sous le même titre (La mécanique des fluides), ce premier passage derrière la caméra de Kristen Stewart n’est pas un récit traditionnel avec une succession de scènes, mais une succession de fragments d’images, de phrases, de souvenirs et de sensations, traduisant une difficulté d’être. Avec The Chronology of Water, la comédienne devenue star avec la saga Twilight (2008-2012) et qu’on devrait voir dans le prochain film de Quentin Dupieux, explore comment la littérature devient un moyen de guérison et de reprise de voix face à la violence domestique et à l’inceste. Ce drame autobiographique conçu comme un poème visuel se concentre sur les moments clés de la vie de Lidia (incarnée par la remarquable Imogen Poots), de l’enfance à l’âge adulte, sans montrer explicitement les traumatismes mais en révélant leurs effets… Un maelström d’images qui invite à la réflexion sur la violence domestique et la résilience. (Blaq Out)
LA TOUR DE GLACE
Dans les années 1970, la star Cristina van der Berg participe au tournage de l’adaptation du conte fantastique La Reine des neiges d’après Hans Christian Andersen dans lequel elle joue le rôle principal. Jeanne, une orpheline adolescente, qui a fui son foyer de haute montagne, n’ayant nulle part où dormir, se réfugie dans ce qu’elle pense être un hangar abandonné. Mais elle découvre qu’il s’agit de studios de tournage. Entre l’énigmatique comédienne et la jeune fille, une relation inattendue se noue. D’autant plus que La reine des neiges est le conte fétiche de Jeanne. Cependant, celle-ci ne se doute pas qu’un piège se referme sur elle. Une relation intense et toxique s’installe entre Jeanne et l’actrice, mêlant fascination, emprise et ambiguïté entre réalité et fiction. Jeanne finit par obtenir un rôle sur le tournage, ce qui renforce son lien avec la reine des neiges, tant dans le film qu’en dehors… Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2025 (où il remporta l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique) La tour de glace est une drame fantastique réalisé par Lucile Hadzihalilovic. La cinéaste française a été remarquée en 2004 avec Innocence dans lequel jouait déjà Marion Cotillard qui incarne, ici, le personne de Cristina puis, une dizaine d’années plus tard, avec Evolution, autre film fantastique. A propos des sources d’inspirations du film, la réalisatrice a noté : « Nous avons beaucoup pensé à L’Esprit de la ruche (1973) de Víctor Erice, qui transfigure la réalité à travers le regard d’une jeune fille. Et nous avons essayé de faire de même : embellir et styliser, découvrir ce monde à travers le regard de la jeune fille en rendant le banal un peu plus enchanté. » De fait, La tour de glace est une œuvre résolument en marge de la production française, jouant sur la frontière floue entre le monde réel et le décor de cinéma, explorant les thèmes de l’emprise adulte sur l’adolescent, la fascination pour les personnages magiques et les dangers de l’adultère. Au côté de Marion Cotillard, Clara Pacini (dans son premier rôle au cinéma) se glisse dans la peau d’une adolescente en quête de repères. Un film beau et très formaliste qui mêle la poésie et le sentiment d’un cauchemar auquel il est impossible d’échapper… (Metropolitan)
SIEGE
Lors d’une grève de la police, un groupuscule de dangereux crétins fascistes essaye d’imposer de nouvelles règles aux habitants d’Halifax en Nouvelle-Écosse. Ils tentent d’effrayer des gays et des lesbiennes dans un bar, mais ils tuent accidentellement le propriétaire de l’établissement. Le leader du groupe décide alors d’exécuter tous les témoins du drame. Cependant un homme réussit à échapper à l’hécatombe et se réfugie dans un quartier résidentiel… Sorti en 1983 sous le titre original Self Defense, Siège est un film canadien réalisé par Paul Donovan et Maura O’Connell pour lequel les deux réalisateurs ont puisé dans la réalité. En 1981, Halifax fut frappé par une grève de la police, les fonctionnaires réclamant de meilleurs salaires et des conditions de travail plus acceptables. Des revendications qui conduisirent à un situation de chaos marquée par des pillages. Donovan et O’Connell ont largement mis l’accent sur les débordements de dégénérés massacrant tout le monde dans un bar gay. Daniel, le seul survivant, parvient à se réfugier chez un couple de jeunes aveugles qui vont tenter de lui sauver la mise tandis qu’une troupe de mabouls homophobes et armés jusqu’aux dents met la ville à feu et à sang. Sous la forme d’un thriller de survie, une série B qui tape fort dans l’hécatombe. (Sidonis Calysta)
LA CRÉATURE DU CIMETIÈRE
Dans la petite ville de Gate Falls, près de Castle Rock, le propriétaire d’une vieille usine de textile située à côté d’un cimetière décide d’engager quelques ouvriers pour nettoyer le sous-sol, encombré d’un bric-à-brac et envahi par les rats. Mais l’un des travailleurs, effrayé par quelque chose, trébuche et périt broyé dans une machine. John Hall, nouveau venu dans la ville, est engagé pour remplacer le défunt. Il travaille avec l’équipe de nuit et fait la connaissance d’un singulier dératiseur, Tucker Cleveland, vétéran de la guerre du Viêt Nam. Bientôt, un autre ouvrier est tué dans le sous-sol, après quoi Warwick, un contremaître carrément sadique, crée une unité armée de lances à incendie pour dégager le sous-sol. En plus du nettoyage proprement dit des locaux, Warwick attend des ouvriers qu’il le débarrasse des rats. Il confie cette tâche à Tucker, mais celui-ci est tué. Hall trouve une trappe dans le sous-sol, où il pense que les rats se reproduisent. Les ouvriers et Warwick s’y rendent et trouvent une autre salle remplie de vieux équipements. Un des travailleurs y découvre un avant-bras humain. De peur, il tente de monter l’escalier pourri qui s’effondre sous lui, et il est attaqué par un énorme monstre mutant. Consacré « roi de l’horreur » de la littérature moderne, Stephen King a été fréquemment adapté au grand écran. Souvent avec succès (Carrie, Shining, Misery), parfois moins. En 1990, le producteur Ralph S. Singleton signe, avec Graveyard Shift (en v.o.) son unique réalisation qui sort en version remastérisée. Il adapte une courte nouvelle (Poste de nuit) de King et l’enrichit de quelques personnages pour pouvoir boucler un long-métrage. Dans des décors plutôt réussis, on plonge dans un univers clos où règnent les rats mais aussi une créature bien plus imposante, plus dangereuse et très vorace. La menace est réelle et le film tire ainsi son épingle du jeu en distillant une bonne angoisse… (Sidonis Calysta)
LA FEMME DÉSESPÉRÉMENT AMOUREUSE ET LA JEUNE LESBIENNE COMBATTIVE 
NUAGES FLOTTANTS
Après la défaite japonaise, Yukiko Koda, dactylographe sans le sou, retourne à Tokyo, pendant l’hiver 1946 dans l’espoir de renouer avec Tomioka, un homme marié avec qui elle a vécu une intense histoire d’amour en Indochine pendant la Seconde Guerre mondiale. Si d’abord leurs retrouvailles ravivent les braises de cette ancienne passion qui les hante, il s’en faut de beaucoup pour que le sombre et indécis Kengo Tomioka choisisse de divorcer et d’abandonner son épouse pour partager les espoirs de Yukiko. Luttant pour survivre dans une société dévastée, la jeune femme tente de se reconstruire. Elle prend brièvement un GI pour compagnon puis retrouve Iba, l’homme qui fut son premier amant et qui serait tout disposé à la reprendre avec lui. Mais c’est pour reconquérir Tomioka que Yukiko est prête à jeter toutes ses forces dans la bataille. Même si elle affirme qu’elle a commencé à oublier le paradis que fut l’Indochine, Yukiko est certaine que même s’il semble toujours lui échapper, Tomioka est l’homme de sa vie… C’est en 1955 que Mikio Naruse réalise Nuages flottants, adaptation d’un roman de Fumiko Hayashi (1903-1951) qui relate les relations chaotiques d’une femme et d’un homme qui n‘arrivent pas à se trouver. Considéré comme l’un des trois plus grands films japonais du 20e siècle par la revue de référence nippone Kinema Junpo (aux côtés des Sept Samouraïs de Kurosawa et de Voyage à Tokyo de Ozu), Nuages flottants parle, avec une magnifique sensibilité mais sans aucune mièvrerie, de sujets universels comme la passion et le souvenir. Contemporain de grands cinéastes comme Ozu, Kurosawa, Mizoguchi ou Kobayashi, Naruse (1905-1969) est souvent (et très injustement) resté dans leur ombre. A la tête d’un filmographie de près de 90 œuvres datant de la fin du muet aux années 60, Mikio Naruse signait des histoires touchant à l’essence même de la nostalgie amoureuse, le tout avec une forte économie d’effets et une grande efficacité dramatique. Nuages flottants s’ouvre ainsi sur des séquences qui alternent, avec une impressionnante fluidité et une permanente mélancolie, deux temps, celui du Tokyo dévasté de l’immédiat après-guerre et celui, baignant dans une euphorie sentimentale, de l’Indochine française… Dans une mise en scène épurée et avec un superbe couple d’acteurs ((Hideko Takamine est Yukiko et Masayuki Mori Tomioka), voici une romance déchirante qui sort, pour la première fois en Blu-ray dans une nouvelle restauration 4K. Yukiko vit la solitude des femmes modernes dans une relation qui, dans un lancinant mouvement sans progrès, se renoue pour toujours se défaire. La fin de Nuages flottants est d’une bouleversante beauté. Dans les suppléments, on peut voir la présentation du film à Cannes Classics 2025 (8 mn) en présence de Shion Komatsu (Toho Global), Koji Fukada (cinéaste), Vincent Paul-Boncour (Carlotta Films) et Gérald Duchaussoy (Cannes Classics). Paradis perdu (28 mn) est un entretien inédit avec Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 qui dit : « Nuages flottants, c’est l’histoire d’une dépendance amoureuse toxique. Elle s’accroche à cet homme qui ne cesse de se dérober et qui sème la mort. » Enfin dans Fumiko Hayashi – Chronique d’un vagabondage (27 mn), Corinne Atlan, traductrice du roman Nuages flottants de Fumiko Hayashi, revient sur la vie, l’œuvre et le style de son autrice. (Carlotta)
LA PETITE DERNIÈRE
Dans la salle de bain du petit appartement de ses parents, quelque part dans une banlieue, Fatima accomplit ses ablutions rituelles. Alors que le jour se lève, couverte d’une voile, la jeune fille fait sa prière avant de rejoindre sa mère et ses deux grandes sœurs pour manger des crêpes au chocolat et rigoler des choses de la vie. Sur un site de rencontres, sous le pseudonyme de Linda, Fatima fixe un rendez-vous à une femme. Tandis que Fatima ne fait qu’écouter, cette femme lui explique, assez crûment, des choses à apprendre. Dans un bar, sous un autre pseudonyme, Fatima drague encore, un peu moins timidement, une fille. Comme elle souffre d’asthme, Fatima participe à une session dirigée par un pneumologue. C’est là qu’elle croise Ji-Na, une jeune infirmière d’origine coréenne. Entre les deux jeunes femmes, un fort sentiment amoureux prend forme… Après Tu mérites un amour (2019) et Bonne mère (2021), Hafsia Herzi réussit le beau portrait d’une jeune femme qui s’émancipe de sa famille et de ses traditions. Et qui se met à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants mais puissants. Mais l’amour lesbien est-il soluble dans l’islam ? En s’appuyant sur le roman éponyme de Fatima Daas, paru en 2020, la cinéaste raconte l’itinéraire d’une jeune femme mal à l’intérieur : « Pour autant, elle ne se cherche pas, elle sait qui elle est et par qui elle est attirée sexuellement. Mais elle ressent de la culpabilité par rapport à sa religion, à sa famille et à elle-même. Je pense qu’elle ne s’aime pas vraiment. Elle est dans une dualité; à la fois mal à l’aise avec son homosexualité et totalement désireuse de la vivre pleinement. » Au fil des saisons, sur une année, la cinéaste suit au plus près -en multipliant les gros plans- cette Fatima tiraillée dont le mot « lesbienne » déclenche l’agressivité. Car il lui fait entendre ce qu’elle est mais n’est pas totalement encore prête à être. En posant le mot, c’est comme si le secret s’effondrait. Ecartelée entre tradition et modernité, Fatima est dans une quête douloureuse mais demeure combattive, résiliente et surtout digne. Hafsia Herzi donne un film rare sur une femme lesbienne, arabe et musulmane. Elle a trouvé, avec la débutante Nadia Melliti, une actrice (couronnée du prix d’interprétation au dernier festival de Cannes) superbe. Et l’on voit naître le sourire de Fatima. C’est beau ! (Ad Vitam)
BUMPKIN SOUP
Ayant quitté sa campagne natale, la jeune Aki débarque dans une université de Tokyo où est inscrit Yoshioka, le garçon dont elle est amoureuse depuis le lycée. Sur le campus, tout en partant à la recherche de Yoshioka (qui ne semble pas faire grand cas d’elle), elle rencontre une galerie d’étranges personnages : des intellectuels blasés, des étudiants obsédés par le sexe et un professeur de psychologie, plutôt déjanté, à la recherche d’une improbable théorie sur la honte… En 1985, Kiyoshi Kurosawa n’est pas encore le prolifique cinéaste japonais remarqué et fêté jusqu’en Occident, auteur de Cure (1997), Kaïro (2001), Tokyo Sonata (2008) ou le récent Cloud (2025). A ses débuts, il est embauché par la Nikkatsu qui veut réactiver sa production déclinante de pinku eiga (film rose), genre cinématographique combinant narration et érotisme. En 1983, il tourne son premier long métrage, Kandagawa Wars, une histoire d’échanges sexuels de part et d’autre d’une rivière. Mais le manque de scènes érotiques déplaît à la compagnie japonaise et n’attire pas le public nippon. La Nikkatsu décide de ne pas distribuer son film suivant, Joshi dasei: Hazukashii seminar, car il ne correspond pas aux critères du genre et aux conventions du pinku eiga. Vexé, Kurosawa demande alors à la société des réalisateurs indépendants de racheter les droits du film qui sort, remonté, sous le titre de Bumpkin Soup (The Excitement of the DoReMiFa Girl en v.o.). Evoluant souvent à la limite de l’absurde et parfois du n’importe quoi, le film est un mélange foutraque d’influences, allant du cinéma japonais de la fin des années 1960, en particulier Seijun Suzuki et Nagisa Oshima, jusqu’aux Nouvelles vagues française et tchèque. Disponible pour la première fois en Blu-ray, Bumpkin Soup est un curieux film pink alliant humour, récit d’apprentissage et comédie musicale, Kurosawa expérimentant son travail sur le son et la musique.. Dans les suppléments, on trouve un essai vidéo de Jerry White (12mn) dans lequel l’auteur du livre Kiyoshi Kurosawa: Master of Fear se penche sur Kandagawa Wars et Bumpkin Soup, les deux premiers films pink du réalisateur. On peut voir également l’entretien (15 mn) mené avec Yoriko Doguchi qui fut, dans les années 80, la jeune égérie du photographe Kishin Shinoyama. Elle se souvient avec émotion de sa première collaboration avec Kiyoshi Kurosawa et de son partenaire de jeu, Juzo Itami. (Carlotta)
JEUNESSE – LA TRILOGIE DE WANG BING
Wang Bing, 58 ans, est l’une des figures remarquables du cinéma chinois, connu pour ses impressionnants documentaires. Ainsi, de 1999 à 2003, travaillant seul et vivant dans un vieux quartier industriel de Shenyang, il filme et enregistre avec une caméra Digital Video (DV), la vie des ouvriers d’un quartier qui va bientôt être détruit du fait d’une réforme municipale. Ainsi naît le long documentaire A l’ouest des rails (trois parties, plus de 9 heures de projection) unique dans l’histoire du cinéma chinois indépendant. Le cinéaste va, à nouveau, s’attacher, avec Jeunesse, à une fresque monumentale sur la Chine contemporaine dont Le Monde a dit que c’était « un véritable monument élevé à la classe ouvrière ». Tourné sur une durée de cinq ans dans les ateliers textiles de la ville manufacturière de Zhili, à 150 km de Shanghai et découpé en trois volets (Le printemps, Les tourments et Retour au pays), Jeunesse aborde des problématiques cruciales du monde contemporain : tensions sociales, inégalités, corruption ou rapports de forces au sein du monde du travail, pour mieux soulever à travers elles des questions comme celles de l’intimité, de la famille, du vieillissement ou de la transmission. Dans Jeunesse (Le printemps) (215 mn), on voit de nombreux jeunes affluant de toutes les régions rurales traversées par le fleuve Yangtsé. Entre eux, les amitiés et les liaisons amoureuses se nouent et se dénouent au gré des saisons, des faillites et des pressions familiales. Dans Jeunesse (Les tourments) (226 mn), les histoires individuelles et collectives se succèdent dans les ateliers textiles de Zhili, plus graves à mesure que passent les saisons. Du haut d’une coursive, un groupe d’ouvriers observe leur patron endetté frapper un fournisseur. Dans un autre atelier, le patron a décampé. Les ouvriers se retrouvent seuls, spoliés du fruit de leur travail. Hu Siwen raconte les émeutes de 2011, à Zhili : la violence policière, l’enfermement et la peur. Après d’âpres négociations, les ouvriers rentrent chez eux célébrer le Nouvel An… Enfin, dans Jeunesse (Retour au pays) (152 mn), le Nouvel An approche et les ateliers textiles de Zhili sont quasi déserts. Les quelques ouvriers qui restent peinent à se faire payer avant de partir. Des rives du Yangtsé aux montagnes du Yunnan, tout le monde rentre célébrer la nouvelle année dans sa ville natale. Dans les suppléments de ce coffret de trois Blu-ray, on trouve notamment une conversation avec Wang Bing par Olivier Père (6 mn / 37 mn), un extrait de la remise du prix Jean Vigo 2025 (5 mn), le livret exclusif (80 pages) qui réunit trois grands entretiens avec le cinéaste et trois analyses de spécialistes de la société chinoise. Enfin, en option inédite, un mode de visionnage alternatif des trois films sous forme sérielle, découpés en 23 épisodes. (Carlotta)
OUI
Aux accents de Be my lover, Y. anime une soirée aussi luxueuse que déjantée où se mêlent les ultra-riches de Tel Aviv et des militaires de l’état-major de Tsahal en uniforme. L’alcool coule à flots, la drogue circule et Y., musicien de jazz, fait le pitre jusqu’à finir le nez dans un bassin. Où on le laisserait bien se noyer, si son épouse Jasmine ne venait pas le repêcher. Le couple finira sa nuit dans une magnifique villa, largement décorée d’oeuvres d’art contemporain, à sucer, de concert, les oreilles d’une femme âgée… Y. et Jasmine, danseuse et professeur de danse hip-hop, luttent pour une survie pure et simple passant par la vente de leur art, de leur âme et de leur corps à l’élite de Tel Aviv. Un jour, Y. se voit confier une mission de la plus haute importance, la mise en musique d’un nouvel hymne national aux paroles belliqueuses. Ecrit en trois chapitres (La belle vie, Le chemin et La nuit), Oui n’est assurément pas une œuvre de tout repos. Dans un pays traumatisé, les personnages imaginés par Nadav Lapid s’agitent comme des insectes déroutés qui se tapent la tête contre des portes fermées et se disent que la soumission est la seule vérité du temps. Voix discordante du cinéma israélien, Lapid montre aujourd’hui « quelqu’un qui choisit de ramper pour arriver à se faufiler dans l’ouverture de la porte avant qu’elle ne se ferme. » En compagnie de Leah, son ex-petite amie, Y. fait le chemin vers la frontière. Au loin, dans le sourd grondement des armes, une épaisse fumée noire s’élève au-dessus de Gaza. A bord de la voiture, Leah égrène l’effrayante litanie des hommes, des femmes, des enfants assassinés du 7 octobre. Tragédie musicale et fable bordélique, Oui ne fait pas dans la nuance, ni dans la mesure. Y. (Ariel Bronz) et Jasmine (Efrat Dor) sont emportés dans un tourbillon sur lequel semble régner ce Russe, homme le plus riche du monde, capable de faire pousser un gratte-ciel dans le désert en quelques secondes, mais en servant d’une… télécommande pourrie ! Un film hystérique et « malade » mais audacieux et saisissant qui scrute l’effroi du monde post-7 octobre. Et dont on sort étourdi et épuisé… (Potemkine)
MOI QUI T’AIMAIS
Sacrée aventure amoureuse que celle de Simone Signoret et d’Yves Montand ! Elle l’aimait plus que tout, il l’aimait plus que toutes les autres. Sept ans après l’oubliable Ma mère est folle, Diane Kurys propose une plaisante illustration de ce vrai sous-genre cinématographique qu’est le biopic. Le point de départ pour la cinéaste, c’est Simone Signoret. La femme, l’actrice. « Il y a quelque chose de fascinant chez elle, dit Diane Kurys, une force, une détermination, mêlées à une sorte de fragilité, de vulnérabilité. Avant de commencer à écrire, elle me semblait à la fois impressionnante et un peu pathétique. Les bons personnages sont toujours faits de ces contrastes. Ce sont leurs ombres qui définissent leurs contours, comme les frontières de certains pays inconnus. » On entre donc dans les vies foisonnantes de deux monstres sacrés alors que Signoret travaille de moins en moins et boit de plus en plus tandis que Montand surfe sur les succès et aligne les conquêtes. Le film enchaîne les scènes où Signoret, occupée à un tricot, fait répéter Montand tandis que celui-ci lui reproche : « C’est de ta faute si tu ne tournes pas… » et que l’autre souffle : « Personne ne veut plus de moi» ou celle où le couple évoque, à l’occasion d’un voyage en URSS (où les gens ont une profonde tristesse dans le regard) les désillusions de son engagement à gauche. Le balancement lancinant entre ces deux sentiments que sont l’amour et la détestation traverse tout le film. Mais Diane Kurys s’attache quand même davantage à cette Simone Kaminker, née en 1921 à Wiesbaden dans une famille d’origine juive polonaise devenue Signoret, fabuleuse de beauté dans Casque d’or (1952) de Jacques Becker. Moi qui t’aimais montre, au-delà de l’alcool, des cigarettes, des rides, des kilos en trop, une femme en souffrance. Quand elle sent la fin venir, elle confie à Serge Reggiani, l’ami de toujours : « La vraie Simone, elle a eu peur toute sa vie. » Voici du cinéma classique et propre où, comme souvent c’est l’interprétation qui fait la différence. Parfois juste, parfois moins, Roschdy Zem en Montand nous laisse un peu sur notre faim. Ce n’est pas le cas de Marina Foïs qui éclaire littéralement sa Simone Signoret en l’habitant pleinement. Cheveux gris, veste en laine ou gilet noir sur chemise blanche, Signoret est là, dans l’attente de son Montand toujours en vadrouille, professionnelle et sentimentale. (Pan Européenne)
DEUX PIANOS
Après une longue période passée à se produire et à enseigner au Japon, Mathias Vogler, pianiste virtuose, est de retour en France. Il revient à Lyon où l’attend Elena, elle aussi, musicienne de grand talent, qui fut autrefois son professeur. Celle-ci tient à ce que Vogler reprenne une carrière de soliste et l’accompagne notamment dans ses prochains concerts à l’Auditorium de Lyon. Après une réception chez Elena, Vogler croise, au sortir de l’ascenseur de l’immeuble, une jeune femme blonde. Leurs regards se croisent. La jeune femme s’éloigne. Mathias Vogler est pris de malaise et s’effondre au sol… Revenu à lui et bouleversé, Mathias ne sait plus à quel saint se vouer, d’autant qu’il se pose aussi nombre de questions sur les choix à faire pour sa carrière. En se promenant dans un parc, le pianiste croise Simon, un petit garçon. Pétrifié, il le regarde jouer sous la surveillance de sa nounou. Le gamin fait une chute, se blesse légèrement. Vogler le suit tandis que sa gardienne l’emmène chez le pharmacien. De retour au domicile de sa mère, le musicien fouille dans les boîtes contenant des photos de son enfance. Le gamin croisé dans le parc lui ressemble comme deux gouttes d’eau. La rencontre avec ce double plonge Mathias dans une frénésie qui menace de le faire sombrer. Pire, elle le mènera à Claude, son amour de jeunesse. Loin du Nord, qui est le terreau de nombre de ses œuvres, Arnaud Desplechin, dans un mélodrame de l’intime, s’attache à des êtres en souffrance. C’est évidemment le cas de Vogler qui navigue entre ses regrets (une carrière précoce, l’exil et l’enseignement, reprendre les concerts, ou l’avenir plus terne de chef de chant) avant de déposer les armes aux pieds de Claude. C’est vrai aussi pour cette femme qui avait deux amants, qui est tombée enceinte très jeune et a décidé d’avoir un enfant sans plus se poser de questions. Effrayée par elle-même, elle s’est jetée dans les bras du hasard et a laissé le destin choisir à sa place. C’est vrai encore pour l’arrogante Elena qui décide de rendre les armes… Le cinéaste les observe au plus près, interrogeant aussi la liberté que l’on peut avoir ou pas dans les sentiments. Desplechin fait sienne, la phrase de Judith, l’amie de Claude : «Le malheur, c’est une perte de temps». Enfin, il se penche, avec émotion et tendresse, sur le lien qui unit Mathias et le petit Simon… Loin de son D’Artagnan flamboyant, François Civil est, ici, tout en retenue et en silences, un artiste et un père en quête de résilience. Autour de lui, on retrouve avec plaisir autant Charlotte Rampling (Elena) que Nadia Tereszkiewicz (Claude), Alba Gaïa Bellugi (Judith) ou encore Hippolyte Girardot en agent et ami… (Le Pacte)
NINO
Nous sommes vendredi. Nino apprend brutalement qu’il a un cancer de la gorge. Lundi, il commencera sa chimiothérapie: « Vous êtes jeune, donc prioritaire » lui a-t-on dit. Dans trois jours, Nino devra donc affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions dont celle de congeler ses spermatozoïdes pour préserver l’espoir d’une future parentalité, alors qu’il risque de devenir stérile, lui qui n’avait jamais réfléchi à devenir parent. Des impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même. Premier long-métrage de Pauline Loquès, Nino suit le parcours d’un jeune homme de 29 ans, complètement chamboulé par une nouvelle bouleversante, à travers Paris, où il se retrouve confronté à la réalité de sa maladie, à la difficulté d’annoncer la nouvelle à ses proches et à la quête d’un sens à sa vie. Nino essaye d’en parler autour de lui mais comment annoncer aux gens qui comptent pour vous que vous avez un cancer… Au fil des rencontres de Nino avec sa mère (Jeanne Balibar), son ex-petite amie, ses amis (William Lebghil, Estelle Meyer), et d’autres personnages, le film explore la solitude, la découverte de soi et l’espoir face à l’inévitabilité de la maladie. Présenté à la Semaine de la critique à Cannes 2025, Nino a valu à son interprète principal, Théodore Pellerin, le Fondation Louis Roederer Rising Star Award pour sa remarquable prestation. La réalisatrice qui a imaginé son film à la suite de la perte d’un proche terrassé dans la force de l’âge, donne, malgré un certain nombre de défauts ou de maladresses, le bon et sobre récit d’un drame intime au coeur d’une ville mouvante qui, malgré la foule, brasse aussi de multiples solitudes. Comment Nino va, peut-être renouer avec la vie car, malgré l’angoisse, il est question, ici, de vivre pleinement les trois jours restants et surtout de garder l’espoir… (jour2fête)
LA PETITE
Dans un des bordels du quartier chaud de Storyville à La Nouvelle Orélans en 1917, Violet, 12 ans, assiste à l’accouchement de Hattie, sa mère. Un jour, débarque Bellocq, un jeune photographe, qui arrache à Madame Nell, la patronne, l’autorisation de venir tous les jours dans sa maison close, photographier ses sujets favoris : les prostituées. Violet est jalouse lorsqu’il s’occupe de sa mère et des autres filles. Mais bientôt, Bellocq réussit à amadouer la fillette qui va s’éprendre de lui… Dans les années 60-70, Louis Malle est un cinéaste qui aligne les succès (Viva Maria avec BB et Jeanne Moreau), les films d’auteur (Le feu follet, Le voleur), les documentaires (Calcutta et L’Inde fantôme) et… les scandales. En 1971, il raconte dans Le souffle au coeur, une histoire d’amour incestueux. La polémique est de taille. Elle le sera encore plus, en 1974, lorsque Malle signe Lacombe Lucien qui, en juin 1944, questionne l’héroïsme de l’engagement au regard du hasard des circonstances. Las des polémiques, Louis Malle décide de quitter la France pour les Etats-Unis. De 1978 à 1986, il y tournera sept films avant de revenir, en France, tourner le magnifique Au revoir les enfants. Parti à Hollywood pour échapper au scandale, le cinéaste y retombe pleinement avec cette Violet qui avance, droite et têtue, vers le métier de prostituée. Si la situation est glauque, le film est tout autre. D’abord Malle réussit à faire de ce bordel vu par le regard de Violet, un lieu séduisant par une superbe photographie signée Sven Nykvist, collaborateur habituel de Bergman. Et puis le cinéaste brosse, avec l’aide de la jeune Brooke Shields, le brillant et fascinant portrait d’une femme-enfant prise dans une étrange relation tant avec sa mère (Susan Sarandon qui fut l’épouse de Louis Malle) qu’avec Bellocq (Keith Carradine), un artiste inspiré par le photographe américain Ernst J. Bellocq (1873-1949), spécialiste des photos de nus dans le quartier rouge de New Orleans. (Sidonis Calysta)
PARFUM D’UN SORTILÈGE
Sous une pluie battante, une jeune femme suicidaire escalade la rampe d’un pont et se jette dans l’eau. Témoin de la scène, Esaka, qui sortait d’une soirée dans un bar avec ses amis, se précipite dans les flots pour la sauver. Après l’avoir emmenée chez lui, il apprend que la dénommée Akiko s’est enfuie de son foyer pour échapper à un mari violent. Esaka décide de l’héberger le temps qu’elle se relève de cette épreuve. Mais il tombe rapidement sous le charme de sa protégée tout en découvrant que l’histoire de cette dernière est plus complexe qu’il n’y paraît… Réalisé en 1985, Parfum d’un sortilège marque la collaboration prestigieuse entre la Directors Company, influent collectif de réalisateurs nippons qui marqua les années 1980, et le studio japonais Nikkatsu, célèbre pour sa gamme Roman Porno. Trois ans avant leur classique Evil Dead Trap, le duo formé par le réalisateur Toshiharu Ikeda (La vengeance de la sirène en 1984) et le scénariste Takashi Ishii (la série des Angel Guts) donne un film noir sulfureux mêlant drame, thriller et éléments érotiques (les images sont floutées), illustrant la tension entre protection, désir et les secrets que cache Akiko. En supplément de ce Parfum… présenté dans une nouvelle restauration 2K et inédit en Blu-ray, on trouve un entretien (23 mn) avec Shozo Ichiyama, directeur de la programmation du Tokyo International Film Festival, qui revient sur le fonctionnement et la renommée de l’éphémère Directors Company, avant de parler des films de Toshiharu Ikeda et de son scénariste Takashi Ishii. Par ailleurs, dans un essai vidéo (16 mn), Matthew E. Carter, maître de conférences en cinéma, analyse la relation existant entre la société de production indépendante Directors Company et le phénomène provocateur Roman Porno qui permit à la Nikkatsu de renflouer ses finances, de reconstruire ses studios, en jouant la carte de récits érotiques souvent jugés obscènes et qui valurent à la société différents procès mais également de capter l’attention par sa contestation face à la résignation politique japonaise. (Carlotta)
CLASSE MOYENNE
Avocat à Paris, Philippe Trousselard possède une superbe demeure dans le midi de la France. C’est là, au bord de la piscine ou dans son jardin, qu’il passe l’été. C’est aussi là que débarque Mehdi, avocat en devenir et petit ami de Garance Trousselard, la fille unique et gâtée de ses parents. Mais l’été ne va pas être de tout repos. Car l’évier de la luxueuse cuisine des Trousselard est bouché. Philippe sollicite Tony Azizi qui assure, avec sa femme Nadine, le gardiennage de la villa. Et qu’importe si Tony, Nadine et leur fille Marylou sont en train de fêter le vingtième anniversaire de cette dernière. Quand Philippe demande, on s’exécute. En tentant de réparer, Tony se retrouve recouvert, de la tête aux pieds, d’un liquide sombre et collant qui n’est assurément pas de l’eau. C’est la goutte de… qui fait déborder le vase. Les Azizi décident de rendre leur tablier. Et de réclamer leurs indemnités de départ. Mais Philippe les a toujours payé au black… Tout va rapidement s’envenimer. On est sans doute allé vite en besogne en comparant Classe moyenne avec le très applaudi et très réussi Parasite (2019) du Coréen Bong Joon-ho qui valut à son réalisateur la Palme d’or à Cannes. Même si, dans le film d’Antony Cordier aussi, il en va de riches et de pauvres. Qui vont s’affronter dans un duel de moins en moins feutré. Parce qu’avec de grosses sommes en jeu, les patrons comme les employés sont décidés à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Mehdi, « l’ancien pauvre » va bien tenter de mener la négociation à bien mais… Semée de bonnes notations sur le pouvoir de l’argent, voici une belle satire avec d’un côté des nantis odieux ou à côté de leurs pompes, de l’autre, des gens modestes qui se révèlent féroces. Au départ, tant Philippe Trousselard apparaît comme un solide abruti, on est en empathie avec les Azizi. Mais, force sera de constater qu’ils na valent guère mieux. Laurent Laffite (Philippe), Elodie Bouchez (Laurence), Ramzy Bedia (Tony), Laure Calamy (Nadine), Sami Outalbali (Medhi), Noée Abita (Garance) et Mahia Zrouki (Marylou) sont savoureux. On passe un « bon » moment en… famille. (Arcadès)
METEORS
Mika, Daniel et Tony sont trois amis qui font la fête, boivent et fument, discutent de tout et rien. Afin de quitter la région et la ville de Saint-Dizier où ils tournent en rond, Mika et Daniel rêvent de monter un chenil à La Réunion. Tony gère une entreprise de sous-traitance dans le BTP qui fait des chantiers pour un organisme de gestion des déchets nucléaires. Mika travaille à mi-temps dans un Burger King tandis que Daniel ne travaillle pas. Tout bascule lors d’un coup raté, au sortir d’une soirée très arrosée, qui fait perdre à Mika son permis de conduire et sa voiture, et envoie Mika et Daniel en garde à vue puis devant une juge en comparution immédiate. Une crise d’épilepsie durant l’audience fait découvrir à Daniel l’état de dégradation de sa santé. L’avocate de Mika et Daniel leur explique qu’ils doivent faire leurs preuves dans les six mois avant l’audience de jugement : ils doivent se désintoxiquer et trouver du travail. Tony accepte de les embaucher dans son entreprise. On avait découvert Hubert Charuel en 2017 lors de la sortie de Petit paysan qui annonçait des films « régionaux » comme Vingt dieux ou La pampa. Fils d’un couple d’agriculteurs et ayant travaillé dans le secteur de l’élevage laitier avant de s’orienter vers des études de cinéma, le cinéaste racontait le drame d’un paysan (l’excellent Swann Arlaud) découvrant que son troupeau est malade. Le film décrocha trois César en 2018 : meilleur premier film, meilleur acteur et meilleure actrice dans un second rôle pour Sara Giraudeau. Depuis, on avait perdu Hubert Charuel de vue. On le retrouve, ici, co-réalisant avec Claude Le Pape, ce Météors qui s’intéresse à la trajectoire de trois copains inséparables qui ont plein de rêves, pas beaucoup de chance et qui s’abiment, inertes, dans des galères à répétition. Si les trois comparses ont d’abord l’air de s’amuser dans des coups foireux mais pas bien méchants, ils vont déchanter et lorsqu’ils partent travailler, grâce à Tony, dans un site d’enfouissement de déchets nucléaires, l’angoisse qui se dégage de ces lieux n’a rien à envier à la dégringolade de ces potes qui tentent de sortir de la stagnation et de la dépendance. Idir Azougli (Daniel), récompensé d’un César de la meilleure révélation masculine, Salif Cissé (Tony) et Paul Kircher (Mika) portent ce film social réaliste sans tomber dans le misérabilisme. (Pyramide)
PREMIERES CLASSES
En Ukraine, maintenir les écoles ouvertes est devenu un acte de résistance. Sur la ligne de front ou dans des zones plus reculées, l’apprentissage continue malgré les alertes, les coupures d’électricité et les menaces constantes. Depuis février 2022 et l’invasion par la Russie, les Ukrainiens ne se sont pas résignés à baisser la tête, ni les bras. Les écoles du pays suivent leurs cours, comme le montre le documentaire de Kateryna Gornostai qui filme, entre primaire et en secondaire, le quotidien bouleversé des jeunes élèves comme de leurs enseignants. Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2025, Premières classes, sans jamais montrer des images du front ou, plus généralement, des combats, révèle combien la guerre use, depuis quatre ans maintenant, des adultes, des adolescents et des enfants. La guerre est devenue un environnement aussi quotidien que banal, rythmé par les sirènes d’alerte qui interrompent tout, contraignant régulièrement enseignants et élèves à se réfugier dans des abris souterrains. On voit aussi des gamins apprenant à faire la différence entre un jouet et une peluche piégée par un explosif tandis que les plus grands apprennent à manier les armes ou à pratiquer les gestes de premiers secours. Dans des salles de classe qui ont élu domicile dans des caves, des sous-sols, des stations de métro, Kateryna Gornostai raconte la résilience ukrainienne. Un témoignage précieux où chaque image raconte la ténacité et la dignité face au chaos. (Blaq Out)
KAAMELOTT – DEUXIÈME VOLET – PREMIÈRE PARTIE
Après la chute de Lancelot, le roi Arthur ne se sent pas prêt à reprendre le trône ni à poursuivre la quête du Graal. Les dieux, en colère contre son refus d’éliminer Lancelot, le poussent à réorganiser la Table Ronde. Le refus obstiné d’Arthur précipite le Royaume de Logres à sa perte. Il réunit ses Chevaliers, novices téméraires et vétérans désabusés, autour de la Nouvelle Table Ronde et les envoie prouver leur valeur aux quatre coins du Monde, des Marais Orcaniens aux terres glacées du Dragon Opalescent. Lancelot, de son côté, est hanté par son père et entraîné dans la magie noire. Réalisé, écrit, interprété, monté et mis en musique par Alexandre Astier, ce film est la suite du film Kaamelott : premier volet (2021) qui rencontra un beau succès dans les salles avec 2,6 millions de spectateurs Sur les écrans en octobre 2025, ce Deuxième volet, première partie (qui rassembla un peu plus d’un million de spectateurs) est divisé, on l’a deviné, en deux parties distinctes, tournées simultanément, avec une sortie espacée d’un peu plus d’un an, Kaamelott : Deuxième volet, partie 2, étant attendu pour 2026. Mais bien entendu, à l’origine de toute cette aventure cinématographique, il y a l’excellente série télévisée éponyme diffusée sur M6 de janvier 2005 à octobre 2009 et qui nous mit en joie, dans ses premiers formats très courts, avec sa vision drolatique et décalée de la légende arturienne. Evidemment, le passage sur grand écran guettait ! S’il dispose de gros moyens de production, d’un beau casting (Alexandre Astier, Christian Clavier, Alain Chabat, Audrey Fleurot, Lionnel Astier, Virginie Ledoyen, Anne Girouard, Jean‑Christophe Hembert, Guillaume Galienne, Clovis Cornillac, Redouane Bougheraba), d’une bande musicale brillante, de dialogues pleins de gouaille, le film ne retrouve pas l’humour absurde de la série originale. Au total, voici un exemple d’héroic fantasy à la française avec une petite touche Seigneur des anneaux qui peine à trouver son rythme… C’est dommage et frustrant. (M6)
CHIEN 51
Patron d’Alma, une société d’IA dont les programmes sont déployés dans tous les services de police, Kessel est abattu alors qu’il rentre chez lui. Branle-bas de combat dans la capitale. Tous les services sont sur les dents. Le ministre de l’Intérieur promet une résolution rapide de l’affaire. Flic fatigué et insomniaque, Zem Brecht, fonctionnaire dans la zone 3, est mis sur le dossier d’autant que les morts violentes se succèdent. Bientôt, Zem va être « verouillé ». Plus question d’enquêter. On lui colle dans les pattes, une certaine Salia Malberg, flic d’élite oeuvrant dans la zone 2, qui reprend l’affaire. Mais sans réussir à avancer beaucoup plus qu’un Zem qui regarde, avec un rien d’ironie, sa « collègue » se démener comme elle peut dans une histoire qui a tout du parfait bourbier… Connu pour ses deux grands succès que furent Bac Nord (2021) et Novembre (2022), Cédric Jimenez adapte le roman de Laurent Gaudé pour un thriller dystopique dans le Paris de 2045, désormais coupée en trois zones correspondantes aux classes sociales. Dans un univers crépusculaire qui fait souvent penser à celui de Blade runner, Chien 51 s’intéresse d’abord à un de ces flics quasiment à la dérive que le cinéma apprécie souvent. Zem Brecht a tout vu, tout bu, tout lu. Toujours en retard au boulot, on ne lui en fait pas spécialement grief parce qu’on sait bien que c’est un bon. D’autant plus que l’assassinat de Kessel ressemble de plus en plus à un complot dans lequel un certain John Mafram (Louis Garrel) semble avoir un rôle majeur. Pour la résolution de cette histoire, Zem (Gilles Lellouche) aura bien besoin de l’aide du commandant Malberg (Adèle Exarchopoulos), une cabossée de la vie comme lui. Autour de ces deux personnages, Cedric Jimenez organise une aventure qui a le mérite de ne jamais se relâcher en multipliant les pistes. Pourtant, cette dystopie qui met face à face l’humain et la machine IA, ne parvient pas vraiment à nous emballer. Comme si, curieusement, on avait déjà vu tout ça. (Studiocanal)
UNE NUIT DE RÉFLEXION
Au milieu des années cinquante, quatre illustres personnages se croisent dans une chambre d’hôtel de New York. A aucun moment, leurs noms ne sont prononcés pendant le récit. Il y a là un professeur à la coiffure hirsute, une actrice blonde, son époux un joueur de base-ball et enfin un sénateur qui s’illustra tristement dans la « chasse aux sorcières » à Hollywood à l’heure de la Guerre froide. On n’aura guère de mal à reconnaître Albert Einstein, l’homme de E=Mc2, l’iconique Marilyn Monroe, Joe DiMaggio, l’une des légendes de base-ball et le sinistre Joseph McCarthy. Quatre personnages qui se retrouvent dans un huis‑clos élégant où les dialogues intimes et troublants sur l’amour, le sexe, le pouvoir, la politique, la physique quantique, la bombe atomique et les traumatismes de l’enfance, révèlent leurs fragilités et contradictions. En 1986, le cinéaste britannique Nicolas Roeg (1928-2018) est au milieu de sa carrière de metteur en scène lorsqu’il tourne Insignifiance (en v.o.), une sorte de jeu de miroirs qui explore une rencontre improbable entre quatre personnages mythiques, à différents titres. Deux d’entre elles se découvrent plus en commun qu’elles n’auraient pu l’imaginer. Avant de passer à la réalisation, Nicolas Roeg connut une belle carrière de directeur de la photographie, oeuvrant notamment auprès de Roger Corman (Le masque de la mort rouge), François Truffaut (Farenheit 451) ou John Sclesinger (Loin de la foule déchaînée). En venant au cinéma comme metteur en scène, Roeg cultiva l’image d’un auteur singulier et déroutant proposant une déconstruction narrative aussi théâtrale que cérébrale. De quoi, évidemment dérouter un spectateur contraint de réarranger les éléments du récit pour en saisir la ligne narrative… Mais ce travail, certes inégal, a aussi un côté fascinant. Et on peut aussi se raccrocher aux comédiens: Michael Emil en Einstein, Theresa Russell en star, Gary Busey en vedette des New York Yankees et Tony Curtis, tout à fait brillant dans la peau de McCarthy. (Metropolitan)
HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS
C’est en 1988 que sort le premier volet de Histoires de fantômes chinois dans lequel le réalisateur Ching Siu-tung raconte l’histoire de Ning, un inspecteur des impôts un peu timide, qui doit se rendre dans des campagnes reculées pour faire son travail. Lors de l’une de ses habituelles tournées, il passe la nuit dans le temple Lan Jou. Il rencontre le taoïste Yen et Hsiao-tsing, une femme mystérieuse. Celle-ci est en fait un fantôme séduisant les hommes pour les offrir à son maître l’arbre démon. Avec Tsui Hark comme producteur au sein de la Film Workshop, Ching Siu-tung réinvente le film de fantômes avec ce qui deviendra une trilogie en faisant le remake de L’ombre enchanteresse, un film hongkongais réalisé par Li Han-hsiang et sorti en 1960. En 1990, le second volet, toujours avec Leslie Cheung (Adieu ma concubine, Happy Together) dans le rôle de Ning, met en scène quatre combattants se retrouvant pris dans une guerre entre un magicien et un général corrompu. Enfin, en 1993, cette trilogie (qui sort dans une belle édition limitée Blu-ray, restaurée 4K Ultra HD) s’achève avec un dernier volet où Fong (Tony Leung, prix d’interprétation masculine à Cannes 2000 pour In the Mood for Love de Wong Kar-wai) et son maître s’arrêtent au temple Lan Jou pour passer la nuit. Ce temple est le repaire du démon Lao-lau qui se nourrit de l’énergie vitale des hommes. Alors que son maître part combattre les démons, Fong rencontre Lotus, un fantôme à la solde de Lao-lau. Sur fond de romance et de duels, on retrouve, ici, le charme d’un genre rythmé et virevoltant qui a toujours ses fans. (Metropolitan)
SIGNES EXTÉRIEURS DE RICHESSE
Jacques Lestrade alias Gigi est un vétérinaire playboy. Il est très riche, il a une très grosse voiture, un très grand appartement luxueux, il fréquente le Tout-Paris et il plaît aux jolies filles. Il a confié la gestion de ses finances à son ami Jérôme Bouvier, qui se prétend « expert en comptabilité ». Tout va bien jusqu’au jour où débarque Béatrice Flamand, une jeune mais redoutable inspectrice des impôts. Jolie comédie mordante du début des années 1980, mise en scène par Jacques Monnet, Signes extérieurs… scrute avec humour et ironie les comportements et les excès d’une société obsédée par l’argent et le paraître, mêlant situations absurdes et dialogues piquants. À travers ce ton à la fois caustique et populaire, le film aborde des thèmes universels – l’avidité, les rivalités sociales, les petites lâchetés quotidiennes – tout en offrant un regard acéré sur la France de l’époque. Pétulante figure du cinéma français, Josiane Balasko s’impose depuis plus de quarante ans comme une actrice majeure, à la fois populaire et moderne. Révélée au sein de la troupe du Splendid, elle développe très tôt un jeu instinctif, une liberté de ton qui la conduisent à incarner des personnages puissants, souvent en marge, toujours profondément humains. Actrice, scénariste et réalisatrice, elle défend un cinéma audacieux, généreux, souvent impertinent, mais toujours profondément ancré dans le réel. Toujours active à 75 ans (on l’a vu dans Quand vient l’automne de François Ozon) Josiane Balasko a connu de belles années 80, période clé de son parcours. Elle incarne, ici, une inspectrice des impôts qui ne s’en laisse pas conter auprès de Claude Brasseur (Gigi) et Jean-Pierre Marielle (Bouvier). En supplément, une interview (8 mn) de Josiane Balasko. Amusant. (Rimini éditions)
LES KEUFS
Inspecteur de police, Mireille Molyneux a l’habitude de se travestir pour infiltrer le milieu du proxénétisme et traquer sans relâche les souteneurs. Elle finit ainsi par arrêter Charlie, un mac violent. Désireuse d’aider une jeune prostituée qui veut s’en sortir, Mireille ignore qu’ayant été placée sous le coup d’une fausse accusation de corruption, elle est étroitement surveillée par ses collègues de l’Inspection générale des services (IGS)… Réalisé en 1987 par Josiane Balasko, Les keufs, sa seconde réalisation après Sac de nœuds (1985) est une comédie policière aux dialogues colorés, qui se joue des codes du polar et de la satire pour brosser le portrait d’une police du quotidien, loin des figures héroïques ou idéalisées. À sa sortie, le film séduit par son audace et son irrévérence : tout en gardant le ton caustique qui la caractérise, Josiane Balasko y dénonce l’abus d’autorité, les solides clichés racistes ou encore le sexisme. Elle forme un duo attachant avec Isaach de Bankolé, tandis que Jean-Pierre Léaud est hilarant en commissaire de police hystérique. Et on a plaisir à retrouver, ici, Ticky Holgado au coeur d’un gag récurrent où il en prend plein la figure. Avec le recul, Les keufs peine à surprendre. En supplément, une interview la réalisatrice-comédienne (15 min). (Rimini éditions)
GRAINE DE YAKUZA
Père de deux garçons, un yakuza échoue lors d’une mission et doit payer un tribut afin de prouver sa loyauté envers les autres familles de yakusas. Pour cela, il doit tuer son fils aîné. Caché derrière une porte, le jeune frère assiste à cette terrible scène. Dix ans plus tard, Riki Fudoh, le jeune frère, devenu maintenant l’élève le plus intelligent et le plus populaire de son lycée, rassemble ses amis et décide de prendre sa revanche sur son père et tous les autres chefs yakusas. Mais les méthodes de ces jeunes gens sanguinaires n’ont rien à envier à celles de leurs pères. Un à un, ils vont éliminer les chefs des clans yakuzas du Kyushu… En 1996, le public occidental découvrait l’univers délirant et ultra-violent du Japonais Takashi Miike avec Graine de yakuza, adapté d’un manga de Hitoshi Tanimura. Mise en scène graphique, personnages hauts en couleur, thèmes transgressifs… sa signature est déjà bien présente, annonciatrice de son cinéma extrême et virtuose, qui fera des merveilles sur Audition et Ichi The Killer et imposera bientôt son auteur comme l’une des voix les plus originales du septième art nippon contemporain. Une esthétique baroque, une mise en scène virtuose avec des ralentis, des zooms agressifs, des angles biscornus pour un poème violent et spectaculaire sur un héritage meurtrier. Dans les suppléments de ce film qui sort, dans une restauration 4K, pour la première fois en Blu-ray, on trouve un entretien avec le réalisateur Takashi Miike (41 mn) qui revient en détail sur Graine de yakuza, l’un de ses films préférés, initialement prévu pour une sortie en direct-to-video, mais qui finira par faire le tour des festivals. Par ailleurs, dans un second entretien (16 mn), l’acteur Shosuke Tanihara se souvient de sa première expérience de cinéma dans le rôle de Riki Fudoh, puis évoque ses souvenirs avec ses partenaires de jeu et les deux suites du film tournées par Yoshiho Fukuoka. (Carlotta)
ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY
En 1999, trois adolescents découvrent qu’un simple éternuement leur permet de voyager dans le temps. Propulsés dans une aventure hors du temps, ils se retrouvent chargés d’une mission capitale : sauver le monde… Et si un simple éternuement pouvait nous transporter de vingt ans dans le futur. Avec cette idée, le cinéaste chinois Yang Li va construire une aventure qui réussit avec brio à mêler le drame social, l’action, la comédie, la romance, le triangle amoureux et évidemment la science-fiction. On peut dire que ce réalisateur n’a peur de rien en matière de cinéma et qu’en plus ça fonctionne parfaitement. Cette Evasion… enchaîne, avec une énergie folle, les séquences délirantes, passant d’un format à un autre, d’un gag à l’autre, s’essayant à l’animation et changeant, en un tournemain, d’époque. Bien sûr, il ne faut pas chercher de la cohérence et encore d’explication. Ce n’est pas le souci de Yang Li qui s’ingénie à balancer, avec drôlerie, ses idées visuelles en rafale. Pour le grand plaisir du spectateur promené à tous les coins de l’écran. Mieux, les personnages ont de l’épaisseur et ils parviennent à donner une consistance à des thèmes comme le passage à l’âge adulte, le temps qui passe ou les choix qui donnent du sens à l’existence. Voilà de la science-fiction qui invite à la rêverie. On rit parfois, on sourit souvent et on est porté aussi par une vraie mélancolie qui affleure volontiers dans une histoire imprévisible, parfaitement détraquée et divertissante. Dans les suppléments, on trouve le court-métrage de Yang Li, Lee’s Adventure (2009, 20 mn). (Blaq Out)
C’ÉTAIT MIEUX DEMAIN
Dans une petite bourgade française, Hélène, Michel, et leurs deux enfants, coulent des jours heureux dans l’insouciance des années 50. Soudainement propulsés en 2025, le couple Dupuis découvre un monde moderne à l’opposé de celui qu’ils connaissent. Pour Hélène, qui a toujours vécu, comme il se doit, dans l’ombre de l’époux, c’est une révolution. Mais, pour Michel, qui voit ses privilèges d’Homme voler en éclat, c’est un cataclysme. Entre vent nouveau et parfum d’antan, ce voyage dans le temps ne sera pas de tout repos. Comédienne avant de réaliser, ici, son premier long-métrage, Vinciane Millereau se souvient que sa grand-mère maternelle, interrogée sur ce qui avait réellement changé sa vie, avait répondu : « La machine à laver. Elle a révolutionné mon existence ! » Sans surprise, cette machine à laver occupe un rôle central dans l’intrigue en tant qu’emblème du temps de liberté gagné par les femmes. La nouvelle machine à laver gagnée par les Dupuis grâce au concours est donc le prétexte d’une dispute entre Hélène et Michel et elle déclenche cette faille temporelle. Michel préférerait une télévision qui ferait plaisir à toute la famille, quand Hélène s’accroche de toutes ses forces à cette perspective toute neuve de liberté. Avec C’était mieux…, nous sommes en 1958 dans la France des Trente glorieuses. Le commerce est florissant, la vie est calme, les gens plus prévenants. Et soudain, voilà les Dupuis propulsés en 2025. Chômeur et homme au foyer, Michel découvre la ville aujourd’hui : les commerces qui ferment, la pauvreté, les embouteillages, l’agressivité des gens… Pour la cinéaste, ce voyage dans le temps en forme de comédie volontiers burlesque (bien portée par Didier Bourdon et Elsa Zylberstein) était l’occasion rêvée pour aborder tout le chemin parcouru par les femmes. « Je voulais montrer, dit-elle, qu’en soixante-dix ans les femmes ont acquis énormément de choses ! En 1958, la femme a le droit de vote depuis 1944, mais elle n’a pas le droit de travailler sans l’autorisation de son mari, ni d’avoir de compte en banque à son nom, pas de moyen de contraception, pas le droit d’avorter, ni de divorcer… » (UGC)
HOPPER ET LE SECRET DE LA MARMOTTE
Ayant fait de sa différence une force, Hopper explore le monde avec Meg, moufette experte en arts martiaux, et Archie, une tortue sarcastique. Lorsque Hopper découvre Gina, sa sœur, tout bascule : il n’est pas seul. Tiraillé entre loyauté et devoir, il part en quête d’un pouvoir légendaire pour sauver les siens. La légende raconte en effet qu’une mystérieuse marmotte, cachée dans une montagne secrète, aurait le pouvoir de remonter le temps. Quand il apprend qu’elle serait la seule à pouvoir sauver son espèce, Hopper, aventurier intrépide, est prêt à tout pour retrouver la trace de cette marmotte ! Commence alors une aventure périlleuse et semée d’embûches à travers des mondes saisissants, où secrets et dilemmes s’entremêlent. D’autant qu’il semble que Hopper n’est pas seul à vouloir mettre la main sur le secret de la marmotte! Après Hopper et le hamster des ténèbres (2022), création franco-belge réalisée par Ben Stassen et Benjamin Mousquet, où l’on avait découvert le jeune Hopper, né mi-poulet, mi-lapin, obsédé par l’aventure même s’il était plutôt maladroit, c’est Benjamin Mousquet, en solo, qui signe ce second opus. Il donne un film d’animation familial et dynamique où le Poulapin assume, désormais, son rôle de meneur, entraînant ses amis dans une nouvelle quête. Dès la scène d’introduction, on comprend que ce Hopper 2 lorgne du côté d’Indiana Jones sur fond de chasse au trésor. Tout cela est bon enfant et plein de rebondissements d’autant que les équipiers d’Hopper apportent, en prime, une dose d’humour. Un divertissement qui va à un rythme soutenu dans un bon mélange d’aventure et de comédie. (M6)
DE FRAGILES NAUFRAGÉS ET UNE DILIGENCE DANS MONUMENT VALLEY 
SIRAT
Quelque part, dans de superbes paysages ocres, des roadies installent un mur d’enceintes. Le son monte, dans un rythme de drum and bass qui prend vite aux tripes. En plongée, la caméra montre un large rassemblement de raveurs qui se balancent sans fin dans une transe quasiment mystique ou une hébétude sereine. Et puis la caméra descend vers eux, présentant Stef et Jade, Josh, Tonin et Bigui… C’est dans ce rassemblement au coeur d’un coin perdu du Maroc que débarque le camping-car de Luis, un homme de la cinquantaine, accompagné de son jeune fils Esteban. Autour d’eux, père et fils distribuent des papiers sur lesquels est imprimée la tête de Mar. Fille de Luis et sœur d’Esteban, Mar a disparu depuis cinq mois sans plus donner de nouvelles. Luis croit savoir qu’elle avait prévu de rejoindre une rave-party. Mais personne ne semble reconnaître le visage de la jeune femme. « Peut-être, dit quelqu’un, qu’elle est allée à une rave organisée plus au sud… » Luis est déterminé à retrouver sa fille. Lorsque les forces de police interviennent pour disperser les raveurs, Stef, Jade et leurs amis montent à bord de leurs deux camions et filent à travers le désert. Luis n’hésite qu’un instant. Il lance son petit camping-car plutôt vieillot à leur suite. Commence alors une expédition des plus périlleuses… Quatrième long métrage d’Oliver Laxe, Sirāt (terme qui, dans l’islam, désigne un pont qui relie l’enfer et le paradis) est une quête métaphysique qui emporte une poignée d’êtres brisés vers des extrémités angoissantes, Le cinéaste voulait emprunter au cinéma de genre ou au cinéma populaire ce qu’il a de meilleur, en l’occurrence la magie de l’aventure. De fait, à travers de multiples péripéties, Sirāt est tout à la fois un road-trip spectaculaire et aventureux (pour échapper à leurs poursuivants, Stef, Luis et les autres s’engagent sur de très dangereuses routes de montagne) et une épreuve radicale propre à secouer, à érafler intimement le spectateur. Même si le soleil brûle, même si un vent chaud souffle sur le sable, c’est un voyage vers les ténèbres que raconte le cinéaste. Alors que la radio rapporte que la guerre a commencé, que le chaos règne, des êtres fragiles, des naufragés démunis, conscients de leur petitesse dans un monde traversé par plus grand qu’eux, vont prendre soin les uns des autres, montrant, sans jugement, leurs failles et leurs fêlures, quitte in fine à regarder la mort droit dans les yeux. Sirāt est aussi un film rare dans son travail sur la musique. Le musicien Kangding Ray signe, une partition minimaliste mais très envoûtante en forme de voyage sonore. Partant d’une techno brute, viscérale, presque mentale, on va vers une ambient épurée, presque immatérielle, pour atteindre l’endroit où le son se désagrège. Avec pour résultat, de faire entrer le spectateur dans un paysage sonore en symbiose avec un désert à l’apparence spectrale. Dans les pas de Luis (remarquable Sergi Lopez entouré de non-professionnels) et de ses amis d’in(fortune), Sirāt raconte une éprouvante errance crépusculaire… baignée de lumière. Le monde décrit par le réalisateur oblige le spectateur, à l’instar des personnages du film, à regarder en eux. Une sorte de geste fondamental, un mouvement intérieur pour partager une lumière née de l’obscurité. Une expérience à la fois humaniste, visuelle et sensorielle qu’on doit assurément partager. (Pyramide)
LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE
En 1885, les Indiens sont sur le « sentier de la guerre » avec, à leur tête, le célèbre Geronimo. Une diligence est prête à partir de Tonto en Arizona pour rejoindre la ville de Lordsburg et permettre ainsi d’évacuer un groupe de civils parmi lesquels on trouve Hatfield, un joueur professionnel, Mme Mallory, une femme enceinte cherchant à rejoindre son mari qui est officier dans l’armée américaine, Josiah Boone, un médecin ivrogne, Peacock, un représentant en whisky, Gatewood, un banquier malhonnête, Ringo Kid, un hors-la-loi, tout juste évadé de prison et Dallas, une prostituée rejetée par la « bonne société ». Le voyage sera long et éprouvant, et chacun y révèlera sa vraie nature sous la menace de l’attaque des Indiens… Attention, classique ! Voici le film qui fit de John Ford un cinéaste mondialement reconnu et un maître du western. Impossible en effet d’oublier ce voyage à travers les somptueux paysages de Monument Valley, lieu mythique qui deviendra une vraie signature fordienne. Il dira d’ailleurs : « J’ai été partout dans le monde mais je considère cet endroit comme le plus beau, le plus complet et le plus calme de la planète. » Et puis Stagecoach (en v.o.) met en place les éléments essentiels du genre comme le shérif, la cavalerie, la diligence et évidemment les Indiens et leur chef Géronimo dont l’attaque de diligence est un morceau de bravoure du film. L’homme au bandeau démarre sa carrière en 1917 au temps du met, alignant des films dont beaucoup sont aujourd’hui considérés comme perdus. Il touche à tous les genres (comédie dramatique, espionnage, film de guerre, action, drame comme le remarquable Mouchard en 1935) mais La chevauchée fantastique va constituer un tournant dans sa carrière puisqu’il revient au western après treize années sans avoir touché au genre qui fera sa gloire. Au départ, Ford présente son projet au producteur David O. Selznick mais celui-ci n’entend pas se faire dicter ses choix par un cinéaste. De plus Selznick aurait bien vu Gary Cooper dans le rôle de Ringo Kid et Marlene Dietrich dans celui de Dallas. Ford trouvera un producteur en la personne de Walter Wanger et du studio United Artists. En s’appuyant sur la nouvelle Stage to Lordsburg, transposition dans l’univers du western de la nouvelle Boule de suif de Guy de Maupassant, Ford excelle dans les scènes d’action mais il réussit tout autant à rendre ses personnages très attachants. C’est bien sûr le cas pour le duo Dallas/Ringo Kid dont il traite les rapports avec autant de finesse que de mélancolie. Dallas, la prostituée au grand coeur est incarnée par Claire Trevor mais on retient la prestation de John Wayne en Ringo Kid qui entame, ici, avec son metteur en scène de prédilection, une suite de quatorze films dont certains, à l’instar de Stagecoach, sont des œuvres majeures comme La prisonnière du désert (1956) ou L’homme qui tua Liberty Valance (1962). Le film obtint sept nominations aux Oscars en 1940, dont celle de meilleur réalisateur, mais il ne reçut finalement que deux récompenses, pour le second rôle (attribué à Thomas Mitchell pour le personnage de Josiah Boone) et pour la musique. Cette année-là, le grand gagnant fut l’intouchable Autant en emporte le vent. Dans les suppléments de cette édition remastérisée 2K, on trouve notamment une présentation par Noël Simsolo, un documentaire (75 mn) sur Joh Ford et un livret (48 pages) signé Jean-François Giré. (Sidonis Calysta)
LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP
Professeure à la retraite, Tarlan Ghorbani est une femme d’un certain âge qui entend ne pas s’en faire conter dans un pays où la place des femmes est toujours réduite à la portion congrue. Elle milite dans un syndicat qui s’attaque à la corruption qui gangrène l’Iran mais elle va se retrouver au coeur d’un drame lorsqu’elle est témoin d’un meurtre commis par une personnalité influente du gouvernement, un homme qui n’est autre que l’époux de sa fille d’adoption. Tarlan décide de signaler le forfait à la police qui refuse d’enquêter. En Iran aujourd’hui, personne ne s’intéresse à l’histoire d’un homme qui a tué sa femme danseuse, possiblement infidèle. Elle va alors devoir choisir entre céder aux pressions politiques ou risquer sa réputation et ses ressources pour obtenir justice… Après Un simple accident qui valut, l’an dernier, la palme d’or cannoise à Jafar Panhani, voici une nouvelle belle occasion de se plonger dans la réalité iranienne à travers le cinéma. Jafar Panhani intervient, ici, comme scénariste d’une histoire tournée dans la clandestinité et qui met en exergue le courage de ceux qui s’opposent au régime du guide suprême et de ses sbires. Bien sûr, l’actualité nous en dit long sur la situation chaotique en Iran et l’on sait, même si internet est coupé par les autorités de Téhéran, que des milliers de personnes sont tombées sous les balles du régime de l’ayatollah Ali Khamenei. Ici, ce sont les femmes qui sont au coeur d’une fiction, acte de résistance contre une société qui se débat contre une évolution inéluctable. Seule contre tous, Tarlan (l’impressionnante Maryam Boubani) va montrer du doigt un homme de pouvoir, protégé par les services de l’État, en osant l’accuser de féminicide. Autour d’elle, le réalisateur Nader Saeivar, aujourd’hui réfugié à Berlin, met en scène deux autres femmes. L’un, Zara, dont le passage est évidemment fugitif, est la victime du féminicide. C’est une danseuse passionnée (le film s’ouvre sur une belle séquence de danse orientale où les cheveux des femmes tournent librement) mais c’est aussi l’archétype de la femme-victime en Iran. L’autre, c’est Ghazal, la fille de Zara, qui représente les femmes de la jeunesse iranienne qui ont décidé de dire non aux mollahs et à leurs règles d’un autre âge. Dans le remarquable supplément (35 mn) qui accompagne ce blu-ray, Asal Bagheri, sémiologue à Cergy Paris Université et spécialiste du cinéma iranien, décrypte les trois états des femmes du film. Tarlan représente les pionnières du mouvement des femmes, Zara est le symbole des femmes victimes. Solat, son mari, dit : « Si elle m’obéit, elle aura une vie heureuse » mais les coups sur le corps de Zara disent tout l’inverse. Enfin Ghazal (Ghazal Shojaei) est une manière de synthèse du mouvement Femmes, vie, liberté né au lendemain de la mort de Mahsa Amini, auquel La femme qui en savait trop fait clairement référence. Dans un film qui est aussi un pamphlet politique et une dénonciation glaçante de la situation en Iran, Nader Saeivar propose une observation acérée de la manière dont la parole féminine est étouffée. Le film s’achève sur une magnifique séquence complètement onirique où un vent salvateur souffle et ouvre les portes vers la liberté. Ghazal est emportée dans la danse. Elle porte un tee-shirt noir orné d’un sigle qui est exactement celui que portait Nika Shakarami, 16 ans, tuée en septembre 2022 en Iran. Parce qu’elle était femme et qu’elle refusait l’oppression. Un bel acte de résistance ! (jour2fête)
KINGDOM – L’INTÉGRALE
L’histoire se déroule dans le département de neurochirurgie du Rigshospitalet (l’hôpital du royaume) de Copenhague, le principal hôpital de la ville et en fait, de tout le pays. Inauguré en 1910, l’hôpital Le Royaume a été érigé sur d’anciens marécages. En 1958, un bâtiment plus moderne a été construit sur les fondations de l’ancien. Mais cet établissement à la pointe de la technologie moderne et doté d’un service de neurochirurgie réputé est également hanté par des esprits malveillants et des fantômes… Un petit nombre de patients et des membres de l’équipe médicale vont découvrir des phénomènes surnaturels, des meurtres et des intrigues bureaucratiques. Neurochirurgien suédois, le professeur Helmer est accusé d’avoir laissé un enfant infirme après une trépanation. Dans The Kingdom I, il arrive à l’hôpital pour reprendre ses fonctions, mais son passé et ses méthodes controversées créent des tensions avec le personnel. Dans The Kingdom II, le professeur Helmer est rentré d’Haïti avec un redoutable poison. Il l’expérimente aussitôt sur Krogschoy, qui meurt subitement. Affolé, Helmer veut lui administrer un antidote mais le corps de Krogschoy disparaît, remplacé par celui d’un vieillard. Enfin, dans The Kingdom : Exodus, Karen erre une nuit dans l’obscurité et se retrouve inexplicablement devant l’hôpital. La jeune femme se met alors à chercher des réponses dans l’espoir de sauver l’établissement de la ruine. Le mystère et l’horreur planent sur cet endroit où le mal a pris racine. Le Danois Lars von Trier, connu notamment pour Dancer in the Dark qui lui valut la Palme d’or à Cannes 2000 ainsi que le prix d’interprétation féminine pour Björk, avait déjà trois long-métrages à son actif (L’élément du crime, Epidemic et Europa) lorsqu’il s’attela à la série télévisée The Kingdom (Riget en v.o.), mélange de satire sociale, de thriller médical et de fantastique horrifique installant une atmosphère oppressante sur fond d’ humour noir et dans un style visuel caractéristique de von Trier, avec une caméra à l’épaule, des éclairages sombres, un ton sépia de l’image, à la manière du fameux Dogme 95, des plans fixes qui renforcent l’atmosphère claustrophobique du bâtiment. Les plongeurs de la cuisine, atteints de trisomie 21, discutent des événements étranges qui se passent dans l’hôpital et tiennent, sans jouer de rôle dans l’action, le même rôle que les chœurs antiques dans les tragédies grecques, permettant par leur omniscience paradoxale de relier les différents niveaux de l’action… L’intégrale est présentée dans un boîtier digipack avec étui rigide, qui contient The Kingdom I (1994, 279 mn), The Kingdom II (1997, 296 mn) et The Kingdom: Exodus (2022, 307 mn). Dans les suppléments, on trouve notamment les making of des trois saisons ainsi que The Shiver (clip, 1994, 2 mn) et The Shiver (bêtisier, 1994, 2 mn). (Potemkine)
EN PREMIÈRE LIGNE
Infirmière dévouée et compétente, Floria Lind prend, après une journée de repos, son service de nuit dans un service hospitalier clairement en sous-effectif. Ce soir-là, elles ne sont que deux professionnelles et une étudiante pour prendre en charge des malades qui occupent toutes les chambres de l’étage… En dépit du manque de moyens, Floria s’ingénie, avec un métier très sûr, à apporter humanité et chaleur à chacun de ses patients. Mais au fil des heures, les demandes se font de plus en plus pressantes, et malgré son professionnalisme, la situation commence dangereusement à lui échapper… La réalisatrice suisse Petra Volpe raconte, ici, le travail éreintant et ingrat d’une infirmière face à des patients, souvent en état de détresse, qui ne comprennent pas, quand ils sont conscients, la dureté d’un métier qui nécessiterait le don d’ubiquité. Le film (dont le titre original est Heldin, autrement dit héroïne en allemand) ne sort jamais du service hospitalier et ne lâche pas d’une semelle Floria Lind qui passe, de chambre en chambre, pour prendre les constantes, distribuer les médicaments et, bien entendu, écouter les malades en souffrance. Ici, un vieil homme atteint d’un cancer de la prostate, qui erre dans le couloir et qui voudrait que sa médecin lui donne des informations précises sur son état. Mais la praticienne, fatiguée elle aussi, souhaite rentrer chez elle. L’infirmière a beau s’insurger, la médecin verra le vieil homme demain… Et puis il y a cette femme en phase terminale que ses grands fils entourent affectueusement, cette autre qui se cache pour fumer ou encore cette vieille dame qui va s’éteindre… Plus loin, dans une chambre individuelle, un homme s’énerve et s’en prend brutalement à l’infirmière parce qu’il a demandé une tisane depuis un bon quart d’heure. Devant ce type imbuvable (mais très malade), Floria Lind craque. Elle saisit la luxueuse montre avec laquelle il la chronomètre et la lance à travers la fenêtre… Avec une précision documentaire, En première ligne montre un état d’urgence permanent et met le doigt sur la crise de l’hôpital public, en Suisse comme ailleurs, et sur le manque abyssal de moyens. Avec une douceur fatiguée, l’actrice allemande Léonie Benesch (connue pour la série Babylon Berlin) campe cette Floria Lind que la caméra ne quitte jamais. Au générique de fin, un carton indique qu’en 2030, selon, l’OMS, il manquera 13 millions d’infirmières dans le monde. Autant dire qu’on n’est pas sorti de la crise sanitaire. Un film humaniste et utile. (Wild Side)
LA HORDE SAUVAGE
Alors que la guerre de Sécession s’est achevée, du côté de Rock Springs, dans le Wyoming, Lucy Lee, une jeune rancher, et ses cow-boys mènent leur troupeau lorsqu’ils sont attaqués par une bande de hors-la-loi. Cette bande appelée The Wild Bunch est dirigée par Butch Cassidy et son bras droit Sundance. Ils sont mis en déroute par un inconnu qui venait d’arriver au campement en demandant à être nourri, un dénommé Jeff Younger, ex-membre du gang des frères James et qui vient de sortir de prison. Après avoir protégé Lucy et son troupeau, Younger accepte d’accompagner le convoi jusqu’à destination mais refuse l’emploi que lui propose Lucy. En ville, Younger se rend au Maverick Queen, un luxueux hôtel/saloon qui appartient à Kit, une maîtresse-femme qui a le monopole sur le commerce du bétail mais dont l’enrichissement pourrait provenir de sa complicité avec la tristement célèbre horde sauvage… Rien à voir avec La horde sauvage (The Wild Bunch) signée en 1969 par l’excellent Sam Peckinpah. Ici, c’est Joseph Kane qui est aux manettes. Nous sommes en 1956 et The Maverick Queen (en v.o.) est un « petit » western. Joseph Kane (1894-1975) est prolifique cinéaste qui, dans les années 30, 40 et 50, a tourné de nombreux films de série B et Z dont la plupart méritent d’être oubliés. Ce n’est pourtant pas le cas de celui-ci qui bénéficie des beaux décors naturels du Colorado, d’une image de qualité et d’une solide interprétation avec Barry Sulivan, Scott Brady, Mary Murphy, Wallace Ford, Howard Petrie, Jim Davis, Emile Meyer, Walter Sande, George Keymas, Taylor Holmes ou John Doucette. Evidemment, c’est Barbara Stanwyck qui est en haut de l’affiche. Débutante au cinéma à la fin du muet, elle va incarner des femmes combattives et indépendantes dans le cinéma de l’ère pré-Code avant de s’imposer comme une vedette du western avec des films comme La gloire du cirque (1935), Pacific Express (1939), Les furies (1950) sorti récemment en blu-ray également chez Sidonis Calysta ou encore Quarante tueurs (1950). Ici, elle est une self woman ayant fait fortune après que sa riche famille eut été décimée en Virginie durant la Guerre civile. Derrière une façade respectable, la cynique Kit entretient des liens étroits avec la dangereuse bande de Butch Cassidy et le Sundance Kid. Voici une femme de tête qui chevauche, tire et se bat comme un homme… Dans les suppléments, le film est présenté par Noël Simsolo. (Sidonis Calysta)
UNE PLACE POUR PIERROT
Autiste âgé de 45 ans, Pierrot vit dans un foyer médicalisé. Sa sœur Camille découvre qu’il subit une sur-médication qui le fait régresser au lieu de le soulager. Carrément indignée et surtout déterminée à lui offrir une vie digne, elle le prend sous son propre toit et se met en quête d’un endroit mieux adapté à sa différence. Un lieu où sa différence ne serait pas une source d’oppression mais de reconnaissance. Le chemin est long mais c’est la promesse d’une nouvelle vie, au sein de laquelle chacun trouvera sa place. Actrice au théâtre et au cinéma, Hélène Médigue est passée par le documentaire avant de réaliser, ici, son premier film de fiction. Elle s’engage en parallèle pour la cause de l’autisme en créant en 2019 l’association Les Maisons de Vincent, destinée à accueillir des adultes autistes. Une première maison a ouvert ses portes à Mers-les-Bains en 2021. A propos de la représentation de l’autisme dans les fictions, elle estime qu’elle ne reflète pas toujours la réalité des profils. « À travers le parcours de Pierrot, dit-elle, je voulais communiquer le mystère de ces troubles, qui interrogent puissamment le fonctionnement de notre société, notre humanité, et la perte de sens que nous subissons dans tous les domaines. » Elle va donc s’attacher à Pierrot, une personne « autiste typique », en l’occurrence un homme qui ne sait pas faire ses lacets mais qui peut, s’il évolue dans un environnement bienveillant, communiquer, se sociabiliser, aimer, développer des passions, structurer ses actions… Bref, « être au monde ». « C’est une personne, note encore la cinéaste, qui verbalise peu, maîtrise parfaitement des centres d’intérêt très spécifiques, mais qui n’est pas toujours à l’aise avec les habiletés sociales. Il est sans filtre. Il a besoin d’être accompagné pour développer son autonomie et gérer ses troubles envahissants du comportement. » Sur la différence qui permet d’éprouver des limites, le film est un récit autour du lien à travers le retour à la vie d’un homme différent. Mais Hélène Médigue ne réduit pas son propos à l’autisme ou même au handicap. Elle se penche aussi sur ce que conditionne l’expérience de la différence, en lien avec l’évolution de notre société : la charge mentale des aidants, la solidarité, la quête puissante d’inventer des solutions adaptées, pour retrouver du sens et la place de chacun. Enfin, pour porter son propos, elle peut s’appuyer sur l’interprétation impressionnante d’un Grégory Gadebois toujours dans l’économie et bien entouré par Marie Gillain, Patrick Mille ou Vincent Elbaz. D’un geste, d’un regard, la présence de Gadebois irradie dans chaque situation. Il incarne ce qui n’est pas dit et fait évoluer subtilement le retour à la vie du personnage, permettant ainsi un processus d’identification pour le spectateur. Au fond, Pierrot raconte chacun d’entre nous. (Diaphana)
ALPHA
Dans les années 1980, dans la ville portuaire du Havre, Alpha est l’enfant unique d’une jeune médecin qui travaille dans un service hospitalier fermé avec des malades atteints d’un virus. La jeune fille de treize ans est évitée par ses camarades de classe car des rumeurs circulent selon lesquelles elle serait atteinte d’une nouvelle maladie. Lorsque l’adolescente revient de l’école avec un tatouage sur le bras représentant la lettre A, le monde s’écroule pour sa mère. Elle s’inquiète de savoir quelle maladie, sa fille a pu attraper avec l’aiguille du tatoueur. Amin, le frère de cette femme, est un toxicomane sans espoir dont les bras sont couverts de marques de piqûres. Le tatouage d’Alpha se met à saigner de plus en plus souvent. À l’école, les attaques contre elle se multiplient. Dans la piscine de l’école, elle manque de se faire noyer par un camarade de classe. Alpha connaît à peine son oncle, et lorsqu’Amin arrive chez eux, séropositif marqué par sa maladie et proche de la mort, elle fait véritablement sa connaissance… Dire que Julia Ducornau n’a pas fait l’unanimité sur la Croisette lorsqu’en 2021, elle décrochait la Palme cannoise (devenant au passage seulement la seconde femme a remporté le trophée après Jane Campion) pour Titane, est un doux euphémisme. On se souvient par contre que Grave (2016), fiévreuse et féroce histoire de cannibalisme, n’avait pas laissé les spectateurs indifférents et entraîné des salves de compliments de la critique. On pouvait se demander, si avec ce troisième long-métrage présenté en compétition à Cannes lui aussi, la réalisatrice de 42 ans n’allait pas pousser encore le bouchon plus loin. En tout cas, force est de constater que cette grande amatrice de cinéma de genre, souvent promue « papesse de l’horreur à la française », n’a pas fini d’explorer son territoire. « Quand tu touches à la chair, dit la cinéaste, tu touches à ce qu’il y a de plus intime. Plus tu t’en approches, plus tu te rapproches de sa vulnérabilité, plus tu creuses là-dedans, plus l’émotion, de fait, se met à prendre le dessus. Et cela, c’est une recherche très consciente chez moi. » Autour de la maladie, de la transformation, ou plutôt de la mutation, Alpha est un film qui secoue, qui réveille ces peurs en nous et les faire résonner aujourd’hui. Une fois encore avec Alpha, Julia Ducornau a divisé, rencontrant globalement un accueil critique glaciale. Télérama ira jusqu’à écrire : « Fini Cronenberg, on dirait parfois du Luc Besson revu par Gilles Lellouche »… Autant de raisons de (re)voir Alpha pour se faire sa propre idée, d’autant plus que Golshifteh Farahani (la mère), Tahar Rahim (Amin) et Mélissa Boros (Alpha) sont bluffants. Dans les suppléments, on peut suivre une masterclass (54 mn) donnée par la cinéaste au Pathé Palace à Paris. (Diaphana)
FILS DE
Dans le salon privé d’un restaurant parisien, au mitan des années 70, deux hommes politiques déjeunent. Sur la table, une mallette contient une forte somme d’argent, probablement sale. Soudain, deux terroristes font irruption. Nus et couverts de plume, les notables feront la une de la presse… Des années plus tard, une semaine après l’élection présidentielle, la France se cherche toujours son Premier ministre. Jeune attaché parlementaire ambitieux, Nino est missionné pour convaincre son père, Lionel Perrin, sénateur de longue date, d’accepter le poste. Mais cet éternel perdant a coupé les ponts avec la politique comme avec… son fils. Nino se retrouve embarqué dans une course effrénée où tous les coups sont permis. Il a 24 heures pour sauver sa carrière, sa relation avec une jeune journaliste politique de France Info, renouer, quand même, les liens avec son géniteur et, si possible, ne pas compromettre l’avenir de la France ! Carlos Abascal Peiró, au-delà d’une tragédie filiale, donne une virevoltante satire politique qui ne retient jamais ses coups. Fils de développe une aventure ubuesque mais le cinéaste note, pourtant, que la moquerie devient politiquement utile lorsqu’elle vise nos convictions. Le petit univers politique français ressemble, ici, à un remarquable ramassis d’authentiques canailles, de vraies crapules, de parfaites ordures, de fumiers satisfaits, de considérables pétasses, de pauvres crétins, de misérables sagouins, de purs vauriens et de gougnafiers saitisfaits. Dans les sombres et feutrées allées du pouvoir, toutes les saloperies sont de mise. Pour servir son impitoyable mais drolatique jeu de massacre, le cinéaste peut s’appuyer sur d’excellents comédiens avec, en fils de, Jean Chevalier, de la Comédie française, un Nino volontiers effaré entouré de François Cluzet, Karin Viard ou Alex Lutz. Abraham Lincoln observait : « Un homme d’État est celui qui pense aux générations futures, et un homme politique est celui qui pense aux prochaines élections. » Démonstration faite, ici. De brillante (et évidemment excessive) manière. (Ad Vitam)
L’ÉTÉ DE JAHIA
A quinze ans, Jahia a fui le Sahel en guerre en compagnie de sa mère et s’est installée dans un centre belge pour demandeurs d’asile. Tendue et déterminée, elle gère leur quotidien avec le sérieux d’un adulte. De son côté, Mila a quitté la Biélorussie, avec sa famille. Curieuse, insatiable, elle vit chaque jour comme une échappée belle. Cet été-là, par-delà les différences, leurs solitudes se croisent. Leur rencontre dans le centre déclenche une forte amitié qui donne un souffle d’espoir à Jahia, alors qu’elle doit gérer l’incertitude de son statut d’asile. Cette amitié rare, intense est comme une évidence dans un monde incertain. Mais le jour où Mila reçoit une obligation de quitter le territoire, ce qui semblait inébranlable menace soudain de voler en éclats. Pour son second long-métrage, le cinéaste belge Olivier Meys raconte une lutte pour l’espoir en mettant au centre de son film le désir de vie et en l’opposant au pouvoir de l’endormissement. « Je voulais, dit-il, réaliser un film politique sans être militant, un film humaniste sur une réalité dont on parle peu. » Salué pour son portrait touchant de la demande d’asile et de l’amitié entre deux adolescentes confrontées à la précarité, L’été de Jahia, qui réussit à mêler la complexité administrative à la dimension humaine, se présente comme un récit poignant et réaliste. L’amitié y est vécue comme un remède au désespoir dans un monde très individualiste et égoïste. Mais c’est aussi un film très doux qui laisse volontairement la violence du monde hors-champ. Avec Jahia et Mila, le cinéaste a écrit deux personnages nourris par un parcours migratoire propre, pour évoquer la compréhension des enjeux des personnages mais surtout pour transmettre un ancrage au réel qui trouve notamment son expression dans la manière dont elles parlent le français. Pour vivre leur vie, Jahia et Mila vont devoir surmonter des obstacles immenses. Or, les deux filles ne sont pas faites du même bois. Là où Jahia plie face à l’adversité, Mila, elle, rompt brutalement quand lui est signifié l’ordre de quitter le territoire, absurde et violent. L’énergie, la force de vie vont alors changer de camp. Jahia n’a pas d’autre choix que d’essayer à son tour de sauver Mila. Sauver son amie, mais également se sauver elle-même. Lutter pour ne pas être happée par la contamination du désespoir. Comédiennes non-professionnelles, Noura Bance (Jahia) et Sofiia Malovatska (Mila) sont épatantes de force vitale. (Condor)
JACKIE BROWN
Au milieu des années quatre-vingt-dix, Jacqueline, dite Jackie Brown, est hôtesse de l’air dans une modeste compagnie mexicaine, Cabo Air. Pour arrondir ses fins de mois, elle sert de passeuse du Mexique aux États-Unis pour Ordell Robbie, un trafiquant d’armes de Los Angeles. Elle emporte dans ses bagages de l’argent liquide pour le compte de ce truand. Lorsqu’un autre passeur d’Ordell est arrêté, le trafiquant s’arrange pour le faire libérer sous caution avant de le supprimer. Mais les informations de la police permettent d’intercepter Jackie à l’aéroport de Los Angeles. On trouve de l’argent liquide appartenant à Ordell et 50 g de cocaïne dont elle ignorait la présence dans ses bagages. Jackie refuse de coopérer, se retrouve en prison. Ordell, estimant que Jackie peut devenir une menace pour lui en devenant une indic, s’arrange pour la faire libérer sous caution, avec l’intention de l’éliminer. Avec Jackie Brown qui sort en 1997, Quentin Tarantino adapte pour la première fois un roman à l’écran, en l’occurrence Punch créole d’Elmore Leonard publié en 1992. Le cinéaste qui a déjà son actif Reservoir Dogs (1992) et Pulp Fiction (1994), rend ici hommage aux films de la blaxploitation des années 1970, plus particulièrement à Coffy, la panthère noire de Harlem (1973) et Foxy Brown (1974), qui ont pour interprète principale la même actrice que dans Jackie Brown, à savoir Pam Grier. Au moment de la sortie du film, Pam Grier était une comédienne d’une petite cinquantaine d’années un peu passée de mode. Tarantino lui offre un rôle en tête d’affiche et va ainsi revitaliser sa carrière. On connaît le goût de Tarantino pour les personnages intarissables ! Jackie Brown lui en donne largement l’occasion… On peut digresser ici sur les vieux vynils d’antan et surtout on dit ce qu’on va faire avant de dire ce qu’on a fait. Comme le cinéaste peut s’appuyer sur un sacré casting (Robert Forster, Robert De Niro, Samuel L. Jackson, Bridget Fonda ou Michael Keaton), le film prend l’allure d’une pièce de théâtre jouée dans le décor kitsch d’un centre commercial de la South Bay de Los Angeles. Du coup, au lieu d’un polar violent et flingueur, on passe un bon moment avec une bande losers plutôt sympas, après tout ! (Studiocanal)
USUAL SUSPECTS
A New York, cinq malfrats qui ne se connaissent pas sont réunis dans les locaux de la police pour une séance d’identification. À la suite de cette rencontre, les malfaiteurs décident de s’associer et d’effectuer ensemble un « gros coup ». Un mystérieux commanditaire répondant au nom de Keyser Söze leur confie une mission périlleuse : dérober une cargaison de drogue sur un cargo amarré au quai du port de San Pedro, à Los Angeles. Mais l’opération tourne mal : l’explosion du navire fait vingt-sept victimes ! Et quatre-vingt-onze millions de dollars se volatilisent dans la nature ! Parmi les survivants, se trouve un petit escroc infirme, Kint le boiteux, surnommé « Verbal » parce qu’il ne cesse jamais de parler. Interrogé par l’agent spécial Dave Kujan, « Verbal » Kint lui dévoile toute l’histoire lors d’un long flash-back. Le flic apprend ainsi que les cinq braqueurs n’ont pas été réunis par hasard. Ils ont en fait été manipulés depuis le début par Keyser Söze, un être machiavélique possédant une intelligence hors du commun. Un nom que personne ne prononce sans frémir. Kint déclare d’ailleurs à Kujan : « Je crois en Dieu. Mais la seule chose que je craigne, c’est Keyser Söze. » Sur un scénario très ingénieux de l’excellent Christopher McQuarrie qui oeuvra pendant quelques années dans une agence de détectives, Bryan Singer, pour son second long-métrage après Ennemi public (1993), a réussi, en 1995, un must du thriller qui, réalisé avec un minuscule budget, fit des recettes très considérables, étant couronné de deux Oscars pour le meilleur scénario original et pour le meilleur acteur dans un second rôle pour Kevin Spacey, aujourd’hui tricard sur la place d’Hollywood pour des accusations de violences sexuelles dont il a été innocenté par les justices américaine et britannique. Dans ce thriller-culte porté par d’excellents comédiens (Gabriel Byrne, Kevin Spacey, Benicio Del Toro, Stephen Baldwin, Kevin Pollack, Chazz Palminteri) et qui multiplie à l’envi les pistes et les fausses pistes, on se régale de l’épatant Keyser Söze, figure mythologique du mal (le diable en personne ?) qui n’apparaît jamais à l’écran et dont on cherche pendant près de deux heures à percer l’identité. Usual suspects sort dans un combo SteelBook UHD 4K / Blu-ray à l’image parfaite. Délicieusement tordu ! (MGM/Arcadès)
LEFT-HANDED GIRL
Une mère célibataire et ses deux filles -de pères différents et avec un grand écart d’âge- arrivent à Taipei pour ouvrir un petit stand de nourriture au cœur d’un marché nocturne de la capitale taïwanaise. La mère, Shu-fen, doit composer avec la maladie de son ex-mari, en phase terminale. La grande soeur, I-ann, vend des noix de bétel dans une boutique aux pratiques douteuses et vit une aventure avec son patron. Face à des difficultés de toutes sortes, en particulier familiales et financières, chacune d’entre elles doit trouver un moyen de s’adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l’unité familiale. La cinéaste américano-taïwanaise Shih-Ching Tsou explique son film a une dimension autobiographique ou du moins personnelle : « Le film est né d’un souvenir vif : mon grand-père m’a un jour dit de ne pas utiliser ma main gauche car c’était la main du diable… » Pour développer son film, elle commence à collecter des histoires, certaines venant d’amis, d’autres de sa famille, voire d’inconnus. Elle observe la tension présente dans les familles traditionnelles, comment la peur du jugement ou du rejet social qui peuvent entraîner l’enfouissement de secrets pendant des années. Au-delà d’une histoire de famille, Left-handed girl évoque la culture du secret chez les femmes. « Dans la culture chinoise en particulier, dit la cinéaste, il est très important de sauver la face. Il faut montrer le meilleur de soi-même aux gens, surtout pas des choses moches, dont on aurait honte. C’est vraiment spécifique à cette culture. » Shih-Ching Tsou s’attache, en particulier, à I-Jing, la petite fille, filmée à sa hauteur quand elle déambule dans le marché de nuit. Idem pour I-Ann, la sœur ainée, qui veut avant tout être elle- même…Des êtres qui naviguent effectivement, toutes, dans leur propre monde, où fondamentalement elles essaient de survivre, chacune à sa manière. Le cinéaste américain Sean Baker, réalisateur d’Anora, Palme d’or cannoise en 2024, déjà co-réalisateur avec Shih-Ching Tsou, de Take Out (2004), intervient, ici, comme producteur mais aussi scénariste et monteur. Si la chronique familiale tend vers un ton mélancolique, le film présente un univers très coloré avec un marché nocturne plein de lumière, de sons, de couleurs et de vie. Mais sous cette vitalité sensorielle se cache une histoire remplie de silence, de répression et de douleur non dite. Et la longue séquence de fête d’anniversaire recèle un twist qui amène à reconsidérer le film sous un autre point de vue… Dans les suppléments, on trouve des entretiens avec la cinéaste et les comédiennes Shih-Yuan Ma et Nina Ye ainsi qu’un making of. (Le Pacte)
LES SABLES DU KALAHARI
En Afrique du Sud, un petit bimoteur transportant sept personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. Les survivants n’ont pas le choix : pour survivre, il va falloir s’entraider. Mais lorsque les vivres commencent à manquer, les plus bas instincts des uns et des autres reprennent le dessus… Jusqu’où iriez-vous pour survivre ? C’est la question que suggère l’Américain Cy Endfield dans ce film de survie et de psychologie de groupe qui met en lumière les instincts primaires de l’être humain lorsqu’il est soumis à des conditions extrêmes. Alors que les héros doivent faire face à la faim, la soif, la faune sauvage et la raréfaction des ressources, les tensions s’exacerbent, les dilemmes moraux surgissent, et certains personnages régressent à un état quasiment primitif. Tandis que les hommes redeviennent des animaux, le film interroge sur la nature humaine, et la fragilité de notre civilisation. Juste après Zoulou (1964), son film le plus connu qui retrace, déjà en Afrique du Sud, un épisode de la guerre anglo-zouloue en 1879, Endfield, parti vivre en Angleterre après avoir été mis au ban d’Hollywood par la « chasse aux sorcières » du maccarthysme, tourne en décors naturels, ce long-métrage à la belle photographie qui met en avant la terrifiante beauté d’un paysage hostile au cœur de l’Afrique du Sud. Le final, audacieux et jusqu’au-boutiste, contribue à en faire un film étonnant et brutal et une œuvre captivante. Le groupe de survivants du film est composé de quelques-uns des comédiens anglais les plus en vue de l’époque : Stanley Baker, Nigel Davenport, Harry Andrews ou encore Susannah York sans oublier l’Américain Stuart Whitman, rendu célèbre par la série Cimarron. Pour survivre, ces personnages hauts en couleur devront composer avec leurs propres personnalités conflictuelles… A la fois film d’aventures palpitant et drame existentiel, Les sables du Kalahari sort dans une édition restaurée 4K et dans une belle copie blu-ray et dvd. L’édition combo est accompagnée d’un supplément sur Cy Endfield par l’historien du cinéma Laurent Aknin. (Rimini éditions)
LES TOURMENTÉS
Ancien légionnaire, Skender est devenu SDF et tente de revenir vers son ex-femme Manon et ses enfants, mais Manon le repousse. Un jour, il est contacté par Max, son ancien sergent. Max est devenu majordome pour une personne qu’il appelle « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse. Cette dernière cherche un « candidat idéal » pour être son gibier dans une partie de chasse à mort. Max a donc pensé à Skender, qui a selon lui le profil idéal. « Madame » propose donc le job à Skender, qui sera payé en conséquence, pouvant tenter de faire bonne figure devant Manon. L’ancien soldat accepte le marché et les deux camps commencent à se préparer chacun de leur côté mais les doutes et la rédemption vont modifier leurs plans. On connaît le Belge Lucas Belvaux pour des films captivants comme 38 témoins (2012), Pas son genre (2014) avec la regrettée Emilie Dequenne ou encore Des hommes (2020) tiré du roman éponyme de Laurent Mauvignier. Pour son douzième long-métrage, Belvaux adapte son propre roman éponyme publié en 2022, qu’il a eu, semble-t-il, toutes les peines du monde à porter au grand écran. Mais c’est cependant chose faite et c’est tant mieux car ces Tourmentés mérite le détour jusqu’à son pied de nez final. Autour de la question : Ça vaut quoi, la vie d’un homme ? Surtout d’un type comme Skender, un homme sans qualités, histoire de faire un clin d’oeil à Robert Musil. En questionnant la vie, la mort et le coût de la violence dans une chasse qui devient une quête intérieure, Lucas Belvaux s’intéresse surtout à des êtres ambigus, fragiles et marqués par leur passé. Le cinéaste s’y entend pour mener son récit et jouer avec les attentes (voyeuristes?) des spectateurs. Pour cela, il se repose sur d’excellents comédiens comme Niels Schneider (Skender), Ramzy Bedia (Max) ou Deborah François (Manon). Mais la « palme » revient à Linh-Dan Pham, découverte en 1991 ans le rôle de la fille de Catherine Deneuve dans Indochine, et qui incarne, ici, une étrange et troublante Madame. (UGC)
DANGER : DIABOLIK !
Dans la ville européenne de Clerville, le malfaiteur masqué Diabolik parvient à ravir dix millions de dollars durant un transport de fonds supervisé par l’inspecteur Ginko, en faisant diversion à l’aide de quelques bombes fumigènes. Il s’enfuit à bord d’un bateau à moteur puis d’une Jaguar noire. Poursuivi par un hélicoptère de la police, il parvient à le semer en entrant dans un tunnel où sa fiancée Eva Kant l’attend dans une Jaguar blanche. Diabolik et Eva rejoignent alors leur refuge souterrain. Pendant ce temps, le ministre de l’Intérieur convoque une conférence de presse et annonce le rétablissement de la peine de mort pour lutter contre la criminalité. Diabolik et Eva s’y rendent, déguisés en journalistes, et libèrent du gaz hilarant, provoquant le rire de toute l’assistance. Le lendemain, le ministre démissionne et l’inspecteur Ginko ordonne une opération de grande envergure contre la mafia dirigé par le parrain Ralph Valmont ; ce dernier est contraint de passer un accord avec l’inspecteur Ginko et promet de remettre Diabolik à la police. C’est le producteur Tonino Cervi qui, le premier, a proposé une adaptation cinématographique du Diabolik d’Angela et Luciana Giussani, exemple pionnier du sous-genre des fumetti neri de la bande dessinée italienne. L’intention initiale de Cervi était d’utiliser les bénéfices réalisés avec ce film pour financer un film à sketches co-réalisé par Federico Fellini, Ingmar Bergman et Akira Kurosawa ! Réalisé en 1968 par Mario Bava, le film est considéré comme le plus grand succès commercial du cinéaste italien et, en tout cas, l’une de ses œuvres les plus marquantes. C’est en effet un modèle de transposition de bande dessinée au cinéma, offrant une approche libertaire, délurée et saturée de symboles sexuels. Avec le temps, le film interprété par John Philip Law (Diabolik), Marisa Mell (Eva Kant), Michel Piccoli (Ginko) et Adolfo Celi (Valmont) est devenu culte. « Tout en restant un film de commande, dit le critique Alberto Pezzota, Diabolik se distingue de la moyenne des films semblables de l’époque et réussit là où Modesty Blaise de Joseph Losey avait échoué : c’est-à-dire transposer le monde de la bande dessinée au cinéma en adoptant le style de la dernière avant-garde artistique. » (Sidonis Calysta)
DANSE MACABRE
Dans les faubourgs de Londres, un journaliste, Alan Foster, est envoyé, en 1839, pour interviewer Edgar Allan Poe sur ses histoires de terreur. Il est sceptique lorsque Poe lui avoue que ses histoires se sont réellement produites et qu’il ne peut être considéré comme un véritable romancier, mais plutôt comme un chroniqueur, tout comme lui. En guise de pari, Foster accepte de passer la nuit des morts, le 2 novembre, seul dans le château abandonné de Lord Blackwood. S’il passe la nuit sans s’échapper, il recevra à l’aube une récompense de cent livres de la part de Lord Blackwood lui-même. Alan Fooster se rend au château, où il rencontre une belle femme, Elizabeth Blackwood, mais ne se rend pas compte qu’il s’agit d’un spectre. Au cours de cette longue nuit qui semble ne pas avoir de fin, elle lui fera revivre les événements qui ont conduit à sa mort ainsi qu’à celle des autres fantômes qui peuplaient le château en cette nuit d’horreur. Alan se lie avec sa belle invitée et finit par tomber amoureux d’elle, sans se rendre compte qu’il est la prochaine victime sacrificielle dont les fantômes ont besoin pour revenir à la vie, au moins pour une nuit… Lancé avec Les vampires de Riccardo Freda et Le masque du démon de Mario Bava, répondant à l’épouvante britannique de la Hammer Film ou à la série américaine Roger Corman / Edgar Allan Poe, le gothique italien est ici à son apogée. Sur un scénario de Sergio Corbucci, Antonio Margheriti réussit la prouesse de tourner, en 1963, ce chef-d’œuvre absolu en deux semaines seulement, maîtrisant parfaitement sa technique (il tournait avec quatre caméras) et sa virtuosité pour créer un sommet de l’épouvante des sixties. C’est l’iconique Barbara Steele qui incarne, ici, Elizabeth Blackwood à laquelle elle apporte sa belle étrangeté. Assistant sur le tournage, Ruggero Deodato a dit que c’est lui qui a convaincu l’actrice de jouer dans le film, malgré le fait qu’elle venait de tourner Huit et demi avec Federico Fellini et voulait prendre ses distances avec le cinéma d’épouvante. Danse macabre deviendra l’un des films-phare de la carrière de la Britannique, révélée en 1960 par Le masque du démon de Bava. Dans les suppléments de ce blu-ray restauré en 4K et présenté en version intégrale, on trouve L’éclat d’un rêve d’opium, une présentation du film par Nicolas Stanzick et Danza Macabra, la véritable histoire par Adrian Smith. (Artus films)
L’ÉTRANGE VICE DE MADAME WARDH
Dans la capitale autrichienne, un prédateur assassine des femmes avec un rasoir. Julie Wardh et Neil, son mari diplomate, reviennent en ville après un séjour à New York. Julie a épousé Neil pour échapper à Jean, son ancien amant violent, qui vit à Vienne. Jean commence à harceler Julie, qui devient de plus en plus anxieuse. Lors d’une soirée mondaine, Carol, l’amie de Julie, lui présente son cousin australien George Corro. Le riche oncle de George et Carol vient de mourir et ils sont ses seuls héritiers. George flirte avec Julie, qui est malheureuse dans son mariage avec Neil. Après un déjeuner, George et Julie entament une liaison. Julie reçoit un appel d’un maître chanteur qui menace de révéler leur liaison à Neil. Julie soupçonne Jean d’être le maître chanteur et Carol insiste pour rencontrer le maître chanteur à la place de Julie. Carol se rend à la rencontre avec l’inconnu dans un parc boisé, où elle est agressée et tailladée à mort par un individu armé d’un rasoir… Réalisateur de près de quarante films en cinquante années de carrière, Sergio Martino (né en 1938 à Rome) a œuvré dans tous les genres du cinéma populaire italien : western, thriller, polar, science-fiction… Si ses films d’aventures exotiques sont restés dans les mémoires, c’est avec le giallo que Sergio Martino a donné le meilleur de lui-même : L’étrange vice de Mme Wardh (1971), Toutes les couleurs du vice (1969), Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972), Torso (1973) ou encore La queue du scorpion (1971). Classique du giallo italien, présenté en version intégrale dans une restauration 2K, L’étrange vice… est interprété, en tête d’affiche, par George Hilton (1934-2019), un habitué du genre et par Edwige Fenech dans le rôle-titre. Née en Algérie française puis naturalisée italienne, la comédienne a été une vedette autant du giallo que de la comédie érotique italienne dont l’âge d’or se situe dans les seventies. Dans les suppléments, on trouve notamment une présentation du film par Emmanuel Le Gagne et des entretiens avec Sergio Martino, le scénariste Ernesto Gastaldi, le comédien George Hilton et le spécialiste du cinéma d’horreur italien Antonio Bruschini. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en salles. (Artus films)
BAMBI LA VENGEANCE
Après avoir vu sa mère tuée par un chasseur alors qu’il n’était qu’un faon, Bambi, un jeune cerf, perd sa compagne Faline, renversée par un camion qui transportait des déchets radioactifs. Lorsqu’il boit l’eau de la rivière, contaminée par les déchets toxiques, Bambi se transforme en une créature puissante, déterminée à se venger. Peu de temps après, Xana et son fils Benji prennent un taxi pour rejoindre le reste de leur famille pour Thanksgiving. Le véhicule est sauvagement attaqué par Bambi. Trois chasseurs se lancent alors dans la traque du grand cerf… Et si le gentil Bambi de notre enfance devenait un monstre sanguinaire assoiffé de vengeance ? Conte de fées sinistre et horrifique, Bambi la vengeance voit le mignon petit faon transformé en une créature mutante aux dents acérées et aux yeux brillants, porté par une rage sauvage et furieuse. Quatrième film (après notamment Winnie l’ourson devenu un meurtrier et Peter Pan transformé en psychopathe tueur d’enfants) du Twisted Childhood Universe (« univers de l’enfance déformée ») une franchise britannique de films d’horreur, qui reprend des personnages emblématiques de l’enfance pour les transformer en monstres sanguinaires, Bambi la vengeance entraîne le spectateur dans une traque sanglante, portée par des meurtres à la fois sauvages et inventifs. Si les empalements, éviscérations et autres mutilations raviront les fans de gore, le film peut aussi compter sur une atmosphère très travaillée avec la mise en scène nocturne de Dan Allen et la très belle photographie de Vince Knight qui enveloppe le film d’un voile brumeux, de teintes bleu-gris qui donnent à la forêt une aura mystérieuse et inquiétante. Du côté des effets spéciaux, la créature est très réussie et très flippante. Ce récit sombre et brutal porte aussi un message écologique, le cerf monstrueux devenant l’incarnation colérique de la nature blessée. La forêt est alors un théâtre impitoyable mêlant suspense, effroi et violence, et interrogeant notre rapport à la nature. Un divertissement décomplexé et un slasher forestier efficace qui offre le plaisir coupable de voir un personnage symbolique de l’enfance devenir un véritable cauchemar ! (Arcadès éditions)
MURDERROCK
Une prestigieuse académie de ballet de New-York est le théâtre de meurtres sanglants. Plusieurs étudiantes se font assassiner de manière sadique. Souffrant de cauchemars étranges mettant en scène le mystérieux tueur, Candice Norman, la directrice l’établissement (la comédienne grecque Olga Karlatos), s’allie avec un mannequin masculin pour l’aider à mener l’enquête… Après L’éventreur de New York (1982) et son tueur à la voix de canard, Lucio Fulci retrouve, en 1984, la « Grande pomme » pour ce MurderRock. À l’image d’un Dario Argento, le réalisateur de Perversion Story (1969) a toujours fait évoluer le giallo en fonction de son époque. Avec sa sixième incursion dans le genre, le prolifique Fulci (1927-1996) s’immisce donc dans les années 80 tel que Flashdance les a représentées dans le but d’en critiquer l’esthétisme et l’idéologie à travers une enquête rythmée par la musique de Keith Emerson (Inferno) et où se croisent Olga Karlatos (L’enfer des zombies), Ray Lovelock (Bandits à Milan), Cosimo Cinieri (Manhattan Baby) ou Silvia Collatina (La maison près du cimetière). Dans les suppléments, on trouve un entretien audio avec Lucio Fulci et des entretiens avec la comédienne et chanteuse Silvia Collatina et Franco Casagni, maquilleur et responsable des effets visuels. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en salles. Le giallo à la sauce comédie musicale ! (Artus films)
